‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 78 sur 275 · LA RESTAURATION NAPOLITAINE · texte numérisé non relu

LA RESTAURATION NAPOLITAINE

compagnies de la garde royale, à leur rentrée dans la ville, et une bande de carbonari, qui les accueillit avec des insultes et des huées, leur reprochant le peu de courage qu'elles avaient montré. Les soldats firent feu, et il y eut du sang répandu; un individu qui avait fêté l'arrivée prochaine des Autrichiens fut frappé d'un coup de poignard, sur lequel était écrit n* i, pour annoncer que le même sort menaçait les ennemis de la révolution. Les désordres furent cependant moins graves qu'on n'avait pu le craindre; la tranquillité relative, dans ces terribles moments, doit être attribuée à la présence des escadres française et anglaise, toujours à portée de canonner la ville et toujours prêtes à donner asile aux malheureux qui venaient s'y réfugier. Enfin la capitulation fut signée le 23, et les Autrichiens entrèrent dans la ville le 25. Le général Pepe et les principaux chefs de l'insurrection avaient demandé des passeports qui leur furent accordés. Le parlement fut dissous ainsi que la grande loge des carbonari. Le 24, un gouvernement provisoire installé; le rétablissement de l'autorité royale fut bientôt complet, toutes les places fortes ayant ouvert leurs portes avant la fin du mois. Quelques tentatives de résistance avaient eu lieu dans les Calabrcs, même en Sicile, mais il avait suffi pour les dissiper de là marche de quelques colonnes mobiles; il n'était resté d'autre ressource à leurs auteurs que celle de se réfugier .en Espagne, où ils furent accueillis comme des frères malheureux et dignes du plus haut intérêt.

Le roi de Naples, que M. de Blacas n'avait pas quitté, s'était avancé jusqu'à Rome, où il séjourna encore quelque temps avant de s'acheminer vers sa capitale. Six semaines à peine avaient suffi pour terminer la crise redoutable qui avait, tant préoccupé l'Europe. Les événements avaient déjoué toutes les prévisions, même celles de M. de Metternich. C'était sa politique cependant qui devait en retirer le plus de profit. La révolution de Piémont dont il n'avait

jamais admis la possibilité Tavait mise un instant en péril, maintenant le Piémont était désarmé. L'Italie, occupée par les forces autrichiennes, ne pouvait lui inspirer aucune inquiétude, assuré comme il l'était de l'assentiment de l'Angleterre. Il ne lui restait plus qu'à achever de conquérir l'empereur Alexandre, pour n'avoir plus rien à redouter de l'intervention française. Il mit donc un art infini à achever cette conquête. Il avait déjà fait adopter par ce prince sa maxime favorite, que tous les errements de la politique accoutumée devaient être abandonnés, qu'il n'y avait plus de rivalités possibles et raisonnables entre les souverains de l'Europe, qu'ils devaient tous être uniquement occupés à faire tête à l'ennemi commun, l'esprit révolutionnaire, à le poursuivre partout, à le forcer enfin dans ses derniers retranchements. Les libéraux, en proclamant si souvent que les gouvernements constitutionnels devaient faire cause commune entre eux, n'avaient-ils pas suffisamment enseigné aux gouvernements légitimes qu'ils devaient user pour leur sûreté du même moyen de défense? Pourquoi ces libéraux s'étaient-ils partout tant élevés contre le protocole préliminaire de Troppau, si ce n'est parce qu'ils avaient compris que là était le véritable traité d'alliance et de garantie réciproque entre toutes les légitimités?

Le ministère français, en refusant son assentiment à ce protocole, n'avait que trop prouvé à quel point il était dans la dépendance de ces révolutionnaires. Ce que M. de Metternich ne cessait de dire à Alexandre, lui était répété par tous ses correspondants de France et par M. de Jouffroi, qu'on avait gardé à Laybach. Un seul homme aurait pu combattre dans l'esprit de son maître ces dangereuses insinuations, c'était M. de Capo d'Istria, mais son crédit devait nécessairement aller s'affaiblissant de jour en jour. Les idées, les opinions dont il était resté le représentant n'étaient plus celles qui dominaient dans la changeante imagination de son maître ; malgré tout son esprit, il ne

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