LA POLITIQUE AUTRICHIENNE A NAPLES
pièces qui avaient été saisies et qu'on devait produire dans les procès intentés contre les conspirateurs. Il n'en fut rien heureusement ; lui-même avait à cet égard une inquiétude fort évidente, à en juger du moins par les fréquentes visites qu'il me fit. Il ne savait pas que les pièces emportées par M. de La Cisterne, dont il redoutait surtout la divulgation, avaient été détruites.
Les engagements pris par le roi de Naples à La} bach gênaient M. de Metternich; ils étaient sans doute fort étendus, mais n'en devaient-ils pas être plus respectables? Us avaient d'ailleurs été garantis par l'acquiescement des autres souverains, avant l'entrée en campagne des troupes autrichiennes. L'empereur Alexandre allait-il oublier la garantie qu'il avait consentie? Souffrirait-il qu'on ne donnât pas au moins les apparences de la bonne foi en assemblant autour du roi « les hommes les plus sages et les plus éclairés de son royaume » devant délibérer sur les modifications qu'il était possible d'introduire dans le gouvernement? C'étaient les termes formels de l'engagement pris.
M. de Metternich ne s'embarrassait pas pour si peu, et il n'hésita pas à commencer ses démarches pour qu'on ne tînt aucun compte de ce qui pouvait contrarier ses vues. Il trouva d'abord de puissants auxiliaires dans le caractère timoré du roi. Il lui persuada qu'il serait imprudent de rentrer trop vite dans ses Etats, qu'il serait mieux placé à Rome pour voir comment se passeraient les choses. Il se donnait ainsi le temps de tout arranger à Naples, pour que le roi, à son retour, n'entendît parler de rien qui pût lui •rappeler son indiscrète promesse. On l'éloignait pour quelque temps encore de son fils, dont on redoutait les conseils. Quant au duc de Calabre, il n'a pas tenu à l'Autriche qu'on le traitât comme le duc de Carignan, qu'on l'exilât, même qu'il fût déclaré incapable de régner. On comptait transporter ses droits à son frère puîné, qui avait épousé une Autrichienne. Des ouvertures dans ce sens
i94 MÉMOIRES DU CHANCELIER PA8QUIER.
furent faites à Laybach, mais le czar les accueillit si mal qu'on n'osa pas insister. Tout au moins on était parvenu à aigrir tellement le père contre le fils que, sans l'insistance et l'ascendant de M. deBlacas, ils ne se seraient probablement pas vus de longtemps. En cette circonstance, M. de Blacas se conduisit avec force et habileté. Il prit sur lui de faire venir le duc de Calabre à la rencontre de son père, remit sous les yeux de celui-ci l'engagement qu'il avait pris, avant de s'embarquer, de tenir pour bon et excusé par la nécessité des circonstances tout ce que son fils aurait été dans le cas de faire en son absence.
Cette première entrevue ne rétablit pas sans doute entre le père et le fils toute l'intimité désirable, mais elle eut cependant pour réstdtat d'éviter un grand scandale et de créer une situation supportable tant pour le présent que pour l'avenir.
Ce fut encore M. de Blacas qui, au bout de six semaines de séjour à Rome, fit comprendre au roi qu'il était temps de reparaître au milieu de ses sujets, qu'une plus longue absence aurait un caractère de faiblesse qui ne pourrait être bien interprété. Il parvint donc à le ramener dans sa capitale le 15 mai, mais le but principal de M. de Metternich était atteint. Personne ne songeait plus à parler du moindre changement dans la forme du gouvernement. La contre-révolution, comme en Piémont, fut complète et assurée par le licenciement de l'armée napolitaine et par une occupation militaire de quarante-trois mille hommes de troupes autrichiennes qui devaient rester pendant trois ans dans le royaume de Naples, plus six mille hommes quipassèrent en Sicile. A partir de ce jour, l'influence autrichienne régna seule dans les États napolitains.
Après la clôture des conférences à Laybach, les deux souverains d'Autriche et de Russie avaient continué d'y résider, afin d'être plus à portée d'observer les événements que devait entraîner la marche des troupes autrichiennes