‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 81 sur 275 · DÉCLARATION DU 12 MAI · texte numérisé non relu

DÉCLARATION DU 12 MAI

sur Naples. Cette précaution s'était trouvée justifiée. Mais le cabinet russe était inquiet de la durée de l'occupation militaire en Piémont surtout, et préoccupé de la nécessité d'en restreindre la durée autant que cela se pourrait faire. Il fut donc convenu que les deux souverains se rencontreraient dans le courant de l'hiver suivant et que l'un des rendez-vous serait probablement à Florence.

Il était évident qu'en Sardaigne le séjour des troupes étrangères ne pouvait se prolonger autant qu'à Naples, et cela pour deux raisons. La première, parce qu'elles y seraient supportées avec beaucoup d'impatience par un peuple qui ne manquait pas d'énergie. La seconde, parce que le roi de Sardaigne retrouvait en rentrant dans ses Ëtats cette notable partie de son armée qui avait combattu pour lui et avec laquelle il lui serait aisé d'organiser la force publique dont il avait besoin pour assurer son gouvernement.

Le 13 mai, l'empereur de Russie quitta définitivement Laybach, l'empereur d'Autriche en était parti la veille. Leurs plénipotentiaires avaient signé, conjointement avec celui du roi de Prusse, une déclaration sur les intentions des trois souverains et le but qu'ils se proposaient dans les actes auxquels ils avaient concouru depuis le premier moment de leur réunion à Troppau. On y voit l'intention d'engager de plus en plus Alexandre dans la voie nouvelle où il était entré. On abandonne ce protocole préliminaire qu'on avait cependant si amèrement reproché à la France de ne pas vouloir accepter et qui n'avait eu d'autre résultat que de forcer les deux puissances constitutionnelles à se séparer des États purement monarchiques. On évite de rappeler l'alliance contractée à Aix-la-Chapelle. AinsiM. de Metternich était parvenu à éliminer une à une toutes les idées apportées et émises au congrès par la Russie. Ce document avait été rédigé entre lui et M. de Nesselrode et communiqué à M. de Capo d'Istria, après avoir reçu la

sanction des deux empereurs. Dans toutes ces déclarations, la France n'avait obtenu qu'un seul point dont elle avait dès le premier jour signalé l'importance.

En comprimant la révolution de Naples, on a respecté l'état de toutes les possessions; aucun accroissement de territoire n'a été accordé à personne, et si l'Autriche avait pu concevoir à ce sujet quelques espérances, elles ont toutes été déjouées. La force seule a imposé les solutions, aucune concession n'avait été faite aux idées qui agitaient les pays aujourd'hui désarmés. Est-ce à dire que cette compression des aspirations d'esprits élevés et généreux était de nature à éloigner pour longtemps leur développement, que le triomphe du régime ancien était assuré pour de longues années? Qu'y a-t-il de réellement fondé en Italie? Une secte puissante a été dispersée, détruite, on la poursuit encore dans ses membres épars, mais qu'a-t-on mis à la place de Tinfluence qu'elle exerçait? On a relevé d'autres pouvoirs, mais les a-t-on pour cela véritablement restaurés? On leur dit de se tenir debout, malgré leur volonté; malgré leur caducité, on a dit aux peuples de leur obéir et de les respecter. Mais tout cet édifice ne se maintient qu'à l'aide d'une surveillance continuelle, des efforts de la police la plus minutieuse, la plus inquisitoriale. Qui croira, par exemple, que l'Autriche elle-même se regarde comme bien établie dans ses provinces milanaises et vénitiennes, où elle n'a su régner qu'à l'aide d'un système de terreur qui pèse principalement sur les familles les plus riches et les plus distinguées ? Est-ce donc régner dans le véritable sens du mot que de n'oser, dans un pays riche, d'ancienne noblesse, rempli de grands propriétaires industrieux, confier aux citoyens les plus distingués la moindre part dans le gouvernement? De les condamner tous à la nullité la plus absolue, quand on ne les menace pas du carcere duro? Un tel système de défiance, s'il est réellement obligé, peut-il inspirer la moindre confiance pour l'avenir?

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