‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 84 sur 275 · LA POLITIQUE ÉCONOMIQUE EN · texte numérisé non relu

LA POLITIQUE ÉCONOMIQUE EN

et Berlin vinrent défendre les prérogatives et la dignité des députés qu'ils croyaient compromises. Il fallut que le ministre de l'intérieur et moi nous répondions ; il ne nous fut pas difficile de montrer que la question ne portait pas si loin, et que la Chambre était intéressée à ce que le président gardât le pouvoir de réprimer les orateurs qui abusaient de la parole.

La question qui fut discutée ensuite était de nature à calmer les esprits et à faire taire un moment les passions politiques. Il s'agissait d'économie politique, de l'importation et de l'expédition des grains, de la mesure dans laquelle on pouvait les réglementer. Bien que débattue pendant la dernière moitié du siècle précédent par des théoriciens fort savants et des hommes d'État fort éclairés, il est certain que la question était loin d'être résolue. Il est difficile de trouver des règles absolues également applicables à tous les temps et k tous les pays. La France plus que tout autre pays avait eu à subir les plus pénibles oscillations. Elle avait supporté quatre disettes; celles de 1812 et de 1817 avaient été terribles. Elle avait fait appel aux grains étrangers. En 1817, les blés de la mer Noire avaient été notre principale ressource. Puis de bonnes récoltes avaient amené l'abaissement des prix et pour l'agriculture des souffrances réelles. Depuis trois ans, les provinces du Midi avaient été particulièrement éprouvées. Les communications plus faciles avaient favorisé l'arrivée des blés et des farines du Nord; cette concurrence ruinait les agriculteurs du Languedoc; leurs frais de culture étaient exorbitants, puisque le prix de vingt-sept et vingthuit francs qui était rémunérateur pour le cultivateur ■ en Picardie, en Beauce, en Bourgogne, devait atteindre trente-trois ou trente- quatre francs pour satisfaire aux besoins de celui de la plaine de Toulouse. Le remède à une situation pareille n'était pas aisé à trouver. Tout le mal venait, disait-on, de l'importation des blés de la mer

Noire, arrivant par la voie toujours ouverte de Marseille. En 1818 et dans le commencement de 1819, on ne pouvait nier que les plaintes élevées à cet égard n'eussent quelque fondement, mais le gouvernement avait été averti assez tôt pour arrêter le mal, et il faut le dire, les premiers avertissements lui furent donnés par ceux-là mêmes qui avaient le plus grand intérêt à la continuation de cette importation. Deux négociants crurent devoir faire connattre au gouvernement les dommages que l'entrée des grains pouvait causer dans l'intérêt général. La mémoire d'un trait si désintéressé mérite d'être conservée. Ces deux négociants étaient MM. Durand. Ils avaient leurs établissements à Montpellier, Perpignan et Marseille, tous deux étaient membres de la Chambre des députés. Éclairé par leurs avis, le ministère de 1819 avait introduit un notable changement dans la législation jusqu'alors en vigueur et qui n'avait jamais mis d'entraves qu'à l'exportation des grains. L'importation fut prohibée lorsque le prix des grains dans l'intérieur ne s'élèverait pas au-dessus d'un certain taux. Pour connaître et fixer ce taux, la France fut divisée en quatre régions, dans chacune desquelles les prix furent calculés sur des bases différentes. Dans chaque région, il y eut un certain nombre de marchés dont le cours dut servir à fixer le taux moyen; mais comme ces mesures n'eurent pas le pouvoir de soutenir, surtout dans le Midi, le prix des grains au taux où il aurait été désirable qu'il se maintînt dans l'intérêt des agriculteurs, les plaintes et les clameurs continuèrent, particulièrement dans le Languedoc; on prétendit que l'importation avait toujours lieu soit par fraude, soit parce que le taux moyen de la région était mal calculé. Il y a des matières sur lesquelles, un gouvernement sage doit toujours des égards à la partie souffrante, quelle que soit l'exagération de ses plaintes; et alors même qu'il ne dépend pas de lui d'empêcher un mal réel, il doit au moins ne refuser aucun des moyens propres

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