‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 85 sur 275 · GRISE AGRICOLE DE · texte numérisé non relu

GRISE AGRICOLE DE

à calmer les imaginations. Nous étions d'auicmt plus tenus d'écouter les doléances du Languedoc, qu'elles avaient en la personne de M. de Yillèle un puissant avocat dans la Chambre et dans le conseil. On ne saurait dire à quel point il était peuple sur cette question; aucun des principes régissant la matière ne lui était familier, il n'avait aucune vue générale et ne savait que répéter les plaintes de ses commettants et souvent leurs absurdes accusations. D'autre part, le ministre de l'intérieur, M. Siméon, Provençal, presque citoyen de Marseille, était aussi ardent à défendre les idées contraires à celles du député toulousain. Il avait vu, pendant tout le temps qui avait précédé la Révolution, la Provence nourrie à un prix fort raisonnable par les blés d'Afrique et de Sicile débarqués à Marseille; il ne pouvait se faire à l'idée de priver à tout jamais sa province de ces ressources, qui d'ailleurs avaient pendant longtemps été la cause de la richesse de Marseille.

Ainsi, tandis que les prétentions déraisonnables des Languedociens n'allaient à rien moins que la fermeture du port de Marseille aux grains étrangers, mesure qui aurait amené sa ruine au profit de Livourne, M. Siméon aurait voulu le maintien de la loi de 1819. Cédant aux représentations unanimes du conseil, nous fîmes comprendre à M. Siméon qu'il fallait pourvoir à des nécessités temporaires, que la moindre apparence de disette ferait ouvrir largement les portes à l'importation. Quant aux agriculteurs du Midi, il était impossible de leur persuader que la fraude sur une grande échelle était impossible, qu'une denrée aussi encombrcmte que le blé ne sortait pas tous les jours frauduleusement d'un entrepôt objet de toutes les surveillances, pour se répandre et circuler ensuite librement dans l'intérieur du royaume.

On s'était borné, dans le projet de loi, à apporter quelques modifications aux tableaux annexés à la loi de 1819. Ce projet n'obtint pas une grande faveur dans la

commission, composée exclusivement du parti agricole et méridional. Elle y proposa de si nombreux amendements qu'il en résultait un projet tout nouveau; elle élevait la limite des prix pour l'exportation et établissait relativement à l'importation une telle combinaison de marchés pour la formation des prix moyens qu'il était impossible que le taux qui en ressortirait ne fût pas toujours audessous de la réalité. Puis vinrent une foule d'amendements présentés par les députés au cours de la discussion. Toutes les grandes questions soulevées par des intérêts si ardents furent traitées par des hommes tirés indistinctement de toutes les nuances d'opinion politique. Il fut reconnu qu'en fait d'économie politique, les hommes de la gauche étaient beaucoup plus forts que les hommes de la droite. Il arriva par conséquent plusieurs fois que les idées du ministère étaient soutenues par ses adversaires habituels. Quant à M. de Villèle, il n'hésita pas entre les convenances que lui imposait sa position ministérielle et ce qu'il regardait comme son devoir de député de Toulouse. Il se prononça pour toutes les modifications proposées par la commission, mais s'il fut constamment soutenu par M. de Castelbajac, il fut aussi combattu avec une chaleur non moins vive par les députés de Marseille. Ainsi les plus ardents royalistes se trouvaient aux prises les uns avec les autres. Enfin, le 4 mai vit terminer ce conflit; le projet fut adopté tel à peu près que l'avait voulu la commission. L'échec était complet; en toute autre matière, il eût été fort grave, mais dans les dispositions du moment, tout ce qui n'avait pas directement trait à la politique ne comptait en quelque sorte pas.

Je ne veux pas passer sous silence un procès qui émut l'opinion publique à ce moment. M. Bergasse» dont nous avons dit les relations avec l'empereur de Russie, avait jugé à propos de publier un livre intitulé : Essai sur la propriété^ ou Considérations morales et politiques sur la question

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