LE PLAN DE M. DE METTERNICH
de FAngleterre, par la sujétion de la Prusse, par l'effet qu'avait produit sur Tempereur Alexandre une partie des circonstances que nous avons retracées et par les indiscrétions de M. de Caraman. Ayant d'abord compris la nécessité de faire des concessions à l'empereur Alexandre, il jugea fort sagement que le mieux serait d'entrer dans quelques-unes de ses idées pour imposer ensuite les autres, et chercha dès lors quelles seraient celles que l'Autriche pouvait accepter sans trop d'inconvénients. Renonçant au langage qu'il avait fait entendre à son souverain dans l'affaire de la révolution d'Espagne, affectant môme de le regretter, ne se mettant plus en présence que du danger révolutionnaire, qui menaçait toutes les puissances de l'Europe, approuvant, exaltant les idées du czar, il affecta de dire que lui seul avait eu des vues lumineuses sur les affaires d'Espagne, que le scrupule qui avait arrêté les autres puissances, qui avait plus spécialement empêché l'Autriche de se prononcer fortement à cette occasion, n'avait été qu'une grave erreur; que loin de céder désormais à une telle faiblesse, il était du devoir des souverains de se faire à l'avance un plan de conduite pour tous les cas de périls de même nature dont on pouvait être menacé. Ce grand plan une fois conçu et arrêté, la révolution de Naples ne se présenterait plus que comme un épisode dont le dénouement serait facile à amener, et dont les troupes autrichiennes qui s'assemblaient dans la haute Italie auraient bientôt raison. M. de Metternich connaissait assez le caractère de l'empereur Alexandre pour savoir que plus le plan serait vaste, plus il aurait chance de lui plaire, que les paroles pompeuses et les déclarations solennelles dont l'effet et le retentissement devaient être grands par tout le monde, avaient pour lui un attrait inGni. Il savait aussi combien les événements, qui depuis dix-huit mois s'étaient passés en France, avaient jeté le trouble dans l'esprit de l'empereur de Russie et avaient sans doute altéré la con-
fiance qu'il s'était plu d'abord à mettre dans ses relations avec ce pays. Il ne devait pas être difficile de tirer parti de ces dispositions nouvelles, et M. de Metternich n'avait besoin pour cela que d'être conséquent avec lui-même, puisqu'il s'était toujours plu à représenter la France comme le centre d'où partait la propagande révolutionnaire.
Pouvaitron douter que les résistances que l'empereur Alexandre venait d'éprouver dans la diète. de Pologne ne dussent être attribuées à l'exemple et aux incitations des libéraux de France? Ce parti libéral qui se montrait si dangereux, avait des racines partout, il ne fallait pas se le dissimuler, mais c'était surtout dans les États où se trouvaient établies les formes dites constitutionnelles qu'il enlaçait les gouvernements d'une manière redoutable; le gouvernement anglais lui-même n'échappait pas à cette pernicieuse influence, et malgré les lumières des hommes qui le dirigeaient, on les verrait probablement réduits, même dans la présente occasion, à faire à cette influence les plus fâcheuses concessions. C'était une nécessité à laquelle rien ne pouvait les soustraire. Il était donc dans la nature des choses que les gouvernements constitutionnels marchassent tous à peu près dans la même voie. Il y avait entre eux, sur de certaines matières, une alliance tacite et forcée: c'était ainsi qu'il fallait s'attendre à voir le gouvernement de France, malgré ses belles paroles, consignées dans son dernier mémoire, déserter bientôt la noble cause qu'il avait paru vouloir embrasser et se réunir à l'Angleterre dans la résistance que celle-ci laissait déjà entrevoir contre les résolutions généreuses qui pourraient émaner du congrès. La ruse était habile ; l'opposition de l'Angleterre que prévoyait le ministre autrichien était concertée d'avance, elle entrait dans son plan, il savait à n'en pouvoir douter combien cette opposition compromettrait et embarrasserait la France; que lui donner l'apparence d'une liaison, d'un