‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 91 sur 275 · LA DÉSUNION DANS LE CABINET · texte numérisé non relu

LA DÉSUNION DANS LE CABINET

ment combattue, qu'on pouvait la regarder comme ruinée, même dans la droite. Le projet du gouvernement avait donc toutes les chances de succès, mais pouvait-il convenir à MM. de Villèle et de Corbière que leurs amis éprouvassent un échec aussi complet? Ce serait un véritable dommage pour le parti, il fallait trouver un moyen de l'éviter. En conséquence, sans en rien dire à leurs collègues du ministère, ces deux messieurs se prêtèrent à un arrangement avec la commission. Il fut convenu qu'elle se bornerait à demander que la faculté accordée par le projet pour l'érection de douze évêchés fât étendue à dix-huit, et qu'il ne fût plus question de la clause qui introduisait la création de plus d'un évêché par département. On est toujours à peu près sûr, dans une assemblée fatiguée par une longue discussion, de faire adopter les termes moyens.

La combinaison était habile, on sauvait l'honneur de la commission ; il était fort difficile aux autres ministres de la combattre parce qu'elle n'entraînait pas l'abandon du droit législatif. Ce ne fut que la veille au soir du jour de la délibération que le ministère fut informé par M. de Corbière de la nouvelle résolution de la commission. Il nous fut malaisé de lui dissimuler ce que nous pensions de cette inconvenance. A partir de ce jour, des deux côtés on ne se fit plus illusion sur la solidité d'une association où l'une des parties manquait de confiance envers ses alliés. J'avais plus que personne le droit d'être froissé, je m'étais fort engagé dans la discussion, je ne l'avais fait qu'après m'être concerté avec M. de Corbière, sur sa demande. Je prévins donc mes collègues que je n'assisterais pas à la séance du lendemain. Je ne cédai qu'aux instances réitérées du duc de Richelieu et des autres ministres, me disant que mon absence serait considérée comme une rupture et qu'elle entraînerait la retraite du ministère tout entier.

Je vins donc comme de coutume prendre place au banc des ministres. Le ministère ne put éviter les sarcasmes de

la gauche sur la sujétion dans laquelle il se trouvait. Les situations étaient faussées, plus spécialement celle de M. Siméon et la mienne. Qu'y a-t-il de plus déplorable que de se trouver réduit à soutenir les résultats d'une négociation à laquelle tout le monde sait que vous n'avez pas été mêlé? c'est en cela surtout que la conduite de M. de Villèle et M. de Corbière avec leurs collègues avait été tout à fait répréhensible. Il se pouvait que la politique command&tde faire l'arrangement qu'ils avaient conclu avec la commission et qui en lui-même n'était pas mauvais, mais alors il faUait que tout le ministère en eût le mérite ; cet arrangement devait être fait avec lui et non pas contre lui, par deux de ses membres se faisant forts de l'imposer aux autres. Il pouvait être un rapprochement sincère et durable entre les différentes parties de la majorité; il n'avait été qu'une exigence imposée aux plus modérés par les plus ardents.

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