‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 97 sur 275 · DÉBAT SUR L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE · texte numérisé non relu

DÉBAT SUR L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE

que la société avait marché depuis les temps où le clergé seul avait charge d'instruire le peuple; qu'il était fâcheux que l'esprit de parti s'emparât d'une question qui importait si fort aux progrès de la société moderne; qu'aujourd'hui l'homme ne sachant ni lire ni écrire était dans une situation des plus pénibles. Il se trouvait par la force des choses repoussé de presque tout ce qui pouvait contribuer à son bien-être et à son bonheur, souvent même il manquait par cela seul des moyens de pourvoir à sa subsistance. Je fus interrompu par les plus vives protestations de la droite; je le fais remarquer pour faire connaitre les étranges préjugés qui dominaient alors dans le parti royaliste. Je soutins, malgré ces murmures, qu'il était du devoir du gouvernement de procurer au peuple l'instruction qui pouvait l'aider à trouver l'aisance et le bonheur. « Si la haute instruction c( trop généralement répandue peut dans certaines circon- « stances avoir des inconvénients en créant des besoins « auxquels la société n'a pas les moyens de satisfaire, l'in- « struction primaire doit être largement répandue; en la « mettant à la por^tée de tous les citoyens, on ne fait que « satisfaire à une des nécessités, à un des besoins les plus ff impérieux dans l'état présent de la société. »

J'ajoutai que j'étais loin de contester le mérite des Écoles chrétiennes, que je savais les garanties qu'offraient les soins apportés à l'éducation par les Frères, soumis à une juste discipline; que si j'avais à choisir pour mon village, je leur donnerais la préférence, mais il y avait encore en France vingt-cinq mille communes qui manquaient d'écoles ; le gouvernement ne pouvait se priver des autres moyens d'instruction.

L'obstination du parti religieux ne céda pas devant ces arguments. MM. Cornet d'Incourt et de Lalot se signalèrent par leurs exagérations. M. Cuvier, commissaire du Roi et membre du conseil d'instruction publique, leur répondit avec toute l'autorité qu'il avait dans ces questions. M. Ma-

nuel intervint, ce qui ne rendait pas notre situation plus commode. M. de Corbière voulut dire quelques paroles, mais il eut peu de succès auprès de ses amis. Enfin la proposition de la commission fut rejetée à une grande majorité, et n'eut pour elle que les deux tiers à peu près de la droite. Ce fut donc une victoire remportée par le gouvernement, mais dans laquelle, pour la première fois, il avait eu pour auxiliaire la gauche. La droite en garda une cruelle rancune au ministère, surtout à moi qui étais plusieurs fois intervenu dans le débat. Ces sentiments hostiles trouvèrent bientôt une occasion de se manifester.

Au sujet des dépenses de police, M. Clausel de Coussergues prononça un discours sans mesure, ainsi qu'il avait coutume de le faire. Il attaquait M. Mounier, et généralisant la question, incriminait le ministère de la police depuis la Restauration. M. de Sainte-Aulaire défendit la gestion de son gendre, M. Decazes, avec sa chaleur accoutumée; le garde des sceaux fit toucher au doigt l'incohérence et la folie de ces accusations. On pouvait croire que cette réplique dégoûterait de renouveler une tentative dont le succès avait été si malheureux, mais M. Donnadieu reprit la question. Son discours fut entièrement dirigé contre moi. Pour montrer tous les abus dont était capable la police qu'il attaquait, il remonta à la conspiration de 1818, qui avait été surnommée la conjuration du bord de Veau, Il prétendit qu'elle avait été organisée par le ministère d'alors avec l'intention de compromettre l'auguste personne du prince héréditaire. « Rien n'est plus vrai. Messieurs, dit-il; « que les ministres qui sont devant moi osent le nier? Je « vous parlerai d'un fait particulier à un ministre qui siège «sur ce banc; je lui demanderai pourquoi lui, alors « ministre de la justice (il me désignait), s'est permis d'en- « voyer une note qui a été insérée dans le Journal des Débats « de cette époque, et qui portait une accusation terrible « contre un officier général, mon honorable ami, qui était

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