‹ Histoire de Monseigneur Olivier, évêque d'ÉvreuxChapitre 10 sur 47 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Aa commeocement de Tannée 1827, la cure de Saint- Pierre de Cbaillot riot à raquer par la mort d^ aeu titulaire, « vieillard, écriyait à oetta époque un inagis* i( trat, dont Tàge et les inflrmitte paralysaient le sèle « et les bonnes intentions. »

Cette paroisse, Tune des plus pauvres de la capitale, était dans le plus triste état. L'église était si nue e| lî déserte, même les jours de grandes fêtes, les eéfémo^ nies du culte, faute d'officiers, s'y célébraient avec si peu de convenance , que les rares fidèles qui y res<» taient encore allaient cbercber aillours l#s eonsolatiens de leur piété, EUq était si discréditéf » quo Mgr

de Quélen, bien qu'elle* fut érigée encore avec titre inamovible, songeait à eu demander au gouvernement la suppression. Il fallait donc, pour régénérer cette paroisse, plus qu'un curé ordinaire, il lui fallait un apôtre : Mgr Tarchevêque de Paris jeta les yeux sur le premier vicaire de Saint-Etienne-du-Mont. Les règlements de Tadministration du diocèse de Paris , et les principes invariablement suivis jusqu'alors, ne permettaient pas de conférer un titre inamovible à un ecclésiastique qui n'aurait pas atteint l'âge de trente ans. Mais Mgr de Quélen passa outre pour mettre le zèle et le mérite de l'abbé Olivier à une nouvelle épreuve. « Je vous nomme à une cure, lui dit-il, et pourtant je « ne vous donne pas de paroisse. Car l'église de Chail- «( lot ne peut s'appeler une paroisse ; elle n'existe que « de nom, elle est à créer. Si vous ne réussissez pas à « en faire une de Cbaillot, vous êtes le dernier curé « que j'y nomme. »

Jusqu'ici, nous avons vu l'abbé Olivier dans une position subalterne et subordonnée. La puissance d'organisation qu'il sentait en lui-même , il devait la comprimer, il n'était qu'un auxiliaire, a Ses passions , <c quelles qu'elles fussent , prudemment et fortement « dirigées vers des voies austères d'obéissance, et <r n'ayant du reste qu'une énergie passive, avaient K cbeminé sans efforts comme sans répugnances. Elles € vont maintenant s'individualiser et se constituer, « devenir actives, se demander compte d'elles-mêmes € à elles-mêmes, discuter les mobiles et les obstacles :

« le caractère naît, rhomme se fait.» {Biographie du Clergé contemporain, par un Solitaire, tome 1, p. 41.)

L'installation du nouveau curé fut fixée au 25 mars 1827, fête de T Annonciation et de rincarnation de Notre-Seigneur. Pour se mettre immédiatement en rapport direct avec ses paroissiens, l'abbé Olivier invite à cette cérémonie toutes les autorités et toutes les personnes notables de Chaillot. Il n'oublie pas le commissaire de police du quartier des Champs-Elysées et de Chaillot, M. Durios. Cet honorable magistrat lui

répond : « Je vous rappellerai, monsieur, que j'ai

c eu l'honneur de me réunir à vous chez le respectable € curé de Saint-Denis, lorsque j'étais commissaire de a police de cette ville. C'est assez vous dire que je n'i- « gnore pas tout le bien que vous y avez fait. Il est c pour nous un gage assuré de celui que vos instruca tions produiront à Chaillot, que vous allez trouver ff dans la plus déplorable situation sous le rapport rec ligieux. Je n'ai pas besoin de vous offirir ma partici- « pation à ce que vous jugerez à propos de faire pour € ramener au bercail vos brebis qui, je l'espère, ne » sont qu'égarées. Il n'est que trop vrai que c'est dans c l'absence des principes religieux qu'on doit recher- » cher la cause des crimes si nombreux aujourd'hui , « et des désordres si affligeants pour la morale, r

L'abbé Olivier tombait en plein carême dans sa paroisse. Sur le champ, il organise un plan et un système d'instructions pour toutes les conditions et tous les âges. A six heures, il fait une première instruction pour les pauvres et pour les ouvriers ; à neuf heures, U convoque les personnes aisées et fait précéder sa messe d'une pieuse méditation ; à trois heures de l'après-midi, il monte en chaire pour faire des homélies

siii* rEvangHe, êi lé soir, il donne pour tous une conférence sur les grandes vérités de la religion. II fait précéder les pàques d*une retraite préparatoire, et de nombreuses conversions viennent couronner les premiers efforts de son £Me< Une communion générale édifie toute sa paroisse.

En même temps 11 établit une congrégation de jeunes filles aous Tinvocation de la Vierge , et choisit parmi celles qui ont de plus belles voix un chœur de chanteuses* Il recrute de tous côtés des chantres, des enfants de choeur, les habille à ses f^ais, et les exerce Itti-'méme aux cérémonies et au chant; il n'est pas jusqu'aux bedeaux et aux suisses auxquels il n'apprenne à marcher dans les processions, car rien ne lui pamdt petit dans le service de Dieu.

Il attache un tA grand prix à leur recueillement, & leur piété dans leurs fonctions, qu'il les réunit en parllculier et fait des instructions exprès pour eux. Il leur persuade que c'est de Tédlfication du clergé qui l'entoure que dépend le scdut de la paroisse, qu'ils doivent être pl»# parfaits qoe les autres, plus respectueux parce qu'Us ont l'honneur d'approcher Dieu de plus prèsi et d'être aea serrlteurf. Ces noba pour le bas clergé des paroisses, est un des traits les plus caractéristiques de sa vie de euré«

Tout ce qui eonceme de plus près l'autel attire son attentton la plus sérieuse« oar sa dévotion particulière A pour otijet le culte de Jésus-Christ dans l'EucharistiOt à tel point qu'il croit avoir reçu de Dieu une vocation spédale pour le faire honorer dans le sacrement de son anM>ur. Il répétait souvent que la présence de JésM-Chrlit sur la terre était un fait si extraordinaire et si divin, qu'il devra» «tre toujours présent à Ut

petwée des kommêft, que Ton ne saurait trop i'abtmer d'adoration devant l'Eucharistie où il se tient caché pour recevoir nos hommages et se communiquer h nous. U se plaignait de la froideur des chrétiens qui veulent le luxe et la splendeur autour d'eux, et souffirent la nudité et la pauvreté sur les autels de leur Dieu. 11 se demandait alors où était leur foi, et i'ib croyaient vraiment à la présence de leur Dieu dans leurs temples. Jamais il n'était plus éloquent , plus persuasif, plus entraînant que lorsqu'il cherchait à inspirer aux autres le zèle pour la dévotion du sanctuaire.

Le jeune curé parlait à des cœurs bien disposés ; il fut entendu et compris. U y avait sur la paroisse de Chaillot plusieurs nobles familles de la plus grande illustration qullui prêtèrent un admirable concours. On brodait dans les salons des riches des aubes pour les enfants de chœur, des nappes pour Tautel, on y raccommodait même le linge pour Tégllse. Par Tentremlse de l'illustre famille de Chabannes et de Talleyrand de Périgord et du duc de la Rochefoucauld, il obtenait de la cour un magnifique tapis pour Tautel. D n'y avait pas de cloches dans la tour muette de l'église; il en fit fondre une, et il écrivit & la .duchesse d'Angoulème :

c Madame la ftMiphinei n Le jeune curé de la plus pauvre paroisse de Paris « a croini longtemps- d'augmenter le nombre de tant « d'inibrtunasquî assiègent votre Altesse Royale«llais

a enfin, ayant à présenter le titre d'une fondation « royale en faveur de son église, et celt^î d'une telle « détresse qu'elle a fr$ippé votre Altesse Royale elle- « même à la visite du Jubilé, il a osé vous conjurer, « madame, de venir à son aide en daignant lui faire (( rhonneur d'être la marraine d'une cloche qui lui « aidera à appeler aux offices une nombreuse populace tion, mais depuis longtemps plongée dans l'oubli de « tous les devoirs religieux et monarchiques. Daigne « votre Altesse Royale être favorable à ses vœux, et a croire au respect profond, etc..

La fille de Louis XVI accepta, et fit don, à cette occasion, de riches ornements pour l'église de Chaillot.

Les pauvres n'étaient pas oubliés. M. Olivier avait sur leur assistance ses idées particulières qu'il commença dès lors à mettre en pratique. Il regardait la mendicité comme la plaie la plus honteuse pour la société, et les mendiants en particulier comme les voleurs des véritables pauvres. L'aum6ne faite à la men- 4licité lui paraissait une prime d'encouragement donnée à la fainéantise et au vice. <k La vraie charité, « disait-il, ne doit pas attendre qu'on la sollicite, elle « doit prévenir la misère; elle doit s'étudier à con- <( naître les besoins des pauvres, et les assister chez <K eux. Elle double ainsi le prix de la bienfAîsance, et <( est plus méritoire devant Dieu. »

La principale préoccupation de M. Olivier pour parvenir à soulager efficacement les pauvres, était d'or-

ganiser, eu quelque sorte la charité. Isolée, elle ne soulagé qu'un petirnombre de nécessiteux, et laisse le plus grand nombre dans Tabandon ; collective, elle devient toute puissante contre le fléau de la misère. Si elle est la dette sacrée de tout homme devant son semblable qui souffre, elle est surtout la dette imprescriptible de la société qui doit se réunir et concerter tous ses efforts pour ne laisser aucun pauvre sans secours.

En conséquence, le nouveau curé de Chaillot lit appel aux riches; les plus nobles dames se firent sœurs de charité et se chargèrent de porter ellesmêmes à domicile les secours communs. Elles se relevaient à tour de rôle, et il les appelait gaîment ses vicaires. Car il aimait à répandre l'aumône, mais par les mains des autres, trouvant trop d'inconvénients à le faire par lui-même, et le mot vicaire avait donc ici sa juste application. Pour se créer des ressources, il multipliait, autant que possible, les sermons, les assemblées et les quêtes de charité ; il sollicitait des secours partout où il pouvait en espérer, auprès de la grande aumônerie du duc de Bordeaux, de Mme de Cayla, qui depuis la mort du roi Louis XVllI donnait l'exemple de la plus édifiante piété, et qui était la bien&isance en action, et de madame Louise de Ist Rochejacquelin.

Les pauvres bénissaient donc leur nouveau curé. Leurs femmes en couches étaient assistées; elles recevaient des mains de dames vêtues de soie et de velours, des layettes qu'elles iraient confectionnées ellesmêmes, et ces pauvres mères qui ne connaissaient la maternité que par ses douleurs et ses désespoirs, sentaient leurs yeux s'humecter de larmes de joie et

d*aUendris6ôiiieot. Leurs enfants plus ftgés échan* geaient leurs misérables haillons contre des habits neuiiB et chauds, ils étaient réunis dans les écoles et dans les catéchismes^ et renonçaient aux habitudes de vagabondage pour prendre des habitudes d'ordre, de travail et de propreté. Quand il était question d'eux, le curé de Chaillot ne craignait point de se montrer un Infatigable solliciteur. Il n'assistait par lui-même dl^ rectement que les pauvres honteux qu'il était ingénieux à découvrir.

C'est ainsi que dans cette pauvre paroisse de Chaillot, il démontrait la religion par ses effets et révélait sa puissance et sa divinité par les mhracles de charité et de bienfaisance dont elle était la source*

Dans ses études l'abbé Olivier avait été Thomme d'une seule science; dans le ministère ecclésiastique, il était l'homme d'une seule action, le soin de sa paroisse, et par conséquent un homme aussi paissant en œuvres qu'en paroles.

/ La parole toutefois éiaH son grand moyen d'agir sur les esprits él sur les cœurs. Ce n'est pas qu'il dit des choses extraordinaires, ni qu'il recherchât l'éloquence. Il était éloquent, pour ainsi dire, sans le vouloir : il se contentait d'exposer simplement et avec intérêt la doctrine chrétienne. Sans chercher à s'élever à de grandes considérations t à présenter la religion sous des points de vue nouveaux, manie qui commençait à tourmenter les orateurs de la chaire sacrée, il puisait dans les thèses mêmes d'une saine tiiéologie

869 prAoûg et H$ iostruoUoos qui raviggaient set au» diteurs, car il ne trouvait pas de plus belle matière h exposer en chaire que la vérité catholique elle-^ême, rien que la vérité catholique pure, primitive, telle que Pavaient comprise et enseignée les disciples des apôtres et les premiers Pères , et dégagée de tout système et de toute exagération. Aussi éloigné des faux adoucissements d'une morale relâchée que de rimpla** cable rigueur d*un pbarisaisme hypocrite, il se défendait surtout de ces tendances nouvelles d'une prétendue piété qui semble mettre les petites pratiques avant les œuvres mêmes , qui ne fréquente les sacrements que pour les sacrements eux-m6mes« tandis que les sacrements ne sont institués qu'en vue du progrès moral et spirituel de Thomme. Avant toutes les œuvres de surérogation, il mettait le culte public de Téglise , la réforme du caractère, la répression des passions, Ta»* eomplissement des devoirs essentiels de la vie publique et de la vie de famille. Une dévotion pleine de pratiques de piété, mais qui laissait subsister tous les défauts de l'humeur et du caractère , aussi chagrine pour elle-même qu'insupportable aux autres, qui courait à l'église quand un devoir rigoureux n'y appelait pas, en laissant le mari et les enfants à la maison, en négligeant l'ordre, la paix et l'harmonie du ménage ; riche en belles paroles d'édification , mais pauvre en œuvres; orgueilleuse et grondeuse, trouvant tout k reprendre dans les autres et peu de chose en soi'-mèinei au fond paresseuse et désœuvrée, lui paraissait une fausse dévotion , et il la stigmatisait avec une rare énergie, en même temps qu'il enseignait la véritable. Par suite de la révolution des temps et surtout d'une ignorance trop générale en matière de religion, il était

neuf en ne disant rien de nouveau, et ses plus grandes témérités en chaire n'étaient rien autre chose que le texte pur des Pères, des canons et des décisions de rËglise. Aux yeux des bons juges, il paraissait d'autant plus remarquable, qu'il ne disait rien d'extraordinaire. Le charme de sa parole était tout simplement la séduction et le parfum de la vérité elle-même. On disait souvent en sortant de ses prônes et de ses homélies : « Si Jésus eût parlé à sa place, aurait-il dit « autre chose que ce que nous avons entendu ! » C'est qu'il ne se proposait pas, en effet» d'enseigner autre chose que la parole de Jésus lui-même. Cette parole , il l'avait profondément méditée et puisée aux sources pures de la tradition. Les plus belles et plus solides expositions des Pères et des interprètes les plus consommés venaient comme d'elles-mêmes se placer sur ses lèvres. Ambroise, Chrysostême, Augustin, Jérême Bernard, Thomas d'Aquin et Bonaventure parlaient par sa bouche.

Cette église naguère si déserte, se remplissait chaque jour d'une foule plus serrée, toujours avide d'entendre le pasteur chéri. On négligeait des affaires, des parties de plaisir et des voyages pour ne pas perdre une seule de ses instructions. Le 18 juin 1827, une noble dame, Louis de la R... lui écrivait d'Yvetot : « Que je regrette ici les prières que je perds , mes « heures d'adoration que j'aurais eues pendant l'Oc- « tave de la Fête-Dieu, et je ne me console pas de ne

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