IS
« pas travailler aux habits des pauvres de la première « communion. »
La même écrivait encore : « Non , je ne puis m« « consoler de ne plus entendre votre parole. Je suis € chez les miens, mais je ne suis plus à Chaillot, et je « me considère comme exilée. »
De Tun des plus illustres châteaux du département de l'Eure partaient aussi ces mots expressif : « Je « soupire après Téglise de ChaiUot comme après ma « patrie I»
Edouard Alletz , depuis Tun de nos plus remarquables publicistes, et consul dans plusieurs Etats de l'Europe, inscrivait et terminait ainsi une de ses lettres : « Au plus éloqu^t et au plus zélé des pasteurs , « trois fois salut 1... Que vous êtes heur«ux\ que de « grâces le Seigneur vous a accordées! x>
Et une autre noble dame : « Oh 1 quel sacrifice il m'a € fialla faire de ne pas être à vos instouctions pour la « retraite des enfants de ChaiUot 1 11 faut que je joigne « celle d'assister à celle que le pauvre curé d'ici pré- « che tous les jours de cette semaine pour la première c communion qui se fera dans huit jours. Quelle béc nédiction dans une paroisse qu'un bon pasteur pieux, c zélé, instruit 1 C'est une chose dont on ne peut as- « sez rendre grâces à Dieu , en le priant de le oom- « hier de toutes les faveurs et de l'y conserver tant « qu'il fera du bien! »
Et plus près de lui, de Chaillot même, une illustre mère ée fiMoille qui avait occupé une briliante fortune, s'exensaU de ne pouvoir donner pour l'église à cause d'une banqueroute de cent mille francs que son mari venait d'éprouver. Elle lui envoyait néanmoins du linge pour ses pauvres , nouvelle preuve que la piété qu'il
haapiratt était Jointe aux œuvrei. Puis elle ajoutait t <c Si Dous devons tout à Dieu, nous derons beaucoup c à TOus-mème par la grâce. Car rotre arrivée dans « cet endroit a produit la conversion du pécheur et la « persévérance du juste. Que potre religion est belle! « Mais qu'elle est magnifique dans la bouche du mi- « nistre qui en connaît toute retendue et en démontre > si parfaitement toute la grandeur! Recevez, mon» » sieur, mes remerciements t vos bons conseils et vos ff exemples si édifiants, vos prières pures que nous « sollicitons, moi et ma fille, nous rendront heureuses. « Bénie soit la Providence qui vous a envoyé. Les mal- « heureux sont secourus. Ils auront désormais un père c qui distinguera les plus indigents d*avec ceux qui le « sont moins, les vieux et les Jeunes, et qui ne rougira <c pas de pénétrer dans les réduits pour s'auurer de « la misère réelle. Tous mes inslanti, monsieur, et « ceux de ma fille, sont à votre disposition pour le « linge des pauvres, pour les ouvrages de la première « communion, et pour ceux de l'adoration perpétuelle « auprès du Saint*Sacrement! »
L'abbé Gueyton , un de ses anciens oondisclples, aujourd'hui curé de Bercy, lui marquait de Brioude : « J'ai été bien aise d'apprendre par une de vos parois- « siennes, qui est ici, l'accueil qu'on vous a fait dans < votre paroisse, et l'empressement vraiment extraor- « dinaire qui s'est manifesté de tous cAtés. Quid mt- M ram. (Qu'y a^t-il d'étonnanl?) »
Enfin les succès de son ministère étaient si éclatants, qn'une de ses pénitentes en était comme éblouie, et craignait pour lui les pièges de l'amour-propre. Elle lui écrivait :
« Vousl'avouerai^je? Ma présomption faisant que
c Je juge quelquefois des hommes que j'aime d'après « moi, il me semble que vous avez tant de motlfii de M prendre de Tamour-propre, le démon doit Hre si fu" « ritux de tout le bien que «oui faitee, tout le monde « est si empressé de vous louer, moi*mème je me re* « proche de flatter peut-être votre vanité, enfin à votre « place j'aurais tant de peine à me défendre d'un pen « d'orgueil, que je demande par dessus tout au bon « Dieu qu'il vous en préserve, qu'il vous inspire tou- « jours l'humilité de n'avoir de confiance qu'en son « aide, de n'attribuer qu'à lui seul l'effet de vos prédire cations, et de ne jamais donner lieu aux reproches « qu'on adresse maintenant aux jeunes prêtres qui ont « du talent de se laisser gâter par leurs succès, et de a prendre de la suffisance. Pardonnez-moi ces prières « qui sont peut-être inconvenantes de la part d'une « pauvre brebis indigne, mon bien cher pasteur; mais « les plus saints sont quelquefois en butte aux tenta- « lions, et tout en ayant pourtant beaucoup plus de « confiance en youn qn'en moi. Je prie encore plus « pour vous que pour moi, en pensant combien plus c vous êtes exposé, combien plus utile et combien < plus aimé de Dieu t »
Quels sentiments t Et quelle belle âme que celle qui trouvait en elle-même de telles inspirations !
La rénovation religieuse qui s'opérait à Chaillot attirait l'attention des hommes les plus haut placés, et excitait leur admiration. Aussi le 14 juillet 1827, l'abbé Olivier reçut du ministère des afl*aires ecclétiattiques et de l'instruction publique la lettre suivante t
« Monsieur,
« Ce fot avee des regrets mêlés d'humeur que je
K VOUS Tis échapper à mon frère Tévèque de Chartres « lorsqu'il avait droit de vous regarder comme lui « appartenant, puisque vous aviez accepté ses lettres « de grand vicaire; mais le bien que vous faites en « qualité de curé de Chaillot est trop grand pour « qu'on puisse regretter toute autre destination dont «( votre mérite vous rendrait également digne. Notre « paix est donc laite.
« Si vous trouvez un instant pour lire mes deux « derniers écrits, vous me défendrez peut-être contre « mes adversaires qui s'efforcent de faire de moi un « espèce de monstre.
c( L'abbé Clausel de Coussergues. ï>
A la même époque l'abbé Caillon, curé de Saint- Denis, l'informait en secret qu'il allait être nommé chanoine de Notre-Dame, et se réjouissait avec lui de ce changement de situation qui le mettrait à portée^ disait-il, de voir plus souvent son bon petit vicaire, de Vembrasser et de le serrer plus fortement contre son eteur. Tant il est vrai que l'abbé Olivier avait été à Saint-Denis, comme à Saint-Etienne, le modèle des vicaires dans leurs rapports avec leurs curés I Comme c'est chose assez rare que des vicaires rendent leurs curés heureux et réciproquement,Je la note en passant.
Quand l'abbé Olivier reçut cette communication du bon curé de Saint-Denis, il était obligé de garder la chambre à cause d'une blessure qu'il s'était faite à la jambe, et qui le forçait de la tenir étendue jusqu'à ce
qoe la plaie fût tout à fait sèche I La mort préludait déjà au coup fuoeste qu^elle devait lui porter un jourl Il reçut à ce sujet ces reproches trop mérités :
« Puisque TOUS dites qu'une dame de charité est « une mère de famille, et qu'elle se doit à ses enfants, ff que direz-vous d'un bon pasteur chargé de toute « une paroisse? Ne s'y dolt-il pas davantage, et n'estc il pas reprochable quand son zèle l'emporte au delà ff de ses forces et qu'il détruit sa santé? »
Une supérieure de Carmélites lui faisait à peu près les mêmes recommandations :
ff Je suis fâchée, disait-elle» que vous vous fatiguiez < conune vous faites. Votre poitrine est faible, et voce tre zèle peut-être trop vif. Il faut vous ménager « pour les besoins de l'Eglise. »
Mais c'était en vain que l'on donnait à l'abbé Olivier ces bons conseils : il a été toute sa vie incorrigible sur le défaut de ne point ménager assez sa santé. Il avait tant de confiance dans sa robuste constitution et il avait une idée si profondément sentie du bon emploi du temps et de la brièveté de la vie qu'il ne voulait prendre aucun repos. Il avait sans cesse présentes à l'esprit ces paroles du Sauveur : « Marchez tant que « luit la lumière. N'y a-t-il pas douze heures de four « pendant lesquelles il faut travailler? La nuit vient « pendant laquelle nul ne peut rien faire? n La longue vie n'est pas celle qui compte les années les plus nombreuses, mais celle dont les heures sont les mieux remplies.
A peine rétabli, l'abbé Olivier vole auprès de sa
mare malade à Blerville. Mais au Heu de ie reposer auprès d'elle, il entreprend aussitôt une nourelle mission dans la Beauce déjà fécondée par les sueurs de son apostolat. Il demande des pouvoirs à Versailles, et il reçoit à Bierville, le 22 août 1827, d'un grand yicaire de Versailles la lettre suivante :
« Monsieur le curé,
a Quel bonheur d*avoir à expédier des pouvoirs à c( un homme tel que vous, et quel bonheur aussi je « vais procurer à ceux et à celles qui en profiteront! a Mais voilà donc comme vous passez vos vacances 1 cr Vous vous reposez du bien fait à Paris par le bien K fait à Etampes, et vos loisirs sont si bien employés « quUl vous faut avoir pour secrétaire une bonne re« « ligieuse de rH6tel*>Dieu. Vraiment nous voudrions « bien que vos vacances fussent de longue durée; « vous feriez en vous délassant ce que d'autres font à « peine en travaillant. Venez souvent vous reposer « sur nos terres, Monsieur le curé, et puisque vous « ne sauriez le faire sans vous occuper encore du soin « des âmes, regardez que vous êtes autorisé, par mot « indigne, à confesser et à convertir tous ceux qui se « présenteront sous votre main, séculiers ou autres. « Je voudrais y faire passer quasi tout le diocèse.
« Je recommande bien à tout votre zèle les reli« « gleuses d'Etampes, soit celles de THAtel^Dieu, soit «e celles de la Congrégation dont Je me suis déjà oc- « cupé, attendu que j'ai sous ma gouverne tous les <c béguins et toutes les cornettes du diocèse.
« Puisque vous voilà en bonnes œuvres, ajoutez -y» ff je vous prie, quelques prières pour moi, j'en ai pas- « sablement besoin. Je suis, Monsieur le curé, avec
« tout le respect que je VOUS dois, et toute l'amitié « que vous me permettez, «t Votre très humble et très obéissant serviteur... » De qui donc est cette magnifique lettre contenant tin éloge si pompeux de H. Olivier? Elle est signée Louiê-Marie-Edmond Blanquabt de Bailleul, vicaire
général de Versailles, qui depuis fut archevêque
de Rouen.
Le zèle de M. Olivier s'étendait partout où il pouvait Caire du bien. Une de ses plus illustres pénitentes habitait alors un château du diocèse d'Évreux. U la pressait vivement d'employer toute son influence pour établir dans sa paroisse une congrégation de jeunes filles, afin de leur donner les moyens de se former à la piété et de donner l'exemple en sa mettant à la tête. Docile à la voix de son pasteur, elle essaya, mais en vain : les jeunes filles du pays se contentaient d'assister aux bdtons de Sainte-Barbe et de la Sainte- Vierge, vaines cérémonies où tout était pour la toilette, l'ostentation, les plaisirs, les rubans et les bouquets, et rien pour l'édification de la piété. C'est alors qu'il entendit parler pour la première fois des charités dû diocèse d'Evreux, avec lesquelles il était sans doute loin de penser qu'il aurait on jour quelque chose à démêler, quelque chose comme une réforme radicale et orageuse et la soumission à l'autorité. Il est vraiment curieux de voir quelle première impression il eu reçut.
« U y aausiit écrivait l'illustre zélatrice, une con-
• grëgation d'hommes qu'on appelle la Charité. C'est c pour les euterrements. Ils sont douze, porteol des « robes noires, avec une écharpe rouge qui leur pend « sur répaule. Ils font dire un salut tous les premiers « dimanches du mois, et entourent Tautel, à genoux à « rélévation et à la bénédicUon du Saint-Sacrement « les jours de grandes fêtes. J*en étais édifiée la pre- « mière fois que je suis venue ici. Mais malheureusec ment j'ai appris qu'il n'y en avait pas un qui fît ses « Pâques, malgré même les statuts de leur ordre, qui a ordonnent de ne pas les admettre à moins de cela. « Eh bien ! le curé de la paroisse a voulu les casser* c II les a supprimés, il y a deux ans, pendant quinze « jours. Mais quoiqu'il n'ait pu rien obtenir de ces a gens-là, il a été obligé de les rétablir, comme au- « paravant, craignant de se mettre tout le pays à dos, « et de donner lieu à un plus grand scandale, vu le « ma/uvais esprit qui y règne. »
Le curé de Chaillot ne put comprendre ce que pouvait être une société religieuse, dont les membres portant un habit religieux, ne faisaient pas même leurs Pâques Ili
Dans ce même château, la même personne sentait bien vivement la privation qu'elle éprouvait de ne plus entendre les prênes de son curé. Son bon Ange eut pitié de sa douleur, et lui apporta, en sa manière toute angélique, une belle parole qu'il avait recueillie des lèvres de M. Olivier : l'ange et le prêtre pensaient assurément l'un conmie l'autre. Pour être étrange, le
fait D^a rien de bien extraordinaire. Quoi de plus naturel qu'un esprit céleste communique une bonne pensée à une âme pieuse qui priel Voici te fait raconté dans toute sa simplicité :
€ L'antre nuit, je rèvate que j'étais à Chaillot, et ff que ma mère, rerenant de ^église, me disait : € Je € Tiens d'entendre un bien beau sermon de nok^e f coré. n y a surtout un passage qui m'a frappé. »
€ Je lui demandai quel il était. Alors elle me dit : « Ceêt que la fréquentation des êaeremei^M n&uê procu' « fait le eiel iur la terre.
€ Là dessus je me suis réveillée, et j'ai écrit ce € passage, craignant, en me rendormant, de ToubUer, € car il me parut bien juste.
€ L'avez-Tous -vraiment cité ?
« Vous direz qne ceci est de la superstition. Ce qui « a amené ce rêve, c'est qne je me lamentais juste- € ment en me couchant de n'avoir pas la plus pe^te € instruction pendant toute cette octave de la Fète- € Dieu. »
Or, vMflcation faite, cette phrase avait été textuellement prononcée dans la chaire de Chaillot.
Quelques jours après, l'iUustre pénitente se plaignait à l'abbé Olivier de ce que, dans se» lettres, il ne hii disait jamais un mot de ses prédications. « Si mon « bon Aiî^e, disait-elle, n'était pas venu à mon sec cours pour me porter une parole de vous, j'en aurais m été tout à fait sevrée. »
ftkn 4e plus put et de plus touchant que les senti-
ments exprimis par la même pergonne sur la maladie de sa sœur Henriette :
« Elle avait déjà fait le sacrifice de nous quitter en « voulant se sacrifier à Dieu comme religieuse. S*ii la c juge digne de la réunir à la bonne Laura, et de « raccourcir le temps de ses épreuves, ne serait-ce « pas bien égoïste de chercher par des prières irréflé» « obm à vouloir prolonger son exil? Si, au contraire, « il la croit propre à se sanctifier encore davantage a dans ce monde-ci« il nous la rendra. Je le prie done <( d'alléger ses souffrances, et que sa volonté se fasse « en tout et pour tout pour le bien spirituel de cette « chère sœur, et qu'il donne à ma pauvre mère et à c nous du courage et de la résignation.
a Quand j'étais petite, je diantais en anglais un « cantique d'allégresse qu'une tribu d'Indiens a cou- « tume, dit-on, de chanter à la mort d'un des leurs; « aes pandei étaient expressives et m'avaient frappé. « Je pensais qu'ils étaient plus conséquents que nous ce autres chrétiens, qui n'avons que des chants lugu« c brei^ des cérémonies Ainèbres, des pleurs et des « regrets pour célébrer le bonheur d'une àme qui va « rfitoarner à Dieu. »
Oh tronver une plus belle exprenion de la résigna^ lion que l'eipéranœ chrétienne inspire? Et qui oserait bMmer la conâaoce que cette tane d'élite avait dans la bonté divine?
K Mon père, demandait-elle à Pabbé Olivier, n*j a* ce t-il pas de l'orgueil dans cette pensée ? Je regarde « le purgatoire d'un air de mépris , et je n'aspire à « rien moins que d'aller tout droit au ciel. Hier j'ai dû « faire des actes d'humilité de cette présomption , car « ma bonne tante (la duchesse de T..» P...) me disait
« qa*6ll6 serait bienheureuse si elle était sûre de ne « faire qu'un petit tour en purgatoire. Et quand je lui « ai répondu que j'espérais bien qu'elle en serait « exempte, et qu'elle jouirait de suite de la présence « de Dieu, elle a fait un cri , en disant qu'elle n'a«- « vait certes pas cette prétention, et elle m'a demandé « de prier Dieu de la trouver digne du purgatoire, elle « qui est si pieuse, qui fait tant de bonnes œuvres, qui « est en union de prières avec toutes les carmélites « d'Orléans, qui a tant de privations à offirir à Dieu, « étant devenue aveuglai!! Mon bon père, suis-Je « coupable d'avoir plus de confiance en la miséri^rde « de Dieu que de crainte de sa justice? »
Tous les matins, la main qui écrivait ces lignes admirables, peignait une tète de Christ couronné d'épines, la sainte face du suaire de la Véronique , qu'elle destinait à l'abbé Olivier pour être placée devant son prie-Dieu. Elle demandait sans cesse au Seigneur de guider son pinceau, afin de bien rendre l'expression de la figure souffrante et résignée du Christ, afin que ce petit tableau fât pour lui une source de consolation et de bonnes inspirations.
nosieurs personnes qui voyaient ce beau dessin s^embellir tous les jours d'un nouveau trait sous la mahi de l'artiste inspirée, en étalent envieuses, et Tabbé Olivier, à qui il était promis, n'était pas sans inquSélude. Mais elle le rassurait en lui disant qu'elle lie faisait pas légèrement de promesse, parce qu'une fbk donnée, c'était chose sacrée pour elle /et quand
bien même le roi lui demanderait son dessin, elle lui répondrait qu'il ne lui appartient pas. Elle consacrait à cet ouvrage le plus de temps possible, en demandant toujours à Dieu de lui faire tracer tout ce qu'il Toulait inspirer à son ministre, et elle ne l'interrompait que pour confectionner des layettes et tricoter des bas pour les pauvres de Chaillot. Cette dernière occupation lui souriait presque autant que la première : revèUr les pauvres, c'était revêtir Jésus lui-même, et cette action était sans doute plus méritoire que de travailler à le peiq^f e.
M§is pourquoi, au lieu de tracer le portrait de Jésus bon pasteur et enseignant les peuples, avait-elle préféré peindre l'homme de douleurs et couronné d'épines cruelles ? Ah I c'est que l'on a quelquefois de l'avenir de bien singuliers pressentiments! La noble et pieuse dame jugeait avec raison que l'abbé Olivier faisait trop de bien,|que ses succès étaient trop éclatants, son mérite trop rare, sa renommée trop brillante, pour que la supériorité de ses talents et la pureté de son zèle ne lui créassent pas, têt ou tard, des persécuteurs et des ennemis. Quand il y a un homme de Dieu sur la terre, il ne manque jamais de pharisiens jaloux pour lui tresser une couronne d'épines. L'artiste, véritablement inspirée comme elle le demandait à Dieu, voulut mettre sous les yeux de l'abbé Oliviir ce qu'il devait être un jour. Le 15 septembre 18Sn, le curé de Chaillot trouva sur son prie-Dieu cette belle et admi« rable tête de Christ d'une extrême délicatesse de piaceau, fini dan» tous ses détails, où la douceur, laforoe» une énergie divine se mêlent à la majesté d'une douleur résignée. Ceportrait ne quitta plus l'abbé Olivier; il l'eut jusqu'à la mort devant ses yeux. Sa vue» selon
h pensée de celle qui en arait esquissé le mâle caractère, ne lui inspira que de bonnes pensées dans tontes les traverses de sa vie. Au milieu des déchirements des passions haineuses, et quand le fer de la calomnie la« booraitson noble cœur, il regardait ce Christ couronné d'épines, il priait devant cette sainte image, et se relevait calme, plein de force, n*ayant sur les lèvres comme dans son cœur qu'une parole de pardon* Le vœu de la sainte était exaucé.
Cette tète de Christ, par disposition testamentaire, est passée entre les mains de M. l'abbé Huc1m|^ chanoine honoraire d'Evreux , aumônier des Urs^ines d'Evreux, et dernier confesseur de Mgr Olivier. On lit au bas celte inscription :
« Vous qui souffrez et qui êtes affligé, « Venez à moi, vous serez soulagé.
cL. de G
« Fait à Breuilpont, 1827. »
Xffl.
M. Olivier, cependant, vivait heureux au milieu de son troupeau chéri. Cette paroisse, si décriée naguère, oflirait mainten%B|t un spectacle tout à fait édifiant, c'était une paroîsseomodèle. Les bonnes œuvres s'y étaient établies, les cérémonies des cultes étaient plus augustes, le chant plus digne, les offices fréquentés par la noblesse et le peuple, les prédications suivies, les pauvres assistés, la fréquentation des sacrements en honneur, Jésus-Christ connu et adoré. Que de fa- BAilles consolées! Que de haines apaisées I Que de jeu-
neg geni et de jeunes filles arrachés à la séduction t Que d'aumAnes secrètes versées dans le sein des pauvres 1 Que de vertus chancelantes soutenues sur le bord de l'abîme 1
Et ceci n'est pas une vaine phrase. Vingt faits vien* nent à l'appui. Du fond de l'Alsace, cette lettre était jetée à la poste à l'adresse de M» Olivier, curé de Cbaillot :
« .... Oui, j'ai voulu la séduire. Mais heureuse- « ment 1 très heureusement, vous avez été le soutien « de Ifl^. vertu. Sous votre direction, elle ne pouvait « ckinceler ; vous ip'avez barré le chemin et elle a a triomphé !«.. »
Un jour, aux abords du bois de Boulogne, qui est, comme l'on sait, dans le voisinage de Chaillot, M. Olivier est frappé de l'expression de muette douleur qui est peinte sur le visage d'une pauvre femme. Il s'approche d'elle, et lui demande avec bonté si elle ne désire point quelque chose. — Oui, mon bon monsieur, dit-elle, je voudrais bien m'en retourner à Marseille. — A Marseille, ma bonne mère ? Qui vous a donc poussé à venir à Paris de si loin ? — Je suis venue à pied de Marseille, et même que j'en ai usé une paire de sabots tout neufs ! J'ai voulu voir par moi-même si mon enfant s'y conduisait bien, dans ce gueux de Paris ! Mais mon enfant en est mort à l'hôpital, de ce gueux de Paris I Et maintenant je voudrais être bien chez nous, bien que je n'y aurai comme ici que mes deux yeux pour pleurer. — Ma bonne mère, avez-vous
sur TOUS quelque paplef qui tous fosse reeomia!ire pour ce qae tous êtes véritablement ! — Oui, monsignour le poitour de Chaillot ; j'ai même une lettre de M. de la R... qui s'adresse à tous.
L'abbé Olivier prend la lettre, et la lit rapidement. — - Et pourquoi donc ne me Tavolr pas présentée plu-> tôt, cette lettre I — Ah I bon Djésou et la êoua san Madré, je vous voyais donner tant d'argent aux autres, qu'en bonne conscience je n'osais rien demander pour mol I... Et l'abbé Olivier vida toute sa bourse dans le tablier de la brave Provençale, puis se déroba aux témoignages de sa reconnaissance. - >'
C'est là, comme bientôt à Saint-Etienne-do-Mont, que la mission évangélique de M. Olivier nous paraît avoir brillé dans toute sa pureté et dans toute sa gran« deur. C'est aussi l'époque la plus heureuse et la plus calme de sa vie. Il avait fait en dfx moix, à Chaillot, ce que l'on aurait cru à peine réalisable en dix ans. Il aimait sa paroisse, et il en était adoré. Et plus tard, quand il parlait de son passage à Chaillot, 11 l'appelait : Son séjour dans le paradis terreitre. L'abbé Orsinl, connu depuis par quelques ouvrages estimés, travailla quelque temps sous ses ordres. Il fut aussi admirablement secondé par M. l'abbé Leblanc, son second vicaire, qui le suivit à Saint-Etienne-du-Mont, «ujoard'hui second vicaire de la Madelaine^ et par M. David, aujourd'hui curé de Fontenay-aux-Roses...
A Chaillot, renfermé dans une sphère modeste, dépouillé du prestige des honneurs, M. Olivier se oonsa-
cre uàkioeiiieiit à la pratique des yertos duréttennes, concenlre toutes ses affections sur le troupeau qui lui est confié, et lui donne chaque jour de nouveaux témoignages de son ardente charité et de son infatigable déYOuement. Dans ce temps d'indifférence et de sophisme, époque tourmentée par les derniers efforts de rimpiété Toltairienne, il fallait à un pasteur un tact et une habileté singulières, une patience et une douceur admirables pour être à la hauteur de sa mission. Ç*est en alliant la science à la bonté, la profondeur du savoir à l'aménité des formes, qu'il put conquérir les sympathies, gagner la eonflance et diriger puissamment les âmes dans la Toie du salut. M. Olivier prouva qu'il possédait à un haut degré les qualités diverses <|ui sont nécessaires à un bon pasteur. Son passage à la cure de Ghaillot et bientôt à celle de Saint- Etienne-du-Mont, est sans contredit un des plus beaux monuments de sa carrière ecclésiastique : son administration à Saint-Roch est tout à fait hors ligne, et ne se compare à rien de ce qui s'est fait. A l'époque oà nous sommes, on aime à voir un esprit aussi distingué acceptant avec bonheur cette position modeste, cette vie obscure, et remplissant les devoirs de son ministère avec tout le dévouement, toute l'abnégation qu'une foi vive peut inspirer.
On commença, à Ghaillot, à savoir qu'il s'appelait Nicolas, c'est-à-dire Vainqueur du peuple, dont il captivait l'amour à force de bienfaisance. On y était plus heureux que les deux évèques qui lui expédiaient
des lettres de grand-vicaire sans savoir ses prénoms. Donc, le jour saint Nicolas, en 1827, une longue file de voitures armoriées stationnait devant le n^ 93 de la grande rue de Chaillot; les pauvres ne se faisaient non plus faute de s'y rendre avec empressement. C'étaient les bons paroissiens de Chaillot qui souhaitaient la fête à leur bon curé. Parmi les innombrables bouquets qui couvraient sa cheminée, sa table et remplissaient ses vases, Fabbé Olivier trouva un petit billet conçu en ces termes et qui rendait bien la pensée de tous :
C'est au pasteur le plus aimable Que je veux offrir ce bouquet ; Au pasteur bienCaisant, affable, Au ministre sage et discret, Â celui dont le caractère Est à propos sévère et doux, A celui que chacun révère :
Vous voyez bien qu'il est pour vous.
Ce n'est pas là de la poésie, je le sais bien ; mais c^est du cœur.
xvn.
Cependant les bons paroissiens de Chaillot étaient inquiets des succès mêmes de leur bien aimé curé; ils en jouissaient ; mais ils auraient voulu que ce fût à l'insu des autres.
« Je ne vous donnerai pas de nouvelles de votre • paroisse, lui écrivait une dame de charité, pendant « qu'il était à Bierville, sinon que de toutes parts on y € demande des vôtres, en ajoutant : que Dieu le con-
« MTYt longtemps I Un dimanche sans vous est un « événement.
or «^ Ah I si Dieu exauçait les habitants de ChaiUot, c s'écriait une autre, nous serions bien sûrs de ne c jamais vous perdre I Mon bien cher pasteur, prenez € nos intérêts, demandez aussi à Dieu qu'il vous laisse « toujours au milieu de nous. L'enthousiasme, Tattaff chement, le respect que vous avez Inspirés, Tobéisa sance que vous avez obtenue, les impressions que « vous avez produites dans tous les cœurs, doivent a vous démontrer clairement que nous sommes le vé« a ritable troupeau que le père de famille vous a conûé. « Si vous le quittez pour un autre, peut^-ôtre Dieu se € retirera-t-il de vous I Et vos brebis, que devien- « dront-elles ? Ah I répreuve ne serait-elle pas trop « forte I Fasse le ciel que Je ne sois jamais appelée à a un sacrifice pareil, et que je puisse mourir en rece- « vant votre bénédiction I »
Ces craintes n'étaient que trop fondées. Madame de Chabannes , en effet , témoignant à Mgr de Quélen toute sa reconnaissance de lui avoir donné M. Olivier pour curé , reçut cette réponse de l'illustre prélat : « Ne vous réjouissez pas tant; je l'ai mis à Chaillot € en attendant que la cure de Saint-Roch soit va- € cante. d Mais l'abbé Charpentier, curé de Saint- Etienne-du^Mont, venait de mourir, et tous les regards 8*étaient comme instinctivement tournés vers Chaillot.