‹ Histoire de Monseigneur Olivier, évêque d'ÉvreuxChapitre 9 sur 47 · CHAPITRE \h · texte numérisé non relu

CHAPITRE \h

vicariat 4e 9aliit-KtleiUie-4ii-Ito«t.

A Saint-Étienne-du-Mont , Tabbé Oliyier déploie, comme à Saint-Pénis, la plus grande activité, et son zèle embrasse toutes les parties de Tadministration de cette Taste paroisse. La confiance la plus intime s'établit, dans leurs rapports mutuels, entre le curé et son premier vicaire. L'abbé Olivier a pour lui le respect d*un fils pour son père, la soumission dHin séminariste pour son supérieur : il ne fait rien sans prendre ses avis, et lui rend un compte exact de tous les actes de son ministère. L'un et l'autre ne respirent qu'une seule chose, la gloire de Dieu ; n'ont qu'un seul but, la conversion des pécheurs, le progrès spirituel des âmes dans la vertu et dans les voies de la perfection. Dans tout le bien qui est fait, dans toutes les améliorations qui sont tentées, il est impossible de distinguer ce qui vient de la propre pensée du curé, ou de l'initiative de son premier vicaire; car tout se fait au nom du pasteur, et toute la gloiie du bien qui s'opère chaque jour lui est rapportée.

En chaire, la grâce de son langage charnie les auditeurs du nouveau vicaire, tt une foule avide se presse autour de lui pour l'entendre. Tantôt gracieux et

facile, tantôt nerveux et énergique, toujours spirituel, n'afféi^nt jamais aucune prétention à l'éloquence, ne se laissant jamais emporter à aucune fougue d'imagination, fuyant toutes les nouveautés, il se borne à la simple exposition de la doctrine chrétienne avec la précision d'un théologien consommé ; il brille par la sagesse de son plan et la modération de ses pensées. Vif, ardent, d'une implacable logique dans Texposition des preuves de la religion, il apporte dans la discussion cet enchaînement rapide des arguments, cette chirté, cette lucidité de dialectique qui émeuvent, entraînent et persuadent.

L'auditoire de Saint-ÉUenne se grossit tous les joura , et la réputation de Tabbé Olivier s'étend dans toute la capitale. L'abbé Philibert est ravi des succès de son vicaire : il multiplie les instructions et les con* térences dans sa paroiste pour donner libre carrière à son lèle. Il renonce presque lui«mème à la chaire, et se fait constamment remplacer par son vicaire. Celuir ci implore le pardon de ses auditeurs, contrariés sans doute de ne pas entendre leur pasteur, absorbé par d'autres soins; mais c'est en son nom qu'il parle, ce sont ses propres pensées, les inspirations de son coeur qu'il apporte dans la chaire. S'il y a pour lui témérité à le suppléf r, il ne le fait que par obéissance, et il espère que sa soumission trouvera sa récompense dans l'indulgence de ceux qui l'écoutent. Quand il arrive que des prédicateurs annoncés manquent, il est ton- Jours prêt à les remplacer. H parle, et tout coule de source ; les idées s'enchahient, les développeamits n^ font pas début, le sujet se creuse, les grands coups d^éloquence éclatent. Toui peuvent croire que c'est là un discours qui a été soigneusement et longuement

ml^té dans ie cabinet; mais le curé, qui joint à l'admiration des autres un prodigieux étonnement, a seul le secret que c'eal .au pied de la chaire que l'abbé Olivier a été ayerii de prendre la parole. Nous ne dirons pas, nous, qu'il parle sans préparation, prétention absurde et presque sacrilège, si Ton songe à la sainteté du ministère divin de la parole : nous nous rappellerons que ses études, que ses veilles, que sa vie tout entière, a été une préparation à la chaire. U puise dans le trésor qu'il a amassé ; le fleuve de son élo* quence coule à pleins bords, parce que le fleuve des* cend de sources abondamment fournies. Mais cette onction qui pénètre les cœurs, qui amollit les âmes, à tel point qu'aucun pécheur endurci ne peut l'entendre impunément et sans sentir au moins en lui le désir de devenir meilleur, d'où lui vient-elle ? De la vie inté* rieur6,humble devantDieu,toujourschasle et toujours pure; son enfance et sa jeunesse, sous le souffle de la piété la plus tendre et la plus sfaicère, ont fleuri et se sont épanouies au pied des autels.

Un des premiers succès de conversion de Tabbé Olivier à Saint-Ëtienne, fut le retour au sein de VÈ» glise d'an grand nombre de jansénister, qui subsistaient encore sur cette paroisse, et la conversion d'un seul jaoiénisle a toujours compté parmi les œuvres les plus difficiles et les plus rares du ministère sacer» dotal. *

Le 96 JuiUet 18S6, il reçut, à ce sujet, d*un vielllaMi

ftrès instruit et trèsdocte^uoe lettre reimrquable; of le trouve la défense dn jansénisme la plus forte, la plus chaleureuse, la plus serrée qu'il sôit possible de lire, et une apologie très touchante du fameux livre du père Quesnel. Le yieillardse plaignait amèrementdene pouvoir regarder ce livre comme mauvais sans condamner en même temps la sainteté et la science, sans renier TEvangile et la doctrine de saint Paul et de saint Augustin. Â la force et à Tenchahiement des raisons, on devine à chaque ligne l'élève de Téçole de Port- Royal. Le vieillard est si convaincu, sa bonne foi est si évidente, que sa douleur émeut, et il supplie Tabbé Olivier d'éclairer son esprit comme il a déjà touché son cœur. M. Olivier fut assez heureux pour rendre la paix à son âme en lui persuadant qu'il n'y avait de repos pour l'esprit que dans une parfaite soumission à l'Eglise. La conversion de la femme de cet illustre vieillard, dont le nom a été célèbre dans la librairie par les publications de son fils, avait précédé la sienne. Les termes dont il se sert pour exprimer sa reconnaissance au jeune vicaire de Saint-Etienne, justifient pleinement l'idée que nous donnons de lui à cette époque de sa vie :

« Ma femme est d'autant mieux entre vos mains, <c lui écrivait le docte et sévère vieillard, que vous « avez en partage la droiture et la candeur unies à un « grand zèle. Ceux qui vous entendent, parlant dans « le particulier ou dans^a chaire, voient bien que vous <c le faites avec une force de conviction et une vivacité « de sentiment qui vous est naturelle, etquefranche- « ment vous cherdiez à faire passer ààns l'taae de « celui qui vous écoute tout le feu dont vous êtes pé- « nétré vous-même. U est donc tout simple que, sans

^ne Toas tous en doutiez, vous aUiriez à vous ia « eonfiaiice. »

Mais ce n'était pas seulement avec le jansénisne expirant que Tabbé Olivier avait à rompre les lances delà discussion : la paroisse de. Saint-Etienne était remplie par une foule de jeunes étudiants Jmbue de l'incrédulité du voltairianisme fraîchement ressuscité, et des principes d'une nouvelle école de philosophie. On lui enseignait publiquement dans les chaires professorales de la Sorbonne que le christianisme était un foithumain qui avait fait son temps, et elle poursuivait la recherche de l'idée nouvelle qui devait remplacer la religion. Le sort de ces intéressantes générations, espoir de l'avenir, l'émeut profondément. A la vue du danger, son zèle s'enflamme. Il ouvre, pour toute cette jeunesse des écoles, des conférences particulières, où il discute, avec un rare bonheur, les preuves fondamentales des vérités religieuses. Il permettait à ses jeunes auditeurs de lui proposer des difficultés; il les exposait en chaire dans toute leur force et leur donnait ensuite des solutions avec une puissance de logique irrénstible. La plupart de ces jeunes gens occupent aujourd'hui de hautes positions dans la magistrature et le barreau, dans les hautes charges de l'Etat, et Us avouent que c'est aux conférences doginatiques de Saint-Etienne, faites par l'abbé OUyier, qu'ils ont dà de conserver la foi, ou de Tembrasser de nouveau après l'avoir perdue.

PluftioD^ lettres nous dévoilmii quelle était la wture et Fobjet de ces conférences :

« Ayant appris d'un de mes coadisciples que tous « êtes un prêtre tolérant et ami de la discussion, qui, « loin de repousser les objections que Ton peut vous « faire contre la religion, les provoquez même, et ayez « promis de les accueillir avec bienveillance , je me « hasarde à tous faire part de mes libres sentiments « sur cette matière. Dévoué, comme vous paraissez « l'être, par une vocation toute spéciale à Tinstruction « de la jeunesse, vous ne saurez recevoir avec indiffé- « rence cette communication d'un de vos jeunes audi- « teurs qui, en se proposant de vous soumettre l'fan- « pression que font sur lui vos discours, et en se cons- « tituantl'organe du parti que vous attaquez, se charge « de vous dévoiler, et même de vous développer, dans « une série de lettres en réponse à vos sermons, « tout ce qu'il connaît de ressources de la cause dont « il est avec bonne foi et conviction le prologiste. Je « suis sceptique et non incrédule : sceptique, c*es(-à- « dire examinateur. Il faut savoir douter; la raison « conseille de ne rien admettre sans examen. Ainsi le « doute me paraît être l'état le plus naturel de la jeu* « uesse. »

Un autre lui écrivait : « Je ne vois pas le besoin « qu'U y ait d'une autre religfon que la reiigton natu- « relie pour nous engager à être vertueux. Pourquoi « une religion positive? Cette question n'a d'autre « importance que celle qu'on y attache. Le manU « chéisme, le jansénisme, le molinisme |ont eu beau* « coup d'importance dans leur temps, importance « qU*iis ont perdue dès qu'on a cessé de s'en occuper. « U commence déjà à en être à peu près de même du

c etlboUdimé et du protogtanliime, da moiitt poof la « grande maise de la sociélé occupée d*iiitérèto plus « posHifo. Néanmoins, comme il y a des jeunes gens « que ces questions agitent vivement, Û n'est pas « inutile de les étudier, surtout depuis que la politi- « que les a remises à Tordre du jour. Je suis donc prêt « à me livrer avec vous à un examen impartial. »

Et il concluait bravement, avec Tadorable suffisance de son âge : « Malgré votre état de prêtre, vous c paraissez de si bonne foi , que je ne puis m'empê- « cher de vous donner l'assurance de mon estime! rt

« --^La précipitation est une chose purement relative, < reprenait un autre contradicteur imberbe. On peut « agir avec précipitation après vingt ans comme après « une beure de réflexion. Et d'ailleurs , est-il beauc coup de jeunes gens qui, avant l'âge de vingt ans , « aient donné une bonne beure à l'examen impartial « des différentes religions, et cependant par tout pays « on se décide 1 Et pour peu qu'on ait quelques petits « arguments dans la tête, on est imperturbable ! Et il « n'y a qu'un demi-siècle, depuis le règne de la phi- « losopbie, qu'en France seulement et dans la sage « Angleterre, on s'est aperçu qu'il y avait à cela quel* « que folie 1 En Espagne , il y a encore quelques ca*- « Uuriiques qui br Aient ceux qui ne pensent pas comme • eux» Ia ftïttt triomphe pour un théologien de fbr* « mer des orthodoxes de cette force-là , et de ta- « mener la France raisonnable et libre du dix-neu«- « vième siècle à l'esprit servUe et fanatique du moyen- « Age, de la Saint*Barthétemy, de la révocation de « redit de Nantes! Tel eit h but de la eequelU ultra^ « mantaine qui rend le catholiei»me $i odieux à la jeu* « n€$$e françaiee. Tel n'est pas le vAtre, je le sais. Et

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« voilà pourquoi là jeunesse tous écoute avec plaisir» « admire votre talent , aime votre caractère, et que « votre nom est devenu populaire dans l'Ecole poly- « technique. »

Un autre écrivait encore :

« J*ai pris la Bible, j'ai ouvert la Genèse, j'en aire- « cueilli avec soin toutes les preuves de vérité que « j'ai pu y rencontrer. Je l'avoue, je serais bien porté « à regarder le livre comme divin. Mais durant ma «' lecture , plusieurs objections se sont présentées à « mon esprit, et, bien que j'en aie désiré la solution, « jusqu'à présent je n'ai pu y réussir. Je suis flottant « entre la vérité et l'erreur. Je suis de bonne foi : je te n'ose marcher dans les ténèbres. J'ai besoin d'une « colonne de feu pour me conduire; mais, aussi dès « qu'elle aura commencé à briller à mes yeux, je veux « la suivre avec ardeur. La science donne un démenti « formel aux récits bibliques. Comment accorder ce « que raconte Moïse de la création avec les faits géo- « logiques I etc. »

Comme ce sont bien là les idées de l'époque, un fidèle écho des chaires de la Sorbonne et du collège de France I L'abbé Olivier était vraiment l'homme susciié par la divine Providence pour opposer à ces débordements du scepticisme et de l'incrédulité une diitte puissante, la raison au délire, la vérité à l'erreur, la théologie divine à la philosophie humaine. Dieu à Satan. Du haut de sa montagne Sainte-Geneviève, à l'ombre du tombeau de la vierge de Nanterre, et sous la protection du plus éloquent des sept premiers diacres, il vengeait l'étemelle vérité devant les mêmes

auditeim qui avaient encore {es oreQles pleines des attaques dirigées contre elle, à quelques pas de là, sur les flancs du Parnasse moderne; il plaçait la sublimité des dogmes révélés à une hauteur que ne pouvaient atteindre les traits de Timpiété philosophique; il versait des torrents de lumière sur les systèmes nuageux dont on voulait infatuer la jeunesse. Les tribunes de la Sor* bonne avaient dans la chaire de Saint-Etienne un puissant contradicteur, armé de toutes pièces et prêt à toutes les ripostes. La tribune philosophique et la diaire chrétienne, par Tintermédiaire de cette jeu* nesse ardente, avide et curieuse , échangeaient entre eUes un perpétuel dialogue qui passionnait les cœurs brûlants, mais où le triomphe devait rester à la fin à la vérité, qui ne devient jamais plus ferme que lors* qu'elle est le plus ébranlée. La philosophie crut i sa victoire après les secousses de 1830 et del831 ; mais oh sait l'irrésistible réaction qui se fit immédiatement contre l'influence contraire, et on connaît la main bénie de l'heureux semeur qui avait répandu le bon grain dans les esprits. Les conférences de Saûit-Etienneà la jeunesse des écoles , commencées par l'abbé Olivier comme vicaire, interrompues quelque temps, mais MentAt reprises comme curé, sont peut-être la plus belle page de sa vie, comme elles sont l'un des services les plus signalés qu'il ait rendus à l'Eglise.

A Saint-Etienne, l'abbé Olivier tenait le cœur de la jeunesse dans ses mains; et la preuve en est dans l'histoire d'une souscription qui fut faite à cette époque entre les étudiants, et Ton va voir jusqu'à quel point s'étendait son influence sur eux. Rien ne parle plus éloquemment qu'un fait.

L'eûibotiftiasme d'alors (car la France a toujotm un enthousiasme, hier la liberté, aujourd'hui l'absolutls* me, après la licence Tordre^ les Turcs après les Orecs), arait pour objet l'émancipation de la Grèce^ si profondément oubliée depuis.La politique,— dotant quoi ne tremble-t-elle pasT — crut apercevoir dans cette cotisation écolière une manifestation dangereuse qu'elle répritna aussitôt. Que faire alors T Grande question qui donne à réfléchir à toute la diplomatie imberbe du quartier latin au moins autant qu'à un congrès de Vienne* « Hais nous avons notre bon génie, s'écrie un nou*- « veau bachelier* Consultons l'abbé Olivier. » Cette solution pacifique d'une bien vive agitation, fait auisitAt rentrer le calme dans les cœurs émus, et la réfaction du manifeste suivant est couverte aussitôt d'applaudissements unanimes :

«( Monsieur l'abbé,

« Nous suivons, externes, les cours du collège 4t Henri IV, et nous faisons partie des pensions qui « vont chaque dimanche sMnstruire à vos intéres* « santés conférences. Avant de vous écrire, nous nous «sommes longtemps consultés. Enfin, admirateurs « de votre beau talent autant que ^ de la sollicitude « toute particulière que vous nous témoignex, c'est à

, <c vous, Monsieur, que nous nous adressons pour dis- « sîper quelques légers doutes sur une matière grave « en elle-même.

« Il s'agit de la destination de 710 fr., collecte Mto < ^ntre eux pour les Grecs, et qui est blâmée. EHe est « encore entre nos mains, et nous attendons, Hou- « sieur, que vous vouliez bien demain nous indiquer

• « une plus noble et plus charitable destination î la

« somme que nous ayons formée. Les Grecs ne sont « pas de notre religion, c'est vrai ; mais il nous sem* « ble qu'il nous suffit qu'ils fussent malheureux, tout m motif politique à part, pour exciter notre pitié. »

D^âutres collectes du même genre se réunissent «itre les mains du même dispensateur, et du haut de la chaire, devant une foule palpitante et émue, Tabbé OUrief put prononcer ces paroles :

« Vous souTient^-ily Messieurs, de ce petit enûmt que le dirin Sauveur plaça devanllui et qu'il bénit devant ses disciples, et de ces toudiantes paroles qu'il ajouta à sa bénédiction : En vérité, je tow U lift, foui e$ qm «otii fà%tt$ à Vun de eeê pélits, touê U fùiteê à moi-même», Jeunes gens des écoles, réjouislez-vous. Les enfants pauvres de cette paroisse étaient nus et grelottaient sous la tulle de leurs mansardes. La vue de leur misère et de leurs haillons n'offenseront plus vos yeux. Vous les avez revêtus d'habits chauds pour l'hiver, vous avee apaisé leur faim. Mais que dls^e? Est-ce que moi aussi J'oAlie l'Evangile? Vous avez réèhauiré les petits membres glacés de Jésus enfant; sa sainte mère et les Anges gardiens ae ces petits vous 1)énissent^ Je ne vous remercie pas en leur nom, je ne vous loue pas. Car vous avez reçu votre récompense dans la joie qui suit une bonne action, dans les saints aé|lQi que Dieu vous inspire d'en faire de nouvelles. Vous avez eu le triple mérite d'un élan d'abord généreux, d'une réflexion de sagesse, et la gloire d'une soumission exemplaire. »

Pendanl ses vacauces, Tabbé Olivier se reposait des prédications de Saint-Etienne par des missions qu*il continuait à prêcher dans les environs d'Etampes, par des retraites qu*il donnait dans les communaatés religieuses. Les sœurs de THôtel-Dieu d'Etampes aspiraient au bonheur de Tentendre, et M. Tabbé Lagrolé, vicaire général de Versailles, lui écrivait pour le sop* plier de répondre à leurs viCs et saints désirs. A peine cette retraite était-elle terminée à Etampaa qu'il courait à Dourdan en recommencer une autre. Puis il feutrait dans une maison de Carmélites, le 15 octobre 1^5, pour y prononcer son beau panégyrique de sainte Thérèse, un de ses chefs-d'œuvre, qu'il faut lire tout entier dans ses Œuvreê qui ne peuvent manquer d'être publiées têt on tard.

Quelques jours après, le 19 octobre suivant, la supérieure des Carmélites le remerciait en ces termes :

« Je ne puis vous dire le plaisir que nous a fait votre « excellent panégyrique qui est* plein de science, de « piété et d'aoMibilité. Il peint aussi bien votre carac- « tère que celui de samte Thérèse, qui vous obtien- « dra, je l'espère, bien des grâces et des bénédictions « pour l'intérêt que vous prenez à sa gloire, ainsi que « ses flUes qui sont bien reconnaissantes. Toutes celles « qui avaient l'honneur de vous connaître vous ont vu « avec bien de la satisfaction, jouissant d'une santé « florissante, et aussi g;ros et gras que vous l'étiez à « dix-huit ans.

« Vous voulez, mon cher abbé, que je.vous dise ce

m que je pense. Votre débit est agréable et intéres- « sant, beaucoup plus calme que je ne Tattendais. « Mais on perd fréquemment la fin de vos phrases, « trop brèves et trop précipitées, surtout quand tous « êtes plus anlmél

< J'ai oublié de ^us prier de nous prêcher la bien- « heureuse sœur Marie de Lins, le 18 avril qui sera le « mardi de la troisième semaine après Pâques. Son « panég]rrique vous serait facile par la connaissance « que vous avez d'elle et de notre ordre. »

Cependant , le curé de Saint-Etienne et son vicaire, si étroitement unis et marchant toujours de concert, devaient bientôt être séparés. Nommé évêque de Grenoble par ordonnance royale du 28 décembre 1825, préconisé à Rome le 3 juillet 1826, M. Philibert de Bruillard reçut la consécration épiscopale dans son église de Saint-Etienne-du-Mont, et alla prendre possession de son siège le 18 août suivant. Le nouvel évêque, qui avait apprécié les talents de Tabbé Olivier et les qualités de son cœur qui surpassaient encore ses talents, lui écrivit de Grenoble le 18 septembre 1826 :

« Mon cher ami, si vous pensez autant à Tévêque « que l'ancien pasteur pense à son bon vicaire, je « connais deux êtres qui sont bien occupés l'un de « l'autre. Venez nous donner une retraite de dix « jours, ou même de quinze, pendant notre jubilé, et « vous aurez quatre mille auditeurs... Il serait bien « contraire à mes sentiments d'être oublié auprès de

— toc —

« Uni de personnes qui m*ont été chères, et surtout « de mes pénitentes qui sont devenues les rAtres. Et « ne dites pas de mal des cloches de la cathédrale t « non-seulement nous en avons quatre, mais notre « plus grosse est un vrai bourdon d'onse à douse mil* « liers... » *

Mgr Philibert eut pour successeur un curé du SLo^ cèse de Tours, M. Tabbé Charpentier, qui prit possession de la cure de Saint-Etienne-du-Mont dans les premiers jours de septembre. L*abbé Olivier administra la cure vacante avec le titre de desservant de Saint-Etienne.

n continua sou ministère apostolique , comme par le passé, et les conférences pour la jeunesse des écoles. Que Ton juge des plaies qu'il avait à guérir, et du bien qu'il faisait, par les deux lettres suivantes :

« Monsieur le vicaire, le tendre intérêt que vous « prenez aux jeunes gens en général , et surtout aux « écoliers, me fait espérer que vous daignerez me re- « cevoir avec un jeune homme quej*aime de tout mon « cœur, que j'ai élevé jusqu'à l'âge de quatorze ans, « et à qui j'avais eu le bonheur, tout indigne que j'en « suis, d'enseigner les premiers principes de la reli- « gion, principes que je croyais profondément gravés « dans son cœur. Mais hélas I l'aveugle indulgence de « ses parents, la lecture continuelle des livres ordu- « riers dont on empoisonne l'enfance, en un mot, tous « les venins à l'ordre du jour, véritables fléaux de la « religion et de la saine morale, colportés jusque dans « nos paisibles retraites , l'ont entièrement, sinon oor^ « rompu, du moins conduit à grands pas vers sa « perte.

« Si ce jeune homme n'était pas doué de la plus

« graiidd semibiliié, d*un cœar reconoaissani et d'un « certain mérite, je désespérerais de lai ; mais il a un « esprit assez cultivé. Il est gai, confiant , laborieux, « intelligent ei bon ami , d*ou je conclus qu'il peut « être ramené par la raison à des sentiments raison- « nables, et je sais, par expérience, que tous possé« « dez ce don à un haut degré.

« Monsieur, j'éprouve une trop vive impression m pour vous rappeler les termes pitoyables dont se « sert ce pauvre enfant pour exprimer son ineré^i* c lilé. Sachez seulement quMl ne considère l'Evangile « que comme un traité de morale , TAncien et le « Nouveau-Testament comme un conte, puis vous de- « vinerez facilement le reste.

m Je vous avouerai , monsieur, que j*ai eu le maU « heur de donner dans de grands travers ; cependant, « je n'ai pu entendre sans frémir un enfiant de dix- « sept ans avancer qu'il n'y avait de véritable reli- « gion que le déisme.

« Ah I monsieur, ne repoussez pas encore mon mal* « heureux petit ami ! Il a pâli en prononçant ce blas* « phftme horrible, et voyant la douleur amère de m mon épouse, qui a pour lui la tendresse d'une m nère, ii m^a promis de venir vous voir si voua von»- « lez bien le recevoir. Le jeune homme étudie m M fMiesôpMe au collège Henri IV I »

Entre les mahis de l'e^bé Olivier, ce jeune voltairieo devint bientAt un fervent chrétien. M. Olivier* iMbiltU alors le n« 30 de la rue Qovis, en face de l'Ëcole polytechnique*

Ecoutons maintenant l'expression de la reconnais* sasce d'une mère écrivant de Rouen :

« •».••••• La correspondance de mon fils Adolphe

« me donne tout lieu de croire qu'il n'est pas changé, « et que Tair contagieux de la capitale ne lui a pas « encore été funeste, grâces à vous et à vos bons con- « seils, car je sais que vous possédez sa confiance, et « qu'il ne cesse de se féliciter du bonheur qu'il a de « vous connaître.

« — Je sais, lui écrivait en même temps le vénérable « abbé Guillon, depuis évèque de Maroc, combien vous « êtes laborieusement et utilement occupé ; mais j'ai « 4ime si grande confiance en vous, que je ne puis con- « fier à d'autres que vous l'enfant que je vous recom« « mande et dont une respectable famille m'avait con- « fié la dévotion. »

L'abbé Olivier était alors, en effet, comme accablé par la multiplicité de ses occupations, de sa correspondance, qui s'augmentait tous les jours, et par le nombre de pénitents qui se mettaient sous sa direction.

Le nom de M. l'abbé Olivier et la réputation de son habileté se répandaient au loin, et il entrait en relattons intimes avec les personnages les plus élevés^ L'abbé Glausel de Goussergues, frère de Mgr Claude-Hyppolite Glausel de Montais, évèque de Ghartres depuis le 23 *aoAt 1824, membre du conseil royal de l'instructioii publique, et occupant une haute fonction au mi« nistère des affaires ecclésiastiques, lui écrivait en ces termes, le 16 octobre 1826 :

« Vos réflexions, monsieur, sont Mssi justes que « tes miennes, et j'aimerais à ètrt fécondé jiar un es-

« prit et un caraetère tels que votre lettre m*a fiait ff juger que vous en, étiez pourvu. Je pousserais les « conséquences de mes principes aussi loin que v6us « le voudriez, si j'en avais le pouvoir. Une certaine « vigueur que vous avez remarquée dans mon style ne « serait pas démentie par celle de mon âme. Je gou-

< vernerais comme je parle; mais je ne gouverne « rien, heureux seulement de faire écouter quelquefois « d'utiles conseils.

« C'est avec une vraie reconnaissance que je ¥#U8

< remercie de la marque d'estime que vous avez bien «r voulu me donner en m'écrivant à cœur ouvert. « Comptez sur ma discrétion. J'ai pourtant dit en « substance au ministre le contenu d'une lettre qui « ne pouvait que vous honorer à ses yeux...

« L'abbé Clausel de Coussergues. >»

Cette liaison de l'abbé Clausel avec l'abbé Olivier faillit arracher celui-ci au ministère paroissial, et fut l'origine d'une correspondance très curieuse qui met en relief la modestie et la parfaite obéissance du jeune prêtre. Certes, si jamais épreuve fut délicate, c'est celle que nous allons raconter.

Le rfoit que nous allons faire est bien différent de celui que nous avons entendu plusieurs fois sur des lèvres qui ne s'ouvraient que pour décrier tous les actes de la vie de M. Olivier. On nous disait donc qu'autrefois Hgr l'évèque de Chartres s'était laissé tromper sur son compte, qu'il l'avait nommé son grand vicaire, mais qu'il s'était hâté aussitôt de lui retirer ses pouvoirs, et que l'abbé Olivier avait éprouvé là encore un affreux déboire. C'était la preuve que le Ténérabls ypMM Savait çMao dès lors tel que les pas-

riODi et lei frénésies de la Jalousie ont voulu le dépeindre depuis. Voilà les insinuations de la haine : voici maintenant la vérité. Nous racontons les faits, d'après les lettres autographes elles-mêmes que nous allons relater.

Informé du mérite extraordinaire de Tabbé Olivier, et sans s'arrêter à la considération de sa grande jeunesse,... il n'avait alors que vingt-huit ans I... Mgr révêque de Chartres voulut l'appeler auprès de lui pour eu faire son principal grand vicaire. L'abbé Olivier ne songeait à rien autre chose qu'à bien remplh* ses modestes fonctions de vicaire. Quel ne fut donc pas son étonnement, le 2 décembre 1826, de recevoir de Chartres la lettre suivante :

a Monsieur,

a L'estime particulière qu'on m'a inspirée pour vous « m'engage à vous faire une proposition qui se trouif vfera peut-être conforme à vos vues, et à laquelle je « souhaite bien que vous puissiez adhérer.

« Depuis près de deux ans, je n'ai qu'un seul grand « vicaire en titre. L'autre, qui était M. l'abbé Gualy, « me fut enlevé peu de temps après mon arrivée ici c par monsieur son oncle, nommé à l'évèché de Car- « cassonne. La privation de ce secours essentiel a « beaucoup ajouté au fardeau de mon administration, « et je m'aperçois qu'il commence à excéder mes for- « ces ! Je suis très bien secondé par mon grand vicaire « unique, M. Evette; mais il est sourd, et cette inflr- « mité ne peut que diminuer les fruits de la coopéra- « tion que je trouve en lui. M. le supérieur du sémi- « naire est aussi un homme d'un grand mérite; mais « ses facultés et son temps sont entièrement absorbés

tf pur le« soins qu*ii donne au pins important de nos « établissements ecclésiastiques. Je reste donc chargé, « en très grande partie, du courant des affaires, et le m bien de la religion demande que j'appelle à mon m aide un nouveau collaborateur.

« C'est sur vous, Monsieur, que j'ai jeté les yeux. « Digne élève de cette congrégation de Saint-Sulpice, « qui m'est si chère, et où Ton puise à une source si « pure l'esprit sacerdotal, de plus, connu trèi avanta^ m geuêetMnt dans ce payt'-ci par Ui inêtructions que m vous avex donnéa à une partie des habitante de la « Beauce, votre ministère ne pourra qu'y être acoomm pagné des succès et des consolations les plus mar- « quées.

« Réfléchissez, monsieur, et veuillez m'instruire le m plus t6t qu*il vous sera possible de votre détermina- « tion.

c Je dois vous dire un mot des conditions. Elles sont « bien simples. Outre votre traitement de deux mille « francs, vous serez logé et nourri chez moi. Il m'est « permis, je crois, d'ajouter que l'intérieur de ma m maison n'est pas sans quelque douceur pour la « liberté honnête et la paix inaltérable qui y régnent.

« Recevez, etc.

« f Claude-Hippoltte, évèque de Chartres. »

L'abbé Olivier, le 4 décembre 1826, répondit à cette lettre si honorable pour lui :

« Monseigneur,

« Je me croirais coupable si je tardais à vous pré* < setiler l'hommage de ma bien vive reconnaissance « sor rbonneur que Votre Grandeur daigne me faire,

c en se proposant de m'associer, malgré mon indir « gnité, 'à ses glorieux travaux.

a Oui, mongeigneur, je sens tout le bonheur qu'il y « aurait pour moi à vivre dans Tintimité et à travailler <( sous rinfluence immédiate d'un des plus dignes pré- « lats de notre église gallicane, et les secours im- « menses que j'aurais droit d*attendre d'un pontife « qui a déjà si bien mérité de la religion me feraient a presque oublier mon insuffisance.

« Cependant l'affaire est pour moi d'une si haute « importance, que je prie Votre Grandeur de m'accor- « der au moins huit jours pour consulter.

a Deux motifs m'arrêtent et occupent toute ma ce pensée : le succès que Dieu a bien voulu accorder à « mon ministère à Paris et la crainte d'attrister Mgr « rarchevèque qui m'a toujours comblé de la bonté « la plus touchante.

« Oserais-je quitter le diocèse où je suis né et où « Dieu a bien voulu bénir mon ministère sans le con- « seulement de mon évêque I Je crains de sortir de la « voie de Dieu, si j'attriste le pontife qui m'a imposé « les mains. Cette considération fait sur moi, monsei- « gneur, l'impression la plus vive. Je vous montre mon <c àme tout entière. Elle a toujours trouvé h bonheur « dans rohéissance.

ti J'espère que vous voudrez bien, monseigneor, « agréer les motifs de mon délai ainsi que l'expres- « sion, etc.

« Olivier. »

L'abbé Olivier consulta, et les solutions qu'il reçut d'abord favorisaient les vues que Mgr de Chartres avait sur lui. La réponse de M. Affre, dont l'autorité est si grande en matière de jurisprudence ecclésiasti-

que, bien qo*elle soit parvenue à M. Olivier lorsque raffaire était déjà terminée, est trop importante pour n'être pas rapportée ici :

« Amiens, le 18 décembre 1826.

<c Monsieur et bien cher ami,

« Je pense que dans la position délicate où vous € vous trouvez ,^ il faut-montrer à Mgr l'archevêque de « Paris tous les égards qui lui sont dus , mais aussi « qu'il ne faut pas renoncer à une place où vous < pourrez faire beaucoup de bien à tout un diocèse. « Vous vous en ferez aussi à vous-même par les con- « naissances qu'il vous sera facile d'acquérir avec c l'aptitude et l'amour pour l'étude que je vous eon- « nais.

« Je crois lo que, d'après les usages de l'Eglise de « France, Monseigneur ne peut vous donner un ordre « de refuser; 2» que le mieux serait que Mgr l'évèque « de Chartres se chargeât de tous les procédés que « vous devez observer en pareil cas.

« Je vous conseille de voir mon oncle, M. Boyer, et € de le consulter.

« Affre, vicaire général d'Amiens. »

M. l'abbé Olivier répondit, après bien des hésitations et des perplexités, que si l'évèque de Chartres n^était pas trop effrayé de son insuffisance, il était dès ce moment à ses ordres; mais que plus la séparation était cruelle, plus il désirait en abréger l'épreuve. Il lai demandait en même temps s'il verrait avec plaisir qu'il retînt à son service son domestique, homm& fidèle et chrétien, ftgé de trente-six ans, et qui serait d'ailleurs toujours aux ordres de Sa Grandeur ; car M. Olivier n'eut jamais à son service ce que, par un étrange

abus de mots, la plupart des curés appellent une bonne. Il ayait pris au sémioaire la résolution de se faire servir toujours par un homme.

En recevant l'acceptation du premier vicaire de Saint-Etienne, Mgr de Chartres éprouva une grande joie, et ce qui montre bien Timpatience qu*il avait de le posséder auprès de lui, c*est la réponse que le vénérable prélat lui fit sur le champ, le 10 décembre

« Monsieur,

<( Je ne puis que vous dire ce que çalnt Paul mar- « quait h, Timothée ; Fe$tha ventre cito (Hâtez-vous ce de venir de suite}. Je n*ai qu*un seul collaborateur « qui me laisse presque accablé sous le fardeau : £ii- « cas est mec^m solus (Luc est seul avec moi). Votre « présence m'est donc très nécessaire , et vos secours « seront donc également précieux pour la religion et « pour moi-même.

« Je vous conseille de partir sur-le-champ, et de <x rompre brusquement les liens qu*il faudra toujours ce briser. Vous pourrez, dans quelque temps, faire un « voyage à Paris, où vous reverrez vos amis sans un « mélaoge de sentiments pénibles.

« Le secrétaire de mon évèché, étant chargé en « même temps da desservir une église du voisinage , « est allé faire Tofflce dans cette paroisse de campa* « gne. Je ne puis donc à l'instant vous faire expédier « vos provisions; mais cette formalité est fort inutile, « et J'aurai soin de les faire dater d'aujourd'hui « même.

« Venez donc , monsieur, vous serez reçu avec cor- « dialité et avec joie.

« f Claiîde-Hippoltte, évoque de Chartres. »

Vais ii rbomme proposa , dit un prorerba , Dieu dispose, et, selon un antre proverbe, Mgr raroherêque de Paris jugea que ce qui était bon à prendre pour les autres était bon à garder pour lui-même. On conçoit parfaitement qu'il ne pouvait pas consentir à priver son diocèse de l'action de M. Olivier, qui était déjà si puissante dans la capitale. Appréciant à leur juste valeur ses talents, son zèle, ses lumières, il voyait en lui tout un avenir de gloire pour la religion, de rénovation pour son diocèse, de succès pour le salut des âmes et des conversions innombrables. Il lui écrivit donc d'une main ferme :

« Je ne puis bénir, ni votre résolution, ni votre dé» « part, mon cher Olivier. Je les désapprouve et m'y « oppose de toutes mes forces, et de toute l'autorité « de l'amitié, et de toute la puissance de Tévèque.

« J'ignore quels sont ceux que vous avez consultés; « mais , s'ils ont été bien Instruits, ]e doute qu'ils aient «I pu prendre une décision qui m'appartient à tant de « titres. Si vous quittez le diocèse, ce sera contre t mon gré et contre ma volonté formelle ; je croyais « que je pourrais ajouter que ce serait contre la jus* « tice aussi bien que contre vos propres intérêts. Si vous « demeurez, comme j'aime encore à l'espérer, vous « ferez excuse à mon cœur de l'avoir un instant con- « triste.

< Vous connaissez mon attachement pour vous; ne « le changez pas en un trop grand déplaisir.

« f Hyacinthe, archevêque de Paris.

« Paris, ce 12 décembre 1826. »

Le vénérable abbé Desjardins, un véritable saint , vicaire général, écrivait en même temps à Tabbé OH-» vier :

« Vous avez reçu de Dieu le don d'exercer avanta- « geusemènt le ministère pastoral. En nous quittant, K vous renoncez à faire valoir le talent que vous avez « reçu.

« La décision de Mgr l'arçhevèque, votre conseil « comme votre supérieur immédiat dans Tordre de la « Providence, si elle est intéressée , se trouve l'être « dans l'intérêt général , la gloire de Dieu, l'honneur « du ministère et le salut du prochain. La décision « des autres conseils, quels qu'ils soient, n'est d'ac- « cord qu'avec un intérêt particulier.

« Le silence de M. Boudot (autre vicaire général), « me semble, en y réfléchissant , non une sorte de « consentement, mais l'expression de l'affliction d'un « père, le numquid et tu vi$ abire (est-ce que toi aussi « tu veux t'en aller ?)

« L'Ecole polytechnique ne vous rendait pas étran- « ger à l'œuvre à laquelle Dieu semble vous avohr « appelé. Le ministère qu'on vous presse d'accepter, « est-il celui où il vous veut? Avez-vous des données « pour le penser, comme vous en avez tant pour vous < croire dans la voie où il vous appelle ?

« J'espère tout pour vous, monsieur, de votre cha- « rite, de la droiture de vos intentions, et pour nous « du soin qu'il prendra de ses pauvres. »

Aussitôt que Itfgr l'archevêque de Paris eut prononcé, l'abbé Olivier n'hésita pas un seul instant. Il n'attendit même pas la réponse de M. Afl're. Il savait que l'obéissance, pour être parfaite et agréable à Dieu, doit être prompte et dégagée de toute considération humaine et personnelle. Il écrivit sur-le champ à Mgr Clausel de Montais :

^ Monseigneur,

« Comment vous exprimerai-je toute ma recon- « naissance et tous mes regrets?

« Sans doute Mgr Tarchevêque a répondu à la lettre « que Votre Grandeur lui avait écrite. Du moins, il < me Tavait promis; je l'en avais supplié afln que «r vous fussiez bien persuadé, monseigneur, que j'é- € tais devenu passif dans une affaire à laquelle j'at tact chais la plus grande importance, puisque je voyais «r dans le bonheur, qui m'était proposé par Votre Gran- € deur, Tassurance de la facilité que je rencontrerais 9 d'acquérir sous vos auspices la science ecclésiastique «r dont je ne possède que les premiers éléments, et de € m'avancer un peu dans les vertus sacerdotales, fora tifié par les exemples d'un pontife qui les possède « à un si haut degré.

c La ProvidençjLjge l'a pas permis. Elle me retient a dans un minisl^l^ù tous mes moments sont absoc lument aux autres, et où je verse sans cesse d'une m plénitude qui me manque absolument.

ê Vous me permettrez d'ajouter, monseigneur, que « l'attachement que je savais que Votre Grandeur « avait conservé pour les traditions et la doctrine de a notre église gallicane, était encore un motif qui c m'attachait bien fortement à votre personne. Enfin, tf permettez-moi de le dire, je vous aimais déjà comme « un père. Vous m'aviez appelé Timothée, vous étiez « pour moi un autre saint Paul.

« Les considérations humaines n'étaient entrées % pour rien dans mon acceptation. Les biens de ma € famille, situés en Beauce, la facilité plus grande que c j'avais de voir mes parents, ne m'avaient pas « frappé.

<r Les bontés de Mgr Tarchevèque ont moins ébranlé a ma résolution que son autorité paternelle. M*euscr siez-vous reçu avec joie auprès de vous, moi qui f serais arrivé comme un enfant déshérité par son « père I Privé même de la bénédiction qu'Isaac ne re« « fusa pas à Esaii, je n'osais plus me présenter devant « vous I Je ne paraissais plus qu'un ambitieux qui, « malgré la voix de Vévèque, allait chercher des obli«> « gâtions où Dieu Tabandonnerait h lui-môme, et « ainsi se trouvaient ^renversés les motifs qgi, après « ravis des sages que j*avais consultés, m'avaient dé- « terminé h accepter l'honneur que vous me propo* « siez. »

La belle conduite de Tabbé Olivier recevait aussitôt une douce récompense, Mgr de Quélen appelait auprès de lui son cher fils pour le bénir. Il liû écrivait :

u II me tarde de vou» voir, mon cher Olivier, de a vous embrasser et de vous bénir. Secundum mulii- « tudinem dolùrum mêorum in cordé meo, comolaliones « tuœ lœiificav$mnt ammam meam, (Plus mes dou- « leurs se sent multipliées dans mon cœur, plus ff vos consolations ont répandu de joie dans mon âme,) « Je regrette toutefoli d'evoir fait partir ce matin une « lettre un peu sèche pour Tévèque de Chartres, où « je me plaignais de la cbose et de la manière. Si vous « avez besoin de r#pos, mon cher ami, vous en trou- « verez ici, auprès de moi*mème. Quant à la justice, « vos services paieront avec usure ce que le diocèse a « droit d'attendre et d'exiger. Dites à votre curé de « venir avec tous me demander à dîner demain ou « après-demain, en me faisant prévenir le matin ou la « veille. Mais venez plutôt pour que nous effacions « le passé d'une seule rature. J'espère que cette oc-

— 41ft —

« oaiion ?oas montrera de pTUB en plut combien Je « vous Suis attaché.

« f Hyacinthe, archevêque -de Paris.

« Ce 13 décembre 1826. »

La lettre un peu sèche que r^irchevêque de Paris reprochait d'avoir écrite à Tévêque de Chartres se croisa eii route avec celle que ce prélat écrivait à l'abbé Olivier :

« Vous n'avez voulu que connaître et suivre la vo- « lonté de Dieu. Il est bien certain que je ne me suis « pas proposé autre chose. Cette volonté n'est pas en- « core clairement manifestée. Je viens de répondre à « M. l'archevêque; attendez. Je ne veux pas vous ar- « racher d'entre ses bras, mais, vous obtenir de lui. « Ne revenez pas sur une résolution si bien mûrie, du K moment que youg recevrez, je ne dis pas l'ordre, « mais le consent^înçnt de M- Tarchevêque. Je suis « touché de vos sentiments, monsieur, et ils augmen- « tent le désir que j'ai que la Providence vous mar- < que votre place auprès de moi. Je vous reqou- « velle, çtc.

« f Claude-Hippolytç, évêque de Chartres.

« Chartres, 14 décembre 1826. v

Mais la volonté de Mgr l'archevêque de Paris était irrévocable, et Tafflaire était terminée quand l'abbé Olivier reçut cette lettre si pressante. Cette négocialion, de part et d'autre, avait été menée avec une telle décision et une telle rapidité, que l'abbé Clausel de Coussergues, habitué par sa position aux lenteurs diplomatiques, et vivement ému de la douleur que son fràr« éprouvait du refus de Vabbé Olivier, crut aroir drqit de te plaindre t

« Trouvant dans mon cœur, écrit-il au premier vicaire « de Saint-Etienne, tous les sentiments dont vous êtes « pénétré pour Mgr Tarchevèque, je conçois parfaitece ment la respectueuse et parfaite déférence dont « vous venez de lui donner une preuve, que la déli- « catesse seule vous prescrivait indépendamment de « votre devoir.

(c C'est par ce motif que je vous avais conseillé de « prendre quinze jours plutôt que huit pour fixer vo- « tre détermination à Tégard de mon frère. Je vous « avais aussi recommandé de ne rien omettre de con- « venable et de rigoureusement nécessaire à Tarche- « vêché. Je pensais, d'après ce que vous m'aviez dit , » que Monseigneur et MM. les grands vicaires vous « avaient autorisé à continuer votre correspondance « avec M. Tévèque de Chartres, qui sans doute se ré* « servait, après ces démarches de votre côté , de « demander lui-même à Mgr. l'archevêque son conte sentement.

« Je suis un peu surpris de votre prompte décision» « et j'ai appris avec plus de surprise encore que vous <c aviez reçu les lettres de grand- vicaire avant que

< M. l'évéque de Chartres n'ait obtenu l'agrément de

< Mgr l'archevêque de Paris.

« Tout cela ne peut maintenant que causer à mon « frère une peine d'autant plus sensible, que, trompé « dans l'espoir d'avoir près de lui un sujet tel que « vous, il se trouve compromis auprès de Mgr l'arche- « vèque, pour lequel il est rempli de vénération et « d'attachement.

« Mon frère , monsieur, est bien à plaindre, manie quant de coopérateur, et étant réduit à tout faire « par lui-même. Les personnes qui connaissent sa po-

« sition, gous ce rapport, n'auraient pas facilement « condamné l'empressement qu'il amis dans cette af- « foire. Il est cependant blâmé par ses amis mêmes «c de vous avoir envoyé si précipitamment les lettres « de vicaire général.

« Je suis aussi aident que lui dans mes désirs, et je « dois être ici plus porté que qui que ce soit à Tex- « cuser; mais encore une fois, j*aft vu avec peine que « tout allait trop vite dans sa correspondance avec « vous. Espérons que la paix et l'union entre deux « prélats qui s'estiment n'en seront pas altérées. Re- « cevez, etc.

« L'abbé Clausel de Coussergues.

« Paris, 16 décembre 1826. »

La justification de l'abbé Olivier était facile.

Hais l'évèque de Chartres se chargea lui-même de lui mettre en main l'apologie de sa conduite contre les récriminations de son frère :

« A Monsieur Vabbé Olivier^ premier vicaire de Saint- Etienne-du-Mont.

a Monsieur,

« Votre conduite a été parfaite dans le cours de cette « négociation, qui s'est terminée à mon désavantage. « Je n'ai qu'à me louer de vous, et puisque vous êtes « assez prévenu en ma faveur pour attacher un prix « particulier à mes sentiments, je veux que vous sa- « ehlez, monsieur, qu'ils vous sont entièrement acquis.

« Je voudrais bien que vous vinssiez vous-même « me rapporter les lettres de grand- vicaire. Notre ju- « bîlé se termine le dimanche 31 décembre : ne pour- « riez-vous pas venir passer ce jour-là avec moi? « Vous nous prêcheriez, après Vêpres, sur la clôture.

« Tout da suite, aprèf la sermon, dtner; puis vous « partiriez pour Paris, où tous arriveriez avant le «( jour. Messe. Repos de quelques heures. Vous pour- « ries ensuite faire et recevoir fèrt aisément tos visitf tes de bonne année. Marquez-moi, poste pour poste, « s*il y a possibilité. Il me semble que, dans tous les « cas, ce voyage doit être tenu secret. Recevez, etc.» « f Claodb-Hippolvte, évèque de Chartres. « Chartres, 12 décembre 1826. »

l^'abbé Clausel de Coussergues, pleinement reyenu de rimpression fâcheuse qu*il avait d'abord reçue, saisit, en vrai gentilhomme , la première occasion pour témoigner à Tabbé Olivier le désir qu'il avait de lui être agréable, et fit donner de Tavancement à une personne que celui-ci lui avait recommandée. Car déjà Tabbé Olivier n'usait de son crédit naissant que pour obliger les autres, mais jamais pour lui-même» L'abbé Clausel de Coussergues, après lui avoir annoncé le succès de ses démarchç^, ajoute aussitôt :

« Comme je l'avais prévu, la tentative infructueuse « de mon frère pour vous avoir près de lui a entraîné « quelques suttes f&cheuses; mais le combat dont % vous avez été Tobjet n^a fait que mieun fixer l'opi-r ff nlon, que de part fit d^aulre on avait déjà de votre « mérite.

s Jamais mon frèro ne pourra se flatter de trouver « quelqu^un qui le dédommage d'un pareil mécompte. « Cependant ce n'est pas à vous qu'il adressera ses « reproches , et il ne gardera de ressentiment contre « personne.

s Yqus voudras bien auaai ouUier les ragveti un % peu trop vib que j# voua ai exprimés en voyant si

< iAi éranouir Tegpoif gue j'av«j^ fo»dé wt vaWt el « en voyant la p^in© qu*cn éprouverait l'évêqua de « Chartres.

« Croyez, Monsieur, que j'ai jugé tout ce que votre « position avait de difficile, et que dans toutes les cir- « constances vous me trouverez le même à votre « égard, c'eit-ft-dirc plein d'eitime et de dévoue- « ment.

« L'abbé Cuusgi, de CougsimGUB».

c Ministère des afiMres eocléfiaistiquei, ce 28 dé^ ^ cembre 1826. »

L'abbé Olivier s'empressa de répondre à l'invitation si honorable qu'il avait reçue de Mgr l'évèque de Chartres. Il reçut à l'hôtel du Grand Monarque où il était descendu , le billet suivant t

« Je suis ravi. Monsieur, de votre arrivée. Reposezc vous. Allez dire la messe, et puis venez déjeuner « à onze heures. Vous vous arrangerçz à l'Evèché, « vous y coucherez.

« Recevez, etc.

« f Claude-Hippolyte, évêque de Chartres, »

Le bon évêque de Chartres fut ravi de Vepprit et de ta grâce de l'abbé Olivier qu'il M eonnalasait encore que de réputation. Mais lorsqu'il l'eut entendu le soir même de son arrivée, prononcer ua discours, et le len-r demain faire le pr6ne et prêcher la clftlure 4» luWW : « Monsieur l'abbé, lui dit-il, tous surpassez encore « l'idée que je m'étais formée de votre mérite^ Je m'eU « tendais à de l'éloquence ; mais votre grande ins^rtar « tion théologique vous a placé eu-dessus de l'élo- « quence, vous la dédaigne*, tous sewWes la mépriser « même pour ne parler que le lengft^[e de la doetrlne

« chrétienne. Vous, au moins, vous prêchez la reli- <c gion. ie m'explique maintenant vos succès, j»

Voilà donc la grande mortification que Tabbé Olivier éprouva de la part du très auguste et très vénérable évèque de Chartres, étant vicaire de Saint- Etienne-du-Mont ! Voilà cette circonstance de sa vie de vicaire dont il n'osait jamais parler, tant elle l'avait couvert de honte 1

Il n'en parlait jamais, en effet, parce que, au fond, sa modestie était réelle. L'amour qu'il accusait luimême en lui-même pour les choses extérieures, pour la pompe et l'éclat, faisaient croire aux inspirations de la vanité. C'était, pour nous servir de l'expression profonde de l'un de ses biographes, l'homme de France qui allait être le plus connu et le plus méconnu. Tout ce qu'on en a dit est faux; presque tout ce qu'on n'a pas dit est vrai,

La position du premier vicaire de Saint-Etienne-du- Mont avait cela de vraiment singulier, qu'à la même époque quatre évêques se le disputaient entre eux. Mgr de Quélen le retenait dans ses bras à Paris; l'évêque de Chartres lui présentait, des lettres de grandvicaire, et avait préparé ses appartements et son logement dans son évêché; le vieil évêque d'Orléans ne voulait rien moins que l'obtenir pour coadjuteur, et lUtvêque de Grenoble lui écrivait :

« C'est avec bien du plaisir, mon excellent vicaire, € que j'ai reçu de vos nouvelles par nos voyageuses « qui sont arrivées en bonne santé. Elles m'ont appris

« qu*im de mes honorables collègues" vous avait fait « des propositions, et, moi aussi, j'en eusse fait, si c j'avais trouvé la place attaquable. Ce jourd'hui « même je vous offre la première cure de mon diocèse c dans la superbe basilique de la métropole de Vienne, € OÙ il peut tenir dix-huit ou vingt mille heijames. « J'environnerais votre acceptation de tout ce qui « pourrait vous la rendre agréable. Quant au bien que « vous feriez, il serait immense. Vous n'en iriez pas « moins voir, tous les ans ou tous les deux ans, vos c chers parents. Vienne n'est qu'à six lieues de Lyon, « auquel touche mon diocèse. Je vous demande le se- « cret, si j'ai la douleur d'être refusé. Mais je désire K vivement d'avoir ce nouveau sujet d'actions de « grâces à tout ce que le Seigneur a déjà fait pour « nous....

« Remerciez le bon Dieu de ce que par la vente « d'un immeuble, j'ai déjà pu concourir efficacement « à l'avantage de mes établissements. Dieu m'est té- € moin que je ne possède que pour les autres, et que « je répands à mesure que je reçois.

« f Philibert, évéque de Grenoble. € Grenoble, le 12 janvier 1827. »

Quelle correspondance que celle que nous avons mise sous les yeux de nos lecteurs I Quelle dignité dans les témoignages d'estime mutuelle! Quelle urbanité vraiment française I Comme c'est bien là le langage de bons prêtres en qui respirent le véritable esprit sacerdotal, l'amour de Jésus-Christ et de son Eglise, le zèle pour la gloire de Dieu et le salut des flmes!

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