VIU
Le deuU de la paroisse de Challlot, tout le bien qu'a y avait fait, précédaient l'arrivée de M. Olivier à Safait-Etienne, où son initallation fut faite avec pompe par M. l'abbé Desjardins, archidiacre de Notre-Dame de Paris. Le lendemain de soii installation, Mme la marquise de la R... lui parlait des larmes qui coulaient encore à Chailiot, des regrets si vlfe et si universels qui avaient éclaté à son départ, et de la profonde sensibilité que son mari avait fait éclater à cette occasion. « Il est rentré, disait-elle, les yeux pleins de « larmes après vous avoir quitté, et en me disant t < c'est le premier homme dont la séparation m*a fait
— tes —
« pleurer, mais aussi U est si excellent! » Le doyen de la Faculté théologique de Sorbonne, le prêtre le plus instruit de France, Tabbé Guillon s*excusait de n'avoir pu assister à la prise de possession, et se félicitait des nouveaux rapports de bon voisinage. Ainsi la science et la vertu, la noblesse et Tépiscopat accompagnaient de tous leurs vœux H. Olivier à Saint- Etienne.
M. Tarchevèque de Paris jugea nécessaires quelques changements dans le personnel du clergé de Saint- Etienne. M. Langlumé resta premier vicaire, en attendant Texpectative de chapelain de Thôpital des Capucins; M. Hantion, fut nommé second vicaire, et M. Leblanc, selon ses vœux, fut troisième vicaire de Saint-Etienne. M. Olivier eut ensuite pour dignes collaborateurs, MM. Lecourtier, aujourdliul archiprètre de Notre-Dame de Paris, de Rollau, aiyourd'hui curé de Notre-Dame-de-Lorette , Berganion , aujourd'hui premier vicaire de Saint-Gervais et Protais ; Augenend, aujourd'hui premier vicaire du Gros- Gaillou, etc., etc. Après quelques semaine, toat le clergé de la paroisse entra dans les vues de M. Olivier, et unit ses efforts à ceux de son zèle. Leur régularité, leur assiduité au chœur, leur recueillement et leur gravité dans les cérémonies, le bon accord et la confiance mutueUe qui régnaient entre eux, étaient rédiflcation de toute la paroisse. Tous ces hpns prè» très voyaient dans leur curé un ami et Taimaient comme un père. Il les réunissait au moins une fois par
semaine à sa table, et tous les soirs son salon leur était ourert. Sa gaîté, son abandon avec eux, les saillies de sa conversation, les délices de sa société faisaient le charme de ces réunions. Son autorité ne se faisait sen* tir qu'à Téglise pour Tordre et la décence des cérémonies ; c'est au milieu d'eux qu'il aimait à s'approcher de Vautel, et s'il exigeait de tous la ponctualité dans l'assistance à tous les offices, il en donnait lui-même l'exemple. Les devoirs qu'il imposait aux autres il se les imposait à lui-même. Par respect poui la parole de IMeu, quand un prêtre de la paroisse montait en chaire, il ne manquait jamais d'assister en personne à son instruction, Pécoutait avec recueillement et exigeait de tous les autres la même attention. C'est à ce spectacle édifiant du clergé paroissial, tribu aimable du Seigneur y comme il l'appelait, que H. Olivier attachait avec raison et avant tout le salut et la rénovation de sa paroisse, le succès de tout sou ministère. U eut le bonheur d'être compris et secondé par les bons eedésiasiiques dont il s'environna; et ceux qui ont cultivé la vigne sainte sous ses ordres à Saint-Etienne comme depms à GhaiUot, qui se sont formés sous lui au ministère pastoral, sont comptés aujourd'hui parmi les prêtres les plus distingués du clergé de Paris. L'amilié tendre qu'ils ont toujours conservé pour lui, leur reconnaissance, leur vénération et leur profonde estime l'ont soutenu dans toutes les épreuves de sa vie, et la douleur que leur causa, dans la suite sa fin prématurée, sont son plus bel éloge. Ceux d'entre eux qui liront ces lignes ne nous feront qu'un reproche, c'est d'èlre d^oneuré beaucoup au dessous de la vérité.
Quand on entre dang TEglUe de Saiot-EUenne, dont un extérieur peu agréable cache les magmûcences, on est laisi d'une sorte de vertige à la vue de sa grâce, de son élégance, de sa grandeur et de sa majesté. C'est bien là le temple du vrai Dieu ; mais on le dirait bâti plutôt pour des apges que pour des hommes. Son jubé est, dans son genre, un véritable chef-d'œuvre de l'art. Deux grands magiciens semblent avoir paisé par là, Tarchitecte et le décorateur. Nous ignorons le nom du premier, le second est M. Olivier. Il y prodigua les dorures, le marbre, les tapis, les dentelles et les ciselures; il lui rendit sa blancheur prinûtive. Outre les sommes considérables qu'il obtint de la ville de Paris, du gouvernement, de la fabrique et de la munificence des fidàles, vingt mille francs de son patrimoine y furent généreusement sacrifiés. Il ne de borna pas aux embellissements et aux décorations, il voulait aussi qu'elle fût commode pour les fidèles* Le soir il y répandit avec profusion l'éelairagei et pour l'hiver il étendit sous les pieds des fidèles de chauds paillassons pour les garantir contre la froideur glaciate do marbre et de la pierre. On en plaisanta un p«tt d'abord, mais cependant l'amMioration fbt trouvée bonne, et de l'église de Saint-Etienne elle s'étwkUt à peu près dans toutes les églises de Paris.
Au plus fort des railleries qu'attiraient à l'abbé OU* vier rinnovation de réclaiiage et des paillassons, le capitaine François de Gain de Montagnac lui adressa ,
pour Tdn venger, le* ?eri sulvaDts, dont VinienUoii eit à coup sûr meilleure que la poétie :
Docle abbé, ta douceur ainsi que ta boulé, Veut de tes paroissiens conserver la santé. A peine de l'hiver la saison rigoureuse A^t-elle fait lentlr son humeur vaporeuse, Que pour nous préserver de sa rigidité, Par tes soins bienveillants et ta sollicitude, On ne peut que marcher à la béatitude. En effet, en priant, et malgré la ferveur, Le froid peut bien souvent ralentir mon ardeur. Mais, grâces à tes soins, ta piété souveraine Ne laisse aucun prétexle à la faiblesse humaine. Ainsi donc en tout temps priant dans le saint lieu. Nous bénirons ta voix qui nous fait aimer Dieu. Ton zèle prévoyant a placé des lumières Qui nous aident le soir et chanter nos prières. Reçois, digne pasteur, par un élan nouveau. Tous let remerciements d'un ûdèle troupeau, Qui pour toi plein d'amour et de reoonnaiasanoe, Priera Dieu de bénir ton utile existence.
iO décembre 1828.
Les louanges de Dieu sont une partie essentielle du culte qui lui est dâ. L'Eglise de la terre n'élève pas ••ttlement ses ardentes supplications vers le ciel, elle Biéle aussi sa voix à celle des anges qui lui répètent MM fin réterael cantique de Sa Majesté trois fois sainte. Pénétré de cette idée, le curé de Saint-Etienne ne croyait pouvoir donner trop de beauté au plain« chuip, trop de perfection aux concerts spirituels, et demandait à la musique religieuse d'épuiser toutes ses ressources et toutes ses harmonies. .Il aurait voulu qii*eUe fût une image et un écho de celle du ciel. Aussi Tune de ses gloires est d'avoir été le rénova-
tear du chant ecclésiastique, et d'avoir donné à la musique religieuse une première et extraordinaire impulsion. On lui doit Torgue d*accompagnement pour le chœur, qui de Saint-Etienne, de Saint-Roch et des églises de Paris, s'est propagé dans presque toute la France, et qui commence à pénétrer jusque dans les plus simples villages.
M. Olivier n'était pas cependant un artiste, ni même ce qu'on appelle un amateur. Mais il était de ces hommes qui, sans avoir fait des arts une étude plus ou moins approfondie, et sans les avoir cultivés par eux-mêmes, n'en exercent pas moins une salutaire influence qui le fait aimer, influence utile à la culture et au progrès des connaissances humaines dans leur branche la plus agréable et la plus séduisante. Le goût des arts était chez lui un don de la nature, un instinct puissant , et ce n'est assurément pa3 dans son éducation cléricale qu'il fut à même de le puiser. Car on sait que généralement en France, tout ce quia le moindre rapport aux beaux arts est exclu d'une manière absolue des études ecclésiastiques, et n'est pas même admis comme moyen de récréation. Les élèves du sanctuaire qui s'en occuperaient seraient sévèrement blâmés et quelquefois même arrêtés dans leur carrière.
M. Olivier avait commencé à faire exécuter quelque peu de musique sous les tristes voûtes de la pauvre église de Saint-Pierre-de-ChaiUot, qui avaient retenti jusqu'alors du plus afft*eux plain-chant chanté par les plus horribles voix. A Saint-Etienne, en même temps
qu'au moyen d'eflbrts extraordisaires, il parvesaH à întroduire une foule d'améliorati<ms e^ tout genre, le chant atUraii par-dessus tout son attention et ses soins, n appela à la direction du chœur un artute d'un beau talent, M. Adrien de la Fage, avec le titre non- Teau de maître de chapelle, dan^ le but de créer aux compositeurs de musique sacrée une position dans lea égliseg de Paris. Ce titre, qui n'existait pas alors, a été depuis usurpé par tout le monde ; je dis usurpé , car un yéritable maître de chapelle doit être en même temps compositeur ,^ au moins en grande partie, de la mnâque qu'il fait exécuter, et professeur de son art. Aussitôt, à Tabominable et barbare serpent, de bruyante mémoire, jusqu'à cette époque unique accompagnement des Toix dans les églises, iiit substitué un orgue de petite dimension qui mariait aux voix des accords plus harmonieux et plus doux. M. Olivier était en ce temps le seul ecclésiastique français capable de con« ceYoir l'importance d'une telle innovation.
Cet orgue, pour lequel la fabrique de Saint-EtiMUiedu-Mont n'eut jamais consenti à débourser un sou, fut payé en totalité des deniers de M. Olivier, et, chose assex singulière, et qui montre en mè^e temps combien il était tolérant, impartial et ami du progrès, il fût cons^uit dans un système nouveau par un facteur alors iifêonnu, célèbre depuis, M. John Abbey, Anglai» et protestant.
^ l'on se reporte à l'époque à laquelle eut lieu cette isBovatioB de l'accompagnement du cœur par l'orgue, exk 1829, on comprenAra tout ce qu'il lui fallut de résolution et de fermeté pour en agir de la sorte. Il y eut dans le clergé de Paris une véritable levée de hou* cliers. On cria à l'absurde, au scandale^ presque au
i^dOàgt^ c'était dé la part des Rerp«nts, détrônés à 8àmt»£tieiioe, menacés partout ailleurs , tin concert d'horribles aifllements. Les plus modérés se oonlen*tai^Bt de gémir sur ce qu'ils appelaient une folie de jeaot homme, un accès d'excentricité, une enirie démesurée de faire parier de soL Mais rien n'arrêta la ienneté de M. Olirier. L'archevêque de Paris raimalt^ Gonflant dans les résultats qui ne pouraient le trom*par, aoB protégé se Justifia parfaitement de tous les loris qu'onrlui imputait. Mgr de Quélen arait heureu* sèment Tàme asseï élevée pour comprendre que tout ce qui augmente la solennité du culte contribue à le faire aimera qu'il ne peut recevoir une plus vivifiante spfamdeur que duis la musique, qui semble en être une partie indispensable. Pour donner, en effet, une idée des Joies de l'autre vie, on ne sait mieux le« représen* 1er que par un concert de louanges perpétuellement exécuté eu présence de l'Etemel par les anges et les bienheureux. Pourquoi les sanctuaires de la nouvelle Meavieraient-Usautemple de Salomon la variété des iDStraments sur lesquels l'immortel psalmiste nous hi« vite à chanter les louanges du SeigneurT
On criera d'abord, disait ïf. Olivier en Jetant sur revenir un regard assuré, mais on finira par m'imiter» fil cet avenir, qu'U invoquait, lui a répondu par un concert de mélodies et de diants sa(arés, modulés sur tous les tons dans toutes les églises.
Assuré du cêté de l'archevêché qu'41 ne rencontrerait pas d'obstacles, le curé de Saint-Etienne fonda une école pour les enfants, augmenta le nombre dea amployés de chœur et leurs émoluments ; il voulait , dÉsait-il, en arriver à ce point, que chacune des places dannàt de quoi vivre à ceux qui les occupaient. H ta^
ktMlaisait toutes ces augmentations sans faire d*abord à la fabrique aucune demande, prenant toujours tout à ses ftraiSi Quand ensuite la fabrique accroissait le budget du ohcaur, le choeur était augmenté de nou* Teau , en sorte que le curé restait toujours chargé d'une forte somme dans les frais de la musique. 11 y eut donc enûn à Paris une égUse dans laquelle la musique Alt d'on usage habituel, et aucune église de la capi* taie ne put riyaliseraTeoSaint-Etienne pour la splen** deur du culte, la beauté du chant et la pompe des cé«* rémonies. Gomme Toeil méchant, cet œil si bien stig« matisé par les imprécations du Christ, sait toujoura trouYer un mauyais c6té dans les meilleures choses » on commençait à dire de M. Olirier qu'il faisait l'évèque dans Saint-Etienne, que toute cette pompe n'était que le faste dont il retètait son orgueil. Mais ceux qui le Toyait s'anéantir devant la divine Eucharistie corn» prenaient bien qu'il rapportait toute sa gloire à Jésus- Christ, que ces chants sacrés, ces parfums, ces fleurs, ces broderies étincelantes des ornements, cette profu** sion du feu des bougies sur Tautel n'avalent d'autrt but, d'autre intention que de révéler aux fidèles, que de leur foire honorer davantage l'éclat invisible de lama-* jesté qui se voile par amour pour les hommes. On avait beau souffler des vapeurs Impures sur le diamant de sa foi, sur l'or de sa charité : le diamant et l'or ne se ternissent pas.
XJI.
Ces pompes extérieures du culte, si parfaites qu'elles iMeni, ne ««raieiit rien sans l'esprit intérieur qui les
vivifie : il leur faut une âme, une inspiration, ce tnen$ divinior in Mis dont les infidèles mêmes de la gentilité avaient un vague soupçon. Dans nos sanctuaires catholiques où Ton adore Dieu en esprit et en vérité , les sens ne sont frappés par les choses visibles que pour élever les esprits à la contemplation des choses invisibles. Or, M. Olivier» en chaire, était cette âme , ce souffle et cette inspiration ; il expliquait le sens et la signification de toutes les cérémonies du culte, et la liturgie lui fournissait la matière de ses prAnes les plus écoutés et de ses homélies les plus ravissantes. On lui a reproché de matérialiser le culte : il le spiritualisait au contraire !
La puissance de M. Olivier pour opérer le bien et renouveler sa paroisse était toujours sa parole, instrument de toutes les merveilles de sa vie. Son talent oratoire s*élevait en proportion de ses succès toujours croissants. Il se prodiguait et ne s'épuisait jamais. Méditations du matin, prônes, conférences, sermons, homélies, instructions familières avec catéchismes, retraites, exhortations spéciales tous les jeudis pour les sacristains et autres officiers de Téglise , coulaient de la plénitude de son éloquence qui ne tarissait pas , parce que la source venait d'en haut. U variait sa parole sur tous les tons, et raccommodait à la portée de son auditeur ; il charmait, parce qu'il savait toujours s'inspirer des circonstances, et ne disait que ce qu'il fallait dire.
Ce n'était pas seulement à Saint-EUenne que M. Olivier était suivi et écouté, mais on se le disputait dans les autres églises de Paris , et la foule ne faisait jamais défaut dans celles oà il devait prédier. A cette époque , il n'est guère de couvents dans Paris qui
n'aiait entendu la voix du jeune curé de SainW&tienne, peu de chaires qui n'aient été illustrées par sa parole.
Dans sa paroisse, son zèle s'enflammait de jour en jour, et il imaginait mille moyens pour attirer les fidèles aux offices. Toutes les vertus et toutes les qualités d'un bon curé qui a à cœur le salut des âmes brillaient dans tout leur éclat.
xin.
Que Ton recherche la première origine de» retraites pascales, des solennités du mois de Marie, des octaves de la Fête-Dieu, des saints des grandes antiennes de TAvent ou des 0 des Noëli c'est à Saint-Etienne qu'on en trouvera le berceau, c'est M. Olivier qui les a institués dans tout leur éclat, qui a contribué, plus qu'aucun autre, à les populariser. C'est de Saint-Etienne, c'est de Saint-Roch ensuite que ces grandes solennités, où tant d'âmes ont trouvé leur conversion et leur salut, se sont répandues dans les autres églises. Cette rénovation du culte, les magnificences inouïes dont il le revêtit, ont en pour premier moteur M. Oliviar; sous ce rapport, on peut dire qu'il était un grand artiste, en même temps qu'il était un grand ouvrier de conversion. C'est au milieu même de la résurrection du voltairianisme et dans la plus grande effervescence de l'impiété qu'il faisait succéder au sarcasme le respect, au ridicule la vénération, à tel point que ceux qui ne voulaient apercevoir rien de divin dans le culte y trouvaient néanmoins une poésie qui imprégnait d'attendrissement leurs âmes rêveuses. Si la religion
Q'éftftit pM pràtk(ué6« elle était du moins admirée, et il commençait à devenir de bon ton de la respecter.
Les retraites pascales et la solennité des premières oemmuoions furent le triomphe du ministère de M. Olivier à Saint-Etieune, C'était un spectacle émouvant et lait pour entraîner ceux qui hésitaient encore» que ces milliers de fidèles recueillis et attentib à la parole de Dieu, se levant tous ensemble pour approcher de la sainte table dans un ordre admirable, un spectacle qui rappelait la ferveur des chrétiens de la première église.
Les succès de la prédication de M. Olivier étaient Uen moins dans son éloquence naturelle que dans la doctrine même qu'il professait* Personne n*était plus éloigné que lui de ce sentimentalisme vague et vaporeux, de ces pieuses Sensibleries, dé ces antithèses et brillantes exagérations qui avaient envahi la chaire depuis Gh&teaubriant qui était mis en lambeaux dans les tribunes sacrées, comme il le raconte lui-^mème dans ses Mémoires éToutre^tombe i toutes ses instructions concluaient à la pratique de la foi religieuse, et avaient toute la solidité de la forte et saine théologie iont il était nourri.
Mais la même nourriture spirituelle ne convenait pas à tous, il avait donc institué, les dimanches, une première grand'messe et des instructions particulières pour les classes pauvres de sa paroisse ; il ne manquait Jamais d'y assister lui'^mème.
Tous ses paroissiens pouvaient communiquer librement avec lui. Tous les jours jusqu'à midi il recevait dans la sacristie toutes les personnes qui avaient be^ soin de le consulter, et l'après-midi dans son presby-» tère. Dans ces communications, intimes et familières,
il acheyait couvent d'un mot la convertlon quHl a^att préparée eo chaire.
L'œuvre principale de son nûniitère à Saint-Ëliaone,
si toutefois on peut dire qu'il eut jamais une ciUTre
principale, car il se donnait tout entier à chacune de
ses œuvres, celle sur laquelle il dirigeait partiouiiàre*-
ment son attention^ était la nombreuse jeunesse des
collèges et des pensions fixés sur sa paroisse» Las
jeunes gens et lui se connaissaient déjà. Il reprit donc
avec une nouvelle ardetr les confiéFences qu^U avaii
si heureusement inaugurées quand il u*étaii q«e vl»
caire. Si quelques professeurs de la Sorhona^ at du
Collège de France ne cessaient point d'amonoeler
leurs nuages et leurs doutes phUosopbiques autour de
la foi catholique, il ne se lassait polBtnon plM da les
dissiper. Au scepticisme que Ton enseignait publiqndB
ment h la jeunesse comme leur seule vraie sagaaset U
opposait la certitude de la religion, aux désespoir» du
doute les consolations de la foi. Mais c'eût été peu iê
chose encore que d'éclairei; ces jeunes gens et de soii*
tenir leur foi chancelante, U fallait les entraîner i^ ia
pratique et les soutenir dans le bien» Dans ce but, la
curé de Saint-Etienne établit spécialemaot^pour ev^,
chaque dimanche, à huit heures, une grand'massa
qu'il disait souvent lui-même, h, laquelle il assistait
toujours. C'était lui, lui seul, qui montait en chaire ot
expliquait à son jeune auditoire les vérités sublimes
de la religion.
Ry avait bien encore, parmi «mt, quelques esprits
forts. Mab tous, du moins, ayaient le désir de connaître la yérité, et Tun d'eux lui écrivait :
« L'ouverture de vos conférences a été pour nous « une nouvelle preuve de votre talent et de votre pé- « nétration. Vous connaissez les besoins de la jeunesse, « Monsieur; c'est au nom de la vérité que vous nous « avez parlé; vous avez été entendu. Car, quoiqu'on « en dise, noire génération s'avance grave et sérieuse, ff et amie du vrai. Si nous lisons Voltaire et Rousseau, « nous plaçons à côté les Bossuet, les Pascal, les Fé- « nélon, les Guénée, les Duvoisin. Pourtant, nous ff vous l'avouerons avec franchise, notre conviction « n'est pas en tout pleine et entière. Entre la légèreté ff qui répond par des sarca^ies, et la' foi vive qui « pourrait à la rigueur se passer de preuves, il est « une place qui examine et rencontre des doutes. Les ff attaqins virulentes, les reproches amers rendraient « la rèdstance plus opiniâtre : Tami, le frère, nous « verra toujoiurs disposés à l'entendre e( à lui ouvrir « nos eœurs. » Puis le jeune étudiant lui proposait une objedioH très subtile sur le mystère de la Trinité.
■• Olivier était un homme sans préjugés. Les superstitions, les abus, le faux zèle, la fausse piété, les inraitiques mal entendues, le fanatisme religieux, n'avaient point de plus grand adversaire. Aussi sa doctrine, autant au moins que son éloquence, charmait et enthousiasmait la jeunesse. Il savait admirablement lui parler le langage qu'elle aimait à entendre. Nous n'en voulons point d'autre preuve que cette appréciation poétique de l'un de ses jeunes auditeurs :
Ministre du vrai Dieu, docte et zélé vicahre,
Quen plus d un temple auguste on craint et Ton rivère.
Et qui par tes discours, orateur lumineux,
Répands dans tous les cœurs les Térités des deux,
Et cette piété charitable et chrétienne
Que saint Paul enseignait à la secte payenne,
Emule deBossuet et du grand Fénelon,
A leur gloire immortelle associant ton nom,
Ce qui dans tes discours nous ravit et nous touche,
C'est que la vérité seule parle en ta bouche.
A tes doctes sermons de bonheur j'applaudis.
Surtout quand d'une ardeur éloquente et chrétienne,
Dans sa marche harcelant la secte ultramontaine
De sa maxime affreuse et de son noir poison
Tu venges la morale et la saine raison.
Défends les droits du trône et ceux de la patrie
Contre leur implacable et mortelle ennemie.
Un bon prêtre, aussi bien^ qu'un valeureux soldat.
S'honore en combattant pour défendre l'Etat.
Flétris l'ignoble main dont l'hypocrite hommage
Brûle sur les autels un encens qui l'outrage.
Dans les cœurs égarés fiads descendre aujourd'hui
La voix d'un Dieu clément qui les appelle à lui.
Attaque le faux zèle et le semblant impie
Qui veut nous imposer par la forfanterie.
La piété sincère agit de bonne foi.
Et confondre la fausse est bien digne de toi.
Outre les prônes du dimanche, M. Olivier faisait des conférences, qui, à certains jours de la semaine, étaient exclusivement réservées aux collèges, aux pensions, et auxquelles venaient se presser un grand nombre d*é1èves en droit et en médecine, qui Técoutalent avec une attention profonde. Il y régnait un ordre parfait. Après chacune de ces conférences, ceux qui avaient des observations à lui faire, des difficultés à loi soumettre, des avis ou des consultations à lui demander, recevaient toujours du curé de Sain^
Etienne Taccueil le plus graeieux, le plut encourageant, le plus paternel. C'était au presbytère adossé à réglise, et le plus souvent au milieu d*uu joli jardin qu'il recevait ses jeunes ouailles, qui le quittaient toujours ou consolées ou éclairées. Il avait même un billard au service des jeunes amateurs.
« Or, dit le Solitaire^ c'est par manière de récréa- « tion et dans les calmes agitations du jeu, qu'insen- « siblement il s'emparait de son homme et lui insi- « nuait l'amour du bien. Touchante supercherie, qui « fut pour plusieurs une cause puissante de bonheur ec et de salut, et qui a fait, selon toute apparence, « d'un pauvre petit avocat (Lacordaire)^ bien athée <c alors, l'un des plus admirables prêtres du dbc-neu- « vième siècle. »
a — Nous aussi, écrit le biographe de la Chaitm m catholique, tome I, page 354, nous avons suivi avec « bonheur, pendant deux ans, les instructions pater- « nelles du curé de Saint-Etienne-du-Mont; et c'était « toujours avec joie, et surtout avec impatience, que « nous attendions chaque dimanche. 9
Mais l'abbé Olivier ne se contentait pas do ces instructions religieuses. Il établit encore chez lui une espèce de réunion académique pour les jeunes gens de l'école de droit et de médecine ; on s'y occupait de questions religieuses, de philosophie^ de thèses de droit et de médecine. Plus de quarante y étaient assidus, et la plupart occupent aujourd'hui les principales chaires des facultés, les sièges de la magistrature^ ou de hautes positions sociales.
Pendant près de six années consécutives, U. Olivier continua à remplir avec le dévouement le plus complet cette mifisiou s^ gr^ve et si pénible de l'instruc*
Uoo des étudiants, dont nous avons déjà apprécié plus haut les immenses résultais. Son zèle Infatigable ki avait acquis un tel ascendant sur l'esprit de cette jeunesse, dont le cœur s'émeut si vite et dont la tète s'exalte si facilement, qu'il était devenu pour elle une sorte de génie bienfaisant et protecteur. Ce n'était pas de la reconnaissance, c'était plus que de l'amitié, du respect et de la confiance, c'était un enthousiasme du cœur qui leur faisait considérer la parole de M. Olivier comme devant infailliblement porter bonheur à ceux qui la recueillaient, même pour les études, comme jadis la fameuse prière de saint Thomas. « Je sais un n de mes confrères» dit le Solitaire^ qui, à la veille « d'un examen, n'eut pas manqué pour beaucoup « d'aller s'approvisionner de courage et de force chez c4'aimable conférencier. »
Au dehors, M. Olivier entretenait de belles rela«tîons. Ses fréquentations les plus habituelles, bien qoe rares dans une vie si occupée, étaient à l'archevêché, où M. de Quélen, qui l'avait pris en affection extraordinaire, lui faisait le plus paternel accueil, et se plaignait toujours de ne pas le voir assez. Il était radierché par tout ce que le faubourg Saint-Germain comptait de plus considérable ; il avait du crédit à la cour, par M* Tévèque d'Hermopolis, le célèbre conférencier de Saint-Sulpice, qu'il invitait sans façon à dîner chez lui au presbytère de Saint-Etienne; par IL le duc de Ri?ière, précepteur du duc de Bordeaux ; par M. CatMbajac et par le prbice de Groï, grand
aumftnier, qui avait TexceUente bonhomie, en homme de goût qu'il était, de ne pas trop se souvenir des funérailles de Louis XVIII à Saint-Denis. Des lettres nombreuses attestent que ses recommandations pour ses amis, pour toutes les personnes qui sollicitaient par son canal ou un emploi ou de Favancement, étaient couronnées de succès. Ne demandant jamais rien pour lui, il sollicitait volontiers pour les autres, et ne se refusait jamais à rendre un service.
Mgr de Beauregard, évëque d'Orléans> qui n'avait pu Tobtenlr pour grand vicaire, voulait cette fois, avec force instance de prières, l'avoir pour coadjuteur, et le bon et saint vieillard ne se consolait pas d'échouer encore devant sa modestie, et quoiqu'on en dise, puisque le fait est là, devant son absence absolue d'anibltion. En toute chose, il n'envisageait que le bien *Il faire, et il se croyait plus utile à Saint-Etienne qu'à la tète du diocèse d'Orléans.
Le petit duc de Bordeaux, accompagné de son gouverneur, M. le duc de Damas, visitait les principales églises de Paris. A Saint-Etienne, le 19 novembre 1828, il fut reçu par M. Olivier à la tète de tout son clergé. Une foule immense encombrait la vaste église. Dans le chœur, l'aimable enfant avisa un petit bouton jaune qui paraissait fixer son attention. M. le curé dit au prince ; « Monseigneur, vous pouvez tirer le bou- « ton. » L'enfant le tira, et aussitôt Torgue chanta, avec ses mille jvoix, l'air bourbonnien : YiveHenrilV. Et le prince parut en éprouver une surprise et une joie très vives. Bientôt le royal enfant se perdit dans la foule, et jusqu'à ce qu'on eut pu le retrouver, C0 furent quelques instants d'une bien cruelle anxiété Après lA visite 4e l'église de Saint-Etienne et de la
basiliqae de Sainte-GeneYiève, le duc de Bordeaux accepta, au presbytère de Saint-Etienne, une collation, pendant laquelle il fut très gai et adressa mille questions à Tabbé Olivier*
Le terrain de la politique était alors bien brûlant : U. OllTier se tenait en dehors des partis. Une de ses pénitentes, qui fréquentait les Tuileries, lui écrivait :
€ .... Il est bien permis, dans un gouvernement re- « présentatif, de séparer les actes du ministère de la « personne du roi. Et comment aimer pour premier « ministre un homme qui a paralysé Tamour du peu- « pie pour le roi, et qui fait tant de tort à la religion? « Dieu le permet, il faut $e soumettre. Aussi ne suis-je « fîrondeuse que sur la surface de mon cœur. Mais les « injustices m*ont toujours révoltée, et les opprimés « sont sûrs d'avoir tout mon intérêt... »
Monseigneur de Clausel de Montais lui écrivait aussi de Chartres :
« Je ne puis assez vous dire combien les marques « de votre souvenir et de votre attachement me tou- « chent et me sont précieuses. J'y suis d'autant plus « sensible, que je n'ai rien fait pour les mériter. Vous « ne me devez aucun gré pour avoir cherché l'utilité ff de mon diocèse, l'agrément et l'appui de votre coo- « pération. Je suis, dans tous les cas, bien flatté de € l'expression de vos sentiments, soit que je n'y aie « aucun titre, soit qu'il faille y voir une dette bien ff légère.
« Il est vrai qu'on est heureux de combattre les
« combats du Seigneur, et de se dévouer pour la « Térité ; vous auriez eu ici, à cet égard, matière à K votre zèle. Je sais que votre ministère a aussi ses <t épines; mais il n*en est pas de comparables à celles € qui croissent en ce moment sous les pas d'un évê- » que. Priez donc pour moi, et, à la place des secours «( extérieurs que vous m'auriez donnés, obtenez-moi « par vos sollicitations secrètes la protection qui m'est « si nécessaire.
» Jamais la religion ne fut plus menacée. La cham- € bre lui portera-t-elle le coup mortel ? Toutes les «t apparences humaines sont pour cette opinion. Mais ff les projets de IMmpiété sont si horribles, que Je ne « puis m'empêcher de croire que Dieu les fera échouer. « Gomment? Ahl je défie les plus habiles d'entrevoir « quelque chose dans cette obscurité. Il suffit de sa* « voir que les miracles ne coûtent rien à celui qui « peut tout. Partagez, si vous pouvez, mes espérances. « Je vois les mille raisonnements par lesquels on peut « les combattre. Mais Je ne veux point m'y arrêter.
€ Recevez, etc.
« f Claude Hippolyte, évêque de Chartres.
a Chartres, 4 janvier 1829. »
« Je prie deux fois par Jour, lui écrivait l'évêque <( de Grenoble, pour mon cher Saint-Etienne et pour <c son digne pasteur... Je suis très tourmenté par ce rapport à mes deux petits séminaires, quoiqu'ils « soient autorisés. Que deviendront-ils? Que devienne drons-nous?...
a Philibert, évëque de Grenoble.
« Grenoble, le 15 Janvier 18Î9. »
xvn.
C'est au milieu de toutes ces angoisses, au milieu des travaux et des succès 4e son ministère, que M. Olivier fut appelé à Bienrille pour fermer les yeux de sa mère mourante. Il Taimalt tendrement : aussi sa douleur fut profonde. Hais elle expirait dans les sentiments d*une foi si vive ; elle avait toujours mené une vie si sainte, que les larmes de son cœur coulaient dans les joies de Tespérance chrétienne. Les mourants ont souvent une vue prophétique sur l'avenir. La pieuse mère dit à son fils :
« Mon enfant, les succès qui te suivent partout et « qui couronnent les efforts de ton tèle, sont pour ta € mère attentive une preuve que de grandes persécu- « tiens te sont réservées dans Tavenir. Le démon est K ennemi de tout bien; plus tu gagneras des âmes à tf Dieu, plus tu ressentiras les effets de sa rage. Mais « aie confiance ; Dieu est avec ceux qui l'aiment. Je c sais que tu aimes Jésus-Christ. Réjouis-toi, quand c un jour tu seras traité comme lui. Il faudra que tu € portes sa croix aveo lui jusqu'au sommet du Calc vaire. Il ne faut pas que cela t'effrayes : tu m'as dit « toi-même que la montagne des Oliviers, d'où Jésus c monta au ciel, était de l'autre côté de Jérusalem, en « face du Calvaire. Je m'en vais donc te quitter et « mourir, c'est-à-dire, avec la miséricorde de Dieu en • qui j'ai confiance, aller au ciel. C'est là que j'irai « t'attendre : seras-tu bien longtemps à venir m'y « rejoindre ? Il faut que tu travailles encore à deux < vignes du Seigneur; mais, après tout, ce ne peut
jamais être bien long. »
Qae pouTait répondre Tabbé OUyier à de si beHes et si touchaDtes paroles? U n'y répondit rien, mais il inondait de ses pleurs la main mourante que sa mère lui avait tendue.
Madame Olivier était de ces nobles âmes que chantait le poète :
Ell'era di qneUe Seraficfae menti, YisBute nel monde Subllmi, innocenti, Amande, pregando, Gbiamando a virtù.
« Elle était de ces âmes séraphiques qui ont vécu « dans le monde, sublimes, innocentes, aimant, « priant, appelant les autres à la vertu. » (SUvio PeUico.)
M. Olivier érigea sur sa fosse, dans le cimetière de Boissy-la-Rivière, une tombe avec cette modeste in- SQinption qu'il composa lui-même-:
Cy repaie U e^rpi
de Madame Olivier^
décidée le \6 janvier 1829.
Elle fut la plus douée épauee,
la meilleure des mères.
Sa vie fut une longue souffrance;
La piété en elle étouffait la plainte :
Son seul murmure fut la résignation.
Ses obsèques eurent lieu le lundi 19 janvier 1829. Elle était dgée de soixante-huit ans huit mois.
M. Olivier avait toujours eu le projet de construire sur son tombeau une petite chapelle où il aurait pu célébrer la messe, et dont ii avait fait faire un mo-
dèle. Mais Targent qu'il destinait à cette dépense lui fut toujours ravi par ses pauvres. Pouvait-il mieux , au reste, honorer la mémoire de sa mère qu*en continuant sa bienfaisance? Le souvenir qu'il gardait d'elle était une espèce de culte. Il disait toujours en parlant d'elle : « Ma mèrej qui était une sainte... » Le modèle du monument funéraire qu'il voulait lui consacrer, il l'avait placé dans son oratoire particulier, et y avait ménagé un petit tiroir où étaient renfermées quelquesunes de ses dents , une mèche de ses cheveux, qui étaient blonds, soyeux, et d'une finesse extrême, et dont pas un seul n'avait blanchi. Dans les grandes traverses de sa vie, au milieu de persécutions et de détractions inouïes, c'est devant ces chères et précieuses reliques qu'il venait se recueillir et puiser la force dans la prière, la consolation dans les souvenirs de temps plus heureux, et l'espérance en repassant dans sa mémoire ses dernières paroles prophétiques. Dans les derniers temps de sa vie, il a tracé au crayon quelques paroles latines qui nous ont révélé les tristesses de son âme. Il avait lyouté : Quaniof Quand ? C'est au pied de ce sanctuaire de la piété filiale qu'il nous a Cedlu chercher l'énigme cachée sous ce mot ; nous la traduisons ainsi : « Quand aurai-je fini de « monter au Calvaire, pour passer de là à la monta- « gne des Oliviers et aller rejoindre ma mère dans le « repos de la joie, selon la prophétie que mourante « elle m'a faite. » L'abbé Dominique Olivier garde ce petit monument avec les paroles auxquelles nous faisons allusion et les reliques comme un des plus précieux souvenirs qui lui restent de son illustre parent.
xvin.
Au milieu de ses occupations si diverses, quoiquMl parut entièrement absorbé par la chaire et le confessionnal , M. Olivier trouvait encore dans les heures de la nuit le temps de rédiger des traités de théologie. Il révisait la théologie de Bailly, pour l'accommoder au texte de nos Codes. Mais il fut un auteur infortuné. Quand il présenta à M. Poussielgue le fruit de ses laborieuses veilles, celui-ci lui montra exactement le même travail tout fraîchement imprimé à Lyon.
La charité de M. Olivier était activé comme son zèle. Il aimait Jésus^Christ dans la personne des pauvres, et n'éprouvait point dé plus grand bonheur qu*â pourvoir à leurs besoins. Il était leur économe. Afin que sa charité f&t plus efficace, et qu*un plus grand nombre de nécessiteux fussent secourus, il apportait une méthode et un ordre admirable dans la distribution des aumônes qui émanaient de lui. Tous les mois une réunion des dames de charité avait lieu au presbytère : toutes les semaines des réunions partielles s*occupaient de leurs besoins pressants, et chaque jour des dames pieuses venaient tour à tour lui exposer la misère des indigents afin de les secourir. Tous lôil jours, à huit heures du matin, les affaires des pauvres, qu*ll ire remettait Jamais au lendemain, parée que la faim ne peut attendre, étaient réglées par lui avant qu'il se rendit à l'église. Le sacrifice de la bien-
falsance précédait ainsi toujours le sacriûce d'amoitr : quel prêtre monta jamais à Taûtel et s'approcha de son Dieu avec une préparation meilleure ?
Pour augmenter les ressources de sa bienfaisance, il ne manquait jamais d'inviter aux sermons de charité les prédicateurs les plus distingués, les personnages les plus illustres de la cour et de la capitale. Plusieurs fols la fille du roi-martyr^ M^^ la dauphine, duchesse d*Angouléme, honora de sa présence ses prédications et ses assemblées de charité.
Au canon des Invalides, qui tonnait en Thonneur de la conquête d'Alger, succéda bientôt le canon et les mitrailtements des émeutes de juillet 1830. Les Français d'alors prétendaient qu'ils ne pouvaient vivre heureut dans la liberté de la presse , et ils en palissaient si convaincus que, pour avoir touché à cette arche-sainte des libertés, Charles X était obligé d'interrompre une partie de chasse pour prendre la roule dé Cherbourg et d'un éternel exil. Il s'y rendait, mais tn roi, mais entouré de ses fidèles gardes, mais en dolm&nt toujours ses ordres, marchant à ses heures et prescrivant l'étiquette autour de sa personne auguste et saerée , et les Français , qui respectent la dignité isfiâ le malheur, le laissaient paisiblement et royaletRènt arriver jusqu'au vaisseau de douleur.
Pendant ce que la révolution triomphante a appelé âéptAs ]eÈ iroU glotieuHs journées, M. OMvier prenait à Saint-Germain-en-L^e quelques jours de repos. Ail prenàler bruit du ^qn, il accourut à soa poste.
mais les barricades lui fermèrent le chemin. Il alla à Bierville partager la douleur de son père, car il était royaliste et aimait sincèrement la famille des Bourbons. L'émeute grondait encore quand il put rentrer dans son église et continuer, malgré les menaces, les fonctions de son ministère. Un de ses biographes le fait alors fraterniser avec les héros des trois jours et cueillir les plus belles roses de son jardin pour en décorer, dans un corps-de-garde, le buste du lieutenantgénéral du royaume. Le fait n'a été imaginé que par ceux qui s'acharnaient à le dénigrer. Il est absolument faux.
Pendant l'orageuse année de 1831, où l'émeute et les sociétés secrètes déchaînées hurlaient perpéluellon^nt dans les rues, sombre époque de vandalisme et de fureurs impies, M. Olivier est.désigné aux perturbateurs comme l'honune de Tarchevèque, conune Tami intime de Mgr de Quélen. Son presbytère est cerné et des vociférations de mort se font entendre. M. Olivier voulait tenir tète à l'orage, se présenter à cette foule frémissante qui demandait sa vie, payer d'audace à l'exemple de l'abbé Maury, et la haranguer. Pour le sauver, il fallut que ses amis l'arrachassent de force du presbytère et le missent en sûreté dans la maison d'un magistrat de l'arrondissement. Le sacrilège était à l'ordre du jour, et la belle église de Saint-Etiennç, ornée avec tant d'amour et après tant d'efforte, allait subir le sort de l'archevêché et dé Saint-Germain-rAuxerrois. De jeunes égarés, ce n'é-
lait certainement pas la jeunesse des écoles, c'étaient quelques misérables qui en usurpaient le nom, you-* lïdent abattre la croix qui surmontait la ctme du clocher de Saint-£tienne-du-Mont. M. Uliyier Ise rend au milieu d'eux : a Mes amis, leur dit-il, il est parti faitement inutile de commettre un acte d'impiété « qui n'est pas dans votre cœur ; demain matin, on « descendra cette croix pour la placer dans l'inté- « rieur de l'église, où elle sera enyironnée des hom- « viages et des respects de ceux qui ont foi en elle. « Vous êtes vainqueurs mais non profanateurs. » L'émeute se retira devant ce calme et devant cette promesse. Par cette démarche, qui fut critiquée par quelques-uns, et qui fournit à d'autres le texte de déclamations furibondes, le curé de Saint-Etienne sauva son église du pillage, et personne, dans la paroisse , pe se plaignit de la prudence qui lui épargnait le sort de Saint-Germain-VÂuxerrois.
xxn.
L'année suivante, un terrible fléau, le choléra répondit à l'appel que lui faisait l'impiété, et s'abattit sur la capitale. La paroisse Sûnt-Etienne fut celle qaà lui fournit le plus de victimes. Le dévouement de H. OUvier fut admirable. Il rassembla tout le clergé de sa paroisse, et déclara aux prêtres que lui seul était obligé de donner sa vie pour ses brebis, qu'à la rigueur ils n'étaient pas obligés de rester au milieu des pestiférés, que cependant il les engageait à donnerl'exemple du dévouegMket à voler à leurs secoon. n abandonne le jour à leur zèle> mais pouf lui
il se réserve les fonctioDS les plus pénibles pendant la nuit, les plus périlleuses, les galetas et les basses caves les plus infectées. Tant que dure le fléau, il ne se donne aucun repos, il pénètre partout , il ne quitte point le chevet des malades. Il répand partout les pa^ rôles consolantes et les aumônes à pleines mains, il va jusqu'à ensevelir lui-même les morts abandonnés. L^église est envahie par une foule qui crie à Dieu, atl pied du tombeau de la vierge de Nanterre, de la sainte patronne de Paris, pitié et merci. Au milieu du désespoir et des larmes, il relève les cœurs abattus t « Nous sommes frappés, disait-il , mais non maudits I <c C*est la main de Dieu qui nous frappe , mais Diett « est père; le châtiment qu'il envoie renferme le parce don ; sa main paternelle n'est armée que pour se «( laisser désarmer. Courons auprès des malades et * des agonisants, ne laissons pas le pauvre sans se*^ t cours, donnons du pain et des vêtements aux or-* « phelins qui pleurent , et le spectacle de notre cha- « rite fléchira la colère de Dieu. Ne voyons dans le « fléau qui nous ravage qu'une occasion de sublimes « dévouements et de vertus héroïques. »
Ce qtié l'abbé Olivier conseillai! aux autres, il le faisait. Il fut le soutien des veuves et un père véritable pouf les orphelins du choléra. Ses sollicitations étaient si puissantes en leur faveur que les riches ne pouvaient lui rien refuser. >
xxni.
C'est an thilieu de cei actes dé èharité, dô «êle et de (fèvoHetnent, que vint te «Ufpfendrê, éfi 1*35, Sa
nomination à la magnifique cure de Saint-Roch, alors la plus importante de Paris, où la voix des fidèles de la capitale et, depuis longtemps, le vœu secret du premier pasteur Tavaient appelé d^arance. Hais comment l'arracher à tant d'infortunés dont il était le père, à tant de bonnes œuvres dont il était Tàme ? Il refusa positivement l'élévation qui lui était offerte. Oà était donc son ambition qu'une presse hostile et envenimée lui a tant reprochée ? Il refusait une mître d'évêque à Orléans ; il pouvait bien refuser Saint- Roch. Il mit dans ses refus une telle obstination, qoMl fallut les ordres plusieurs fois réitérés de Mgr l'archevêque de Paris pour la vaincre, et ceux qui venaient le féliciter d'une si haute faveur le trouvaient en larmes et plongé dans la douleur. Aussi , son départ fut un deuil public pour toute la paroisse de Saint-Etienne. Nous retrouvons le sentiment de cette douleur universelle dans les vers suivants qui lui fu-» rent adressés à son départ :
Sage dispensateur des dons de Topulence, Econome du pauvre, ami de Tindigence, Il consacre sa vie à soulager leurs maux, Et reçoit aujourd'hui le prix de ses travaux. Pour de nouveaux enfants il laisse sa famille; Il faut que par plus d'éclat sa charité brille. Vous qu'il a si souvent comblés de ses bienfaits, Pauvres de Saint-Etienne, il vous quitte à jamais 1 1 1
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