CHAPITRE PREMIER
Noire récit nous amène à Tépoque la plus brillante peut-être de Texistence de M. Olivier, époque où Tun de tes biographes a pu dire avec vérité qu'il était le ftHre U plut connu de France.
Lavie de M. Olivier continue de s'écouler dans Texerdce des sublimes fonctions dévolues aux curés, ces hommes que Ton peut appeler les clefs de voûte de rédifice religieux, ces hommes vénérables dont le zèle soutient encore, au sein de la capitale, les doc-
trines évangéliques, dont la voix console les pauvres et les malheureux , dont la main bienfaisante répand un baume réparateur sur les plaies, sans cesse renaissantes, de la société.
C'est en 1833 que H. Olivier fut appelé, par Mgr de Quélen, à la cure de Saint-Roch : il n'avait encore que trente-cinq ans, et succédait à M. Tabbé Marduel , un vénérable et saint pasteur, dont la mémoire et les vertus sont restées en bénédiction dans la paroisse Sainl- Roch, mais dont les forces avaient depuis longtemps trahi le zèle.
Quelques préventions accueillirent d'abord M. Olivier dans sa nouvelle paroisse.
Une fois à la tête du clergé de Saint-Roch, il comprit qu'il était appelé à satisfaire d'autres besoins, à réprimer d'autres abus, à introduire d'autres améliorations. Sa mission, sans être plus importante, s'étendait sur une plus vaste échelle. Placé plus haut, ses actions étaient plus en relief. Ses ennemis, car tout homme qui réussit a des ennemis, s'attendaient, avec une joie maligne, à le voir plier sous le fardeau , et , tout en lui accordant traîtreusement un esprit capable de petites choses, de petits détails, se plaisaient à répéter qu'il était au-dessous de Cette position que la faveur lui avait faite, mais qu'il ne saurait conserver.
A peine entré en fonctions, il donna le plus écla* tant démenti à tous ses détracteurs.
Comme on lui connaissait un grand tèlô, un grand
amour pour la discipline et un esprit de réforme, esprit qui suscite nécessairement les colères et les rancunes de la routine contrariée dans le pacifique sillon de son ornière, on lui fit d^abord opposition. Mais cette opposllion dura peu t tous les préjugés tombèrent comme par enchantement devant les premiers efibrts de son zèle et sons le charme de ses premières paroles, de ses manières polies et prévenantes. Trois semaines sont à peine écoulées que le clergé, les fabrlciens, les fidèles viennent lui témoigner leurs vifs regrets de n^avoir pas su apprécier, dès les premiers jours, le jeune et zélé pasteur.
Une autre prévention, implacable de sa nature, la passion politique s'attacha à M. Oliyier, curé de Saintîloch, paroisse devenue de {ait, depuis le sac de Salnt- Gerroaïn-rAuxerrois, la paroisse royale. Sa nouvelle position le mit en relation nécessaire avec la cour des Tuileries. Il y entra et U y fut parfaitement accueilli du Roi, de la Reine, de Madame, des princes et *es princesses, qui le prirent bientôt en grande affection. Les grandes qualités de Marie-Amélie jointes à une piété éminente, les vertus privées du roi comme époux et comme bon père de famille, vertus que les partis mêmes ont respectées, le spectacle d*une cour la mieux réglée peut-être de l'Europe touchèrent le cœur de M. Olivier. Franc et courageux dans ses nouvelles convictions, auxquelles il a été fidèle jusqu^à sa mort, il ne craignit pas, en dépit de toutes les clameurs, de se déclarer et de se montrer publiquement l'ami dévoué de Louis-Philippe.
Était-ce sa faute, après tout, si la tempête deâ révolutions avait emporté les Bourbons de la branche aînée sur la terre d'exil t Ce sceptre, échappé à des
mains trop bibles pour le retenir, ne fallait-il pas bénir la ProYidence de Tavoir remis dans une main plus ferme, la seule peut-être qui fut assez forte pour régir et maîtriser une révolution toute frémissante encore? Accoutumé, avec Bossuet, au spectacle des peuples qui passent, des puissances qui s*abtment, des trônes qui s*écroulent et se relèvent, il voyait dans les révolutions des empires le doigt de Dieu, qui tire des ruines mêmes un nouvel ordre de choses, l'action de sa providence qui gouverne le monde et le mène à ses fins par des voies qui nous sont inconnues. Et qui sommes-nous pour résister à Dieu ! Que peut le pied d'un homme sur le cratère d'un volcan qui fait explosion?
M. Olivier ne croyait pas que le sort de la religioit' fAt attaché au sort d'une famille : quand un trône s'abtme, l'autel subsiste encore. Les intérêts de la religion en général, et ceux de sa paroisse en particulier, lui persuadèrent donc que de bonnes relations, entretenues avec le chef de l'Etat, valaient mieux qu'une hostilité sang résultat ou des bouderies affectées. Sa foi de bon prêtre planait au-dessus de la politique. Les partis ne pouvaient goûter ces raisons d'un ordre supérieur. Ds ne virent dans cette conduite sage et mesurée que le rôle d'un ambitieux, et les ultra-légitimistes, dont les exagérations avaient hâté la chute de Charles X, ne manquèrent pas de l'accuser de félonie» M. Olivier, cependant, n'était point un homme de parti, toute la suite de sa vie l'a bien fait voir : il était simplement un bon curé, qui entendait mieux les intérêts de sa paroisse que ses détracteurs. Il voyait plus juste et plus haut, et l'édification religieuse que la famille royale d'Orléans donnait à la France entière a suf-
fisamment prouyé que ses vaes étaient pures et éclairées. A cette hauteur où il s'était placé, les traits envenimés que la presse légitimiste et la presse radicale lui décochaient chaque jour ne l'atteignaient même pas et mouraient à ses pieds.
Il est yrai que Mgr de Quélen suivait une autre ligne de conduite; mais si le prélat avait ses raisons, le curé avait les siennes. Mgr l'archevêque de Paris le comprenait si bien, que jamais il n'adressa à M. Olivier aucune représentation sur ses fréquentations aux Tuileries, et qu'il ne cessa pas un seul jour de le tenir en grande faveur auprès de lui. Qui ne sait, au surplus, que l'opposition que l'Archevêché faisait à la cour de Louis-Philippe, opposition plus bruyante que ne l'eut t^ulu Mgr de Quélen, opposition qui s'emparait de son nom comme d'un drapeau, empêcha la duchesse d'Orléans de se faire catholique? « Vous voyez bien, disait- « elle, que la passion de ces hommes est plus forte € que leur religion, qu'ils sont plus politiques que « religieux. » Tout était préparé cependant pour le retour de la duchesse à la foi de saint Louis : une démarche de l'archevêque emportait ses dernières hésitations. Cette démarche, Mgr de Quélen ne voulut pas ou n'osa pas la fedre, et M. Olivier s'en plaignit vivement à Mgr de Quélen lui-même. « Que voulez-vous, « lui dit le prélat, qui levait les yeux au ciel et « gémissait, je suis circonvenu. Si je mettais une seule « fois le pied à la cour, ils jetteraient des cris par- « dessus les toits. »
Les dogmes politiques sont tout humams et par conséquent variables et fragiles, tandis que le prin* dpe divin de l'tSiéissance et de la soumission aux pouvoirs étaUis Ml incontestablement un dogme de la
foi, et aul ne le savait mieux que H* Olivier. Mais il çut beau faire, il eut beau n'être que curé et boo curé, on en fit, malgré lui, un homme de parti, et les partis le traitèrent avec une fureur que les faveurs royales enflammèrent davantage.
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Quand M. Olivier arriva à Saint-Roch, les murailles nues de cette église n'offraient aux regards affligés que Taspect d'un vaste bazar.
H n'y avait d'abord à Saint-Rocb que deux petites chapelles sous l'invocation de Sainte-Suzanne et des Cinq plaies de Notre^Seigneur* A la place de ces chapelles fut construite, en 1587, une succursale de Saint-Germain-l'Âuxerrois, afl)rancbie de toute annexité le 30 juin 1633. La mère de Louis XIV, Anne d'Autriche, la fit reconstruire* et en posa la première pierre le 38 mars 1653. Puis l'église fut achevée en 1720, avec cent mille livres données par le fameux banquier Law, et resta sans embellissement ni décoralion jusqu'à la nomination de M. Olivier.
Ceux qui avaient vu Saint-Roch, en 1790, sous le premierM.Marduel, quifaisait l'admiration deFrankliu; ceux qui l'ont vu» en 1832, sous son neveu, homme aussi admirable , s'expliquent à p^e qu'avec les forces d'un seul homme, et en si peu de temps, de si, grandes restaurations aient été faites. Ce vieil hôtel Gaillon, du faubourg Saint-Honoré, s'étonnait luimême des prodigieuses transformations qu'il subissait chaque jour, comme sous la baguette d'un enchanteur. Et dès 1833, J.-B. Chedeau a pu écrire, sur la transformation ifi Saint^Roob» ces vers remarquables ;
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Saiat-Roeb met au rebut seis vétemcau poudreux Pour 66 parer à neuf d'une blauche tunique; Sa route retentit de chaQt4 harmonieux Mêlés aux sons de l'orgue, enivrante musique, A ta^place où naguère un gothique serpent Faisait tout Tornement du psaume et de Tantienne, Sous dHnhabiles doigts déchirant le tympan Pour disposer au ciel l'&me juste et chrétienne. La nef élaft déserte, et le prêtre aux autels Y eherohalt vainement un chœur qui lui réponde : Quelques croyants épars dans les jours solennels Adoraient isolés le rédempteur du monde. Et voilà qu'aujourd'hui la foule, à flots pressés, Gonune aux temps des ferveurs, inonde le portique. De revenir à Dieu on se montre empressé; On aime à réciter la prière publique.
Les œuvres languissaient : d'où leur vient cet éclat, Ces vivantes clartés dont Saint-Roch étincelle î Qui peut le demander? Un auguste prélat A dans os corps vieilli mis une Àme nouvelle.
L'abbé Olivier ne négligea rien pour faire de son église un temple digne du Dieu trois foissamt. On eût cru volontiers que c'était là sa pensée domiuaute, si diaque branche de son administration n'avHit pas-été aussi heureusement transformée, sHl n'avait pas donné le même essor à toutos les parties du ministère pastoral. Saint-Roch lui dut incontestablement toutes ses splendeurs, et nul église ne put désormais rivaliser arec lui. Pour établir la sainte pratique de Tado* ration peipétuello, il répara et orna cette chapelle |i belle qui est derrière le sanctuaire, si majestueuse êi ii recueillie, où la prière peut librement déployer $9» ailes. L'église s'onrichit de plusieurs peintures très remarquables, et notamment d'un magniUque
chemin de croix, le plus beaeu qui existe peut-dire.
L'abl>é Olivier se plaisait aux magnificences du culte, et, si Ton a bien lu et médité ce que Moïse prescrit au nom du Seigneur pour le tabernacle du dàiert, fie que Salomon a fait pour le temple de Dieu; si Pon veut bien pénétrer quelle était la pensée du Christ quand il a choisi pour Tinstitution de la cène une salle magnifique et ornée de riches tapisseries, on comprendra que le sentiment qui l'animait, quand il donnait aux solennités du culte une splendeur inouïe, était un sentiment profond d'adoration devant la suprême majesté de Dieu. U disait et répétait que Jésus-Christ, glorieux et ressuscité, pour être invisible sous les voiles eucharistiques, n*en avait pas moins droit à tous nos hommages, que les pompes du tabernacle sont les manifestations de notre foi, que Jésus-Christ ne doit pas avoir une cour moins brillante que celle des rois et des empereurs, que l'Eglise de la terre, par ses parfums, par ses splendeurs, par ses chants sacrés, doit être une image de celle du ciel.
U disait encore : « on ne saurait trop fafare pour le M service àf Dieu ; c'est la seule chose où l'exagération « n^e^t pas possible. » Et plus tard, à ses curés d'Evreux : « La décoration du tabernacle doit ruiner un « bon curé. » Il demandait aux riches dames comment *elles osaient se présenter, des pierreries sur la tête et avec de fines dentelles, devant le tabernacle de leur Dieu, dépouillé d'ornements. U prêchait d'exemple quand il disait aux autres : « Donnez pour Weu; avex- « vous peur de mal placer vos fonds et qu'il ne voi» « rende pas? » Car il dépensait tout son patrimoine aux décorations de son église et aux embelUssements^ des autels*«.