‹ Histoire de Monseigneur Olivier, évêque d'ÉvreuxChapitre 15 sur 47 · SÛ · texte numérisé non relu

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Aussi qui n'a entendu parler de l'éclat et de la grandeur qui brillaient dans les offices de Saint-Roch ? On s'en entretenait dans la France entière, et on faisail une sorte de reproche dans le Midi aux yoyageurs qui revenaient de Paris sans avoir assisté aax offices de Saint-Rodi. Interrogez non-seulement tous ceux que la ferveur, ou même un seul motif de curiosité, ont attiré à Saint-Roch le jour d'une grande solennité religieuse, tous vous rappelleront cette foule qui se pressait sous le portique et inondait de bonne heure la nef et ses bas-cAtés. Le 9 mai 1839, qui était le second dimanche de la Fête-Dieu, j'assistais à l'office deSaint- Roch avec un prêtre du diocèse d'Evreux. Nous étions placés à l'entrée de la grille gauche du chœur. Le temple était radieux et splendide, les voix graves des choristes Cftisaient retentir les voûtes de leurs accents harmonieux ; mille bougies étincelaient dans \e\vp flambeaux dorés, de riches vases en porcelame étaient chargés defieurs,qui venaient joindre leursuave parfum à celui de l'encens, les symphoiiies de la musique roulaient au loin sous les voûtes émues. L'autel enflammé, les lampes dorées, les grands candélabres, frappés par la réverbération des bougies, jetaient des éclairs éblouissants. LfBfasteuf/'tout pénétré de la majesté de Dieu, donnait l'exemple de cette gravité ssdnte qui se répandait comme un partum d'adoration, et gagnaii juflqu'aux âmes indifférentes. Tout le clergé, animi du même zèle, el coamie façonné à une pieui» discipline,

marchait de concert, et, par Funitéde ses mouvements, aussi bien que de Fesprit qui Fanimait, donnait une saisissante et magnifique harmonie aux cérémonies sacrées. Le recueillement de la prière brillait suivons les visages; les fidèles, dans la nef, la tète inclinée sur leurs livres, rangés tous dans un ordre admirable, s'abîmaient dans un sentiment profond d*adonitioB. Comme les anges delà vision de Jacob, les lévites, en aubes de fin lin, les prêtres delà paroisse, revêtus de leurs surplis blancs, s'échelonnaient sur les degrés du sanctuaire, des thuriféraires et des tteurisles balançaient leurs encensoirs d'où s'échappaient des nuages d'encens que venaient émaiUer les fleurs, les nombreux enfants de chœur, associés à la milice sainte, imposaient silence à la légèreté habituelle de leur âge« et, debout sur Fautel, couvert de sa chasuble rayonnante d'or et d'argent, le front humblement incliné devant la divine eucharistie, éclairé d'en haut des rayons de la foi, le célébrant apparaissait aux yeux do la foule émerveillée et attendrie, et l'ensemble magnifique de cette pompe divhie remplissait l'Ame d'oae Cervejir inépuisable.

C'était beau, c'était grapd, c'éuit sublime» c'était Tune des plus belles pages du Génie du CkriUianitme mise en action. Tout élevait le chœur et FmtelUgence vers Dieu dans cette enceinte enivrante et presque ctieste.

Or, le célébrant était M. Olivier lui-même. Qui pou* vait mieux tenir sa place? Qui officiait mieuit, et avec plus de iprandeur? Qui était plus beau à l'autel que BL Olivier?

Puis la procession fendit la foule compacte qui s'tHivrait à grande peine pour lui ouvrir passage, et se dé-

roola aatonr de U nef. Quand elle pasia près de noni^ ttous entendîmes M. Olmer qui portait le Saint^cretnent, adresser «me apostrophe assez tive aux officiers qui marchaient derant lui, et s'écrier : à genoux!.*. Nous éiàouA étrangers, et, son œil flamboyant aTatt aperi^a en nous plutôt des curieux que des adorateurSi Sims ûou» en douter^ notre attitude contrastait atee le recttdliement général, et ce contraste Tayait oho^ que.

OtielqQee critiques chagrins, et surtout les voit passionnées d*une presse hostile et haineuse, ont blâmé M. Olivier de son goût pour les arts et sa magnificence appliqués aux choses du culte. Mais n'est-ce pas de Dieu que nous viennent nos facultés, n'est^-ce pas à lui que nous sommes redevables des nobles inspiratiotis du génie, aussi bien que des découvertes des arts? 81 donc c*est Dieu qui est le principe et la source de ces biens, n'est^il pas naturel, n'est-il pas même du devoir des hommes de lui en consacrer les prémices, et d'à*' Jouter par ce tribut à la solennité des actions de grâces qu'ils lui rendent?

Et, d'ailleurs, dans un siècle dUndUTérence et de •ceplicisme, Dieu peut-il désavouer les moyens employés par son ministre, je dirais presque les strata« gèmes iflgénieux de sa charité, pour attirer Tincrédule dans un temple dont il ne doit peut-être sortir qu*é«> branlé et converti? Cet apparat mondain que Ton a tant reproché à M. Olivier n'était qu'une preuve nouvelle de sa haute sagacité, de son jugement si sûr. tl

avait apprécié son époque à sa juste valeur ; il Pavait vue frivole et distraite, se passioimant, au détriment de la religion, dont les formes sont sévères, pour tout ce qui éblouit les yeux ou électrise les sens. Eh bien, pour appeler la foule indifférente dans le sanctuaire déserté, il ne craignit pas de le parer de toutes les séductions, sauf ensuite à renvoyer, avec les sentiments du chrétien humble et repentant, celui qui n^était venu là que grâce à Tappàt d'un plaisir et d*une fête.

On a reproché aussi à M. Olivier de n'avoir pas toujours été guidé par le bon goût tant en musique que dans ce qui a été fait pour Tembellissement des églises placées sous son administration. U aimait, dit-on, le bruit autant que Tharmonie, il souflirait des compositions musicales qui n'avaient de religieux que l'enceinte où elles étaient chantées; le badigeonnage et le regrattage le ravissaient autant qu'ils désolaient les admirateurs du moyen âge réduits à pleurer leur poussière antique, leur couleur et leur cachet des siècles impitoyiJ>lement effacés ; il confondait les époques et les styles d'architecture, et n'était nullement choqué de parer un autel avec un ornement de boudoir. Tout cela pouvait être vrai à quelques égards et tenir au manque de connaissances premières et d'expérience dans la matière. Mais on doit ajouter que s'il n'a pas (oujours été heureux en ce sens, c'est pour avoir été souvent mal conseillé; car, malgré la décision de son caractère, nul homme n'était plus disposé à écouter les avis et les objections des vrais connaisseurs et à en tenir compte. Et puis ce qu'il voulait, il le voulait de suite et trop vite; il faisait ce qu'on fait partout aujourd'hui, il travaillait pour le moment, pour le besoin du jour, s'arrangeant de dorures sur carton de pierre

à la place de statues de bronze on de marbre et de bois sculptés. Un motif plos touchant qui Texcuse, c'étaient sa bienfaisance, le désir d'occuper utilement des artistes peu favorisés de la fortune qui Im faisaient commander et accepter des travaux assez peu estimables*

Tous les embellissements que M. Olivier faisait à son .église, les pompes extérieures dont il environnait le culte, conunençaient à lui attirer presque chaque jour de violentes et haineuses sorties de la part du CorMire, journal légitimiste. M. Olivier n'était, pour cette feuille, qu'un homme d'orgueil, d'apparat, de vanité, un homme avide qui demandait toujours de l'argent. Etcependant il n'oubliait pas les pauvres de Jésus- Christ pour prodiguer les ornements à de froides murailles. Par ses soins la charité paroissiale était merveilleusement organisée : de pieuses dames de charité, dont il éclairait et dirigeait le zèle, avaient accepté la mission de soulager la misère qui implore les secours, conmie de découvrir celle qui se cache. Comme à Saint-Etienne, tous les matins avant huit heures, avant de mettre le pied dans son église, il recevait la vénérable supérieure des filles de Saint-Yincent-de- Paul, et réglait avec elle les affaires des pauvres pour la journée; c'était sa préparation quotidienne à la sainte meise. Un prêtre qui a vécu avec lui pendant presque tout le temps qu'il fut curé de Saint-Roch, nous a affirmé qu'il n'a pas manqué un seul jour à cette préparation, si profitable à la misère et aux soulfrances.

Les pauvres honteux étaient tôujoUfS Tobjei de sa sollicitude particulière, et c'était les seules âumôiies qu'il faisait directement lui-même. Toutes les autres s'écoulaient par le canal des œuvres qu'il avait instituées. Personne n'avait le secret de ces aumônes particulières, excepté un seul prêtre, l'abbé Domini<iue Olivier, son cousin germain.

« Que de fois, m'écrit celui-ci, j'ai porté des se- « cours de sa part à ces infortunés I Que de malheu- « reux pères de famille il a arrachés au désespoir et « au suicide I Que de pauvres mères^ dont lélait « même était tari, il a sauvés de la mort par un se* « cours apporté à temps elles et leurs peUts enfanui « Que de jeunes filles, que la faim vouait à la prosti*- « tution, il a retenues dans le sentier de la vertu I Que « de fois l'aurais pu dire à ceux qui le déchiraient i si « vous saviez d'où je viens, q\ii m'envoie, et pourquoi « j'ai été envoyé I Mais non, il fallait se tcdre, et ca* «( cher ses bonnes œuvres, comme si elles eussent été « de mauvaises actions. Il se contentait de bien faire, « et laissait à Dieu le soin de sa réputation. »

Qui ne sent que ces belles et simples paroles, oik respire une bonne foi évidente, disent la vérité? Et qui ne comprend maintenant dans quel sens le SoUiaire a écrit ces paroles, qui m'ont toujours frappé h tel point que je n'ai pas eu de repos, dans mes patientes recherches, que je n'eusse soulevé le voile de l'énigme qu'elles cachent :

« Quel est M. Olivier? L'homme de France dont on « parle le plus, et le moins connu; le moins connu et « le plus méconnu. Sur lui les choses en sont à tt « polnt-cl : presque tout ce qu'on a dit est faux, pres- « que tout ce qu'on n'a pas dit est vrai. »

Ce faux (pie l*ott a dit, j*eii fais et J'en ferai justice, Jdsqn^à la fin de cette histoire. Le vrai qui n*a pas été dit, J'ai été asseî heureux pour le trouver, et je le ra^ conte.

Uabbé B<>minique Olivier reçut un jour cette ré* ponse efflrayante d'un pauvre honteux auquel il venait apporter un secours abondant : < C'est le bon Dieu « qui TOUS envoie; une heure plus tard, et J'allais 9 me jeter à la Seine. » L'infortuné que la faim dévo*ralt voulut à tout prix savoir le n«m de son bienfaiteur, et surtout comment ce bienfaiteur inconnu était parvenu à pénétrer le secret d'une misère qu'il croyait ignorée de tous. « — Il ne m'est pas possible de répondre « à vos questions. La main qui vous donne doit rester « inconnue. Elle continuera ses secours Jusqu'au Jour « où vous pourrez gagner votre vie. » Le famélique répondit à l'abbé Dominique Olivier •. « Dites toujours « bien à la charitable personne qu'elle a fait deux « grandes œuvres en une seule : elle m'a sauvé la « vie, et m'épargne un grand crime. »

Le curé de Saint-Roc^ croyait, et non sans raison, qu*ll avait reçu de Dieu un don tout particulier pour découvrir l'extrême misère qui se dérobe à tous les regards. 11 lui venait souvent à ce sujet des inspirations subites qu'il écoutait comme la voix de la divine Providence elle-même. Un Jour, entr'autres, pour dter un trait entre mille du même genre, il dit à l*«bbé Dominique : « prends ces vingt-cinq francs, et « va v^lr ce que devient ce vieux capitaine que Je né « vols plus depuis quelque temps. »

Il était question d'un brave qui avait servi honorable* ment sa patrie sous l'Empereur, et avaltmême reçu la croit dltoniieuf sur lé champ de bataille. Il avait mar-

ché plus d*une fois, dans sa vie militaire, contre le canon ; mais pour rien au monde, il n*eut osé faire un pas pour révéler sa détresse, et implorer une assistance. Quand Tabbé Dominique vint frapper à sa porte, il entendît le bruit d'un pas léger; une main qui tremblait tira le verrou, puis une voix faible dit : attendez un instant I Et quelques instants après : entrez maintenant! Le malheureux s'était blotti entre ses draps déchirés. Il était nu pour recevoir son bienfaisant visiteur, et il lui avoua qu'il n'avait pas mangé depuis trois jours, et qu'il avait résolu de se laisser mourir de faim, ne voulant pas attenter à ses jours par sentiment religieux.

Quand l'abondante distribution des aumAnes était venue en tarir la source, c'était à la voix du pasteur, seul trésor de l'église, de renouveler les moyens épuisés de la charité. On l'entendait souvent rappeler du haut de la chaire à ses paroissiens toutes les œuvres qu'il avait à soutenir, toutes les infortunes qu'il devait soulager et qui réclamaient leur assistance : il pressait, il priait, il suppliait, il se risquait à importuner ; et l'étranger qui passait par là par hasard, était tenté de blâmer ces insistances réitérées d'une éloquence mendiante.

. C'est que l'étranger ignorait que l'abbé Olivier ne gavait pas recourir à la charité particulière : seul à seul, il ne demandait jamais rien ; son extrême délicatesse se serait effarouchée de tout ce qui aurait pu offrir l'apparence d'un tribut surpris à la complaisance ou à des égards de société. Ce n'est que dans les assemblées publiques qu'il provoquait les dons d'une bienfl»isance toute secrète et volontaire.

L'abbé OUvier était alors l'idole de la Chaussée-

d'Antin, de la gociété la plus riche et la pins distinguée de la capitale. Il était chéri à la cour royale de Louis-Philippe ; il entretenait les plus belles relations avec les personnages qui occupaient les premières* charges dans l'Etat, directeurs des ministères, aides de camp du roi, généraux, députés, pairs de France, ministres, La confiance dont rayaient honoré les grandes ftmilles de France montrait bien aux détracteurs de son mérite et de ses vertus qu*elles en avaient su apprécier la pureté et la rare distinction*

M« Olivier ne se servait de son crédit^que pour foii^ des heureux : il était Tavocat des pauvres auprès des riches et des grands. Saint-Roch était devenu le rmidez-veus de la charité, de la bienfaisance et des bonnes œuvres. Si Ton prêchait un sermon de charité pour une œuvre générale, Saint-Roch était encore le rendez-vous qu'on désignait.

A la voix du pasteur plaidant la cause des pauvres, des asiles s'ouvrirent pour Fenfance pauvre : Tun iOus le nom d'Onvroir de Saint^Roeh, a été créé en faveur de quarante jeunes filles, de celles que l'indigence expose trop souvent à de tristes égarements 4 l'autre, sous le nom de Communauté ùu maîtrisé dei mfantê de ehmur de Saint-Roch, reçut quatorze enbnts et vingt-cinq jeunes garçons qui se destinaient an sacerdoce. Ces jeunes clercs grandissaient ainsi à l'ombre de la maison de Dieu, loin de la contagion des mauvais exemples, et on les y préparait à être admis dans les séminaires. Leur présence dans le sanc-

ttialr^ de Saint-Roôh, sous le costuma dVnfants de choeur et de lévites assistant à Tatitel, ajoutait à la majesté des cérémonies. Lear ro\x se faisait entendre dans les concerts sacrés. Il leur fit comprendre com» bien est grande la mission d'appeler les miséricordes divines sur les hommes et de porter avec leurs chants l'hommage de la piété publique au pied du trône de TEterneL II ouvrit enfin une maison pour des reli« gleuses chargées de porter des secours à domicile aux pauvres et aux femmes en couches. Tous les ans^ aux approches de l'hiver, il habillait à ses (irais un nombre considérable de petits malheureux, et c'était pour lui une grande Joie de revêtir Jésus dans la personne des petits enfants que le Dieu sauveur bénit tant de fois sur la terre.

Il respectait les vieux prêtres comme ses pères. Plusieurs de ces vénérables débris du sacerdoce n'avaient aucunes ressources pour vivre. Emu de leur misère et à l'aspect de leurs cheveux blancs, M. Olivier vint à leurs secours et les entretint secrètement à ses frais.

Jamais il n'a réfusé un service qu'il pouvait rendre, ni sa bourse à ceux qui avaient besohi d*y puiser. Il a prêté des sommes considérables qui ne lui ont jamais été rendues, et qu'il n'a jamais non plus redeman*^ dées.

Une famille était au désespoir parce qu'un fils ani«^ que, l'appui de son père et de sa mère, était appelé sous les drapeaux. M. Olivier achète un remplaçant pour le jeune soldat, et rend à ses pauvres parente un appui nécessaire.

Pour augmenter les ressources de la charité publi* que, M. Olivier imagina, le pramier de tous, les lote*

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