‹ Histoire de Monseigneur Olivier, évêque d'ÉvreuxChapitre 17 sur 47 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

JEilMcailaB 4e la paral^^e Salnt-RaeH.— ApprérIailaiM. — ABee4aie«*

La paroisse la plus populeuse, mais aussi celle qui avait eu le plus besoin de réformes , avait pris, sous M. Olivier, Taspect le plus digoe : elle était devenue la plus fervente, la plus suivie pour les ofûces. Il avait fait véritablement renaître, dans son troupeau, les beaux jours de l'Eglise primitive. Il n'était pas rare de voir tous les ûdèles assistant à la messe y communier, et avec un recueillement et un ordre qu'on eut vainement cherchés ailleurs. Les solennités du mois de Marie, qui commencèrent à revêtir à Saint-Roch toute leur pompe, et qui de là sont devenues si populaires, les octaves de la Fête-Dieu , de l'Adoration perpétuelle, les saluts de& grandes Antiennes de l'Avcnt, mais surtout les retraites pascales et les premières communions jouissaient d'une renommée toute particulière. Elles étaient suivies de conversions éclatantes. Au spectacle d'une ferveur si édifiante, beaucoup d'hommes s'en allaient ébranlés, le cœur plein de remords de ne pas oser pratiquer des devoirs qui rendaient si heureuses les familles, et d'autres déterminés à se convertir et à fouler aux pieds tout respect humain.

Nulle église De pouvait désormais rlTaliser aveo SaintrRoch, ni pour la splendeur et la dignité du culte, ni pour la pompe et la beauté des cérémonies^ ni pour la piété et le recueillement des fidèles, ni pour le nombre et Téclat des bonnes œuvres, ni pour Taf^ fluence incessante des auditeurs avides au pied de cette chaire, du haut de laquelle tombaient, avec une grâce infinie et une éloquence intarissable, les plus solides comme les plus suavçs instructions chrétien^ nés que la capitale ait peut-être jamais entendues. Un témoin oculaire, très digne appréciateur, M. Trognonî le principal rédacteur de la biographie de M. Olivier dans les E$quis$€s des orateurs sacrés, nous édifiera bientôt à ce sujet. Aussi , un jour que Ton vantait avec juste raison, devant Mgr de Quélen , Téloquenc^ naissante de Tun des plus remarquables vicaires d^ M. Olivier, M. Dupanloup , depuis évoque d*OrléanS| le prélat disait :

« Hait au moins vous conviendrez, monsieur, qu'il c ne prêche ni mieux ni plus éloquemment que H. Oli* « vier; car, qui prêche mieux et plus éloquemment « que M. Olivier? »

Un seul homme animait cette vaste église et cette grande paroisse, un seul homme était Tàme de cette piété et de ce zèle, de ces bonnes œuvres, de cette ré* gularité admirable qui distinguaient le clergé et les fidèles de la paroisse de Saint-Roch, et cet homme était celui dont Mgr de Quélen disait encore ce mo^ devenu célèbre ;

« M. Tabbé Olivier n'est pas seulement le premier

« curé de Paris, il est le premier curé de France, et € peut-être de la catholicité toute entière I »

Mgr de Quélen qui lui rendait ce glorieux témoignage, se plaisait à répéter quMl n*aTait tu, ni dans lltalie, ni à Rome, une pompe comparable à celle des offices de Saint-Roch, une musique plus religieuse, un diant plus convenable, une piété plus édifiante. Les paroles de blâme que Mgr de Quélen a laissé tomber sur certaines solennités musicales , et que cite Tabbé Orsini, ne s*appliquaient donc pas, dans sa pensée, à Saint-Roch , et le Solitaire s*est repenti de ravoir attaqué à ce propos.

Ce n*était pas aux jours de grandes fêtes, quand réglise était envahie par une foule d'étrangers et de curieux avides, qu*il fallait juger de la piété et de la ferveur de Saint-Roch, mais dans TAvent, dans le Carême, et dans les simples dimanches. Les jours de ftte, les fidèles venaient de grand matin faire leurs dévotions et laissaient la place aux curieux. Certains critiques ont trop confondu ces amateurs de spectacle avec les vrais fidèles de Saint-Roch.

Las d'entendre la jalousie déverser ses blâmes sur ce qui se passait à Sahit-Rodi, Mgr de Quélen vint dans cette église le jour de la clôture d'une retraite pascale. U vit tous les fidèles dans le recueillement le plas profond, rangés avec ordre et symétrie, et dont pas un ne détourna la tète à son passage. Au moment de la communion, l'assemblée entière se leva, et près de six mille personnes reçurent la divine Eucharistie des mains du prélat. Tous approchaient de l'autel avec ordre et regagnaient leur place sans confusion, sans rompre la régularité des lignes. Partout le silence, l'adoraUon, la prière, la soumission à une discipline

et rhabitade in recueillement. Le bon et saint archevêque en pleurait de joie et d^attendrissement. En descendant les degrés de Saint-Roch , il se retourna vers réglise, et s'écria :

« Les l&ches calomniateurs Itl Je viens de recevoir « ici la plus grande consolation de mon épiscopat. « Quelle église de Paris m*eût offert ce spectacle? La « primitive église elle-même a-t-elle jamais rien vu « de pareil, rien de plus beau et de plus édifiant I « Voilà les fruits du zèle de M. Olivier I Par les fruits, « je juge Tarbre. »

En témoignage public de son estime et de son admiratiob pour le curé de Saint-Roch, Mgr de Quélen le fit cbanoine honoraire de la métropole.

La dernière parole de Mgr Tarchevèque de Paris me rappelle une discussion très intéressante sur M. Olivier, dont je fus le témoin chez M. Picot, ce juste, ce sage, cet homme admirable, qui rédigeait encore, à cette époque, VAmi de la Religion.

D y avait là un ecclésiastique de Paris, très influent alors, qui redoutait en Tabbé Olivier plus qu'un rival, mais un maître, car il était question du curé de Safait- Roch pour coadjuteur de Paris. Cet abbé soutenait charitablement que tout le bien que Ton vantait à Saint-Roch n'était qu'une apparence, que tout était pour la pompe, pour la vanité, pour l'éclat et le bruit. Les médiocrités jalouses en sont réduites à interpréter le bien même en mal : quel aveu naBf d'impuissance ! Vais M. Picot, qui avait toujours son franc parler.

traocha la question daas le vif aveo sa manière inci<sive :

« Je croyais, disait-il, qu'un prêtre jugeait toujours « UD autre prêtre d'après les maximes de l'Evangile, « et que pour savoir si un arbre était bon, il regardait a les fruits qu'il porte. Avant M. Olivier, la paroisse de « Saint-Roch était la pire paroisse de Paris ; elle est « maintenant la plus célèbre. Il y avait, cette année, «( six mille communiants à Pâques. Vous ne me ferez « jamais croire que tous étaient des sacrilèges; on ne « communie plus aujourd'hui par hypocrisie; il y <K avait autrefois l'hypocrisie du vice et de l'impiété; « il y a aujourd'hui l'hypocrisie de la vertu et de la « religion qui n'osent se montrer. Je dis donc qu'il y « a dans Saint-Roch une piété réelle, et autre chose ff que de vains dehors : des chrétiens qui communient « sont des chrétiens sincères. Avant M. Olivier, cette « paroisse comptait à peine douze cents communiants : « mettons deux mille. Voilà donc quatre milleconver- « sions, sans compter celles du dehors. Quand je vois « de tels fruits^ je suis bien sûr que l'arbre qui les a porte est bon. Allons, un peu de franchise, et conte venons que l'on reproche à M, Olivier les succès de « son zèle. 11 ne faut pas être un grand philosophe « pour s'apercevoir qu'au fond de tout cela il y a un « peu, et peut-être beaucoup de jalousie. »

Après de telles paroles, la conversation changea immédiatement d'objet, et elles me parurent si remarquables, que je les consignai le soir même dans mes souvenirs.

Quelques jours auparavant, comme j'avais déjà en* tendu beaucoup parler de M. Olivier, j'avais demandé à M. Picot ce que c'était donc que ce curé de SainU

Roch, dont je trouvais le nom dans ioute%les beuchea. Il me répondit ; « C'est im homme qui a de tout, uy a peu de trop : trop d'esprit, ti*op d'éloquence, trop « de zèle, trop d'amabilité, trop de générosité, trop 0 de bonté. U pense tout haut, et, par conséquent, U <c a trop de franchise; il ne doute de rien, et, par coi^- « séquent, il entreprend trop yite ; il juge les autr^^ « d'âpre iui-méme,et il est par conséquent trop oon- « fiant. II passe à travers tout, et réussit. En chaîne, « conmie c'est un grand Uiéologien, il est parfait eyt c modéré. En dehors de sa paroisse, vous en entendrez « dire du mal ; mais à Saint-Roch, on l'aime, on l'ar « dore, et quiconque l'y blâmerait, serait mal vepu.j»

. M. Olivier avait donc dès lors des détractetrs qi|i déchiraient en lambeaux sa réputation, des ennem^ aux4|iiels sa gloire ne donnait aucun repos> et disons a? ae Mgr de Quélen, êe» ldeh$ê ealomniakun. Faut-il 4'ea éloooer? Il avait des succès, et il allait graadir eseare. Paavra humanité I

Datts les mains d'une Providence miséricordieuae» iaaisppa, ^ tribulations étaient peut-être nécessaires à l'abbé Olivier. Elle lui témoignait son amo^ir. et ne les lui ménageant pas. Qui sait si, sans elles, il n'eut pas été ébloui par sa gloire? Vanté parson archevêque; recherché à ht cour, aimé des grands, environné d'hommages par tout ce que Paris avait de plus illustre, admiré de la foule qui se pressait sur ses pas, qui se suspendait à ses lèvres, adoré dans sa paroisse, chéri de tous les prêtres heureux de travailler sous

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• ses ordres* fai sait si, sans ses détracteurs, il n*eat pas succombé aux fumées de Tamour-propre ? On lui a souvent entendu dire à lui-même : « Dieu a toujours c pris soin de me maintenir dans rhumilité en m*en- « Toyant des ennemis et en me faisant ressentir les « effets de leur haine après chaque succès. Qu'il en « soit à jamais bénil »

Aussi certains journaux, qui payaient leur pain de chaque jour avec du dénigrement et du scandale, Tattaquaient à peu près tous les matins, s'attachaient à loi de préférence, parce qu'ils lui savaient un sang plus ridie à sucer, et aussi parce que étant plus haut, plus en vue, plus dédaigneux de se défendre, il dour nait plus de prise. Mais Texcès même de leurs efforts, comme nous l'avons vu plus tard à Evreux, en faisait l'impuissance, et son impassibilité mettait mieux en relief la trempe de sa vertu et l'énergie de son caractère. Les peintres, dans leurs tableaux, placent près* que toujours des démons à c6té des anges : ils ateent 06 contraste, qui est un des plus puissants effets de leur art. Quand Rome conduisait ses triomphateurs au Capitole, pour rehausser leur gloire, elle faisait chanter des vers satiriques derrière leur diar. C'était aussi l'avis du poète Chedeau, qui, à l'occasion de la fête de M. Olivier, faisait retentir de mâles acœnls sur sa lyre:

Peut-être à quelques-uns paraltrai-je peu sage? Mais je suis fier encore d'un tout autre suffrage : Si j'aime à tes côtés une escorte d'amis, J*aime aussi sur tes pas un essaim d'ennemis. C'est la condition de notre humaine vie.

Qa'aax grands talents toujours doit s'Attacher l'envie,

Mégère à l'œil oblique, à la langue de feu.

Tant qu'un homme est obscur, de lui qu'on parle peu.

Elle ampllit, s'il fout, le duvet de sa couche.

Mais son nom surgit-il, volant de bouche en bouche ;

La guerre est déclarée, et guerre sans repos ;

Elle aiguise ses traits sur les moindres propos.

Et, cachant de son fiel le subtil artifice,

Distille le venin de sa noire malice.

Qu'Importent la vertu, des sentiments humains.

L'aumône à l'indigent versée à pleines mains,

De beaux enseignements, éloquente parole

Du salut étemel annonçant le symbole,

La foule environnant l'autel jadis désert,

Aux élans généreux un coBur toujours ouvert;

L'envie étend surtout son insolent domaine.

Même la charité soulève encore sa haine,

La douce charité, cet ange des douleurs,

Qui descendait du ciel pour adoucir les pleurs 1

Mais inspiré d'en haut un illustre courage

Ne s'intimide pas à quelque vil outrage,

Bt sans compter jamais les heureux qu'U a faits

A l'injure répond par de nouveaux bienfeits.

Quant à loi, les succès des autres le rendaient iMoreia, et il aimait à faire Taldr leurs talents. H iqiptlait dans la chaire de Saint-Roch les prédUcataiirt lea plus célèbres, MM. DnfStre, Cœur, BupaniMp, Ceriet, Coquereau, doniles quatre premiers sont Afêqoes et Tantre pas encore ; lOf • Comballot, Dugmnjf Marcellin. Les révérends pères Lacordaire et àt R«fi0nM, éwjL aigles dont le yoI j^ail si haut,

doonèrenl emtà à Saint-Roch plusieurs sermons, et tant d^autres.

A quelqu*un qui lui demandait son avis sur le genre d'éloquence de M. Cœur, il répondit : « Je ne puis le « juger, car je l'admire toujours. Son dernier sermon « me parait toujours le plus beau, et nulle part je n'ai a rencontré une plus grande élévation d'idées, une « métaphysique chrétienne plus sublime. Je suis « ébloui ; il m'emporte dans son vol. » 11 aimait la sagesse et l'égalité de M. Dufètre : « Voilà un pré- « dicateur comme il nous en faut, disait -il; il édifie, « il convertit, il intéresse toujours. » Les fougues de M. Comballot l'eflfirayaient un peu; l'enthousiasme du hardi improvisateur nuisait à la précision du théologien, mais il rendait pleine justice à sa foi, à son cœur brûlant d'apôtre, à la sève abondante et à la chaleur de ses discours. Quant au révérend père Lacordaire, il aurait voulu une autre direction à son incontestable talent. Un langage si nouveau dans la langue théologique, ses excentricités l'élonnaient beaucoup, et il déplorait, dans le genre d'éloquence qu'il intronisait, la ruine de la véritable éloquence évangélique. Il plaçait, dans son estime, M. de Ravignan bien au-dessus de M: Lacordaire.

M. l'abbé Goquereau était pour H. Olivier un fils 4e prédilection qu'il aimait à produire et à faire connaître. « Il y avait dans sa parole, dit un des bio«- K fraphesv un accent imposant et solennel, des idées « hautes, heureusement rendues et soutenues par up « débit verbeux et chaud; il se livrait parfois à wif « éloquence abrupte, coupée de soubresauts, indiioiT « plinée et emportée jusqu'à l'ei^tatioo (éhrile, nuNS « sUJonnée de limuis et d'édairsj an yoiai 4«l k

4 nombre de ses auditeurs, parmi lesquels il comptait « des hommes d'élite venus exprès pour Tentendre» c grossissait à chaque sermon, frémissait et tressail- « lait par instants. » M. Olivier lui fit prêcher un carême à Saint-Roch. La reine des Français était assidue à ses prédications, et elle lui dit un jour lorsqu'il descendait de chaire : « Monsieur Tabbé, vous avez « parlé comihe un apôtre. — Madame, répondit aus- « sitôt M. Coquereau, la vie d'une reine comme vous « est bien plus éloquente que mes paroles. » M. Coquereau quitta la chaire de Saint-Roch pour aller évangéliser dans le diocèse de Carcassonne, et M. Olivier eut bientôt une merveilleuse occasion de lui prouver que Tami absent était toujours présent à sa pensée.

Depuis longtemps déjà Louis-Philippe avait apprécié le rare mérite du curé de Saint-Roch, et trois ans après sa nomination à cette cure, il l'avait fait chevalier de Tordre royal de la Légion-d'Honneur. Il l'avait aussi appelé dans le conseil d'examen des écoles primaires. Il est faux que dans ces humbles fonctions d'examinateur, M. Olivier se plût à effrayer les pauvres aspirants au brevet de capacité, et qu'il prît un plaisir sans égal à leur dire : vous êtes refusé. Il prenait, au contraire, plaisir à les voir bien répondre; il les aidait par la clarté et la netteté des questions qu'il leur posait» et les félicitait du soin qu'ils avaient apporté à bien savoir leur religion. Il était encore membf» de plusieurs autres comoàissloos*

Louis-Philippe avait beaucoup de goût pour lui. Il n*admettait pas un seul éyèque à Thouneur de sa table que le curé de Saint-Roch ne fût aussi invité, tant il se plaisait à honorer en lui le curé modèle. 11 avait une grande confiance en ses lumières, et prenait ses avis sur toutes les affaires épineuses du clergé.

Son crédit à la cour était tellement connu que c'était par centaines qu'on lui envoyait des^étitions pour être apostillées et présentées par lui au roi, à la reine, aux princes et aux princesses, et Ton se tenait assuré du succès quand on était appuyé par lui. Fréquemment des évoques eurent recours à son obligeance qui ne faisait défaut à personne. Madame Adélaïde l'aimait beaucoup, et le duc et la duchesse d'Orléans avaient en lui une confiance toute particulière, à tel point que le prince royal, effrayé des dettes que le roi contractait, eut recours à lui pour engager Sa Majesté à modérer ses dépenses et ses libéralités. « Mes frères « et mes sœurs, lui disait le prince à cette occasion, « comptent naturellement à la mort du roi sur une « riche succession, sur de beaux apanages, et je vois « le déficit du domaine privé s'accumuler au point que« « si cela continue, ils n'auront un jour que des char- « ges à partagw. Si je dois être roi. Sa Majesté me « crée là «m embarras inextricable au commencement « de mon règne. »

C'est une croyance générale que M. Olivier était le confesseur de la reine. Il n'en est rien cependant. Elle avait une si grande confiance en ses lumières, elle goûtait tellement ses instructions qu'elle a pu, qu^elle a dû même le consulter souvent sur des affaires de conscience : son confesseur était un simple vicaire de Saint-PUUppeHiu-Roule.

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Or, tandis que M. l'abbé Goquereau prêchait tran* qaiUemeiit àNarbonne et sans se douter le moins du nMHude que son nom pût être prononcé à la cour, Louisiiiilippe confiait à M. Oliyier, chez la reine, le secret lie l'expédition qui allait être faite à Sainte-Hélène, sous le commandement du prince de Joinville, pour en rapporter le corps de l'Empereur. Un prêtre devait nécessairement eu faire partie. Mais qui choisir poor une missioA si délicate? Il fallait un ecclésiastique capable de se faire aimer et respecter des officiers et des marins. Là était rembarras du roi. a Je connais, dit « M. OliTier, un bon prêtre, jeune, plein de talent et « de force, éloquent prédicateur, de manières distin- « guées, très franc, cœur chaud et ouvert, qui réunit « toutes les qualités que Votre Majesté désire rencon- « trer en un seul homme. » Et il nomma l'abbé Goquereau. La reine, qui n'avait pas oublié les prédications de Saint-Roch, joignit son suflVage à celui de M. Olivier, et appuya fortement auprès du roi. Le nom de Tabbé Goquereau rappela dans la mémoire de Louis- Philippe un souvenir. « Mais c'est à merveille, repril- « U, il est déjà avantageusement connu dans la matr rine. Ge doit être ce même prédicateur de Brest « auquel les officiers du Diadème ont ofl'ert un ban- « quet à bord de leur navire. — Lui-même, répondit « M. Olivier. — Alors c'est une affaire décidée, ajouta « le roi; écrivez-lui de ma part de se rendre immé- « diatement à Paris : je le nomme aumônier de l'ex- « péÉtion. )»

Ed effet, en 1837» M. Tabbé Goquereau prêchait la station du carême à Brest^ ville maritime et bruyante, et les officiers en rade, les soldats de la garnison, les autorités locales accouraient avides de Tentendre, et se confondaient parmi les flots de la foule. Lorsque le carême fut achevé, les officiers du Diadème pour le remercier à leur façon, lui offrirent à bord un banquet où le bon goût s'allia à la cordialité la plus fran« che. Quand il adressa ses adieux à l'auditoire entassé autour de lui, des larmes coulèrent de tous les yeux.

Le 19 mai 1840, M. Coquereau reçut à Narbonne «ne lettre presséey timbrée à Paris du 16 mai, avec un cachet en cire rouge sur | lequel se voyait une croix entourée de celte légende : paroisu Saiwt-Roeh. U l'ouvrit et lut :

« Très cher abbé, je suppose que je vais recevoir la « réponse à ma seconde lettre, je la suppose telle que « je la veux. Maintenant, entre nous, le roi vous a f( désigné pour accompagner Son Altesse Royale le « prince de Joinville à Sainte-Hélène, et y prendre et « en rapporter les cendres de l'Empereur.

« Cette mission vous platt-elle? Elle durera quatre (c mois à peu près.

« Il faut rhabit ecclésiastique toujours, la gravité « douce du prêtre, l'exemple constant d'une piété « vraie et sincère, de l'instruction.

« J'ai répondu pour vous. Etre toujours à la table de « l'état-major avec des hommes qui s'oublieront peutr <( être quelquefois, et faire toujours respecter la relir « gion et son ministre, voilà le devoir. Me répondre « de suite courrier par courrier, c'est l'ordre que je « reçois. Une lettre à montrer qui accepte ou fdi ror

€ fuse, une lettre pour moi saoliqtti catase à oeôir bu»* «r vert. Il faat dire out, selon moi, Tùuià tobs«

« 14 mai.

a OUVIER. »

La FraBce sait comment l'abbé Coquereau s'acquitta de cette belle et glorieuse mission, et comment au retour il fut décoré en pleine revue par le roi, et nommé clianolue du chapitre royal de Saint-Denis. Mogador et Tanger le virent ensuite impassible sous une pluie de bombes et de boulets, et la croit dWficier de la Légion-d'Honneur a brillé sur sa poitrine. Ces deux missions ont préparé et inauguré une œuvre vivement désirée par tous les cœurs vraiment chrétiens : l'aumônerie de la marine, avec M. Coquereau pour chef, a été créée, et le pavillon français ne va plus affronter les périls de la mer et des combats sans un prêtre qui attire sur lui la protection du ciel.

Cette institution prélude sans doute à l'aumônerie de la guerre, et c'est encore dans la piété de la reine Marie-Amélie, toujours si assidue et si attentive à toutes les prédications de l'abbé Olivier, qu'il faudra aller en chercher l'heureuse et féconde initiative. Lie 3 juin 1841, elle écrivait de Neuîlly à Mgr l'évAque d'Alger :

€ Je vous remercie de l'assurance que vous me doi^-

« nez que mon vœu le plus ardent est accompli» eit

« que dorénavant il y aura toujours un prêtre qui

« accompagnera notre brave armée dans ses diverses

« expéditions militaires. C'est une grande tranquillité

et pour mon cœur, car vous savez bien que le salut de3

« âmes que j'aime est le premier de tous mes vœux,

« et iUétait bien triste, en perdant nos braves, d'avoir

-« la douleur de les Toir périr saos les secours et les « consolations de noire sainte religion. »

La même pensée religieuse a inspiré Napoléon III quand il a bit suivre l'armée d'Orient par des aumôniers de guerre.

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