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Les ministres consultaient aussi fréquemment M. le curé de Saint-Roch dans les affaires délicates concernant la religion, la morale et Tinstruction publique. En 1840, M. Martin (du Nord) Tavait prié de lui dire son avis sur un livre, VEvangik du Peuple, qui causait un grand scandale, et M. Olivier lui adressa le rapport suivant ;
« J'ai l'honneur de renvoyer à Votre Excellence le « livre qui a pour titre VEvangile du Peuple, et que « j'ai lu par son ordre.
« J'ai marqué an crayon les passages les plus ré- « préhensibles; ils sont innombrables. Je ne crains pas « d'assurer à M. le garde des sceaux que jamais livre « n'a plus mérité la vindicte des lois. Sa circulation « en France ou à l'étranger serait plus funeste au « peuple que la circulation de poisons inconnus. Le « ityle est celui qui convient aux passions ; il est em- « preint d'un certain caractère d'imitation biblique « qui rappelle le livre d'un Croyant.
« Phrases coupées, mots à effet, trivialité et enflure « de langage; point de transition, nulle suite, aucun « rapport dans les idées.
« La marche au le plan de Fauteur se dessine ainsi :
« Des textes tronqués. Tous les antécédents ou tous
I les coDséqaeDts supprimés, une altération perpé- ( luelle du sens par une traduction frauduleuse, le r silence le plus profond sur tous les passages capar blés de donner un démenti formel aux principes sub- [ yersife qu'on Teut faire admettre, une négation dét tournée des miracles comparés à la magie, à Télee- K tricité, au magnétisme, etc., tous les dogmes ruinés c par un système de symboles figuratife, la person* r nalité du Saureur renyersée par la substitution du [ genre humain dont Jésus-Christ n'est qu'un sym- [ bole, le mépris le plus insultant jeté à la vertu, la plus basse indulgence prodiguée sans mélange de ; blâme aux inclinations vicieuses ou criminelles.
« Le moyen de Vmiteur, c'est l'Evangile, regardé i par tous les chrétiens comme un livre divin et renfermant d'office toutes les doctrines qui doivent renverser l'édifice de la société actuelle, a La penêée w^ique de V auteur est celle-ci : il faut détruire tout ce qui existe.
« L'impreerion que doit produire ce livre n^est pas douteuse : c'est l'indifférence absolue pour toute pratique religieuse, la haine des rois, le partage de tous les biens, le fer, le feu, la flamme sur tout ce qui s'élève au-dessus du niveau du peuple. « Pour l'homme sage, modéré, mais ignorant, l'Etanqile sera le plus infâme des livres; pour l'homme déjà agité par les passions tumultueuses qui frémissent autour de lui, ce livre imposera silence à tous ses remords, le poussera aux derniers désordres et fera le fanatique le plus fougueux. »
M. Olivier entretenait des relations de bon voisinage et vivait en parfaite intelligence avec les autres curés des grandes paroisses de Paris, qui Taimaient comme un ami s&r, et comme un excellent collègue. Tous les premiers vendredis du mois, il les réunissait à sa table qui n'était jamais magnifique ni recherchée, mais qui était toujours assaisonnée par Tesprit, la grâce, la gaieté et la plus franche cordialité.
Dans une de ces réunions, les curés de Paris prièrent M. Olivier de s'interposer auprès de Mgr Tarchevéque pour le supplier en leur nom d'aviser au moyeu de mettre fin à un scandale qui affligeait l'Eglise de Paris. Il s'agissait du schisme qui avait éclaté à l'As- . somption, paroisse de la Madeleine, entre les vicaires, et 1& curé. M. Beuzelin s'appuyait sur son droit de gouverner sa paroisse comme il l'entendait. MM. Du- ^ panloup et Pététot, ses vicaires, suivaient une autre marche, et se couvraient de l'approbation de leur archevêque. Mgr de Quélen, en effet, avait pris feu pour leur cause, et, afin de contraindre M. le curé de la Madeleine à donner raison à ses vicaires, il l'avait un bonjour privé de tout son clergé, de sorte que l'administration de sa vaste paroisse lui était devenue à peu près impossible. Toutes les œuvres languissaient; les enfants restaient sans instruction; les malades mouraient sans sacrements.
Il y avait près d'un an que durait ce triste état de choses, au grand détriment de la religion. « Il faut ab- « solument arranger cette affaire, dirent les curés de « Paris à M. Olivier, et nous vous avons choisi pour
« intermédiaire. Nul ne peiU mieux réussir que vous. « M. de Quélen vous aime et vous écoute volontiers, ff Personne D*a plus de crédit que vous sur son es*
< prit.
ff — Je vous cède, Messieurs, leur dit M. Olivier, « parce que je vois la gloire de Dieu et le salut de « nos frères intéressés dans cette question. Hais sou- « venez-vous bien qu'à partir de ce jour je perds toute <r faveur auprès de Mgr Tarchevèque. J'espère réussir, « parce qu'il est bon et que ses vues sont droites. « Mais Celui que vous savez profitera de cette occaff sion pour tâcher de me perdre dans son esprit, et
< finira par lui persuader que j'ai pris parti contre « lui dans cette affaire. »
M. Olivier se rendit donc auprès de M. de Quélen pour loi porter les vœux du clergé de Paris. «— Corn- « ment sortir de cet embarras, lui dit le prélat, ff Est-ce à l'évèque de céder? — • Oui, Monseigneur, « quelquefois, parce quMl est père. Mais je ne viens « pas vous proposer de manquer à la dignité épisco- « pale qui doit toujours être sauvegardée. Au prix c d'un grand sacrifice, je pense vous offrir un moyen « de tout concilier et de ne mécontenter personne. — « Ce moyen je ne demande pas mieux que de le pran-» c dre s'il est praticable, car mon cœur ne désire que ir la paix. Quel sacrifice doit-il me coûter? — Aucun « pour vous. Monseigneur ; il retombe tout entier sur €• moi. Je recevrai pour collaborateurs les prêtres de c l'Assomption, et les prêtres de ma paroisse iront à «' VAssomption. » Ainsi la paix fui faite, le clergé de Paris consolé, les fidèles édifiés, et M. de Qttélen délivré d'une épine qui le blesiait cruellement. - M* de Qnélen diargea en même temps M. Olivier
d'ane autre négociation non moins difficUe : il s'agissait de ramener un^ malheureux prttre dana le giron de TEglise. Si M. Olivier a échoué dans cette mis* sion, c'est qu'il est des esprits opiniâtres et des mauvais cœurs qui veulent persévérer dans la voie de Gain, et ne savent pas profiter du regard qui a relevé saint Pierre de sa chute.
Comme homme privé, M. Olivier était chéri de tous ceux qui avaient le bonheur de l'approcher. Interrogez les prêtres qui ont vécu avec lui et qui sont encore nombreux, ils ne le haïssaient pas, mais ils Taimaient à l'adoration. Ils sont demeurés tous fidèles à l'amitié, à l'estime qu'ils Im ont vouées; Us le proclament hautement leur bienfaiteur et leur père.
c Son clergé l'aimait avec Ame, m'a écrit l'un d'eux, « et comment en aurait-il été autrement? Il était leur « père bien plus que leur maître ? >
Sur le modèle des conférences quo plusieurs évèques avaient établies dans leurs diocèses^ M. Olivier réunissait au presbytère, où il avait dépensé près de vingt mille francs pour le rendre habit«i>le, les ec clésiastiques vicaires et prêtres adminisyrateurs attachés à son église. Parmi eux nous comptons MM. LecourUer, de RoUeau, Dupanloup, Gallard, Pététot, Angenend, Leblanc « Legrand, Roquette, Fralsse» Dupré, Guyton, Dominique01ivier,Chartrain, Greliei» LegiNiidec» Berganion, et tant d'autres encore pour Msquels leur passage à Saint-Roch, so«s M. Olivier, a él4 ont véritable fflutlraaon. Ces conférences avaiwt
lieu le premier mardi de chaqae mois. C'était -une espèce de petit synode dont il était Tàme. Le curé y expliquait lui-même TEcriture Sainte, et un point de discipline ecclésiastique, puis il y ayait une conférence de théologie où tous prenaient part. On y traitait des matières les plus difficiles et les plus délicates du dogme et de la morale. Chacun soutenait à son tour une thèse imposée que discutaient ensuite les autres.
Les séances se terminaient par un dhier simple, mais bien agréable, parce que le pasteur ranimait par sa gatté. Tous les jeudis et les dimanches, et même tous les jours, si cela leur était agréable, M. Olirier recevait le soir à son salon tous les prêtres attachés à sa paroisse. Il mettait à leur disposition sa bibliothèque, son foyer et un excellent billard. Mais toutefois la récréation au billard n'avait lieu que les jeudi et dimanche. Si quelqu'un d'entre eux était quelques jours de suite sans se montrer, M Olivier montait chez loi pour s'informer s'il n'avait point quelque peine sur le coeur. Ainsi, dans ce clergé modèle, il n'y avait point de disputes, point de rancunes» point de riva-^ lités, point de jalousies, mais une union franche, qui faisait l'édification des fidèles, et la plus parfaite cor-^ dialité. Sans doute il voulait l'ordre, la régularité, la ponctualité, et maintenait vigoureusement la discipline intérieure de l'église. Mais on le savait bon, et personne ne se formalisait des vivacités de son zèle. S'il adressait quelquefois des repioches aux négligents, il finissait toujours par des pensées d'encouragement.
Aussi pendant les neuf ans qu'il a gouverné la pa-» roisse de Saint-Roch, est-il un prêtre qui ait eu à se plaindre de lui, dont il n'ait mis les talents et le ià* rite en relief, dont il n'ait favorisé l'avancement, dont
n n'ait assaré la tranquillité, le calme, le repos après lin travail consciencieux? Ceux qui ont été dans le beifoln n'ont jamais eu en vain recours à sa générosité. n ne se contentait pas de leur abandonner son presbytère, de leur consacrer ses soirées, il menait encore tine partie de ses prêtres à la campagne pour leur donner plus de marques d'une véritable affection. Aussi que de pleurs ont été versés quand il dut quitter Saint-Rocb I que de regrets et de gémissements ! Nous perdons un bon pire, disaient les vieux prêtres de la paroisse, les humbles administrateurs I Qui prenâra soin de nom? disaient les pauvres. On nom ehasdra du paradis après son départ !
M. Olivier, étant curé de Saint-Roch, recevait beaucoup de visites, la haute noblesse, les plus illustres personnages, les notabilités de la finance, les riches et les pauvres, mais il en rendait peu. Accessible à tous, tous les jours les fidèles pouvaient communiquer avec lui à l'église, et trois fois la semaine le public (foi avait à lui parler chez lui. Une partie de ses nuits était consacrée à une correspondance écrasante I * On ne se lassait pas de l'entendre parler. Chacun voulait jouir de sa conversation. Rien de plus aimable, de plus gai. Jamais une parole inconvenante ; jamais une médisance, jamais une parole amère pour ses ennemis 1
Sans être ami du monde plus que de raison, dans ses tares moments libres, à l'heure des réceptions de Paprès-mldi et des soirées, M. Olivier le fréquentait,
parce qu'il le fallait, et il semait partout Teq^f^ jpleiDes mains» ayec la galté et les ris. Si, en chaire, la plénitude et la sonorité manquaient à sa voix, dans la yie privée, la yie intime, elle devenait un délicieu^^ instrument de causerie vive, soudaine, pleine de gràc^ et de naturel. H narrait d'une manière admirable, tiL sa mémoire lui fournissait une foule de traits histor^ ques qu'il nyeunlssait et rendait intéressants par s^ mam'ère de les dire. Sa conversation étincelait d'un^ foule de mots heureux qui eussent suffi à la réputation de plusieurs hommes d'esprit. Les grâces de son langage, la vivacité de son esprit étaient telles, qull comptait dans les salons de Paris presque autant d'ad*mirateurs qu'il avait d'auditeurs empressés lorsque, du haut de la chaire de vérité, il faisait entendre la parole divine.
La Ghaussée-d'Antin l'idolâtrait sans réserve,r le faubourg Saint-Germain le recherchait, l'estimait ^ l'honorait, tout en cherchant à le contredire, non pu* opposition, mais pour le plaisir de lui voir mettre en œarre Jes ressources prodigieuses d'une dialectique mordante, railleuse.
C'est après une de ces soirées où M. Olivier avait prodigué les charmes d'une conversation étinc#lante de verve et d'esprit, qu'un des convives de madame Iji comtesse de D.,.., dont la table était toujours excellente, se plaignait, en quittant l'hôtel, d'avoir mal dîné. Son inteNocuteur paraissant étonné : « Le curé « de Saint-Roch était là, ajouta-t*il, et, en l'écoutant, « j'ai oublié de manger. »
La pomme de discorde, on le pense bien» était la politique : l'ami de Louis-Philippe n'en avait jamais peur et ne reculait pas. La lutte engagée, il était rav
irissant de raison et de sophisme, de colère et d^amabiUté, de suffisance et de bonhommie. Si on lui rappe* lait la bienyeillance de Tancienne cour pour lui, et ses chaudes sympathies pour celui que Ton appelait FEnfant du miracle, il les aTouait, et n^ayait que des paroles du plus profond respect pour d'aussi grandes infortunes; mais enfin, ce n'était pas lui qui avait fait la TéTolution; c'était encore le sang de saint Louis et de Henri IV qui coulait dans les veines des maîtres de la France, et ne fallait-il pas bénir la Providence d'avoir affermi un trône sur un sol tourmenté par les volcans. Il était, avec M. Guizot, le partisan de la fameuse conjonction |>arce que, opposée au quoique de M. Dupin.
Hais s'il s^agissait d'une question théologique ou d'une controverse quelconque étrangère à la politique du moment, il se surpassait lui-même n'ayant pas à mteager des susceptibilités vénérables, et se maintenant toujours dans le domaine ^e la conversation familière où il sentait très bien qu'était sa puissance.
U eut un jour un assaut à soutenir, non contre un 4es plus célèbres professeurs de l'Allemagne, comme on l'a dit, mais bien contre Mgr Garibaldi, internonce du Saint-Siège près la cour de France, diplomate et théologien, dialecticien subtil et périlleux s'il en fut jamais, intrépide champion, en sa qualité de romain, de l'infaillibilité du pape. De part et d'autre la chaleur AH grande; il y eut des éclats de foudre, des alternatives dramatiques, et réellement des prodiges de va*leur. M. Olivier était trop fort sur la question pour mordre à la fin la poussière ;mais un sentiment exquis 4e politesse et de convenance le porta à laisser croire èson puissant adversaire qu'il était le vainqueur, et
le prilai B^écria, en lui serrant la main ei en regardant l'assistance : Quel primée ftirgmi^enÊmiionl
M. de Genoade tenta aussi d'entrer en lice ayec lui, mais M. de Genoude, brillant écriyain, publidste ardent, n'était pas théologien.
C'est à la présence d'esprit de M. OUtier dans la conrersation qu'il faut rapporter un trait que je tiens de lui-même, que j'ai consigné le sofar même dans mes sourenirs, ce que je remarque une dernière fois pour toutes. Je vais le raconter avec tous les ménagements possibles.
Etant curé de Saint-Etienne-du-Mont, M. ORvter aTait connu un ecclésiastique doué d*un yéritaUe mé* rite. Celui-ci araitdÉl'favoir, de l'esprit, de la finesse. La révolution de i§S^ Tayait rejeté dans ses montagnes natales où fl occupait un emploi très minime, et H avait sans cesse les yeux tournés vers Paris oà l'attea*
daient àeg destinées plus heureuses Vers 1833 il
revint dans la capitale, bien cfaétif, et sans ressource. M. Olivier venait d'être nommé curé de Saint*Rocfa, et jouissait d'une grande faveur auprès de son ardievêque. Cet ecclésiastique s'adressa donc à M. OUvier, et lui rappela q4l Saint-Etienne il avait été l'un de ses plus dialeureux admirateurs. <r Mon Dieu, lui dit IT. « (Hivier, je suis vraiment désolé de ne pouvoir en ce « moment vous offHr dans mon église une place con- € venable. Mais comment mettre un homme de votve a mérite à la queue de mon clergé? Je pourrai» ce-
« pendant ¥0118 créer «me posilion à pari en tous met* « tan^ i la tète de... EL il lui (tësigua remploi. -^ Ohl a. Mousieur le curé, ce sérail me rendre le plus grand f des services pour lequel je serais reconnaissant a toule ma vie. »
L'emploi lui fut donc confié, et il s'en acquitta à merveille. 11 se confondait en attentions auprès de son bienfaiteur.
Or, dans la multitude des charges importantes du diocèse de Paris, il y en avait une qui était fort mal renaplie au gré de Mgr de Quélen, et le prélat t'en plaignait amèremeot à M. Olivier. « N'est-il pas doo* « loureux, disait-il, de ne pouvoir trouver dans tout « mon clergé un seul ecclésiastique qui réunisse tousc tos les qualité nécessaires à un poste auquel j'atta* « che une si juste importance! » Et M. Olivier de rélyrlre qoll avait dans son dargé cet bonune introuvable. « -r Et qui donc? — M. Tabbé X.,. — Ne me <( j^arlez pas de cet abbé là» je ne puis le souffirir. a Uu autre jour» comme Mgr Tarchevèque continuait de se plaindre, M. Olivier lui dit encore : « Monseigneur» « si Votre Grandeur me faisait Thonneur de m'écou- « ter, j'ai certainement Thomme qu'il vous faut, M^ « Tabbé X... Je réponds de ses succès. » Mgr de Que- Un répartit vivement : « Encore cet abbé làl Je^vous « avoue que sa vue seule me fait mal. Il a Tair si « bûurgeoisi il est si bassement patelin, que je ne « puis surmonter mon antipathie poup lui. Voyons, « vous qui êtes frano» dites-moi une bonne fois si Tar- « tufe avait un autre visage? Ne m'en parlez plus, s M. Olivier qui ne se décourageait jamais et qui insttait presque toujours une sorte d'obstination ^ suivre une pensée qu'il avait connue, revint eependant
aine irtkkième fois à la cbarge. « Motisetgueur, loi lit- « il, daignei au moins tous mettre une seule fois en M relation avec M* Tabbé X..., causez-lui, et faîtes-lè « causer. Voyez par vous-même ce qu'il y a au fond de « cet homme. J'ai la conflance que vous en serez cont « tent. » Mgr de Quélen céda. Il consentit à voir M^ Tabbé X... qui ne lui déplut pas autant: qu'il ravait pra. Les préventions qui couvrent un homme de m^ rite loi sont presque toujours avantageuses. La valeur qu'on avait d'abord méconnue n'en parait que plus précieuse à celui qui la découvre, surtout s'il a l'ânie Itfsez honnête pour convenir de son erreur* « Je me « serai donc trompé, » se dit le noble prélat. Et croyant fkvoûr une injustice à réparer, il n'hésite plus à confier à M. l'abbé X.... l'emploi important qui lui causait tant de souci. Celui-ci, dans sa nouvelle charge, dépassa toutes les espérances que M. Olivier avait fail concevoir de lui. Mgr de Quéleo s'était enfin habitué à son visage, et M» l'abbé X.,. s'insinua de plus en pins dans sa faveur. Il eut le talent de se rendre nécessaire • • • • •
> U faut vraiment que la reconâaissance soit bien lourde à porter. Du moment où M. l'abbé X... fut au comble de ses désirs, il ne remit plus les pieds sur le seuil hospitalier du presbytère de Saint-Roch. S'il n'eût eu encore que l'ingratitude de l'oubli I Mais il y joignit bientôt eelle du mal fait contre le bien. U se rangea'dans la cohue jalouse qui déblatéruit contre Timmortel curé de Saint-Roch; il n'omit rien pour le perdre dans l'esprit de Mgr de Quélen, et sa ptr% ^ était d'autant plus enflammée qu'il ne pouyait y réussir.
Or, Mgr de Qaélen était à Conflans, et là se trou* 'Vait aussi le curé de la paroisse, intime ami de M. Olivier. La conversation tombe bientôt sur les mer- Teilles opérées à Saint-Roch, et voilà Tabbé X... qui se prend à déchirer M. Olivier. Comme il était dans toute la verve du dénigrement, le domestique annonça tout à coup : M. le curé de Saint-Roehl Et TabbéX... aussitôt de l'air le plus ouvert, le plus affable, le plus souriant, s'empresse d'aller au devant de M. Olivier. M. le curé de Gonflans, appuyé sur le coin de la che-« minée, derrière Mgr l'arcbevèque, lève les mains et hausse les épaules en fixant M. Olivier qui entrait et qui, du premier coup-d'œil, avait tout compris.
M. Olivier dit à l'abbé X... qui lui tendait la main, et en lui refusant la sienne ; « J'ai l'honneur d'offrir « mes respectueux hommages à M. le...., car je ne € puis le saluer à un autre titre. » Puis il lui tourne les talons et va droit à Mgr l'archevêque. Et bientôt après ; « Monseigneur, lui dit-il, dans la haute posi- « tion que vous occupez, étant en rapport avec des « hommes de tous les visages et de tous les caractère res, que vous devez être souvent témoin de singu» « Hères palinodies I Malgré votre indulgence qui ex- « cuse tout, que vous devez avoir une triste idée de « notre pauvre humanité 1 Ne devez-vous pas vous « rencontrer souvent avec des personnes terribles en « l'absence de certaines gens, mais radoucies et aima^' « blés quand par hasard elles se trouvent en leur pré* « sencel » Et M. Olivier glose sur ce chapitre pendant nne bonne demi-heure avec une verve abondante en Iraits et en saillies , avec une grâce et une aisance qui ravissaient Tardievèque. Le pauvre abbé X... étaK
f ur des charbons brûlants, et le bon prélat se pinçait les lèrres pour ne pas éclater devant lui.
M. Olivier satisfoit abrège sa visite, et laisse Fabbé X... dans nne confosion inexprimable. C'est la seule petite vengeance qae je connaisse de lui dans toute Tbisioire de sa vie : il se la (tat épargnée à lui-ménie s*il n'avait pas été pris à Timproviste, et s'U avait eu un instant pour réfléchir. H s'était fait un ennemi irréconciliable. Et pour combler la mesure, à peine Ait41 sorti que M. le curé de Gonflansne peut se contenir : «Vous « avez entendu, Monseigneur, M. l'abbé X... se dé- « chaîner contre M. le curé de Saint-Roch, et vous « avez TU en même temps quel accueil il se disposait € àlui &ire1 D a reçu ce qu'il mérite, et il ne saurait « nier que H. Olivier est au moins un sorcier qui a « infiniment d'esprit, et qui parte toujours à propos. »