CHAPITRE m
H» Olivier^ •riiteiir.
. A Saiot-Rooh, M. Oliyier pH( rang parmi les pre^ niors. oraleurg sacrés» et c'est soi» oe point de vue ^ue nous avons maintenant à le représenter. A netra jAsee, nofas laisserons parler ceux qui otit eu le boi^ 4ie]ur deTentendre.
. « Cet l^npie fojrmidable, dit le Solitaire^ se pose avec le calme de Bourdaloue, immobile, la tète haute et sévère. Sa yoix, faible d'abord , s'affermit peu à peu, et sa mémoire, qui hésite au début, s'agrandit proportionnellemeut. Sous la forme la plus austère et la plus précise se dessine d'elle-même une pensée visible à tous. Nous ne savons pas de style plus pur, de méthode aussi parfaite, un art aussi prodigieux d'exprimer, sans qu'il y paraisse, ce que renferme la métaphysique de plus ardu, et l'érudition de plus sec. Quand il prêche, l'église est pleine; qu'il ait préparé son discours, ou qu'il improvise, son abondance est la même; sa facilité, son élégance, sa mémoire, sa force, ne varient pas; l'esprit le plus exercé s'y tromperait. Un simple entretien de lui est un événement dans la capitale; et sans les immenses travaux d'administration qui l'absorbent, à la réputation que lui ont faite ses prônes, il eût joint infailliblement celle de l'un des
prédicatears les pins distingués de l'époque présente.' Quelques personnes ont pensé qu'en chargeant M. de Ravignan du panégyrique de Mgr de Quélen, le chapitre de Paris avait fait un passe-droit à M. OUyier. » {Biographie du clergé contemporain^ tome I, p. 55.) « Mais écoutez, reprend le biographe S. P. R. de là Chaire catholique (tome I, p. 355), le curé de Saint- Roch est monté en chaire. Le voilà calme, immobile, le front rayonnant d'inspiration, comme les orateur!? sacrés du grand siècle, comme les Bossuet , comme les Bourdaloue. Sa voix prend de la puissance et de l'éclat; elle s'élève à la hauteur des vérités qu'eîlér proclame et qu'elle commente. Sa pensée, nette e< daire, s'empare de l'esprit de ses auditeurs, qu^e attache et qu'elle transporte. Tout ce que la métaphysique a de plus subtil, l'érudition de plus aride,^ «it présenté par lui wus une forme gracieuse, avec un art et un talent prestigieux. Qu'il prêche d'abondance ou qu'il ait préparé son discours, il est toujours le même, aussi riche, aussi abondant, aussi fleuri,* aussi élégant, aussi pur. y» "*
L'auteur des Esquisscg mr le» orateurs sacrét cùn^ temporains (Paris, 1840, chez Yaton) est, de tous les critiques , celui qui a le . mieux apprécié le talent oratoire de M. Olivier à Salnl-Roch. Un homme illustre, dont le beau caractère égale le talent, dont le noble dérouement est resté Adèle à de royales mfortmies, M. Trognon , ancien secrétaire des comman*» dementftdti prince de Jeinvtlle, a donné rMéganco'
de sa plume ei joint raatorité de ses jugements aux belles considérations suivantes, que nous citons en entier, sans craindre de causer le moindre ennui à nos lecteurs :
« Sept ans se sont écoulés depuis que l'abbé Olivier est curé de Saint-Roch ; mais 11 ne lui a pas fallu ce temps pour opérer les améliorations, disims mieux, la transformation complète de cette église, où tout était à refaire. Dès les premières années, l'état moral» aussi bien que les apparences extérieures de la paroisse, avaient complètement changé. Quels moyens a-t-U donc employés pour arriver si promptement à , des résultats auxquels sont lohi d'atteindre tant d'autres» qui y. consument leur vie? Gomment s'est-il sou-» mis tant de volontés toujours si divergentes et quelquefois si rebelles? Ce secret, qui est le trait caractéristique de l'abbé Olivier, n'est autre que la puis-^ sauce merveilleuse de parole que Dieu lui a accordée.
« Pour retracer mieux et plus justement que nous se pourrions le fsire le caractère particulier d'autorité qui fidt de l'Moquence de l'abbé Olivier un genre tout à Csit à part, et lui donne une si prodigieuse influence pour la conduite des âmes, nous nous permettons de citer ici quelques lignes d'une lettre d'un homme accoutumé à porter, dans l'appréciation de la parole sacrée, toutes les susceptibilités du goût littéraire :
« S'il y a une chose qui, à mon sens, caractérise le «c talent oratoire de l'abbé Olivier, c'est que la parole « est son grand moyen de gouvernement. Du jour ou.
ff pour moD compte, j*ai commencé è suivre réguUè- « rementses prédications, c'est là l'impression donû- « nante qu'elles ont produites sur moi ; j'étais goa-- « yemé, je subissais le joug d^une irrésistible auto- « rite : l'orateur réalisait pour moi ce que dit l'Evanff gile de notre divin Maître : il parlait, sicut potetêa^ « tem habens (comme ayant le pouvoir). J'avais en- « tendu alors ou j'ai entendu depuis l'abbé Lacordaire « entraînant son auditoire dans le vol bardi de sa ff brillante imagination ; l'abbé Cœur élevant les vén rites élémentaires de la foi à la hauteur d'une su- « blime métaphysique; l'abbé de Ravignan pénétrant « les intelligences de sa forte parole, et quelquefois « inondant les âmes des plus pures effusions de l'a- « mour divin. Tout cela était beau, rien de tout cela « ne produisait l'effet de l'éloquence de M. Olivier. En « ce temps où les âmes sont fatiguées d'anarchie, et « où, comme le troupeau sans guide, elles cherchent m qui les conduise, c'a été pour moi un ravissement « sans pareil de sentir l'autorité descendre de la « chaire, de voir là s'accomplir ce gouvernement par « la parole, rêve mensonger de notre tribune politi- « que. Je me souviendrai toute ma vie de la retraite « de 1838, celle où notre excellent curé a le phia « prodigué les efforts de son zèle et de son éloquence. m Je ne lui avais pas dit un seul mot alors, je coa- « naissais à peine son visage ; mais quelle merveille « pour moi de voir cette grande assemblée penser, « agir, se mouvoir, respirer, pour ainsi dire, en vertu « des commandements qui lui étaient dictés du haut « de la chaire ; d'entendre ces toutes puissantes som- « mations, qui, chaque soir, appelaient au confes- « fioimal je ne sais combien d'àmes rebelles; d'assis-
<( («r à ce profond et ftileocieia reoueUlement 9 avec « lequel tout le monde emportait chez soi , pour la <K nuit, les redoutables ou consolantes vérités qu'il n avait laissées pour entretien à Tàme jusqu'au len- « demain ! Depuis lors, il m'a emporté dans sa sphère < ou plutôt dans celle de l'éternelle vérité^ dont il est a l'organe ; depuis lors , sa voix exerce sur moi la « souveraine autorité de la raison, et il ne peut me « venir à l'esprit de désobéir volontairement à aucune « des injonctions qu'il fait entendre avec un zèle si « persévérant à ses paroissiens. Me trompé-je, et cet ^ effet qu'il a produit sur moi ne l'a-t^il pas produit « sur les autres? Les faits parlent, ils témoignent de « la vérité de mon assertion; ils attestent que bien « peu de souverains sont de nos jours aussi irrésisti- « blement obéis dans leur royaume 9 que le curé de « SainV'Rûch l'est dans sa paroisse; et tout cela parce « qu'il parle HcuipoMtoiêm habpM, )» (P, 71 et suiv*)
Ajoutons à ce témoignage œt autre jugement non motes remarquable d*un autre auditeur, M. Gaillié, qui écrivait à M. Olivier lui-*mème, le soir du 1«' avril
« Je fUiiB un de vos plus fidèles habitués. Je ne sau- « rais me passer de vous entendre ; vous êtes devenu « mon pain quotidien. Je vous suis pas à pas ; rien ne « m'édiappe. Je m'identifie avec vous, je remarque < même les plus légères nuances dans le sens comme « éans l'expresirion, et Je crois même reconnaHre « quelquefois l'influence de la fatigue ou de la préoc^
4 cupaiion : Sumfnuê $$, h<mo tamênl (Vous êtes sou-
a verain maître dans Tari, mais homme cependaiit!)
ff J'ai continué ma propagande en tous recrutant
< le plus possible des auditeurs dignes de vous. J'ai ff la satisfaction de tous apprendre que, parmi eux, le ff plus remarquable est un saint-simonien fameux qui, ff avec Chevalier et Chenavard , était le plus ardent ff soutien de cette bizarre doctrine. Vous Pavez raff mené complètement à Dieu, et c*est un triomphe « véritable que je n*ai pas voulu vous laisser ignorer. « Cette conversion, qui est le résultat d'une profonde
< conviction, fera, je Tespère, un bien immense.
ff n était demeuré firoid devant tous ceux qu'on est « convenu d'appeler de grands prédicateurs, tandis « que vos instructions paternelles et touchantes ont ff ouvert son cœur à la grâce. Aussi , combien je seff rais heureux si je pouvais voir réunis autour de vo^ « tre chdre ceux que la curiosité ou Vétrangeté des ff discours attire ailleurs.
•m J'ai voulu les entendre avant de les juger, ces « prédicateurs nouveaux qui sacrifient tout à une véff riCable popularité. Quel jargon! quel imbroglio I et ff quelle nullité I Us veulent être profonds, ils sont c oi>scurs. Est^e ainsi qu'on doit traiter d^aussi gra-*
< vef matières ? Ces messieurs prennent le galimatias ff pour de la métaphysique, et nous ramènent, sans ff- ë*en douter, au temps de ces sermonaires si ridicules
< da dix-septième siècle qu'on ne peut plus lire.
« J'en ai entendu un, la semaine dernière, prêchant « OTur l'ambition, parler du progrèi, de la positivité dei c 4dée$, de la Chambre des députés, des masm, du ff jiay», et terminer cette pétarade en citant un vers
< très connu d'Horace : Awri $acra famés (l'exécrable
« faim de l'or). C'est une véritable amplification d*é- « colier.
« Un autre, dissertant avec des gestes d'énergumène ff sur réternilé des peines de Tenfer, citait Fun après « Tautre, d'un ton emphatique, tous les poètes latins (c depuis Ovide jusqu'à Martial , expliquait presque « tout le Vie livre de Virgile, comparait la théologie « des païens avec la théologie sacrée des chrétiens , « et tirait des inductions qui auraient presque prouvé « le contraire de ce qu'il voulait dire. Or, je vous le « demande, quel fruit ont pu retirer les auditeurs de « tout ce fatras scientifique de paroles oiseuses, ou < tout au moins inconvenantes et déplacées. Si le « journalisme et le barreau envahissent la chaire « chrétienne, c'en est fait de l'éloquence sacrée.
« Je conçois la sainte colère de Bossuet, lorsqu'il « stigmatisait, par ces foudroyantes paroles, les im- « prudents novateurs de son temps, à propos du TraiiJ € delà Grâce, de Mallebranche : Tarn nova, iam faUa, « tam imana, tam exUioia.,. (des doctrines si inouïes, « si Causses, si insensées, si pernicieuses I)
« Ds s'étayent de la parole de saint Paul : Dèm « Chriêtui annnntietur (pourvu que le Christ soit an- € nonce). Gela pouvait être vrai au temps de saint « Paul et des apôtres, qui étaient inspirés de Dieu, « lequel avait voulu, dans son impénétrable sagesse, € se servir d'hommes grossiers en apparence et totale lement illettrés, pour prouver d'autant plus la vérité « de ses paroles. Mais aujourd'hui que tout le monde « est raisonneur, aujourd'hui que l'indifférence a tout « gÀté, tout glacé, qu'on ne s'entend plus, que tout « est mis, à chaque instant, en question, qu'il n'y a « presque plus de religion pratique, quoiqu'on i4t
< jamais autant parlé» même sur les théâtres, 4e la « pensée religieuse, du sentiment intime, de la religion « nV^, et autres amphigouris néologiques, il faudrait « autre chose que des mots yides de sens, ou inintel- « ligibles, au-dessus de la portée des auditeurs...
c Vous devez avoir besoin de repos; conservez une « santé et des jours dont vous faites, pour la gloire de « Dieu et notre édification, un si digne usage. »
Mais rendons la parole à l'éloquent auteur des Ora* teurs sacrés :
« Cet empire qu'exerce la parole de M. Olivier n'est pas le fruit de discours élaborés à loisir dans Tombre d*un cabinet, après de longues méditations. C'est l'effet instantané d'un esprit toujours prêt, toujours ouvert. Sa puissance d'improvisation est véritablement inépuisable; elle sait prendre tous les tons, toutes les formes, se plier aux besoins de chaque auditoire. Il monte en chaire, sans avoir eu souvent le temps de se livrer à aucune préparation, et jamais la doctrine ni le langage ne lui ont fait défaut ; sa parole, quand même elle est prise au dépourvu, n'est jamais stérile, parce qu'elle puise au riche trésor d'une érudition ecclésiastique très étendue, confiée à la garde d'une mémoire toujours présente.
« Il y a entre un orateur qui improvise et ses auditeurs des rapports secrets que ne saurait établir un discours fait d'avance. L'improvisation est le langage de J'âme à l'âme ; elle natt toute palpitante des besoins el des impressions de la foule, et ne peut guère mao*
qnet d*y répondre. C*e8t un médecin habile qui traite son malade^ en examinant ses plaies, en les sondant de l'œil et de la main* Le discours préparé est une thèse qui peut être belle, savante, digne à tous égards d'admiration» mais qui risque de tomber complètement à faux. Jamais M. l'abbé Olivier ne court ce fftoheux hasard. Quelquefois, au début d'un discours, il semble ne s'avancer qu'avec précaution. Il attend, si l'on peut parler de la sorte, que l'esprit le saisisse ; ou bien, il veut prendre le temps de reconnaître et d'étudier son auditoire. On le voit planer sur cette foule qu'il ne possède pas encore, et lire sur ces fronts ou distraits ou attentifii ; s'il n'a pal touché la corde vibrante, il en cherche une autre, et il ne tarde pas à la rencontrer, car sa main est sûre et habile. Alors le vent d'en haut enfle ses voiles, il vogue majestueusement, et il vous entraîne à sa suite. U vous parle de vous-même : si vous n'êtes touché, vous êtes au moins surpris de vous sentir ainsi captivé, et cette parole qui s'élance au but, comme une flèche lancée par un bras vigoureux, cette parole n'est pas seulement forte et vraie, elle est encore revêtue de grâce et d'harmonie. Parfois incorrecte et négligée, comme c'est le tort inévitable de l'improvisation, elle ne manque jamais de se relever par le mouvement de la pensée ou par le bonheur soudain de quelque expression aussi belle qu'inattendue.
« L'abbé Olivier, animé d'un zèle infatigable, veut que tous ses paroissiens, sans exception, puissent venir prendre leur part du pain de la parole divine. C'est pourquoi il a choisi des heures différentes pour le leur distribuer, et des genres d'instruction divers pour que chaque esprit y trouvât ce qui lui convient. Pendant
le carême, il ftit lotir à tour des hotnéHes, des ttiAditatioos, deâ sermons et des conférence») dans la ooiira de l'année, dea prOnea, des sermons et des exhorta*tiona fréquentes, a (Pages 76-78.)
Cotnme oo le voit, son activité pour distribuer la parole de Dieu était prodigieuse. Il faisait très souvent le prône, le dimanche, à la première grand'messe» et le foiaait toujours à la deuxième plus solennelle pendant laquelle il expliquait la liturgie en présence d'une foule de fidèles appartenant aux autres paroisses de Paria et de familles protestantes qui aimaient à s'ins* traire»
Il a prèdié quatre carêmes de suite, et il rempla^ çait souvent les prédicateurs indisposés, malades. Chaque jour de carême, il faisait la méditation aux fidèles dans la chapelle du Calvaire, Il confessait tous les matins, et toute la journée la veille des fêtes et les samedis. Il ne rentrait ces jours là de l'église qu'à onze heures du soir et quelquefois minuit. Il y avait souvent une telle foule, qu'il réunissait dans la cha*pelle de son confessionnal autant de pénitents qu'elle en pouvait contenir ; il leur faisait alors à tous une courte exhortation et réciter les prières préparatoires. Il entendait ensuite les confessions, et, après quelques mots d'encouragement, il donnait une absolution com» mune. Le temps était ainsi considérablement abrégé. Puis la chapelle se remplissait d'une foule nouvelle. A minuit, quand 11 rentrait au presbytère, des hommes Tattendaient à leur tour, et plusieurs ne s*en retour* liaient qu*à deux heures du matin.
Les travaux de H. Olivier au toibunai sacré et le bteo qu'il y opérait auraient suffi à eux seuls pour occuper et sanctifier la* vie d*un prêtre. Que de longues heures, que de longues journées, dans une vie déjà si remplie, il a passées à exercer ce ministère auguste qui était à la fois dans ses mains une austère magistrature et une bienveillante paternité I Aussi les pécheurs, qui ne s'étaient approchés qu'en tremblant. Mettaient leur terreur se dissiper devant sa mansuétude. C'est un consolateur qu'ils avaient trouvé; leurs fautes étaient des malheurs qu'il déplorait avec eux. il ne leur disait pas : vous êtes bien coupable; tnais, vous avez été bien malheureux, vous avez beaucoup souffert. Aussi, que de personnes qui se contentaient d'observer les strictes observances de l'Eglise, et qui, entraînées par la sagesse et l'autorité de ses conseils à une réforme de vie complète, s'astreignirent bientôt sans effort à laconfession et à la communion fréquente, dont il ne cessait de recommander la pratique avec les instances les plus persuasives. Si les pécheurs goûtaient cette direction, qui était sans exagération comme sans faiblesse, les justes la réclamaient avec encore plus d'empressement; il savait soutenir leur ferveur, dissiper leurs vains scrupules, leur montrer la véritable voie qui conduit à la vie. Ses décisions, toujours fermes et sages, son expérience, sa science profonde, aaauraient tous ceux qui se confiaient à lui qu'ils ne sauraient s'égarer sur les pas d'un aussi bon guide ; justes et pécheurs, les uns.comme les autres, trouvaient en lui une charité qui jamais ne se lassait, et qui ici encore se faisait tout à tous, suivant l'exemple et le langage du grand apAtre.
Ce n'étaient pas seulement ses paroissiens dont il di-
rigeait la cooscience ; une foulede personnes des autres paroisses venaient encore à loi, sans compter ses pénitents de Saint-Denis, de Cbaiilot et de Saint-Etienne, qui continuaient, en grand nombre', de s*adresser à lui. Sa correspondance spirituelle, pour la direction des âmes, augmentait chaque jour; il n'y pouvait suffire qu'en y consacrant une partie de la nuit : il y avait là de quoi épuiser les forces de Thomme le plus robuste, et M. Olivier ne succombait pas à ia tâche. Il se donnait tout entier à chaque partie de son laborieux ministère.
Les prAnes si célèbres de M. Olivier, ses homélies, ses admirables explications des psaumes de la liturgie sont à peu près perdues. Il ne les écrivait pas : il parlait sur des notes. Quand il tenait la plume, sa verve, si abondante dans la, chaire, n'était plus la même. Il était orateur et non écrivain : il avait Téloquence de la parole et non celle de la plume.
En 1839, il prêcha sur la pénitence le mercredi des Cendres, 13 février. Dans ses cartons, on a trouvé trois sermons sur les illusions dans le service de Dieu, et pendant le carême de 1839, il continua ce sujet le dinâanche 17 février, les dimanches 24 février, 3, 10, 17, 24 et 31 mars. Les vendredi 22 février, 1, 8, 15, 22 mars, les dimanches 14 et 21 avril, ô mai 1839, il proiMmça ses magnifiques homélies sur le discours de Jésus-Christ qurès la Cène. Le dimanche de la Qui»-^ qoagésime da la même année, les jeudis et les mariUs 14, 19, 21, 26, 28 février, 5» 7, 19, 21, 26 mars, et 1^
— 2ef —
lundi 1^ avril, il donna ses explications sur les psaumes. Il prêcha la passion le vendredi 29 mars. Ces cliiflnres sont éloquents et disent assez son inépuisable fécondité.
La même année, il prêcha un sermon sur la dédicace des églises, et pendant rAvent il monta en chaire, le 2, 10, n, 24 novembre, 16, 18, 22, 25, 29 décembre 1839, et le 5 janvier 1840.
Pendant le carême de 1840, les vendredis et mercredis 3, 11, 15, 18, 20, 25, 27 mars, 8, 10, et lundi 13 avril, il reprit la suite de ses homélies sur le XV® chapitre de TEvangile saint Jean ; les jeudis et mardis 5, 10, 12 et 17 mars, il fit des conférences sur les fondements de la religion, et la Semaine sainte fut le sujet de la conférence du lundi 13 avril 184'0.
Le 1" novembel840, Il fit le sermon delaToussaint, le lendemain, celui des trépassés et celui du 15 novembre. Il prêcha les quatre dimanches de l'Avent, la (ftte de Noël, le dimanche dans l*Oclave, le dimanche 3 janvier, et PEpiphanle le 10 janvier 1841.
En 1841 , 11 prit la parole le mercredi des Cendres, et continua ses homélies sur le 26® chapitre de saint Jean, les Vendredis et mercredis 5, 11, 16, 19 et 31 mars. Vendredi 2 avril, et les termina le lundi de Pâques 12 avril. Les 25 et 26 mars, il prêcha sur la retraite pascale ; les 5, 6 et 9 avril, sur la Passion •, le 18 avril, sur la clôture des Pâques ; le 20 avril, sur une œuvre de charité; le 29 avril, sur la fuite des fautes légères ; le 26 avril, sur la béatHiCalion de la bienheureuse Marie dé l'incarnation, et les 13, 14, 15, 16^ 17, 18, 19 «t SO juin l84lJours é^ l*oat»ve d« la f êt6-»Di«\i, ftûr r6u« charistie, et enâUite sur la retraite, le Salut, lé péché, les fins dernières, la bonne et la mauvaise commu»-
nioD, la confession et la contrition^ Tamour de Jésus dans le sacrement de l'autel pendant une retraite de première communion.
81 nous ajoutons à cela neuf discours sur les antiennes de Moël, un panégyrique de sainte Thérèse, de saint Louis, un panégyrique de M. Tabbé Philippe Desjardins, imprimé en 1884, les sermons pour la fête du Sacré-Cœur, sur le respect humain, sur la foi pra'^ tique pour le jour de la PentecAte, sur Fabri des grâces, sur la natirité de Notre^^Seigneur-Jésus-Christ, pour les prisonniers, pour le petit séminaire, pouf roeuvre de sainte Anne en deux discours, sur la sain^ teté prêché derant la dauphine, un éloge historique de S. E. le cardinal Maury, trois projets de prône sur le premier dimatiche après la Pentecôte, sur le troisième dimanche de TAtent, sur la préparation à TAscension, sur le cinquième dimanche après Pâques, sur lé cinquième dimanche après l'Epiphanie, un prône pour la fftte de la Dédieace, htllt exhortations pour les stations du Calvaire, un sermon sur l'Ascension, un prône pour le troisième dimanche de l'Avent, plusieurs discours sur la célébration du saint sacrifice, sur la sagesse, sur une réception h une académie, sur ces paroles de H. de Bonald t le néant convient au scélérat, Sur les journées de juillet, sur le mariage, quatre exhortations à de nouveaux époux, des conférences sur le sacerdoce, sur l'Immortalité de l'âme, sur l'Annonciation, nous aurons la liste complète de ses œuvres oratoires, manuscrites ou sténographiées, qui se composent de cent soixante et un discours, dont nous appelons de tous nos vœux la publication. Ces discours ont été prononcés pour la plupart dans l'espace de trois
Quel était le genre particulier de ces prédicatioiis si yariées ? Un de ses plus assidus auditeurs va nous le dire.
€ Les méditatioDS du matiu, dit l'auteur des Orm" a tmri êoeréi, étaient une sorte d'oraison mentale « faite à haute Yoix. Ici le pasteur, comme un maître € expérimenté, accoutumait ses ouailles à Tune des € plus saintes et des plus difficiles pratiques de la vie « spirituelle. Entouré seulement de la plus saine par- « tie du troupeau, il se faisait l'interprète de la prière « de chacun, et portait la parole au nom de tous dans « cet entretien de Tàme avec Dieu. Le ton seul de sa « Toix suffisait pour appeler au recueillement ; il ne « prêchait pas |ilprg,. comme il avait soin de le djre « lui-même; il he dételoppait pas à grands traits les « hautes yéritésdu dogme et de la morale caUioUque. « S'adressantà.des esprits conyaincus, à des âmes «c pour la plupart eogagées dans la droite voie, ce « qu'il leur révèle alors dans le secret de la médita- « tiou, ce sont ces faiblesses et ces imperfections sans « nombre qui s'attachent comme la rouille aux plus « pures vertus de noire misérable hi^nanité; ce qu'il ff leur enseignti, ce sont les pratiques salutairefi ff^ae « Dieu et la sainte Eglise 0B| ménagé comme autaai c de remèdes à. ces plaies cachies que les justes eux- « mêmes portent au fond de leur cœuten témoignage « de leur dégradation originelle. Mais en dévoilant à € ses auditeurs ces mystères de leur corruption, il ne « le fait pas de manière à les pénétrer d'effiroi ou de « désespoir ; son but est de leur donner de la perfec-
m lion chrétieime one idée plas haaie, de leur inspirer « on plas ferme courage pour y atteindre; il veut « qu'ils deviennent bons, doux, aimables à tous, qu'ils < reproduisent dans leur vie tous les traits du divin « modèle, et que chaque jour» mieux instruits à se « recueillir dans l'étude de leur propre cœur, chaque c jour emportés plus haut sur les ailes de la méditam tion, ils détachent leur pensée de la terre et prenc nent un nouvel essort vers la patrie céleste. Les « observations unes et profondes, les nuances habile^ « ment saisies, tous les détails de la science du cœur « humain , abondent dans ce genre d'instruction , « comme aussi la science de la prière s'y répand avec « l'onction la plus douce et la plus pénétrante. »
« S'il était possible de choisir entre des choses diverses, mais également excellentes» nous dirions que nous prMiroas les homélies de l'abbé Olivier à ses autres prédications. C'est là cette parole vraiment évangéliqae, à la iois simple et forte, grave et persuasive, telle que la distribuaient aux peuples les Ghrysostôme, les Ambroise, les Augustin, telle que tout esprit chrétien et Mevé la demande aux interprètes des saints livres* Il en lyt ressortir les leçons applicables à tous les détails de la vie* Mais ne venez pas l'entendre avec la vague pensée de ne pas lui ouvrir vos oreilles et non pas votre cœur* Prenez garde : il ne se e<»il6Dte pas d*wie adhésion spéculative, il vous indique immédialament l'acte qui doit ressortir de la croyance. Ce qu'il du découle si naturellement du texte sacré, que» tout
ett ftdmif aoi la ûnè$M de ses aperçus^ toos vous ii6n<^ net de n'en avoir rien saisi lorsque vous avez lu ces pages. Vous reconnaissez ce que Toraleur voit, ce que vous ne sauriez découvrir sans son secours ; c'est là un premier hommage que vous lui rendez : vous êtes à demi gagné ; un pas encore, et vous suivrez sans résistance l'impulsion qu'il lui plaira de vous donner, tf L'auditoire de ces liomélies, qui se font au milieu du Jour, n'est pas entièrement le même que celui des méditations : le troupeau si pieux du matin s'accroH d'un grand nombre de personnes plus ou moins fidèles à la pratique de la religion, mais ayant presque toutes l'esprit cultivé. La parfaite convenance du langage, l'élégance des formes qu'emploie l'orateur, le rendent agréable à cette portion de son auditoire. Il est nécessaire que ceux qui le composent soient favorablement disposés pour lui, car il ne ménagera pas leurs autres susceptibilités; et si le goût le plus difficile est pleinement satisfait par les rares quaûiés de sa diction, Fesprit mondain devra accepter plus d'une as* sertion bien lourde à son orgueil, et dira tout bas avec les Juife Bcaâdalisés \ dums nt hie ièrmé (cette p«^l# est dure)* L'abbé Olivier n'évitera pas les développé^ ments d'une Vérité terrible, dans la crainte de rebuter eeux qu'il appelle les demi^-chrétiens; sa voix est lUm et courageuse; elle est pure de toute dangereuse complaisance. Il n'ira pas, sans doute, d'une main rude, Irriter la blessure au lieu de la guérir; Il prendra de sages précautions, mais il ne taira rieu. Il montrera à ces ftmès prévenues que Ift vérité qu'elles re]ett«U s'àppule sur celle qui leur est chère. C'est eu de telles occurrences que la clarté et la précistoti de l'orate^f M deflènneilt de ptmmx tmnikttéÉ s U Mit ttsmaét
biddemmenl les prevrefl du dogme qui efliraye ce?» iaioes intelligences sans qne l'iBléfèt principal de soli discours en soit suspendu, sans que la liaison des idées cesse de s'apercevoir»
a Durant le carême de 1839» M. l'abbé Olirier a pris les psaumes pour sujet de ses homélies. Le lan* gage figuré du prophète, obscur en bien des endroits, surtout pour les fidèles qui ne les connaissent que par les traductions de la langue vulgaire, ouvrait une nouvelle source d'intérêt à ses auditeurs, qui, guidés par lui dans une région presque inconnue, marchaient d'admiration en admiration dans ces trésors qu'ils avaient possédés sans en connaître la valeur. Les iex* tes les moins clairs devenaient lumineux dans les in* terprétations de l'habile docteur. Chaque mot prenait le sens d'une magnifique promesse ou d'un utile pré-^ cepte. Nous rappellerons entre autres l'explication qu'il donna pendant le carême de 1899, de ce verset du psaume 50* : Et in êpiritu prineipali confirma mt (et appuyez^moi de l'Esprit principal). L'impression doit en être restée dans tous ceui qui l'ont entendue. « Ce dernier carême 1840, M. l'abbé Olivier avait choisi le discours de Notre-Seigneur après la Cène, et ce discours a encore été le texte dès homélies du ca» réroe de l'année 1841 : c'était un texte incomparable pour parler de la charité de Jésus-Christ. C'est bien ici que nous désespérons de pouvoir rendre l'efftt dé cette éloquence vraiment inspirée qui plonge au foyer de l'amour divin et le fait rayonner dans les ftmes. Un homme froid ne saurait parler ainsi, quelques brillantes facultés que vous lui supposiez d'ailleurs. Tous kf artifices de son beau langage ne selrvlratent qli*à fUMMt set MAtoirt^ Mais un e<gnriprtiii>êumj|i»ini
l6ft secrets que rinielligence ne peut expliquer; il nous les dévoile, il nous en échauffe, il en brûle nos ftmes. Vous tous qui croyez en Jésus-Christ, allez à Saint-Roch entendre parler de la divine charité, vous y recueillerez ce que la religion a de plus suave et de plus sublime. Dieu nliabite pas seulement les splendeurs célestes : le nouveau docteur de Tamour divin vous le montre comme un frère, comme un ami qui sait aimer avec toute la générosité, toute la recherche, toute la délicatesse que vous avez en vain demandées aux hommes, si insuffisants à rendre ce qu'ils exigent. Il vous le fera voir donnant toujours au-delà de ce 4pie vous désirez, vous soutenant, vous environnant, TOUS inondant de cette charité dont les eaux vives jaillissent jusqu'à la vie éternelle. La langue de saint François de Sales est ici retrouvée, ou plutôt on dirait que comme le disciple bien-aimé dont il est Tinterpréte, Torateur a puisé ses paroles au foyer même de Tamour, au cœur même de notre divin Sauveur, tant il y a dans sa voix de ce charme qui subjugue, de cette chaleur qui pénètre, de cette tendresse qui va remuer les plus intimes profondeurs de l'âme. Et sur ce texte plus que sur tout autre, sa fécondité tient du prodige : quelques lignes du saint livre hii fournissent les plus riches développements ; et Ton voit qu'il ne dit pas encore tout ce qu'il sent : son éloquence parait aussi inépuisable que le sujet qu'il traite. »
La reine Marie^Amélie, les princes et les pri&de la fluBiUe royale donnaient l'eimiple pobUe
— Me —
4e VaccompliMemenl des deroin religieiu, de la plus fenrenie piété. Pas un sermon où elles ne fassent, pas un office où elles n'assistassent. La princesse Clémentine d'Orléans, aujourd'hui duchesse de Saxe-Cobourg-Gotha, tenait chaque jour un journal de ses impressions. Ce journal tomba, après la réyolution de Février, entre les mains des insurgés qui s'en partagèrent les lambeaux. Quelques-unes de ces feuilles détachées ont passé sous nos yeux, et nous y avons vu l'analyse des instructions de Saint-Roch et l'expression naïve de l'admiration que lui causait l'éloquence de l'abbé Olivier. Quand elle allait, dans la belle saison, passer quelques jours au chftteau royal de Laeken, en Belgique, elle tournait les yeux versi Saint- Roch, et se prenait à regretter profondément les belles instrucUons perdues pour elle que des auditeurs plus heureux recueillaient au pied de la chaire de l'abbé Olivier.
L'auguste reine Marie -Amélie, une femme forte dont l'âme chrétienne est élevée au-des$us de la perte d'un trône, s'est souvenue sur la terre de l'exil des homélies de Saint-Roch. Des calomniateurs répétaient k Evreux que Monseigneur Olivier était déchu dans son estime. Mais au mois de mars de cette année 1855, eUe a rendu le plus touchant hommage à sa mémoire* Le 9 mars, l'abbé Dominique Olivier a reçu de sa mcbniflcence vraiment royale le Livre des Evangiles illustré par Fume, magnifiquement relié, avec des ferr moirs d'argent massif, et sur la tranche aux couleurs de la branche des Bourbons d'Italie parsemé de fleurs de lys sans nombre. Sur la première page, Marie- Amélie y a tracé d'une main ferme, d'une forte et très bonne écriture ces belles paroles :
RbCBTÈZ es SAINT UtHE 001 A roUlUfl LB TEXTBDB TAKT HE BELLES HOMÉLIES ET DE TOUCHAIfTES MÉDITATIONS A CELUI ODE NOUS REGRETTONS ENSEMBLE. C'EST EN MÉM0I1IE DE LUI QUE JE ME PLAIS A VOUS L'OFPRIR*