‹ Histoire de Monseigneur Olivier, évêque d'ÉvreuxChapitre 20 sur 47 · MARIE-AMÉLIE · texte numérisé non relu

MARIE-AMÉLIE

XIU.

Ce qui distinguait donc M. Olivier parmi tous lès autres prédioateurs, c'était la simplicité, la précision» l'élégance. Cbez lui, nul effort, nulle affection, et ce« pendant ses discours abondaient en tours neufe et originaux. C'était une diction aisée et naturelle qui plai«sait aux hommes du monde, aux esprits cultivés, et qui, en même temps, rendait les vérités du Christian nisroe accessibles aux esprits vulgaires* C'est ce qui explique pourquoi l*abbé Olivier était écouté avec le même intérêt par le peuple et par les personnages les plus illustres.

Un fait qui donnait un cachet à part à son éloquence, c'était l'habitude qui lui était familière de citer Bos* suet dans ses discours, et toujours avec un bonheur et un à propos admirables. On eût dit qu'il s'était identifié avec le prince de la chaire catholique de notre église gallicane, qu'il s'était assimilé ses hautes pensées, ses sublimes inspirations, et qu'il le possédait tout entier de mémoire. Les grands traits de l'aigle de Meaux, reproduits dans ses sermons, excitaient toujours une émotion profonde.

« Dans les grandes solennités de l'année chrétienne, continue le biographe des Otaieurê êoeréê y alors qu'une foule immense, composée des éléments les plus

diversi nù pressa sous los voûtas dti tmnpla M. la <mré de Saint-Roch, toutes les fois qu'il le pettt^ laisse htlffl<blement la parole à des prédicateurs étrangerSi Mais leur assistance lui manque soutent^ el pendant des stations entières, pris à Timproviste, il lui a fallu ajou* ter à ses homélies des sermons. Nous aToM tu, aux dimanches de TAyent ou du Carême, aux fêtes solen* nelles de Noël ou de Pâques, affluer autour de la chaire de Saint-Roch ce flot d'auditeurs accoutumés à porter dans les églises moins de dévotion que de ôu*riosité mondaine, et pour qui la parole de Dieu a besoin d'être parée des fleurs du beau langage, les offices accompagnés des enchantements de la mélodie. En face d'une pareille assemblée, le ton de l'éloquence chrétienne doit nécessairement se relever, et le sermon prendre ses formes graves, ses dirlsions méthodiques, et la haute gravité de ses enseignements. Quoique s'abandonnent toujours au hasard de l'im^ provisatlon, M« l'abbé Olivier ti'est jamais resté au^ dessous de sa tâche ainsi agraudle. L'élégance habi<^ luelle de sa diction allait frapper le goût superbe du puriste littéraire; la vivacité pressante de son argumentation ébranlait les doutes du sceptique \ les élans passionnés de son ardente piété remuaient les indiflé^ rente; les âmes fidèles jouissaient du bonheur de sentir leur foi affermie, leur ferveur ranimée ; tous con* venaient que dans la bouche du pasteur la retigioli avait parlé avec un grand caractère de force, de di« gnité, d'autorité.

« C'est dans les sermons de ce genre que M. l'abbé UliTier aime quelquefois à sortir des limites de l'en* seignement pratique, où d'ordinaire se renferme ses prédications. Mieux qu'un autre, il pourrait s'élever

aux spéctilatioiui de la métaphysique dirétienne, et faire monter avec lui son auditoire sur les hauteurs de la science théologique. S*ii ne le (ait point, c'est par choix, non par impuissance. U ne croit pas que ce genre d'instruction soit déyolu au ministère pastoral. Mais quand son sujet Vy appelle, quand il lui faut se faire Tinterprète d'un des grands dogmes qui sont les fondements de notre sainte religion, ^ raconter les mjrstère du Dieu de la crèche, ou ceux du Dieu crucifié et ressuscité, ni le savoir, ni la pensée ne lui manquent, et c'est une merveille de l'entendre déroulant d'ahord avec une abondance et une sûreté de doctrine également rares tout l'ensemble de la tradition; résumant ensuite et généralisant en quelque haute formule, qui n'est autre qu'un des articles de notre symbole, les vérités dont il vient de faire l'histoire, et allant enfin en rechercher la raison dernière, soit dans les secrets de l'essence divine, soit dans ceux de notre nature déchue; les ignorants restent surpris qu'il leur soit donné de toucher du doigt ces. sublimes questions qu'ils avalent crues placées dans une sphère inaccessible à leur hitelligence; et les doctes q[>précient à sa haute valeur cet art multiple qui sait s'élever à tout, comme il sait descendre à tout en ne se confiant jamais qu'à l'inspiration du moment. Talent prodigieux, si sûr de lui-même, qu'il aborde sans crainte les matières les plus ardues, les traite, comme en se jouant, les replie, l^s retourne à sa fantaisie, et puis, comme empressé de se dérober à la renommée, s'en revient à l'administration de son cher troupeau, et pour le guider plus sûrement, ne^quitte guère la houlette du pasteur.

« Aux conférences du soir, où viennent ceux qu'un

labeur quotidien enchaîne pendant le jour, Tinfatiga* ble distributeur de la parole divine prend le plug simple langage ; il évite, avec un soin extrême, les expressions qui ne seraient pas à la portée de ce qu'il y a de plus ignorant dans son auditoire ; et s'U lui en échappe* une, il s'empresse aussitôt de la traduire. Il présente avec une grande clarté les raisons les plus propres à frapper ces inteUigences incultes, les motib les plus faits pour émouvoir leurt cœurs ; il prévoit des objections auxquels nul que lui et ceux qui les font n'auraient songé, et sur ce point où sa haute raison , si elle fût restée dans sa sphère naturelle, eût complètement échoué, son heureuse condescendance opère des miracles. U se fait ainsi, selon l'expression de saint Paul : « Tout à t9U$ pour gagner tous le$ hommes à Jéeu^Chriei. »

tr Les prônes de H. l'abbé Olivier mériteraient un jugement et une admiration à part. Nous nous tairons sur ceux qu'il fait à la grand'messe solennelle, shnples et substantielles exhortations, dont il y a toujours à remporter quelques vérités salutdures, mais qui n'ont point un caractère particulier. Nous avons hâte de parler du prône de la première graod'messe , dont il se charge le premier dim^che de chaque mois, et qui ramène l'auditoire d'élite des méditations du Carême. Aussi, quel abandon plem de charme dans la manière du pasteur s'aA^ssant à cette famille chréttome qu'il a formée 1 L'orateur et ceux qui l'écoulentrseoomiaissMit dès longtemps! Lui sait lire dans

(^ âme» doai U « fai( rédveatton rdigieuse ; eux sa- Y80l imsii l'apprécier, ear il a 4û sa réyéler tout entier dans ce» entretiens si multipliés où il leur parle de Tabondaoce du oœur, U peut les reporter sans cesse k ce qu'ils ont dit ênsùmble: mot qui nous est permis , tant est grande l'adhésion quHl obtient de son troupeau« 11 ne se plaoe pas, d^ailleurs, dans une région supérieure à celle qu'occupent ses auditeurs; toujours il se fait sa part dans ce qu'il dit, et se les attache bien plus par cette sorte de fraterneU# condescendance, qu'il ne le ferait en leur dictant d'en haut les oracles d'une fière sagesse. Ajoutons, pour mêler un mot de blâme à tant d'éloges, que, dans cette pieuse causerie du premier prône, M. l'abbé Olivier se laisse parfois aller à un abandon trop temiller avec son auditoire. Nous avons entendu des personnes graves, quoique peut-être trop pressées de juger sur les apparences, s'affliger d'avoir vu le rire suivre quelques-unes des paroles du pasteur. » (OrcUeurs sacrés , pages 86-93.)

Onr^maditsorlaaprdiiasdeH.Ilicolas Olivier ce quatrain charmant I

De tous nos docteurs de l'école, Mes amis, je suis un peu las, fit je donnerais tout Nicole Pour un prône de Nicolas.

Ce que l'abbé Olivier di^chait avant tout dans ses prédieatioiis, c'étaH le salut des âmes dont la soif le dévorait conma son divin Natire. Ainsi, il descendait

40 m gloire d^oratear, prêchant devant l'auditoire le plu« distingué de la capitale» pour évangéliser une fois le mois, et un jour chaque semaine pendant les carêmes, les officiers de son église, sacristains, suisses, bedeaux et donneurs d'eau bénite. Dans les serviteurs de Véglise, il voulait former en même temps de fervents serviteurs de Dieu , et relever en même temps leurs fonctions qui les approchent si souvent de l'autel avec lequel il est si dangereux de se familiariser. Il savait à combien d'âmes faibles les irrévérences des sacristains et leur familiarité avec les choses saintes avaient, sinon 6 té, du moins aifaibli la foi. En même temps qu'il travaillait au bien spirituel des âmes qui lui étaient confiées, il procurait aussi l'édification de sa paroisse et celle des étrangers qui visitaient l'église, et trouvaient partout un ordre parfait jusque dans les plus menus détails. Ce trait nous parait caractéristique dans la vie pastorale de M. Olivier» Où est ici le faste, la vanité? Qui n'y voit, au contraire, r«(pression pure de son zèle el de sa foi? Le biogra"» phe qui nous l'a représenté bouêetUant sh bedeaux éperÂu^ H reiournant furieux^ de V autel méme^ vere k pupi^e pour gourmander unt chantre qui faueee^ a écrit sous l'empire d'une jpréoccupation évidente*

Le 21 octobre 1833, le diocèse de Paris avait perdu, dans la personne de Philipp64ean-Louis Desjardios, atchidiacrede Sahite-^Geneviève, un de ses pius ad* BiiraUes prêtres, et Mgr de Quélen un ami bien cher. L*aU»é Deiîafdins avait tncounigé M» Olivier dans ses

débuts, ratait soutenu dans tous les traraux de son ministère, lui avait Toué Tamitié la plus tendre, la plus dévouée, et Tamitié d'un tel homme honore infiniment celui qui en était Tobjet. Quand vint Tanniversaire de sa mort, Mgr de Quélen chargea le curé de Saint-Roch de prononcer son oraison funèbre , en sa présence, dans Téglise du monastère de Saint- Blichel, où le vénérable prêtre avait reçu la sépulture. Tout le clergé de Paris, qui vénérait la mémoire du pieux archidiacre comme celle d'un saint, se rendit à la cérémonie. C'est devant cet auditoire d'élite que l'abbé Olivier prononça son panégyrique, qui fit pleurer l'archevêque en présence de tous ses prêtres. Cette œuvre, d'un art fini , imprimée à la demande de l'archevêque et de tout le clergé parisien (Paris 18M, chez Ed. Guérin) échappe à toute analyse : « C'est , tr dit le Solitaire^ un chef-d'œuvre, un véritable mo- « nument historique. Les trois doigts qui l'ont écrite tr ne s'abaisseront pas jusqu'à écraser les guêpes, cotttr vulsionnaires ou non, qui bourdonnent à ses oreilles, tr (page 68.) — Celui qui Fa écrite, dit à peu près dans ff les mêmes termes le biographe de la Ckaire eatho^ « lique (tome I«r, p. 263), est trop au-dessus As ca- « lomnies qui bourdonnent incessamment autour de « toute sa gloire pour s'abaisser jusqu'à y répondre.»

En 1839, un épouvantable tremblement de terre jeta l'une de nos colonies dans la plus aSireuse conitemation. Lorsque la nouvelle du désastre de la Martiniqiie parvint à Paris, M. l'abbé OlMer comprit

qoe la reb'gion seule, par ses toutes puissantes soHicitations, aurait la vertu d*égaler, sMl était possible, la charité à rimmense ruine. La souscription de la paroisse Saint-Roch avait devancé celle de toutes les églises de France ; deux mille francs furent en outre versés, par les mains de son curé, dans la quête générale ordonnée par Mgr l'archevêque de Paris. La cour, sous les augustes auspices de la reine Marie- Amélie, voulut aussi avoir sa réunion de charité, et Saint-Roch fut encore choisie pour rendez-vous à la bienfaisance et à la pitié» et M. Olivier chargé de porter la parole. Une immense assemblée se réunit au pied de la chaire de Saiùt-Roch. Â la vue d'un pareil auditoire, ou brillaient toutes les splendeurs mondaines de la richesse et de rintelllgehce , des généraux confondus avec des académiciens, des ministres avec les princes de la finance, les amis de M. Olivier n'étaient pas sans quelque inquiétude. Peut-être sa parole, peu accoutumée aux discours d'apparat, offenserait^Ue par sa simplicité de superbes oreilles ; peutêtre les émotions qu'elle produirait seraient-elles bien bibles à cêté de la grandeur de la catastrophe 1 Lui, étendant, s'était préparé à ce sermon, oomme à ses prédications ordinaires, par quelques instants d'une méditation recueillie et féconde; rien d'écrit, pas même ses diviûons. A. deux heures, il cherchait encore son texte. A trois heui es, il était en chaire et cueillait la palme de l'un de ses plus beaux succès oratoires. Voici un écho affaibli de cette parole si puîMante :

il vo€€ ruiniB eorum cammoia e«l ierra^ elamwr in mêri omdilm eU vodê tpu^ fupilli 9b$p^ p^iên, el mê-» trêê fiMW» vidmœ.

« Au bruit de leur malheur, Tunivm entier a été ef- « frayé ; les profbodeqrs de rabtme eut été réeho de leun ^ crû d^iespérauts; e*éiaientdee enfants qui n'avalent plus « de pères; c'étaient des mères qui n'avalent plus d'é-»

« poux. » (JéaÉMIB.)

« Je ne connais, mes frères, depuis Torigine des « siècles, qu'une seule voix qui ait su égaler les la- « mentations aux malheurs ; c*es( oelte de Jérémie, « ou plutôt c'est celle de Dieu même, qui avaK donné à « son prophète de comprendre assee Timmenetté des « douleurs pour les redire, aussi visibles que si eUes « étaient encore ressenties; et vold comment cet « hmnmedeDieu, à la vue des malheurs de 8ion,

• faiiait cennattre aux peuples de la terre Tinfortune c de cette nation si longtemps éprouvée. A ee^ « ruinm, ete.

« Je n*ai pas, mes frères, la prétention de rempla-

* cer an milieu de vous le saint prophète. 81 les mal« « heurs que J*al à redire sont semblables à ceux de c Jérusalem, Je n*al pas une vote prophétique; Je n*ai a pas les acoents de Dieu pour toucher votre eoour. « Oh I non, vous ne l^attendec pas de moi ; ce ne sont « pas des larmes que Je viens oheroher ici à vous faire « répandre; ee n*est pas votre imagination que je venu « exciter au souvenir de cette épouvantable eataa» « trophe ! je viens vous demander hemblenient i*aa- « mène; et ce aont vos intérêts «ussi bien que ceux « des malheureux dont je suis ici Favocat, quil faut tr que je consulte

« Â Dieu ne plaise que je cherche vainement la 1^ pompe des paroles t Les detoirs du ministère sacré c dont je suis chargé, la sainteté des occupations en c Carême, et peut-être plus que tout cela, ma propre

« iniof&taiicê, m'empicbemeiit de rempUr Tolte at-

< tente. Je n'y ai paa pemé ; j'ai voulu seulement ei- « citer TOtre compaasien en faveur de tant de mal-

< heureux, el j'ai you1u« avec le prophète, vout rap- « peler oe souvenir. Il y a quelques jours, la terre « fui Apouvantie au bruit de leur ruine; les abîmes « de la terre ont redit l'écho de leurs plaintes déses- « pérées. Vous le savez, ce sont des enfants qui n'ont « plos de pères, ce sont des mères qui ont perdu leurs « enfants»

« C'est là, mes frères, le su^t de votre compa»- « sion. Je viens aigourd'hul la réclamer pour eux, en « vous disant les titres qu'ils ont à vos largesses. «..••

« Je prie la Mère des affligés, la Rebie de la terre, « de mlnspirer des paroles qui vous touchent et vous « pénètrent. Âv$ Mariât etc.

Ai»ès oet exorde, qui excita au plus haut point l'attention de l'auditoire, l'abbé Olivier entra ainsi dans son discours :

« C'était à la suite de l'une des plus belles journées « de l'été des Antilles; c'était à la suite d'une nuit qui a avait été douce par ses espérances : on attendait € d'heureuses nouvelles de France. Lie repos avait été « plus calme, la température n'ayant jamais été plus « dtiicieuse ; il était six heures du matin, et dans l'inc tervalle que met le balancier des horloges à par* « courir son court trajet, une ville de huit mille Ames « était détruite et renversée; ses maisons n'étaient m plus qu'un moncetu de ruines; les pères et les en- « tenta, les vieillards, les pauvres, les riches, les es* « daves et les aflhmohls, les morts et les vivants, € tous étaient pèlé-mèle dans cette épouvantable ca» « tastrephe.

« Pendant quatre joars, on cherche les yictinies; « aux uns, il fallait des sépultures ; aux autres, les « soins de l'artisan pour guérir d*horribles blessures ; « les mères appelaient en gémissant les enfants qui « ne répondaient plus à leurs cris ; les enfants appe- « laient leurs mères : partout le silence de la mort, la « désolaUon la plus affreuse.

«( Voilà, mes frères, la peinture la plus raccourcie « de cette horrible catastrophe dont Port-Royal a été « la victime, capable d'effrayer les siècles les plus « éloignés; voilà le malheur qui a pesé sur cette ville. « Je ne vous parle pas de ces maux, car ce ne sont « pas ceux-là que vous devez chercher à réparer : je « vous parle des maux présents, de cette multitude « d'êtres qui n'ont point de vêtements, qui n'ont plus « de demeures, plus de temples, plus de pain, et nous « pouvons ajouter plus d'eau pour étancher leur soif; < car, dans la colère divine, des feux épouvantables ê ont traversé la terre, et toutes les sources ont été à « la fois taries. Ce n'est pas là le travail de mon ima- € gination,'et je sais que ces détails qui vous sont « parvenus , plus circonstanciés , mais tout aussi « fidèles, doivent jeter en vous plus d'épouvante en- « core que mes faibles paroles.

« Il n'en est pas moins vrai que telle est la situa- « tion d'une ville entière; et cette ville est pauvre, et « cette ville vous appartient ; car c'est une ville des « colonies.

« C'est au nom de votre dignité d'hommes, de chré- « tiens, de catholiques, que je vous demande de porter « à tant de malheureux le secours qu'ils attendent « avec une anxiété déplorable. C'est à votre chanté «i que j'en appelle, afin que vous ne laissiez pas, par

é ¥olre îaxtie, plus longtemps des eBfai^« des pères, « des mères, sans soulagement, une société entière « dans le découragement et dans le désespoir. «. »

Ces supplications furent entendues, et Tor, abondamment versé dans la bourse des quêteuses, les parures, les bracelets, les cbatnes détachées du cou qui les portaient pour aller grossir les largesses de la charité, trente-sept mille francs recueillis dans cette as^ semblée pour les yictimes de l'épouTantable catastrophe, témoignèrent suffisamment de la profonde émotion causée par Torateur.

xvin.

Au mois de décembre 1839, M. Olivier était malade ; une fièvre bHUante le tenait cloué sur son lit de douleur, iMsqu'U apprit que Mgr Tan^vèque de Paris Tavait dioisl pour prêcher à Notre-Dame en faveur des orphelins du dioléra. N'écoutant ni les menaces de son médedn, ni les prières de ses amis, M. Olivier eourt à Notre-Dame. Il n*a rien préparé ; qu'importe] il improvisera, et, comme toujours, il sera éloquent, ear il s'agit d'appeler la piété publique sur de pauvres orphelins; il s'agit de faire une bonne Motion, et dès lors la faiblewe du corps est soutenue par les élans du cœur et la joie de Tàme.

PMrtant les amis de M. Olivier n'étaient pas ras* rares; ils craignaient que cette gloire si belle se compreadt par excès de zèle. M. Olivier monte en chaire, pwmmt à peine se sout^Mûr ; c'est d'un air abattu qu'il iul le siBBe de la croix. Ses amis tremblent plus que

jAinaisi L'ofâlêiir pmio&06 son lexté d'ttfl« t <rtx altérée, prea^tte éielûU i ParculipaHêruntpanéfn, et non ttat q^iftangerti eti.

« Lee petits enfants demandaient du pain, et personne a h'était là pour leur en donner. »

« Mm fMrat, «al«ca tur lai borda d'an imnbaaii a enir'ourafl, ou biaii aaprèa d'an aulal ooorooné de « fleura par la mala da la reooQnaiaaaaoa, (foa aotfi « tanona aujourd'hui toaa parler de l*l&lérêi da oea « chers enfants de votre adoption? Eal«»oe peut que « Taumône conjure un grand malheur? Est-ce pour « que l'aumône remercie Dieu d'un grand avantage, c( que nous venons aujoord'hui faire parler la voix de « ceux qui ne font entendre peut-être que des prières? « Ah I Dieu seul, dans ses secrets étemels, sait ce « que nooa avons k éipérer ou oa qaa noua avoiii à n craindra.

a Mais YOtti, tous ftataa que raotténa^ «oMma la a prière» pénétra les ciaux at tait daaoendre la niiaé« a ricorde«..Noustanonatoasledtrad'afleiraix étainia, a car 11 aambla aujourd'hui qua taut doi^a oonapirw a eontra aux, afin que totra charité aoii plus noble, « parce qu'aile aéra plaa spontanée ; ^ua vanona voua a dire qua laa petits anflmta ont demandé leur patoi a et qu'en l'abaanoa da calai qui devait le préparer, a naoa efcpérona qoe voua ne manqueras paa k laara « vœux... Nous venons vous dira t né laiaa«i poa da « petiM enfanta demander leur pain sans raaevoir le a pain qu'ils selliaitaBtM«

« Il ne faut pai, mea frèraa^ que toM latsalai fe a d'aairea ocsurs le droit de continuer l'œuvré qui daH a «tra la tétrai U faut que leaailMnidaaaiiaaliÉM

« soknt Mg, qil*tl soit, pour ainri dire, inutile d« M « réclamer rannée suiTanle, et que cet appel tait à « totra charité soit tellement efficace « quHl paisse « être le dernier, aiin que la gloire de raum6ne aille M pour T6aB jusqu'au pied du trône de Diea, et en « fasse desœndre sur Tauteur de cette œuvre si bieO'- « lidsafite« de cette charité si catholique, et sur diaoun « de TOUS, toutes les bénédictions que Dieu réserVe s aux hommes qui sont doux aux malheurs des pauh « Très etfaTorables aux besoins des orphelins. •• s

Quelle force, et à la fois quelle douceur de langage I eomme toutes des paroles sont empreintes de charité ! Ce fut un des plus grands succès de l'abbé OlK rier, noUe succès, qu'il obtint bien plus arec son cœur qu'atec sou esprit.

« Jusqu'idi dit en terminant sa belle notice l'attleur iëê Orêitufi ioeréê, nous n'avons examiné que la parlie morale du talent de M. Olivier ; mais les écrivains qtti ont traité de l'éloquence de la chaire semblent aitadier trop d'importaece aux accessoires de la pa* rôle, pour que, voulant peindre un prédicateur, nous BOUS abstenions de parler de son action oratoire.

< M. l'abbé Olivier est petit de taille \ mais il gran« dH itngulièrement quand il prêche ; nous dirions pres*que qu'es ohaire c'est un géant; tant est fort le pres« Uge de sa parole. Cela est si vrai, que bien des g«tS qvi ne ravalent vu que sur le plédesUl que M fltt SM «Mit, Miêtétotti éMMAés, en le reneontraftldaiulla fhi oMtaAife^ q«e ta taille M Mt pat ^ueliattti.

SoD geste est prompt, convenable et toujours naturel; sa YOix est faible relativement à la grande église dans laquelle il parle. Quelques personnes la trouvent grêle, et lui reprochent de fausses intonations; mais ce ù^est jamais là que Teffet d'une première impression ; avec un peu d'habitude, on en vient à se plaire à ce que son organe a de net et de fortement accentué, même dans sa faiblesse; on en vient à subir le charme de ses modulations, qui savent être si douces, si insinuantes, si persuasives, si bien assorties ; en un mot, au genre particulier de son éloquence.

Le Solitaire trace à peu près le même portrait de M. OUvier :

« Il a, dit-U, de la dignité dans son extérieur; il en a beaucoup quand il s'observe. Sa taille n'est ni audessus ni au«4essous de l'ordinaire ; il a un peu d'embonpoint, mais pas assez pour rien perdre de l'agilité de ses mouvements, Son liront large et découvert s'encadre dans une blanche couronne de cheveux soicensément crêpés et poudrés ; il y a dans ses yeux tout son esprit et tout son cœur, ce qui veut dire qu'ils sont d'une expression admirable. Ses lèvres minées, proéminentes et légèrement arquées trahissent un peu son penchant à la satire. Toutefois il est juste de dire qu'une qualité manque à M. l'abbé Olivier pour les grandes prédications proprement dites, à savoir l'organe. Cette voix grêle, Mtée et glapissante, moyennant qu'il la tempère et la dirige, se modiiera selon les exigences d'une instruction pastorale; il rassooplira même à ce point qu'elle exprimera des harmonies suaves^ quand il dianle seul ou en dudre VAdoremm, qui est son triomphe en ce genre ; mais l'étendue et la plénitude lui manquait ; elle est biea

Digiti^ed by

plolM ufi instromeBi délicieux de causerie, plus à l'aise aTCC de Tesprit qu'avec du génie, toute de grâce légère et de soudaineté, nullement d'élaboration pénible et de combinaison. »

L'auteur des Orateurs $aeré$ fait, sur cette voix hv&SL aimée qui a dit tant de belles choses, une dernière réflexion d'une grande justesse :

« On a dit souvent d'une voix qu'elle était pleine de larmea; la sienne est pleine de prière ; quand il lève se& mains au ciel, soit à l'autel, soil en chaire, ses accents, en les séparant même du sens des paroles, sont une invocation. Cette voix qui convertit, cette voix qui instruit et console, M. l'abbé Olivier a été menacé plusieurs fois de la perdre. Les médecins lui avaient interdit la prédication ; mais, emporté par sa vocation et par son zèle, il n'a pas paru moins souvent dans la chaire chrétienne. « Qu'importe que je $où briié, « disait-il, n je suis un vaee inutile. » Dieu s'est plu à lui conserver un organe qui sème avec tant de fruit sa sainte parole, et il en a fait l'instrument de sa miséricorde sur une foule d'àmes qui en béniront à jamaûl son nom.

« La Bruyère, critiquant la plupart des orateurs sacrés ses contemporains, appelait de tous ses vœux un homme qui, avec un style nourri des Saintes écritures, expliquât au peuple la morale évangélique simplement, fortement, chrétiennement. Ou nous nous trompons, ou l'abbé Olivier réalise parfaitement de DOS jours ce type idéal de La Bruyère. Il est par excellence l'orateur pratique, l'orateur qui ne songe jamais à lui, mais toujours à son auditoire, l'orateur qu'on n'écoute poiiU pour l'admirer, mais pour se perfectionner ou se convertir.

ic Notti tetDtdiiâroM, t^ar vm iiot d*Oné pêtfiite eiaatilude, 4|ae nous avoiui recueilli de la lK>uehe de ruD des auditeurs les plus assidus el les plus éclairés de M. le curé de Saint-Roch t Cb H^BtlpêiM nn têtmt iH'a éê ptéMtntmfy e*éH un dùn. Oui, M« Tabbé Olivier a plus que de^l'esprit, toieux que le génie, U a un don; et plût à Dieu qu*H lui foi donné de transmettre cette inenreilleuse émanation dé l^sprtt^aint par Tlmposilion des malbs» ainsi que le disaient left ApAtrés aut premiers jours du christianisme I *

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