‹ Histoire de Monseigneur Olivier, évêque d'ÉvreuxChapitre 3 sur 47 · I..e8 sentiments du cœur, les premiers germes de la · texte numérisé non relu

I..e8 sentiments du cœur, les premiers germes de la

vertu ne croissent et ne se développent bien qu*à la

chaleur vivifiante du souffle maternel. Le cœur de

Tenfani est un vase que le cœur et Tamour d*one

mère savent seuls bien remplir. La femme chrétienne

a reçu de Dieu une mission de vérité et de lumière.

En nous donnant le lait qui nourrit notre enfance,

c'est à elle aussi de faire couler dans les ftmes le miel

et le lait des vérités évangéliques. En effet, un inviU"

ctble attrait attache l'enfant aux idées , aux instincts ,

aux sentiments que lui transmet sa mère. 11 croit, par

une pente en quelque sorte irrésistible, ce qu'elle veut

lui faire croire. Ce petit être, toujours Incliné à une

imitation aveugle de celle dont le sein maternel est

son lit de repos, n'a point de peine à croire dans sa

bouche lés vérités qu'il ne comprend pas. Il écoute

avec son cœur, et à mesure que sa mère lui nomme

les choses de la nature et celles de la grâce* le naïf

petit enfant, image gracieuse dé sa mère, charmant

écho de sa voix, répète et redit ce qu'elle lui a appris.

Sa mère est pour lui le premier, le plus aimable, le

plus croyable apôtre des vérités célestes. L'onction

de suavité, le parfum de grâce qui coule de ses lèvres

ont une merveilleuse puissance pour façonner Tàme

et le cœur de son enfant au joug des lois de TEvan-

gile. Le prêtre catholique prêchera seul les vérités du

salut du haut de la chaire sacrée; mais le sanctuaire

de la famille est un temple où la mère chrétienne

donne à son eiiDant les premiers radiments de ces diyines yérités. A Téducation physique de son enfant succède chaque jour son éducation morale et divine. 0 douce joie pour son cœurl Occupation pleine de charmes! Légitfane sujet d'orgueil 1 En formant Tâme de son enfant, elle est mère une seconde fois, elle engendre à la lumière de la vérité , à la science de Tamour divin Tenfant qui est sorti de son sein.

Cette bouche enfantine profère maintenant autre chose que des cris confus ; il en sort une voix. Il y a autre chose que des sourires aimables sur ses lèvres : il y résonne des pensées. Les yeux du corps seulement étaient ouverts et voyaient la création sans la comprendre. Les yeux de Tiptelligence s'ouvrent : il apprend qu'une grande puissance est l'auteur de toutes les merveilles qui frappent ses regards, qu'il y a un Dieu qui remplit les espaces infinis qui sont devant lui. Voilà la grande lumière que la mère verse rayon à rayon dans l'âme de son enfant à mesure qu'elle fait pénétrer un mot nouveau dans son intelligence : elle est chaque jour le bienfaisant soleil qui éclaire la nuit de son ftme.

0 merveille I l'entant ne répète plus seulement les mots qu'il a entendue, les choses qu'il a apprises : il formule lui-même des pensées qu'il a conçues ; il se souvient de ce qu'il a vu, et il le raconte ; de ce qu'il a observé, et il le dit; de ce qu'il a senti, et il l'exprime. Comme le cœur d'un père et d'une mère palpitent au son de cette voix qui commence à servir de véhicule à une jeune pensée ! La parole de leur enfant est à leurs oreilles la plus délicieuse des musiques.

Min« Olivier était une de ces mères admirables qui

comprennent^ avec Tinstmct de leur cœur, avec la clairvoyance que la lumière d'en haut donne, tous les devoirs que la maternité leur impose. Son premier acte de mère avait été d'oflrïr à Dieu Tenfant qu'il lui avait donné. Dans ce doux trésor de son cœur, elle envisageait surtout une àme créée à Timage de Dieu, le prix de son sang ! Elle respectait en lui le sceau de Talliance divine imprimé dans le baptême, et son innocence mise sous la garde des anges. Elle était saintement jalouse qu'aucune impression profane ne devançât dans son ftme pure les impressions de la foi. Avant toute autre idée, eUe y imprimait profondément l'image auguste de Dieu, de ce témoin redoutable de ses actions, dont les re|;ards percent les ténèbres les plus épaisses, de ce juge puissant et infaillible dont le bras atteint tôt ou tard le coupable ; elle ne se lassait pas de le lui représenter surtout sous les traits de la bonté, de la miséricorde, de son amour et de son inépuisable bienfaisance.

Si le petit Olivier se présentait à elle le matin pour lui donner, avec le premier salut, le baiser de la piété filiale : « Mon enfant, lui disait-elle, as-tu prié Dieu? » Tu as un p^e invisible qui est dans les cieux : avant » ton père et ta mère, c'est à lui qu'appartient le 9 premier hommage de ton cœur. C'est lui qui vépand » la lumière du jour qui t'éclaire. A genoux^ mon en- » fant, et prie Dieu. » Elle ne soufft'ait point qu'il prit ses repas qu'il n'eût auparavant élevé son cœur à Dieu pour le remercier de ses bienfaits. Elle lui enseignait que le pain venait du bon Dieu, qu'en créant la terre il l'avait couverte en même temps de plantes, d'arbres, de fruits, de moissons et de vendanges pour l|i wdMÛ0^ance de l'homme. Entendait-elle s<mner la

cloche à midi, elle lui expliquait que ce sou sacré venait interrompre le travail des hommes pour leur rappeler le souvenir du plus grand événement qui se soit jamais accompli dans ce monde, qu'un ange descendit du ciel et annonça à Marie qu'elle serait mère de DieUt Le soir, au pied de son petit lit, elle Tentretenait de son ange gardien , ce prince invisible du paradis que Dieu envoyait auprès de sa couche pour veiller sur son sonuneil. Elle lui inspirait la plus grande horreur pour toute action mauvaise, et lui répétait, comme la mère de saint Louis, qu'elle aimerait mieux le savoir mort que coupable d'un seul péché. Quand il avait été sage» docile, poli et sincère, elle lui témoignait une grande joie, elle lui disait que Dieu avait été le témoin invisible de sa bonne conduite, qu'il la récompenserait un jour, qu'il avait réjoui son bon ange dans l'assemblée de ses frères célestes.

Elle ne ooiifla point à d'autres qu'à elle-même le soin de lui apprendre à lira; doué d'une mémoire heureuse et d'un esprit pfompt à concevoir, l'enfant eut bientôt fait de rapides progrès dans les premiers éléments du langage , et fut bientôt en état de faire ses lectures favorites dans la Kble de Royaumont. Les histoires de Joseph, de Samuel et de Tobie lui caumâmt w raviisement extrême. A l'église, il était singulièrement frappé de l'ordre et de la beauté des cérémonies du culte, et refait déjà les magnificences du temple de Saiomon. Il regardait surtout d'un œil d'envie les enfents de chcBur rangés autour de l'autel avec leurs blanches aubes et leurs ceintures rouges, et demandait à sa mère si elle lui ferait bientôt une robe de fin lin comme à Samuel. Ausd plus tard, en raeontant ces premièrea leçoM reçues des lèvres mat^neUes ,

avec une grâce que notre récit n'a fait qu'affaiblir, H. Olivier disait : « Je dois tout ce que je suis à ma » mère. »

C'est ainsi que, dès le berceau, le jeune Olivier recevait les exemples de la teligion et de la vertu, au sein d'une modeste et pieuse famille, engagée dans le commerce, et qui savait allier ses devoirs religieuxan travail, au soin et an tracas des affaires.

Dévoré d'activité et ne pouvant déjà supporter l'oisiveté, il ne pouvait être témoin du travail de ses parents sans vouloir y prendre part. Il n'avait encore que quatre ans.

Il y avait un jour, au haut d'un escalier, un panier plein de bouteilles. Le petit Olivier demande la permission de le descendre. « Mais tu n'es pas assez fort, » lui dit Iç père. — Vous verrez bien que si , rén pond l'enfant. » Mais il avait trop présumé, en effet, de ses forces, et le voilà qui roule jusqu'au pied de l'escalier avec le panier de bouteilles. « — Oh! mon » Dieùî s'écrie le père, tu t'es blessé!... » Mais l'entonl de répartir : « Il n'y en a pas une seule de cas- » séei » N'avons-nous pas vu, tout dernièrement, un soldat qui portait des vivres à ses camarades travaillant aux tranchées de Sébastopol , mais atteint par les éclats d'une bombe, répondre à son officier : « Ras- » surcz-vous, mon major, la soupe n'a pas été ren- » versée 1 — Va te faire panser à l'ambulance! — Et » les camarades qui attendent la soupe I Tirai après.)»

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