‹ Histoire de Monseigneur Olivier, évêque d'ÉvreuxChapitre 23 sur 47 · SOI · texte numérisé non relu

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« soQTeni très dangereux de remplir sa carrière avec » éclat. »

Il est des hommes, à Tesprit étroit, aux vues bor^ nées, d'uD caractère bilieux, qui n'ont pas l'ambition des grandes choses, mais des petites, qui nourrissent leur pauvre intelligence de plus de préjugés que de lumières, et leur cœur, ennemi de toute dilatation, de plus de fanatisme, de faux zèle que de religion et de vraie piété. Ds ont une certaine modestie et savent borner leurs désirs ; ils n'aspirent même pas aux postes éclatants, mais ils ont cependant , dans une position secondaire, Tamour de la domination. Ils aiment le pouvoir pour le pouvoir lui-même ; c'est pour eux nne foreur, une espèce de délire d'exercer l'autorité, peu leur importe sous quel titre. Joignez à cela la petitesse de l'esprit, la médiocrité du talent ou sa nullité même, une crasse ignorance, un orgueil colossal, «n prodigieux entêtement, des prétentions démesurées, six choses qui vont toujours ensemble, et vous aurez encore à peine une idée de la trempe du carac- 1^ des hommes qui portent, dans les oppositions, une inflexibilité de haine vraiment merveilleuse, ei qui, petits en eux-mêmes, avec de faibles moyens , mais persévérants, soulèvent cependant de grandes passions, excitent de longs troubles, et parviennent qnelqnefcns à rendre inutiles l'action bienfaisante et rinitîalive des hommes de bien et d'intelligence. Une fois engagés, ils ne reculent devant rien* Que les grands talents ne soient donc pas si fiers, ni surtout ai confiants dans la puissance de leur génie I Pendant qu'ils marchent sur les hauteurs et sans défiance, les imprttdentsi ces sortes d'hommes regardent à leurs

pied^ 9t lour bftrrenl le obemin éCm ot>staolo «oavdoi insurmontable.

Il n'entre pas dan$ notre plan de raoopier ici comment se noua Tintrigue qui s'ourdit dès lors dans la but d'éloigner un homme qui ferait tout à lui seul, qui voudrait tout voir de ses yeux, tout entendre do ses propres oreilles, tout organiser, et qui était bien oonnu pour son extrême activité. Qu'il nous suffise de oonn Itater qu'où lui faisait opposition sans le connaître]

Le domaine de l'histoire est la vie publique des hommes ; cetlo flUe du ciel aime la lumière et dédaigne de marcher dans les voies ténébreuses oà se ea<* chent les mauvaises passions peur agir. Nous tenons (ûus les fils de cette intrigue, mais nous ne peosoM pas qu'il soit opportun de la démasquer. Nous le pour* rions, mais nous ne le voulons pas. Et d^ailleurs, à quoi bon T Quel intérêt nos lecteurs auraient->ils à coopattre des hommes obscurs et frappés d'impuissanoe? Pourquoi diarger notre pinceau des plus som« bres ou des plus gaies couleurs pour peindre la mé** cbaneaté la plus noire unia à l'avouglenent la plus déplorable, de grandes agitalians et de rahucas résuU tats, pour décrire des tampêtes dans un verra d^eau) C'est déjà pour bo\is une néoessité trop pénible de raconter des scandales publics, paroa quHls ont éi4 publics, sans aller ajouter à des scandales aanni^s des scandales ignorés. Les ridicules des hommes panvant appartenir à la polémiqua t ils soBi au dstfous da la dignité da l'histoire.

Que faisait a^pandanl M. Qlivlart II poursolvali fct* siblement à Saint-Roch les travaux du Carême : il

était admirablemoot secondé p^r M* Tabbé Coquereau, qui attirait une foule coni»i()érable au pied de sa chaire, et par son éloquence, et apssi par le reflet é% gloire populaire qui lui venait do ^aipte-Hélène.

€ L'éloquence de M, Tabbé Coquereai). dit le bio-» « graphe des PrUicaieurs çont9mporaiti$ (Paris, 1843, « p. 28 et 29) a été portée à son sommet lors des der» tf mères conférences du Carême de 1841 qu'il prêcha « à Saint-Roch avec M. Olivier, ce prêtre d'une si « grande distinction d'esprit et de savoir. Le concvr* « reut était redoutable : M, Coquereau ne lui fut pas « inférieur. Les sujets dogmatiques les plus élevés et a les plus ardus furçut traités et creusés h, fond par « les deux orateurs. Après les preuves irrécusables « de Tbistoire traditionnelle, réunies en faisceaux et « accablantes clartés pour l'incrédulité moderne, oq « les vit s'élancer dans les région^ de la métaphysique, n et^ faisant la part la plus large aux sophisme», aux a restrictions et aux divagation^ de la philosophie, ils f( attaquèrent franchement le bQuJevftrd derrière }ew a quel elle se retranche et le prirenl d'assaut ; ils l'eiva lacèrent dans les orbes concentriques d^ leur argur « roentation, et la laissèrent sur le sqI mouraute et « épuisée d'objections sérieuses, L^s bornes que nqus « nous sommes tracées nous empêchent p^r malheur fl d'en détailler les analyses. Au surplus, qu'il nous « suffise de dire que la reine et les princesses, de|r- « personnages recommandables, des ministres, l'élite « de la société parisienne, se pressaient à Saint-Roch « pour entendre ces remarquables conférences. »

Au sujet de ce même Carême de 1841, nous lisons 49a% une nota insérée dans la broobïure UHitttlé( \.Ii*^ wn4i$ i$ V, OHvw (Parii, 1841. ».Jî8à.»' . ... ^ t

« Nous ne croyions guère que le talent oratoire et « le zèle apostolique de M. Tabbé Olivier pussent al- M 1er au delà de ce que nous avions vu. C'est pourtant « ce qui est arrivé pendant le Carême qui vient de fi- « nir. Dieu seul sait quelles merveilles a opérées cette « voix sans cesse brisée par la fatigue, et sans cesse « ranimée par une inspiration vraiment surnaturelle, a Nous en appelons aux souvenirs du nombreux audi- « toire qui s'est pressé autour de la cbaire de Saint- « Rocb durant ces semaines si riches en bénédictions. « Non, personne, après l'avoir entendu, n'oubliera jac mais, ni le sens sublime prêté par l'orateur à la « mystérieuse agonie du jardin des Olives, ni le com- « mentaire si pathétique des dernières paroles que « notre Dieu mourant a laissé tomber du haut de sa « croix, ni la lumière si merveilleusement répandue « sur cette promesse de la paix en Jésus-Cbrist, laisc sée comme un adieu par le Sauveur à ses disciples « devenus ses amis. La vraie manière de louer cette « éloquence chrétienne serait de raconter le bien c qu'elle a fait, et de convier nos lecteurs au tribunal « de la pénitence pour leur faire compter les âmes « pécheresses qui sont venues s'y convertir, ou au « banquet eucharistique pour leur offrir, dans les « milliers de fidèles qui s'y sont rassemblés, un spec^ « tacle semblable à ceux que donnait la primitive « Eglise, n

VU

Le Jeudi-Saint, 8 avril 1841, à quatre heures du ^utin^llgrBttCaiàteUier interrompait ses ferventes

prièrM pour rendre son âme sainte à DieQ« H doit être compté parmi les bons et saints évèqaes d*Eyreux, et sa mémoire restera toujours en bénédiction dans le diocèse. Toutes les peines qu'eurent à endurer les pauvres curés de campagne pendant la durée de son épiscopat ne remontent pas jusqu'à lui, et ils n'ont pas oublié d'où partaient les averses de lettres comminatoires, fulminantes, de suspenses, d'interdits, de changements si multipliés que les presbytères devinrent des espèces d'hôtelleries que l'on occupait pour un temps. Mgr Dû Ghàtellier était personnellement doux et bon, franc et sans dol comme le portait sa noble devise.

S'il eut vu les affaires de son diocèse avec un esprit libre et dégagé de toute influence, avec les fortes études de sa jeunesse, avec ses talents, avec le zèle et le dévouement dont il fit preuve dans les jours d'exil, avec sa prudence consommée, sa haute sagesse, nul doute qu'il ne fût enfin parvenu à régénérer un vaste et beau diocèse; mais malheureusement il abandonna presque toujours à d'autres mains que les siennes, qui eussent été si habiles, la conduite ordinaire de son troupeau. Pendant les premières années de son épiscopat, il fut la plus grande partie de l'année absent de sa ville épiscopale : il était grand seigneur, ses relations l'appelaient à la cour, et il était retenu à Paris par sa dignité de pair de France. Quand la révolution de 1830 le rendit à son diocèse , il l'eut Cait jouir sans aucun doute d'une administration éclairée, bienfaisante et paternelle. Mais, malheureusement, il était presque totalement privé de l'osage de la vue, ne pouvait lire, et reconnaissait à peine les personnes qui le visitaient. M, Delanoë,

daos itnç lettre imprimé» à Ëyroux obe? Gaim, 1845 , p. 8, parie d'uQ $mph aff(Hblisspnênt d$ la vuê, mai» il oublia que dans uqu Èlog$ historique de Mgr Du CMtêUier, Eyraux, 1842, p. 26, il I^ comparait à aaint Aquilia II, at disait que, comm lui, il Hait piUYt im hh VUE, du moine $n grande partie* Outra laa $ lacai da l'àga qui commauçaient à §a faire geniir dans up sap* tuagénaira, la prélat sa trouvait dam la f&obauaa né« oassité da voir par las yaux d*autrui> at da w pouvoir diractament agir par lui«mlime* Sans doute il avait appelé autour da lui des hommes recommaudablaa \ 9IM, Delacroix, Pincbon, Leduc, Mathieu, Piaau, Giii* hert et Seugé étaient des hommes recommandablaa et dont Faction bienfaisante adoucit bien des peines. Mais, qui na sait aussi que l'autorité était absorbée par uq seul homme, que cet homme faisait bonne garde pour na pas laisser approcher de Sa Grandeur, et qu'il lui faisait violence quand catle Grandeur vou'* lait être juste et bonne : témoin ce vieillard de Léry, qui tomba à ses genoux, en disant i Rende»*nous no^ tre pèrel Mgr Du Chàtellier était ému h cette vue e( allait oédar » mais on le tira par la soutane et on lui dit ( « Votre Grandeur ne peut pas revenir sur ce qu'elle a décidé I C'est finit c'est jugé I c'est une af» faire réglée t » M* Funnères, maire de Léry, peut se rappeler celte scène ; mais qui pourrait compter cellea qui lui ressemblent?

Les routes du diocèse étaient donc sillonnées en tout sens par les voitures de déménagement de pauvree curés de campagne disgi^ciés, arrachés à leurs habitudes les plus douces, contraints de traîner sous un autre soleil, sur une terre inhospitalière peut-être, leurs mevbies avariés et leurs vieux parenUt Gommant»

indignes d*6x«rcar lo namt sûoiitàre iam uae vatoîam, ou inhabiles, étaWDt«iU plu^ digne? «( plus babilra dans une autrol Mai» oomm^Qt f^ débattre 7 Coinm«Bt se défendre I L'obéissapc^a, muette d<a)s la douleiif même, n'est^elle po^Ia vertu obligée du ciir4 de oam« pagne amovible ? Ces actes se commettaient toujours au nom de monseigneur réyêque I C'est monseigneur qui avait voulu I C'est mouseigueur qui avait eom» mandé I

Mais un beau jour le bon Mgr Du Cbfttelliej déclara à un pauvre curé qu'il n'avait ni rieu voulu, ni rie» commandé, et qu'il n'entendait pas obagrioer un bon prêtre qui bebitait en paix son presbytère depuis trente ans, « Retournes dans votre peroisse, mon bon curé, « lui dit-il; c'est moi qui vous le dis, Si vous avez dae a difficultés, elles s'arrangeront ; si vous aveiE commis a une fauta, elle est pardonnée; vous ferer pénitence» a et serez tenu h une plus grande édification viihji-via « de Yos paroissiens. Allez | alle%l et roYeneK me VOiTt « j*ai trop de plaisir h receroir mes ourés, ^

Bonne paroleJ ]^*beureux curé U raconta h ses eoQi* frères. MM. Guibert et Seugé, vicaires généraux, 8u-« rcnt dire aussi au clergé que c'était Mgr Du Cb&tellier qui était Tévêque et qu'il ne fallait pas craindre de s'adresser $i lui. Combien ceux qui purent parvenir Jusqu'au noble et bon prélat s'en félicitèrent 1 De quelle indulgence, de quelle paternité ils firent la douce épreuve! Rebutés ailleurs, qu'ils furent bien accuoUUa par le bon maître I Les affaires que l'on avait sàcbe» ment déclarées impossibles, s'arrangeaient avec lui de la manière la plus facile. C'est pourquoi l'on avait compris qu'il était essentiel de ne jamais laisser M. Du Ch&tellier seul avec les curés qui le visitaient.

Ne disait-on pas alors que le prélat commençait à ra^ doter et à perdre la boule I Mais pas du tout, il ne radotait pas, quand il était bon et juste ; il ne perdait pas la boule^ quand cette boule ne roulait que pour faire des heureux I il jouissait de toute la plénitude de toutes ses facultés, et ceux qui étaient assez audacieux pour forcer le passage, trouvaient que son esprit, ses lumières et son jugement avaient toute la lucidité de )a jeunesse. Alors en vain on s'obstinait à s'interposer entre les curés et Sa Grandeur ; les curés déclaraient poliment qu'ils avaient besoin de rester seuls avec leur évèque, et ils s'en trouvaient bien. .

Mais malheureusement ces choses ne furent bien connues que dans les dernières années du prélat. Que de peines, cependant, que de douleurs lui furent alors révélées I Que de larmes solitaires retombèrent sur son cœur! Combien de fois aussi sa noble franchise Ait-elle indignée! Mais quand elle voulut se débattre, la noble victime était liée I ^

Aussi, à la mort du vieillard, les regrets universels du clergé éclatèrent, parce qu'il avait -été connu enfin tel qu'il était» mais bien malheureusement trop tard, puisque la tombe l'enlevait à la vénération comme à l'amour de ses prêtres.

D'autres, en silence, et quand la foule se fut écoulée le 15 avril, jour des funérailles^ pleurèrent aussi, et leurs larmes tombèrent sur des souffirances dont le funèbre caveau de la mère de Dieu enferme encore le secret.

On a loué la forte et pieuse résignation de Mgr Du Chàtellier, et ça été justice. Elle fut admirable dtns l'exil, admirable quand la foudre qui brise les trônes l'atteignit de ses éclats; mais elle fut plus admirable

encore aux derniers jours de sa vie, car elle avait pour objet des souffrances intimes et personnelles. Il senUt en6n la solitude qu'on avait faite autour de lui si profonde, si impénétrable, si lourde et si désolée : il vivait dans les ténèbres et mangeait dans les larmes le pain de sa vieillesse.

Madame Antoine Passy, cette femme admirable qui a laissé un nom si justement populaire à Evreux, ai* malt beaucoup M. Du CbàteUier, qui était naturellement gai, et même très gai et ouvert, autant qu'elle était édifiée de ses vertus. Elle lui disait un jour : « Monseigneur, avec votre belle vieillesse, chef d'un ff beau diocèse, honoré de tous, que vous devez être ff heureux I

« — ^Heureux, moi, madame! se récria le bon pré- « lat. Heureux ! comment puis-je être heureux vivant « tout le long des jours avec deux hommes dont Tun « gronde toujours, crie toujours, critique tous mes « actes, et dont l'autre boude toujours I II n'y a que « l'abbé Guibert qui ne me fasse jamais de peine I m

C'est donc avec raison que le mandement des vicaires généraux capitulaires» après l'éloge de ses vertus et les justes honmiages rendus à sa mémoire, ajoutait, page 3..., que : € Humble dans l'élévation et « les grandeurs, il n'oublia jamais, sous les insignes ff de la dignité pastorale et les titres les plus honora* « blés, ni la couronne d^ép%ne$ ie $on fnaitre^ ni le € roêeau qui lui fut donné pour iceptre. n

La lutte qu'il eut à soutenir à l'encon^ des charités, dont il commença à réprimer les désordres et les abus, l'office canooical remis en honneur, l'unité de la fturgie établie dans tout le diocèse, l'édition du bré^aire et du ritu^ (je ne parle pas du gros graduel

llotA (fA fait êttCôlré fé AéÉ^ipoif dé tous lés lutrins), de géuérêux éucourâgémetits douués à Téducaiiou cdirétiemie de!l déut séxés, f$a tlve et constante sollicitude pour mi séminaires, les constructions des deux bàtlmeuts latéraux du ^aud sémiuaire, la fondation du petit séminaire Saint-Aquilin, ses libéralités et ses ftumAueSi ses reuiarquables floandements lui assurent une belle place dans la liste des évèques d*Eyreux* Le plus beau Jour de sou épiscopat fut celui oh 11 dotftit sou petit séminaire d'une cbapelle si longtemps désirée^ et où il honorait eu méihe temps la mémoire de Tuu de ses plus saints prédécesseurs, en restaurant le pieux édifice qui le couvre.

« Loin de nous, dirons-nous avec les Ticaires gêné- « rauk eapitulalres, la pensée d'enleyer à un autre sa « gloire I » Mais noue dirons aussi de Mgr Du Chfttel- Her, ee qu'ils eut dit de Mgr Bourlier^ cet auguste pofltife 4Ui^ le premier parmi nous, s^efTorça de réunir les pierres dispersées du sanctuaire et de relever les ruiUes do temple t k S'il fit beaucoup avec ses dignes < eoopérateurs, duraut les lougues auuées de son épis- € eopat, fi leiMi eticore beaucoup à faire. )»

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