CHAPITRE IV
M. Olitler comme administrateur semblait avoir deux fmperfectioDB, qui lui venaient de ses qualités mêmes: trop de confiance en soi-même, qui fait quHl ne doute de rien et méprise un ennemi: trop de confiance dans les autres, qui fait qu'il se livre d*abord à quiconque Vaborde, sauf à s*en repentir plus tard. Ajoutons une ardeur extrême qui était dans son tempérament. Ce qu'il veut, il le voudra de suite; il n*aura Jamais la patience d'attendre du temps ce qu'il pense obtenir de l'action. Il est trop franc aussi pour garder jamais le secret d'une résolution prise, par conséquent toutes ses résolutions rencontreront d'abord un obstacle. Chez les autres concevoir, vouloir, exécuter, sont trois opérations qui demandent un certain temps et supposent un certain intervalle; chez M. Olivier, concevoir, vouloir, exécuter, sont une seule et même opération. Il marchera donc par bonds et par saillies. Ceux dont 11 devra nécessah^ment se servir le trouveront avec des résolutions qu'il leur faut mettre en œuvre et dont ils n'auront pas même été prévenus. « Il est, comme il « dira lui-même, un homme de spontanéité. » Et si vous lui dites qu'agir avec une précipitation si extrême a tes inconvénients, il en conviendra avec une si ado-
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rable bonhommie, que vous n*aurez plus le courage d'insister. Son jugement, qui était très sûr, ne Va jamais trompé ; les lumières, encore moins Tardeur, ne lui ont pas fait défaut; ce qui lui a manqué, c'est la patience pour agir en temps utile.
Il nous était nécessaire de nous ouvrir ce jour sur le caractère de Mgr Olivier pour comprendre comment , dès les premiers temps de son épiscopat , il arrive avec une organisation toute faite, fonde immédiatement ses œuvres, jette tous ses plans, décrète des statuts, remue ses séminaires, métamorphose sa cathédrale et donne des éblouissements à des Normands qui ne marchent qu'avec mesure, lenteur et précaution; comment aussi les difficultés et les oppositions se rencontrent sous ses pas.
Un motif noble et généreux avait déterminé le choix qu'il avait fait de son personnel. N'avait-on pas jeté à tous les échos le bruit que H. Olivier venait avec l'intention d'amoindrir la réputation de son prédécesseur, et qu'il manquerait au respect dû à ses vertus !
Une telle pensée était bien loin de la foi et du cœur de M. Olivier. Il savait parfaitement bien que l'Eglise n'est pas un théâtre où l'on vient parader devant le public pour ravir ses suffrages, une arène où l'on se dispute des choses aussi vaines que les palmes olympiques : la gloire et la réputation. On n'entre dans le ministère public et divin de l'Eglise que pour sauver des âmes I L'homme s'efface dans la majesté du Dieu qu'il sert. Mgr Olivier, tout au contraire, était ravi d'apprendre la juste vénération dont était environnée la mémoire de Mgr Du Châlellier. Il disait avec grâce : « C'est une perle de plus qui orne le trône épiscopal « ou je dois m'asseoir, » Maïs il y avait des gens qui.
par la force de Thabitude, voulaient sUdentifier avec rilluslrissime et révérendissime évèque. Mgr de SaU moD Du Chàlellier, franc et sans dol, saint évèque et homme éclairé, sans petites passions, sans préjugés , était lui et non pas d'autres. Aussi , Mgr Olivier ne comprenait rien à cette calomnie versée sur lui, à cette opposition violente, acharnée, qui lui était déjà faite sous prétexte de la mémoire de Mgr Du Châtellier. 11 écrivait à H. Tabbé Guibert : « Si Ton peut persuader «r à ces gens-là que je viens détruire la mémoire de <r leur bienfaiteur, franchement ils sont fous en me « croyant aussi fou qu'ils le supposent, p
Pour faire tomber du premier coup tous ces bruits, et pour honorer en même temps la mémoire de son prédécesseur, Mgr Olivier n'hérita plus à reprendre à peu près toute entière Tadministration qu'il avait laissée.
Cette affaire est traitée tout au long dans une assez volumineuse correspondance entre Mgr Olivier et M. Guibert, que j'ai sous les yeux. Elle fait le plus grand honneur à celui auquel il avait déjà donné toute sa confiance et qu'il avait choisi pour être un de ses archidiacres.
Dans cette correspondance, M. l'abbé Guibert juge admirablement les hommes et les choses, sans passion, avec justice et vérité. Il prend la défense de ce- Ivi-ci et de celui-là. Car certains personnages qui s'unirent ensuite contre Mgr Olivier vinrent tout d'abord s'accuser les uns les autres auprès de lui. M. l'abbé Guibert rassure le prélat contre l'impression que lui avait faite la lecture d'une lettre. Au style, Mgr Olivier avait jugé l'homme ; il l'avait vu jusqu'au fond des eiitraiUe9. Il avait mesuré l'étendae de ses vues.
el U les trouvait étroites, et il ajoutait ; a 11 a peut* a être iDaiK|ué d'air, Uï9Mfaipeur d'un petit esprit I » Rien de plus uoble que la réponse de son futur archidiacre. Dans les lettres de U. Tabbé Guibert, tout est honorable pour lui. Il loue avec bonheur M. Lefebyre, son collègue, il loue M^ Gauchie» il loue M. Pichot, il loue M. Goquerelt il loue H* Brochu, etc#
Les deux anciens vicaires-généraux de Mgr Du Chàtellier furent aussi les vicaires ** généraux de Mgr Olivier, comme nous Tavons déjà dit, et H. Gauchie, chanoine» fut nommé secrétaire général de Tévèché. MM. les abbés Lambert, Gocquelin^ Seugé, furent maintenus, eux aussi, dans leurs titres de vicaires-généraux honorairesi auxquels Mgr Olivier adjoignit M. Gœur, M# Mourdio, M« Coquereau, M. Eglée, M. de Moligny, résidant hors du diocèse. Le conseil épiscopal se composa de MM. les vicaires-généraux et de H. le &ipérieur du grand séminaire, et de MM. Talion, curé de Louviers, Préaux^ curé de Saint-Taurin, Dutbeil, euré du Neubourg«
Le nouvel évèque avait promis de courrir d^un généreux oubli la démarche du obapi(re« et il avait, comme Ton voit , tenu parole. Quand MMé les abbèa Lambert, Cocquelin et Seugé le coftourent tel qu'il était, ils se donnèrent à lui, et depuis, Mgr Olivier n'a point trouvé d'amis pl«s fidèles ni plus dévoués. Quand le cœur est bien placé, quand l'Ame est biea Bée, quand la vertu est solide, la bonne foi|>eut être un inslafti surprise, un instant « mais pas toujours.
Une modiâcaUea profonde et très Importante fel
iaHe dans te dhrMon da diocèM. Jusque-là, il a^ail été pariagéf comme le déparlemcDi» en cinq arrondiMemeaiSf ei distribué entre cinq TÎcaires-généraux. Mgr Olivier voyait dans ce partage un défaut d'unité, et rioconvénieni de mettre les grands vicaires honoraires sur le même pied que les vicaires^généraux titulaires. 11 partagea donc tout le diocèse en deux ardûdiaconés : celui d'Evrenx et celui de Pont-Aude* roer«
L'archkliaore d'Evreux^ selon Tusage ancien, et pour honorer la mémoire du vénérable serviteur de Mea, Boudon, prit le titre de grand archidiacre, etson archidiaconé comprit Tarrondissement d*Evrenx, qui est doublé de Tancien district de Verneuil , et l'arrondissement de Bemay. L*archidiaconé de Pont-* Audemer se forma des trois arrondissements de Pont- Aodemer, de Louviers, des Andelys. Ce partage du diocèse se trouvait, à peu de cbo^ près, égal en deux parte : Tune tonte au nord, Tautre au midi. Les deux vicaires^géoéraux titulaires, MAL Lefebvre et Guibart furent nonmiéa, le premier grand archidiacre d'Ë* vreux, le second archidiacre de Pont-Audemer« Nous n'avons rien à dire de leurs attributions puisqu'elles ne diflèrent en rien de belle de Tévèquê, dont les arebidiaeres sont les représentants et les ministres. A la eaOïédrale, ils occupent les premières stalles avant louft les chanoines et président le chœur en Tabsence de i*évèque^
Ea résttioant toutes les plaintes que las prêtres du diocèse «valent déposées dans son sein, Mgr OUrier
avait vu qu'elles se réduisaient à deux points : une surveillance occulte qui procédait par les délations, l'abus de Tamovibilité des desservants qui les laissait sans défense contre les actes arbitraires.
Celle brûlante question de Tamovibilité des desservants, qui sommeille aujourd'hui mais que le fameux livre des frères Allignot, les discussions de la presse, et les pétitions à la Chambre des députés, avaient alors mis à Tordre du jour, Mgr Olivier osa l'envisager dans toute sa gravité et spus toutes ses faces.
En principe, elle avait une origine purement civile; elle était contraire aux anciens canons et à la discipline générale de l'Eglise. Le pasteur qui a charge d'âmes a contracté une espèce d'alliance spirituelle avec son troupeau; cette alliance implique une idée d'indissolubilité. Aussi cette nouveauté dans l'Eglise ne venait-elle pas de la puissance spirituelle; elle est écrite uniquement dans les Articles organiqua publiés par le premier consul de la République française à la suite du concordat de 1802, mais sans la participation du pouvoir spirituel qui seul cependant a le droit de prendre des dispositions relatives à l'exercice intérieur du culte« Les Articles organignes étaient une usurpation manifeste du pouvoir temporel sur le pouvoir spirituel. Aussi le pape Pie VII, à qui ces articles n'avaient pas même été communiqué, s'en plaignit hautement, énergiquement, à la face de l'Eglise» et annonça dans une allocution aux cardinaux en consistoire, le 24 mai 1803, qu'il en avait demandé le changement ou la modification, comme ayant élé rédigés sans sa participaliou, et étant oppesés à la discipline de r Eglise. (Mémoires pour sbrvir a l'histohus eoclésiASTiQCE, par M. Picot, tmnelJJ, p. 480, Paris 1815.)
L^iMage seul a pu leur donner par la suite Tautorité qui manquait à leur origine.
Le sort fait aux desservants des succursales par les décrets dictatoriaux du premier consul tenait d'ailleurs aux circonstances du temps, et ne pouvait être considéré, comme il le fut réellement par les évèques nommés à la suite du concordat, que comme une mesare transitoire. Dans Tancien droit canon, qu'est-ce qu'un desserrant? C'est le titre que l'on donnait à un prêtre qui administrait une paroisse pendant sa vacance; M. Olivier lui-même avait eu le titre de desservant de Saint-Btienne-du-Mont lorsque M. Philibert avait été appelé au siège de Grenoble. Les succursales sont de véritables paroisses dont le territoire est déterminé : pouvait-on raisonnablement supposer qnele veuvage de ces paroisses serait étemel, ou qu'elles n'auraient jamais de véritables pasteurs ? Nul n'oserût soutenir que les curés, établis par les Arti* cto or^om^iMt au ^ef-lieu de canton, sont les pasteurs des succursales. S'il en était ainsi, ils pourraient y a<faBtBÎstrer les sacrements et célébrer des mariages ; OTy pour administrer les sacrements, il leur manque fcédiément ce qui constitue le vrai et propre pasteur: fat juridiction.
En rédigeant les i4r(fcbi oryonîfiMiy que voulait le glorieux chef qui commandait à la France? Restaurer le coite cathdique et anéantir du même coup le scUsme de l'Eglise eonstitutionnelle qui aurait pu durer des siècles. Pour parvenir à ce double but, son génie lui avait révélé une mesure hardie, peu comprise d'abord, et que le succès a justifiée : il faisait entrer dans le giron de l'Eglise catholique, en les récondHtnt avec elle, les sdiismatiques eux-mêmes. Les
laisser en dehors, c'eût été les itènM6«r« En naène temps que douze évoques coQ«it(»iîoiiBeIsqQÎ8*élaieal attachés avec une opioiàire peraéTéraneet depuis dix anst à propager le schisme en Frincoi étiMoi a|ipftlèl à remplir les Bouveaux sièges épiscopaiuLf wè mHnbre considérable de prêtres qui avaient ^6ié samiMii à la constitution civile du clergét «Amni è4re twfUm des fonctions du miniHère pa8toral« et réittégrés m maintenus dans les prasbjtères. Mftis conHMii «lUiknit se oonduif e vis à vis de FEgliae catiiolk]ad c#t «oolé* siastiqiies qui Tavaieni affii^fée për leiir afKMMto? S'ils venaient à la scandaliser par de noUVdatfx éearl»^ il fallait bien remettre aux maiAs des évé^Ms ue arme pour les naaiiiteiifar dans Tordre ) à eAté di wuA %ui pouvait surgir d'une mesure ansei dasgereoeet il fallait bien placer le remède effieace en aceordastam 4v*qaes la faculté de retirer leurs fctietie» ktmta qui ne se moatrerai^nt plus dignes de les eo0tim«r^ Ce* tait une sage précâiitioili qâl hettreuasHieiii n'était pas nécessaire.
On ne sau^t trop donner é'éiogea i ki vwtv d# ees acdésiasti^ee qui ont reAaauri le coite parmi Beos. Après avoir supporté lii petsèsatisaïf îki^ t mettre en oubli leurs intérêts sacrifiés, et wm 90gret de rancien état de splendeur dont il* avaient été les téSioiM^ sans nigreur ni récriniiiatlont ite sa prêtèrent avec uii6 réaignèlien vriiailim é^angéiiqiK 9m ekeenstaficei, et leur eendiiite fat si eK^mpiaire^ leur stuûMten à TEgUa» si pariaita, qtfe les évèquaè n'eurent pas keeoio de leur «ppU^aer oetto tenlMa Meure de la révocabilité de leilrs fonetioMi^
il y. aurait eu d'aitteun eofttradieitoD è réclwoar d'un eété «veo le seurwaiii pontife eontre les ÀtêMm
Coogk
wrfÊnt^fum, qui b^obI Jamats été exécutés dans toute tear ttenàiàé, et de Vautre à en presser l'exécution prédaéraeflt 4Ans Tun des points les plus opposés aux «snoM et I la discîpifne générale de ITgllse. Aussi les évèqnM du eoneordat considéralent-lIs les prêtres préfiûtét im dasMfviee des saceorsales comme de véritablea mirét, ai les traitaient-ils comme tels.
Ce n'est guère que vers 1820, c'est-à-dire à une époque o* la mesure préventiTO n'était plus nécesê^fe oi applioaMa, que la locomotion des curés-destenrasts d'eue paroisse à une autre, commença à devôbIp d'an fréquent usage.
En 1841, l'abui des changements était parvenu à on tel Moèf qult excitait des réclamations univer- •êilaa, et Mgr OtWier, en ce qui concerne le diocèse d'EYFtux, en fut yéritablement assailli. Il ne chercha ^aa ailleaPB la cause du découragement des pasteurs, et peut-être du refroidissement de leur £êle. Parmi les arantages que la société entend retirer de la présence des curés au milieu des populations, elle compte ■nr leur autorité et sur leur influence morale. Mais ^*êsi«ea qu^oiia autorité que le moindre souffle ren- ▼erie, qui n'a auouae racine dans le lieu o& elle ft^exafea? L'Influence du prêtre pour opérer le bien ne lui vient certainement pas de privilèges qui n'existent p<»iBi 3 elle est tout entière dans Taffection mutuelle qui M ferme entre le pasteur et le troupeau, entre le père et set enftmts. Mais comment le pasteur s'attacherai^il à ton troupeau au milieu duquel il ne fait que pasaer, oi le ireupeau donnera-t-tl à un pasteur des affections qui seront têt ou tard brisées? Peut-on se dire le père d'une famille où l'on n'a pas même de dameure fixe? Gelui qui est dans sa propre maison y
reste : le curé-dessenrant est donc on étranger dam sa paroisse et dans son propre presbytère* De là absence d'autorité. Et comment sans autorité exercer d'une manière utile et fructueuse la charge de pasteur? Gomment avoir du zèle, comment réprimer les abus» s'élever contre les désordres sans exciter des réclamations, des hostilités qui aboutissent, pour le pasteur, à une infaillible disgrâce? Avec quelle liberté évangélique pourra-t-il parler à des hommes qui se disent tout bas : nous le ferons partir quand nous voudrons. Us connaissent parfaitement la marche à suivre. On fait du trouble soi-même, pu» Ton va soimême ou par d'autres dire à l'autorité : il y a du trouble. Et le tour est joué. Le pasteur s'entend dire qu'il ne peut rester au milieu d'une population qui ne peut le souffrir. Par amour de la paix il est sacrifié à ceux qui ne veulent pas de paix jusqu'à ce que son successeur subisse le même sort.
Au fond, cette absence d'autorité dans les mains du pasteur est la ruine de l'autorité épiscopale elle-même, qui s'exerce par le ministère du prêtre. C'est l'évéque qui fait des ordonnances et des règlements; mais c'est le curé dans sa paroisse qui les met à exécution. Si donc celui-ci n'a pas une autorité suffisante pour les mettre en vigueur, que devient le pouvoir éptscopal? Les vocations ecclésiastiques sont rares et il n'y a plus guère que les pauvres qui frappent aux portes du sanctuaire. Pourquoi? Témoin des tribulations des pauvres curés, le sage père de famille répond qu'il ne veut pas donner à son fils une position qui n'offre aucune sécurité.
Opposée dans son origine à la discipline et à l'esprit de l'Eglise, contraire à l'union spirituelle du pas-
Uar et de 868 brebis, œayre d'an despotisme <ptt téglait toai militairement, née d'une usorpaiion da pouvoir temporel sur le pouvoir spurîiuel, frappée de déeoDSidération par les protestations solennelles du SOUTerain pontife, négligée comme une lettre morte et laissée dans le sépulcre du bulletin des lois alors qu'elle pouvait être utile, appliquée alors seulement qu'elle cessait d'être nécessaire, funeste dans ses conséquences, odieuse aux populations^ chrétiennes et à la partie miUtante du clergé, telle se présentait à l'esprit du nouvel évêque d'Evreux l'amovibilité des c«rés-desservimts« Le» plaintes de ses curés, qu'il aimait déjà comme ses enfants, dont il voulait être aimé, roulaient toutes sur cette matière. Dans cette succession rapide de pasteurs qui ne faisaient que passer dans une paroisse, l'un détruisant ce que l'autre avait commencé, blâmant ce qu'il avait approuvé, les habitudes religieuses des paroisses rurales se trouvaient interrompues, et les fidèles découragés eux-mêmes, chancelant dans leur foi, dans un pays ennemi des cbangemrats, tombaient dans un état voisin de l'nidifférence. s A quoi nous sert, disaient-ils, de nous attacher à un « pasteur qui va nous être enlevé au moment où nous « allons commencer à l'aimer, à nous attacher à lui « et à le suivre? Un autre viendra que nous ne con- « naîtrons pas et il faudra recommencer de nouvelles « habitudes. C'est ainsi qu'on nous perd notre rdi- « gion. »
Nous ne voulons pas exprimer ici aucune opinion particulière sur une question dont la solution appartient aux pouvoirs supérieurs, mais cette exposition hialerique des fsiu relatib à l'amovibilité des desser- Tants était nécessaire pour comprendre comment
Mgr OUfidv AH Mttené à preo4re U HiahilkHi d*o|»éreruM réforma hardi», dign« dé wm eœiir, à la hauletif 4# MD Miirage, ei dont rexéoailoa avrall aaturé à son nom les béoédioiioiis uiiWenaUês du olargé daM la diocèaa d'Erreux d'abord, ai dans ions lai dlooèaas da France aneuita. La saule aitiiopee qu'il an avidi faite daat laa cliairas da LouTiars et da ^may atail àéik rempli ke euréa de joie et d'anlhoutiasma.
L'organiaalion nouyalle qu^l donnait an dlootae était Mie en vue de oette promeise. Que dis^Je, aoii- ▼alle? Elle était un retour à raneienae, et ligr Otl- ▼ier ambratsaH toujours areo ardeur la rénovatkm des anciens usages de rEglise.
En aeoordant aux pauvres euréa de eanspagne, atac rtnamovibllité tant désirée, la paix et la iéoorité de leur ministère, il Csllvit cependant ne pas afisiUlr l'autorité épiscopala et rendre son exaroloa poaaiMa. Il ne pouvait dono pas être loi question de eaHa sorte dlnamovtblHté abaotea, dont joutssast laa ootés de canton, derrière laquelle on a vu qu^qualbto ta oacher l'insubordination^ les cabales et llmpunlté triomphante. La déolarati<m ofBdalla da llnaHMifiMUié des desserranls eAt été aoeompagaéa da la eréatien d'un trtbunid eeeWsiastlqua devant laqnrianfatant été portées les eaus^, et nul, sur celte terra ftrtançaiaa, n'aurait été fipappé sans jugement I Faocnsé aurait pu connattra sas ^eusataurs, opposer les témoignages aux témoignages, et confondre la calomnie : Tinnoeent • n'aurait pas sucoombé dans roiid>re sous dlnvialbles poignards. €e tribunal eAt été ealul de i'oMdalllé rendue à ses anciennes attrtt>utlons. Le SHif^re ffonia n, IV. et y de $a mêgraph4$^ eu cUrfé eêmtmfmrmin) «dressa à aa an|ai, à Mgr Olivier» las pki» vives «HM»
taiiaBS. La prélat araH même goos la main un homme ferma, tenace, peu flexible aux complaisancet , aux ménagemanto et à l'indulgenoe, dur, redoutable et à re<b>iitar : un mol de sa part, une pollteise, une simple assurance de concours et de bonne Tolonié, ai la prêtai le or^t ofBoial.
Le 14 novembre 1841, anniversaire de la dédieaee de toutes les églises de France, Mgr Olivier, en promulguant ses statuts sous la forme d*une lettre pastorale, jetait les fondements de l'édifice spirituel du diocèse d'Evreux. Il n'écrivit point dans ces statuts rinamovibHHé des curés desservanls : elle restait à réiat de promesse et d'engagement verbal. Avant de sa lier par une mesure irrévocable, il voulait étudier les aspHis et s'assurer que la réforme , ou plutôt la rastanratloo, était possible. Il voulait afltermir la base da TédMce par une forte et puissante hiérarofaie avant éê la eonramiar au sommet par oette inamovibilité avec laquelle l'Eglise de France avait vécu des sièdea de gloira. Il sa dépouUlMpait, il est vrai, de l'autooratia d'une puissance sans limites, nsais nul n'était plus persaadé que lui que la modération du pouvoir en fait la force. En revêtant les arcUprétret et les ilayaaa d'une autorité réelle, en leur imposant l'obligation d'une sorvelilanee eiïectire, il parait à tous les danfars) l'autorité épisoopale était plutôt forUttée qn'afWMia ; l'mil et la mtf n de l'évéque étaiept par-
Dioa tous las actes puMios $€9lé$t&$(ifU9$, las curés
d'arroDâteieiiient prir^t le titre d'an^prètre, les eurég de canton celui de doyeo, et les desservants furent autorisés à reprendre celui de curé, que les populations, du reste, n'avaient jamais cessé de leur donner. (Art* 20.)
Dans cette organisation, les arcbiprétres ont la surveillance de tout leur arrondissement, et ils doivent visiter, au moins une fois dans Tannée, les doyens de leur archiprétré , leurs églises et leurs presbytères; ils rendent compte à Tévèque de cette visite , envoient ses instructions dans leur arcbiprètré, et font les informations qui leur sont adressées par Tévèque ou par ses vicaires-généraux. Leurs prérogatives sont ^absolution des cas réservés et des censures; Tinstallation des curés et des doyens lorsque Févèque ne désigne personne en particulier; la célébration et présidence des obsèques des pasteurs, lorsque rardûdiâcre ne s'y rend pas ; la faculté d'accorder le binage, lorsque le recours à l'archevêché n'est pas possible, la dispense d'un ou de deux bans dans le même cas; les bénédictions réservées à l'évéque, même celles des cloches et des calvaires, mais en s'assurant d'avasoe que l'archidiacre ne désire pas présider à ces cérémonies ; la permission d'ondoiement ; la présidence de Vœuvre iioeéêoine dans l'absence de l'évêque et de rarchidiacre ; le droit de porter la mozette de dianoine dans tout le diocèse.
Les doyens sont obligés de faire la visite annuelle des succursales de leurs doyennés, des presbjrtères , des différentes églises, chapelles particulières ou domestiques qui s'y trouvent, et de rendre comptée l'évêque de leurs visites. Ils sont aussi chargés de Feavo« des instructions de l'èvèque aux curés » de precé-
4mt ans iafanmtjong 4pii leur iom demandéei » im soin de faire parrenir Ions les aos, au secrélariai, les registres de calholidté de tout leur cauiOD, de pour- ▼air toutes les succursales des feuilles de budget» et de perceroir les droits du secrétariat. Leurs prérogatÎTOs sont la présidence du doyenoé, Tabsolution des cas réservés, la faculté d'accorder le binage quand le recours àTévique ou même à Farchiprëtre n'est pas possible; la permission de donner dispense d'un ou de deux bans dans le même cas ; la faculté de la béné- ^tion des ornements et des linges sacrés; enfin , quand ils sont chanoines, le droit de porter la mozette dans toui le diocèse. (Art. 21.)
Les archiprètres et les doyens sont libres de fixer répoque qui leur conviendra le mieux pour leurs visites; ils doivent en informer, quinze jours à l'avance» le pasteur qu'ils se proposent èd visiter, afin que, sous aucun prétexte» l'absence du pasteur à visiter ne vienne empêcher l'effet de la visite. Comme cette visite avait pour ol^et un acte de surveillance, et non l'exercice des fonctions du ministère pastoral» Mgr Olivier ajouta plus tard un paragraphe qui interdisait aux archiprètres ei aux doyens de faire leur visite les jours de fêtes ou de dimanches. Us doivent aussi informer révêque, quinze jours à l'avance, de leurs visites, et dans les huit jours qui auront suivi chaque visite, Ijoi en envoyer le procès-verbal. (Art. 23.) Si une maladie ou des infirmités les empêchent de remplir cet office, ils doivent en donner avis à l'évêque , qui désigne dans ce cas un des curés du canton pour remplacer le doyen empêché. (Lettre du 24 décembre 1841.)
Par une ordonnance épiscopale donnée la veille de
Mdël të41, lêsëoyMt iMii ima» tfJMÉwlii Vé^àtrm iras l6t iiioto4etoiUe« qvi , dans laor iMMiêûtt, ptr* Tle&i à leur eomialiMiiet, nrialiTflOM»! au <g«iwa> aux eooMriea ei à la pafaeiUM ém avréa. c La tttMlé « des rapporta avaerauloffitéépiaoopala,iiniUU,feli < perdra Teaprit d*«iHA« l'ameof de U dinlpllne, « rend ooflune étrangtofa lea é^iaaa parOevUèroa à « régtise prfiioipala , lat pvèlfea à iaura aupéttowa
« ffiUê d$ Dim. »
Ainsi , le dioeèaa ae tatmvaitoffeattiaèpaff la mgÊtmê épfseopale , le dargé diaciplfaié al raagé sooa saa chefe. La surveillance oeeulle éiati aboHa al ranifta o4e par la aurvetUanea publique, oitvarla, ofldalû el légale qui Mail eaneniquamani aUribuée an dayau de chaque oanioa* Capandanl, la fierae da llMbilude M* Bail pleuvoir eneore, ehaqua jour, des délat^ona $ao^re las mains du prêtai indigné; allas durèranl m^mê juaqu'à la fin da sou épisoepal. U en éudi obsédé. Quelques mois avant sa mort , «ma parsanna la vU jeter avec dégoût, sur son bureau, une lettre qu^ venait d'ouvrir. « Encore une délation I dit--il. -^ 8ana doota, a Monseigneur» lai dit la pobla persome, que de pa- « reilles lettres sont rares? -^ Au contraire; j'en re- « çois presque tous les jours. Il y au a qui se trou- « vont vraies; mais il y en a tant qui sanl faussée I « Que puis-je faire de pièces d^ cette nature, et « comment démêler la vérité f » Souvent il renvoyait œa lettrée à ceux-là mêmes qui étaient accusés : quand elles étaient signées, Tinculpé eonaaissaU du moins ses dénonciateurs.
Les statuts diocésains réglaient ensuite plusieurs poinu de la diaeipline bitériaure et du culte. Le oon-
éU d« AoMtt tour Mc6#im^ wê IBM, le i^lwi grwid qu'ils p«Mieiiir«ceToir, en liOtaiit d*iiD grand tkhm Am article» de cm tiaiiila le Iciiie aiéiiie de ptavieiiri da aas décraU< Paar t'en camraiûore, H aulBi da c<MBpàrcr lee décraU I, n* % avec l'arlkle 40 de aaa alaiola ; V« ii« 1, avec Yen. 88| X, d<>> 1 ei 2» avec laa mié 30 ei 2i ; \h u- 1 %%% avao rari« 19; le ii« 6 ataeràrtu 17; laao 13 arec Tari. 18> le ii« IBavec TarU M^ Xnii b4 n avec rarUiO; la b« S arec larl. 37; le i« 7 avec Tari* U^ XY, a» <i, j^^ec Tari. 10) XVI, a^ Iti avec rarl« 3) XYII, dû 4, atec Tari. 11.
Ma lee fmtnléra )eltr» dé sen éptocc^* la 7 lo- TêRibre 1941 ^ M. Olfvief léitda l*fleuff« iNor^éatUf^ à taqnélle tl «ilMlMrtl la |rtui graMe teiyfwnaflcai
a AiNMf M sacerdoce aa perpéiaUé, fvceiirar ali € cMfgé tm loMraeilea «alide ei tafiéct 1* v^eUra e* « fâffpurttee lei keiolM de te MoMté/cberahar à la t flâêif à te hMteiir de ia laleelep dMae, M roidre a «a dMee ei Mirigtie MMenee peut le beiAe«r da» c feMHet ai li 9#t!tif1(é defl^ {Mifticwier»/ iiwvaillar à « loi procarer cet espfli, ce Mur MMt ai géMéréa « 4«l «ali eetttpMidfe, pardeMer # •icfvragai' et a ttioMr} pfocurer »«x HelHafd» da sanoiMire^ 4m t FÉge ei Me tefailté» ippelleiii à te rairdlia^ ha a MfMartiiesdfV aafictrepseafllrirteTée^iiipaMè « pmaâÊê il te«r» «tna» i#âvsm; teénagér laa res*» « uUMfti» •éee»»alf»B p$w répande riKt#«c«ios« la 4 IMdlla«lMrti4dM»te»eaiapagti»ap<v da bone» « ei lilMai iiiiirteiioiMf pm de» aaxWaira» habile»
é pris parmi les iraviaiHears les plas^céiései les plus € prudents du diocèse, qui iront recoetilir les moiscr sons abondantes ou fertiliser les terres encore io- « cultes ou depuis longtemps stériles ; orner les tem- « pies avec décence, et rendre, au milieu duhameau^ « la maison de Dieu le palais des pauvres, la joie et « l'orgueil des diaumières; enfin courir quelquelna « au secours des grandes infortunes, lorsque le feu du tf ciel, ou d'horribles incendies, ou des inondatîoBs « désastreuses soUidtent tous les cœurs à la charité « et dépassent toutes les prévisions et tous les efforts « des magistrats. » Tel était le but de Tassociatioa que le prélat proposait au diocèse, et pour laquelle il réclamait la munificence du riche et même le denier du pauvre.
En conséquence, il établit, dans chaque <Aief*Ueu d'arrondissement, ainsi qu'à Yemon, Veraeuil et Gi-^ sors, une réunîoa ayant pour but l'Œuvre dieeéiminé : chaque réunion était composée d'une préaideiite, d'une dame trésorière générale, d'une daine secrétaire» eti an moins de douxe dames trésorières. A cette œuvre, il unissait l'œuvre fomdée^ dis«it-il, fwr son prédéces^ 9m$r d$ douce et «ocnle mévMirt, sous le titre de Cnûft de ieeown pour Us prêtres infirmes on d^à, dont il se^ mit rendu un compte particulier.
Cette œuvre avait été proposée et discutée dans le conseil épiscopal. Avant même d'être publiée, le joue même de sa date, elle était déjà vi^demment attaquée dans le Journal de VEure: m Si nous-sommes bien insn « iruila, disait-il, Mgr Olivier bit im|>rimer en ce « moment, à un tr^ grand nombre d'exempiaifes, un «r mand^aieni par lequel il réclame l'annène dm liohe « et dn pauvre, pour concourir à payer les déi^enses
« extraorAnaires qa'B a feiles dans Téglise caihé- « drale, depuis son avènement au siège d^Evreox € (n« du jeudi, 11 noyembre 1841). » Qui donc insirnisait si exaciement la feuille ennemie ?
Au milieu des injures, des railleries et des insinua- Ikms les plus rérollantes du folliculaire, Mgr OliTier irisila une seconde fois Bemay, LouTiers, Andelys, Poni'Audemer, Gisors, Yemon et Yemeuil, et réussit à organiser son Œuvre diocéiaine. Le département lui TOtait en même temps un supplément de traite BMBt de et iif miUe firancê, et Fhomme ennemi deman dait, dans le Journal d$ VEurt, si ses diocésains étaient obligés d'entretenir son luxe personnel, ses dépenses nuneuses, et le traitait de mendiani en caroese. Pour se donner la triste satisfaction de faire insulter TéTéque d'Erreux, il ne reculait pas devant la pensée de Mre attaquer la religion elle-même; un bon mot contre le prélat le consolait d'un blasphème. « La reH- « gion tourne à la Vierge, criait le Journal de ^Eure; « on n'entend plus parler que de confréries de vierges ; « le sacré c(ftur de Marie a remplacé le sacré cœur de « Jésus. Tout pour les femmes et par les femmes, de- « puis le royal chemin de la Croix jusqu'à l'CEvvre « éioeéÊame,.... Pourtant il a peu de succès, parce q«e « les temmes ne peuvent donner qu'avec la permissioB « de leurs maris , qui tiennent les cordons de la « bourse, et se souviennent de ce vieux refrain : Tu m ne Vauras pae, Nicolas. Le temps est passé oà Toa « forçait les caisses avec un Mon$eigneur. » {Journal M VEure, n~ 145 et 146, 1841.)
Le fliène journal affirmait, le 21 décembre 1841, que M* OItvier n'avait d'autre but, e^ venant à Evrtm, que ée tirer le plus d'wrgeut possible à ses ouailles,
La mÂme maly^illftiice 8*a(k»qua aasuile au prélat ^ur le« revenu» du se^éUriai, sur l» produit da la lUurgie» comme û la subveatio» départemeutala tt la« bonnes œuvres du diocèse payaient les poatiUoDs qui conduisaient sa cal^he. La fureur des dénigrements est allée jusque là. Ils injuriaient la bienfoisaoce même en action.
Malheureux I que n'interrogiez*<Yous les pauvrea 1 f ue n'interrogievvous ce bon vieillard, autour duquc^l ou s'attroupait un jour sur la place de la cathédrale ? Vous auriez peut^èlre connu Tbomme contre leq«el f ous aiguisiez vos flèches empoisonnées. A^ez^vous jiuaais su, au milieu de tos fureurs» quel était ce vieillard t
C'était le pauvre Scbaffer I U était jadis taiUour 4'iiabtli et habitait une j^Ule mansarde dans Tune des ruea voisines de Saii»t«-RoQh. Chaîné de famUle^ il allait SQCQOmber à la maladie et 4 la misère, lorsqu'un •obr entre ehe» lui .un prêtre à 4'apparenea ainifde at «sadaste. P^idant plusieurs semaines, tous les seoanrs Ifd ant été apportés par ce même. prêtre, secours en argeM# aeciottia en nature» oonsolations et encouragemania foligieu%%
Cependant à la suite de sa maladie et de Pexcès du travail, le pauvre hoavne restie presque aveugle : il teii eaocnra po«r se conduire» il distingue dn loin, mais daprés sa vua aa|éteinlA : aomment alors tNtaroar san état? U sa désolaH* Lf bon prêtre li;i «t : « La Pro*-
tf \idence m'a ameoé près de vous; elle me guide 7^ encore ; comptez sur elJe. Votre première visite ap- <c partienl à Dieu qui m'envoie. Venez à Saint-Roch : a vous m'y trouverez à Tiieure de la messe parois- « sialc* »
ScbaiTer y vint. Mais c'était un jour de grande fête solennelle. Comment approcher du chœur? La difficulté était d'autant plus grande, que Sa Majesté la Heine devait assister à la messe. Mais la reconnais-* sance a des ailes, le vieillard parvient jusqu'à la pre-* mière marche de l'une des grilles du phœur. Mais peut-il ea croire ses yeux malades? Son ange gardien, le modeste prêtre qui l'assiste depuis si longtemps, quoil c'est M. Olivier lui-même, c'est le curé deS^nl* Rocb, environné des pompes et des magniiieenoes par lesquelles il honore le culte dQ Diçu qu'il serti Quoi I pendant qu'il est assis devant le chant de ValMuia et de la prose, il est insensible à toutes les grandeurs qui renvironneut, il fixe ses regards sur ce pauvre vieillacd de chétive appc^ence. Leurs yeux^ se rencontrent, iicbaffer n'en pouvait croire à ce qu'il voyait. Descendu de sarU^aosarde, il pensait assister à une vision céleste. Mais quand il eut rencontré ses yeux, il se dit v a C'est peuctioii bien lui! il n'y a que lui qui a ce regard ! » {ifc la vue du vieillard s'obscurcit encore plus; mais om^ fois c'çfit par Içs larmes qui y abondeut.
L'office t§rmipé, quelques instants après, entr^ dMt sa maoearde M. Olivier lui*-mèni6 ; t Men ami* fi Im dit*-U^ aujourd'hui c'est au nom -de la Reine que f( je viens à vous. Elle aussi est «ne providence peur a les malheureux* Je vous apporte une lettre de cabi^ a n^ é» ooftimanrigmenta de Sa^tyeaté, qui vous € donne asyle, pour le reste da voa jaortt dans;
« iustitution de vieillards qu'elle protège. Remerciez « Dieu et ne m'oubliez pas. Soyez tranquille sur le « sort de votre famille ; je m'en charge. »
En effet, M. Ôlbier attacha successivement à son église ses petits enfants en les nommant tous trois enfants de chœur. Les enfants de chœur à Saint-Roch étaient salariés.
Quant au bon vieillard, s'il fut reconnaissant envers Dieu, il ne fut, hélas I aussi que trop Adèle à ne pas oublier son sauveur, M. Olivier. Il avait bientôt appris la nomination de son protecteur à Tévèché d'Evreux> Ne le voyant plus, son humeur devient taciturne. Il n'a plus qu'une idée flxe : c'est de venir le rejoindre à Evreux. Il y arrive, en effet, dénué de tout, ayant fait le chemin à pied : ses quatre-vingt-deux ails n'avaient pas été un obstacle pour lui! Il descend chez une dame qu'il croyait connaître à Evreux, et de laquelle nous tenons ce récit : « Madame, lui dit» « il, je me suis sauvé de la maison ou la Reine m'avait « placé; pouvais-je y rester? Nos bonnes Sœurs qui « me soignaient m'avaient jeté un sort. Je voyais n M. Olivier où il n'était pas : j'ai préféré le voir oji c il était. »
Que répondre à ce terrible logicien? Que faire de loi? Le bien accueillir, comme fit la dame charitable.
Mais sur la place de la cathédrale, Sdiaffèr ne répondait qu'une seule chose à ceux qui l'interrogeaient : « Les sœurs m'ont jeté un sort, et je veux m'en àé^ « vrer en voyant Mgr l'évèque d'Evreux. On m'a d^ € qu'il demeurait auprès de sa cathédrale : je irois « bien la cathédrale, mais où est l'évèché? »
Peu de temps après, Schaffor succcttbftit en béois^ sant le nom de son bienfaiteur^
Mgr Olivier couronna l'œuvre de rorganisation du diocèse par rétablissement des conférences ecclésiastiques, qui sera Tune des gloires de son épiscopat. La lettre pastorale publiée à cette occasion, le 28 février 1845, est Tiine des plus belles et des plus éloquentes qu*il ait écrite. Elle échappe à toute analyse, et doit être lue tout entière. Nous y renvoyons nos lecteurs avec confiance.
Le 11 novembre 1841, Mgr Olivier écrivait à M. le maire d'Evreux :
••••• « J*ai été vivement ému en voyant Fétat corn- « plet d'ignorance et d'éloignement des devoirs relic gieux dans lequel se trouvent les habitants du ba- « meau de Saint-Germain-de- Navarre. J*ai appris, c par la construction des usines qui s'opère en ce mo- « ment autour du hameau, que la population allait m atteindre le nombre de quatre cents à cinq cents 41 habitants.
c Les bonnes gens qui demeurent dans cette vallée « se plaignent de la distance où ils sont de la pa- « roisse, et de la difficulté, surtout en hiver* d'y en- « voyer leurs enfants. J'ai pris la résolution d'y bâtir m une chapelle modeste, mais suffisante. Je ne de- « mande rien au conseil pour cette dépense ; je lui « demande seulement de me concéder la place inutile « et vacante qui se trouve au milieu du hameau. Ce « serait un grand sujet de joie pour la population, M une grande consolation pour moi. Veuillez, mon - € sieur le maire, si vous approuvez mon projet, en « entretenir le conseil municipal.
Agréez, etc.
Celte lettre ne produisit aucun effet. Maïs le prélat ne cessa pas cependant de continuer de s'occuper, avec un zèle tout particulier, des Intérêts religieux d'une fraction de son troupeau qui lui était chère. Il écrivait encore, pour le même objet, Iç 18 octobre 1842 :
<( Monsieur le maire,
« J'ai été frappé de l'état d'abandon où se trouve a le hameau de Saint-Germain, sous le rapport de la cr morale et de la religion. Je ne puis, dans une lettre, « vous rendre mon impression réfléchie. La population d de ce hameau augmente, et la Providence a p«rmis c< qu^me église restât debout! Je vous conjure d'arrê- « ter la vente qui doit en avoir Heu. Je désire en entre-' « tenir le conseil municipal à sa première réunion • <( J'en solliciterai la facilité de son président.
<r Veuillez agréez, etc.
Lorsqu'on se rappelle que le conseil municipal' d'alors était composé, en grande majorité, des membres de l'opposition, dont le chef chargeait de ses élucubrations le Journal de VEure, si hostile, on se demande s'il n'y avait pas de la part du prélat un courage et un dévouement plus qu'ordinaire de solliciter la faveur de discuter devant eux Toppôrtunilé de la conservation d'une vieille église qu'il voulait restaurer, à ses frais, et consacrer ensuite à l'înstructloû religieuse et à la moralisation générale des nombreux ouvriers, anglais et français, qui peuplaient alors ce hameau I M. L'Hôpital, maire d'Evrcux, l'eût secondé de tous ses nobles et généreux efforts : toute bonne œuvre à faire est de vieille tradition dans sa famille. Mais que pouvait-il contre une opposition systéma-
tkfuet Si Monseigneur né put obtenir ce qu'il ilemandall, n n'en reste pas moins acquis à sa rnémoîre et à la feconnalsSûftce des habitants de 8à)nt-Germain-de- Navarre, qu'il fit tout ce qui était humainement possible pour les doter dVne église. Au reste, la bonne idée d*un si beau projet est déposée par lui dans leur %wtt : elle germera en temps utile.
vm.
81 Monseigneur ne pouvait rendre au vieux Saint-^ Otmmirt'lèê'Etreux, comme on disait autrefois, son culte antique, 11 métamorphosait sa cathédrale, et commençait par les choses utiles et profitables, n'en déplaise aux critiques, au bien-être des fidèles. Le pavé de la nef était glacé, humide, intolérable en hiver : il étendait sous leurs pieds de chauds paillassons ; il fermait d'un tambour cette porte du nord par où pénétrait un air glacial; 11 dorait l'élégant clocheton pour l'exposition du Saint-Sacrement; Il étendait aussi des couches d'or sur les grilles du chœur, suspendait des oriflammes aux pilliers du sanctuaire, couvrait Tautel du feu des bougies, lorsque le Saint- Sacrement était exposé. L'orgue dû chœur détrônait Tophycléide et le serpent.
Cet orgue d*accompagnement pour le chœur est le plus beau et le plus complet qui soit en France. Il a été construit, avec tous les perfectionnements apportés à cet art, par M. John Abbey, dont on se rappelle que Mgr Olivier avait commencé la réputation à Saint-Etienne-du-Hont. Il est placé à gauche du cœur entre deux colonnes. Le buffet de l'orgue et les charmantes sculptures sur bois sont dus à l'habile
ciMau de M. Boudin, de Giaon, le mAme arlisie ^i nous avait déjà fait admirer son talent dans la clôture de la Mère de Meu, et qui a laissé son chef-d'œuvre dans la magnifique chaire de Yemon.
Le clavier se trouve dans la ligne des secondes stalles, et les stalles du premier rang n'ont point été dérangées de leur place; les fouloirs des pédales sont a« niveau du plancher. Ce mécanisme donna Heu à une scène vraiment réjouissante^ n'eût été la sainteté du lieu. Un prêtre igé, qui venait de quitter sa cure pour venir habiter Evreux comme prêtre haMtué, se dirigeait vers les hautes stalles sans soupçonner Texistence des enCants d'Eole logés dans cette grande pièce de menuiserie dont il ignorait Tusage. H prétend passer sans encombre entre le buffet et le davier, mais il met le pied sur les pédales, et voilà le monstre qui mugit. Il fait un bond, et son pied retombe sur une autre pièce du mécanisme qui se plaint avec un effroyable sifflement. 11 chancelle, et ses doigts se posent sur le clavier : ce sont de nouvelles clameurs. Plus il piétine, plus le monstre crie. (}u*il avance ou qu'il recule, il provoque les mêmes gémissements. Dans son naïf effiroi, il ne s'en prend ni au ciel ni à la terre pour avoir l'explication du mystère, il s'adresse directement à TElernel lui-même, en s'écriant * « Mon Dieu I mon Dieu I Qu'est-ce que c'est queçà? »