CHAPITRE V
IFwéMmmiîumm. — Carême de t«4t.
Le nom de Mgr Olivier était dans toutes les bouches. Les étrangers qui traversaient le département de TEure étaient singulièrement frappés de ce fait, que partout il n'était question que de lui. Les uns le louaient, les autres le blâmaient, critiquaient ses actes, approuvaient ceci , réformaient cela. Il avait des amis, des ennemis ; mais des indifférents nulle part. C'était là précisément le cachet d'un homme supérieur d'attirer toute l'attention à soi. Ces étrangers ne revenaient pas de leur étonnement, et ceux qui parcouraient la France affirmaient que ce fait était unique dans son genre.
A la fête de l'Assomption 1841, il fallait faire h part de la curiosité, mais à la Toussaint, c'était bien pour voir et pour entendre l'orateur qu'une foule immense, comme dans toutes les autres solennités, s'ér tait portée à la cathédrale. Il parla à la manière des grands orateurs, et tira le lendemain des larmes de tous les yeux, en nous faisant entendre les vœux et les supplications des ftmes du Purgatoire, qui n'ont d'adoucissement à leurs peinai que par les suffrages de la terre.
Le jour de la Dédicace , M. Tabbé Leîyon, chanoine, expliquait en chaire le mystère de la solennité du jour. Même après Monseigneur 11 se faisait écouler avec intérêt. Mais voilà tout à coup qu'il pâlit et qu'il se perd dans ses périodes. Certes, le prédicateur, qui comptait déjà tant de beaux succès dans la chaire, était au-dessus d'un échec. Mais en homme habile, et qui est sûr de lui-même, il avoue son trouble, et dit à Monseigneur que c'est sa présence qui cause son émotion. Le prélat lui répond sur-le-champ : Accora dez-vous,je vous en supplie, un instant de repos; « votre évêque est le plus bienveillant de vos audi- « teurs ; je ne dis pas le plus indulgent, Car les ma- « gniflques développements dans lesquels vous êtes « entré n'excitent que notre admiration. Les 11- « dèles et mol serions bien privés d'en perdre la suite. « le ne veux pas que vous descendiez de chaire. » Puis il lui indique le point où il s'était arrêté, et la proposition qu'il allait expliquer. L'orateur reprend aussitôt son vol, il retrouve toute sa verve et achève très heureusement son discours. Nous étions doublement ravis, et des paroles du prélat, et du beau sermon de M. l'abbé Lelyon.
* Le dimanche 21 novembre, fête de la Pfésentation de la Sain te- Vierge, Monseigneur présida la rénovalion des promesses des religieuses de la Providence , et prit la parole. Le mardi 23 eut Heu, dans la chapelle du Sacré-Cœur du grand séminaire, l'assemblée des dames de charité pour VŒuvre diocésaine. Monseigneur y fit des prodiges d'esprit et d'éloqnence. Ce qu'il disait, on le sentait à son style, avait quelque chose de spontané, de Soudain, de direct, de pur. Ce style était d'une clarté singulière : cette clarté ve-
nail dn génie. Le lendemain, qui était la féXe du séminaire, le prélat dtna avec les élèves et partit immédiatement pour Harcourt et pour Bernay. Le dimanche 28, Il était de retour à sa cathédrale, faisait le prône et ouvrait la station de VAvent ; puis il allait visiter, les jours suivants, Vernon, Gisors, Andelys, Pont-Audemer, car il ne s'accordait aucun repos. Tous les jours de sa vie étaient remplis des œuvres de son zèle infatigable.
Le troisième dimanche de l'Avent, Monseigneur prêcha sur le mystère de l'Eucharistie. Au début de son sermon^ il dit que rEuchatistie était le ciel sur la terre. Dan* le ciel retentit ce cantique des anges autour du trône de Dieu : saint, saint. Saint est le Dieu des armées. Autour de l'autel, le même cantique retentit dans la bouche des hommes. Dans les visions de l'Apocalypse, un auge étend la main vers un trône d'ori el 8*éorM i Voiei l'âgoeau de Dieu qui efface les péchés du monde I Les vieillards se prosternant, les anges se voilent la face de leurs ailes. Sur la terre, un prêtre tient dans ses doigts la divine hostie, et dit les mêmes paroles que l'ange en la montrant au peuple * Voici l'agneau de Dieu qui efface les péchés du monde. Lés hommes adorent et remplissent les mêmes fonctions que les anges. Après ce brillant exorde, it démontra ce que Dieu fait pour nous danâ cet adorable sacrement, et demanda ensuite ce que nous faisipns pour lui.
Les dix jours qui précédèrent Noël, Monseigneur institua les saints des Grandes-Antiennes pour servir de préparation à la fête. Il prêcha tous les soirs. Les fêles furent 4'utte magnificence bien extraordinaire , surtout pour Evreux, où Ton n'était pas habitué à une
pareilte pompe. QaeUe élflérence avec la cohue, le désordre, le bruit, les conversailooi* la bruyante circulalioD qui afOigeaieut auparavant la piété de qoeU ques rares fidèles I Aussi , Monseigneur, qui ne cral-* gnait pas de se compromettre quand il s'agissait d'assurer le respect dû au temple, avait pris des mesures énergiques, et n'avait pas dédaigné d'organiser luimême la police d'ordre de sûreté, pas plus qu'il n*anaît craint de manquer à sa dignité épiscopale en faisant faire lui-même l'exercice à ses suisses dans sa cathédrale. Rien ne lui paraissait indifférent, rien ne kii paraissait petit dans le service de Dieu. Il prévoyait à tout, il descendait dans tous les détails, et manpiaii la place où il fallait allumer une bougie. On trouvera peut-être un peu extraordinaire la lettre que nous allons citer, mais elle concorde parfaitement avec tout ce que nous venons de rapporter :
c Evêcbé d'Evreux, le 99 décembre 1841. « Monsieur lemaire, « J'ai été informé que des désordres graves avalent « eu lieu , les années précédentes, pendant les ofAcei « de la nuit de Noël ; je suis fermement résola 4 n'e^ € pas permettre le retour. Je viens d'écrire ^ ^. le % général pour obtenir de la troupe de ligM pour « protéger le clergé et les fidèles ; mais j'inralt be- K soin de six ou huit gendarmes pour un aérvice de « confiance ; je vous conjure, dans VUdtfH 4e la re- « ligion, de m'autoriser à les demander à M. le capi- « taine de gendarmerie. Je réclamerai aussi la pré- « sence de l'un de messieurs les officiers pour lui « transmettre mes Instructions, et .je désirerais le n voir à l'avance pour m'entendre avec lui. Le ser-
« Tiee commencera à huit heures trois qaarts ei sera « lerminé à deux heures du matin.
« Agréez, etc. »
Comment suivre maintenant dans son action incessante Vinfatigable ouvrier évangélique? Prédicateur, Il prêche tous les jours, et jusqu'à quatre fois par jour; docteur, il fait au séminaire son cours de droit canon, passe les examens, préside les sabbatines; administrateur habile, il préside des conseils, répond lui-même à toutes les lettres d*afralre; directeur des âmes, il entend les confessions, passe une partie des nirits à sa correspondance spirituelle qui est énorme; Uturglste, il veille aux plus petits détails de toutes les cérémonies ; évèque et père, il visite les pauvres malades, il se donne à tous, il reçoit dans son palais tous ceux qui ont à lui parler, il donne audience à plus de quarante personnes. Il prend son repos vers minuit, mais à six heures il est debout, et déjà revêtu de son rocbet et de son camail. Homme de sodété, le soir ses salons sont ouverts, Télite de la société les remplit; aucun de ceux qui les fréquentent n'échappe à son attention : il a un mot pour tous, et chacun se retire content; ses causeries sont si spirituelles et si délicieuses que personne ne l'épargne pour en jouir. Tout cela se fait dans un jour, et Thistoire de ce jour est celle de toutes les journées de sa vie. U a fondé une messe paroissiale à huit heures les dimanches, avant celle du chapitre ; il y assiste ordinairement, y prêche souvent, et jamais, présent à Evreux, il ne manque d'assister avec régularité à tous les oCBices de la cathédrale.
Daus une seule nuit» il compose son mandemenlpour le carême de 1 842. En dépit des sourdes menées» des ru* meurs jetées sans relâche daus le public, en dépit des clameurs du Journél de VEure et de ses railleries, en dépit des oppositions, et peut-être même à cause d'elles, les coeurs sont au nouvel évoque, les pasteurs, la plupart au moins, sont pleins de bonne volonté et de xèle, les beaux jours de la religion vont refleurir* Il a déjà par deux fois sillonné tout le diocèse, et par« tout Tempressement, la foule, l'enthousiasme, la cordialité. Aussi le cœur du prélat déborde de joie, «t son mandement débute par les efliislons de son amour pour son troupeau x
«r Combien notre coeur, dlt'-il, avait besoin de celle « soletihelle oceasion pour s'épancher dans le vôtre f <c Que de fois nous avons voulu devancer cette époque « de cottimuttlcfttiott intime entre les fidèles et le pre- <f mler pasteur, pour vous dire toute la reconnais- « sance dont nous étions pénétré, toute la tendresse « que vous nous avez Inspirée I Nous étions certaine- « mertt venus k Vous, meS très chers frères, avec le ^ désir et le besoin de vous aimer, mais comment ce « lien d'ôtaour et d'alTtecttoh profonde a-t-il pu se for- « mer aussi vite? Comment a-t-ll pu nous attirer « tellement à vous, quMl uous semble maintenant que <t toujours nous vous avons appartenu ; que Votre cll- « mal a toujours été le nôtre; vos goûts, ttOS goAts; « vos sympathies, nos sympathies? Grâces en soient n rendue? à Dieu I Cent h don ineffable de son amour
« (2 Cor. IX, 15); mais aussi, grâces vous en soient « rendues, à vous qui avez ainsi décidé notre cœur « par ces réceptions si cordiales, si animées, si fran- « ches et si douces que vous noUS avez préparées, et « dont la ville épiscopale avait donné le signal à tout « îe diocèse. Quel évêque a jamais goûté des joies m plus pures que celle que nous goûtâmes à la vue « de ces populations entières accourant vers nous « dans un si saint empressement ! Comme nous échana gioDs nos cœurs et nos prières! Je bénissais, au a nom du ciel, vos vieillards, vos malades et vos pe- « tits enfants, et vous, vous disles?, avec le sentiment tf d'une foi qui nous a fait répandre de bien douces a larmes : Béni soit celui qui vient au nom du St?t- « gneur!
« On nous avait dît que vos cœurs étaient froids, a que vous ne laissiez point apparaître vos aflTcetions, « que vous attendiez longtemps a,vant de donner vote tre conflance : jugez combien vous nous avez rendu a heureux en nous épargnant ces çpreyves et ces déa lais, en nous recevant avec des témoignages d'un « intérêt si vif et si spontané. Dépositaires de Tauto- «I rite royale, magistrats des cîtés et des campagnes, « commandants des corps militaires, milice nationale, tf juges qui descendiez de vos tribunaux pour honorer m devant le peuple le Christ de Dieu; et vous, manu- « facturiers, qui avez su sacrifier avec tant de noa blesse et d'intelligence vos intérêts aUx intérêts de a vos nombreux ouvriers, vous, les véritables iiour- « risseurs des peuples, recevez ici le véritable tribut « de notre reconnaissance, l'asgurance de notre 4é- « voueoient à tous et à jamais. Jeune^.gens et vieil- « lards, babltants de la ville, cittltVate'urS dés ha-
c meaux, riches et pauvres, vous êtes confondus dans € notre cœur comme vous l'avez été dans Texpres-. « sion de votre respect pour le caractère sacré que a VOUS avez si dignement honoré dans notre personne, c( dans le ministère de la parole que nous vous ap- «( portions et que vous veniez recevoir de notre bou- « che avec une si admirable et si touchante avidité. ^ Soyez tous bénis dans vos familles, dans vos biens, « dans les désirs de vos cœurs, dans la fertilité de vo3 « terres, dans le succès de vos entreprises; que Dieu n vous récompense de cette ardeur empressée qui re- « disait les plus beaux jours de Téglise primitive et c la sainte ferveur des anciens temps ! »
Nous ne citerons plus les mandements du carême de Mgr Olivier; plusieurs, comme celui-ci, sont de vrais chefs-d'œuvre de Téloqucnce onctueuse, et on les retrouvera d'ailleurs dans le recueil de ses Œuvres, qui trouveront, sans doute, un édileur.
Le dispositif du Carême, et il fut le même pendant toute la durée de Tépisc^pat de Mgr Olivier, accordait la permission de faire gras à certains jours et prescrivait une aumêne en compensation. Ce n'est pas lui qui, le premier, importait cette innovation dans la discipline. C'était déjà un fait accompli. Le dernier mandement de Mgr Du Chàtellier avait acoDrdé, pour la première fois, cette même permission que son successeur, à l'exemple de tant d'autres évêques, ne fit que continuer.
Monseigneur prêcha lui-même la station du Carême comme il avait prêché celle del'Avent. Tous \e$
matinB, il ftôsaii la médilation et la prière à la Mère de Diea; tous les mercredis et vendredis, des conférences sur les vérités fondamentales de la religion; les mardis et les jeudis, à trois heures, des homélies, des prunes, des gloses et des sermons les dimanches.
Les premières conférences eurent pour objet les miracles» 11 prouva que les miracles étaient possibles, que l'on en peut donner des preuves claires et évi-^ dentés, et que ces preuves sont du domaine de la raison, puisqu'il ne s'agit, après tout, que d'établir des faits historiques et naturels. Un homme est aveugle, je suis témoin de sa cécité complète; c'est là un fait naturel : cet homme recouvre ensuite subitement la vue, je suis témoin de sa clairvoyance : c*est encore un fiait naturel. Le fait divin et incompréhensible est la conséquence de ces deux faits naturels. 11 tira pour conclusion que les miracles étaient la preuve de la divinité de la religion. Comment son divin auteur pouvait-il mieux prouver qu'il était Dieu qu'en opérant des œuvres qui sont au-dessus de toutes les forces possibles de la nature et des hommes ! La parabole de l'euliant prodigue appliquée au pécheur servit de texte à ses sermons, et la résurrection de Lazare à ses homélies.
Pour (trouver la divinité de Jésus-Christ, il établit cette disjonctive : il est un imposteur, ou il est Dieu. S'il est imposteur. Dieu même n'existe pas. 11 avait remarqué que beaucoup d'hommes sortaient de l'église aussitôt que la conférence était finie et pendant que Ton donnait la bénédiction du Saint-Sacrement. 11 termina son admirable démonstration par cette brû^ lante apostrophe : « Vous dites que votre foi en Jésus- « Christ est toute entière. Vos actions déposent contre
« la conviction que vous prétendez avolf , et dont votw « vous fciltes gloire à juste titre. Vous y croyez si peu, « que tout à l'iieure il va paraître sur Tautel, qui! va <t s'élever dans les mains du prêtre pour vous bénir, « et que vous ne daignerez pas l'adorer. On y croit si € peu, qu'il y a des hommes qui, à Tinstant même, <ï vont se hâter de sortir du temple, comme s'ils avalent <ï peuf qull tombât sur leur tète ,^ et qui ne se met» « tront pas à genoux ! » Personne ne sortit, et tous se mirent à genoux pour recevoir la bénédiction du Salât-Sacrement.
Dané la conférence du vendredi 11 mars, Il traita le sujet de llnfaillibilité de TEglIse. Il voulait qu*on se convertît à sa parole, parce que c'est Dieu même qui parlait par sa bouche. Et il lui échappa ce traft t « Je <« ne veux pas me convertir ce carême, dit-on, parce c< révêque croirait que c'est lui qui m*a converti, et fi qu'il se ferait une gloire de ma conversion. Vous «c voyez que je vous connais bien ! »
Pendant cette conférence, j'étais assis à cAté d'un paysan, qui faisait tout haut cette naïve réflexion : <f Mon Dieu ! que cet homme parle bien ! Je comprends pourtant tout ce qu'il dit. On dirait que ce qu'il prêche est vrai. Mais quand on pense qu'il y a des hommes qui ont assez d'esprit pour lui prouver que ce qu'il dit est faux I Ils auraient pourtant du mal à le démonter ; je me Tlmaglue. » Puis le voyant donner des ordres en chaire, et discipliner, sans façon, l'assemblée qui récoutait : « En vérité, il aurait faît un bott général. » Un autre jour, un homme du peuple disait : <« C'est une rnde tête que celle-là ! Il ne m'ennnie jamais. » Quelle ne tiM pas ma surprise de recueillir cett^ parole de la bouche d'une pauvre femme : « On
dira tont cà qu'on voudra, H a bean me tatàtiHêqner (importuner), c'esl tin homme <j«i a du talent, on ne peut pa« Jul retirer CftI II me parle dans le cœur; oti dirait quMl ne parle que pour mol ! » le me rèppe* lais involontairement ce témoignage que le peuple rendait li la prédication de Jésus : « C^eit que jamatà personne ne nùuê a pitrlé ainsi. »
Lf6 dimanche 13 mars, il annonça an prône la retraite pascale, et donna des avis qu'il termina par une allocution très touchante. C'était le vénérable abbé Lambert, chanoine, qui officiait ce jour-là •. « Saint « prêtre, lui dit-Il, qui montez à l'autel, dites à Dieu « qu'une seule passion brûle dans mon cœur, le salut « de mes frères ! Dites fc Dieu que Je crois à la cornet munion des saints, que les prières des fldèles peu- « vent convertir les pécheurs ! Dites à Jésus-Christ, <r quand vous le tiendrez dans vOs mains vénérables, « qu'il est mort pour le salut de ceux dont Je lui de- € mande le retour à la Vérité. La prière d'un vieillard « et d'un évêque peuvent sauver le peuple... »
Au sermon de deux heures, le prélat énumêra les qualités d'une conversion sincère, et il les prit dans la parabole du prodigue qu'il avait déj^ expliquée.
Le soir même eut lieu l'ouverture de la retraite pascale. Une foule immense remplissait la cathédrale. Un chœur de chanteuse, pris dans la confrérie du Scapulaire, admirablement dirigé par M. l'abbé Chrétien, était placé au pied de la chaire. Monseigneur fit d'abord une glose, avant le chant du Fent, Creator, puis il adressa aux fidèles un sermon plein de force, de logique, de verve et d'éloquence sur la nécessité de la retraite et sur les dispositions qull faut y apporter, le courage et le recueillement. Il avait pris pour texte
ees paroles de TÉc^itare, rappelées dans son mandement du carême, et sur laquelle le Journal de VEur€ ayait fait un odieux commentaire : Ecee iempus aceep^ tabiU, eeee Dies salutU. « Voici le temps heureux dont « il faut profiter, Yoici les Jours de salut. » H fit de vigoureuses sorties contre le respect humain, sujet qu^il a si heureusement traité depuis dans son mandement pour le carême de I9hi. Cette phrase nous parut à Tadresse du Journal de VEure : « Si Vimpiété de « cette Tille, s'écria-t-il, avait su ce que c'était qu'une « retraite, comme elle l'eut attaquée I »
L'homélie du mardi 16 mars, à trois heures, était la suite de ces précédentes homélies de la résurrection de Lazare. Il faisait remarquer que cet éclatant miracle avait été la cause de la mort de Jésus, que de ce jour les Pharisiens avaient résolu de le perdre, <pie la haine des méchants croit en proportion du zèle qui leur fait ombrage. « Les Pharisiens d'alors, disait-il, « voulaient tuer aussi Lazare : les Pharisiens d'au-^ « jourd'hui voudront tuer de même tout homme apos- « tolique. La même chose se passe encore autour de c nous. Quand il se fait un mouvement de conversion « « il s'opère en même temps une recrudescence d'im- « piété« » Puis la suite de ses pensées l'amena à dire que Jésus était le premier pauvre, que l'on n'avait rien à envier à Marthe et à Marie, puisque Jésus, au milieu de nous, dans la nudité du temple, se présentait encore avec ce même caractère de pauvreté que ces saintes femmes étaient si heureuses de soulager. « On dira,s'é- « cria-t-il, que l'évêque demande toujours de l'argent. « Mais là-dessus, il y a déjàlongtemps que j'ai pris mon « parti. Toutes ces accusations ne m'effraient pas. On « peut tuer un évéque, maiê le vaincre, jamais 1 » 11
termina en recommaiulaiit aux fidèles le chant des psaomes et des hymnes, et comme il aimait à descen*dre dans les plus humbles détails, il se plaignit d'une femme dévote qui troublait les autres en chantant la préface de sa voix de fausset avec le prêtre. U donna ëe justes louanges à son habile maître de chapelle et au chœur des chanteuses formé par M. Tabbé Chrétien, et les encouragea en citant l'opinion d'une personne qui trouvait les chants de la cathédrale plus admirables que les plus beaux concerts qu'on puisse donner dans la ville.
Ce n'étaient pas seulement les habitants d'Evreux qui fréquentaient cette retraite : un assez grand nombre de dames de la plus haute distinctàon étaient venues exprès de Paris pour en suivre tous les exercices, M. Trognon, cet homme dSme si rare érudition et écrivain éloquent, ne manqua pas une seule prédication.
Le soir, j'étais assez heureusement favorisé pour porter avec deux de mes camarades du séminaire les insignes du prélat. U nous faisait placer derrière lui dans la chaire. Il nous avait annoncé le sujet qu'il se proposait de traiter, analogue à la retraite. Il l'aborde en effet, mais voilà qu'il aperçoit une foule inaccoutumée d'hommes du peuple qui remplissaient la nef latérale. Les paroles qui découlaient de ses lèvres étaient applicables aux personnes assises dans la grande nef. Mais n'allait-il donc rien dire à cette foule d'hommes et d'ouvriers qui venaient très certainement entendre tout autre «hose qu'un sermon de retraite ? €da n'était pas présumable : il changeait souvent de langage pour un seul auditeur nouveau qu'il apercevait dans l'auditoire* En effet, il abandonne insensi-
blernool »0Q sv^ott ^^ P^^ d'h9urQ^«e«f IransUioDS il £urrive h faire uue véhémopte sorUô iur la violation du dimapçhe. Il mit ^ ses raicfOQnament» udq force, une vigueur incroyables. Cq n'était plu^ la parole paisible et douce d'un instant qui coulait comœe Teau d'une rivière entre deux rive» fleuries : c'était l'impétuosité des tqrrents dont les flots ne jaUUsftent que par bonds. C'étaient des traits saiilantSf des images fortes et co« lerées, den e;ipr6«sions qu rapport avec les idées, du peuple. Il citait l'eiLemple de l'Amérique, de l'Angleterre et de la Suisse, où les magistrats jettent dans ies prisons les enfants qui vaquent pendant les offices des dimanches, et disent ensuite en les rendant aux parente ; Vous êtes de mauvais pères! « Si l'on vous <x doxmai^ sept mille francs de reute. disait-'il, à con* c( diticm qu^ vous donneriez mille franos en gardant a six miUe francs pour vous, accepleriez-vous? Je « vois vos signes d'assentiment : la proposition vous «c plaît. Hm si vous gardiez les sept mille francs pour c( vous, le bienfaiteur ne serait-il pas en droit de rea prendre les six mille francs qu^il vous avait gêné- K reusçment donnés? Malheureux l Dieu vous donne (1 sept jours de vie, six paur vous, uu pour lui? Et ce « jour béni et sacré, vous le refusez à votre créateur. « Et vous ête^ tranquilles ! Et vous ne craignez aucun (( châtiment do celui ^ui est assQz fort pour venger K ses ipiuresi et aux mains duquel vous n'oseriez vous « vanter d'échapper. Mais nous sommes d'honnêtes « gensi Mais nous n'avons ni tué ni volé 1. Grand dom» « magel Si vous étiez des as«amins et de» voleujrs, c( vous ne seriez pas ici à m'enteçdre. Aussi je ne vau« <c accuse pas d'avoir tué, ni d'avoir , volé. J'honore ft ffi^B)^ Y9lrQ W^Wr du tray^> vv^çe d^v^u^pc^pt
« pour votre famillo, les stcrificeii qua \o\x% faites « pour vos eobnls, je crois h votre honneur et à voff Ire probité* Je vous laisse parfaitement tranquilles t sur le mal que vous ne faites pas ; mais je vous de- « mande compte du bien que vous omettez. Je ne vous a condamne pas à^Tenfer : je suis le ministre des mi*- « séricordes de Dieu, et non de ses vengeances. Mais « comme je vous aime, je dois vous avertir que le « châtiment que Dieu réserve au vol qui lui est fait « du dimanche, c'est l'enfer. La pente du chemin qui s y conduit est rapide \ il n'y a point vers Tenfer de « descente plus prompte et plus irrésistible que celle « de la violation du dimanche. Mes bons amis, ne re** « fusez pas de serrer la main à votre évèque qui vo«is c la tend au bord de l'abîme. »
Or, pendant que ooup sur coup il lan^^t ces éclairs elces foudres» U disait it l'un de nous : Faites-mpr le plaisir de me dire combien U y a de tètes d'homme eutre tel pilier et tel autre. Nous nous mimes à comi^ l6r» Puisât obus demanda : Combieu? -^ Mais. Uon* seigneur nous n'avons pas encore fini- Un lnsUn( apràf( se retournant vers uous ; Malheureux I dit^il, ils sont guatre--vii»gt<-sept I Nous n'étions^ neus« qu'àlamoitjié 4e oetre supputation, mai^ quand elle fut achevée, le iibiOre indiqué par le prélat était exact* U parlait tt eoB^tait teut à la fois \ il était distrait et M p^daU ti^ de aa verve*
Le mercredi matiu il expliquait la première de» mande du Pat$r. U signala parmi les «uvres propres à freeurer la gloire de Dieu la Prùpa^mliou de la Foi, ien 4»if9r«^'ecM«Mii. Au sujet de cette o&uvre, et favr «Mt ttUuaioa aux attaquas dont elle était Tolyet • «Je ^ YQ4IS en parle epa^e à des ami»» jt^pue è d^
« cœurs bien préparés. Comment se fait-il que de pi- « toyables impies troublent toutes vos- espérances? >» H cita une paroisse, aux portes de la Tille, dont le curé n'aurait à Pâques à communier qu'une seule personne âgée de quatre-vingt-huit ans. € Gependaots'é- « cria-t-il, on voie la forêt voisisine. Et je n'ai pas un <c prêtre à donner à cette pauvre paroisse. Je n'ai pas « d'apôtres qui devraient me précéder d'un mois dans « l'arrondissement d'Evreux qui est dans un état pic toyable sous le rapport religieux. »
Le soir, à la prière, il recommanda M. Tabbé Forestier, jeune prêtre qui venait de mourir. La mort des prêtres lui causait toujours une vive doideor, et il ne manquait jamais d'invoquer pour eux, em termes touchants, les suffhtges des fidèles.
U établit, le jeudi, que les commandements de V¥f glise sont d'autorité divine, qu'ils ne sont tous que des préceptes déterminatifo des commandements de Dieu. Il prit en pitié les petits impies, les docteurs de journal qui attaquent avec des boules de neige le majestueux édifice de l'Eglise.
Ce même jour, dans son cours de droit canon am séminaire, il nous avait raconté que les premiers dvéllens étaient si parfaits, qu'ils se confessaient raremem dans les temps primitifii. « Jugez par là, dit-il, l'aven- « glement de certains prêtres, qui se font des règles « de fantaisie, de caprice dans la direction des âmes. « Us se font des règles à eux. Us ne donnent pas l'ab- « solution si l'on ne va deux ou trois fois à confesse ; « c'est une exigence qu'ils imposent même avant d'à- « voir entendu leurs péallents.GMe conduite n'a pas « le sens commun. Ils se sont faussé la conscience « dans de misérables petits Uvres de piété qui ont été
-Kir-
« composés par des hommes qui ne connaissaieut pas « l*aotiquité. *
La clôture de la retraite eut lieu le samedi matin. Monseigneur fit en chaire une méditation si touchante, qu'elle tirait les larmes des yeux : il la termina par un prière ravissante. L'idée fondamentale était que les vierges consacrées à Dieu, que les lévites, allaient précéder l'armée d'Israël dans sa marche, que l'arche du Seigneur allait se lever, que le peuple saint allait suivre. Les saints patrons étaient invités à se réjouir dans le ciel, et les anges gardiens à descendre vers la terre pour accompagner leurs pupilles sur les degrés du sanctuaire. Un autel, pendant toute cette retraite, comme dans les années suivantes, avait été dressé à l'entrée du cho&ur pour la commodité des fidèles. Dans le chœur et dans la nef on chanta alternativement pendant toute la cérémonie des psaumes et des cantiques. Quel moment que celui de la communion où sept cents personnes, selon le Courrier de VEure^ se levèrent pour approcher de la Sainte Table ! Avec quel ordre admirable tous vinrent sur deux rangs et sans la moindre confusion I Quel édifiant spectacle 1 11 suffisait seul à convertir les plus endurcis. Que l'évé- ^|tte paraissait heureux I Qu'il était patient, calme et recueilli I
Pour arriver à ce résultat inespéré, il avait peut-, être manqué souvent à la dignité épiscopale, puisque la dignité épiscopale, pour quelques-uns, consiste à ne rien voir, à ne rien faire, à ne rien dire et à tout souffiir 1 11 avait publiquement interpellé suisses et bedeaux, interromp#les chants, gourmande celui-ci et celm-lè, indiqué une chaise à une personne qui n'en trouvait pas pour s'asseoir, imprimé uq mouvement de
voUe face à Tauditeur qui lui tOMraail le dos, arrêté bcusquemenl celui qui était en retard, n^, puisqu'il faut bien appeler les choses par leur uom, comme il avait le tort de les nommer lui-même» fait des affronts aux bez qui se mouchaient trop fort, et aux gorg«« rebelles qui toussaient hors de propos, et mille autres petites choses encore. S'il avait aperçu Tombro d'un ennui passer sur quelques fronts, il était descendu de la haute et sévère éloquence à la causerie la plus familière, il avait même égayé l'assemblée par des dà« tails piquants, par quelques ei^prQs^iQOs hasardées. Tout cela n'était pas de la dignité, de la gravité, je le veux bien; mais si, en déHnitive, tout cola conduisait à une discipline et à un ordre adoûrable, qu'est-ce à dire 7 Etait-ce im si grand malheur que Tévéque fui encore curé?
Un brillant salut du soir termma cette holle jour- Mée. Mais où retrouver maiptepipAt Tallocutioa sur la dévotion à la Sainte-^ Vierge, qui SQ termina par une prière où il consacrait SQU diocèse, sa ville épiscopale, ses enfants chéris, les communiant» du naaUn à cette dJTina mèr^? h f^^m kPté da m'écner ici ayec le poèto ; « Saints ÀDg«s« voaf avait du emporter quel* ftu^unas dQ cf« paroles iwsqu'au tr^Dc de l*Ëternel I
« Partent aliquam, venti, Dwûm referatis ad ami$ ! »
lY.
Lie dimapçho des, Rameaux, Monseigneur prouve l'institution divme de la çonf^sfion par les textes de J'^riture, le témoigiiage de la tradition et Tinvinôble ar&^n^Qt de prescription. Luther et Calvin, cqs fiers ponieinpteers d§ la confession, f^'éteiaot oonfeososi et.
comme pfêlres, avalent reçu des confessions. Le landgrave de Hesse, pour leur trouver des arguments contre ce dogme catholique, envoya des ambassadeurs en Orient auprès des Nestoriens, des Eutychiens, des Schfamatiques grecs, mais tous répondirent qu'ils croyaient et admettaient la confession ; ils eussent pu cependant rejeter ce dogme catholiq^ue comme les autres. Ils ne l'ont pas reçu de l'Eglise romaine dont ils se sont séparés ; ils l'ont donc trouvé établi dans l'église quand ils étaient dans son sein. Ils sont, par rapport à ce dogme, ce que les Samaritains ont été par rapport au Pentateuque. Puis il en démontra les douceurs et les avantages; l'innocence recouvrée par elle. Dieu apaisé, la honte du péché commis effacé au jugement dernier. Il représente le confesseur comme un ami, un médecin, un père, un juge dont la sentence est infaillible, alors même qu'il se trompe.
Le Mardi-Saint, à trois heures et demie, il se tint à la cathédrale une assemblée de charité. Monseigneur prit pour texte : Beattis qui intelligit super pauperem et egenum. Heureux celui qui a Vintelligence du cœur pour le pauvre et Vindigent. 11 dit que l'on était obligé à faire l'aumône à ceux qui souifrent, parce que l'on est homme, pécheur et chrétien. Il termina en disant qu'en entrant dans le diocèse, il avait été frappé de rétat des pauvres dans la ville d'Evreux, et que pour les soulager efficacement. Il faisait venir deux Sœurs de charité, qui visiteraient les malades à domicile, les vieillards et les femmes pauvres en couches. Il s'éleva contre les aumônes privées, dont il démontra le danger et l'inutilité : « Il faut concentrer l'aumône, disait- « il, si vous voulez réellement soulager la misère pu- « bllque. » Quatre dames de charité firent la quête :
elles recbeillirent U020 fr. Le produit de cette qutfte, les aimées précédentes, ne s'était élevé qu*à 60 ou 80 fr... « Nous n'bésitoQS pas, dit le Courrier de VEvre «r (qo 36, 1842), à attribuer cette différence considère rable aux paroles pleines d'onction et de vérité du « prélat, qui a inspiré aux assistants un sentiment « profond de cbarité. »
Les pompes des solennités des saints jours s'ouvrirent avec une magnificence que la vieille cathédrale n'avait peut-être jamais vue : il y avait bien longtemps aussi que l'on avait été témoin de la bénédiction des saintes huiles et du saint chrême. Selon l'usage ancien, Monseigneur désira que tous les prêtres communiassent de sa propre main pour faire la scène divine avec lui : quelques-uns cependant préférèrent à cette communion touchante la dévotion de leurs messes particulières. Il y eut encore ce jour-là une communion générale très nombreuse, à laquelle prirent part les fidèles qui avaient suivi la retraite. Une jeune fille fit sa première communion ; sa famille, qui tenait un rang illustre dans le monde et occupait un poste à la cour, fondait en larmes aux paroles que le prélat lui adressa.
Le Vendredi-Saint, la cérémonie nouvelle de l'adoration de la croix fut imposante. Deux diacres allèrent chercher la croix au tombeau, qui était érigé dans la Mère de Dieu. Ils firent leur entrée dans le chœur, à pas lents, précédés de deux chappiers en noir et suivis de deux chappiers revêtus de chappes rouges. Pour eux, ils étaient en aube et en étole; les deux bras entrelacés en croix derrière le dos, ils portaient le signe de la Rédemption entre eux deux, et s'avançaient à mesure que les chappiers faisaient
deg géfiuflexioi» aux invocations à^ VA$io$ et A$ Sanehii. Puis l'évèque seul, les bras croisés sur la poitrine, entra à leur suite dans le cbœur portant le roseau.
Dans cette auguste cérémonie du Vendrèdi^int , TEglise fait des supplications ponr le pape, pour Téyëqne, pour les rois et les empereurs, pour les fidèles, pour les catéchumènes, pour les scfaismatiques, pour îes hérétiques, pour les païens. A chaque suffrage, le chœur fait une profonde génuflexion en même temps qne le célébrant. Les Juifs déicides ne sont pas oubliés, mais ils viennent les derniers; dans sa charité universelle, l'Eglise prie aussi pour eux. Mais sans doute à cause de Ténormité du crime dont ils se rendirent coupables en ce jour, on ne leur lait point de génuflexion, on reste debout saisi d'horreur et de crainte. Or, quand Monseigneur éleva la voix, disant : Oremuê et pro perfidie Judœiê, « Prions aussi pour les m luit» perfides, » un personnage eut la malencontreuse distraction de faire, lui tout seul, une génuflexion à ces mots. Le prélat s'en aperçut aussitôt, et se retournant vivement vers lui, il lui lança nn moi aussi cruel qu'irréfléchi : « Quelle sorte de parenté, « luidit4l, avez-vous donc avec les Juifii? » Evidemment, il n'y avait ici de sa part aucune préméditation; mais la flèche était partie, et la blessure irrémédiable était laite.
Malgré son penchant naturel à la satire, la conversation réfléchie de Monseigneur était toujours bienveillante et charitable. Mais il n'était pas toujoips maître de l'imprévu, et quelques petits mots de ce genre expliquent peut-être de bien grandes hostilités.
Lni qui pardoBftaU tout aax autres, ott ne lui pardennaitrieti.
Avant VofBce de ôe jour, le prélat était monté en chaire et avait prêché la passion. Il considéra Jésus comme Dieu, comme pénitent, comme victime* Au réoit pathétique de sea ineffables douleurs, il pleurait ^t faisait pleurer.
he Samedi-Saint, il fit une bomélid fiur la visite des saintes femmeis de Jérusalem au tombeau du Sauveur. C'était son sujet de prédilection. Il le traita tous les ans. C'est ainsi , selon lui, qu'il convient d'appcochar toujours de Jésus, avec la générosité, avec la charKé active, avec le parfum des vertus.
« La solennité de Pâques, dit le Courrier de VEurê^ « (No 38, 1842) a été célébrée dans la cathédrale « d'Evpeux avec taute la pompe à laquelle M. Olivier « nous a habitués depuis qu'il est dans ce dioeèse. « L'église n'a ptfi cessé d'être remplie d'une foule de « Adèles ( l'ordre et le recueUlemeot ont régné pence dant toute la durée des offices. Noud saisirons cette K occasion pour féliciter l'habile maître de chapelle « pour les progrès vraiment merveilleux qu'il a obte- « nus des ohanteum dont la direction lui est coniiéa. « L'ensemble des chœurs , le aein avec lequel les 41 nuanoea sont observées, la précision et la fermeté « des flotistes , toutes ces qualités qui font si vivement « apprécier la musique d'Haydn et de Mozart, atteac( tent à la fois le talent et rinlclligcnce musicale du « maître. M. Beauvarlet a accompagné avec ce tact , (c.^ce goût et cette habileté qui lui ont si justement < acquis la réputation dont il jouit dans nos salons et «c parmi nos amateurs. N'oublions pas de mentionner « le jeune Fournîer, qui a continué, en touchant le
« grand orgue, de nous prouver sa science harmoni- « que et sa profonde connaissance de$ ressources de X son art.
« îl est à propos de rendre justice à tout le monde; <c tout ce quj sort de la vérité commune des événe- « ments et des choses, mérite une attention particu- « lière. Le zèle bien connu de Mgr Olivier s'est pour « ainsi dire surpassé. Quelle activité pourrait égaler « son activité incessante? L'honorable prélat sem- «c blait s'être multiplié : pas upe cérémonie, si petite « qu'elle ait été, à laquelle il n*ait assisté ou présidé, ff Le matin, au milieu du jour, le soir, on le voyait h « l'église. Il y avait régulièrement deux discours par « jour, souvent trois, homélies, conférences, sermons <K toujours suivis, et l'auditoire devenant plus nom- « breux à mesure qu'approchait la fin du Carême. Si « Von en excepte trois ou quatre discours prononcés « par M. l'abbé Moisson, Mgr Olivier suffisait à ce a rude labeur, et cela pendant six semaines! y>
Le Lundi-Saint , Mgr Olivier était encore en chaire et prêchait sur la persévérance et les moyens de conserver la ferveur. Il termina par le tableau d'une vie chrétieane dans le monde, et partit dans la nuit pour Paris,
Le dimanche de la Quasimodo, il était de retour à sa cathédrale, et il prononça peut-être un des plus beaux sermons de sa vie. Mais j'oublie qu'on disait la même chose chaque foi^ qu'on l'avait entendu, îl le commença ainsi :
« Il est un mal qui produit des malheurs affreux, «( un mal qui n*a pas même de nom dans notre len- « gue, et dont la fable nou^ donne une idée dans ces a animaux fabuleux qui attiraient leur victime dans .
« leur giieule, dans les sirènes qui, par la douceur de « leur chant, attiraient les nautonniers sur les ro : « chers, un mal qui est le plus grand fléau de la re- « ligion et qui précipite chaque jour, dans Tenter, un «'nombre considérable d'infortunés, à qui il ne manff que, pour entrer dans le ciel, que d*ayoir osé se « montrer tels quUls sont dans leur cœur : je yeux « parler de la fascination du respect humain. »
Puis il s'attacha à démontrer que le respect humain est la plus grande injure qui soit faite à Dieu, car il renferme mépris, insulte et ingratitude ; le fléau de la société, puisqu'il est la ruine de toutes les vertus; la dernière dégradation, car devant qui tremble-t-on ?
Il cita cet exemple :
«c Un vieux militaire, couvert de nobles cicatrices, « dtnait, un jour maigre, chez le patriarche de Tlm- <( piété. Il était chrétien, et il n'osa pas refuser des « aliments gras. Mais une jeune dame, qui se trouât vait parmi les convives, refuse. On insiste, elle ré- « pond qu'elle attendra, pour manger, qu'on serve du c( maigre. Un sourire railleur paraît aussitôt sur tou- « tes les lèvres. Alors, le vieux militaire lui dit : Maie dame, à mon âge, je ne m'attendais pas à recevoir « de la part d'une jeune femme une leçon de cou* « rage. Eh bien I moi aussi, je suis chrétien. Je me « suis rendu coupable de lâcheté, car j'ai eu peur du « mépris de ces hommes.
Monseigneur s'écria : a Foulons tous ensemble aux « pieds le respect humain. Cet ennemi détruit et mé- « prisé, il n'y a plus d'obstacle pour le salut. A la « face du ciel et de la terre, osons proclamer noire «c foi et affirmer notre symbole. Mais je ne veux pas « de surprise. Que ceux d'entre vous qui ne se sen-
« lent pas le courage de se reconnatire puUiqvemeiit m chrétiens, ou dont la foi chancelle, veuillent bien « sortir du temple. Loin de les blâmer de quitter « rassemblée de leurs ft*ères, je les loue et les en es- « timerai davantage. Il ne fout pas de parjures. Tout « doit être sincère et vrai dans les actes du chrétien. « Hais si vous persévérez dans la foi de vos pères, ne « craignez pas d'obéir à la voix de votre évèque, ce « sera encore obéir à Dieu luinnème. Il a le droit de « vous interroger sur votre foi, répondez hardiment à « ses questions.
Au pied de la chaire, on avait érigé un petit autel sur lequel étaient une croix, les saintes huiles, Peau sainte du baptême, une aube blanche qui représentait la robe dinnocence, et le Livre des Evangiles ouvert.
A la fin de son discours. Monseigneur s*écrie :
« Debout, toute l'assemblée I
Et la foule immense se lève comme un seul homme.
ff Vous appelez ce dimanche le dimanche de la Quth a ttmodo, à cause du premier mot de Vintroit de la « messe. Mais Téglise lui donne un autre nom : c'est « le dimanche où Ton dépose les habits blancs du « baptême; c'est aussi le jour de la rénovation soft lennelle des vœux que vous prononçâtes alors par « la bouche de vos parrains et de vos marraines, « noms qui rappellent à chacun de vous de doux et « touchants souvenirs. Vous les renouvel&tes vous- « mêmes au plus beau jour de votre vie, le jour de ff votre première communion. Avez-vous été fidèles à « vos serments? Sont-ils encore dans votre mémoire, « dans votre cœur et dans votre volonté? Prenez le m ciel et la terre à témoins que vous persévérez dans
« Yofl saii^tM résolnlions. Letet la main vers les <x Saints-^Evangiles. »
Et toutes les mains se lèvent vers les Saints-Evangi(es; quelques-uns en lèvent deux plut6t qu^une.
« Renoncez «vous au démon?... » '
Et mille voix, avec force t t J'y renonce? »
« Renoncez- vous aux vanités, et aux pompes du a monde? )•
Les nrtlle voix : « Ty renonce I »
« Renoncez-vous aux œuvres du mal? »
Les mille voix : « J'y renonce ! »
€ Croye«-vous en Dieo, Père Tout-Puissant, créa- « leur du dW et de la terre? »
Les mille voix : « Oui, j'y crois! a
c Croyez-vous en Jésns^Cfarist, son Fils unique, « Notre^Seigneur, né de la Vierge-Marie, mort pour <c nous, ressuscité, assis à la droite de Dieu, d'où il a viendra juger les vivants et les morts? »
Les mille voix : « Oui, j'y crois! »
« Croyez-vous au Saint-Esprit, la ÎSainte-Eglîse « catholique, la communion des Saints, la rémission « des péchés, la résurrection de la chair et la vie « éternelle? »
Les mille voix : a Oui, j'y croîs! »
L'orateur, en quelques mots rapides, relève les magnificences de cette foi triomphante, qui explique tout, le ciel, la terre, l'homme, le mystère de sa vie présente, son immortel avenir. A qui doit-on la révélation certaine d'une si vive lumière? A qui doit-on de quitter la terre pour le ciel? Au nom de qui, par qui, avec qui, à la suite de qui entrerons-nous dans la patrie des joies éternelles?... Jésus-Christ!... Oui, mais à la condition de lui appartenir sur la terre.
ff A qui donc voulez-vous désormais apparieair? p
Les mille voix, avec une force lai^jours croissaoie x ff A Jésus-Clmstl ».
« Je vous crois, je crois à votre, sincériié. Voul « faites ceUe promesse dans la ferveur des saints f jours qui se sont écoulés. Mais, pour appartenir à « iéf us-Christ, il faut porter sa croix» il faui subir a les railleries, les dégoûts, les amertumes. Vous se* f rez dans les larmes, dans le mépris, et le moadé ff vous offrira ses joies« Vou« vous lasserez peut^-èlra « de la longue attente du ciel au milieu des épreuves^ M Vous seple^^YQus la foroe de portier la <H*otx de K Jésus tous les jours de votre y'm^ jusqu'auirCalvairel c Pour coa^biea de temps Youtoi->VûUs lui appurtat « airî »
Les mille voix : o Pour toujours l » \ .-; i
« Ai-jo bien enttodti? Est^e possible? Pù^v eom- « bien de temps? »
Les mille vpix, avec une indicible toergie : c Pour « iov^rsll! s
. « Ab I répélez ces paroles qui me combleAt de ioU^ « qui font de ce jour la plus beau jour de ma vial V^ ' a pétez-les, afin que les Saints-Anges qui sont dans cr cette assemblée les emportent dans le ciel, et les « présentent au pied du trône de rËternel. Pour comc( bien de temps? »
Les mille voix émues^ i « P^ur toujours 1 1 1 d
Des larmes coulaient des yeux de Tévêque. Des larmes coulaient de tous les yeux. Les plus durs et les plus insensibles pleurèrent.
Monseigneur descendit de chaire en s'écriant : a L'impiété est vaincue ! Vous êtes sauvés ! »
Etjd'une voixforle, il entonna le Symbole. Toutes les
▼oixcootinuèrent; les deux orgues parlèrent en même temps de toute la puissance de leurs vastes poumons, avec le bruit des torrents qui tombent des rochers; Les Toutes de notre vieille cathédrale retenUssaient des mêmes paroles qui furent entendues à Jérusalem, à Ëphèse, à Nieée, à Constantinople. Jésus-Christ avait osé promettre Téternité à sa doctrine. Deux mille ans s'écoulent, et la terre entière en sait le symbole par cœur. Une ville entière réimit toutes ses voix en une seule pour en redire le symbole dans un su^ bline concert.
fi y avait un an, à pareil jour, quand nos regards attigfts ne reiicoatraient dans ces mêmes ne& rien que la solttude de rindiiérence, qui aurait pu même imaginer que ce que nous voyions aujourd'hui était possiUeT
Et Ton niait Tactiou de cet homme ! Us ne vayaieni
rien, ils n'entendaient rien de ce que nous racontons.
Si la foudre fût tombée à leurs pieds, Tauraient-ils
vue? Tauraient-ils entendue? Non, si la foudre eût
^i : U est de ma nature, il est de la parenté de ceux
* que Jésus «ppelaii Ft(« A» eoniMme/