‹ Histoire de Monseigneur Olivier, évêque d'ÉvreuxChapitre 33 sur 47 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

i» — €érétmmwÈÈmm.

Dans la préface d'^un Eloge hiêtorique de Mgr de Solmon Du ChdteUier, imprimé à Evreux, chez M. Cemu^ en 1842, on Ut :

« Une bouche plus éloquente que la nAtre ayaii élé m chargée de raconter les vertus du prélat dans l'asc semblée des fidèles. Ce devoir n'ayant pas été rem* « pli au service qui fut célébré le trentième jour aprè» « le décès, nous espérions, du moins, que cette omis- « sion serait réparée ou êervice annieenaire. Elle ne € le fut pas; nous n'en connaissons pas la cause, « mais ce silence inaccoutumé, en pareille circons- « tance» nous inspira la pensée de mettre sur le paff pier ce que nous conservons dans notre cœur, b

Au lieu de cette plainte injuste, Tauteur aurait dû, au contraire, élever vers Mgr Olivier les actions de grâces d'un cœur reconnaissant; car le vendredi 8 avril 184S, au service anniversaire de Mgr Do Chàtellier, le prélat prit la parole et fit de son prédécesseur le plus touchant éloge. Je le vois encore

devant Texposition funèbre, mitre en tête, la crosse à la main, faisant asseoir toute Tassistance, parce qu'il allait parler. Il n'était pas monté en chaire parce que la nef était èi peu près déserte et que la foule était dans le chœur. Il prit pour texte de son allocution : « Inmemoria œternd erit jmtus. La mémoire du juste « tem 4krfMê. i U «ppliqUi cm parotat du psalmiftte« et quel élogt plus oomploU*.» à la via saûite de Mgr Du Chàtellier. H les oommeiita avM ottie gràtt et ce bonheur d'expressions, ces aperçus profonds qui ne lui faisaient jamais défaut quand il avait à développer un texte de la sainte écriture. U fit observer que dans la langue sacrée des prophètes, la justice n'estpas une vertu particulière, mais la réunion de toutes les vertai« U »'éocia qu'il était bien heureux celui qui, après U eours d'une longue vie, avait pu mériter à la fin l'éloge de la vertu parfaite. U félicita ceux qui avaient pu co&na!(^e l^ traits vénérables de celui qu'on pleurait à pareille époque. Il dit qu'il venait continuer wèê oMivres et ajouter par. l'activité do son âge ce qui mâiiqoaii à la vénérabilité du sien. Puis il interpella les prèles que ses vertu» avaient édifiées, 1m jeunes lifitM pour lesquels il avait un amour de prédilectioii, les magistrata présents. Q$ morceau était de la plus douce et de la plus pathétique éloquence. Enfin, les yeux fixés «ur ce simulacre de cercueil, sur les insignes da répitcopat, voilés de deuil, il dit avec émotion t « Moi aussi, un jour, je serai couché dans cette « bière, heureux 6i de la mort sainte de mon prédéc cesseur J'apprends à bien mourir et à m'endormir a aoMiM loi dans la paix du Seqineur, a

Fnlique l-au(«ur de V Éloge hislorique rappelait le servioe anniversaire dt Mfr Ou Gbàtellier, comment m

fait-il qu'il n'aii pas mentiouné cet éloge que rehaussait eocore le oaraclêre auguste dont était revêtu celui qui le prononçait? Comment a-t-il pu parler de silence, après avoir entendu avec nous les paroles dont je donne une iidèle analyse, et telle que e Tai éoriie, le jour même, sans y changer un mot. Je devais cette petite rectification à la vérité de Thistoire, et je ne pouvais raisonnablement laisser planer sur Mgr Olivier le soupçon d'avoir manqué aux égards dûs à la mémoire de son prédécesseur.

Quand au fond même delà récriminaUon, en la sup* posant aussi fondée qu'elle est ici hors de propos» comme le prouvent les paroles que nous avons rapportées, elle exprime un sentiment honorable et tout à fait digne d'un chanoine qui se souvient, cette fois, de la doctrine des Conoiles qui déclarent que plus les chanoines sont élevés en dignité^ plus aussi ils doivent se distin- guer des autres prêtres par une plus grande révérence envers la personne de Tévêque. Cette plainte sur le ùUncf inaccoutumé gardé en présence du catafalque d'un évéque^ auquel on rend des honneurs funèbres, nous édtt, nous ravit et nous enchante.

Monseigneur répétait souvent qu'une annonce bien l||te en chaire valait un excellent prône, et qu'une àftnonciji^ien faite attirait la foule à l'église, el devait toiiyours précéder les grandes solennités. 11 donnait lui-même le précepte et l'exemple

Dès le dimanphe 8 mai 1842, il commença à 4(mmr des avis pour les solennités des processiçns du S»îat*

Sacrement qui approchaient. Il annonça qn^^n Terta d^une ordonnance quHl venait de porter, qne la seconde procession serait aussi solennelle que la première et célébrée sur le même rit avec chappes. Il le faisait en faveur des personnes qui élevaient des reposoirs. Puis avec une grâce charmante, il demanda aux dames des bannettes pour les fieuristes. « M. Seugé, dît-il, il y a « trente ans, se servait de celles qui subsistent en* « core. » Cet appel fut entendu, et d*élégantes bannettes, façonnées par les pieuses dames, ornèrent les mains des fleuristes aux processions de la Fête-HeH^ Les dimanches suivants, il donna de nouveaux avis, et ne craignit pas de descendre dans les petits détails. Aux yeux de certaines gens, le prélat manquait encore de dignité : ceux qui lui adressaient ce reproche, ne manquèrent-ils point de foi? Car, enfin, de quoi «f 'agissait-il ? Il s'agissait d'honorer le roi des rois sortant de son sanctuaire pour une marche triomphale, tout ce qui se rapportait à un aussi grand objet, pouvait-il être au-dessous de la dignité d'un évèque ? Un évèque, %elon la pensée même du maître, ne domine sur les autres qu'à la condition d'être le serviteur de tous : à plus forte raison est-il le serviteur de Dieu?

Ce fut un beau jour pour la ville d'Evreux que celui du dimanche 29 mai 1842. Le gros bourdon Marie avec un beau srteil étaient tous les deux de la fête : l'un, à côté de son frère Charles, qui n'était pas moins bruyantcque lui, dominait toutes les rumeurs de la cité, l'autre versait ses rayons ctincclanls snr In plus mag^fique procession qu'on eut encore vue sortir de laoMitliédrale, et sur deux superbes reposoirs, le premier couvert de l'argenterie et de toutes les soieries

des magasins de M. Cauët; le second, élevé aux pieds de la Vierge-Saint-Thomas ! Quelle foule 1 quel bel ordre 1 quelle régularité dans la marche! quelle précision dans les cérémonies I Que d'encens, que de fleurs I quel brillant cortège autour du Saint-Sacrement l Que Hgr Oliyier, couvert de riches ornements, tout ruisselant d'or, grave, recueilli, tout rayonnant de bonheur, portant son Dieu dans ses mains, é>ait vraiment beau dans cette auguste cérémonie tt^e l'autel de chaque reposoir, après la bénédiction, il adressa quelques paroles vives à la foule sur les hommages dus à un Dieu qui se tient si près des hommes! Que (aire ? Comment désirer le ciel sur une terre qui possède son Dieu !

Qvid faeerem? neque tervitio me exin Heehat,

Née tam prtBsenîet aliM eognoicere Divos,

Deux chœurs chantaient les louanges de Dieu : l'un rapproché du dais, l'autre à l'extrémité de la procession. Lorsqu'après son triomphe, l'arche sainte d Israël, que dîs-je?... l'auteur même et la loi nouvelle rentra dans le lieu de son repos, qui reconnut notre vieille ealhédrale? Etait-ce bien le même temple où nous avons prié la veille ? Les feux des bougies couvraient Tautel; des oriflammes pendaient aux pi-

, liers ; des orangers, des myrtes, des grenadiers, des arbustes en fleurs, environnaient tent le pourtour du

I choeur et changeaient le sanctuaire en un délicieux parlcrre. t-^

Comment tant d'amateurs avaient-ils consenti à se séparer d'arbustes qui exigent des soins ? Et combien de personnes tiennent à la vie délicate d'une ^ur chérie comme à celle d'un enfant I L'évèque, d'un

mot, avait oalmé toutes les alarmes. Il avait promis qua Dieu ne lalsstrait pas périr une seule des fleurs qui auraient répandu leurs parfums devant lui. Il les avait demandées pour tous les jours de Voetave; Il aurait Taltentlon de faire renouveler Tair pour leur rendre la fraîcheur dont elles auraient besoin, et de leur faire distribuer par un jardinier Teau dont elles auraient soif. « Calmerai, dlt^ll, vos fleurs plus que « vous-mêmes, si cela m'est possible; je vous aimerai (c du moins dans vos fleurs. Nous devons à Dieu tout « ce quMl y a de plus doux, les parfums ; tout ce qu'il ff y a de plus précient, l*or et les pierreries. Et tout tf cela n'est qu'une image de ce que doit être Tème «( quand elle se pare de ses vertus pour venir adorer « Dieul rè

Le soir, après le saluti Monsoigoeur prAoha sur le sacrifice de la messe. Il montra la nécessité d'un sacrifice reconnu par tous les peuples. Que peut-on ofl'rir ii Dieu qui soit digne de sa grandeur Infinie ! Ce que vous lui oflï'ez lui appartient déjà, et vous l'ayez reçu de lui-même. Qu'est-ce que l'or pour l'apporter sur son autel? H l'a caché dans les entrailles ^ès montagnes. Que sont des fleurs pour celui qui a les étoiles sous ses pieds ? Mais un Dieu sur l'autel qui s'Immole à Dieu : voilà un sacrifice digne de Dieu. La religion catholique seule le possède, donc elle est la sMe religion véritable. En anéantissant la notion divine de l'Eucharistie, quel trait de lumière 1 les sectes ne sa sont pas aperçu qu'elles faisaient en mèmi^emps l'aveu de leur fausseté et de leur mensonge.

Dana une si pieuse journée, il y avait eu cependant un f etit scandale. Partout sur son passage la procefH «lon n*avaH reeneiltl que des marques d'un profond

retpeei. Toutes lei maisoni élaiefit Uoduei «4 ornées de fleoro. Une seuie avait offort sjix regAr4s iodi*gués de la feule la sosodaleuse nudité de ses murs. Des ourriers, en habii de (rayail, se tenaient sur la porte, gardaient la casquette sur leur tète avee des ricanements moqueurs, alors même que le SainVSaerenent passait devant eux* La procession ne défilait poînl oependant devant la porte d'un juif, ni d'on musulman, ni d'un j^otestant. Ou lisait au*dossus, en gros earactères : imprimerie du Journal d$ VEur$^

Tous les soirs, pendant rootave« il y eut de beaux saluts accompagnés de la prooession dans rintérieur de réglise, avec prédications, par Moaseigneur* sur l'aittour de rEucharistie, sujet où il se surpassait tou*jours luinnème. Au sermon du roeroredi^ en se plai* gnant de la froideur des catholiques, il prononça ces paroles remarquables : « Les attaques d'une bouche « mensongère et profanée ne sont pas ce qui afflige « le plus votre évèque, o'est votre froideur à honorer ir Jésus-Christ dans le sacrement de son amour. Lt « soleil, les montagnes, les mers louent Dieu dans « leur langage; le pontife éternel, Jésus4^rist sur « Tautel s'immole à sa gloire : et vous, oatholiques, € vous ne priez pas devant cet autel 1 Le prêtre qui a sacrifie est contraint dans son action par une loi sè^ « vère \ il ne peut ni ajouter ni retranoher une seule Cl parole^ il ne peut aller ni trop vite ni trop lente«> « ment, il ne peut même donner son attention aux a extases qui le saisissent. Et vous, fidèles, vous « êtes distraits! Ah ! vous ne eomprenes même pas la • bonheur de pouvoir vous abandonner librement aux « épanchements de votre cœur, d

La magnlfloence de ces saluts avait attiré tous l«s

«drs une fook contidérable : le samedi soir, Mouetgnear remercia Pasgemblée de son asridoité. « Si vous « voulez me rendre heureux, dit-il, continuez à aioMr « et à honorer Jésus-Christ; car c'est de là seulement « que peut me venir le bonheur ! »

L'élan était donné : la ville voulut répondre, le lendemain, par la magnificence de ses reposoirs, aux splendeurs des saints de la cathédrale. Et ce bon soleil, béni des hommes et de Dieu, ne refusa peint ses rayons aux décorations du jour : le matin en se levant, d'un seul de ses regards, il chassa tous ceanuages qui nous avaient inquiétés la veille. La rue Chartraîne oArit un riche reposoir, dans le style gothique» tout chargé de vases en porcelaine* de candélabres et de globes renfermant des fleurs; il était double et il fallut y faire deux stations ; celui du Pont-Saint-Léger, d'une pastorale simplicité, était élégant et gracieux ; celui de la rue Villaine, parfait dans tous ses détails, surpassait tous les autres; il avait ses jets d'eau, qui n'avaient que l'inconvénient de ruisseler sur les tapis. De loin, avec ses arcades ogivales, ses clochetons de verdure, il oflirail l'aspect d'un temple* Il était dû aux dessins où M. Vaurabourg déployait un véritable talent d'artiste, presque du génie; ses crayons s'étaient promenés dans tous les caprices de l'architecture gothique et dans toutes les fantaisies de l'ogive. Il était un chef-d'œuvre de patience. Monseigneur fut, à chaque reposoir, d'une grâce charmante. Il prenait la parole pour récompenser la foi des personnes qui avaient passé des nuits, fsit des sacrifices pour construire et orner ces édifices Rémérés, mais destinés à un plus grand honneur que ceux qui durent des siècles. Il lenr adressait des remerciements

et des fâidiaiions au nom de Notre-Seignear. Poil il appelait les petits enfants : « Fsilas-Ies approcher, « disait-il; le cœur du divin Maître n'est pas changé ; « il veut en être environné et les hénir encore comme € pendant sa vie. Ce sont eux qui racclamèrent de « leur hosanua dans les rues de Jérusalem ; ils doi- « vent aussi avoir la meilleure part de cette l%te.» Et il posait le Saint-Sacrement sur leurs tètes. U conuaençait par les petits saints Jean-Baptistes, vêtus comme au d^rt, et les petites filles qui avaient rempli lenr r61e d*anges : il ne leur manquait que des ailes pour que Tillusion fût complète.

A Tune des processions des années suivantes, Monseigneur était descendu de Tautel, il avait, comme de coutume, héni un nombre considérable de petits enfants» et déjà la procession se remettait en marche» lofsqu^une pauvre femme de la campagne accourt» hors d'haleine, s'écriant : Monseigneur! Monseigneur! Mon pauvre Mfant se meurt de maladie ! En effet, la malheureuse mère portait dans ses bras un enfant chétif, souffireteux et faisant pitié à voir : le prélat» aussitèi, s'arrête» retourne sur ses pas» et» élevant l'ostensoir sur la tête du pauvre petit malade» il adresse à Dieu une courte prière. Ce spectacle émut vivement les asdstants. L'année suivante» Monseigneur bénissait un enfant firais» les joues roses et potelées, et qui de ses petites mains voulait saisir Je Saint-Sacrement. Monseigneur, dit sa mère rayonnante, c'est le petit enfant de l'année dernière ! — Avex-vous fait vos PAques cette année» ma chère fllto ? — Je ne pote pointant mentir : Non, Mooseignettrl

^- Ce sera, mon enfant, un péché de moins à me dire; venez demain, à jeun, vous confessa à ma cha»

pell^t le bon Dieu vous pardonnera rotre Ingratitude, et vous Tadoreres dans votre oœur. —Mais je ne suis pas tant bonne. — Vous deviendrez meilleure.

Au reposoir de l'hospice, eet asile de toutes les douleurs, il fallait monter dln-huit marches pour parve^ nir à l'autel. Après la bénédiction, et pendant le chant de VAdoTêmus, il y eut une scène émouvante t Monseigneur parcourut les galeries pour donner auK ma-^ lades, aux infirmes, aux vieillards et aut Invalides la bénédiction du 8alnt-8acfement.

Deux ans plus tard, en 1844, dans la même ctrcon* stance. Monseigneur voulant encore que ses chert mhlades fussent bénis au chant de VAdwenws, qui rappelle de si doux souvenirs, fût obligé d'envoyer des ordres réitérés et précis au grand chantre de la ca-^ Ihédrale, qui s'obstinait, sans doute par suite d^un malentendu, à continuer immédiatement la suite de la li^ turgle. Il fallut bien obéir et laisser répéter V Adorémm ; mais, arrivé à la saorlstie, oe dignitaire du chapitre déposa riusigne de sa charge, ce oÀtôn d^argent dont je conte la cuvieusi origine dans mon HisMre ' âê laeathédralê d'E^r0im, encore manuscrite*

Que la piété de M. l*abbé Guibert dàt être consu-^ iée I ^elle dlfTérenoe avec ee qu'il éerivait k M. Olivier, encore curé de Satnt^Rocb, le 14 janvier 1S41 ! <c J*ai le cœur navré de notre Mte d*hier. Un seul re-* « posoiri II a fallu en improviser un second. Presque « pas de fidèles à la suite du^einl-SacrtmentlIf... »

Chaque année, Evreux revit avec joie ces mêmes saluts des oelav«s avee leur poinpe et leur magnifl*cence, leurs prééieaUons, ces mêmes processions avec leur admirable coup à'mih avec ces bannières qui dépleyafeni en l'air leurs couleurs, ces fpères de ohaHté

en grand costume, cet longned files de vierges, d'élè*' ves des séminaires en surplis, de sous-diacres et de diacres en tuniques et en dalmatiques, de prêtres en chasubles, avec cet ordre parfait, celte marche lente et régulière, ces chœurs de musique, ces maisons tem dues de blanc, ces rues Jonchées de fleurs, ces repo** soirs, petits ohefs-d'œuvre de patience, d'élégance et de goAt, cet évëqae si beau et si majeslueux quand il officiait, tottjours si attentif, si gracieux et si bon. Ce* rémonies sublimes, dont la religion eath(^ique seule éume le spectacle au monde, où ses pompes, qui n^oni d'autre abri que le d6me bleu du ciel, étalent leurs splendeurs sous les rayons du soleil , où ses chants sacrés élèvent leurs modulations vers les voûtes célestes, où la prière a l'infini devant elle pour déployer lil»rement set ailes, où Dieu n^a plus d*auire temple qaeVuDîversl

Is samedi 14 juillet 1849, à six heures du matin, une personne renoontrait, dans les salons de révèûhé, M* le seorétaire général de la préfecture ; il vemit^ de la part du préfet, apprendre à Monseigneur «te hîtii triste nouvelle, le trépas du duc d'Orléans. Le viriteur trouva le prélat dans Taceablement d'une profonde dottleoF. «Cette mort, lui dit^il, aura des « ceméquenoes inoakulables : L'avenir me fait peur ) « Juaqu'ici les passions des partis ont été retenues par m iioe main fermai je les vois déchalpées ooaire un n trtM qui a perdu son appui. Quelle perte pour « la FMmee l La calomnie avait noirci ce prince; tt

« était c<mime imposable de le défendre amtre ses « traits empoisonnés; il était ridicule, pendant un « temps, de dire qu'il avait de l'esprit, du talent, ud c yrai génie politique. Il avait le rare talent de savoir < refuser sans désobliger. Les personnes qui Toai c approché savent qu'il était supérieur à ses frères, « qu'il était d'une grande perspicacité, d'une proie fonde sagesse, qu'il voyait de lom, qu'il avait étu- K dié et connaissait parfaitement la France. PersoB- « uellement , je perds en lui un véritable ami et « un protecteur. Il vint me proposer l'évèché de Can^ « brai, en me promettant de le faire ériger en arche- « véché.

c Le roi l'avait élevé avec un soin tout particulier, « il l'avait formé à l'art de gouverner; il fondait sur « lui tous les projets de sa dynastie; avec lui s'écrou- « lent tous ses plans de sagesse. Comme Dieu se rit « cruellement des hommes I Que sommes-nous devant € luit Rien. Vanité des vanités I Les souverains que « nous croyons nécessaires au monde ne pèsent pas « une feuille sèche dans sa balance. Comme il mon- « tre bien qu'il sait se passer des plus sages pour « gouverner le monde. Adorons ses desseins. »

La consternation était générale dans la vUle. Le même jour, la distribution des prix du petit séminaire avait lieu. La nouvelle à peine reçue du' malheur qui venait de frapper la France avait enlevé à la cérémonie tout ce qu'il pouvait y avoir de solennité joyeuse, caractère ordinaire de ces sortes de fêtes. Point (M musique, point de discours d'apparat. Monseâgneur était venu la présider en habits de deuiL Ava^ la distribution des prix, il adressa aux élèves une aflo- «utioD simple et touchante sur le funèbre événement

qui yenaii briser tontes les joies, en ce même jour où tout ce qu'il y avait dlntelligence en France gardait un silence profond. Monseignenr parla un langage du cœur qui émut tout l'auditoire. Il fut parfaitement compris par tous les jeunes élèves qui vinrent recevoir, en silence, sans faire entendre les applaudissements accoutumés, la récompense de leurs travaux. Puis il adressa au diocèse un mandement (ISIjuillet 1842) y où l'on peut lire l'expression de ses touchants regrets et de sa trop juste douleur.

Monseigneur se rendit à la cour pour consoler le roi et la reine dans une avssi grande et aussi légitime douleur. Il fut reçu, par Leurs Majestés, en audience particulière, le jeudi 21 juillet. La reine lui dit : « Nous « étions bien assurés que vous viendriez nous voir « pour pleurer et prier avec nous. » Le samedi suivant, le prélat dit la messe à la chapelle du château; le roi, la reine, les princes et les princesses y assistèrent. Le 26, selon son mandement. Monseigneur célél>ra à la cathédrale d'Evreux un service funèbre qui avait lieu en même temps dans tout le diocèse.

Les obsèques du prince se firent avec une pompe toute royale dans la chapelle de Dreux, le jeudi 4 août 1842. Mgr l'archevêque de Paris, Mgr l'évèque d'Evreux et M. le curé de NeuUly avaient accompagnés le funèbre cortège depuis Paris. Mgr l'évèque de Chartres officia, et les absoutes furent prononcés par Nos Seigneurs les archevêque et évêques de Paris , d'Evreux, de Maroc, de Chartres et par M. le curé de NMiilly.

Ces fimérailles étaient pleines de tristesse. La naiUm pleurait le prince, l'armée pleurait le soldat^ rbstîltti royid le peaseun Ame haute» edme, se-

reino, ferme et douée, noble inloUigenoe unie à toqt lei talento; fils do Henri IV par le lang, la bravoure, par raménité cordiale ei charmante de s^ personne ( fils de la Révolution par le reepect de tous les droite el l'amour de toutes le» libertés \ entratné vers la gloire par Tinstinot de sa race ; ramené vers les ira* vaux de la paix par les besoins de son esprit \ capable et avide de grandes choses; populaire au^dedans, Qa<> iional au^dehoM ; fils respectueux el tendre, époux heureux, Torgueil de sa mère, Tamour de ses frères ( père de deux princes, héritier d'un trône florissant ; saopé par la glaire; dans toute la force et la maturité de rage; beau de sa personne, superbe à la tète des troupes.

Bgregium forma juvenem et fulgenUhus armis.

(Virgile)

Riei) ne lui avait manqué , rien que le temps, Les destins ravaieQt seulement moptré à la terre ;

Oiten4pnt UrrU Auhc iantvm fàta. Il renouvelait pour la Fr^Qf^ la majes^afiuse doideiir décrite i»ar le »aè(e :

Tu HÊêfêBllUê eWi /

lY,

Mgr OHvier ramena à Eivreux Mgr Affre, areiievA(|«e de Paris. A peine remis des fiitigues de ce long et douloureux voyage, il présida une distribution de pHx à la Providence, et y prononça une alloctitteii.

Le lendemain, hous célébrions le premier annii^ef* ealre««iiAcp#^|f^Olivteifc, Ht par Une fieufense

coïncidence, nous possédions dans nos murs son 11Iiis-<> tre consécrateur. Nous espérions le voir à hi messe solennelle qui fut célébrée à la cathédrale ; mais le prélat était retenu dans ses appartements par les ftiti* gués du voyage.

Le dimanche 7 août, Mgr l'archevêque de Paris assista à la messe capitulaire. On lui dressa un tréne en face de celui des évêques d'Evreux, Il était d'une taille élevée, un peu gauche dans son maintien, balançant sa tète sur les épaules en marchant, comme si elle edtété trop chargée de projets et d'idées, mais grave, réfléchi, penseur, firent laQfe, tète carrée, les yeux pleins d'un feu eoncentré, impassible, peu eommuntcatlf à l'extérieur, toute l'activité renfermée en dedans.

Ce n'était pas l'homme fait pour être montré h la multitude, pour agir de sa personne sur elle \ il gardait toutes ses fbrces pour le cabinet; là était sa puissance, là il se mesurait avec Rome même pour la défense des prérogatives de l'Eglise de France et des traditions; à défaut de parole, il avait une plume. Il tenait sa crosse archiépiscopale à la hauteur de la tiare et au-dessus du trône, respecté par le pape et craint de son roi.

Comme l'Apètre de Paris, il s*appelall Denis. Qui de nous eût soupçonné alors que la cauronne du martyre était suspendue sur sa tète T 11 nous apparut avec celte modestie, cette simplicité qui ne ^abandonnèrent pas quand il alla répandre sur les feu5e de nos (Useordes civiles, pour les éteindre, un sang généreux. La religion ai^it en lui un saint pontife; la patrie un Mfos.

An pMne 4e la messe eayllttlatfe, H «%Mliiii feuffc

d^œuvre, la tète incUnée sur la poitrine. Mgr Olifier était en chaire, TélèTe en présence du mitllre. L'orateur, qui s'inspirait toujours des circonstances présentes, ne .pouvait manquer de profiter, pour son exorde, de la présence de rarchevèque de Paris. U commença ainsi :

« Quel beau et^menreilleux spectacle donne TégUse « catholique dans la succession des évèques F Quelle «.source pure de la vérité t Le fleuve majestueux, « descendu des hautes montagnes, après avoir par* « couru une immense étendue, rompu tous les obs- « tacles, renversé toutes les digues qui s'opposaient « vainement au libre écoulement de son cours irrésis- « tible, vous apporte, par des flots non interrompus, «.des eaux aussi limpides qu'à son origine. Remontez « le fleuve et vous connaîtrez la source : il ne verse « pa^dans l'Océan d'autres flots que ceux qu'elle « épanche dans son sein. Remontez la succession des « évéques qui vous enseignent, et vous recevrez la « vérité de la bouche de Jésus-Christ lui-même, « source du sacerdoce catholique, le pontife étemel, « consécrateur de Pierre et de ses compagnons. Que « vous étanchiez votre soif à la source, dans le cours, « ou à l'embouchure du fleuve, vous boirez toujours « les mêmes eaux : que vous soyez assis devant une « chaire épiscopale, ou dans le cénacle avec les ap6- « très, vous entendrez les mêmes enseignements ; au « commencement, dans la suite des âges, ou à la fin « des temps, la vérité est la même ; le fleuve de la « vérité divine est éternel.

« Par la succession des évèques vous touchez dose « direct^nent à Jésus-CSirist. Je puis nommer tow < mes prédéoeiieurs jusqu'à saint Taurin, q«i le pre-

« mi^ plasia la foi dans ces contréts ; Tilliutre ar* « cberèque, detani qui j*ai rkonneur de preodre la « parole, à mon grand regret, car c'est toujours att « disciple à reccToir les leçons du maître, peut nom- « mer également tous les glorieux pontifes auxquels <c il succéda avec tant d'éclat jusqu'à saint Denis, « Tapdtre de la France et de Paris. Mais* yoyez ici la « touchante et douce parenté qui existe entre Téglise « d'Eyreux et l'église de Paris : Tune est la fille, « Tautoe est la mère ; saint Denis sacra saint Taiirin « évèque et l'envoya à Evreux.

« Intei¥ogez les sectes t/ti osent se dire chrétiennes ; € demandez-leur d'où elles viennent. Chez elles, vous « ne trouverez rien de semblable , elles n^ont pas de m succession d'évèques; elles sont assises sur des « bords arides ; des abîmes se sont ouverts, le fleuve •

< s'y est englouti et ne coule plus.

m Touchant rapprochement! Les temps ne sont pas m changés. Après des siècles, la situation est encore la • même. Votre premier apôtre vous vint de Paris; je « suis venu à vous de la même cité et par le même « chemin. Saint Taurin était le disciple de saint De- « nis; saint Denis sacra son élève évèque d'Evreux ; « un autre Denis est évèque de Paris ; je suis son € élève ; tout ce que je sais, tout ce que je suis, je le

< tiens de lui ; il y a un an, Denis, archevêque de « Paris, sacrait l'évèque d'Evreux. L'antique alliance « des deux églises est rajeunie. Jour mémorable ! c Denis visite Evreux; c'est la même foi de saint « Taurin qu'il retrouve dans cette ville. Le père est « au milieu de ses enfants ; il est ici au milieu des m siens, environné de leurs respects et de leurs bomm Bdages, »

Puis à la fin de «on diacoan , Mgr 01i?i6r, avec une humililé touchante, demanda pardon des fiantes qu'H aurait pu commettre dana le cours de Tannée, des aeandaies, même involontaires, qu'il aurait pu donner. Tous les ans, à l'exemple de Bossuet, il dit qu'il vleodrait demander pardon à ses dieeésains des torts et des fautes de l'année.

Monseigneur descendit de chaire sans athever h parallèle entre lui et Mgr AA*e. Nous pouvons, hélas I j ajouter les dernieni traits. Saint Taurin sorréout à saint Denis, Mgr Olivier survécut aussi à Mgr Alfre. L'un, comme saint Denis» iDrtit de la vie par un sanglant martyre ; l'autre, comme saint Taurin, s'éteignit en paix^ au milieu des siens, parmi les larmes de son peuple, mais non sans avoir reçu, comme lui, la flagellation des épreuves.

Le samedi 9 octobre 1842, la cléture de la seconde retraite ecclésiastique se (It dans la ohapelle du grand séminaire. La première relraite avait été ouverte le dimanche soir 18 septembre et olose le samedi suivant aveo une grande pompe à la cathédrale. Venus de tous les points du diocèse pour se retremper dans la fol et dans la charité, près de trois cents prêtres avaient suhri avec une grande édiflcalion ces deux retraites. Le père Mallet, prédicateur jésuite, avait développé, dans un langage simple et évangélique, la sublimité du sacerdoce, les vertus qu'il exige, les oonsolatlons qu'il prooure à une àme dévouée et la redoutable res*ponsabilité des devoirs qu'il impose. Assisté de ses archidiacres et des membres de son conseil épiseopal,

Monseigneur en présida toij$ les exercices. Il fit régulièrement tous les jours les méditations du matin, l'examen de midi et les conférences sjrnodales du 9oir avec ces épanchements de Tâme, avec cette douce éloquence qui allait ^u cœur, avec cette b^ute sagesse de pensée et ce bonheur d'expression qui caractérl*saîent la fol et le talent du prélat. Les prêtres de l(t retraite Tenvironnaient deleur^ bommages et de leur^ regrets. Ils aimaient le matin, la vive et solide piété qui respirait dans ses méditations; ils admiraient, dans les conférences du soir, sa profonde théologie, ses vues élevées dans radministratlon générale du diocèse, la sagesse et la modération de ses maximes pour la direction des ftmes. La routine n*y trouvait pas son compte, ses préjugés étaient mal menés, mais la vraie science religieuse applaudissait. Il n*y avait point d'apprêt dans son langage; tout coulait de source, tout partait du cœur ; le fond de son &me se déclarait tout entière, et chacun pouvait y lire le zèle pur de la gloire de Dieu, l^amour de l'Église et de llionneur du sacerdoce, indulgence et une bonté inépuisable. Il conjurait ses prêtres de ne felre autour d'eux que des heureux, et leur recommandait leurs chantres, leurs enfints de chœur, le vieux sacristain, les pauvres, les milades, et d'honorer les pénibles et si utiles fonctions de leurs maîtres d'école, pour s'en faire autant d'amis. Tous les prêtres retournèrent dans leurs paroisses respectives, heureux de ces jours de paix et de recueillement passés dans le silence de la retraite, à l'ombre du sanctuaire, sous les yeux d'un prélat qui le< portait dans son cœur, et avec la douce pensée que le pasteur et le troupeau ne faisaient plus qu'un cœur et qn'nne ftnfie.

Dix jours avant la solennité de Noël 184â, aux saluis du soir, Monseigneur parut en chaire pour paraphraser les Grandes Antiennes. Il rappela de nouveau comment les prophètes avaient annoncé les grandeurs futures du Messie, leurs soupirs, leurs vœux et leurs brûlantes aspirations de la vérité qui devait descendre sur la terre. A mesure que la fête approchait, la pensée du prélat devenait plus vive, sa parole plus retentissante : c'était encore une des matières de prédilection où triomphait son éloquence. Vous le croyiez .épuisé la veille, vous le trouviez le lendemain animé dé nouvelles pensées ; il entrait avec une lumière plus claire dans la profondeur du mystère que VEglise allait célébrer; il félicitait les fidèles de posséder celui que les nations avaient désiré avec de si vives ardeurs, de voir la beauté des jours qui avaient excité tant d'enthousiasme dans Tesprit des prophètes.

La fête de Noël fut célébrée avec toute la solennité que réglise cathédrale déployait depuis dix-huit mois aux grandes fêtes religieuses. Neuf heures une fois sonnées, afin que tous les prêtres, vicaires, ardiiprètres et chanoines fussent à leur poste dans le chœur et que rien ne troublât la piété et le recueillement des fidèles, toutes les confessions étaient interdites ; aucun prêtre n'avait plus le droit de donner l'absolu* tion. Cette mesure si rigoureuse mettait fin à l'abus invétéré des confessions pendant l'office. Les leçons de ténèbres se disaient à la grande grille du chœur, dont une récente dorure rehaussait la beauté ; Moa« seigneur vint chanter lui-même, avec une grande

pompe, le dernier éyangile. Autant que possible, il rapprochait les cérémonies des yeux des fidèles ; il aurait voulu reconstruire le grand autel devant la grille, selon l'usage romain, s'il n'avait pas craint de rencontrer d'insurmontables difficultés; car le chœur est tellement disposé par rapport à la nef, et tellement obstrué par les deux grands piliers qui soutiennent le dôme de la flèche, que les fidèles dans la nef ne voient presque rien des pompes du chœur. A la messe du jour, la musique du chœur, merveilleusement dirigée par rhabile maître de chapelle, qui était lui-même un exécutant très distingué, se surpassa encore dans Texécution d'une messe de Ghérubini. Parfaitement secondé par l'organiste du chœur et par les élèves du séminaire, il rendit les idées du grand compositeur avec une précision, une justesse, un ensemble que l'on était loin d'attendre dans une simple catiiédrâle de province. Chteubini venait de mourir : l'exécution de cette messe était un hommage à sa mémoire et à son génie.

Qui jamais a pu entendre, sans un saisissement nouveau, la magnûque paraphrase que ce roi des compositeurs de la musique religieuse a faite du symbole de notre foi? C'est toute une épopée en musique. Avec quelle énergie, au début, il affirme la foi des chrétiens par une intonation pleine et forte I Comme tontes les voix éclatent et s'épanouissent quand il nous représente la toute puissance du Créateur! Comme son génie s'étonne, comme ses notes tremblent devant la majesté d'un Dieu qui s'abaisse jusqu'à se faire l'un de nous! Le chœur, qui parlait naguère avec tant de puissance, se confond maintenant dam le silence» l'orgue fait taire ses brillants éclats ;

upe #Qulâ YoiXf une voix doitc^ conmo celiê d'on ange, raconte U mystère de Teufaot né de U Vierge-Marie. Vous entende» daiu» le lointain le soa de la flûte des berger» qui descendent de leurs montagnes, et les accords champêtres de celte flûte deviennent plus s«isiibles à n^sure qu'ils «pprocbent du berceau de Bethléem. Ce passage est ravissant de grâce, de fraîcheur et de naïveté. Mais la scène change; le grand artiste avait exprimé les joies de la crèche, il chante maintenant les douleurs du Calvaire, L^orgue n'a plus que des sons lamentables, une plainte de plus en plus lugubre qu'il répète sans cesse, les voix qu'un accent déchirant; puis le silence ; des notes brisées. L'orgue tremble, les pédales ne font entendre que de sourds roulements, comme si le tonnerre grondait dans Je sein de la terre. Oo dirait que la nature entière csl épouvantée du crime commis aur eon auteur. Puis i|ous retoaU)ons encore une fois dans le silence; une seule voix raconte la sépulture et la descente aux en** fers. Nous sommes dans l'attente de quelque grand événement. TouV-à-coup, toutes les voix du chœur éclatent ensemble ; tous les cris, tous les soupirs, toutes les palpitationsy toua les flots d'harmonie de l'orgue jaillissent à la fois jusqu'à la voûve des cieux; les éclats de triomphe, les tressaillements d'une joie immense remplissent la nature entière i c'est que le Christ est ressuscité, et il remonte triomphant au plus haut des oieux, à la droite de son Père. Entendez* vous maintenant ces tremblements fiwmidables de l'orchestre, ces clairons qui résonnent, ces cris qui menaoent» ces tonnerres qui grondent, ces trompettes qui appellent I C'est Jésus qui descend vers la terre dans tout l'éclat de sa gloire et qui va juger les vi*

YMita eli ki morUi Poi» dos voix gravei oxprimoat la m^Î6ftU dd réglige oalholique, d'strdenles supplica*tioûs icDploreo( la rémission des pôchis^ toutes les voix ie réuDîssent de conoert pour conjurer Dieu^ dam un retentissant mnen, d'ouvrir aux élus les portes de la vie étemellot

Nous avons analysé ce morceau, parce qu'il a fallu tout le génie du Dante incarné dans Chérubini, pavr lui inspirer ce chef-d'œuvre, parce que Texécution en était parfaite^ parce que^ au sortir de cette masgei chacun répétait, nom n^avons jamais rùn enlendn de plus b$au^ et qu'il fallait bien en consacrer le souvenir. Les arts pleuraient le trépas récent de Chéru* bloi, dont la gloire est nationale, bien que né sous un autre soleil; la tombe le gardait vainement ; il revivait dans ses (Buvres, Les grands artistes en mourant^ n« disparaissent pas tout entiers ; ils nous laissent dans les oréations de leur génie la plus belle et la plui immoitelle partie d'eux-mêmes*

N'oublions pas non plua le magnifique salut qui termina l'année* et qui montre comment Mgr OUvieri ausei profond liturgiste que grand théologieni entendait les cérémonies du culte catholique. Voici de quelles pensées, commo U Texpliqua lui-même en chaire, U s'était inspiré*

Quand une année se ferme sur nous, il y a dans née oosors chrétiens des remords qui demandent à édtttert une efllision de reconnaissance pour lesbien^^ faite reçus de lMeu> qui veut se répandre en actions de grâces} il y a ausai des pleurs à verser sur ceux qui manquent à l'appel de nos amis et de nos pa^ rente. '

L'autel étiucclait de feu ceoune aux grandi Jours)

Torgtie, animé par le jea4>ui88tot de M. Beaovarlei, jetait à toutes les voûtes du temple de suaves harmonies ; un immense concours de peuple encombrait les nefs et le pourtour du chœur; les deux séminaires remplissaient le diœur, les yoh pures des lévites et des prêtres éclataient en chants sacrés; Mgr Olivier à genoux, grave et recueilli, s'anéantissait dans une adoration profonde de TEucharistie. Que se passait-il dans son àme? Ouvrez les livres sacrés : à quoi pensait le patriarche Job lorsqu'il offrait un sacrifice à l'Eternel de peur que ses fils n'eussent péché, le grand prêtre des Hébreux lorsqu'il imposait les mains sur la tête de la victime expiatoire, Jésus lui-même lorsque son àme se brisait de tristesse au jardin de l'agonie? Une pensée de douleur avait saisi notre évéqae, au souvenir des outrages faits à la majesté divine : comme le Dieu-Homme dont il continuait l'œuvre de Rédemption sur la terre, il se considérait comme chargé de toutes les iniquités de son peuple. Il s'éloigne donc du sanctuaire comme indigne de rester si prés de la majesté divine, avec un sentiment de contrition profonde; il traverse le chœur en silence» portant à la main un flambeau, symbole de l'expiation qu'il a résolue, de l'amende honorable qu'il va faire. Les archidiacres, les vicaires-généraux, l'archiprêtre, les membres du chapitre, les prêtres et les lévites le précèdent, tenant tous aussi un cierge à la main, ei s'échelonnent dans la nef jusque sous l'orgue, au milieu des fidèles à genoux. Alors le ponifcse prorteme au bas de la dernière marche de l'entrée du chœur^ sous la grande voûte du dôme. Là il entonne cette grande, et populaire supplication du pécheur à Dieu : Parce Domine, parce populo tao; ne in mlemmn tnw-

eariê tioMr : GràcCf Seigneur ^ grâce pour mire peu' pie; que votre colère ne pèse pas éternellement sur nous. Les prêtres ei le peuple continuent avec lui le Mise^ rerct cet hymne des miséricordes de Dieu. Rien d'é* mowant comme cette cérémonie! C^est bien là l^véque des premiers temps qui gémit avec son peu|ile, qui prie ayec son peuple et pour son peuple.

Après la douleur des fautes passées, Tient la joie et la reconnaissance pour les bienfaits reçus de Dieu. Monseigneur entonne le Te Deum et rentre aTCc allégresse dans le chœur; les nuages d*encens s'élèyent des encensoirs et ombragent le sanctuaire. Ceux qui ne sont plus ne peurent être oubliés dans cette revue de Tannée. Un De profondis solennel est chanté pour eux : ce chant grave et lugubre est l'écho des gémissements que nous avons poussés sur la tombe de ceux qui nous turent chers. '

Après le salut, Monseigneur monte en chaire. Ce n>st point une allocution qu'il prononce, c'est une prière touchante et pathétique qu'il adresse à Dieu pour ses prêtres, pour les magistrats, pour les jeunes gens et les vieillards, pour les mères de famille et les jeunes filles, pour les riches et les pauvres, pour la ville et le diocèse. Il rappelle le souvenir de ceux qui ne sont plus, et s'associe à la douleur de toutes les familles. Il paie un tribut de louanges à la mémoire bénie de Mgr de Quélen, archevêque de Paris, son bienfaiteur et son père, et trouve dans son cœur reconnaissant âes paroles pour pleurer encore une fois la perte du prince royal que toute la France avait ressentie.

Le lendemain, il reparut encore deux fois en chaire, et bfoit de nouveau les prêtres, les lévites #t les fidèles.

<{ C'e»i.dans la chaire, diiriU c'est dans le temple que « révâque salue son peuple; si les deToirs de sa a charge, si la dignité épiscopale le retiennent dana « son palais, les portes en sont ouvertes à tous*, il « recevra avec bonheur et reoonnaissanoe toutes lea « personnes qui se présenteront* »

Le dimanche 15 janvier, à la fin de sa oonMrence sur la liturgie, Monseigneur prévint rasiemblée ^ue ses explicalious allaient être interrompues un seul dimanche, à cause d*un voyage qu'il allait entreprendre h Paris, et qui ne serait pas de longue durée* « Je « souhaite, dit-il, que la paix et la bénédiotion du « Seigneur continuent à se répandre dans la ville. Je « demande à Dieu que mon retour ne soit pas affligé <^ par la nouvelle de quelque fécheux événement qui )» aurait porté le deuil et la désolalion dans une seule «Camille. L'évêque est le père de son peuple, et le <( bon père veut toujours savoir ses enfants heu- « reux. » Le dimanche & février, en effet, il était de retour, et continuait le cours de ses bellee oonférences sur la liturgie.

VÏL

Lia station du Garâme suivant fut prèchée par M. Tabbé Coqueremi, avec oette élequenœ, cet en» train que tout Paris lui connaît, avec cette profondeur et oette élévation d'idées qui l'ont plieé parmi noi orateurs sacrés du premier ordre,

Mgr Olivier, qui seul, l'année précédente, avait suffi à toutes les prédications, profita de la présence d'un aussi bon auxiliaire pour aller annoncer les vérités

éirangélifiaés dans les différentes villes du diocèse. Il alla répandre la bénédiction de sa parole à Bernay, le mercredi !•' mars; à Louviers, le 8 mars et le 11 avril ; à Vernon, le 8 et le 89 mars ; à Vemeuil, le 10 et le S4 mars; à Glsors, le 15 et le SI mars ; à Pont- Aademer, le 18 mars; aux Andelys, le 10 et le 11 avril. Ce qui ne Tempècha pas d*ètre de retour à temps à Evreux, dans sa cathédrale, pour y faire, tons les matins, la prière et la méditation dans la chapelle de la Mère de Dieu ; il reprit, tous les mardis et tous les Jeudis, la suite de ses homélies surTEvan^le; il fit tous les dimanches les prAnes de la messe capitulalre, dans laquelle il donnait sur la vie chrétienne des conseils pleins de tolérance et de charité. Et tout cela avec une activité incessante qui défiait la fatigue et la douleur. Le soir, il était en chaire à douze ou quinze lianes de sa ville épiscopale, et h Paris même, o^l donna quelques sermons, et le matin les pleut fidèles de sa cathédrale le retrouvaient faisant lui-même la prière et la méditation. Il avait voyagé toute la nuit; il se reposait d'une fatigue par une autre : c'était sa maxime. Est-ce que le bon pasteur ne donne pas sa santé et sa vie au troupeau quUl aime ? Est-il une fatigue qufl s'épargne quand il s'agit de ramener une seule brebte an bercail ? Est-ce que l'église catholique n'est pas habituée à voir ses évèques s'immoler pour leurs peuples? Zèle si plein d'ardeur et de foi, que ce pontife semble avoir été désigné d'avance par cette parole de l'Ecriture, q«i se lit sur la douce imagé, qui rappelle ses traits chéris après sa mort : « Melng doméê fum m eomêdit mê\ le zèle de la gloire de votre maison m'a « consumé ! »

C'est donc avec justice, avec vérité, qu'à la fin de

ce carême, M Tabbé Goqueitau s'écriait au miUea d'une immense assemblée :

« Resterez-Tous, mes frères, froids et insensibles à « la double action de la parole «t de Texemple de cel « bomme que je ne yeux pas nommer, afln de pouYoir «r le louer à large eflùsion de cœur et tout à mon aise. « Tour à tour ne ravez-Tous pas vu, ingénieux comme « le zèle, ardent comme la charité, bon comme le « père, simple comme Tenfant, élevé comme le doc- « teur, profond comme le tbéologien ? Ne l'avez-rous « pas vu, soir, malin, toujours au milieu de vous? Et « cependant d'autres cités l'entendaient et le voyaient « aussi. Et quand, au milieu de la nuit, Thomme de € la chaumière était éveillé par le bruit des roues ra- « pides, Il se rendormait en disant : Soyons tranquiliêtt! « Ceit le père de famille qui veille! Ceet V homme de la m^nrière et de la bénédiction qui pane I Et je ne loue « pas, mes frères, je constate des faits. Ce n'est pas c ma faute, après tout, à moi, si la vérité ici ressem- « ble à un magnifique éloge. •

Et qu'on ne dise pas que tous ces efforts ont été vains. Qui se souvient à Evreux d'avoir vu la charité aussi active ? Une quête de douze cents francs l'an passé, une quête de mille francs cette année, une quête de sept cent quarante francs pour la Guade« loupe, faite à la cathédrale, sont des témoignages éclatants. Que s'était-il passé de pareil à Evreux, de mémoire d'homme? Parlerons-nous de la retraite pascale de cette année, où, comme l'année dernière, plusieurs centaines de pieuses personnes sont allées recevoir la communion des mains du prélat, de la foule qui, le Jeudi-Saint, le Samedi-Saint, aux solennités de Pâques et au dimanche de la Quasimodo^ remplis-

9aU la cathédrale el MqueBtait les offices la jouroée entière ?

VIW.

L'affaire de la liberté d'eDgeignement et le déchat* nernent d'une certaine presse religieuse contre les collèges, aydent alors un grand retentissement dans le public. Monseigneur, présidant à Bemay (Bier<> credi 8 noTcmbre 1843} la réunion annuelle de TOEu- Tre diocésaine, exprima hautement devant la foule nombreuse qui se pressait pour Tentendre, la satisfaction qu'il éprouvait de voir le collège de celte ville prendre rang parmi les boas collèges de l'Université. Les paroles de bienveillance et d'intérêt pour les fonc-» iionnaires du corps enseignant, prononcées dansi-de telles circonstances, étaient de la part du prélat un acte de courage. Il tint le même langage à Evreux, puis à Gisors (dimandie 26 novembre 1843), et félicita M. Blangis, principal du collège, sur la bonne tenue de son établissement, Tobeervation des devirfrs re<* ligieux et le bon esprit qui y régnaient. U visita à la même époque tous les établissemenls universitafares et s'asmra de ses propres yeux de leur bonne discipline et de leur esprit religieux.

Le vendredi 12 décembre. Monseigneur visiU de Dovveau la ville de Paey. L'affluence était immense (Courrier de VEurd, n« 148); l'église était à peine suf« fisante pour contemr les assistants, non-seulement de la ville, mais encore des pays environnants. Le prélat faisait en même temps la fîm grande partie des pré^ dications de l'Avent dans sa cathédrale, et les iètes de

Bbël H signalèrent par la pom]>« das oMoaa ai Taf* fluence des fidèles.

En se rendant à Rouen (vendredi 12 janvier 1844) pour assister aux funéraiUea du prince de Croï, Monseigneur, averti par le son de toutes les cloches, descendit de voiture en traversant Pont-de-rArche,^t se rendit à Téglise, où une grande foule a*étail réunie. Il monta en ahalr^ e( fit l'éloge du métropelilaiB défont. Il aiaiata le lendemain aui ebi4qiies du atpdiiiai et revint le même jour à Ëvreoi. Il B*y eut que troie évèquea qui ataiitèrent à^ ces fiinéraillei» NN. M. de BajeuE, d'fivreui, et Mgr de Forbin-Janaon, asdea évéquede Naney.

Le bruit se répandit que Mgr Olivier serait élevé à Tarehevèché de Rouen ; mais quant à lui, il était dans un état parfait d'indiflKrence, et il éerivalt à oette oc* oasion (6 janvier 1844) \ « La Providence fera ee qui « lui paraîtra convenable. Si elle veut quej^alHe à a Rouen elle renversera les obstacles de la haine et de « la malveillanoe. 81 elle veut que Je reste, elle ne me • demandera pas compte de ce grand dieoèee. Ma « ligne est celle de Tabandon, mais bien slneère e% a bien pur. »

Le lundi 15 Janvier 1844, à la ftn de se« couw de droit canon, qu'il professait au séminaire, Moasei'* gneur annonça que ses leçons allaient être forcément interrompues, parce qu'il était obligé de séjourner queUftie temps à Paris : « Je n'y vais pas, ajonte-t-il « en soneiant, chercher un archevêché. » En arrivant à Paris, le Roi consulta Mgr Olivier sur le meilleur choix à faire pour rarchevèohé de Rouen. Un des ministres était d*avis qu'il fallait continuer rineapaelté du cardinal. Il n^était donc nullement question de t*é-*

▼éque d*ETreux. M. Guizot, dans une séance orageuse de la chambre des députés, tenait de prononcer cette femeuse phrase : « Vous avez beau amasser contre « mol des montagnes d'injures, vous ne les élèverez « jamais jusqu'à la hauteur de mes dédains! » Monseigneur, rencontrant dans les salons du Roi le célèbre orateur, s*approcha de lui et lui dit : « Monsieur, « j'étais dans une grande erreur par rapport h Votre « Excellence. Je croyais qu'elle ne pouvait plus gran- «( dir; je me suis trompé. »

La cour donnait en ce moment à Monseigneur la marque de la plus haute cQ^fiance et du plus grand honneur qu'il pût recevoir d'elle. Il y avait été appelé pour faire un cours d'instructions religieuses à Son Altesse Royale madame la princesse de Joinville. Ces conférences durèrent pendant un mois; mais son zèle ne se borna pas à cette bonne œuvre. Il prêcha en même temps dans un grand nombre d'églises de Paris.

De retour à Evreux, Monseigneur se livra tout entier aux travaux ordinaires de son apostolat pendant la station du carême. La cathédrale profita de la ft^ connaissance de la cour pour les instructions données à la princesse de Joinville : le roi fit présent à Mon*» seigneur l'évéque d'Bvreux d'un ornement complet en drap d'or, et Monseigneur en fit un gracieux présent au chapitre et h la fabrique de la cathédrale. « Nous •f nous réjouissons, dit le Courrier de VBurt (n» du 6 « aifril 184i), de ce nouveau témoignage de la muni^ « ficence royal* adressée h un prélat dont notre dé- * parlement apprécie de plus en plus le iièle évangé* «r Hque et l'attachement sincère aux vrais principes 9 eonstHutlonnels et à la dynastie qui règne sur la « Franee. Les attaques dent Menielgnenr a été l'ob*

m jet, n^oDt servi, comme nous le prévoyions, qu*à « mettre en relief ses hautes qualités, et sous ce point « de vue, nous pouvons remercier ses ennemis. » La communion générale, après la solennité pascale, fut encore plus nombreuse que celles des années précédentes. On y remarqua un plus grand nombre Âiommes. Cet accroissement des fidèles, s*acquittant de tous leurs devoirs religieux, était pour Monseigneur la digne récompense de ses efforts et de son zèle toujours croissant au milieu des épreuves.

« Nos églises, observait avec raison le Courrier de € VEure, comparées à ce qu'elles étaient seulement c il y a quelques années, ne sont plus reconnaissa- % blés. »

La vieille cathédrale d'Evreux s'embellissait tons les jours; elle était métamorphosée, elle qui, depuis quarante ans, étalait aux regards affligés sa déplorable nudité. On eut dit qu'un magicien l'avait touchée de sa baguette. Les grilles du chœur dorées, des tambours aux portes principales mettant les fidèles à l'abri des intempéries de l'air, et, pendant l'hiver, des paillassons étendus sur la pierre froide et humide, les clôtures de la nef, le banc d'œuvre, l'accroissement du nombre des chaises, le banc des sœurs de l'hoq^ice et celui de la préfecture, l'éclairage, nm très beau che* min de croix en carton pierre remplaçant d'insignifiantes gravures et des cadres mesquins, un tableau d'un grand prix, qui devait avoir son pendant, deschandéliera, les ornements en drap d'or, le plus bel orgue

d'accompagnement qui existait encore en France, les oriflammes, l'habit d'hiver pour les chanoines» l'instiftation de la messe paroissiale, des pr6nes capitulaires, des processions du Saint-Sacrement le premier dimanche de chaque mois, la prière tous les scHrs, lesprédicatiOB de l'octave de la Fête-Dieu, des grandes uitiennes de Noël, les méditations quotidiennes du carême, le cours de liturgie, les homélies, la retraite pascale, que d'améliorations accomplies en si peu de temps I

Une dire des pompes du culte? Evreux n'avait plus rien à envier aux magnificences si vantées de Saint-Roch : Monseigneur les renouvelait plus belles et plus éclatantes encore. Le culte catholique, sous le souffle de ce puissant organisateur, de ce grand liturgiste, reprenait chaque jour les splendeurs des plus beaux siècles. Ce n'était pas qu'il fût tourmenté de l'envie d'innover, comme affectaient de le dire des esprits malveillants; non, il avait au contraire la nouveauté, toute nouveauté en horreur : ce qu'ils appelaient des innovations étaient tout simplement un retour à l'ancienne discipline, aux cérémonies antiques. Ils ne comprenaient pas, comme lui, tout ce qu'il y avait de beau, de grand, de divin, dans ces pompes du culte catholique; Mgr Olivier eu avait fait une étude approfondie , et sa joie était de renouveler ces pompes, de leur rendre leur beauté et leur majesté primitives dont le dépouillaient peu à peu l'incurie, l'oubli et l'ignorance des anciennes règles. C'était la vénérable antiquité qu'il faisait reparaître pleine encore de jeunesse et de vigueur; c'était le moyen âge avec toute sa poésie de chants sacrés, de bruits d'orgue répandus à profusion, de processions de prê«

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irea, é« lévites, de vierges voilées de blane, doe eier* ges flamboyants qui étinoelaient sur Pautel , dans le sanetuaire^ dans les nefs, aui mains d'on nembreoK clergé et de pieux fidèles ; o^étail la toi de nos pères avec tout oe qu'elle a de suave et de doux au eœur, adorable dans sa naïveté, majestueuse dans sa tfiipH* olté même! Les habitants d'Evreux étaient fiers de eette magnificence, et ils invitaient les étrangers, aux Jours des grandes fêtes, peur contempler les pompes* pour entendre la musique el les chants sacrés de leur cathédrale f Et les étrangers répondaient en ftoule à cet appel en^ousiaste.

Puis, c'était révèque qui ne se tenait pas relégué dansles protondeurs de son palais, comme un grand seigneur, comme un haut baron de noble lignage; • non, c'était l'évèque du bon vieux temps de nos aTeux, qui se mêlait à son peuple, qui le bénissait, qui venait à lui avec sa mitre étincelante de pierreries, avec sa crosse d'or, qui parcourait ses rangs, qui l'aimait el en était aimé, qui le connaissait et en était connu, qui marquait le front de ses petits enfants ou leur posait sur la tête le Saint des saints, qui lui ouvrait la porte de son évèché, qui au premier appel entrait dans les maisons les plus pauvres, qui allait dire un dernier adieu aux agonisants, qui présidait lui-même aux cérémonies du culte faites pour lui , qui célébrait souvent devant lui , au milieu de ses prêtres, les salnta mystères, qui répandait lui-même sur son front hi cendre des pénitents, qui lui donnait lui-même, aux Pftques-Fleuries, le rameau béni, qui lui parlait dans la chaire un langage compris, qui le communiait luimême de sa main, qui lui donnait son anneau à bal* ser, en signe de respect, d'obéissance et d'union.

C'éUii révique qui Toyaii loui et faisait aVieùUon à ioui, auqutl rien a'éohappait. Ainsi « la demière fois qu'il monia en chaire, à peine avail->iL gravi les premières marches de Tescalier, qu'il redescendit aussi^ tèt« alla droit à un vieillard pauvre appuyé contre le mur, lui présenta une chaise, et lui dit : « Asseyezc vous; si Ton vous demande de Targent pour payer ff votre chaise, vous dires que c'est moi qui vous Tai « donnée* » Lie peuple est plus reconnatosant qu'on ne rimagine pour ces sortes d'attentionst a J'étais « mooii contre le mur» racontait en pleurant le vieil- « iard, et il m'a fait asseoir : il m'aurait donné un c loids d'or que je n'aurais pas été plus oootenk »

Aosiî, révéque d'Evreux était adoré du peuple; il était vraiment le père du peuple, et c'est to^|ours comme oelat avec ce oaractère de bonté, avec cette fiMoUiarité douce, que je me suis représenté l'évéque des anoiens iemps.

Us D*avaieai donc pas rintelligence du diristianlsme ceux qui répétaient à satiété que Mgr Olivier se corn** muniquait trop à son peuple et à ses simples prêtres f qa'il affaiblissait la dignité épisoopale par cette bonté ateeasible à tous, par cette profusion continuelle qu'il faisait de lui-même à ses enfants chéris I Mais loi, que sa mémoire en soit à jamais bénie ! il avait bien d'autres pensées. Il savait qu'un évéque doit communiquer sans cesse avec ses prêtres, avec ses clercs même les plus jeunes, avec son peuple; 11 savait, lui, que le bon pasteur n'est jamais trop longtemps ni trop souvent avec ses brebis , que le véritable père se plaît avec les enfants qu'il aime, que l'amour ne diminue jamais le respect, que si les yeux s'accoutument à voir, le cœur ne se lasse point d'aimer^ que la seule

dignité qui convieime à nu prince de TEglise catholique, est celle que tempère Teffusion de la charité, que l'autorité du bon père qui se donne tous les jours à ses enfants nes*use jamais dans la famille, qu'un évèque n'administre pas un diocèse comme un préfet gouTcrne une préfecture. La dignité épiscopale ! la dignité épiscopale I Et qu'est-ce donc que la dignité épiscopale sinon l'autorité paternelle elle-même élerée à un plus haut degré d'excellence, et non pad une vaine parade que Ton fait, à rares intervalles, devant la foule pour atthrer ses regards plus avides et plus empressés, une existence de pagode immobile et assise sur des coussins, mais bien le sacrifice absolu de son repos, de sa santé, rentière immolation de sa vie à tout un peuple, un dévouement de toutes les heures, une servitude glorieuse de ses frères parce qu'elle a Dieu pour principe et peur auteur. Mgr Olivier aimait à jrépéter avec le Maître : « Je ne suis pas venu pour dominer, mais c pour servir. » Quand vous lui reprochiez de fréquenter les publicahis, de manger avec les pécheurs, de se communiquer aux plus vils, vous ne vous aperceviez donc pas que vous faisiez son éloge, et que vous écriviez dans l'histoire de sa vie une des pages d'or de TEvangilel

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