BI
ai les pommiers en fleurs. Les chants religieux se mè« laieDt au cliquetis de fête des oampauelles des Frères de Charité, dont chaque bedeau, revêtu de la dalmatique, variait à qui mieux mieux le joyeux carillou. Cette innombrable procession défila devant Mgr Oli^ vier, qui était ravi, et reprit le chemin de l'église de la Barre, où le prélat officia, prêcha, et donna la eom'* munion et le sacrement de confirmation à un nom** bre considérable de jeunes gens, de jeunes filles et de fidèles.
Après Toffice, Mgr Olivier se rendit chez M. Lecierc^ membre du conseil général, qui lui faisait les hooneun de rhospitalité avec un grâce parfaite. Il f^eita les diverses autorités sur la douceur et Taménité des habitants du canton de Beaumesnil ; dans sa conversation vive et animée, il faisait sentir à tous que sans la religion, la liberté, Tégalité et la fraternité, écrites «n tète de la nouvelle constitution républicaine, ne seraient que de vains mots. Durant le repas^ la mvm^ que des sapeurs-pompiers exécutait des symphonies ; on remarqua surtout un tambour, habile dans son art» dont les baguettes intelligentes et agiles savaient moduler et varier à l'infini le jeu d'un instrument en gé« néral si peu harmonieux.
A deux heures, la même procession du malin, mais plusnombreusse encore, la musique des sapeurs-pom* pters en tète, esoortait de nouveau Mgr Tévêque, qui «a rendâii à Gtsay^la^Goudre, pour poser la première pierre de la nouvelle église qui allait s'élever sur* le théàire de lailagellatkai de ion premier prédécessem' ^ la place de eelle qui avait été incendiée. - Le cortège, composé d'environ quatre ndille persoo- -nesyanivant eu prenant part active à la procession, se
déroidantau mHien de^ licbes moissons qui couvraient la ierre dans ceiie saison, à travers les villages, dont les bouquets d^arbres ofliraient Tapparence dUes au milieu d'une mer de verdure, le nombre infini et la diversité des bannières, des drapeaux de tout genre, de toutes couleurs, de toutes formes, hisioriies et chargées d^inscriptions en lettres d'or ou d'argent, les nombreuses confiréries de charité, du Saint-Sacrement, de la Vierge, de Sainte-Barbe, revêtus de leurs plus riches ornements, avec leurs hàieni fleuris, leurs torches festonnées ou leurs piques bigarrées de rubans, produisaient un aspect ^aiment féerique et une impression dont le souvenir est encore dans l'esprit des habitants de la contrée, qui ne s'étaient jamais trouvés réunis en aussi grand nombre. Une tente, pouvant contenir six cents personnes, élégunment ornée de fleurs et de guirlai^es, et portant sur le fronton le nom glorieux et populaire de saint Taurin, avait été élevée par les soins des habitants peur recevoir le cortège, auquel s'étaient jointe M. le sous-préfet de Bemay, le commandant de la garde nationale, les maires des communes environnantes et toutes les notabilités du canton.
Mgr Olivier, dont l'éloquence persuasive grandissait toujours avec la situation, stnspira des cùroonstances et du souvenir de l'apMre d'Evreux, dont le sang avait soictiflé ces lieux, pour adresser à cet immense audi« toire une des plus belles et des plus heureuses allocutions qu'à ait prononoées, -et dont il ne reste plus maintenant que le souvenir, fiwdant plus d'une heure, ses paroles de paix furent écoutées Âms le plus profond recueillement. Les bons habitants de la compagne étaient tout étonnés de le comprendre parfaHe-
ment : on eût dit qu'il avait passé sa Tie au milieu d'eux pour leur parler ce langage qui allait si bien à leur cœur. Plusieurs prolestaient de leur admiration et de leur dévouement pour un pasteur dont un malentendu et de mesquines préventions les avait éloignés quelque temps. Les Frères de Charité se regardaient les uns les autres, et se disaient naïvement : « S'il ne « nous avait pas retiré l'Adoration de la Croix, il n'y « a pas d'évèque que noas aurions aimé comme celuic là. Il avait pourtant tout de même raison d'abolir « des abus qai criaient vengeance. »
En 1S46, Monseigneur recommença sa seconde visite dans toutes les paroisses de l'arrondissement d'Evreux qu'il avait déjà évangéllsées; en 1847 il visita l'arrondissement de Louviers, en 1848 celui des Andelys, en 1849 celui de Bemay, en 1850 celui de Pont-Audemer. Pour se rendre compte du fruit de cette seconde visite, il faut lire les observations qu'elle a siiggérées à Monseigneur dans sa lettre circulaire du 21 novembre 1848, l'une des plus remarquables qn'ilait écrites sur l'état du diocèse.
En 1851, il commença à visiter pour la troisième fois toutes les paroisses des six cantons de l'arrondissement d'Evreux. En 1852, à la fin de la visite de chaque canton, il réunit tous les prêtres du canton visité. « Dans cette réunion, disait-il dans sa cir- « oulaire du 15 mars 1812, nous écouterons les ob- « servailons, les plaintes et les gémissements du zèle, « noua encouragerons, nous remercierons; nous con- « iMMlrons nos espérances, nous réuniroiif nos inten-
« UoDS et nos forces ; nous étfid)liron8 une harmonie « tous les jours plus parfaite, enfin une conformité de « Tues pour procurer le salut des âmes et la gloire de « notre commun maître. »
En 1852, il visita les cantons nord et sud d^Evreux, de Conches, de Pacy, de Vemon, de LouYiers et du Neubourg; en 1853, les cantons de Gaillon, de Pont* de-rArche, d'Amfreyille, et tout Tarrondissement des Andelys; en 1854, tout Tarrondissement de Bemay. Ainsi, à l'exception de Tarrondissement de Pont-Audemer par lequel il allait achever la troisième visite générale de tout le diocèse dans chaque église, toutes les paroisses Tout vu trois fois. Il lui eut été &ans doute facile, comme il Tobserva lui-même, eu égard au petit nombre des confirmants des dernières visites, de les appeler et de les réunir dans quelques églises désignées; mais c'étaient leurs parents, leurs pères, leurs mères, leurs sœurs qu'il voulait visiter, à qai il voulait adresser les paroles de la vie éternelle. La tournée de Tévèque était une véritable mission ; c'était la chaire épiscopale transportée de VégVme cathédrale à toutes les autres églises ; c'était Joseph cherchant ses frères à Dothaïn ; c'était le successeur de saint Paul parcourant les églises pour encourager, fortifier, reprendre, instruire et consoler.