CHAPITRE IX
Dlllleiiltéfi. — Opp0(iltl0n.
Dès les premiers jours de son épiscopat, M. Olivier fui attaqué au sujet de la liturgie léguée par son prédécesseur au séminaire, avec une violence extrême, et une perfidie dont je pourrais dérouler la trame odieuse. Contentons-nous de faire observer, avant toute chose, que ce legs n'avait de valeur qu'autant que Mgr Olivier voulait bien lui en laisser. La liturgie d'un diocèse appartient à Tévëque : le droit épiscopal est ûxé et déterminé par plusieurs arrêts des tribunaux. Personne n'oserait défendre, sous le rapport typographique, les livres liturgiques édités à Dijon en 1828 pour le diocèse d'Evreux; Ils sont pleins d'incohérence, et fourmillent de fautes grossières. Ils font le désespoir de tous les lutrins, et les plus habiles choristes se perdent dans le fatras et le chaos du fameux Antîphonaire et Graduel in-folio. On y trouve assit facilement les offices du diocèse de Paris ; mais, s'écriait jadis le grand chantre de la cathédrale, M. l'abbé BeUeaa, où donc a-i-on mis oêot d'Evreux t
Si, aox applaudissements de tout le diocèia, Mgr OHvter, comme c'était son droit, eût fMt^mie BMTeUe édition d'une IHurgie si décriée, qtti dtveoatt le l#gs
de Mgr Du Chàlelliert Le prélat se ffti assuré pour lui-même des bénéfices considérables. Ce n*éiaU donc pas la peine de jeter de si hauts cris, de créer tant d'obstacles, d*ayoir recours à une scandaleuse et haineuse publicité. Il fallait bien plutôt remercier Mgr Olivier de laisser à son séminaire les bénéfices du tes* tament de son prédécesseur.
Cette liturgie était estimée à quatre mille francs. En conséquence Mgr Olivier obtient une ordonnance royale qui autorise Tacceptation du legs fixée à ce chiffre de quatre mille francs. Monseigneur dit : « nous ne pouvons pas nous faire marchands : il faut « avoir un libraire à nous. » M. Vemey, libraire à Evreux, Texamine et en offre vingt mille francs. Comment faire maintenant? Entre Tordonnance et cette estimation, il y a un excédant de seize mille francft.
Mais on n'est jamais embarrassé avec des questions de ce genre dans le pays de Sapienee et de 'inatoiserie. Il y a toujours des expédients. On imagine de proposer un prête-nom qui sera censé donner seize mille francs au séminaire*
Monseigneur réfléchit, «c Mais vraiment, dit-il dans «c une note qu'il me dicta sur ce sujet, je suis bien sot « et bien absurde i Je laisserai un mensonge qui du- « rera toujours 1 Je laisserai à cet homme, dont on «c veut déjà faire un grand homme, la gloire d'avoir « donné seize mille francs tandis qu'il n'aura pas dé- € bourse un sou I... »
On survient pendant que Monseigneur se livrait à ces justes réflexions. Tous les papiers étaient prêta, la dooaUon était Usité, et portait justement \a sigutore du petit grand homo^. Après ayoir bien examiiié
le (ont : « un instant» 8*écria Monseigneur, je ne signe c pas un mensonge. »
Monseigneur écritit au garde des sceaux et il obtint une nouvelle ordonnance royale pour l'acceptation d'un legs de vingt mille francs.
Quel jour cette révélation ne jette-t-elle pas sur cette affaire de la liturgie dont on fit si grand bruit à cette époque? Il nous est bien inutile maintenant de suivre la polémique engagée à ce sujet dans le Journal de VEure, et nous laissons à d'autres le soin de répondre à cette question : Comment M. Selme-Davenay, rédacteur de ce journal, était-il si bien informé de tous les petits détails de cette question? Pour nous et pour nos lecteurs, la loyauté de Mgr Olivier est surabondamment établie et vengée. Il était aussi bien généreux de ne pas faire usage d'une signature qu'il avait entre les mains. Mais il ignorait la vengeance, même quapd elle était juste.
Quand il fut bien impossible au Journal de VEurty bien muselé, de revenir sur la question de la liturgie, il s'attaqua aux revenus du secrétariat, dont l'évèque a la libre et entière disposition, et plus tard, par une fàcbease coïncidence,M.rabbé Delanoë, en essayant de réfuter une biographie de M. Olivier, imprimait dans sa Lettre à Meuieurs les rédacteurs de la Revue h%ographique''des hommes du jour^ Evreux^ chez Canu, imprimeur, 27 novembre 1845, page 3, cette pbrase bien singulière :
« Il y avait alors un évèque (M. Du Chfttellier), « pauvre, à la vérité, mais les produits de son secrète tariat étaient cbose sacrée pour lui, et ses séminaires « seuls y puisaient. )>
Lorsque cette lettre s'imprimait et se publiait à
Evreux, il y avaU à Evreux un évèqae qae sa blenfoi-* sance inépuisable avait rendu aussi pauyre que Mgr Du Chàteilier, et qui, à l'exemple de son très illustre et très saint prédécesseur, faisait un digne usage des produits de son secrétariat, le plus digne et le plus heureux usage qu'il en pût jamais faire, car il y puisait pour acquitter lui-même, de ses propres fonds, les firais des funérailles de Mgr Du Chfttellier! On réclamait alors les frais du funèbre caveau de la mère de Dieu sur du papier bien et dûment timbré. Des ci-* tations devant le Tribunal civil d'Ëvreux, en même temps qu'elles indignaient l'honorable président M. Masse, troublaient le repos du vénérable défunt qui se trouvait dormir son dernier sommeil sur une froide pierre dont un huissier réclamait vainement le prix. Personne n'avait plus mis en œuvre ni les honorables architectes qui présidèrent aux réparations du caveau funèbre, ni le chantier de M. Modeste Leroy qui travaillait sous leurs ordres. Us avaient remué des pierres dans la cathédrale sans avoir été appelés par personne I Ils avaient imaginé et composé eux-mêmes l'inscription gravée contre le sombre mur? Personne ne la leur avait apportée toute faite I Fallait-il donc» par sommation d'offlcier public, rouvrir le tombeau, et enlever la pierre sur laquelle reposait Mgr de Salmon Du Chàtellier pour la rendre, faute de paiement, à M. Modeste Leroy auquel elle appartenait?
« Non, dit Mgr Nicolas-Théodore Olivier, alori évê- « que d'Ëvreux, non, je ne souffrirai pas cet outrage « à la mémoire sacrée de mon prédécesseur 1 le ne « souffrirai pas que son nom retentisse de nouveau « aux oreilles scandalisées du Tribunal civil d*Evreux. € J'acquitterai moi-même une dette aussi sacrée.
« Paix aux morUl Respect à una vénirable aie*
« moire! »
En effet y la cédule même porte uBe quittance de M. Modeste Leroy, qui reconnaît avoir reçu de Mgr Nicolas-Théodore Olivier, évèque d^Eyreux, la somme de onze cent quarante /ranci pour travaux faitf au caveau des évêques d'Evreux, lors des obsèques de HgrDuChâtellierlII..,
J'espère en avoir fini avec ces questions d'argent, et que mes lecteurs ne me demanderont pas Tutage que Mgr Olivier faisait des produits de son secrétariat* C'était pourtant là le texte des déclamations journalières de l'époque dont je dois le tableau à rhistoire.
Quand il n'y aurait que cette quittance inscrite sur le monument qui est destiné à consacrer la mémoire de Mgr Olivier aux ftges futurs, la postérité comprendrait l'enthousiasme de la reconnaissance publique I
D'autres avaient le nom de Mgr Du Chàtellier à la bouche : ce nom si cher, Mgr Olivier le portait dans son cœur»
VEcho de la Normandie (Nos du 5 juillet au 26 août 1843} publiait alors contre Mgr Olivier, sous le titre de Mystères de VEvéché, des atroces injures qui soulevaient le dégoût du public. On s'imagine peutêtre que, sous ce lugubre titre, choisi pour frapper l'imagination ou la curiosité, il y a des révélations intimes, des scandales, des histoires de chausse-trappes, d'oublietles, de souterrains se reliant par des issues secrètes aux vieux remparts de la ville, aux galeries ignorées des carrières BapeaumOi dans la forêt d'Ë*
vrettx.Rieii de tout cela. Les Jfysf èret de VEtêcké commencent et finissent par la disgrâce d*un ecclésiastique auquel Mgr Olivier crut devoir interdire la prédication et la confession. On y lit que le prélat est un bien pauvre évèque, et ce prêtre un bien grand homme; que Tévèquen^est qu'un pacha mitre, et que ce prêtre est environné de Testime de tous et de la considération publique. Des injures atroces contre I*évèque, les éloges les plus pompeux pour ce prêtre, ce n'est pas plus'méchant que cela. Il n'y a pas là le plus petit mystère. Un supérieur Inflige une punition à son inférieur : le supérieur avait tort, l'autre avait raison ; celui-ci doit être porté en triomphe jusqu'au Capitole ; et celui-là traîné sur la claie jusqu'à l'égoùt fangeux des gémonies. Quoi de plus naturel?
Six autres articles des Mystères de VEtichéwini consacrés à reprocher à l'abbé Constant une faute expiée et pardonnée, à le traquer dans le paisible asile que la charité de Mgr Olivier lui avait ouvert. On ne le haïssait pas personnellement, puisqu'on ne le connaissait même pas ; on le tue moralement, et ce crime est commis pour se donner la satisfaction de trouver uu argument contre l'évêque généreux et bienfaisant. Voilà cette fois le mystère, mais le mystère d'une incompréhensible perversité à cêté de l'un des actes les plus sublimes de la vie de Mgr Olivier.
L'abbé Constant avait été élevé dans les séminaires de Paris ; il avait fait ses études ecclésiastiques, et, après avoir passé par toutes les épreuves, il avait été ordonné diacre dans l'illustre maison de Saint-Sulpice. Pour une faute dont il s'est toujours dit innocent, tout en avouant que toutes les apparences étaient contre lui, il avait été renvoyé de cette sainte maison. Rejeté
daos la vie séculière, youéà la souflhrance, sa tète fermente; il boit à longs traits les poisons du socialisme, il lance dans le monde, comme une torche incendiaire, un livre fanatique, impie, qui déclare guerre à mort à la société, et il l'intitule la Bible de la Liberté. C'était un appel direct à la révolte, au pillage, au crime. La justice s'émeut. Traduit en cours d'assises, l'auteur est condamné et jeté en prison pour huit mois. Là, il ouvre les yeux, reconnaît ses erreurs. En sortant de prison, il est accueilli par un bon prêtre, qui ouvre à l'enfant égaré les bras de sa charité, et l'abbé Constant témoigne sa reconnaissance à son bienfaiteur, en décorant l'église de Choisy-le-Roi d'admirables peintures murales. Car ce jeune homme était doué d'un triple talent : il y avait en lui l'écrivain, l'orateur à la parole facile et abondante, qui avait brillé dans les catéchistes de Saint-Sulpice, le peintre et le dessina^ teur, dont le pinceau et les crayons ont esquissé des chefs-d'œuvre de l'art. Sa conduite était si régulière à Choisy-le-Roi, sa piété si exemplaire, que la pensée vint d'utiliser, pour l'église, ses remarquables talents. U n'aurait pas été le premier exemple d'hommes qui, après de grands égarements, ont rendu d'éminents services à la religion, cette mère de miséricorde qui accueille tous les repentirs et qui a si souvent transformé des vases de perdition en vases d'élection. La cause de ce pauvre abbé Constant fut donc portée devant le tribunal de Mgr Affre, archevêque de Paris» un si bon juge! Mgr Affre le jugea favorablement, et décida qu'il fallait l'accueillir dans le giron de l'Eglise. U n'était pas possible de l'employer dans le diocèse de Paris, après le scandale du procès et la condamBatiou de la Cour d'assises» Oà donc trouver le
— Mil —
bon père, où trouTor Tévèque qui oserait accueillir dans ses bras l^enfant prodigue? Qui aurait le caractère assez baut, l'àme assez élevée, le cœur assez indulgent pour tenter cette œuvre de miséricorde et de charitable réhabilitatlont Mgr Afflre jugea que cet homme, que cet évoque était Mgr Olivier d*Evreux, son élève. Mgr Tarchevèque de Paris, dans une lettre écrite de sa propre main, intercéda en faveur de Tabbé Constant auprès de Mgr Tévèque d'Evreux. Ce prélat ne mit qu*nne seule condition à Tœuvre d'indulgence, de bonté et de charité, de salut pour une Ame, à rœuvre sainte dont il osait se rendre coupable : c^est que pour éviter tout scandale et écarter de fâcheux sonveirirs, Vabbé Constant quitterait son nom pour ne plus porter que celui de sa mère, et non pas un nom d'emprunt, un nom qui lui appartenait par le sang si ce n*était pas son nom devant la loi, et qu'il s'appellerait Beaueourt. Nous le vhnes, sous ce nom, au séminaire, pieux, recueilli, régulier, laborieux, exemplaire. Il y vivait paisible, il y vivait dans la prière. Avant d'élever le pieux diacre an sacerdoce^ il fallait bien réprouver, H fallait loi procurer Toccasion de bien mériter du diocèse qui allait Padopter.
C'était répoque des prédications des prêtres auxiliaires. Monseigneur lui donne rang parmi eux ; U est diacre; Tordre sacré dont il est revêtu lui donne le droit de monter en chaire, n y parait avec éclat, le malheureux! U y obtient même des succès, il y révèle son talent admirable, ê le plus imprudent des hommes 1 Puis il rentre dans le séminaire et vit en paix dans la solitude, dans la prière, dans l'étude des lettras sacrées.
C^est la que la haine, que l*hoslilité contre Tévêque
tient le chercher, lui inceimu, inoffensif. On va trouver M. Selme-Dayenay, qui me Ta raconté lui-même. -*- Connaissez-vous, lui dit-on, Tabbé Beaucourt? — Pas le moins du monde. — Nous le croyons bien. Car Tabbé Beaucourt n'est autre que le fameux abbé Constant. — Qu'est-ce que Tabbé Constant ? fit Selme- Davenay. On le lui dit. On lui remet des notes et un exemplaire de son procès.
C'est alors que le nom de cet infortuné est jeté en pâture à la curiosité publique. Le pénitent y périra; mais qu'importe? On triomphe, on se donne la joie et la jubilation d'incriminer l'évëque. On cite des phrases épouvantables de la Bible de la Liberté. Non, ce n'est pas à lui que la haine s'attaque, les Mystères de VEvéehéle déclarent positivement; mais, disent-ils, article vi«, ligne 22 : « il est un autre que lui qui s'est chargé « d'une déplorable solidarité, c'est l'homme qui, deux « ans à peine après cette scandaleuse publication, a « osé appeler son auteur auprès de lui et lui a per- « mis, à sa sortie de prison, de monter dans la chaire « interdite à l'honorable abbé X.... » Ah I voilà.
Cette révélation produisit dans le pubtic un grand scandale, une impression très fâcheuse contre Monseigneur. Le pauvre abbé Constant , que l'on appelait dans les Mystères de VEtéché le nottveott Lazare, dut sortir du séminaire. Il est violemment arraché de l'asile où la miséricorde de Monseigneur Affre l'avait conduit, où la miséricorde de Mgr Olivier l'avait accueilli. Ce qu'il était hier, un homme égaré revenu de ses erreurs, un pénitent de l'Eglise réconcilié avec elle, admis à la communion par BIgr Affire, il l'est encore aujourd'hui, il condamne ses égarements avec plus d'énergie que nous ne pourrions le fstre nous-
mêmes* Iléèrit dans le Courrier itVBmt (N« do 10 août 1843) :
ff Maiiiteiiant>€*eBt aux hommes de paix et
ff de religion que je dois parler pour me faire connal- « tre tout entier, ou plutôt c'est à la sainte Eglise cad tholique, apostolique et romaine, ma mère, qui m'a « déjà reçu dans sa miséricorde, et qui, au nom d'un « Dieu de bonté, m'a pardonné mes fautes. Prosterné « devant ses autels et le cœur brisé de douleur, je « voudrais effacer avec mes larmes chacune des li- « gnes de ce livre insensé, où, au nom d'une loi de « paix et d'amour, j'ai pu prêcher le désordre et la « violence. Je rétracte, flétris, condamne de toute « l'énergie de mon àme et de mon cœur ces déplorait blés rêves qui , s'ils n'eussent été des folies» de- «r vraient être appelés des crimes. Quoique jamais « dans ma pensée je n'ai prétendu provoquer ou jus- « tifier des forfaits, puisque telle a été l'impression « qu'ont produite et qu'ont dû produire mes paroles, « je les rétracte avec horreur» entièrement, sans res* cr triction et de mon propre mouvement, et en pré- « sence de Dieu et des hommes*. • Comme chrétien , c et surtout conune ecclésiastique, j'irais, s'il le fal- « lait, nu pieds et la corde au cou» brûler mon livre « devant la croix qui sauva les hommes et l'Evangile
c qui les unit.
« Alphonse-Louis Constant, diacre. »
Sorti du séminaire, l'abbé Constant, malgré les clameurs, malgré les blâmes exprimés par la boudie même des amis, n'est pas abandonné par son bienfaiteur. Monseigneur, avec la sainte audace de la dw*rité, lui ménage un anle, pourvoit à sa subsistance ei lui loue une chambre» me Saint -Louis, n« 19. U le fait
même sonder sur ses dispositions par rapport à Tordre du sacerdoce , et Tabbé Constant, ce qui prouve sa sincérité, répond à la personne officiellement chargée de cette mission : « Le sacerdoce est un redoutable < fardeau que je n'ose pas porter encore ; après m'è- « tre égaré comme j'ai fait , je ne suis pas entière- « ment sûr d'être parfaitement guéri, et, ce qui m'ef- € fraie, c'est que je me suis égaré de bonne foi, et que c par conséquent je pourrais m'égarer encore. Jepuis » répondre de mon cœur et non de ma tête. Je de- « mande à rester ce que je suis, trop heureux si je c puis humblement servir l'Eglise comme diacre en « catéchisant les petits enfants et en prêchant. »
Comme l'abbé Constant ne paraissait plus à Tévêdié par délicatesse. Monseigneur lui fit dire, et je fus chargé de cette généreuse mission (lundi 13 novembre 1843), de venir le voir à l'évêché. Le pauvre abbé me raconta, les larmes aux yeux, un a£Ejront qu'il venait de recevoir. Il s'était présenté à Tune des chapelles de la eathédrade pour assister à la sainte messe. Le cél^rant, au pied de l'autel, n'avait point de clerc pour lui répondre. L'abbé Constant se met à genoux à cêté de lui, et lui sert pieusement la sainte messe. A la fin, l'antre oubliant le re$ $aera, miur! l'apostrophe en lui disant : Comment avez-vous eu l'audace de me répondre la messe? « J'ai cru vous obliger, répond l'abbé Constant, et j'étais même heureux de remplir mon office de diacre; le bon larron s'entretenait bien avec Jésus qui lui pardonnait sur la oroix; c'est à quoi je pensais, et voilà ce qui me donnait confiance. Ibis puisque je vous al fait de la peine, je vous de-< mwMte- pardon, et je me retire. » Je compris alors le sentiment qui animait Monseigneur quand il m'avait
Zf
donné une parol6 de paix et de douceur à porter à raffUgé, et je ris clairement, une fois de plus, de quel cAté, était le véritable esprit de l'Evangile.
Pour créer des ressources au malheureux jeune homme, Monseigneur imagina alors d^utiliser ses ta* lents comme peintre et comme dessinateur. Dans la belle et élégante chapelle du couvent de la Providence d^Evreux, il y avait un assez triste tableau qui suspendait dans les nuages le divin cœur de Jésus couronné d'épines, le cœur glorifié de Marie transpercé d'un glaive, et, chose inouïe, le cœur de saint Joseph traversé d'un lys. L'église honore le divin cœur de Jésus, le cœur sacré de Marie ; mais elle n'a point institué de fête pour le cœur de sahit Joseph. La première fois que Monseigneur vit ce tableau, il jugea qu'il devait disparaître. L'abbé Constant prit ses pinceaux, et, de main de maître, il peignit la samte famille dans la plus ravissante extase de la méditation; des groupes d'anges en grisaille partagent leur ravissement, et contemplent, avec Dieu la Père, le divin spectacle qu'offre l'atelier de Joseph. L'attitude de l'Enfant^Jésos, la pose et la tète de Joseph sont une œuvré très remarquable* Le tableau n'est pas achevé; mais qui osera y mettre la dernière maiut
Ce tableau n'était qu'un feuillet déiadié desalhamg de l'abbé Constant. 11 comptait consacrer quatre aa-^ aées de son travail aux décorations de la cathédrale. U aurait commencé par les panneaux de la Mère^Dieu. 11 possédait un merveilleux album où chaque invocation des litanies de la Sainte-Vi^ge était mise en action ; après l'achèvement de son tableau de la Pro^ ^^idence, U devait transporter ses admirables deeskia
mn les murs de la sainte chapelle. Ceux qui se donue^ roui la peine d'examiner la Sainte-Famille de la Pro-* Tidence, et surtout les grisailles de la Toûte, ceux qui ont vu les dessins de son album comprendront quelle perte la catliédrale d'Evreux a faite.
Ge qu'il y avait de surprenant dans le talent de Tabbé Constant, comme peintre et dessinateur, c'est qu'il n'avait absolument reçu aucune leçon d'aucun maître : il était né artiste.
L*abbé Constant fit un malheureux voyage à Paris; il y avait porté des manuscrits d'une autre époque. Il se proposait de les revoir et do retrancher des passages qu'U condamnait comme blessant le dogme catholique. Ualheureusement, il les confie à un éditeur chargé seulement de les examiner pour juger du parti qu'il en pouvait tirer, et celui-ci, & l'insu de l'abbé Constant, après avoir lu, imprime aussitôt et publie. Tandis que l'abbé Constant travaillait à ses peintures de la Providence, VAêtomption de la Femme paraissait à Paris. Dans ce singulier livre, l'éternité des peines de l'enfer est implicitement niée. Après le monde dé« Iruit et la sentence du jugement dernier prononcée^ au sein même des joies du paradis, Jésus a regardé dans le cœur de sa Mère, et il y a vu une incommen* ■urable tristesse. Ce cœur avait compati aux douleurs de son Fils sur la croix, il compatit mabtenant aux tortures des damnés qui troublent sa béatitude dans le ciel. Jésus a sauvé le monde : la compassion de Marie sauve les réprouvés. A sa prière, le Juge des vivants et des morts a révoqué le décret de l'enfer étemel. Monseigneur fut effrayé et profondément af* fligé de cette publication, et fit défendre à son librah^ d'Evreux (jeudi 22 février 1844) de l'exposer en vente.
» 5es —
n fit prier en même temps Tabbé Constant de quitter Evreux.
L'abl>é Constant, car je suis ici historien et non son apologiste, ne se montra pas très reconnaissant des bienfaits du prélat, qui s'était compromis pour lui. Aigri par le malbeur, il Taccusa, dans la Rwue de la Vérité, de matérialiser le culte. Mais c'est le sort ordinaire de la bienfaisance de rencontrer l'ingratitude. Ainsi les Mystères de VEtêeki, en youlant accuser l'évèque d'Evreux, révélaient sa miséricorde. Il s'était trouvé coupable du crime du bon père de l'Evangile, qui reçut dans ses bras un fils malheureux, coupable du crime de l'apAtre saint Jean, qui courait chercher dans les montagnes un chef de brigands, et lui disait : « Donne aussi cette main droite que tu caches, donne- « la, mon fils, afin que j'efface, par mes baisers et « mes larmes, les forfaits dont elle s'est souillée! »
L'abbé Constant se rejeta plus tard dans les folies peu séduisantes et partant peu dangereuses du socialisme phalanstérieu : il eût trouvé sa place dans ce pandemonium d'une secte rêveuse; il en eût été l'Apellesou l'Orphée. C'est lui qui donnait à la DtfmocTiUie Pacifique cette étrange couleur biblique qu'on y rencontrait quelque fois. Mais qui vous dit que la bienfaisance de Mgr Olivier n'eût pas guéri cette âme malade ? Qui vous dit que ce ne sont pas les persécutionB subies à Evreux qui l'ont rejetée dans cet enfer du socialisme, et que Dieu un jour ne demandera pas compte à ses persécuteurs de la perte de cette âme ?
La justice demande impérieusement que nous fassions ici la part équitable de chacun, et que nous ne laissions pas la mémoire de M. Selme-Davenay chargée d'une responsabilité qu'elle ne doit pas porter
loute seule. Le yéritable auteur des Myêièreê de rj?«#ehé est multiple t l'hydre du marais Ciuigeux de Leme D'avait pas pour une seule tAte. M. Seime-BaTenay ne donnait que la forme aux articleir contre Mgr OU- Tier, qu'il a publiés dans le Journal de VEwre et dans VEeko de la Normandie. D'autres, quand les ombres discrètes de la lune laissaient tomber des ténèbres au pied des murailles, lui apportaient le fond. Ce qui lui iyi>partient, à lui, c'est quelque fois l'éclat du slyK res(Hrit, la Terve, les feux scmtiUants de rironie, la sonplesse arec laquelle est maniée l'arme du ridicule : l^trocité de l'injure, le sacrilège de l'outrage, la per- Tersité de l'intention^ la haine, les personnalités, la rengeance, le mensonge et la calomnie éMent forgées aiUeurs. Malgré les profits de cette polémique, M. Selmo-Davenay en sentait virement quelque fois les dégoAts. Sa famille, de qui je tiens le fait, l'a vm plus d'iiné fois jeter au feu les artidesqui lui afaicoi été remis, en s'écriant douloureusement : « C'eit « aflifeuxl C'est dégoûtant 1 » Plus tard, quand il m fut pliMi obsédé par les suggestions qui Passiégeaieat, il ne parlait plus de Mgr Olivier qu'avec respect ; son éloge était sans cesse à si^ bouche. Il le proclamait le plus distingué, le plus intelligent, le plus éloquent des évèques de France. Nul, selon lui, n'avait au mèaw degré l'intelligence des besoins de notre époqiœ. On nous a affirmé que dans sa vie aventureuse» après des malheurs, il s'est souvenu qu'il y avait un évèque en France qui s'appelait M. Olivier, et qu'il a eu la Boble confiance de lui exposer ses détresses et ses douleurs. Une telle démarche efface tous les articles condamnables auxquels U a prêté son nom. Ce qui rend très proiNdrie que Mgr Olivier loi vint
en aldd«c*«s^qaê H. Si^lsid^ftTeiiay, peu de jeun araol de mourir, comme me Ta raeonlé sa iamille, s'entreieomii avec un ami» fit avec chaleur Féloge de sa bonté et de sa générosité. Il ajouta : « C'était Thomme de « notre siècle ; il ne lui a manqué que d'être compris; « il ne lui a manqué, pour être heureux, que d'être « un homme médiocre, » Selme-Davenayt apologiste de Mgr Olivier, et- Mgr Olivier, bienfaiteur de Selme- Davenay ! Où trouvera-t<^n jamais une meilleure ré* fiitaiion des arlides du Journal de VEure et de VEcho de la Normandie... Lorsque Selme-Davenay ne fut plus, Mgr Olivier n'oublia point sa famille; il s'mformalt de sa veuve et de ses enCptots avec un intérêt tout paternel ; il saisit avec bonheur une occasion de liû è4fe agréable, et, chose singulière ! huit jours avant de mourir,. Mg^ Olivier saisissait la plume pour la der- ■ière fois, et écriirtit sa dernière lettre à un haut persemage pour loi recommander chaleureusement un membre de la famille de M. SelmerDavenay III
L'£oAe ëe la Nortnandiê avait fût aussi grand bruit d'un testament et des donations de M. Tabbé Cbéron, qai, en définitive, ne donna rien du tout. Le testament était fut en faveur du diocèse et non en faveur de la personne de l'évèque. Mgr Olivier était doncperson- Bellement désintéressé dans cette afikire.
Qtt^était«ce que l'abbé Chéron? C'était un vert vieillard, plehi de nerf dans le bras, de lèu dans les jreux et de vigueur dans le caractère. C'était aussi un yienx rentier, passablement riche; élève du fameua M. Ledero de Baubero», ce théeleglen de Caen ; il
— Wl —
«âTait parfoitement bien distinguer le prM usnvaire avec le prêt & yie» qui est un marché aléatoire* A la fin de sa yie, qui fut longue, il avait des scrupules. Sa conscience ne lui reprochait aucun acte usuraire, mais seulement de rivre trop longtemps. Il était censé aroir promis à ses créanciers de mourir plus i6U Quand son cofilre était plein et qu'on lui en demandait la clef, il avait des migraines, des tousseries, des gouttes qui Tempèchaient de marcher, des affections de pmtrine qui rempéchaientde se montrer à l'air. La créancier joyeux emportait son or ; ce n'était pas un emprunt, c'était un héritage prochain. Hélas I cette joie, cette espérance ne duraienl qu'un jour. Le len* demain l'abbé Chéron était capable de dompter les chevaux les plus fougueux, et quatre voleurs bien dé* termUiés n'auraient pas osé lui barrer le chemin, quand bien même ils l'eussent rencontré seul. Toujours est-il qu'il répétait, à l'âge de quatre-vingts* deux ans, à qui voulait l'entendre, que des scrupules de conscience l'engageaient à assurer le salut de son ftme par quelque acte de bienfeisance. Il n'était pas non plus fâché qu'on se souvint de lui. Le titre honorifique de chanoine de la cathédrale lui aurait aussi causé ne grande satisfaction. Avant l'arrivée de Mgr Oli-^ Tier, il affirmait qu'on lui avait promis, bien positive^» ment promis, de lui donner la gloire de mourir avec cette qualité, comme il disait, et qu'il serait chanoine aussitêt qu'il aurait donné sa démission de la cure de SaintrSébastien, et qu'il se serait établi à Kvreux.
fl achète donc une maison auprès de la cathédrale, n la décore, il vient l'habiter. Il tient touU prête une sMMie de vlngtM^inq mille francs en faveur des sérni^ saires : H attend pour signer sa nomhiation quil puisse
ajouter à son nom un titre, afin que la postérité la plus reculée sache quil a été chanoine de la cathédrale d'Evreux. Ce titre lui viendra : il lui est promis. Biais de nomination de chanoine, point. En Yain il réclame énergiquement l'exécution de la promesse qui lui a été faite, on réconduit plus ou moins poliment» mais on ne lui envoie point ses provisions. Il y comptait cependant : la mosette et Taumuce étaient achetées depuis longtemps. Il y avait bien aussi un autre malheur, une source quotidienne de dépit, de colère et de chagrin.
Un peintre était passé par là, et le flatteur lui avait persuadé qu'il serait superbe avec le costume de chanoine. L'abbé Ghéron était donc peint la mosette brodée de rouge sur les épaules. Faumuce reluisante sur le bras. Le portrait radieux, exposé dans le salon, contrastait singulièrement avec l'original, lorsque l'abbé Cbéron, en simple surplis dans la cathédrale, lançait des regards couroucés sur l'auteur d'une promesse sans effet. Si parfois un visiteur arrêtait sur l'équivoque portraiture un coup-d'œil interrogateur, le vert vieillard prenait feu aussitét, et défendait sou image en s'appuyant sur la foUacieuse prome^se.ll prétendait, d'ailleurs, avoir droit à la qualité de chanoine comme anden secrétaire de Mgr de Narbonne, et même en avoir porté autrefois les insignes. Toujours est-il que si l'on ne signait pas ses provisi<His de chanoine, il ne signerait pas non plus sa donation de vingt-dnq mille francs.
Un des premiers actes de Tépiscapat de Mgr Olivier, avait été d*honorer la vieillesse et les cheveux blanea des vétérans du sanctuaire. Ainsi, U décora avec bonheur du titre de chuMines honoraire! MM. Hue, Yarin,
Adam, Francfaet, Langlois de Maurey, Vabob, Jmiifiii, Troussel, Leviels, Plessis, Ghaumont, Huvey, Riquitr, Legoux, Stgool, Leroux, tous octogénaires. On si^ aMez combien les vieillards sont sensibles aux témoignages de respect dont on honore leurs cheveux blancs. Aussi lorsqu'ils se voyaient, de la part de Mgr Olivier, l'objet d'une distinction honorable, rien n'égalait leur joie que la douce satisfaction du prélat à les rendre heureux. Il disait, avec un sentiment profond : « HA- « tons-nous d'honorer l'ancien clergé, car ses derniers « vétérans, qui ont traversé tant d^épreuves, qui ont « été pour la/plupart confesseurs de la foi, seront en* € levte bientôt à notre admiration et à notre profonde a vénération. C'est bien le moins pour un évèque de « conduire avec respect leur vieillesse au toinbeau. « N'oublions pas qu'ils ont été les restaurateurs du € culte, nos maîtres et nos modèles. Quel évêq«e « dans l'avenir pourra récompenser de plus grands j» services ! » Ce respect de Mgr Olivier pour les vieux prêtres de l'ancien clergé était l'un des traits particuliers de son caractère. Rien donc dans ses sentiments n'était plus naturel que la nomination de M. l'abbé André Chéron, Agé de quatre-vingt-dnq ans, au titre de chanoine honoraire de la cathédrale.
Ne fallait-il pas, après tout, c<msoler le vieillard des chagrins que lui causait son malencontreux portrait f Ne fallait-il pas donner une valeur A la promesse que rappelait M. l'abbé Chéron, toujours très courroucé qu'on lui eût manqué de parole. « Est-ce ainsi, disait- « il, que l'on se joue d'un vieUlard? » Un acte si simple devint cependant contre Mgr Olivier le thème d'odieuses calomnies, distillées dans VBtho de la JVbrmandie, et répétées plus tard devant les tribunaux.
L'abbé Ghéron fut ravi t son portraii Ji^éiait plus ut mensonge* En même fcempa que soit front s*épanouis« sait à la satisfaction d'être enfin chanoine, son cœur s'ouvrait aussi à la générosité. Il commença par s*oo« trOjer à luinoième une chapelle en vermeil et un cha« subie d*or, dont il gratifiait, après sa mort, un des vicaires de la cathédrale ; puis il ofiHt à Mgr Olivier» POUR SON moGÈSE, uuo maisou pour des prêtres auxiliaires, que le prélat avait Fintention de fonder, œuvre à laquelle il attachait justement un grand prix. L'abbé Ghéron avait d'abord pensé que le legs devait être r^ mis et passé à Monseigneur l'évêque; mais le minisire de l'intérieur, ayant jugé que, comme chef du diocèse. Monseigneur l'évêque n'était pas légalement api à recevoir, le legs avait été fait ensuite au nom du sémi* naire d'Evreux« Si donc Mgr Olivier avait eu la pensée de jouir et de profiter de la générosité de l'abbé Ghéron ^ personnellement pour luiHQAême, il eût été par* (aitement inutile de s'adresser au ministère de Tinté** rieur. Les ennemis de Mgr Olivier élevèrent la voix, et l'accusèrent tout simplement de fraude et de cap-* tatioB. Voici cependant les faits incontestables tels qu'Us résidtent des débats même qui eurent lieu devant^ les tribunaux en 1848 :
, « Ea. 1844, dit le Carrier d$ VEare (samedi, 29 Janvier 1848), M. Ghéron meurt, et, par son testaments U institua M. Ibert , son parent» légataire universel, et il lègue, au séminaire d'Evreux, une maison située à la Ronde, à la condition de la consacrer au logement de jeunes prêtres destinés à la prédication, et à M« l'abbé Ghrétien des ornements dont celui-ci n'aura la jouissance que sa vie durant, et qui retourneront en propriété à la cathédrale d'Evreux.
Mais au moment où Mgr d'Evreux réclame, au nom du séminaire, la déHyrance du legs, une opposition est formée de la part de quelques héritiers de M. l'abbé Chéron. Ces héritiers, au nombre seulement de trois , tandis qu'il y avait vingt^eux personnes intéressées, font valoir un acte, daté de 1834, par lequel M. Chéron reconnaissait l'obligation de leur payer, à son décès, une somme de 40,000 fr. Ils se fondaient, sur ot qu'en 1834, ils avaient consenti une rente viagère de 6,000 fr., sur un capital de 80,000 fr., dont moitié a été payée comptant, et l'autre moitié par l'obliga*» Ijkm dont il s'agit.
« La contestation se fut sana doute terminée à l'anriable par le paiement des 40,000 fr. réclamés après la liquidation de la succession, s'il n'y avait eu $ug* gestion fatale de l'esprit de partii combinée avec un aentiment de cupidité exagérée et d'amonr-propre. L'esprit de parU fut ravi de trouver une occasion de scandale, et il sacrifia tout, jusqu'aux intérêts de ses cHents, à cette pensée de persécution contre le chef du diocèse. Et cela est si vrai, que nous trouvons aujourd'hui dans le Jùyvmal dé Rouen^ au compte-rendu de cette affaire devant la Cour royale de Rouen, quatre grandes colonnes consacrées à l'attaque de l'avocat des plaignants, et à peine une colonne destinée aux plaidoiries des défendeurs. Peu importe, en effot, aux vèriiablet promoteurs de cette affaire, de traîner leurs dtoits de Ifibunaux en tribmaux, d'accrottre les fraii^ de jasUee au-delà peut-être de leur parl^ d'héritage! Ce qu^ils veulent, c'est le scandale. Et c'eût été pour evx une si belle occasion de convaincre un évêque, •B priaœ de l'Eglise, de captation, d'exhérédation, de spoliation des familles! Ë^ c'eût été d^autant plus
admirable , que ce ninistre da Seigneur esl on des amis de la famille royale, ua homme oomplétemeni déToué 9mx insUUitioQS de 1830, un prélat tolérant « rampli de bienveillance, animé des intentions les plus purçs^ et maître de cette grande école de nos jours qui veut concilier les idées et les mœurs présentes avec les exigences de la religion. En vérité, c'eût été un coup de maître !
« Et cependant, il suffit de jeter les yeux sur le testament de M. Tabbé Gbéron pour qu'il soit possible à l'esprit le plus vulgaire de se convaincre qu'une telle accusation était absurde. En effet, la capiation n'est admissible qu'en vue d'un intérêt. Quel est l'intérAit de Mgr l'évèque d'Evreux ? Voici la clause du testa* ment :
Pour hc^oit la ionatiim de ma maiMm dUe db la «DNDE, $iUê^ à Etrmx, rue de Barref^ ^jue foi eons&mtie à M§r Févéque tEvreux, par aeêe dm 2t juin der-^ «ter; fi« reeetrait pae son ewémUon par un motif queU eoftfue, je donne e$ ligue au grand shUnaire d^Èvreu» eeite même maison de la Ronde^ ave^^ êe$ etreomlaneoê eidipeniançee pour on ai>eitH^fropriété ei la jom^ eance à partir de mon déeèe^ à la charge : - *!<» Par k grand êéminaire^ de faire dire àperpàmUé^ pour le repœ démon émb^ et à partir démon déeèe, une meeeeparemnaine;
39 Par Noe Seignoure lee Mguee du dioeèee d^E* foreuXy de faire -eervir ceUotmaiêom au logement de jeuneeprétree éutinie à la prédication et prie parmi loê prêtres du Mocèu^ et, si cêttê desHnoHon nVtail jnis réalisable, le revemt en sera appU^ à aider de pauvres séminaristes à payer leur pumon pendaut le cours do leurs études au grand séminaire.
« La cendition da legs est claire et inattaquable. Il ne peut y avoir d'intérêt pour le chef du diocèse , que celui qui résulte de son devoir d'être utie à ses administrés. Mais nous sommes bien charitables de vouloir défendre Mgr Tévêque d'Evreux, comme s'il n'était pas suffisamment défendu par sa vie, par ses actes quotidiens, par son inépuisable bienfaisance, et surtout par cette complète abnégation de ses intérêts, qui a rendu un des plus pauvres du clergé l'homme qui a eu certes en main la corne d'abondance.
« Loin, loin de nous la défense comme l'attaque 1 A nous aussi, U eut été facile d'opposer scandale à scandale ; mais nous n'aimons pas à remuer la boue, e( l'on nous connaît assez pour savoir que nous n'acceptons qu'à la dernière extrémité, et comme contraint et forcé, cette triste nécessité de dévoiler les hontes» les turpitudes et même les niaiseries.
« -Nous ne voulons même pas emprunter à la plaidoiHe de M« Senard ces raisons spécieuses *qui accusent à la fois l'avidité du défunt et la cupidité des récbunants. Nous aim>ns mieux laisser croire que ces héritiers n'ont paaspé^M s«r leur oncle, et qu'ils n'ontintenté le procès qa^après avoir été égarée far iêi sik;ge8tioi«s dont il nous serait facile de montrer la êource el le amn. »
Le Tribunal d'Evreux ordonna la délivrance pure^et sfanpfti du legs, et dédara mille et vMi d'effet 1^1^ gation de 40,000 fr. wusHMiag privé du U juillet 1884 , comme étant un acte de libéralité déguisé sous la forme d'une donation, el annulé par l'effet du t«stanMBl. Les considérants déclaraient que la plupart des UUa aUégoés contre Mgr Olivier étaient d'une inâifnifianee €omplèl9y e$ qm tom, (mmî^iU pnmvés,
iU n*établiraieut ni it dol^ ni la fraude, ni la $ug^es^ (toi», ni lacaptaiion;qm Vonck atait pu don$^r am mveu, U maître à sa domestique, U prêtre à son êénU' naire et à sa fabrique, sane qu*on dut ê*4tertuer à lr<mver à ces legs une cause mauvaise et honteuse ; que ces faits ti*étaient pas seulement non pertinents et inadmiê" sibles, mais que la preuve n'en était pas même sérieuH* ment offerte.
La Cour royale de Kouûu n'eut pas égard, plus que le Tribunal d*£vreux, aux absurdes accusations des plaignants : seulement, reconnaissant la validité de robligaUon de 1834, elle décida que le legs ne serait ilélivré qu'après le prélèvement de robligaUon sur la succession. Les considérants établissaient également que les faits allégués ne justifiaient pas les aceusatians de eaptation et de suggestion indûment soulevés aupro^ ces, eiqneldi fausseté des imputations injurieuêes eon^ tmue dan^ unepublie€Uioni faite sous le titre de Résumé DS& PM^iHifiS, était dém4mtrée\ que de telles attaques^ d' ailleurs t étaient frappéee d'impuiseaneeparleoarac'» tère personnel de eeuss auxquels ellee s'adressaient et par Ut juste contMération quiiee ei^ûurait.
l^endaAt que Mgr Olivier faisait tes Tkites pastora- \m ilans l'arrondissement é» Bemay, une qufslioo grav» élait agitée devant les£bami>res et dans U presse : ceUs de la liberté d'enseignements Piusieuts évèques sa jetèrent ardamment dans la mêlée, se ooar- Usèrent , et fir^t ensembk uw levée de baucUera*
L'évéqua d'ËvreuiL auivjs aoe li|^ de oméakw pleina d# sagesea et de réMrve, Pota. nudux l'appré»
cier, qu'od Iwe-atteDiWement ce paBiage de la Fie du cardinal de Chtveruê^ placé dans des circonstances analogues, livre ui, p. 256. Il est question de la con-» dtiile qu'il tint lorsque parurent les ordonnances du 16 juin 1828:
ff Quelques autres prélats, comme Tarchevè-
« que de Bordeaux, pensèrent que les réclamations « deTépiscopat ne pourraient avoir aucun résultat « uitie... Ce dernier sentiment, dont la sagesse a été « depuis longtemps justifiée par les faits, fut d'abord « mai acGoeiUi et ouvertement blâmé par un grand « nombre : au lieu d'en examiner les motifs si bien « Amdés en raison, dans It regret de ce qu'on allait** « perdre^ on n'écouta qu'on amour irréfléchi du bien « et les commentaires trompeurs de certains Journaux; % et de là on conclut que ceux qui ne voulaient pas € protesta contre les ordonnances, étaient, par cela c même, convaincus de ne pas aimer les jésuites et de « Sacrifier Texistence de leurs petits séminaires àtuie « lâche pusillanimité. L'archevêque de Bordeaux « souftrit de voir sa conduite si mal interprétée et ses « vrais sentknents si iailguament calomniés. Toute* « Cois, fort du sentiment de sa conscienoe, il ne se « laissa pcâBt abattre ni ébranler par cette pehie; il « la Mqpporta avec le calme d'un chrétien^ la dignité « d'un évêque et la charité d'un apôtre. »
C'est ainsi que le silciice que l'évêque d'Ëvreux semblait garder, au milwu desrértamatimMi bruyantes du reste de Tépiseopat et des emportements des p«:« tidy fut exploité par ceux qui n'avaient cessé de lui faira apposition. 8a coAduite était représentée comme un» lêcbe trahison de la foi, comme rabandon des intéfèia df la religion» On tjg^osait à sa conduite la
conduite de la majeure partie des évèques de France. A cela, Monseigneur répondait que celui qui sarait se tenir à l'écart des coalitions, des cabales, des corn* plots, des passions furieuses et rester dans le calme, pouvait avoir raison seul contre tous. Vis-à-vis de la cour, révoque d'Ëvrcux était parfaitement libre de prendre le parti qui lui conviendrait. Car Louis^Hiilippe avait eu la délicatesse de lui dire : «t 11 ne faut « pas, par amitié pour ma Camille et par dévouement « à mon gouvernement, vous séparer du reste de l*éff piscopat, et tourner tout votre clergé contre vous.» liimseigneur remercia le roi , mais affirma en même -temps, que quand bien même il serait seul contre tous, il ne changerait pas sa ligne de conduite, qu'il agissait par suite d'une conviction profonde, qu'il y aurait de sa part une injustice extrême à signaler les professeurs de l'Université comme les corrupteurs de la jeunesse, puisqu'il n'avait aucirae plainte à former contre oeux qui dirigeaient la jeunesse dans son diocèse.
Monseigneur voyidt de plus haut et plus loin que ceux qui essayaient de l'entraloer par la violence dam une voie qui lui semblait dangereuse. Il comprenait mieux l'état de la société et les véritables intérêts de la religion. Le 8 avril 1844, le ministre to cuhes hii avait écrit :
« Que dites-vous, mon cher seigneur, de tout ce « qui se passe autour de nous? Si j'en crois les ren- (t teîgnements qui me viennent de toutes parts, près- « que tous les prélats se sont entendus pour résisler « à la loi, même après sa promulgatiqn; les projets «r les plus terribles seraient formés contre notre dé- « mareli« et même avou^; en un mot, la phbs noire
« ingratitude serait la récompense de tout ce que le € gowernement a fait depuis quatorze ans pour la « reUgion et pour le clergé : je ne puis encore croire « à un pareil aveuglement, mais, comme les vrais « amts de la religion et du clergé, je suis affligé et « découragé. »
J'ai sous les yeux une assez volumineuse correspondttice entre le ministre etTévèque d'Evreux, correspondance autographe qui prouve que notre prélat, qui était accusé de ne rien faire, faisait au contraire à lui seul plus que tous les autres, sauvait Tépiscopat d'une rupture funeste entre le clergé et le gouvernement, et rendait les plus grands services à la religion. 11 allait même plus loin, en ce qui intéresse directement la foi, qu'aucun autre évèque. Il jouissait pleinement de la belle position que lui avaient créées sa sagesse et sa prudence. Pour les autres cependant, les louanges retentissantes de la presse; pour lui le blâme et les attaques passionnées 1 II se félicitait du moins de ne pas marcher à la remorque des journaux, conservait sa dignité d'évèque eu ne soumettant pas ses actes à la publicité, et se contentait d'être utile et de bien faire en silence. Il avait pour lui toute la force de la raison contre la passion, du calme contre le délire, de la franchise contre la duplicité, de la modération contre l'exagération : il était évèque , et non pas un homme de parti et de cabale. Il pouvait librement élever la voix pour persuader ce qui était raisonnable et salutaire* Beaucoup criaient contre lui qui enviaient sa position. On l'accusait de faiblesse : il y a plus de force à résister au torrent qu'à s'y laisser entrahier. Et puis, disons-le hautement par amour pour l'église, quelle 4tait donc cette conduite de prêtres jugeant les
actions d6 letinl érèqves, lear mostratit impéftecme'ment la ligne dans laquelle ils les invitaient à mar» cher? Cette prétention a un nom dans l'histoire des hérésies et des schismes : elle s'appelle prtsbyiéria^
Le 1«^ mai 1844, Mgr Tévêque d'Evreux écrivit à 8on Excellence le ministre des cultes ;
« J'avais résolu de garder le silence, au milieu
K des passions mises en Jeu par l'indiscrétion du zèle, « les écarts de quelques professeurs, et l'esprit d'op- <r position soulevé par de misérables journaux.
« Je croîs aux suites funestes qu'aura ce grand dé« <( bat : la France ra se diviser en deux camps, et ces (c deux camps ne voudront jamais la paix.
« Il est trop tard de signaler les causes de cette M explosion désastreuse. Cependant si Votre Excel- « lence me le permettait, Je dirais que l'espèce de < protection que l'on a quelque temps accordé à un « petit Journal fanatisé, les folies presque yantées de « MH. X. et X., les prétentions ultramontaines de « Y... et de Y, le choix de quelques hommes con- « nus par leur adhésion aux premières idées de M. de « Lamennais , ont préparé le mouvement révoluce tionnaire qui doit avoir, selon moi» les suites les « plus funestes pour la France et pour la religion.
a J'ajouterai que les meilleurs esprits ont dû s'ef- « frayer de la corruption de l'esprit et du cœur qui « se montre dans la Jeunesse des écoles publiques, et « qui épouvante les pères de famille les moins reli- « gieux. »
Le prélat analyse ensuite les divers arUcles du pro* jet de loi sur renseignement. H préférait le projet de la commission à celui du gouvernement, « etjurtoat.
< disaii-iL j*«D préfère l'eiprii : on y a wùU la plaie c véritable qai est renaeignement de la pbilosepble. » Il pensait que dans Tétai d'irritation où étaient les ès^ prits, il serait très sage de laisser de cAté, cette année, tout ce qui regardait les petits séminaires. Et sur le fond même du débat, il s'exprimait ainsi :
« J'avoue que je ne comprends pas comment on « peut exiger autre obose dans les examens que la « science et la capacité : peu importe Fécole dans « laquelle on a étudié, dès que Ton sait répondre aux
« questions proposées Je ne vois aucune raison
« des certificats exigés pour savoir la maison où l'on « a étudié.
« La religion catbolique est la religion de la majo- « rite des Français. Il est donc faux de dire que Tinsc truction publique doit être en debors des dogmes « catboliques. U est donc faux de dire que la cbarte « exige rindiflérence dans Téducatiou lorsque le mal- « tre parle à des enfants catboliques. De ce principe « que je crois incontestable, je tire plusieurs consé- « quences qui, mises en pratique, remédieraient à « tout le mal :
« lo La nécessité d'un ecclésiastique responsable, « sous la responsabilité du ministre, dans le conseil a royal de l'instrucUon publique. Je suppose qu'il « aurait un pouvoir réel de corriger les abus qui corn- « promettraient la foi ou son enseignement ou sa « pratique. Tous les catholiques raisonnables seraient « tranquillisés, et les évèques n'auraient plus de rai- « son de se plaindre.
« 2<» La nécessité indispensable d'un aumônier, « homme de mérite, conférencier habile, dans V Ecole « Normale qui forme les professeurs. N'est*il pas
• d^mie teeenvenance exlrème que cette école xi*ait « pas un docteur catholique, son culte et sa chapelle? « L'aumAnier d*un simple collège, qui se doit à* ses « enâoils, peut-il suffire à une école normale? L'ab- « sence d*un docteur de religion est-elle explicabie « quand il s'agit de diriger la croyance et la vie de « jeunes gens désignés pour une sorte de sacerdoce, « et à rage des passions et du doute ?
€ 3<> La nécessité de supprimer renseignement d*une « prétendue philosophie qui n'en a que le nom, et qui « a pris place de la logique, la seule sdence qui de«« € yrait être exigée pour le baccalauréat, selon la pe»- « sée de M. le duc de Broglie, et Topinion des pairs « les plus modérés et les plus sages.
« 4* La nécesâté d'un programme de questions dont « il serait défendu au professeur de sortir jamais dans € l'enseignement de la logique. »
Voilà bien le langage de la raison, mais ce n'était pas celui de la passion, mais ces rapports confidentiels n'étaient pas une hostilité publique contre le gouvernement, un anathème lancé contre l'Université, et voilà ce que cherchait la passion. Quant à Tagitatiou qui eut lieu à cette occasion dans le diocèse d'Evreux, et aux chagrins qu'elle suscita à Mgr Olivier, on peut en voir les détails dans les articles du Cowrriir de VEure, et dans la défense des opposants intitulée Procès pour rire, Paris, l«r août 1844, chezSchneîder et Langrand, rue d'Erfurth, n<» 1.
Monseigneur écrivit le 17 juin 1844 à tous les curés du diocèse :
« Mon cher curé, « J'ai cru devoir attendre que l'irritation des es-
« pritt causée par la discussion de la loi sur la liberté « d'enseignement fût un peu calmée, pour irons faire « cœiiaître toute ma satisfaction sur la conduite ad- € mirable de tous mes dignes collaborateurs, par rap- « port à cette importante et difficile question.
« L*état si satisfaisant du diocèse ne m'a pas paru € exiger de Totre éirèque un acte public, comme ont € cru devoir le faire le plus grand nombre de mes vé- « nérables collègues dans l'épiscopat.
» A l'exemple de plusieurs autres prélats, j'ai pré- « féré des rapports confidentiels avec Son Excellence € M. le ministre des cultes. J'ai la confiance que le « clergé du dioeète d^Evreux continuera k se montrer c pleki de calme, de réserve et de dignité. C'est le « BUT de ma présente communication.
« Evreux, le 16 juin 1844. »
La lettre de Monseigneur fut comblée en France d'tioges à peu près unanimes : la protestation des Ghanoines qui suivit fui universellement blâmée. Mons^gnenr reçut les félicitations du roi, de M. Guixot, de Ugr Garibaldi, intemonce du pape à Paris, de tout ce qu'il y avait de plus illustre en France. Le ministre des cultes lui écrivii la lettre suivante, 99 juin 1844:
« Certes, mon cher seigneur, j'applaudis à la lettre « ferme et loyale dont vous m'avex fait l'envoi, et « peu importent les mécontentements de quelques m membres de votre chapitre qui, soit par ignorance « du véritable état de dioses, soit par mauvaise foi, « se sont permis de blâmer votre conduite sage et m mesurée. Le tempe n*eet pas éloigné où l'on recon- € naîtra ceux qui par leurs éetrts ont compromis les « ialévètB de la reUgioB et du clergé, et ceux qui les
« ont bien compris. Les opinions émises dans les bU'* « reaux de la Chambre des députés et la composHion « de la commission doivent dissiper bien des îllaifioDs <K et détruire bien des erreurs. Si tous les prélats du a royaume avaient suivi votre exemple, la tâche du cr gouvernement et le succès de la cause qu'il a émit brassée seraient aussi faciles que la position est de- « venue embarrassante et périlleuse... »
Et le 10 août 1844 : a J'ai vu hier deux mem-
« bres du conseil général de TEure qui partent très « heureux de vous dire combien ils ont applaudi à « votre administration : cette assurance me fiut le plan u grand plaisir. »
Cependant le scandale du Procèêpour rire flt à Monseigneur le plus grand bien. Les plus aveugles ou* vrirent les yeu\. A dater de ce Jour^ sa cause fut gagnée devant son clergé qui résista en masse & teutes les suggestions t et la preuve/ c'est que Tannée suivante, quand on oheroha à le soulever contre son évertue, sur six cents prêtres qui composent le clergé du tifoeèse, on ne put recruter contre le prélat que Wnjpidêusù ii§tMure8^ qui se réduisfrent plus lard à ntuf. Au loin on put tromper des esprits ou crédules ou prévenus : de près, cela n'était plus possible.
L'affaire de la liberté d'enseignement amena forcément quelques changements dans le grand et dans le petit séminaire.
M. l'abbé S««g4, cbaiiolne, vicaire général bono« raire, rompit toutes l«i habitudes éê sa vie, et ao cepu la direction du grand séminaire. V. l'abbé Chré«^
lleti, premier vicaire de la oathédrale, gouverna le pelil séminaire avec sagesse et fermeté.
Les troubles excités par les Charités étaient apaisés sur toQs les points dudiocèse, et force était restée à Tàutorité épiscopale. Des rapports de confiance s'étalent établis entre les bons corés de campagne et leur évAque ; ils pouvaient tous s'adresser directement à lui; toutes leurs demande et leurs réclamation» étaient favorablement accueillies. A révèohé, le prélat leur tendait-les bras, les invitait sans distinction à sa table lorsqu'ils venaient il Evreux, et ils goûtaient les douceurs d'une réception franche et cordiale. Sur six cents prêtres, quel est celui qui pourrait se plaindre ou de n'avoir pas été reçu, ou d'avoir été mal reçu? La dignité épiscopale dans la personne de Hgr Olivier était une majesté sereine qui se laissait aborder ; le seul reproche à lui faire, c'était peut-être trop d'abandon avec ses curés. Mais comment lui adresser ce reproobet Il était pour eux un père, et il les aimait. La prudence diplomatique lui paraissait peu évangélique; il la lai»* sait de côtèf et gouvernail par l'ouverture et la franehfse. Il ne cachait point sa pensée au fond du puits, 01^ va se réfugier la dissimulation, et non pas la vé-* rite, comme le croyaient faussement les anciens. Il était une source toujours ouverte, fom jugU, et qui coulait à pleins bords. U était un airain sonore qut rendait un son aussitôt qu'on le touchait. Les contra** dictions de ses décisions et de ses paroles n'étaient qu'apparentes : elles n'accusaient point sa sincérité^ mais la maladresse ou le travers de ceux qui le con« suHaient.
Etait-ce quelque pauvre curé» coupable d'une faute Ignorée, qu'une dénonciation perfide amenait à ses
piedsf II le relevait avec booté, il ne brisait point ce fragile roseau, il ne posait point un (Hed imirfU^able sur la mèche qui fumait encore. Monseigneur croyait à la sincérité du repentir; dans sa bienveillance inépuisable, dans son expérience de la vie, il jugeait les boHunes plus faibles et plus inconséquents encore que coupables ou pervers. On se retirait d'auprès de lui pardonné et béni ; on redescendait cet escalier de la tour si facile à franchir, la paix et le contentement dans le cœur.
Un curé venait-il se plaindre de persécutions et de difBcultés. « Étes-vous heureux dans votre paroisse, lui disait le prélat I La main sur la conscience, pouvez-vous encore y faire le bien ?» Si la réponse était négative, il donnait sur le champ une nouvelle paroisse au plaignant; tant mieux pour lui si les cures vacantes étaient bonnes, car il lui choisissait toujours la meilleure. Combien de changements, sur lesquels des clameurs se sont élevées, n*ont pas eu d*autra mystère que celui que je raconte I
Je pourrais ici citer le nom d*un curé qui vint lui demander son changement; il l'obtint, mais non pat la cure qu'il convoitait en secret. Le dimandie suivant, il fit à son prâne des adieux pitoyables ; il pieurail, et ses paroissiens confiants pleurèrent avec lui. Le maire aussitôt, à la tète de ses notables, gais de poids et solides sur leurs formidables diaussures, arrivent droit à l'évèché, droit à l'évèque, qui n'était jamais invisible dans ses appartements, et se plaignent à lui de l'enlèvement de leur curé. « Moi, dit le prélat. Je ne vous l'enlève pas, c'est lui qui m'a demandé à vous quitter. Gardez-le, puisqu'il vous convient. » Que si q«ielqu'un venait déposer entre ses mains una
plainte, une accusation, en lui recommandant le se^ cret, ce secret, il ne le gardait pas. Il avertissait la personne intéressée. A cette manière d'agir il trouvait plusieurs avantages : Tinculpé connaissait son accusateur et pouvait mieux se défendre; Tinnocent pouvait se justifier, et quant à lui, il se délivrait de la chose au monde qui lui était la plus odieuse, la délation. De la les plaintes sur son indiscrétion, sur l'impossibilité de rien lui confier avec sûreté. Ce n'est pas ainsi qu'on administre, dira-t-on. C'est possible. Mais c'est ainsi qu'on est honnête homme. Je puis bien donner cette louange à un évèque après ce mot si profond, si naïf et si spirituel de Mme de Sévigné à sa fille, 15 juin 1680 : « M. de Chàlons est dans le ciel; « c'était un saint prélat et un honnête homme. »
Les mutations qui avaient été faites dans les deux premières années de l'épiscopat de Mgr Olivier, avaient été dues aux impérieuses exigences de la question des Charités : les curés, auxquels Monseigneur l'évéque donnait de nouvelles paroisses, avaient été pour la plupart des victimes qu'il arrachait aux persécuteurs, ou des holocaustes qu'il oflûrait à la paix. Mais désor- Biaii le prélat entrevoyait possible l'exécution de la promesse qu'il avait faite, en arrivant, de considérer les desservants comme inamovibles, et de ne les faire changer de curei|ue pour leur donner de l'avancement ou sur leur demande. Par conséquent la sécurité et la paix pteétraient dans les presbytères, naguère si désolés, et le bon curé de village cultivait avec plus d'amour et de zèle le troupeau avec lequel il devait vivre et mourir. Il était bien étonné quand il entendait mal parler de son évèque : « Pourtant, disait-Il, Je n'ai toi|)Oiin eu qu'à me louer de ses procédés 1 U
m'a toujours reçu à bras ourerts ; il m^a bien dit qu'un projet que j'avais dans la tète n'avait pas le sens commun, mais j'avais au moins l'avantage de savoir ce qu'il pensait. Je l'ai vu à la dernière retraite^ partout, si pieux, si bon, si rempli de zèle et de l'esprit de Dieu 1 On ne parle point comme il parle sans aimer sincèrement le bon Dieu. »
Le culte était revêtu de toutes ses splendeurs, et l'éloquence de Mgr Olivier, inépuisable comme la cha» rite de son cœur, animait toutes ces pompes. Les bonnes œuvres se créaient, et quelles œuvres I Un ouvroir pour de jeunes orphelines était fondé dans la sainte et pieuse maison des Sœurs de la Providence. Les pauvres de la ville, les vieillards et les femmes en couches étaient visités par des filles de Saint-Vincent de Paule. D'autres étaient méditées, et n'attendaient plus qu'un moment favorable pour éclore, comme l'institution d'un Frère des Ecoles Chrétiennes, spécial pour les enfants de chœur de la cathédrale, qu'il fit venir et paya plus tard de sa bourse, et celle des Sœurs de la Miséricorde, gardes^malades, dont 11 eut la consolation de recevoir les soins dans sa dernière maladie. Il voulait aussi fonder, sous le nom de Prêtres auxiliaires, une maison de missionnaires diocésains, projet qu'il n'a jamais abandonné.
Une marche régulière s'établissait t l'élan était donné.
Les lettres de cette époque témoignent de la sér)é* tiité de son âme et de sa conflance. Quoi de plus suave que cette lettre, qu'il écrivait à une mère, noble et sainte femme, pour la consoler de la maladie mortelle de son enfant !
« l'espère, ma chère fille, qne Dieu t^éWé ¥o«ltt
« VOUS montrer que ramertume du plus affreux des « calices, et qu'il va déployer en votre faveur toute « l'étendue de sa douceur paternelle. Votre fils vous « sera conservé I Hélas \ pourquoi ce combat de la « nature qui veut garder et de la foi qui entr'ouvre « le ciel et aspire le bonheur des élus ? Pourquoi ne « pas aimer assez pour souhaiter la suprême béati- « tude aux anges de la terre î Pourquoi nous semblea rions-nous à nous-mêmes ne pas aimer réellement, « si nous appelions pour eux une possession plus « prompte et plus assurée de l'étemelle patrie ? C'est « que notre nature est inexplicable, c'est que la mort <ï est une étrangère que Dieu n'avait pas envoyée « s'asseoir à côt<6 de nous dans la vie... Je pense que « vous devez communier souvent pour avoir force, « courage et calme pour vous, grâce et bénédiction « pour les autres. »
Et celle-ci :
« Ma très chère flile, vous êtes, pour parler mon « langage d'amitié, la plus horrible hypocrite du « monde. Vous vous flattez d'être sage, heureuse, «t bonne, reconnaissante, contente, et pas du tout, * Madame pleure, — voir ses larmes sur la lettre I « Madame se plaint,— elle n'a pas de lettres I Madame
< se reproche — d'avoir toujours été l'enfant gâtée de « la Providence. Madame, — enfin suffit.
« Donc voici la belle fête de Noël (1844). Il faut « aller à Bethléem, s'arranger pour arriver de bonne « heure, fendre la foule, si déjà elle est formée. Puis
< accompagnée de sa Sophie, il faut tâcher de péné- « trer jusqu'à la crèche. Il faudra remuer, s'agiter un « peu, forcer saint Joseph à vous remarquer toutes « • deux et à vo«s fah-e remarque» par %h ûMnt mère.
n Un peu après, il faut devenir téméraires, préten- « dre à rhonneur de parler à saint Joseph ou à la « sainte Vierge» et persuader à celte bonne mère « qu'elle a besoin d'un peu de repos, et qu'il serait « bien à elle de vous confier entre les bras le grand « roi qui vient de naître. Elle consentira, et dès que « vous le porterez, plus encore dans votre cœur que « dans vos bras, vous lui parlerez de toutes vos pei- « nés, de \os craintes, de vos espérances. »
Voici maintenant la solidité des principes spirituels et la douceur de la morale religieuse qu'il conseillait aux personnes qui avaient le bonheur de vivre sous sa direction. Ces courtes citations donneront sans doute l'idée de faire un recueil de ses lettres spirituelles. U s'agit ici des pratiques de la religion pour des personnes vivant dans le monde. Il est évident que les principes ne peuvent être absolus, et que, dans les communications de ce genre, ils sont relatib à l'état des personnes auxquelles il écrivait.
« Ma fille, je vous remercie de votre lettre dans tout € ce qu'elle a de bon; je la condamne dans tout ce qui « est inquiétude et scrupule ; car vos doutes sur votre « situation vis^-vis de Dieu ne méritent aucune per- « plexité. Allez simplement et confidemment. Lisez « pour lecture de tous les jours, avec votre chère « enfant, les MéditatioM de Bossuet sur ht Évan- € gihi, et alternativement les Mœurs des Chrétiens^ « par l'abbé Fleury. Allez avec la pureté de votre » cœur, et ne faites pas passer toutes vos sensations « à l'alambic. Soyez bien aimable pour votre mari et « bien gaie, car Dieu vous a accordé tout ce que vous « pouviez 4ésirer. Je ne vous aime pas au bal, votre « fille est eooore trop jeune pour être présentée. Vous
« ne devez y aUer, non plus qu'au spectacle, que par « l'ordre ou le désir bien formel de votre mari...
« Vlmitaiion a été faite pour les personnes clôturées' » et liées par des vœux, et non pour les personnes du « monde. Trouvez là toute la réponse à vos doutes et « à vos inquiétudes, et comprenez-moi bien. Je con- « damne de nouveau tous vos scrupules ; soyez donc « exacte à tous vos devoirs; rendez heureux tout ce « qui vous environne. Allez à la Sainte Table : votre « âme tiède a besoin de cette divine nourriture, et « puis soyez en plein repos de cœur. Je ne veux pas « de tristesse...
« On dit qu'il est d'une belle àme de voir du péché « où il n'y en a pas. Je veux que vous n'acceptiez pas « cette maxime. Avec votre ardeur, cette maxime « vous tourmenterait toujours. Laissez, laissez aller « votre àme doucement vers sa pente ; elle est toute « pure , toute noble. Vous ne pouvez pas ne pas être € un enfant d'Eve, et une perfection telle que vous la « rêvez vous rendrait toute orgueilleuse, fière pour « les autres et intolérante. Sainte Thérèse a dit, et « saint François de Sales a répété, qu'un grain d'hu- « milité, en confessant notre faiblesse, plaît plus à » Dieu que nos vertus avec la satisfaction propre et la « complaisance dans nos forces. »
Il lui écrivait encore :
c J'ai vu votre cher époux, et il m'a fait part de ses € inquiétudes sur les exaltations religieuses de sou « fils. Je lui ai demandé le nom du directeur de ce « jeuDe homme, et j'avoue que je suis tombé de mon « haut quand il me l'a eu prononcé. A quoi, à qui p avez-vous donc pensé en faisant un si déplorable « choix? Quelle est l'instigation absurde qui vous y a
« pouiMié?Mais vous ne pouviez plus mal choisir. « Remroyet votre fils à un homme ealme et sage, « à M. le ouré de Saint-Etienne, par exemple.
« Si j'aveiis eu le temps de vous répondre, je n*eosse 4 pas été d*avls de vos soirées de carême, qui ne peu- « vent être excusées que par Tobéissance nécessaire à « votre mari.
« Je vous remercie des bonnes nouvelles que vous « me donnez : tout va bien, le mari, Tàme, le corps, « la paix, le calme, la confiance. Profitez de ce bon « moment; prenez acte de votre Joie présente, ne la « dépensez pas de suite. Il faut qu'il vienne encore « le temps lourd, gris, noir. Si tous avez gardé soui venir de la paix d'aujourd'hui^ vous laisserez passer « le mauvais moment, comptant comme un avare ce a que vous avez réservé. Que Dieu bénisse vos saintes « résolutions pour l'avenir, mais ne les exagérez pasi »
Un autre jour, il lui donnait Un conseil que tous les sages pères de famille goûteront :
a Ne quittez pas vos saintes pratiques. Méprisez le « dégoût, et ne vous croyez pas bonne à cause de l'at- « trait. Il faut servir Dieu sans consolation, et comme « dit saint François de Sales par la fim pointe de Ve$^ « prit. Soignez l'àme de votre obère fille, et ne vous « laissez pas surprendre par sa poésie. Faiteê4ui a ravauder les ben de ses petits frères^ tricoter leurs « gilets; faites-en une bonne ménagère. Tenez-la dans « un état de joie perpétuelle. Continuez à être le bon* i heur de votre mari. Vous faites bien de quitter quel» a qutfoii la messe pour lui,
« Ne laissez pas la poésie; mais surtéui ne laissex « pas votre ménage et vos filles. Réglez le temps; tant « pis pour rinspiration si elle vient sans qu*on Tap*
< pelle. Ayez Utt Joof dans la scniairie petit vos ntui- <t tren. Donnez le reste à la famille. »
Il donnait ees conseils h une mère sur la danse : « Dès qu'un divertissement n'est pas mauvais en « soi, on ne peut, ce me semble, le défendre que par .
< la considération des personnes, desclrconstance8,etc. t Telle personne doit éviter un amusement très légl- « time pour telle autre. Je ne défendrais donc pas les « danses que vous me signalez en elles-mêmes, et Je « ne les conseillerais pas. C'est à la prudence d'une « mère qui connaît sa fllle, à la pureté d'une jeune « fille qui ne veut pas offenser Dieu que Je m'en rap- € porterais. Il y a quelque chose de plus dangereux « que ces danses, c'est de les désirer et de les regrette ter. L'ennui est plus nuiiibte que le plaisir honn. nite, telle est ma décision. Donc Je ne défendrais « pas à ma fille ces soirées, mais je lui dirais : jugez « et décidez, i»
Il écrivait à des religieuses t « Rappelez-vous pour- « quoi vous vous êtes faites religieuses, ce que vous « avez promis à Dieu en vous faisant religieuses, que « toute perfection est dans le silence et ^abnégation « de soi-même, qu'on y arrive par l'oraison, la mor- « tiûcation et la charité. Avec ces quatre points vous A serez toutes des saintes.
« Vous direz h vos sœurs que l'obéissance à la rè- « gle, le silence et la charité sont la cocarde à laquelle ff je reconnais mes filles, que celles qui ne portent « pas cette cocarde Je les renie. Elle doit être trico- « lore ; le violet de l'obéissance, le blanc du silence, « l'or ou l'aurore de la charité. »
Pendant le carême de 1845, malgré les nombreuses prédications faites à Evreux, Monseigneur alla prêcher
la retraite pascale de St-Roch à un nombre prodigiem d'auditeurs. Nous ajouterions que, dans cette retraite, son éloquence se surpassa encore elle-même, si l'on n'avait pas fait toujours la même réflexion à la suite de toutes ses prédications. Il prit la parole trois fois par jour; dans rintervalle, il confessa, et malgré un grand froid, il voyagea toute la nuit pour aller porter des consolations à son père malade. Les fruits de cette retraite à Saint-Roch furent prodigieux : il avait converti un nombre considérable de personnes, consolé et ranimé le zèle de ses anciens paroissiens.
Aussitôt après les travaux de Pâques dans sa cathédrale, sans se donner aucun repos, il va visiter toutes les paroisses de Tarrondissement de Pont-Audemer. Les populations Taccueillent avec enthousiasme. Partout encore il se fait aimer et bénir, à tel point qu'au conseil général suivant, l'allocation de 5,000 francs fut votée presque à l'unanimité. L'honorable M. Le^febvre-Duruflé, l'un des dissidents des années précédentes, expliqua à ses collègues son changement de vote par la belle conduite de Mgr Olivier dans l'affaire de l'Université, et par ses paternelles prédications dans l'arrondissementdePont-Audemer, qui lui avaient concilié tous les esprits. Trois membres seulement s'abstinrent de voter, mais en déclarant que leur vote n'avait rien de personnel pour le prélat, qu'ils s'associaient à l'approbation éclatante dont le coqseil général voulait entourer l'évèque.
Quel suffrage que celui du conseil général de l'Eure, oà siégeaient cinq ministres, les plus grandes illustrations du pays I Aucun conseil général, dans toute la France, ne pouvait présenter une réunion d'hommes éminents pareille à celle du conseil général de l'Eure.
Uuels noms qoeceux du duc de BrogUe, de Salyandy, Lefebvre de Vatimesnil, Dupont de TEure, Suchel, d'Albuféra, Hippolyte et Antoine Passy , de BlossevîHe, de La Grange, Troplong, Lefebvre-Duruflé, etcJ Huit préfets, MM. de Monicault, Zédé, Bégé, de Bantel, Fléau, Vallon, comte Guyot, marquis de Sainte-Croix, ont gouverné le département de TEure pendant son épiscopat. Tous ont été ses amis, tous n'ont eu qu'à se louer de ses bous procédés, tous ont apprécié ses rares qualités. C'est donc ici le suffrage du département de l'Eure lui-même parlant par ses organes les plus élevés.
Mais cette voix, qui retentissait depuis cinq mois sans reiàcbe et plusieurs fois par jour dans les chaires chrétiennes, devait s'user à la fin. Les médecins s'alarmèrent et menacèrent Mgr Olivier d'une extinction de voix, sMl n'allait prendre les eaux de Cauterets, dans les Hautes-Pyrénées. Il fallut donc se résigner et partir pour une longue absence, en compagnie de M. l'abbé Coquereau.
Quatorze évèques qu'il visita sur son passage le reçurent admirablement. Tous voulurent le faire prêcher, et les peuples se pressèrent en foule dans les églises pour l'entendre. Mgr l'évèque de Taites exigea qu'il portât la soutane violette pendant tout le temps qu'il résiderait à Cauterets, et lui donna pleins pouvoirs d'exercer toutes ses fonctions. Il célébra tous les jours la sainte messe, et comme un grand nombre de personnes y assistaient, il ne monta jamais à l'autel sans leur adresser une pieuse exhortation. Il faisait en outre, tous les dimanches, le prône de la
parois^. Tous les soirst il s» reodail à réglise pour y adorer le Saiut-Sacremeot. AuMi, un journal de la localilé disait aveo raison « que Mgr Tévèque d'EvreuK g faisait les délices et Tédification de la. nombreuse a société (près de trois mille personnes) qui s'était « rendue celle année aux eaux de Cauterets. »
J'ai sous les yeux deux do ses lettres autographes datées de Cauterets, Tune le 10 aoùtt Tautre le 18 août 18U :
a Je suis très médiocrement content des eaux. On a m'assure que Texagératian du mal que je ressens « est uo effet ordinaire du commencement du traite-* « ment.
« C'est sans doute une très belle chose que ces d énormes montagues, mais l'imagination Ta plus loin a que Tœil, et quand on est là, quand on a yu deux a jours ces grands spectacles, ou se demande : étaila ce la peine de fairo taut de cbemio, de perdre tant n de temps et tant d'argent. Rien de plus nuisible que « la vie qu'il faudrait mener ; elle ne va ni à un pré* « tre, ni ^ un évèque, » Puis le prélat raconte le péril que courut H. Tabbé Coquereau, en tombant de ch^ val dans une promenade sur 1^ montagne : il aurait pu rouler dans les précipicest
n — Ma chère fiUe^ je vous remercie de vos pieuses « préoccupations, de vos prières et de vos vœux. Je « vais bien : j'ai Tàme tranquille; je m^ennuie de mon « oisiveté*, je l'accepte comme une maladie» mais <c l'àme ne se nourrit de rien de ce que je vois.
« Pour s'élever à son auteur, il faudrait monter len « montagnes, et cela ne se peut tous les jours. La n fatigue des ascensions d'aiUçufS en Ote un peu le « fruit.
a Oo ne voil ici que des personoes pour qui la vie « est un embarras, quand elle n'est pas une décep- « tien ou un exercice de fureur. L'opéra ressemble « beaucoup h roccupation de nos baigoeurs; c'est de € Tennui essayé d'une autre façon... Mon voyage tiura « été une bonne retraite : jamais mon âme ne s'est a plus habituellement élevée vers Dieu. J'y ai beauci coup étudié ceux qui marchent à c6té de moi dans « la vie. »
Monseigneur quitta Cauterets le 27 août, et revint à Evreux par Pau, Bagnerre-de-Lombez, Toulouse, Agen, Bordeaux, Angouléme, Perrigueux, Poitiers, Bourges, Blois, Orléans, Paris.
A son retour, Monseigneur trouva son diocèse quel* que peu agité par cette opposition ,qui l'a suivi toute sa vie. Il ne s'agissait de rien moins que de le forcer de descendre de son siège épiscopal.
Nos lecteurs n'attendent pas de nous que nous suivions cette opposition dans sa voie nouvelle. Nous ne voulons pM jeter dans le publio des révélations inu* tiles et qui n'apprendraient rien de nouveau. Mgr OU* vier a affirmé lui-même son innoeenoe dans un mé« morendum entièrement écrit de sa main; il y réfiile victorieusement, selon nous, les accusations portées centre loi. Il n'y Mase pas une seule inculpation saai uAe répUiiue péremptoire. Cela doit nous suffire. Mgr Olivier, afOrmant qu'il n'est pas coupable, qui! a en horreur les sentiments qa*oft lui suppose, doit être eru, ei sa vie toute entière confirme le témoignage qu'il se rend à lui-même. 11 a d'ailleurs généreusewent pardonné à ses ennemis. On compreedm donc ici notre réserve et noire respect pour les dernières dispositions de son testament. En me faisant soa liis«
torieni, je veux aussi exécuter sa dernière Yolonié. No.us répéterons ici ce que nous avons déjà dit dans ht préface de nos Larmes : « Les exemples magna- « nimes qu'il a laissés calment les mouvements trop « impétueux de notre cœur, et la placidité de son « àme est passée dans la nôtre. » Mais que Ton sache bien que si nous couvrons ici les ennemis de Mgr Olivie» du voile de son-indulgence et de son sublime pardoc, nous pourrions retirer ce voile pour Tétemelle confusion de ceux qu'il protège. Le silence que nous gardons ici n'est point un aveu d'Impuissance : .c'est, au contraire, le repos dans la force. Nous ne jugeons personne. Nous ne désignons personne. Nous aimons par dessus tout la paix et l'édification de nos frères.
Il serait bien injuste de faire retomber l'odieux de cette persécution inouïe sur le clergé du diocèse d'Evreux, soumis à son évèque, respectueux envers son évèque. Neuf ne sont pas six cents. Les six cents prêtres qui composent le diocèse d'Evreux, loin de mériter aucun blâme, méritent plutôt des éloges pour ne s'être pas laissé entraîner, pour avoir résisté à toutes les suggestions. Aussi, quand on parlait à Monseigneur de l'opposition de son clergé, il se récriait qu'elle n'existait pas, qu'il n'avait qu'à se louer de l'obéissance, de la soumknion et des bons rapports qu'il avait avec ses curés. « Comment I disait- « il; mais c'est une calomnie atroce faite contre mon « clergé, et je dois le défendre ; j'ai les mains pldnet « des protestations de son dévouement. Partont j'ai « reçu de lui de magnifiques réceptions : U m'a corn- « plinf^nié à la porte de toutes les églises, et dans des « termes dont ma modestie seule avait à se plafaidre. * J'ai TU dans les retraites son recn^llement et son
« amour du sUeuce, et j*ai toujours été singulièrement . « frappé de sa régularité. Le clergé d'Evreux est « peut-être le plus régulier de France, celui que Ton « peut citer comme modèle pour sa bonne tenue. Nulle < part mon autorité ne rencontre de résistance. Si les c prêtres de mon diocèse m'étaient hostiles, après les « protestations publiques et individuelles qu'ils m'ont « faites, il faudrait dire qu'ils sont les plus hyp6- « crites et les plus menteurs des hommes : ce qui est « absurde. »
M. l'abbé Lefebvre, ayant donné sa démission de vicaire-général, M. l'abbé Guibert fut nommé grandarchidiacre à sa place : M. l'abbé Seugé se démit de son canonicat, et fut nommé archidiacre de Pont- Audemer, vicaire général titulaire. M. l'abbé Jouen quitta son doyenné d'Ecouls pour venir occuper le canonicat laissé vacant par M. Seugé, et fut nommé vicaire général honoraire, et chargé du contentieux. Deux ans après, M. l'abbé Dubreuil fut nommé secrétaire général. Leur fidélité et leur dévouement furent à toute épreuve, et ils ont attaché leur nom à la glorieuse administration de Mgr Olivieir.
On comptait sur l'explosion d'un grand scandale ; il n'y en eut point. Cette opposition resta sans écho dans le public : encore une fois, au loin quelque chose ; de près, rien.
La retraite pastorale de cette année 18l5 fut même pour le prélat le sujet d'une grande consolation. Ses boiM et fidèles curés se serrèrent contre lui et le couvrirent d'un invincible rempart.
A la seconde retraite, il devint encore bien évident que le clergé en masse l'aimait, appréciait ses vertus, son zMe et ses travaux. Tous les bons curés de cam-
pagne se montrèfftnt gèoérAlement aCBigés de la peine que Ton causait à leur bon évèque.
Hélas! après ceiie agitation, que deTenait Torganisation du diocèse créée par la sagesse épisoopale. L'édifice croulait par sa base» et cette inamovibilité, qui devait en être le couronnement, comnouint devenaitelle possible lorsqu'elle servait de refuge à Timpunité? U fant dire aussi que Texpérlence avait siagulîèrement modifié les premières idées de Mgr Olivier sur cetle question. Au commencement de novembre 1843i il avait reçu la visite de deux prêtres dont le nom s'était naguère signalé dans la défense des droite des desservants à rinamovibiiité. Les frères Allignol avaient été frappés des statuts que le prélat avait donnés à son dioeèse ; ils concordaient aveo la pensée que Monseigneur avait publiquement annoncée de rendre les curte de campagne inamovibles, et ils venaient étudier de plus près une organisation qui devait ame*- Qer.un si heureux retour à Tancienne discipline. L'un d'eux lui raconta qu'il avait fait le voyage de Rome, que le pape Grégoire XVI l'avait regu en audience particulière, et qu^étant tombé sur le passage de leur livre où ils eitent les papes qui veulent l'inanK^vibiUté des curés, le souverain pontife a'éoria : « «90 ffvofue, <K moi aussi I » Les frères AUigaol ne purent tirer de hil autre chose, sinon que pour accomplir cette couvre U fallait surtout être aidé et soutenu par ceux qu'elle concerne.
Pendant cette retraite^ Monseigneur ne dit qu'au mot des persécutions d<int il était l'iAjet, pour déola* rer qa'ii les acceptait ayec humilité et aveo reeonaeissance de la main de Dieu i qu'il était fort de sa bouM cansojeiice, ot qu'il pouvait bien défier ses ennenis. U
— flOS —
commenta ee mot de saint Paul : patior Md non 6on«fundor, scio oui credidi.
Cette retraite était prêchée comme la première par M, Tabbé Chalendon, vicaire général de Metz, homme d'un talent distingué et d'une grande piété, a Je me « suis bâté, dit Monseigneur, de profiter de sa liberté « pour le bien de mon diocèse, car je ne doute pas que « bientôt son rare mérite rappellera, dans un poste « éminent, àrendre à TEgllse de plus grandssen^ices.»
Après la clôture des exercices, M. le doyen de Bre^ teoil, au nom de ses collègues, remercia le prélat au sujet des arantages de la retraite. Mais M. l'abbé Boutigny, homme énergique, de cœur et de talent, curé de Veaux-sur-Eure, eu égard aux circonsianceê, dit le Journal des Villes et des Campagnes (numéro du 6 octobre 1845), crut devoir aussi, au nom de ceux qui l'en avaient prié, adresser à Mgr Olivier les paroles suivantes, qui furent applaudies et firent couler des larmes abondantes ; < Monseigneur,
« Il est des circonstances qui permettent que Ton soit téméraire; ainsi Tont pensé les prêtres dont j*ai Thonneur d*ètre Torgane particulier aupr^ do Votre Grandeur. Le besoin pressant de nos cours est moins encore de vous té*moifoer notre reconnaissance et notre admiration, que de déposer h vos pieds le sincère hommage de notre parfait dévouement.
« Du fond de nos campagnes, nous avons entendu le long gémissement de la religion ; les pleurs qui ont été versés dans le secret du sanctuaire ne nous ont point échappé^ nous avons vu cette majestueuse douleur qui s'épanchait dans le sein de Dieu même ; et nos ftmes en ont été déchirées, et des larmes amères ont coulé de nos yeux, et nous avons humblement supplié Tesprit c(Mola-
— eoi —
teor de soutenir, àam ce déplorahU iéehêkiêtiMnt àe$ fNuiiùMy cet'autre Ghrysostôme que la Iribulation venait visiter.
€ Mais les dangers n*abattent pas les fermes courages» et c*est dans les épreuves que la vertu se couvre de gloire. Lève-toi donc, teudre fils d'Helcias, n*arrose plus de tes larmes les débris de Jérusalem, cesse de dire dans ton cœur : etf-tl une douleur iemhlahle à ma douleur. La main du Seigneur te protège ; des amis plus sinc6rbs rangeront autour de toi leur phalange fidèle, et dans leur héroïque dévouement, ils sauront partager et les joies et les peines.
€ Pontife du Dieu vivant, permettez -nous de découvrir notre pensée toute entière. Rien de plus épiscopal que la clémence; dans le ciel, c*est le plus glorieux attribut de Dieu ; sur la terre, en entrant dans la lice, vous ne trouverez que des rois. Pardonner est la plus noble jouissance de votre noble cœur; espérons, monseigneur, espérons qu*un jour vous pourrez suivre votre noble inclination; espérons qu'un jour nos frères reconnaîtront qu'ils se sont trompés. Ah! puissions nous voir bientôt arriver cet heureux jour! Paissions- nous, à Tombre de vos ailes, oublier ^fin nos funestes discordes, nous rallier autour de Votre Grandeur dans un même sentiment, et ne plus former, selon l'expression de TEcriture, quun conirei qu'une âme! b
Et la bonne ville d'Evreux, la ville fidèle, la Tille bien-aimée, restera-t-elle impassible? Est-il bien yrai que son évèque était discrédité à ses yeux, qu'il ne pouvait plus vivre au milieu d'elle? Scandalisée, indignée, elle attendait la saint Nicolas pour faire sa grande manifestation. Ce jour là elle se lève comme un seul homme; elle remplit les salons de Tévèché. Elle est si compacte qu'il n'y a plus de place pour elle, il faut lui ouvrir jusqu'à la chambre d'honneur, jusqu'au cabinet de la bibliothèque particulière de l'é- ▼èque. Toute l'élite de la ville est là- Ce fait est-il as-
— eo6 —
sez significatif? Ce fait peut-il être nié? Mais Usez donc le Courrier de VEure^ numéro du 6 décembre 1845 :
« Dne nombreuse et brillante société était réunie « hier soir dans les salons de Mgr l^évèque d'ËTreux, « à l'occasion de la veille de saint Nicolas qui est ta « f%te patronale du prélat. Cet empressemant démoi- € tre combien ce prélat est jusienent apprécié par « toutes les personnes qui sont à portée de le bien « connaître et de le juger sans passion et sans arrière- « pensée. Sa Grandeur paraissait vivement touchée « des té|noignages de sympathie et de respect qui lui « étaient prodigués. »
Cette boime ville d^Evreux, fidèle pendant la vie de Mgr Olivier, lui sera encore fidèle après sa mort. Qui n*a été frappé de l'admirable spectacle qu'oflhUt un service célébré à sa mémoire le 19^ juin 1855?
Faut-il attribuer à la perversité seule la persécution dont Mgr Olivier était l'objet? J'admets difficilement ^entière dégradation de la nature humaise : généralement les hommes sont encore plus crédules que méchants et pervers. Faut-il rq^usser la bonne foi? Et comment ne pas l'admettre, lorsque le Mattre a dit lui-même : ^ Il tiendra mniem^ où eeiàxqmvauê « tueront eroiromt rendre §Mre è Dieu^ » Seulement cette sorte de bonne foi a an nom dans la langue jdiiloso^iiqoe ; elle s'appdle fanatisme.
n 7 a une autre sorte de bonne foi qui s^alUe avec une piété sincère. Elle est à plaindre plutôt qu'à blâmer. EUe s'expose à des regrets et à des larmes éter- Mltes. Saint Brice pleiva toute sa vie les persécu- IkM qa'tt fit ittbir à saint Martin. U fut ealomnié IttiroèoM, dMsaé de son siège, et Dieu lui permit ensuite de rewusciter un mon pour prouver son innocence.
— eo6 —