‹ Histoire de Monseigneur Olivier, évêque d'ÉvreuxChapitre 38 sur 47 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Fait» 4iT«M. — Hévtflatloii de ti49. — MeMiWlsaiice.

hê %i âtril lêM, Monseigneur vitit bénir, aYec touleA Ufl pompes de la religion, le pont de Gourcelles )«ié sur la Seine entre Andelys et OaiUoni II faut lire, dans le Con^rrim* de VEure^ qni le rapporte Unit au loot» radmiraMe discours qoUl prononça à cette occasion.

Moftseignenr avait à TéttoM son tteiDt père : ta compagnie était pouf lui une grande oonsolatioa. C'était bien la pins beureuse et la plus diarmante phyrionomie de vieillard ; ses quatre^ngi^ieuf ans euralNmdaient encore de sève et de verdeur, et les yeun n'avaient rien perdu de leur vivacité.

11 tomba malade au oommencemtnt d'avril 1€47. Durant sa maladie, il montra ces sentiments de toi vive qui ravalent animé pendant toute sa vie. H reçut les derniers naeremeMi de la main de son ills, et ré^ pétait souvent ces paroles de saint Paul i Lu morf est enff^ lient h mûnék pmr 1$ pMé, t II faut mourir, ajiMl- « tait-il^ c'est pénible à la native, mais o'est mie •«• « piaUon du péefaé ; ii fitut obéir au décret du SeignMT* » Il invoquait kiftainte. VifrgnlfaMn ponrlaqnelle il «f«li

en une tendre dévotion pendant toute sa vie. Il disait tous les jours I*ofûce de la Sainte-Vierge; et quand II ne poQtait plus lire, il se le faisait réciter. Il reçut sa dernière absolution de M. Seugé, son confesseur, et les bénédictions des bons prêtres qui Tassistaient à ses derniers moments, MM. Lambert et Cocqueiin. Le matin du 15 avril, il dit aux personnes qui Tenlou^ raient : « C'est ûnil c'est ma fin. d Monseigneur le vH pour la dernière fois en descendant à sa cbapelie, et lui dit 1 < Bon père, joignes vos prières à celles de vot tre malheureux fils. C'est pour vous que je vais oél^ « brer la sainte messe. » Mais avant de la commencer, Monseigneur se trouble en annonçant aux fidèles de sa chapelle que son père touche à sa dernière herfre. Claude Olivier expire, en effet, dans une douce agonie, pendant le sacrifice qui est offert pour lui par son fils. Toute la ville voulut témoigner de la sympathie h révêque en assistant aux obsèques de son père. Monseigneur érigea sur sa tombe une modeste pierre, où il avait fait graver une épitaphe composée par lui*même, et d'une simplicité antique.

La mort devait visiter souvent ce palais, et, par des coups redoublés, frappant à ses côtés ses vicairesgénéraux, MM. Seugé, Chossat et de Charraix, qui se suivirent de si près, l'avertir lui-même de son apnroche redoutable. Le lundi 14 juillet 1847, à un mner donné en Thonneur de Mgr Féron, évêque de Cler^ mont, réllte de la société d'Evreux se trouvait réunie à la table de Mgr l'évêque. Parmi les convives se trouvait M« de Limoges, intendant militaire à Evreon. Soldat d'une bravoure éprouvée sous l'empire, mâf»que de glofieuses cicatrices, d'un caractère bm, vif, f^Atie, généreux, ahnantpardessustotitla vie intérieure,

d'un commerce agréable, il était unifereellement estimé. Elevé, par des parents chrétiens, au milieu des agitatiens de la guerre et du monde, il avait toujours conservé dans son cœur les croyances de la foi catholique. A la dernière retraite pascale, entraîné par l'éloquence et par les efforts du zèle de Monseigneur, il s'était rendu à ses puissantes exhortations; il avait brisé les dernières entraves qui le tenaient encore éloigné des pratiques religieuses. La tète haute, brave au pied de Tautel comme sur le champ de bataille, il avait naguère rempli publiquement sou devoir pascal. Plein de vie, exempt d'inquiétude, il était venu s'asseoir avec joie et bonheur à cèté du prélat qu'il aldiait. Tout à coup, au commencement du repas, il s'affaisse sur lui-même. Un coup de foudre invisible lui avait épargné les horreurs du trépas, et Dieu sans doute avait reçu ce juste dans son sein. Monseigneur se hâte de porter aussitôt à sa digne et malheureuse compagne ces coi^olations que la foi chrétienne seule peut donner.

Cette année 1847 fut une triste époque. A un hiver rigoureux succédait une mauvaise récolte, et des cris de réforme vinrent s'ajouter à la détresse de la fàmke. La charité du prélat fut véritablement inépuisable. Pendant l'hiver, il fit distribuer par lesflUes de Saint- Vincent-de-Paul, qui portent des secours à domicile, du bois pour chauffer les pauvres; il habilla secrètement de vêtements chauds un nombre considérable de petits malheureux dont la vue l'avait ému de pitié. Il faut encore moins considérer ce qu'il dounaît par lui-même que ce qu'il inspu*ait aux autres de doaner : sa voix, pleine de larmes, quand il exiNNuOt ks alièret des classes souffrantes, était véritablement le

Irésor des paevres. Dans eeUe amée de déiresse» les dames de charité yienneBi le trouyer e.l loi dire : « Monseigneur, nous n'ayons plus rien à distribuer. » Le prélat ouyre sou secrétaire. Point d'argent. Il n'ea ayaitpresquejamais. Il sonne son secrétaire: Ayez-yous quelques fonds à me donner? — Monseigneur, je pourrai à peine suffire aujourd'hui aux dépenses indispensables de la maison. L'excellent secrétaire, comme on yoit, était un homme expérimenté. S'ilayait ditdemmii, il était pris. Ne nous inquiétons pas du lendemain, aurait infailliblement répondu le prélat. « Allons, mes- « dames, dit alors Monseigneur, nous ne pouyons «r pourtant pas laisser nos pauyres sans pain et sans « bouillon. 11 faut bien trouyer un moyen. Puisque « mon secrétaire ne yeut pas me donner d'argent, je « yais battre monnaie sur son dos. t» Aussitôt imaginé, aussitôt fait. Le prélat se met à signer des bous de pain, des bons de yiande et des bons de bois chez ses fournisseurs; il en signe et en signe encore. Combien de fois n'ayons-nous pas entendu dire aux hommes de l'opposition ayec une joie maligne, et quel est l'habitant d'Eyreux qui n'a recueilli ce propos : a L'é- « yéque a des dettes : il doit à son boucher ! il doit à « son boulanger! il doit à tout le monde, yt Hélas, oui I il deyait à tous, mais surtout aux malheureux, la dette sacrée de la charité, et ses créanciers étaient innombrables. Hommes plus parfaits et plus saints que tous les autres, hommes irréprochables et pour qui la sainteté et la yertu étaient un pririlége exclusif, et même une arme, en cela du moins yous dkiez yrait

Les premiers jours de l'uinée 1848 appelèrent l'éyèque d'Eyreux, à Dreux, à une triste cérémonie.

IrbU MflMt par là dovlear etTacofthltmeot du Roi, AujL obsiàquM de la princease Adélaïde, aa sceur. Mon* leifiietir perdait une protectrice qui lui était déTouée, et loû coftur reeonoaiieant dicta cette lettre k une haute daBM de la cour i

« Madame la comtesi^e,

c( Je n'ignore pas quUl n'y a pas de consolation en « présence d'une douleur aussi grande que celle dans «t laquelle je vous rois plongée. Âpres le Roi et la «t Reine, qui connaissait mieux que vous tous les tré- « sors renfermés dans le cœur de votre admirable « princesse? C'est tous qui me l'avez fait connaître et « aimer avec tant de dévouement, c'est vous qui l'a- « vez rendue si prodigieusement bonne pour moi. J'ai <c la confiance que Dieu lui a déjà donné la récoma pense promise à sa droiture inflexible, et à ses iné- « puisables charités. Mais nos prières nous revien- <c dront chargées de ses bénédictions comme une rosée et bienfaisante pour rafraîchir le cœur brisé du Roi. « Puis-je oser vous demander, Madame la comtesse, « d'exprimer au Roi et à la Reine, et de déposer h « leurs pieds, ma sincère et très profonde douleur... »

Avant de mourir, elle avait connu ses sentiments de reconnaissance pour elle. Il lui avait écrit :

« Madame, « Let bontés de Votre AlieÊM Royale ne m'ont pas « trouvé ingrat, et J'ai toujoun vivement désiré qu'il 4 me fftt accordé de lui donner des preuves de mon « zèle, de mon dévouement et de ma profonde recon- <c naissance. J'ai appris, Madame, que vous avies été « bien souifranto, et j'ai prié Dieu qu'il vous rendît « prompiement une santé si chère au Aoi et à votre

c royale famille, si préoievse pour lea paavrei ai à € tous ceux qui soufflreot... »

Un mois après, Monseigneur était étendu lui-même sur un lit de douleur. Son état donnait de sériensas inquiétudes. Le dlmanehe de la Septuagédme, 20 fé» vrier 1848, on désespéraii presque de ses Jours; le docteur Baudry, son médecin, avaii seul conserTé quelque espoir. Pendant huit Jours il poutait dire avec un prophète *. « La mort et mol, nous ne sommes plus « séparés que d*an pas* » Cependant le dimandhe un mieux sensible s'était fait sentir. Le mardi M fétrier, dans la solitude de son palais, Monseigneur distingua parfaitement un bruit de Toix confuses, quelque ohose qui ressemblait à des olamenrs et à des cris, à des chants qui montaient et étaient à chaque instant hi« terrompus par des vivat :

Mourir pour la patrie C'est le sort, le sort le plus beau, Le plus digne d*envie.

Monseigneur demanda ce que tout cela signMail. On avait beau lui répondre que ce n'était rien, que c'étaient des ouvriers qui passaient sur le boulevard en se rendant h leur travail, le prélat disait : « Mais « Je devine bien quelque chose d'extraordhiaire. On « ne demande pas à môuHr pour la patrte en se ren- « dant au travail. Est-ce une émeute ?—• Monsci- « gneur, il est vrai que la ville est agitée; mats au « fond, elle est tranquille. — Alors, dit-il, c>st une € révolution qui nous vient de Paris. )» On lui avoua la vérité. Le secrétaire général de la préfecture étant

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