‹ Histoire de Monseigneur Olivier, évêque d'ÉvreuxChapitre 39 sur 47 · IS · texte numérisé non relu

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▼enu le voir, Ikostignear le pria de couuniiiiiqtter au préfet le désir qu'il avait de recevoir sa visite. Il pouvait y avoir du danger : le docteur Baudry se rendit à la préfecture. Des groupes animés stationnaient à la Crosse. Un domestique en livrée, qui précédait le préfet, le fit reconnaître, et des cris violents éclatèrent sur «on passage. Le docteur Baudry fit éloigner aussîtAt le malencontreux domestique. Une voix amie s'écria : « Hais vous voyez bien que c'est le docteur Baudry I » Et les cris s'apaisèrent. M. Petit de Bantel put donc se rendre auprès de l'évèque d'Evreux, et lu! apprit la fuite du Roi, le saccagement des Tuilerfês et l'avènement de la République. Le docteur Baudry ramena le préfet à son h6tel ; celui-ci ne fut pas même reconnu en traversant les groupes ; mais il entendit très distinctement que le peuple, si l'on peut appeler peuple quelques individus, se disposait à prendre possession de son h6teL Quelques instants après, il crut devoir se retirer.

A révèché, plusieurs personnes généreuses faisaient offrir un asile à Honseigneur Olivier, l'une pour le cacher dans sa maison de ville, l'autre pour lui offrir un refuge à la campagne. Comme les tètes s'exaltaient avec la peur, d'autres ouvrirent l'avis héroïque de le porter au beau milieu de sa cathédrale, pour y attendre la mort comme un autre saint Thomas de Cantor b^. < Et voua, moucher docteur, que me conseiliez- « vous ? — Monseigneur, répondit M. Baudry, je suis « d'avis que vous restiez tout simplement dans votre « lit. Je réponds de votre sûreté. Je ne vous quitterai c pas un instant, et l'on n'arrivera à mon malade qu'en «r passant sur le corps de son médecin. — Voilà qui « est bien Jlit : c'est aussi ma résolution. Je reste à

« mon poeie» dans mon évècbé. Si lo peuple demande « à me Toif, qu'on lui ouvre toutes les portes du paie lais, qu'on le laisse parrenir jusqu'à moi, qu'il me « y<»e I II ne me fera aucun mal. Il ne peut m'en « vouloir; je ne lui ai jamais fait que du bien. »

Ou mit seulement en sâreté quelques objets précieux, et l'auguste malade s'endormit d'un sommeil paisible.

Et le peuple ne vint point. Il cria, il chanta comme il cbante toujours dans les commotions populaires ; il but, comme de juste, à la santé de la République; il se promena au bruit du formidable concert du Chœur des Girondine. Il secoua en passant les grilles' de la Préfecture, et on le poussa contre le domicile d'un bottorable citoyen de la ville, où une pierre lancée blessa à la tète un domestique.

La nuit approchait. Cette violation du domicile d'un homme libre, cette scène déplorable, ne laissa pas que d'inquiéter M. Baudry et M. Chilard qui veillaient à la sftreté de Mgr l'évèque. L'un faisMt la garde dans la cour d'honneur du palais désert, l'autre veHlait du cété du boulevard, où le peuple pouvait si fscllenient descendre dans les fossés pour faire invasion dans le palais. Le peuple chantait toujours. Il s'arrêta deux ou tr<H8 fois devant la grande porte de l'Evéché. Quel- qiies pierres fiirent lancées, de la main des raflants sans doute, car la porte solide ne daigna même pas en gémir. A cet instant, un bon nuage providentiel vint à passer sur la ville : il ouvrit ses cataractes, refroidit tous les enthousiasmes, éteignit les cris et les chants.

Le lendeasain, Gavelle passait avec sa troi^ devant la grille del'aUée des Soupirs. Une vdx lui dit: « Faites donc pour l'Evéché ce que voua aves frit hier

à ia Prifeelare et à la porte de M. L'IôpM, -^ Pas d'infamies, dit Gavdle; Tévâque est malade. C'est Tami du peuple 1 » Ëû passant sous les fenêtres de Té* vècbé, il se retoorna yers les chanteurs, et, montrant le palais : « Baisses la yois, clama^t-il, et ne criez pas si fort* Vous allez troubler son repos* u

liO mieux sensible qui augmenta chaque jour ne trompa point Tespoirde l'habile médecin, dont j'ai été heureux de raconter le beau dévouement. Monseigneur se guérit assez promptement, et le 15 mars» dfune main très faible encore et tremblante, il écrivit à M. Tabbé Dominique Oltyier, qui était alors aumônier de la chapelle expiatoire de Louis XVI :

<f Mon cher petit abbé, mon testament n'était pas « bit, et la tombe était creusée pour ton èvèqne I « Cependant je ne suis pas mort, et on dit que je n'en « mourrai pas. Ma convalescence sera très longue, « dit-on, J*ai voulu te donner le premier mouvement « de mon coour, de ma tète et de ma main. Tu me « liras, si tu peux. Où es-tu? Je t'embrasse, et je « t'aime,... «

Le 19 mars, il adressa une belle cireulaire au clergé peur 1« fëidter de sa sagesse. L'autographe fsit penie à vek, tant les lignes qu'il- traçait étaiept bibles ; • mais ia léte avait recouvert toute sa puissmce. il o'atteadilméme pas le retour de toulis ses forces pour reprendre toute son activité : il reparut en élsmte aa milieu du carême, et en continua K9s exercices et let prédications ordinairea.

Le S2 mars 1848, sortit de l'imprimerie de U. H4rissey une Répotm de Mgr Olivier, ternie fort seerèle, à U^ €tm$fàktttiûm adn§$éê è Vépim^pMi par $m$ f^tfUMrr les auaheTèfu» de Pprin et évéqvis d'Oilé«»K de

Versailles et de Meaux. Quelques extraits en feront assez ressortir la haute sagesse et la modération. 11 ne s'agissait rien moins que d'adresser à la future Assemblée Constituante les Vcbux du Clergé, et de demander la rupture du concordat de 1802.

« Je crois, en principe, qu'il est fâcheux de prévoir « les questions délicates, et que la défensive, au mo- « ment de l'attaque, convient plus à la dignité de « l'Eglise catholique : c'est du moins la tradition cons- « tante et la pratique suivie par les grands évêques « de l'antiquité. Traiter par avance des questions « qn'on n'agite pas encore, c'est inviter involontaire- « ment, mais forcément, au comhat des opinions...

« Pour ce qui regarde les députés de la future As- « semblée, n'est-il pas à craindre que l'initiative prise « parles évêques ne les mécontente, ne leur persuade « qu'on veut le» dominer?... Le Gouvernement se « gardera de prendre l'initiative, sans avoir pris con- « seil, conseil qu'il ne pourra plus accepter quand les <c évêques auront formulé des volontés aussi positives « que celles qui sont ou doivent être formulées dans « le projet. Je ne m'expliquerai pas, si vous voulez « bien me le permettre, sur la prévision du recours au « droit de pétition. Je ne veux pas croire que l'on « fera descendre la dignité de nos chaires épiscopalesf « jasqti*à ce r61o humiliant et qui sent si fort l'esprit « de contention et dlntrigue dont saint Paul voulait «r qat les simples fidèles sussent se préserver.

« Je me demande avec anxiété jusqu'à quel point, tf sous le prétexte d*as8urer une indépendance parfaite ^ à l'Eglise catholique en France, il nous est permii^ € et prerroquer la destruction du cobcordat de iWi, ff qui a èlé eoonttlué auss! avec les magislrals d^uncT

« république. Ne touchons-nous pas ainsi aux droits « et aux prérogatives du Saint-Siège?.. 11 n'y a aucune « connexité nécessaire entre Texistence d'un concor- « dat c^mipe celui de 1802 et les servitudes que quelle ques articles organiques essayèrent d'établir, ou « parvinrent même à établir parmi nous...

« J'appellerai difficilement dépendance honteuse, «c servitude humiliante, ces concessions réciproques a que les canons des Conciles, pendant les plus beaux « siècles de TEglise, ont consacrées comme le gage « ,de Talliance nécessaire entre la puissance sécuUèfe « et Fautorité ecclésiastique... 11 me parait démontré c que le jour où vos seigneuries auront obtenu la « liberté dont jouissent les églises d'Amérique, c'en « sera fait en France de la dotation du clergé,.. C'est « alors que notre belle égHse gallicane sera vraiment « votre Eglise si vantée d'Amérique. Au lieu de nos « paroisses administrées et sanctifiées par la présence «( d'un pasteur qui leur appartenait, plus rien que de « loin à loin que la tente des missionnaires qui par- » courent les temples déserts et réchauffent l'esprit a religieux qui s'est perdu par l'absence des solen- « nités sacrées. Il n'y aura plus de culte catholique a que dans les viUes où le clergé peut se passer dès « aiigourd'hui du traitement de l'Etat. Je suis bifin « loin de penser, vénérés seigneurs, qu'il vous soit « possible de mettre ce point hors de discussion. Qiuni «( à l'élection des évèques, je ne crains pas d'ajottier c qu'elle ne se fera pas comme vous l'entendez : l'es- « prit d'indépendance d'une partie du clergé exigera « iœpérieasement les formes électorales de la soeiélé c oiviie, «008 le prétexte de revenir à l'ancitaae coas- « UMOîMide l'fgliM. Ne me coadaames p«, measei-

«gneurs, de vous avoir soumis ces réflexions. Je dé- « sire de toute l'ardeur de mon àme d*èlre le jouet de « yaines terreurs et de chimériques alarmes. »

L*année suivante, le prélat imprima encore, chez M. Hérissey, une Réponse à la Lettre d'un croyant de VEgliêe proteetante aux croyants de V Eglise catholique, petit opuscule fort peu connu, digne de Tëtre, d'une douceur extrême, mais où la convenance et la charité exquise du langage ne nuisent en rien à la force des arguments. On croit vraiment lire une page oubliée de Bossuet dans son Exposition de la foi catholique.

La conduite des commissaires du Gouvernement provisoire fut tout à fait honorable à Tégard de ré\ èque d'Evreux. Ils lui firent dire de bonnes paroles, et le prièrent de conlinuer en paix l'exercice de ses fonctions. Immédiatement après Pâques, le prélat se rejeta dans les fatigues de ses visiles pastorales, visitant, comme par le passé, toutes les églises, prêchant plusieurs fois par jour.

Malgré la saison avancée et les pleurs delà sève, la France était alors en pleine ferveur de plantation des arbres de la Liberté. Il n'était pas un révolutionnaire bien terrible ni bien dangereux, ce peuple qui demandait les bénédictions de la religion pour les symboles de sa victoire. Elle n'était pas tout à fait maudite de Dieu cette révolution qui invoquait son nom pour consolider l'ordre au sein de l'anarchie. L'archevêque de Paris donna le premier l'exemple. A Evreux, un honnête démocrate vint supplier notre prélat d'accorder aux arbres de Liberté de sa ville épiscopale la faveur de ses bénédictions. Son attitude et ses paroles forent convenables et très respectueuses. Il est très Vrai qu'il l'appela monsieur. Hais ses intentions étaient bonnes,

— tissa coDscienoe même n'était pas très rassurée avec ses convictioDS égalitaires, car il employait ce terme de politesse à une époque où l*on disait : citoyen ministre^ citoyen président.

Donc, le lundi 2 mai 1848, sous Tescorte de la garde nationale, par un temps magnifique, MM. Davy et Fléau, Tun commissaire départemeotal, Tautre maire de la ville, revêtus de leurs écharpes, Mgr Olivier précéda à la bénédiction de sept arbres de la Liberté. Mon Dieu! que nous vieillissons vite! que la marche de ce siècle est rapide ! en quelques années, il nous emporte à des siècles I Ne croirait-on pas que je décris une scène du moyen âge? Je la copie cependant dans le Journal de VEure, n» du 2 mai 1848 :

a Suivaient ensuite de jeunes filles, couronnées de ff tleurs, dont les robes blanches étalent traversées <( par des ceintures tricolores. Elles portaient chacune <K un petit drapeau, sur lequel était écrit le nom de « Dupont de VEure ! »

A la bénédiction du dernier arbre, un léger sourire effleura les lèvres du prélat ; car il disait : » Depuis « que le monde existe, on a planté bien des arbres. « Le premier de tous tut confié à la terre par la main «( de Dieu lui-même dans le paradis terrestre, où nos « grands parents n'eurent pas la sagesse de rester, < où ils s'ennuyèrent d'être heureux. Vous savez tous «f le nom de cet arbre. Je sonhaite, mes bons amis» a que celui-ci porte de meilleurs fruits, x)

lU.

Le prélat s'apitoya sur le sort fait aux classes laborieuses de la société. Il envoya douze cents francs

pour venir en aide aux ouvriers ie Louvier» restés sans travail.

En brisant de ses. éclats les grandes fortunes, la révolution de 1848 avait aussi fait crouler les pelites, avec cette différence cependant que les riches, dam les désastres. publics, n'éprouvent que la dimiouUoB de leurs revenus, et qu'il ne reste plus aux pauvres petits rentiers, selon, une énergique dicton populaire, que les deux yeux pour pleurer.

Une marchande d'Ëvreux vivait d'un négoce peu important, elle, son mari et ses deux enfants en bas àgCk Tant que le commerce subsistait, la recetle de chaque jour suffirait, à la rigueur, aux besoins de la famille. Les trailes étaient payées à leur échéance. A Fexplosion de la République, plus de vente, plus de recette. Le mari meurt de l'excès du travail et du chagrio. Pour comble de malheur, la veuve se trouve en face d'une traite qui n'était pas payée : un enfant dormait sur ses genoux,rautre pleurait en demandant du pain. Si la traite recevait l'alTront d'un protêt, plus de crédit; il n'y avait plus qu'à fermer la boutique, et à s'en aller à la grâce de Dieu. Dans son désespoir, elle se souvient de Mgr Olivier. Elle avait entendu dire qu'il était bon et généreux, qu'il recevait également tout le monde, les pauvres et les riches. Elle ne l'avait vu qu'à l'église dans les grandes fêtes, mais ne lui avait jamais parlé. Elle avait la certitude de n'être pas connue de lui. Confier sa misère à d'autres, hélas 1 elle aimft mieux mourir avec ses enfants. Le cœur du peuple a aussi ^8l noblesse et sa fierté. Que faire? Avoir recours à des amis? Hélas I dans le malheur, il y a des amis qui vous plaignent, mais point ou peu qui délient les cordons de la bourse.

La vewre se peiril donc à l'éyftché : il n'était pA be- ■«oin d'employer d'amis et de protecteurs poar panrelûr jusqu'au prélat. Il n*y a point ici de grandeur qui se tienne inyisible au fond de son palais. Il n'y a point de consigne qui tous dise : attendez que je voie si MtHiseigDeur veut vous recevoir. On vous disait, au contraire : montez, il est chez lui. La pauvre femme traverse les appartements, étonnée de la facilité avec laquelle on lui laisse fouler ces tapis sur lesquels elle n'ose presque marcher. Devant le prtiat, elle veut expliquer sa détresse, mais dès le premier mot elle a été comprise : <cMa chère fille, lui dit-il, vous êtes dou- « blement niàlheureuse, votre évèque n'est pas riche, « mais en famille on partage, b Et il se rend droit à son secrétaire. « — Mais, Monseigneur, attendez donc, « n'allez pas si vite, vous ne me connaissez pas, et « voua ne Savez pas mon nom I — Au contraire, je c vous connais très bien, dit le prélat ; je vous connais « mieux que vous ne vous connaissez vous-même : » vous êtes une bonne mère, et vous vous appelez « souffirance. • Et Mgr Olivier revenait vers elle, ayant puisé à deux mains dans une bourse qui lui restait, et ses deux mains jointes pleines de pièces de cinq francs, il lui disait : < J'en ai pris autant que j'ai pu ! — Mais, « Monseigneur, que faites-vous? C'est beaucoup tfopl « L'huissier ne me demande qu'un à-compte : trente « francs, c'est bien assez 1 — Prenez, ma chère en- « faut, prenez toujours. — ^Mais je n'ai pas de bourse. — « Alors tendez un pan de votre robe. »EtMoiiBe^eur y répand tout l'argent, en disant une parole plus belle encore que son action*. « ma fille, la CHAarrÊ

« QUI COMPTE NE S'APPELLE PLtïS LA CHARrrÊ. »

Quand il fut mort, voilà ce que racontait la veuve

en ptourant et en dteani qu'il n'autttit pas dû mourir.

Cest une heureuse rencontre qui in*a fait connaMrtt ce trait de la ^ie de M. Olivier. Combien d'autres la^8 de ce genre sont ignorés I Mais qui nous le révélera? Sa main gauche n'a jamais su ce que donnait sa main droite.

Ses ennemis avaient eu bien raison d'écrire, de si^ gner et d'envoyer le tout à l'archevêque et au pape, que les femmes entraient de plein pied à son évêché, et que quelquefois il les recevait sans témoins. Rien n'était plus vrai, et Yoici encore un fait qui le prouve. Il remonte aux premiers temps de son épiscopat :

Une dame se présente un jour à s6n palais; vêtue de soie, portant rubans et chapeau de velours, les robes et la toilette qui la couvraient étaient tout ce qoi restait de sa prospérité passée. Elle avait occupé un des premiers rangs dans la société, et on lui supposait des ressources. Elle figurait encore dans le monde ; elle avait encore des amies qui lui ouvraient leurs salons, mais pas une ne lui demandait : de quoi virez-vous? El d*oii vous vient cette maigreur? Klfe avoue à Mgr Olivier qu'elle n'ayait pas mangé depuis deux jours, faute d'argent et de pain, et que sa dernière pièce d'argenterie était chez l'orfèvre, qu'elle éprouvait une honte insupportable à Caire connaître sa position, et que le cœur de son évéque était le seul daas lequel elle osait déposer son fatal secret. Le prélat lui remet immédiatement cinq napoléons dans la nain, en disant : « voici un premier secours. »

Outre les actes de bienlaisaiice et de charité qm Im main droite de Monseigneur cachait chaque joçr à sa gauehe, il avait usé de son crédit à la cour et auprès des ministres pour rendre d'innombrables services. H

«e savait pas refus^, et Ton pouYaiito^joar8 compter *^||UiiMBon obligeance. Que de personnes lui ont du des emplois lucratifs ou leur avancement I Mais 11 aimait» k )V)ccasiony faire coup double, comme il disait, rendre deux services à la fois.

Un habitant d'Evreux se présente à lui vers cette époque. « Monseigneur, lui dit-iU si vous me Caites la » grâce de ne pas me refuser, vous me rendrez un « grand service. Ne me dites pas que vous ne pouvez

< pas, je sais qu'un mot de votre main sera tout- « puissant. — Soit, dit Monseigneur; mais faveur « pour faveur : je m'engage à faire tout ce que vous « voudrez^ pourvu que vous ne me refusiez pas à ro- « tre tour ce que j*ai à vous demander. Exaucez-moi, « si vous voulez que je vous exauce. — Votre Gran-* « deur ne peut exiger de moi rien que de raisonnaa .ble; je lui promets de faire tout ce qu'elle daignera « me commander. — Vous avez entre les mains, je le f sais, des lettres qui peuvent perdre une honorable « famille; je sais encore que vous avez oublié un in»*

< tant les nobles sentiments qui sont dans votre ooear « pour commencer à en faire usage, ou du moms pour a en faire la menace : retournez chez vous sur-le- « champ, et apportez-moi toutes ces lettres. Je « l'exige. — Monseigneur, je reconnais là votre beau « caractère. Il ne sera pas dit que j'hésite une minute « devant une bonne action que vous m'in^irez. » Un quart d'heure après, le solliciteur rapporte un paquet de lettres ; Monseigneur les reçoit de ses mains et les j4t4i au feu. \iu% famille y^n^t d'être sauvée, «Mainm teiftnt, -dit-il en serrant la main à sofi visiteur» « vous avez agi en boBune de cœur et d'honneur, « vous pouvez eompter sur moi. «

Faut*il aussi parler de ce fiauvre ouvrier,, père de cinq eaiaDto, et qui n'avait que sa journée de traniiil pour nourrir sa femme et élever sa jeune famille? évidemment le salaire d'une journée n'y pouvait sitT- (jre, et Monseigneur était parvenu à découvrir le secret d'un honnête homme qui cachait sa misère. Il lui fit parvenir régulièrtment quinze francs par mois. Cet homme sentit qu'une religion qui a de tels ministres et qui inspire une bienfaisance qui cache ses dons, devait être la vraie, et comme. le peuple est bon logir eien, de réflexions en réflexions, l'ouvrier conclut que lorsqu'on avait une religion on devait la pratiquer. Bref, il vient trouver un jour Monseigneur à l'approche de Pâques, et demande à se confesser, en lui protestant que c'est une conversion sincère qui l'amène à ses pieds. Monseigneur entend sa confession, et puis quand tout est fini, il serre la main à son nouveau pénitenti et lui dit : u Mon ami, avant d'approcher de Tautel» soyez vous-même votre juge. Exammez bien quels motifs vous déterminent à communier I Aucune considération humaine ne doit entrer dans l'acte le plus auguste et le plus sérieux du chrétien. Que vous accomplissiez vos devoirs religieux ou que vous ne les ftccomplissiez pas, je serai le même pour vous, absoki^f^U le mêmet et je prends rengagement con^iafte éytque de vous continuer votre petite pension toute ma vie. Quand je fais le bien, je ne demande pas de quAUe religion est le malheureux que j'oblige. Ainsi n'écoutez que votre conscience pour vous déterminer. » L'ouvrier ne répondit que pav ses larmes à de si touchantes paroles. Non seulement il communia, naitU persévéra d^ns ses bons. sentiments; ilfitm^e des ptogrès dans la vie intérieure, et approcha par la

suile des sacrements aux principales fêles de Tannée. Toutes les fois qu'il avait à se confesser. Monseigneur Sê-faisait haliiUer à cinq heures du matin, pour ne pas lui faire perdre sa journée. Depuis qu'il n'est plus, il est impossible de prononcer le nom dn prélat devant l'ouvrier sans qu'il fonde aussitôt en larmes. Tous les ans à Pâques, MonseigMir avait à son tribunal une clientèle de ce genre, et il se faisait éveiller à la même heure pour l'entendre; le jour de la communion générale, il payait, à quelques-uns des plus pauvres, le salaire de leur journée. Aussi Mgr OUrier était chéri dans la classe du peuple. Quand sa calèche roulait par la ville, à son passage, pas un seul ouvrier ne gardait sa casquette sur la tête.

Monseigneur Olivier envoyait en même temps jusqu'à des sommes de cinq cents francs à une famille noble de Paris qui était tombée dans la plus affreuse misère, et qui n'avait d'autres ressources pour vivre que sa seule bienfaisance. H l'a soutenue ainsi pendant plusieurs années.

' Il puisait toutes ces abondantes aumtoes dans sa cassette particulière, et non âajnsVCEwfre Hêeéminê^ dont chaque année il était rendu un compte exact.

Peu de temps avant de mourir, un pauvre curé de campagne, à l'approche d'une première communk», lui exposait l'embarras que lui causait un enfant assidu à ses catéchismes, mais qui manquait à la messe le dimanche, faute d'habits. Mgr Olivier ouvrit immédiatement le tiroir de son secrétaire, et remit au curé deux pièces de eioq fhmcs. c Voilà, dit-il, la difficulié « levée; habillez ce pauvre petit-. • On pourrait citer une inanité d'autres traits; mais celui-d nous charae par sa simpUeHé et par l'élan spontané du emur.

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Parmi les mille anecdotes, dont il fallait être l'heureux témoin pour en apprécier tout le charme, citons encore une toute petite histoire qui nous révèle que la bienfaisance du prélat pénétrait jusque dans les hameaux les plus ignorés. Son caractère de naiVeté Yillageoise ne lui ôte rien de son touchant intérêt.

Un jour Monseigneur, à Theure quUl appelait sa récréation, se délassait avec quelques amis des fatigues d'un travail as^du. On vient l'avertir qu'une femme de la campagne, vieille et infirme, demande à lui parjer. « Faites entrer, » dit-il aussitôt, et se tournant vers la compagnie choisie avec laquelle il conversait : « vous permettez, n'est-ce pas? Il ne faut « jamais faire attendre les pauvres, i» La vieiHe femme est introduite ; elle fait force révérences qui étaient à la mode dans son jeune temps et dans son village; elle en voit tant à faire devant la nombreuse et brillante société qui l'éblooit, qu'elle ne sait quand elle aura fini, et balbutie enfin des remerdements. Puis eUe essaie d'expliquer à tous le motif de sa visite, elle Mève la voix pour proclamer sa recomuiissaaoe. € C'est, dit-elle, un service immense! c'est la « vie pour moi! c'était la vie pour mon pauvre « enlantl » Mais le prélat l'arrête. — « C'est bien, « c'est bien, bonne mère; ne parions plus de cela; € mais soyez toujours bons chrétiens, vous et votre « fils. » Alors la vieille femme s'écrie en ouvrant son large tablier qui renfermait le présent de son cœur reconnaissant, le présent du pauvre : « Cher bon € Monseigneur, yvouirim&nê bien tout de même ri- « pester à tout le bonheur que vous avez min$ ekêuoc « Bout, DMiis j'n'avons gvère chêux nous qu'un grand « noyer qui découvre nof m^ton, et je n'pomêm ^om

« triUer <tu6 Bea plus belles uoix, mais des belles ! « tenez, mon bon Monseigneur I »

« — Comment donc ! reprend révèque, en s'empa* « rant des noix qui étaient dans le tablier ouTert « comme on s^empare d*un trésor, mais c'est une exoc cellente idée IJustementyj*aime beaucoup les noix, « et les noix de la beauté d«| celles^i, sont fort rate res. » La bonne femme, à ces mots, est transportée. Elle s'incline heureuse et fière sous la main du premier pasteur, ne sachant plus si c'est à lui ou à ellemême qu*elle doit tant de bonheur, mais à coup sûr en faisant monter de son cœur au trône de la miséri* corde cette reconnaissance du paurre si puissante auprès de Dieu.

L'opposition avait imaginé de répandre le bruit que Monseigneur n'avait ni cœur ni reconnaissance, et elle donnait pour preuve l'abandon où il laissait sa nourrice qui était dans le diocèse, dteait-elle, et qui avait vainement frappé à la porte de l'évèché. Pour une seule nourrira doût on citait le village, il s'en trouva bientôt dix* L'une plus effrontée que les autres osa se présenter à l'évèché et réclameif les bénéfices 4e l'honneur qu'elle avait eu d'être la nourrice de l'évèque. Monseigtieur envoya l'âbbé Domiiiique voir ce que c'était. Elle lui soutint effrontémeui son premier dire. « Malheureuse l lui dit M. Dominique, BHMtrM-moi combien vous avei de doigts aux mains! --« J'en ai dix Monsieur; voyez, il ne m'en manque pas un.**- lasiement que la nourrice de Monseigneur n'en avait que neuf, )> Ua de ses doigta avait été amputé.

Elle était de Ghampigny -sur-Marne, et le prélat .tous les ans, au mois d'octobre« lui envoyait .ima^ pac'tUopaawon; c

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Une femme pauvre vint pour lui emprunter quinze francs pour éviter la vente de ses meubles. « J'ai reçu « beaucoup de compliments dans ma vie, lui dit-il; « et Ton a fait de moi d'assez belles comparaisons, « mais on a oublié celle qui est pourtant la plus juste, « c'est que je suis gueux comme un rat d'église. Al- « Ions voir néanmoins ce que j'ai. Nous allons partait ger en famille. » Il trouve deux cents francs, et fait part égale, puis il ajouta : (c je prête à deux condi- « lions, .sans intérêt et sans remboursement. »

On disait aussi qu'il ruinait la fabrique de sa cathédrale par les dépenses qu'entraînait son goût pour la magnificence des cérémonies. Il ne ruinait que luimême. La fabrique de la cathédrale avait emprunté quatre mille francs àM. Letellier, homme de goût, bon musicien, alors tapissier deTévêché. C'est Mgr Olivier qui solda de sa bourse la Un du remboursement. Il y avait quelques fois d'assez vifs débats dans le conseil de fabrique sur les frais qu'entraînait le culte tel que l'entendait et le comprenait Mgr Olivier. Hais que répondre à un évêque qui terminait le plus souvent les discussions en disant : je paierai de ma bourse? Et les sommes qu'il donnait étaient de mille à douze cents francs.

Dieu seuKa le secret de tous les actes de sa bienfaisance. Il faut lui compter non-seulement ce qu'il donnait, mais encore ce qu'il faisait donner aux autres.

Dans cette évaluation, serait-ce bien une exagération que d'affirmer qu'un seul homme a fait couler des milliers de francsdans le sein des pauvres? Ceux qui voudront embrasser l'ensemble de sa carrière ecclésiastique et résumer sa vie de charité nous répondront que non.

En commentant la parabole de l'économe infidèle, il disait que les pauvres ont les clefs du royaume des cieux. Quelle confiance cela nous donne que les innombrables amis qu'il s'est fait avec les richesses d'iniquité l'auront reçu dans les tabernacles éternels. Si les Pharisiens ont encore la parole au dernier jour, pour accuser leurs frères, et reprochent à Jésus-Christ d'avoir admis un pécheur dans son paradis, il les confondra par cette parole des saints livres : « la charité <c couvre la multitude deê péchés. »

Bon pour tous, Mgr Olivier était aussi bon pour ses domestiques. Il fallait le servir vivement et promptement, mais il était néanmoins facile à servir. Il considérait ses domestiques comme étant de sa fomille; il s'inqqiétait de leurs besoins, veillait à leur bien-être. Tous les soirs, à moins d'un empêchement extraordinaire, il les réunissait dans sa chapelle, et faisait sa prière du soir avec eux et la terminait par sa bénédiction. Faut-il ajouter que, lorsqu'il était absent du palais, il les laissait dans Tabondance, et ne comptait pas sou par sou la somme strictement nécessaire à leur subsistance?

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