‹ Histoire de Monseigneur Olivier, évêque d'ÉvreuxChapitre 5 sur 47 · IH · texte numérisé non relu

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Le petit Olivier fut un enfant très facile à élever. Son père racontait, comme une chose extraordinaire, que jamais il ne Tavait vu pleurer, ni bouder, ni de mauvaise humeur, ni contrarié. Il était toujours riant , toujours gai, toujours content.

M">« Olivier ne cessait de développer dans rame ardente de son enfant les germes de Theureuse vocation dont elle la voyait éprise pour la maison de Dieu» Elle savait qu'un prêtre est le père des pauvres et la bienfaisance en action. Dame de charité, elle Tinitiait à toutes ses bonnes œuvres; elle le conduisait auprès des malades et des pauvres les plus abandonnés pour Taccoutumer au spectacle des misères de notre pauvre humanité, et à y compatir. Elle lui apprenait, par sou exemple, combien il est doux de donner aux malheureux pour Tamour de Dieu. Car la fiimiile Olivier faisait de larges aumônes. Leur économie était le fruit de l'ordre, et non une avarice. Dans les bénéfices nets de leur négoce, M. t)Uvler mettait toujours de c*té la part des pauvres. A l'exemple de ses parents, au lieu d'acheter des friandises, le Jeune Olivier distribuait tout l'argent qu'il avait aux petits malheureux qu'il rencontrait. Souvent il leur donnait son déjeuner, en disant à sa mère : « Je puis bien me passer de manger ce matin, moi; mais ce pauvre petit qui n'a pas de pain chez lui L..

L'inslruction religieuse du jeune Olivier avai4 de- TftDcé son âge. On l'admit aussi de bonne lieure à la première communion , et il la fit avec une ferveur, av^ les sentiments d'une fol si vive, que ce fut un spectacle qui arracha des larmes à tous ceux qui en forent les heureux témoins.

Pour oomhle de bonheur, des mains du vénérable abbé Maheu, il passa dans celles de M. Boucher, curé de Saini'Merri, dont son reconnaissant élève a tracé plus tard le portrait dans une note de son Pané^yriqm de M. r abbé Desjardins (Paris 1834, page 22) :

« C'était un prêtre d'une érudition vaste , d'une » piété fervente^ d'une exactitude exemplaire, d'une 9 pureté de mœurs irréprochable; il a vécu jusqu'à » i'àge de quatre-vingts ans; à sa mort, on ne trouva » pas ches^ui l'argent nécessaire pour payer les frais M de son enterrement. Il est l'auteur d'un Eœpôsé très • précieux d$8 ea^cieeê spiritutli de saint Ignace , 9 d'une Vie de Id bienheureuse Marie de VIncamaîion, 9 fondatrice des Carmélites, en France. Le plus es- 9 tîmé de ses ouvrages est la Vie de sainte Thérêêe, 9 en deux volumes. U est mort curé de Saint-Merri , » en 1827. »

Lé coup d'œii de cet émlnent ecclésiasttque discerna toat d'abord, dans le jeune Olivier, les plus heureuaes dispositions, et le germe des qualités brillantes dont le développement ne se fit pas attendre* Il le plaça dans la petite communauté des clercs de sa pa-

roisse, plus tard le Petit-Séminaire de Saint-Merri, et lui donna des soins auxquels l'élève répondit par de rapides progrès. L'abbé Hubault de Malmaison, aujourd'hui encore curé de Saint-Louis-en-l'Ile, était alors vicaire de Saint-Merri et directeur des clercs de cette paroisse. Lui aussi prit une part, très active à réducation du jeune Olivier.

Le croirait-on, si ce fait n'était attesté par ses condisciples qui vivent encore? Les premiers soins de ses maîtres furent de délier la langue à leur nouvel élève. Soit vivacité extrême et^récipitation, soit défaut de Torgane, il éprouvait la plus grande difficulté à prononcer les mots et une sorte de bégayement très gênant. Il fallut employer le moyen qui réussit si bien à Démosthènes, en le faisant parler la bouche remplie de petits cailloux.

A Saint-Merri , Olivier fut absolument un bon écolier, comme le prouvent ses cahiers qu'il avait conservés, et où se remarque le travail d'un élève soigneux et laborieux, ordonnant et classant ses idées dans un ordre admirable. Il est curieux 07 suivre les développements de son esprit et la tournure qu'il savait déjà donner aux phrases latines et françaises, et aux vers latins. Les sentiments de reconnaissance qu'il éprouvait pour ses maîtres éclatent dans plusieurs petits compliments de fête qui attestent les progrès de son éloquence naissante. Nous n'en citons qu'un seul qui fera juger des autres :

« Respectable pasteiur, chaque jour apporte à vos » enfSants de nouveaux motifs à leur reconnaissance » sans leur donner le moyen d'y satisfaire. Plus même » nous avons besoin d'exprimer la vivacité de nos » vœux, plus nos langues restent muettes. Le silence

— joli et TadmiratioDy Toilà notre langage. Comment ren- » dre, en effet, tant de bonté, de soins, d'indulgence? » Comment chanter des vertus, des talents, dont je » suis rheureux témoin, mais que Totre modestie, 6 » notre bon Père, nous empêche de faire connaître à » ceux qui sont confiés À votre gouvernement. U ne » nous reste qu'un moyen de payer dignement vos » bienfaits, c'est de savoir en profiter désormais, c'est » de tâcher de suivre, du moins de loin, vos traces » dans le sentier des vertus; c'est de faire des progrès 9 sensibles dans la science et dans la piété... »

Cependant le jeune Olivier nourrissait toujours un goût très vif pour les cérémonies d'éclat, et en 1810 elles ne manquaient pas à Paris : Napoléon épousait Marie-Loaise, la fille des Césars. Comment un tout jeune homme pourrait-il pénétrer jusque dans cette chapelle des Tuileries, jusqu'au pied de l'autel où le vainqueur d'Austerlitz et de Wagram allait venir s'agenouffier? Tant de grands personnages étaient refusés I Et cependant, Olivier était saisi d'une envie irrésIsUhie d'assister à l'auguste cérémonie qui ne comptait guère que des tètes couronnées pour assistants, n imagine alors un stratagème. Revêtu d'un magnifique costome d'enfant de chœur, ceinture de soie rouge flottante au vent, des burettes d'or à la main, il se présente hardiment à l'entrée si bien gardée des Tuileries, et aux portes de la chapelle mieux gardées encore, il est accueilli par le mot tradition-

nel dû la consigne : « — On ne passe pas! '^ Il tout » pourtant bien que Je passe. Comment dira-t^n la » messe sans moi t voilà les bureltes I » Et il fend la foule dorée , coudoie les maréchaux et les princes , avise derrière les tapisseries une place qui lui coii'vienl, et, entr*ouvrant les tapisseries, contemple tout à son aise et la pompe des cérémonies et les traits du héros qui voyait l'Europe à ses pieds.

Cepeudant rintellîgence, la raison précoce, et surtout la piété du jeune Olivier, permirent à H. Tabbé Boucher de lui confler, quand il n'avait encore que quatorze ans« l'enseignement des petits enfsnts aux catéchismes de Saint-Merrl. Ainsi , dans Tàge où d*or'> dinaire on s'assied encore sur les bancs de l'église pour y recevoir l'instruction religieuse, Olivier était en état de la distribuer aux autres. Dans ces fonctions, soo* vent pénibles, et qui ne trouvent leur récompense qtt« dans la satisfaction que l'on éprouve à moraliser «on semblable, à lut découvrir les trésors de la grâce, il déploya dés lors i^tte facilité d'étocution, cette force de logique qui sont les conditions premières des in* siructions et des prônes. L'enfant s'acquittait miracti-^ leusement de cet emploi difflcile de catéchiste et s'essayait au genre des instructions familières et des prônes , où il devint plus tard incomparable. Pendant qu'il préchoUait ainsi de son mieux, pour nous servir de son expression, sa réputation ne tarda pas à frao* chir les murs de l'église et à s'étendre même bon de

l*eiiC6inle de la paroisse. Très souvent on vit son auditoire enbntin se grossir d'une foule de fidèles, curieux de recueillir, d'une bouche aussi jeune, les grandes vérités de la foi. De toutes parts on accourait écouter les conférences du jeune et savant catéchiste, qui jetait ainsi les bases de sa renommée de prédicateur à un Age qui n'est ordinairement que celui des études préparatoires.

Dans cet auditoire, il y avait une femme dont les yeu% s'humectaient de douces larmes : c'était la bonne et pieuee Jeanne, c'était sa mère heureuse, qui gardait toutes ses paroles dans son cœur, qui comparaH en secret son bonheur à celui de Marie elle-même, quand elle trouva le petit Jésus enseignant les docteurs dam te temple de Jérusalem.

Dans les démonstrations vigoureuses de la divinité de notre religion, dans la réfutation des objections voltairiennes,il se montrait toujours énergique, serré, oonds à un tel point, que le cardinal Maury, ce glo-* rieux rival de Mirabeau, ayant entendu parler de lui, voulut le voir, l'entendre pour croire les merveilles qu'on lui racontait de sa'précoce éloquence. Il le combla de félicitations et d'encouragements, et lui donna ses conteili. On imagine aisément quelles devaient être ces leçons dans la bouche du fameux auteur de VEsêOi $ur V éloquence de la chaire. * Comment se fait-il, dit « le cardinal à l'abbé Boucher, en le quittant, qu'un « enfant de quatorze ans ait deviné un art que je ne « me flatte pas de posséder après toutes les études de « ma vie t Et que feut^il le plueadmirer ou de l'élève « M do nMittre quf a formén tel élève? »

iott cours de rhétorique, le jeune Olivier psroer quelques traits de cette puissance d'élo»

cution dont il était doué. Quelques sujets, comme le sacrifice d'Abraham, la Tengeance de Samson, le discours d'Aman après sa disgrâce, la description d'une sécheresse, le parallèle entre un prince conquérant et un prince pacifique, étincellent déjà de beautés de premier ordre.

A seize ans, sous la direction de H. Boucher et de M. Hubault de Malmaison, les humanités du jeune Olivier étaient terminées. Elles furent signalées par les succès les plus brillants. Chaque année, il rempor^ tait les premiers prix, qui formèrent plus tard une partie notable de sa bibliothèque et que le prélat montrait avec un juste orgueil. Il dtnait tous les jours à la table de M. Boucher, qui lui faisait lire, par forme de récréation, les plus beaux morceaux de littérature, et étudier les auteurs les plus renommés. Il lui confia alors, malgré son extrême jeunesse, la direction de la petite communauté de Saint-Merri, qui a fourni plus de Tingt prêtres au diocèse de Paris, deux évêques, plusieurs curés de Paris, et vicaires de grandes paroisses de la capitale. Elle se composait d'environ trente élèves. Un prêtre distingué de notre diocèse, l'abbé Lahr, chanoine honoraire, ancien économe du séminaire, était, à Saint-Merri, le condisciple de M. Olivier.

vn.

Ces études pacifiques se faisaient au milieu de l'invasion des années étrangèfes, au bruit d'un canon que la France n'aurattjaiBais dû entendre.Pendaatque le chef d'une nouvelle dynastie voguait vers l'Ile d'Elbe,

rhériUer de rancienne, après tant d'orages, rentrait dans sa cfli^italey et reprenait la route des Tuileries en descendant la rue Saint-Denis. Louis XVIII devant passer devant Téglise Saint-Merri, M. Tabbé Boucha avait cru devoir haranguer Sa Majesté Royale. La procession de la paroisse se disposait à sortir, mais déjà le cortège défilait devant le portail. Alors le jeune Olivier saisit vivement le compliment des mains de M. Boucher, et arrête les chevaux de la voiture de Louis XVni, en disant : « On doit ici haranguer le « Roi : que Sa Majesté daigne s'arrêter un instant. » La portière s'ouvre, et le Roi rép^md : « Nous n'avons « pas le temps d'attendre. » Alors Olivier jette le compliment dans la voiture, sur les genoux de Louis XVIII : « Si Votre Majesté, dit-il, n'a pas le temps d'attendre, « elle trouvera bien sans doute celui de lire. » Et le bon abbé Boucher se consolait de ce mécompte par la joyeuseté de l'aventure. Le lendemain, une largesse royale en faveur de ses pauvres, et pour la décoration de son Eglise, lui prouvait que Sa Majesté avait trouvé, en effet, le temps de lire.

Vin.

Cette même année 1814, le jeune Olivier harangua les habitants de Boissy-la-Rivière, réunis en assemblée communale à l'effet de pourvoir à l'entretien d'un pasteur par une cotisation annuelle. Le jeune orateur de seize ans commenta la lettre de Mgr t'évèque de Versailles, s'associa à la joie des habitants de voir l'Eglise abandonnée du village rendue aux splendeurs

du culte, et i'éteudUiur la douce influencé qu'un bofi prèire exerce dans une commune pour raalnienlr la paix et Tunion entre tous, pour corriger les moBurs publiquei par ses enseignements divins, pour fermer dés chrétiens fenrents, des fils respectueux, des époux fidèles, des pères tendres, des mères dévouées. 11 dessinait déjà à grands traita l'idée qu'il se formait d'un bon curé, et de l'éducation chrétienne des enfants dans la famille.

« Nous lisons, diiait-il, dans les Saintes Ecritures, « qui doivent être la règle de nos mœurs et le fbnd « où nous puisons notre instruction, tout ce que le « père doit enseigner à son fils, la mère à sft fille. Lie « père mettra sous les yeux de son fils l'obéissance « d'Isaac, la chasteté de Joseph, la piété de Sarouel, « le respect de Tobie pour les auteurs de ses Jours, « enfin le modèle adorable de Jésus notresauveur, et la « mère sous les yeux de sa fille Tingénuitéde Hebecca, « la vertu de Rachel, la modestie d'Esther, la force « de Judith, et le concours admirable des vertus de «( Marie. C'est ainsi que Thonnète homme apprendra <( à régler sa conduite sur la religion; car il n'est pas « d'honnête homme sans religion. » Puis il concluait de l'exemple des tribus d'Israël, nourrissant celles de Lévi, qu'il était juste que les chrétiens pourvussent à l'entretien de leurs prêtres, consacrés aux services de leurs autels. Il eut ensuite des paroles flatteuses pour le maire, pour l'adjoint, pour toutes les autorités de la commune.

Le jeune orateur fut écouté avec ravissement, et la petite paroisse de Bofa»y-*la'*Rivière eut bientôt son propre pasteur nourri et entretenu par elle au moyen de la cotisation annuelle.

M. Cl^ Olivier était intéresié à coite regiaura* lion dtt^pe. Il venait de se retirer du commerce avec 110 revenu de septà liuit mUle francs, et d'acheter le château de Bierville, hameau dépendant de MM7»to*Rmàre, avec sea terres et dépendances. La «até ^e oiaAuM Olivier l'avait obligé à songer à la retraite. Elle était habitueUement très souflhmte; mais eU« était soutenue dans ses infirmUés par la t^^ veor de sea Angélique piété.

En attendant l'âge e* Olivier pourrait entrer au senUnaire, il restait un intervalle de trois ans. Ces trois précieuses années furent employées par lui à pro^ fesser des classes et à diriger la communauté des clercs de Sainl-Merri. Toujours sous les yeun de M. Boueher, il s'appliqua à un travail sérieux avec une ardeur extrême, à l'étude de la philosophie, de la ttiéolegie, des plus fameuses questions qui /s'agitaient à cette époque, le gallicanisme, le jansénisme, le quié-i tisme et l'usure. Bossuet surtout était son auteur favori : il le lisait, l'annotait, le commentait, l'analysait, età forcedesepénétrerdesasubslance,il lesavait presque par cœur. Pendant les vacances qu'il passait chez sou père, au château de Biervillc, vous l'eussiez surpris, au bord d'une rivière, sur la lisière d'uu bois, la tète penchée sur Bossuet. Quand il donnait le bras à sa mère pour guider sa marche chancelante, si vous eussiez eu le secret de leurs entretiens les plus intimes, vous auriez vu qu'ils roulaient presque tous sur

la sainteté du ministère eccléstastique, sur les vertus nécessaires au prêtre, sur les préparations nécessaires à un si auguste ministère. Le fils avait pour la mère Taffection la plus tendre et une confiance sans bornes dans les lumières que Dieu lui avait données. Elle était pour lui une providence visible, et elle, de son côté, ne se lassait point de développer dans son âme, avec une admirable sollicitude, ses inclinations natives et toujours croissantes pour le ministère évangélique.

Jamais enfant, jamais jeune homme ne fut plus soumis à ses parents que le jeune Olivier, et son père a pu dire de lui, quand il était évèque, ces belles paroles qu'on a recueillies de sa bouche : « Mon fils ne m*a « pas désobéi une seule fois pendant toute sa vie, et « il ne lui est pas arrivé une seule fois de me faire « de la peine, même quand il était enfant. »

Tant sont vraies les paroles du sage I

« Élevez bien votre fils, et il vous consolera , et il deviendra les délices de votre âme. » ( Proverbes XXIX, 17.) « ... Celui qui honore sa mère est comme un homme qui amasse un trésor. (Ecclésiastique III, 5.)

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