‹ Histoire de Monseigneur Olivier, évêque d'ÉvreuxChapitre 6 sur 47 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

lie •éwÊÊÈtÊmire»

Au mois d'octobre 1817, Nicolas-Théodore (Mivier, à dix-neuf ans, entra au séminaire Saint-Sulpice, cette illustre maison dont Fénelon disait qu'il ne connaissait rien de plus vénérable en France, pour y faire sa philosophie et sa théologie, et s'y préparer aux foifctions du ministère sacerdotal, vers lequel un penchant irrésistible l'attirait si fortement depuis l'enfance.

Là il commence sa vie de séminaire par une bonne retraite, qui est prèchée par HM. Carbon, Gamier, le célèbre conférencier Boyer, Legris, Gosselin, Durai et Morel, directeurs du séminaire. Tous les sermons qu'il entendit sont soigneusement annotés et analysés. Il en fut de même de tous les sujets d'oraison qui furent donnés dans le cours de l'année. H apporte dans •es études une méthode admirable, un plan régulier, ei se fait une loi de suivre de point en point toutes les recommandations de ses professeurs. L'emploi de toutes ses heures est réglé. De sept à huit heures du matin, après les exercices de piété, il fait une lecture pieuse, et apprend par cœur un morceau d'éloqaence pour coUiver et exereer sa mémoire. Pendant le déjeu-

ner, il lit un livre intéressant, Virgile, Horace ou Sénèque, en continue la lecture en gravisapsi les escaliers , mais le ferme soigneusement en entrant dans sa cellule. De huit heures un quart à neuf heures et demie, il prépare les matières de la classe, consulte les auteurs conseillés, prend des notes, et ne quitte point son auteur qu'il ne se soit rendu un compte parfait de sa doctrine. Il ne se met toutefois à l'étude qu'après avoir invoqué les lumières du Saint-Esprit et le secours de la sainte Vierge. Pendant la classe, il ne parle à aucun de ses voisins, et chasse toutes les distractions qui l'empêcheraient de profiter des leçons du professeur. Après la classe» il entre dans la chapelle du séminaire, et adore quelques instants Jésus* Christ vivant et présent dans l'Eucharistie. C'est à se» pieds qu'il se délasse de l'attention soutenue qu'il a donnée aux maîtres chargés de l'instruire. Jusqu'au «Uner, il repasse toutes les matières enseignées en classe, et rédige ses cahiers; c'est là le pomt essentiel des forte» et solides éludes. Laissons-le nous dire luimême» dans spn règlement de vie, comment il passoit les récréations avec ses condisciples :

A Je tâcherai, écrit^il, pendant les récréations de (c me trouver avec pleôsir dans la compagaie de tous « mes frères» sans distinction, et de vaincre tout sen» « timent d'antipathie naturelle» Je prendrai garde à « parler peu» jamais de moi» rarement des autres, et « toujours en bien. Rentré dans ma chambre» j'exa- « minerai comment s'est passée ma récréation. »

Depuis la réoréalion jusqu'à deux heures un quart, il étudie le SpectoeU d$ la nêiure^ par le bon abbé Plucbe» et c'est dans cette lecture sans doute (^u'il a puisé ce riche fo^d de comparaisons gracieuses, empruntées

à niisioiré oainrelle, qui lui devinrent familière dans la ohaire. li préparait enduiui «a olasae, puis tisilalt le Salnt-Sacrement, et repassait comme le matin tout renseignement donné. A cinq heures, il étudiait rÉcriture Sainte, puis la philosophie) ou repassait quelque traité déjà étudié.

Les dimanches et les fêtes, il faisait une retuo de la sennaioei Apres tépres et la récréation, il allait adorer le Sakit-Sacrement, faisait une lecture amusante^ et reprenait ensuite Tétude de TÉcriture Sainte et de la philosophie. Il conférait avec le directeur du sémi** Mire toutes les trois semaines, et faisait une petite retraite spirituelle tous les troisièmes dimanches du moif» Ce jour «là 11 remplaçait la lecture intéressante da aoir par une lecture de piété.

Le jour ne lui suffisait pas pour étudier. Gomme it élut doué d*une santé et d'un tempéramment de fer, il atatt obtenu de son directeur la permission de pro* longer -ses veillée studieuses jusqu'à minuit \ ce qui ne r«Bpéchait pas de se lever tous les matins à cinq heu'» rea avec ses autres condisciples. '

Vers la fin de son cours de philosophie» à Tordina* Mon de la Trinité 1818» le Jeune Olivier reçut la tonoiéricale.

L'année suivante, en 1818, il commença son cours de théologie, et eut pour principal professeur H. AflVe, depuis archevêque de Paris, dont il fut Téiève chéri. Poor n'être pas dérangé dans ses études par des visitée Ifliportiuies, U quitta la maison de Saint^Sulplce

pour celle dlssy, succursale du séminaire, à dix kilomètres de Paris, où il y avait alors un second cours de théologie, qui était le principal et comptait les élèves les plus nombreux. Il trouvait dans cette seconde mai^ son plus de silence, plus de solitude et de recueillement.

L'année scolaire s'ouvrit par la retraite ordinaire ; elle fut prèchée par les directeurs et professeurs de Saint-Sulpice : MM. Carrières, Boyer, Roux, Morel, Garnier, Molvaut. L'abbé Olivier analysa soigneuse^ ment tous les sermons de cette retraite, que termina un discours de M. Boyer sur la dévotion à Marie, et sur lequel on lit cette note dans ses cahiers de séminaire :

« Je g&terais tout le mérite des phrases éloquentes « qui remplissaient ce délicieux^ discours, si je voulais t Tanalyser en entier. Qu'il me suffise de conjurer « cette Reine des anges de remplir mon âme de son « amour et de confiance en sa puissante protection, X de me donner d'imiter, autant que ma faiblesse me « le permet, les admirables vertus dont elle m'a donné « Texemple, vertus essentielles à un prêtre, et enfin « qu'elle daigne me servir de mère sur la terre et me « conduire dans. le ciel pour y contempler à jamais la « majesté infinie de Dieu, et rendre à cette tendre « protectrice les hommages de ma reconnaissance et « de mon fidèle attachement. Ici finit cette retraite. « Fasse le Tout-Puissant que je n'en perde pas les « fruits et que je persévère dans les résolutions que la « gr&ce de Dieu m'a suggérées pour sortir de l'état « de tiédeur dans lequel je suis plongé. Amen ! £a <c 1818. ]»

Avant la fête de Noël de cette année, il y eut encore, selon la règle sulpicienne, une petite retraite.

4êM laquelle M. Boyer prêcha son fameux discours sur Texemple des prêtres. Le jeune abbé écriYit dans ses noies que ce discours étail de la plus grande beauté et que les déyeloppements en étaient admirables. Le célèbre conférencier y discutait la question de savoir si une piété éminente, jointe à une science suffisante, était préférable à une science éminente jointe à une piété ordinaire. La question est encore controversée. Le prêtre très pieux, mais peu instruit, est bon pour loi-même, mais sujet aux préjugés, et moins utile aux autres ; le prêtre très savant, mais d'une piété ordinaire, a moins de mérite devant Dieu, mais il est plus utile à ses frères et à l'Église.

L'abbé Olivier continuait à travailler une partie des nuits à l'étude de TËcriture Sainte, de la théologie et de la controverse. Son ardeur à s'instruire était telle, qu'il lui arrivait d'oublier les heures et de rester des journées entières dans la bibliothèque du séminaire, oi il s'enfermait pour mieux travailler. Les nombreux cahiers de cette époque, tout chargés de notes et d'analyses d'auteurs, attestent quelle était sa puissance de travail et sa persévérance dans l'étude. Ses compeodiums des divers traités de théologie sont rédigés avec tant de soin, de méthode et de clarté, qu'ils formeraient à eux seuls un traité complet de théologie fort curieux et de la plus grande utilité.

U n'est pas étonnant qu'avec les facultés naturelles, soutenues par un travail si opiniâtre, il devint, de l'aveu de tous ses condisciples, le cardinal Mathieu et Mgr l'évêque de Séei doivent s'en souvenir, l'élève le plus brillant et le plus fort de tout son cours. Il annonçait déjà ce qu'il devait être un jour, un des plus fermes appuis de la foi, une des plus éclatantes lu-

mièrei de TÉgliie, en même temp« qu'un ouvrier évangélique, puispanl en œuvres et en parole.

L'étudiant de théologie dévorait son Toumély et son Billuart. comme autrefois son Virgile et son Dé» mostbènes, A peine avait*!! paru sur les bancs, que déjà nul ne prétendait l'égaler. Ses anciens condisci« pies se rappellent encore avec un indicible plaisir les thèses qu'il soutint en diverses occasions, et les discussions oà il guerroya contre ses maîtres aux applau» dissements de tous. On ne le tenait déjà plus comme un $êcoli0r, comme dit un ancien biographe, mais pour $n9êign$ur. Tous l'aimaient, tous admiraient celle fe» cilité prodigieuse, celte vivacité d'esprit presque sans exemple, dont ses maîtres eux-mêmes étalent presque eflVayés. Ce qui était surtout remarquable chez le jeune théologien, Q*élait une pureté de langage irréprochable» non seulement dans ses écrits, mais aussi dans ses paroles, soit qu4l argumentât, soit qu'il sa livrât aux innocents plaisirs de la conversation ; il avait, dès lors, un sentiment parfait des convenances, et Jamais, même au milieu de la conversation la plus vive» la plus chaleureuse, il n'enfreignait les lois de la politasse la plus exquise.

Sa gaieté était aimable en conversation, sa conversation toujours totéressante. On se rappelle qu'il s'était fait une loi de ne jamais parler de lui, raremant des autres, et to^jours an bien. Il était Tàme et le président de petites et studieuses académies, forméea entre les élèves, où l'on s'occupait de questions sérleu« ses, instructives et variées, tantôt sur un pobitde llttô* rature, tantét sur un sujet d'histoire, tantôt sur les sciences, les arts, la philosophie, la théologie, la con« troverse, la liturgie, rarohéologie.

Le Sûlitaire, ud de ses biographes, lui reprocàe alofB de la brusquerie, de rarroganee et une excentricité dugereosâ. Il dit, page 42, que M. Énury en éiûit êlfirmfé, U tMrable et êtdni ^ire ! Mais M, Ëmerj était mort depuis plus de cinq ans, et il n^a Jamais eonnu le Jeune Olivier. Cette assertion est démentie d'ailleors par tous les témoignages. Sa régularité était ■i exemplaire, qu'on ne Ta Jamais rencontré causant «WL portes des cellules de ses camarades. Son obéis» «uioe était si grande, qu*il ne faisait Jamais rien, nVn«* rreprenait aucune étude, aucune lecture, sans l'avis de tes directeurs et de ses professeurs; son respect pour Tautorité si admirable, qu'on ne surprit Jamais fnnp aes lèvres ni une plainte, ni un murmure contre •M supérieurs. Sa piété surtout était exemplaire, et avait pour caractère particulier un grand amour pour Jéfus^brist présent dans l*Euchanstie, et une tendre dèv^on envers la sainte Vierge, \ussi le séjour du ■émifiaire lui était si agréable, qu'il a souvent regretté depuis, qu'il regrettait toujours le temps qu'il y avait

in.

La compagnie de Saint-Sulpice professait alors les doctrines ultramontaines, comme étant seules catholiques ou à peu près, comme elle avait professé auparavant et comme elle professa depuis le gallicanisme. C*était une petite concession au vent de la politique et de roplnion qui souftlalt alors. Il n'entre pas dans les habitudes de modération de cette illustre société

de 86 passioDDer pour des opinions. Au fond de toutes les controYorses, elle se contente d'enseigner les définitions catholiques, laissant chacun, dans les opinions libres, prendre le parti qui lui convient. Quoiqu'il en soit, on faisait alors grand bruit avec les questions ultramontaines, questions fort dangereuses, et qui semblent prédestinées à précéder tous les orages politiques et toutes les commotions religieuses. L'abbé Olivier aimait à discuter ces controverses et à pourfendre de ses arguments les doctrines ultramontaines. Il était gallican, non comme un président à mortier^ comme l'a écrit le Solitaire^ mais comme Bossuet et Fleury» ses deux guides et ses deux modèles. M. Affire» son professeur, encourageait son digne élève et jouissait de ses succès. Les arguments que déterrait l'abbé Olivier n'ont pas sans doute été depuis inutiles à ce superbe antagoniste des prérogatives papales, A force de recherches, après deux jours et deux nuits passés dans la bibliothèque du séminaire, l'élève triomphant apporta à son maître la preuve d'une fraude ultramontaine commise dans les éditions de l'historien Sozomène; on lisait, à propos de la juridiction des papes sur le temporel des rois, qu'elle s'exerçait dans toute l'Église, «fi told EeeUnà: mais le texte primitif était, dans toute ritalie, in totd Italid. Quelle différence et quelle découverte !

Au commencement de l'année 1819, la retraite du séminaire fut prèchée par MM. Gosselin, Molvaut^ Legris , Boyer, Gamier et Càtel. Le jeudi de la retraite, un de ces messieurs fit défaut, et, à la place du prédicateur, l'abbé Olivier lut le sermon de Bourdaloue sur le jugement particulier. La plupart des sermons de cette retraite avaient déjà été donnés en 1817, et

Tabbé Olivier en lait la remarque dans ses analyses. Il trouve un sermon de H. Molvaut, sur le Calvaire, de la plus grande beauté, M. Boyer admirable dans le combat des passions et dans la comparaison de la mer en furie, et M. Garnier sublime dans son discours sur rimitation de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

« Seigneur, mon Dieu, s'écrie Tabbé OlWier, dai- « gnez graver dans mon cœur mes devoirs et me rap- « peler mes promesses (les promesses cléricales). Ah I « que je n* abuse pas davantage de vos dons, et que « cette retraite enfin me convertisse / Confirma hoc « Deus, Amen, jt

A l'ordination de Noël 1819, Tabbé Olivier fut appelé aux quatre ordres mineurs. M. Gosselin y expliqua le pontifical, et le retraitant recueillit toutes ses belles explications avec beaucoup d'ordre et de suite. La retraite de Tordlnation futprèchée par MM. Boyer, Holvaut et Péala. M. Molvaut fit un beau discours sur Tobéissance due aux évoques» et fondée, selon l'orateur, sur trois motifs inébranlables : la parole de Dieu» l'autorité de la tradition et les promesses de l'ordination. Son jeune auditeur se pénétra profondément de cette doctrine incontestable, qu'il n'est pas possible d'être bon prêtre sans une parfaite soumission à l'autorité épiscopale. M. Boyer revint encore sur la fameuse question : lequel l'emporte du prêtre pieux ou du prêtre savant?

« A la suite du beau sermon de M. Boyer, écrit « l'abbé Olivier, je me suis dit k moi-même : tu dis « que tu veux être savant pour rendre service aux « Ames et être utile à la gloire de Dieu. Eh bien I on « t'a montré que la piété l'emportait sur la science : « travaille donc à l'acquérir comme tu travailles à

— 4fl ^

% Vmifuml Ei j^ai prig pour résolution de commen* « oef en volllani davantage sur meg sens. Je me pré- « pare aux ordres mineurs, et le portier doit avoir « deux vertus t la vigilance et l'humilité. 06 en suls- « je? 9

A l'ordination de la Trinité, 1820, l'abbé Olivier aceomplit son sacriflce à l'Église , en se liant à jamais à elle par les vœux du sous-diaoonat. M. Boyer prèeha la retraite, et M. Molvaut expliqua le pontifical, et ses instructions, dans les oahiers de l'ordlnand , se trou-* vent sur une colonne parallèle à celles o6 il avait déjà recueilli celles de M. Gosselin. L'abbé Olivier nous raoonte lui-même de quels sentiments il fut pénétré dans cet acte si important de sa vie :

« C'est dans oette retraite que Dieu , dans sa misé-r « ricorde infinie, a bien voulu agréer l'hommage de <r mon dévouement éternel h sa gloire et au solut des «Ames. Quand je considère cette gi*Ace et mon indi- « gnité, quel sujet do trembler! Mais quand Je censi- « dère ses bontés, quel sujet de joie et d'allégresse I « Les obligations sont graves, mais son Joug est léger. « Il ordonne des ehoses difficiles, mais il donne la grâce K de les remplir.

« 0 mon Dieu , daignes continuer le cours de vos c misérioordes sur moi. Conservez en mol ee que vous « avez dftit. Donnez-moi l'humilité , la ferveur et la « modestie. Faites que je pense souvent et tous les « jours que Je suis sous-ëlaere. Je voudrais, avec voie tre grftoo, Je ne veux vivre que pour vous. Guidez- « moi vous-même t sans vous, je ne puis rien ; aveo « vous. Je puis tout. Air« mes iku» in mt$rn%êm. Dieu H est ma pari pour Péternité. »

Le If avftil immodéré des nuits sans sommeil avait fiai pmr altérer une sanlé si robuste. Pendant les racanees qui suivirent la réception de son diaconat, Olivier ût une maladie mertelle au cb&teau de Bierville. Les mé« decins Tavaient condamné et averti de se préparer à la mort. Pans cette épreuve, il fut soutenu par la douce eompagnie et par les prières de sa mère qu'il vénérait eonnm une sainte. Sons son inspiration, il fit un vceu à la Sainte*'yierge, et, contre tout espoir , U se rétablitf A la fin de oes tristes vaeances, bien que souffrant enoore, mais tonjours courageux contre lui-même et ne s'éooutaHt jamaiSi U voulut quitter les douceurs du fojer paternel pour assister h la retraite du commencement de rannéot Au moment des adieux du départ, sa mare lui dît avee raocept d'une prévision surbowûnet

s — Mon iUSi quand je te reverrai, tu seras pré- ^ irai , .

s -» Ma pére . cala n'est pas possible , je ne suis « annafo que somnliacre. Quand bien même je serais « diaere à Tordination de Nottl, comme je n'aurai en** c eope que vingt4rois ans à la Trinité suivante, et que « lii Siilpioiens ont pour prineipe inviolable de ne j». « nais dMiander de dispense d*àge, je ne pois être « «prionné prêtre que dans deux ans,

« « Mo» flto. je t'assnre que ja ne dois te revoir « que prêtre; oui, tu seras prêtre quand tu reviendras

« dans un an prier à cAté de ta mère, prêtre et déjà « missionnaire et apôtre. »

L'abbé Olivier reçut le diaconat en 1820, à Tordinatiou de Noël. La retraite fut prècbée par MM. Rubens, Hamon et Boyer , qui donna pour la troisième fois son sermon où il fait le parallèle du prêtre savant et du prêtre pieux, sermon « d'une beauté ravissante, « écrit M. Olivier, mais mal soutenu dans la deuxième « partie,où il oublie qu'il ne parie que d'un prêtre très « savant, mais pieux; car il le confond avec le prêtre* « mondain et bel esprit. »

Olivier, une fois diacre, continua ses études cbéries avec une nouvelle ardeur , prenant toujours sur ses nuits le temps qu'il trouvait trop court pendant le jour. A cause de son âge, et malgré les paroles de sa mère, entre le diaconat et la prêtrise, il voyait avec joie un intervalle de dix-huit mois, qui lui donnerait tout le temps nécessaire de se préparer davantage aux fonctions du saint ministère , d'étudier à fond les Pères, l'antiquité ecclésiastique, la constitution de l'Église, la doctrine des temps apostoliques, matières qui lui étalent déjà familières, et l'objet constant de ses recherches et de ses saintes méditations. L'époque de l'ordination approchait, et les direc^rcurs de Saint-* Solpice ni lui-même n'avaient demandé à Rome aucune dispense d'ige : à la Trinité 1821, l'abbé Olivier, diacre, n'était âgé que de vingt-trois ans. Le biographe qui a esquissé le livre des Orateurs sacrés eontemp&rains (2« édition, Paris, 1840 , page 65), s'est très certainement trompé, quand il dit que « dans l'em- « pressement que l'abbé Olivier éprouvait de prendre « rangparmi les défenseurs de la Teligioo, il consentit

« à ce qu'une demande fût faite à Rome pour que « l'époque de ses vœux fût avancée. »

Le cardinal Alexandre-Angel de Talleyrand-Périgord, oncle du fameux diplomate, était archeYèque de Paris depuis 1817, et avait Mgr Hyacinthe de Quélen pour coadjuteur. La réputation du jeune catéchiste de Saînt-Merri, du brillant élève de Saiut-Sulpice était parvenue jusqu'à lui.

Cependant, à l'approche de la Trinité 1821 , l'abbé Olivier ne songeait donc nullement à se préparer à la prêtrise, lorsque , contre toute apparence , M. l'abbé Legris, maître des cérémonies, vint dire à l'abbé Uli- TÎer : « Le cardinal me charge de vous avertir qu'il « faut vous préparer au sacerdoce pour l'ordination c prochaine ! »

L'abbé Olivier n'avait jamais vu le cardinal I Comment pouvait-il être connu de lui? Et la dispense d'âge, qai l'avait sollicitée ? Il se refuse donc à croire cette annonce. Uva trouver le supérieur du séminaire, qui lui affirme qu'il n'est aucunement question de lui pour l'ordmation. M. Gosselin, un des directeurs du séminaire, traite cette nouvelle d'absurdité; il taxe même le jeune théologien de présomption , et lui demande pourquoi Ton ferait en sa faveur une exception que Ton n'accorde à personne. « Je ne vois certes, répond « l'abbé Olivier , aucune raison de faire un privilège « pour moi, mais aussi je n'en demande aucun. »

Il retourne à sa cellule de travail avec joie et avec me tranquflllté parfaite. Il forme de vastes projets pour analyser les Saints-Pères, et se penche avec bonheur sur la Soumm de ioint Tkamas et sur saint Augus» tin. L'appel aux ordres se feit comme à l'ordinaire, et

«on Qom m ga trouva point sur la liste des ordioanda. li tombe même assax grayemeut malade.

Or, la veilla daraxamenpour lesûrdluauds^M.rabbé Lagris vient de nouveau lui annoncer que le cardinal vaut absolument Tordonner prêtre, et que le prélat a de lui-même sollicité à Rome, et obtenu du Souverain Pontife la dispense d'âge nécessaire. -^ « Mais Je suit « malade; je ne puis pas même me lever, i» -^ « N'im*» « porte, la cardinal le veut, w^ Alors je n'ai plus qu'à % obéir à mon supérieur, n

M, Gosselin, chargé de Texamen, interroge le ma* lade dans son lit , et le laisse débiter tout au long la thèse de la présence réelle, et développer les propo-* sitions les plus ardues du traité de la grâce. L'inter-' légation dura plus d'une heure. Aussi un redoublement de fièvre saisit l'abbé Olivier, et il ne put assister aux premiers exercices de la retraite de l'ordination.

Gonflant dans la force de son tempérament et contra l'avis des médecins, qui lui prédirent de plus violents accès de fièvre par la suite, l'abbé Olivier coupe eette fièvre opiniâtre et inopportune par une forte dose de quinquina, et sa rend aux exercieas des ordinands. Il entend M« Boyar prêchant sur le soin des pauvres . la visite des malades, et sur la récitation du bréviaire , fonction la plus honorable, la plus importante, lapins utile du ministère. sEUe doit être cTiereée, écrit-il , « avec attention , piété at persévéranea* Ca sermon n était ravissant, n

« ^tant malade, je n'ai pu faire que bien imparfait « temant cette importante retraite, ^w laa yewt da « Dieu j'y ai pris la ferma résolution \

« !« Oa ne Jamais manquer mon oraison • at pour

« cela, la résolalion do me lever loua iMjûtifB à oinq « heures;

« 2o D^aimer à confetter les paufres al dt ne Im re* « buter Jamais ;

« 30 De visiter exactement , promplamêiit, assidu* € ment les malades;

« 4« Surtout de m^examiner le plus souvent possi- « ble pour voir si J'agis pour EMeu, et non pour la vsp c Dite, et pour les hommes ;

« 5^^ Tous les mois, Je fer^i une revue sur moi, sur « mon bréviaire, sur mes fréquentations, sur les d*>

< voirs de ma place, sur la messe surtout.

« 6« Mon Dieu, fiaites que Je ne parle Jamais de mol « sans raison suffisante devaut vous I « A mon impuissance à prier , J'apporterai deux

< pensées: premièrement celle d'une toile, et Je prie- « rai Dieu d'y tracer les vertus \ secondement , celle « d'une statue qui honore le prince en restant sans « sentiment dans son antichambre.

« J'ai pris la ferme résolution (Dieu aidant), adju- « tanle Deo , de ne Jamais , quelque ordre qui me

< presse, dire mon bréviaire sans préparation 1 pré- « sence de Dieu, eonfusion, députation, renoncement « aux distractions, intention. Jamais la messe sans « préparation. AdjuvetDm$! (Q^iê Weu m$ êoit en « aide!)

« J*ai à prendre garde :

« lu A la facilité de mon caractère ;

« 3» A une crainte de désoblifer, qui m'empèeli*.

< rait de renvoyer une visite qui me ferait perdre du « temps ;

« Se A mon peoehant pour le^ efaoaee ettérie«ieB i « 4<* A mon amanr pour le fissUi

« 5<» A ma langue : je parle trop;

« 6<> A mon épanchement : il faut savoir ne pas se « communiquer à tout le monde ;

« 7« Il faut me borner dans l'étude, me raidir contre « les difficultés. ;

<c 8<> Châtier mon style •■ ^ •

« J'ai bien pris la r^olution de ne jamais commence cer le bréviaire sans les préparations nécessaires « pour en faire un vrai exercice de piété. »

Voilà l'abbé Olivier tel qu'il se voyait sousiesyeuxde Dieu, la veille de son ordination, et tel aussi qu'il se montrera aux yeux des hommes dans sa vie de prêtre et d'évèque. Aucune exagération, rien de mystique et de maniéré, nulle ostentation dans sa piété, mais les vertus solides, les vertus réelles, les vertus pratiques du prêtre; Thumitité sans pharisaïsme, la défiance de soi-même jointe à une grande confiance en Dieu, l'esprit de prière, la pureté de l'intention , la vigilance, le bon emploi du temps, l'amour du bréviaire et le plus profond recueillement dans la célébration des saints mystères. Il faut y joindre la tendre dévotion dont nous l'avons déjà vu animé envers la Sainte-Vierge, le soutien et le plus parfait modèle du prêtre.

Cependantrabbé Olivier àe présente à l'ordination de laprêtrise avecles sentiments de la foi la plus vive, tout pâle, tout chancelant, tout défait, comme une victime qui va s'immoler sur l'autel. La sollicitude toute paternelle de Mgr de Quélen , son consécrateur, veille sur lui, et le force à s'asseoir pendant toute l'auguste cérémonie. Après l'ordination, le coadjuteur l'envoie prendre un déjeuner que le cardinal avait eu l'attention délicate et vraiment extraordinaire de lui faire

préparer lai-mème» Aussi le jeune prêtre demeure Gonfondu de tant de préveiiance et de bonté»

Une piété vive et ardente , sucée avec le lait de Tenfance , une intelligence précoce soutenue et développée par le travail le plus constant et le plus opini&tre, une jeunesse tout entière passée au pied des sanctuaires, entre les mains de saints prêtres et dans les séminaires , la fuite de toutes les fêtes mondaines, de toutes les joies du siècle, des humanités brillau'» tes, un professorat de trois années, des lectures immenses» la science du saint ministère et de la théolo* gie acquise sous les plus habiles maîtres connus, une vie et une conduite exemplaires avaient préparé le jeune athlète aux combats du Seigneur. Cicéron craignait lliomme d*un seul livre, iimeo virum unitu libri : Tabbé Olivier est Thomme d'une seule science; toute Tardeur de son àme» de son activité, de ses passions naissantes, toutes les forces de son intelligence se sont concentrées sur un seul point : l'étude de la religion. U n'a pas étudié, il ne sait pas autre chose , mais aussi il possède tout ce qui se rattache, de près ou de loin, dans l'histoire profane ou dans la philosophie, à cette science divine. Il connaît tous les détails de l'histoire de l'Eglise, les concUes, les grandes as^ semblées du clergé et leurs décisions, la doctrine des Pères et de la tradition, tous'les enseignements de la plus exacte théologie. Il a fait aussi une étude approfondie de la théologie mystique, et s'est principalement attaché à sainte Thérèse et à saint François de Sales, deux auteurs qu'il possède comme saint Augustin et Bossuet. Si l'on eu excepte le gallicanisme, et encore n'en a-t-il embrassé les maximes que parce qu'il y voit les doctrines mêmes de l'Eglise primiUve et

la tradition, il Q*ap[mrtleQi apécialèment à aucune école , à aucune opinion théologique *. il s^en tient purement et siniplenient aux déoisions de TEglise» à la doctrine publique et définie de TEgliae, il embrasse comme certain ce qui est certain, et abandonne les doutes h la liberté des esprits. Par dessus tout, il a en horreur toute nouveauté, toute expression de doc« trine qui ne serait pas conforme à Tantiquité et à la tradition.

Il s'est formé , il a nourri en lui'^mèma un idéal du prêtre, et il Ta composé de saint Paul , de saint Au* gustin, de Bossuet, de Vincent de Paul, en y joignant la gràoe, la douceur et Taménité de saint François de Sales. U sent leur esprit et leur génie brûler en luimême } il sent aussi du Brydaine frémir au fond de son oœur. Il s'est dit encore que prêtre, il voudrait «gir, penser et parler comme Jésus^Christ lui-même, comme le maître qu'il représente. Il veut éclairer les hommes aveo la lumière qui vient de Jésus«<Chrlst, il veut les aimer avec le oœur de Jésus-Christ. il se sent prêt à souffHr pour eux comme Jésus«Chrlst lui*même a souffert.

La gloire de Dieu, le salut des fcmes, voilà ce qui dévora le cœur du jeune prêtre* Il est calme, cependant, car ches lui une imagination bouillante et fougueuse est tempérée par un jugemeut sûr, par une raison sévère et froide. L'heure après laquelle il soupire depuis si longtemps vient de sonner, la carrière est ouverte devant l'athlète impatient de s'y élancer. Mais où va-Uii d'abord porter ses pas?

Il songe sérieusement à se consacrer aux missions, à se faire apAtre parmi les sauvages. Son courage est à la hauteur des périls.

Mais d'un autfê c6té, letSulpk^nt, ms maSlrM, t^ moins de ses rapidos succès, qui l*almalaol d'atUmm tendrement, et appréciaient rexe«l|e»i« mélliodê qu'il avait apportée dans ses étudss, son Jofement fort, sa raison mûrie déjà par la solence, voutnrent te (l%er aa sein de leur Illustre compagnie, en lui donnant «ne chaire de théologie à Saint-Sulplce. Ses goûts Ty poi>> talent aussi , à un Age où les esprits les mieux ftiits n'ont encore qu'une oonsoienee iroparfliito de leur to* cation.

Se sentant également porté à embrasser l*«ne 4% ces deux oarrières, l'apostolat ou Tenselgnemeiit , l'abbé Olivier craignit d*aller contre la volonté de Dieu et de se mettre en dehors des voles de la dirkie Providence s'il faisait un choix de lui-même. L'obéissance lui paraissait un chemin plus sur, et il s*en rapporta entièrement au choix de ses maîtres et de ses directeurs.

Mais Dieu lui préparait une au^e mission. Une voix plus puissante que celle de ses directeurs se fit entendre. Mgr de Quélen lui imposa les fonctions du ministère des paroisses, en le nommant second vicaire de Saint-Denis en France, et lui accorda en même temps deux semaines pour rétablir entièrement sa santé. L*abbé Olivier obéit aussitôt. Il renonce à l'espoir du martyre dans les missions parmi les infidèles, il quitte ses études chéries et les discussions théologiques. La Providence ne l'avait pas seulement doué des qualités de l'intelligence propres à l'enseignement sacré, elle lui avait fait le don le plus rare de tout ce qui prédestine un homme au gouvernement ecclésiastique. Elle lui avait donné la douceur avec la force, le zèle avec la prudence, rinfiexibilité des principes pour les cho-

ges avec la tolérance pour les hommes, la fermeté avec rindulgence, tout ce qu'il faut, enflu, pour rame* uer les pécheurs, pour souienir les justes, relever les lâches et les imparfaits : eux tous avaient besoin de Tabbé Olivier, et Dieu le leur envoyait.

Grâces soient rendues aux Sulpiciens d'en avoir agi sagement avec lui 1 D'autres, en comprimant son intelligence au lieu de la laisser librement se développer, en lui créant des obstacles , en voulant plier son âme aux exigences aveugles de petites pratiques méticuleuses au lieu de la nourrir d'une piété forte et solide , auraient pu briser les puissants ressorts de son caractère. En lui laissant une liberté innocente , ils formèrent, selon une expression du Solitaire^ un grand ouvrier de conversion»

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