‹ Histoire de Monseigneur Olivier, évêque d'ÉvreuxChapitre 7 sur 47 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

JfêmmHmé ûm

Comme Tabbé Olivier se rendait au diàteau de BiervUle auprès de ses parents pour rétablir sa santé, U rencontre le curé de Boissy-la-Rrvière, qui lui demande les prémices de son sacerdoce pour prêcher une mission dans sa paroisse, et lui remet une lettf% de révèque de Versailles, qui lui confère tous les pou- Toirs spirituels nécessaires pour l'exercice dl) son zèle.

Sa bonne mère pleure de joie en Tembrassanl et en lui demandant sa première bénédiction sacer4dialc : 5( Eh bien! mon fils, dit-elle, je te revois donc prêtre (c et missionnaire I » Contre toutes les apparences, la prophétie de la sainte femme était littéralement accomplie.

Dès le lendemain, le jeune prêtre était en chaire, charmait et touchait ses auditeurs, dont Tafiluence croissait chaque jour. C'était sous les yeux de sa mère ravie, et soutenu par ses prières si puissantes auprès de Dieu, que U AOateau Ssmuel, devenu homme, commençait à régir et à ramener dans les voies du Seigneur le peuple dlsraël. Il annonçait tous les jours, et plusieurs fois le jour, la parole de Dieu avec toute la virginité de sa foi et de son zèle. Il ne descendait de la chaire que pour entrer au confessionnal, où il restait souvôât bien avant dans la nuit. Mais la fièvre, le quinquina, les menaces des médecins sur les effets du quinquina? Il n'en était plus question : la force du iemfénme9% «T«tt repris le dessus , Tabbë Olivier était complètement rétabli.

La mission eut un succès complet. Tentative heureuse qui donna au jeune lévite l'ineffable consolation du retour de bien des âmes éloignées depuis longtemps des pratiques de la religion I Les conversions se comptaient par centaines. Un monument du passage du nouvel ap6tre est élevé dans 4e village ; une croix est plantée» et cette croix fut portée par des hommes qui portaient les Insignes de la Vierge et le chapelet en sattioir.

La paroisse de Saiiit4>eais, qui ne s'était pas ea«

core inftteUée dobs la magoiûque oolKgtale , JBials ipii oooupaîi une pauvre ot chéilTo église de ooaveot, eUdt alors gouvernée par un saint prêtre, Tabbé Cailt Ion, depuis chanoine de la métropole de Paris» HoU'^ neor efc bénédiction à sa mémoire I II ne fut pas Ja<* loux« lui» des talents et des succès de son nouveau vl-* eaire. Il soutint et encouragea ses premiers pas, apla* ail devant lui les premières difficultés du ministère. Il Taima bientôt coo^me un ftls» quand il eut connu tout ce que valait son cœur. Pourvu que le bien se fasse et que le troupeau soit sauvé, la joie du bon prêtre est toujours parfaite. Il reconnut bientôt que, ches Tabbé Olivier, la modestie égalait la supériorité du mérite. Poli il était si pieux, si exact à tous ses devoirs, si ponctuel à tons les offices de la paroisse , si recueilli dans la prière, si profondément pénétré de respect à Tautel et devant le Saint-Sacrement, et par dessus tout si respectueux et si soumis, ne faisant jamais rien sans consulter son curé et sans lui rendre compte de tous ses actes dans Texercice du ministère I A sa table, et il la partageait dans les premiers temps, riea n'égalait la bonne humeur, la gaieté, la prévenaooe, Tamabilité et les salUies du premier vleaire de Saint-Denis. Dès qu'il avait paru dans la chaire, il avait'enlevé tous les suffrages. Les bons paroifiiens de Saint-Denis accouraient en foule pour Tentendre et amenaient leurs amis au pied de sa chaire. Le boo curé lui-même était émerveillé oooune ses ouailles : il était fier de son vicaire et n'en parlait que comme d'une merveille. Les catéchismes étaient faits «vec le plus grand soin, les enfants de chœur disciplinés, le pins bel ordre établi dans les cérémonies, des congrégations de feauBes et de jeunes filles créées pour le

float^en 4e là piété et comme moyen de perséYérance. En dehors des catéchismes pour les premières conw 'jiuDions, ,des conférences réunissaient tous les dimanches les jeunes garçons et les jeunes filles à TégUse. Les pauvres et les malades étaient visités tous les jours. L'activité du vicaire avait tout rempli de vie, de mouvement et d'entrain. La face de la paroisse, après seulement un an, se trouvait renouvelée et changée à ne pas la reconnaître. Le vicaire ne s'attribuait rien de tout le bien qui s'opérait : il rappor-. tait tout au pasteur, et n'agissait jamais que par ses ordres et en son nom. Celui-ci , déjà âgé et infirme, voyant que tout allait bien» que les allures étaient franches, laissait faire son vicaire, et, loin d'arrêter l'élan de son zèle, il lui avait, selon une de ses expressions, lâché la bride 9ur h cou.

Après une année de séjour à Saint-Denis, l'abbé Olivier devint premier vicaire de la paroisse. Quand ses fonctions ne l'appelaient pas à l'église, il restait enfermé chez lui pour composer des discours, des con* férences, des sermons et des homélies, selon les be^» soins de la prédication de chaque jour. « L'époque de «( ma vie où j'ai le plus travaillé, me disait-il un jour (c — et j'ai consigné ses propres paroles dans mes no* « tes comme toutes celles que je rapporterai par la « suite — c'est quand j'étais vicaire de Saint-Denis. « Pendant tout le temps que j'y ai passé, je ne suis « pas monté une seule foi& en chaire sons avoir écrit

ff et appris soigneusement de mémoire les instruc- ' ff tiens que je devais donner. » Aussi, quand il en-* „ tendait plus tard de jeunes prêtres se vanter de leurs ^' prétendues improvisations, il haussait les épaules de pitié. Sa maxime était que Timprovisation ne pouvait appartenir à ceux qui débutent; qu'elle devait être précédée par de fortes et constantes études, par des compositions soignées, qu'il fallait remplir jusqu'aux bords les trésors de l'esprit et de la mémoire avant d'y pui- 8er« qu'autrement on s'exposait à ne couvrir que de grands mots de bien grandes pauvretés. Seulement, disaii-il , si l'inspiration vient se substituer en chaire à la parole écrite, il y aurait mauvaise grftce à la repousser : on peut alors s'abandonner sans trop de danger à l'esprit qui souffle. Avant tout, il faut accuser la matière, la méditer, il faut couler la mine au creuset avant de la mettre en œuvre. L'improvisation est un fruit mûr et la récompense du travail, le produit d'une longue pratique.

Cette ardeur pour le travail, qui dévorait l'abbé Olivier au séminaire, ne fit encore qu'augmenter dans l'exerdce du ministère. Gomme le jour était souvent rempli par ses diverses fonctions, il passait une par^ lie des nuits à l'étude et à la composition : ce travail de la nuit devint l'habitude constante de toute sa vie. Quand nous n'en parlerons plus, il faudra toujours le supposer. Feu d'heures, avec sa riche constitution, suffisaient à son sommeil. Les forces que ne lui rendaient pas un sommeil insuffisant, il les reprenait dans le bain dont il faisait un usage fréquent et presque quotidien. 11 y trouvait une grande économie de temps, car il évaluait une demi-heure de bain à deux heures de repos et de sommeil.

, — Ci ^

Le sèlé àA Tobbé Olivier ne te bornuil pat à U pafoitsd de Saiol-Deui«. li évangéliiAtt ancore 1m pa« roiites des dnvirons, e\ Ton acooUrtii oû foole à tei imtrucilonB»

Tous lôB fttii) TabbA Olivier alliiU preodre ms va* oances à Blerville. Mule ion repet fi'était, pour mm aoUvlié Incessatiiet qu'uâ ohangetneAt d*e«erctee. H employait presque voai le tetnpi de eeit tacafioee à donner des mlssionB dana les villages de la Beauce qui environnent Etampes, et, gràoe ft reotlon puissante de son Rèle et au sucoès de ses prédications, Tévéque dt VersaiUes vit avec surprise ei ateo bonbeor te relâ([ioti •I la piéié refleurir dans cette partie si désolée de mm diocèseï II ranima la ferveur el réiablU la régularUé dans deux maisons religieuses d*fiiafl4»esi où fl prêcha plusieara rétràiles, et TévèqUe de VefMiUee lui ooafla te direoiiott des reUgteuMs. Queti|lieMuies de eeepénHettieedeSaifli4>enle vinreni y otaercker uA aliment à leur lèle et y ^Hmeomner rœuvre de letir conveftion» L'une d'elle, la Sœur Théodœe, devint une supérieare remarquable, et y opéra très beureusèment l'œuvre de la régénération et de te réforme de sa maison. L'une de ces religieuses lui éorivait, pour oiter un seul témoignage, le S6 août 1883 x

« ••••••.• te ne pensais pas au bonheur qui m'at*

« tendait, mais un instant avant la communion un « tremblement subit me saisit, je commençais à pleia« « rer. le ne pouvais me soutenir en allant à la sainte « table , mais quand je Ats revenue à notre ptecCf ab t

« mon pèra, mn. Je na pouvais eantank me« nMpin « al mas sanglota» Quai bonbanr j^éprouvaig I Je rea« « Ui à |Mu pria irola quarts d'hauro dans oat état M JaoMis da ma via ja o'ai éprouvé une talle félicité. M Voua ma Tavias anoonoée, mais ja ua m'en faiaoig M pas uua idéa. C'est h vous qua ja suia radevabta da « cette (iavaur. Voua aves aobavé à Tautal ca qua vous s avias commencé au tribunal de la pénitanoe. «

En cbaira, Tabbé Olivier ne démontrait pas seule» meni la vériié et la divinité de la religion, U la mon* Irait surtout aimable, accessible h tous, et faisant la bûDbatir da rbomme dès oette vie. Il dédaignait sou» vaut las grandas considérations, las aperçus sublimes ilttl pauvaal atcitar Tadmiration pour dasoandra aut vérités pratîquiw, pour inaistwr fortement sur la ma» nière dont la religion doit diriger et régler nos aotions OHUnairaa et tout la détail de notre vie. Aussi, une iaida de paraonuas graves et bien placées dans la so» eiété sa mettaient déjà sous sa direction. Tout jaune aneora, il était prêtre, c^est-4-4ira vieillard, dans toute la Caroe du mot. Que Ton juge de sa maturité précoca par oatte lettre da direction écrite k une illustre chré» UiMa. la 88 décambre ItSH ;

« L*état de souQipance oà ja vous ai vue le jour da

• Moil, avant votre départ de Saint^Danls, et le temps a qui s'écoulera jusqu'au moment ob je pourrai aller

• voua voir, me font un devoir da vous écrire aujour« « d*liuj quelques paroles de consolation da la part du s bon Hattra. qui a daigné, après si peu d'épreuves, f vous donner, la jour anniversaire de sa naissance, a Is plus grande marque da sa bonté.

a I^ pramiar avis qu'il ma semble néeessaire de « voua dminer, est de vous prier de goAter votre bon»

« lievr et de bénir sans cesse le Seigneur d'avoir brisé « les liens qui vous tenaient éloignés de sa sainte loi. « Je vous conjure donc de bannir de votre esprit toute « pensée de trouble et de tristesse, et de répéter sou- « vent dans la joie de votre cœur cette délicieuse pa-- « rôle : 0 mon Dieu, que vous êtes bon pour vos créa- « tures ! Combien j'étais indigne de vos bontés!

« Ne vous inquiétez pas sur les difficultés que vous «c pouvez entrevoir à servir toujours le Seigneur. A « chaque jour suffit son mal, a-t-il dit lui-même. Il « vous donnera chaque jour la force qui vous sera né- « cessaire, si vous êtes fidèle à mettre votre confiance « en lui, et à compter sur ses inépuisables miséri- « cordes. Il suffit pour cela que vous vous rappeliez « cette parole de Bossuet : Une âme qui ainu Dieu ne « troute rien de léger dam ce qui Voffente.

« Alors vous éviterez toutes les fautes volontaires, « rhumeur, Timpatience. Vous ne compreniez pas le « jour de Noël comment vous pourriez vous réjouir, « ni comment la gaieté pouvait être dans les autres* « Laissez-vous conduire tranquillement par le Saint* « Esprit. Calmez votre imagination ardente, présent « précieux que vous a fait le ciel, et vous sentirez un « fleuve de paix inonder votre àme.

« Ménagez votre santé. Lisez peu à la fois. Réflé-^ « chissez sans effort. Il vous faut au moins sept heures « de sommeil : ne craignez pas d'en prendre huit. Une « prière, suivie d'une petite lecture réfléchie, com- « mencera toujours votre journée, ensuite les devoirs « de votre famille. La messe quand vous le pourrez : « je parle ici du jour de la semaine. Un retour vers « Dieu à rheure de midi, si vos occupations ne les « empêchent pas. De la gaieté. Pas de lecture après

< T08 repas. Un examen de conscience ioas les soi» « ayant de vous liyrer au sommeil. Ne pas rester long- « temps à genoux.

« Soyez pleine de complaisance, de condescendance « pour votre mari. U faut qu'il vous trouve toujours, ff calme, que vous ne sacrifiez rien au respect humain, t Souvenez-vous que vous faites votre salut en rem- « plissant vos devoirs d'épouse et de mère.

« Ne perdez pas de vue la présence de Dieu pen- « dant la journée. Tout est fait pour vous y rappeler, « et cette pensée est le plus fort préservatif contre la « dissipation, surtout dans ces temps de visite où vous « serez forcée de respirer Tair du monde si insipide « pour rame qui a bien compris ce que c^estque Dieu « et sa conscience.

« Une pratique que je vous recommande beaucoup, « c'est l'exercice de la communion spirituelle, c^est* t ^-dire la coutume de penser tous les jours à la Sainte « Eucharistie, au bonheur qu'il y a de s'en nourrir, et « d'en exciter le désir dans votre cœur en vous en re- « connaissant indigne.

« Quand vos occupations, votre santé, votre mari € ne vous en empêcheront pas, ce sera une pratique « exceUente d'entendre tous les jours une messe « basse. L'égflise de Saint-Michel est moins froide que «r les autres églises qui vous environnent. Lisez bien « votre saint François de Sales. Si vous avez quelque « peine, quand vous aurez quelque inquiétude, ne « craignez pas dem'écrire. Ne parlez pas de ce que je « fais pour vous avec cette épithète : amplaiMnee. c Je ne fais que mon devoir, et je suis l'obligé. »

Je sais bien qu'il est un genre de dévotion chagrine qui se scandalisera de ?oir l'abbé Olivier recomman-

derà fai pMlé d*élM gait. NdB rAle d'hkloHon sa kqime hmoemi^f, Mak «at-ee 4<hio un ai gra«d ovémev après tout, de vouloir que la piété mil aiviâUp at da honm ooiii|Mi8oia1 JAawi-Clirial «a paoQmmandaii-il paa auaai à aaa diaoïplas de prendre garda à R^éira pas (riatea comme lea hypoeriies, el de parfumer leur lèta quaadiUiaftoaienl'.

Il y evAil »kyn & ^inWUaiûfi u^ Rombreufte ffurm iiiûo de li Mrde rqyfilQ de Umli^ XYHI. L'al^bé 01i« vi^Ti dofil )e «ilQ «mbr^waU Vaut, (u( émn du voir

tous ces soldats ptivés des consolatJQQft de la rellf îoft et é(4igiié# d« toute pratique F6ligMiufiQ.il Aborde sftus bMter j^fdd^bi ^ oTOPierii; il « Tair si eusAfeimt, si i^n ««AhiI. emm^ m dil dop» U fougue militoire» f^i'U #M bieti Ai^oieilli, et qu'au m rQfDse fw 4e Teu* t4)i»4re. H Irwve de« piMFolea qui voul droit au uerur

du soldat, et le voilà qui établit 4ei PÔUfér^Ue^ puur

laa fu))ditii du 1a garuîiH^n. S»mt4)^ni§ dpt tuut étoiuié de voir tou« l^ dimanob^, à çertftiu^fi beureu, plu^ d# quatre eoRti pobfot^ êuviraunnr Ia chaire d^ mn premier viQaire, Hm ce« œuféreuee^ pArtieniièrefi oq. «ufftseni pas eupare h pes brav^t^ militaires, Teuleg le^, foiii que Tabbé UUviar préehe ou (ètAm, Tégliae pa^ foissîule id remplit de ipidate« Pluaieun aapt braver en religion pomme au Teu, 6t pummupieut publi^uem§pt h PftquQs, officiera et fantAfiaipa poufoudua dap^ la foule,

VMk& ÛUviar, appài une geqle année de mM^ 1ère, s*était de prime abord emparé do ropinion HmMIquo. et JouiwaU diih d^una grande répntaUon oomme orateur et comme adminiitrateur. A eeux qui aeraieiit tentée de taxer d'exagération et d'hyper^ boit ee que noua raoontona de lOi premiers auœès, noui opponoiMi un illuatre témoignage, eelui d'un vé« léfiMo prélat, qui le demanda dè« eette époque au* prAi de lui pour en faire un vioaire général bonorairev #( 1^ pmeipal adminiitrateur da aon dioeèse, Unt il avait d^h une haute idée do «a eapaoité et de «et lumièrot.

Monaeifueur iean Brumauld de Beauregard, le 1«r mai 1883, a'était laiwé iaerer évéque d'Orléans* Il eommenoait une oarrière épineuse à Tége où d'autres demiMident lour retraite. Û avait soixante-quatorze aaa. étanl né k Poitiers le 1»^ déeembra 1749. Le 9 inén ISiS, il éerivlt d'Orléans h M. l'abbé OUvier, vjealre de 8aiot*Oanis en Franee. la lottre suivante, que nous copions, comme toutes eallos que nous eitet PMa paf la suite sur l'autograpbe même \

« Vous seras surpris, monsieur la vioaire, de reee** n ¥^f une lettre de moi, puifMiue je vous suis si peu «I iiopwi. Voua lo «ères encore plus do la demanda qpe n je vaip voua faire,

s Voua Hmplisaoa un miniitàra utiio h la gloîN do « OiM al au aalut da» ftmaii maia la providoiiae vou9

« a dooné des moyens qui peuvent être utiles pour « remplir d^autres devoirs.

« Nous voyons s'éteindre les anciens qui s'adon- « naient à Tadministration des diocèses : c'est une « science particulière à laquelle peu d'ecclésiastiques « se livrent, parce que le ministère absorbe tout, et « que les prêtres sont rares.

« Je sais que vous êtes jeune, mais que vous avez. « beaucoup de prudence. Je sais encore que vous avez « de la facilité pour le travail. Je vous offre de venir « auprès de moi pour vous y attacher aux affaires de « mon diocèse. Je ne vous offre point une place subal* « terne de secrétaire, j'en ai un sous la main, ni la place « de secrétaire général de i'évêché, j'en suis bien « pourvu quant à présent; je ne vous oflire pas non « plus de loger dans ma maison de peur de gêner « votre liberté; mais je vous offre un canonicat, et je a vous demande de venir ici vous emparer peu à peu « des affaires du diocèse. Vous les verrez passer sous « vos yeux, vous les étudierez, vous répondrez aux « lettres d'administration, vous rédigerez des mé- « moires, vous travaillerez avec moi aux instructions, « aux avis, aux mandements, etc. Vous prendrez con- « naissance des paperasses, des sujets, et vous ferez « des vteites avec moi.

« Je connais les objections que vous pourrez me « faire. La première est la dépendance de monsei- « gneur l'archevêque. Je lui ai demandé son consen- « tement. Il vous regrettera; mais il consent à ce que « je vous appelle. Vous objecterez vos propriétés; mais « elles sont aussi à Orléans qu'à Paris. Je sais que « vous regretterez le ministère : je ne vous empêcherai « pas de vous y livrer autant que votre zèle vous y

« portera; tous confesserez, vous prècheret anianiqae « TOUS le pourrez.

« Pesez bien cette lettre. C'est un vieil évèque qui c vous demande ; son cœur est bon, et vous serez heu- « reux auprès de lui. Le canonicat que je vous offre « est vacant; c'est par le roi que je vous y ferai nom- « mer. Consultez Dieu, consultez votre conscience; « mais gardez bien le secret sur cette d^arcfae.Yotre « avenir peut devenir plus beau et bien plus uiBe.

m Quant à moi, si vous répondez à mes espérances, « je ferai tout ce que je pourrai pour votre avance- « ment et pour votre bonheur. Mais comme en vous « préférant à beaucoup d'anciens amis et même à des € ecclésiastiques que j'aime, je ne cherche que la « gloire de Dieu , n'ayez d'aube motif de votre accep- « tation que ce noble sentiment. Répondez-moi bien- « tôt, pour que je puisse faire les démarches nécesm saires. Je vous assure d'avance de tout mon atta- « chement et de mon estime sincère.

« Votre serviteur,

« t Jean, Évèque d'Orléans. »

On ne peut certes lire une lettre plus engageante, plus touchante et plus honorable pour celui qui en est l'objet. Mais le bon vieillard ne s* en tient pas à cette lettre. Dans son impatience de posséder l'abbé Olivier, il écrit immédiatement à Louis XVIII et an grand au* mAnier de France, le prince de Croï, archevêque de Rouen, qui tenait la feuille des bénéfices, et propose Fabbé Olivier pour le canonicat vacant au diapitre d'Orléans. Mais les deux lettres parties, il s'avise qu'il ne sait pas les prénoms de son futur grand vicaire et

diaHoidA, ai que (lar eoiiiéc|u«iii la nomliiatloii ne pourra fitrc libellée au ministère. Il ajouta dono le pml^piptum guivant à la lettre préoédento i

« Réflexion faita • monaiaur, Jo vous fai» nommer M par la roi , at j-aii fal«la demande «ans iavolr votre ^ nom da baptême. Lei oanoniaata valant 1,800 fr* Si « vous pranai votre ménage, «oyex prudent dans la « elioix de h perioona qui la tiendra. Peut-étra pour» « rai-je voua loger ahea moi i vous la verrai. Dieu K vaui demende ici. VanoY-y, Gardée la eilanea, et, % ÙÊ^m tous lafl caei tenaMroiM pour ebanoina d*Or« « léina. J^éoria ea même jour à lan altasea mongei* a iMur la grand aumênier pour voua AUra nommer^ 4f J'attende votre réponse, et alla me sera fevorable. M Ne m*expotei pas à perdra ee oanonteat vaeant do^ « puis plusieurs moit. Si vous raftitai la poslf que la « Providanoa vous offiN) avao le oonsentement de « monseigneur r.arobevèqua, vous sérac tenu de pas- « ser à la grande aumônerie; oar votre nomination y « est demandée de ce jour. »

<K t Jean , évèque d*Orléans. »

Il y a pur terra des bommes bien tristement orga« aisés, et q^i ne peuvent juger les autres qu*à travers eui(*mèmes. Tout lei oflhiaque, tout les ebagrine. Las épaisses ténèbres de Tenvia qui obnubilant leur esprit las empêchent toi^ours de voir, dans toute sa beauté, réelat d'une vertu rérila. Ainsi, Tebbé Olivier ne manquait pas ^ da détraetaurs qui ne voulaient apercevoir daoa las œuvres de son zèle rien autra ohoee qu'une ambition démesurée et Tenvle de parva-.

air« Voyons dùnc, AûAn celte clrcotiBUnce déUoile « cMDtneDi Va N codduiro ce jetino ebbé emblUeut » dooi In vaûtté efti le mobile. Pour BOti ^âod nt4Hl<^ son talent incontestable, il occupait un bien petit poftie« eu Jtigemeiil de M. Tabbé Affire* depuli arche- Tèqae de Parte» qui dèi le 31 Janvier 18^, lui «taii éoril de Luçon le lettre suivante :

« Vous êtes bien excusable , mon cher ami i d*a< « voir oublié un chevalier errant qui est toi4oura par «r voies et par chemins > tantôt en Àuvergnoi tantôt ii « Paris, et enfin dans la Vendée. Je Jie vous iBi|ftose ff d'autre ^nitence, pour expier ee coupable oubli » « que de vous iouvenir quelquefois de celui que vinis c atex si longtemps oublié. Si^s moiê seiUt tu e/fkr» c bien hngê pûur d$$ amUî J'aurais été v<^uf voir^ ff avant mon départ i si vous avies été à Paris, mais « J'ai appris, à HOK caAnD i^toiimeiibnt , que voi«s éties «c à Saint-Denis. J'espère qu'on vous fappellei^ Uen^ « tôt dans le sein de la capitale. J'aurais bien voulu c n'ètr% pM rf loin d'un pays où j'ai laissé de si bons M amis. J'espère qve la Providence me rappellera un c jour Mimfffiiri'fins. » (Qtiol pfestentiiiieiit «tqmlle propMiiel) « Je sais, nuU§ré touetoe egrémeflia qu* € J'ai ici, que Je n'y prendrai pas roolnq. ïiwmet l'a»c enraBCe bien sinoèri de mille e% une amIMs qol sont e Mefl ntkHix dans mon ccour que dans «ne lettre, m Adie«9 mon elMr ami

« Tout à vous,

R ArFMs, vicali*e général. »

IMgré le grand étonnfment de M. ABlre, on neeo v

geaii pas à rappeler à Paris i'abbé Olivier^ et M. Duciaux, sapérieur du séminaire de Saint-Sulpice el vîoAre-général de Paris, lui avait écrit le 25 juin 1822 :

« J'ai été très édifié, mon très cher en Notre Sei-

< gneur, des sentiments que vous exprimez et que je

< crois bien dan^ votre cœur. L'abandon entier aux » ordres de la Providence est le moyen d'obtenir des « succès pour sa gloire. Les motifs humains doivent « nous être étrangers. /{ n'y a aucune apparence de « ckangemeni pour vouê. Vous aurez bientôt le rem- « plaçant de votre collègue, et je suis convaincu que « TOUS en serez content. Il est d'un très hon carac- « tëre. J'espère que vous aurez la bonté de lui tracer « la marche qu'il doit suivre pour réussir. Il vous <c écoutera, et je lui parlerai en particulier de Tavan* « tage qu'il doit retirer de votre société. Je vous re- « nouvelle avec satisfaction l'assurance de mon atta- « chement en Notre Seigneur.

« Duclâux. » .

Que va donc faire Tabbé Olivier, qui n'aurait fiait de la chaire, où il [paraissait déjà avec tant de succès, qu'un marche-pied pour monter aux honneurs? Il préfère son poste obscur de Saint-Denis aux séduisantes perspectives d'un brillant avenir qui lui sont offertes. Il court à Paris pour arrêter sa nomination au canonicat d'Orléans, qui était entre les mams du grand «mnônier de Louis XVIII I

Le bon évèque d'Orléans éprouva une grande douleur de ses refus. La plaie fut bien longtemps à se cicatriser, puisque, sept ans après, il n'était pas euoore

c«i«olé, et lui écrivall,le4ïaiivierl829,àSt.Étieimc. da-Mont :

«c Monsieur le curé, je vous remercie d'avoir pensé « à moi dans vos cogitations d'amitié- Pour moi, je ne € pense à vous qu'avec dotileur. Si vous eussiez moins « aimé le sacré ministère, vous m'auriez aidé à porter « un lourd fardeau que je traîne ave% labeur et dou- «t leur. Que le Bon Dieu vous le pardonne I et je vous it assure qu'il y a dans mes regrets pas le moindre « fiel. Cependant j'entrevois dans l'avenir (quelle heu- « reuse prophétie pour Évreux 1} que Dieu vous des- » line une couronne, Vapicem êocerdotii (la mître « d'évèque}. Puisse cet objet de bien des ambitions « vous trouver soumis à l'autorité plus que vous ne « l'avez été aux insinuations de l'amitié, ff J'ai l'honneur, etc.

< t Jean, Évêque d'Orléans. »

L'abbé Olivier continua ses travaux apostoliques à Saint-Denis avec un nouveau zèle et une nouvelle ferveur. Le nombre des convertis grossissait tous les jours, et il ne se donnait aucun repos au point de compromettre sa santé. Le bon abbé Caillou, son curé, l'envoyait alors à BienrHIe, auprès de ses parents, respirer quelque temps. Mais en vain; ii donnait aussitôt des missions et des retraites dans les villages de la Beancy et à Éiampes. On était obligé de lui écrire : « N'allez pas, je vous conjure, au-devant de nou- € Telles fatifoes. Voilà la source de vos souffrances : « sans des grâces toutes particulières que Dieu vous « accorde, certainement vous ne pourriez pas résister < à toutes les fatigues que ce malheureux Saint* Dente « Toos susdte. Quand y reviendrez-vous? Votre ab-

« sence est un deuil pour la pftrêbse. Cembien on

<c vous y aime I Nos âmes volent au-devant de leur c sauveur. •

Bierville cepeqdant, bâti sur la Juisne, petite rivière qui se jette dans rEssonne^ lui offrait une douce retraite : un chàleau à deux étages flanqué de trois tourelles dans une vallée étroite, entre deux collines boisées, des prairies, une garenne, une fontaine d*eau minérale, trois petites lies baignées par la Juisne.

Au milieu des travaux du ministère, Tabbé Olivier suivait avec anxiété le niouvement qui s'opérait, au sein même du clergé, à la voix trop éloquente d'un btoime doué d'un véritable génie, Tabbé de Lamennais, le plus grand écrivain de notre siècle. Ce trop libre penseur prêchait une nouvelle philosophie, et affectait un mépris suprême pour les anciennes écoles de théologie. Qu'allait donc devenir, au souffle puissant de ce nouveau prophète, le bon esprit du clergé français, si attaché aux saines doctrines, qui avait ses traditions degloire,de sagesse et de maturiîéT Le jeune clergé se remplissait d'un dangereux# enthousiasme, cit les têtes les plus solides tournaient. L'abbé OHvier se se laissa pas un instant éblouir, même par la gloire du génie et le prestige d'une réputation qui montait à son apogée. Du premier coup-d'œil, il ^ le danger, le signala, et prMit toutes les conséquences de ce fatal engouement des esprits. Il sonnait l'alarme. Nuit et jpir, iKcrivait lettres sur lettres à ses anciens condisciples, à ses amis, pour les préserver de l'eutratue^

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