‹ Histoire de Montauban (volume 2)Chapitre 10 sur 28 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

NE E 18 du même’mois, Thémines, sé-

néchal et gouverneur du Quercy, écri- | vit aux Consuls de Montauban, pour (NES nf Æeur annoncer ce fatal évènement. Il leur recommandait en mème temps de veiller à la tranquillité de la ville, et de prendre garde aux émotions que cette nouvelle pourrait y causer. Les esprits y étaient effectivement dans une irritation difficile à décrire. Le ministre Berauld , fier de la faveur du peuple qu'il savait

émouvoir par ses déclamations séditieuses, voulait gouverner à son gré la ville et le consistoire. Il était alors question de procéder à l’élecüon consulaire, et de nommer un ministre.

Berauld exigeait cette place pour son fils Pierre, « brutal achevé, auquel le consistoire avait refusé la chaire , à cause de sa vie licencieuse » (), et réclamait avec hauteur l’entrée de son autre fils, Théophile, dans le consulat. Pendant plusieurs jours, les partis furent sur le point de courir aux armes. La victoire resta aux modérés. Benoît, homme savant et sensé, fut installé en qualité de ministre ; les Consuls furent élus à la pluralité des suffrages , et, par considération pour Berauld le père, Théophile obtint cette charge (”). Sous la protection de ces magistrats,

(”) Perrin, pag. 249.

(””) Le Bret affirme que Berauld'« ne réussit ny dans l’un ny dans l’autre de ses projets. » C’est une erreur que contredit le Registre du chaperon consulaire , où Théophile est inscrit comme premier Consul , avec Jean de France, sieur dé la Gravière , gendarme, Isaac Garrisson, bourgeois et marchand, Antoine Bosquet , notaire, André Alzène, marchand , et Pierre Requiem, dit Bruni, paysan, métayer de M. d'Escorbiac. — Ad ann. 1610, liasse 57. —

L'auteur de l'Histoire de la vie, des ouvrages et des doctrines de Calvin, rapporte (tom. 1, pag. 277) d’après Flor. de Raemond, une particularité relative à Berauld le père. « Durant la grande assemblée qui se fit à Montauban, l’an 1584, une dame se coiffa de six façons, et à toutes les six , se présenta à diverses fois à l’action de la cène. La dernière, coiffée à la mauresque, les cheveux frisés sans fer, fut approuvée par Berauld. La Rochecandieu (autre ministre ) lors mesme les receut avec fer mais voilées : par quoi ces deux ministres s’entre-piquèrent. » IL faut savoir, pour l'intelligence de ceci, qu'il avait

les ecclésiastiques continuèrent à faire leurs offices dans l’église de S.‘-Louis.

Le synode était assemblé à Montauban, quand la nouvelle de la mort du roi y arriva. Cette annonce y jeta d’abord la consternation. Berauld voulut profiter de la circonstance pour engager les esprits dans les plus violentes mesures. A la tête du parti des émeutes, il demanda qu’on chassät le clergé, seul moyen , disait-il, d’assurer la tranquillité de la ville. Les Consuls s’y opposèrent; ils prirent la défense de l’évêque et des ecclésiastiques , et se trouvèrent appuyés par tout ce que Montauban renfermait de personnes sages (‘). Dès lors la ville fut en paix, et l'arri-

été arrêté en synode que les femmes, « portant cornes eslevées et du fer à la teste pour rehausser le port, » ne seraient pas admises à la cène.

(") Extrait des délibérations du conseil de ville, liasse 83 :

« Le mercredy, 19 may 4610, à l'heure de midy, au château consulaire de Montauban, fut tenu un conseil général des Consuls et habitans, où Théophile Berauld, premier Consul, remontra qu'il venoit de recevoir une lettre du seigneur de Thémines ; sénéchal et gouverneur du Quercy, leur mandant que le roy avoit été assassiné. Le conseil conclut que les ecclésiastiques, qui étoient dans la ville, seroient mendez venir au conseil, pour leur donner toute asseurance de pouvoir demeurer dans cette ville, en toute liberté.

Les ecclésiastiques mendez, étant venus au conseil , les Consuls leur donnèrent toute asseurance de leurs personnes et de leurs biens , et les prirent sous la protection et sauvegarde du roy et de la ville , sans souffrir ny permettre que nul tort , mal ny déplaisir leur fût fait... Les ecclésiastiques les remercièrent et protestèrent vouloir vivre et mourir en cette ville, comme bons habitans et serviteurs du roy. »

« Le 20 may, à Montauban. Procès-verbal des Consuls, portant qu’ils avoient

vée du prince de Condé dans ses murs, concourut encore à rendre le calme plus durable. Les Consuls, instruits de sa prochaine arrivée, avaient fait demander aux capitouls de Toulouse, des renseignemens sur la manière de le recevoir. Douze habitans notables furent joints aux Consuls pour préparer la réception. Thémines arriva , la veille, avec cent gentilshommes.

Le 5 septembre 1611, Montauban apparut dans tout l'éclat d’une fête. Des arcs de triomphe étaient dressés, enrichis de peintures emblématiques , les maisons tapissées, les rues jonchées de feuillages. Toute la ville s'était mise sous les armes; les lieux voisins avaient même

été avertis du détestable parricide commis sur la personne du rey , et que, pour se converser en obéissance du Roy Louis XIII, son fils, ils ont visité lès murs de la vilie, qui étoient ouverts en plusieurs lieux, et qui avoient besoin d’une prompte réparation; » Original en papier, liasse 57.

«Le 22 may, dans un plus grand conseil général, tenu dans le Temple vieux, joignant le château consulaire, Théophile Berauld , premier Consul, représente l’assassination et malheureux désastre commis sur la personne de nostre bon et grand roy , de quoy nous avons tous occassion de mener un très grand deuil. Sur quoy le conseil fait savoir au parlement de Toulouse et à M. de Thémines , pour leur donner l’asseurance que toutes les choses demeureront paisibles. Ensuite, ouïe la lettre de M. de Thémines, annonçant qu'il avoit fait crier à Cahors, vive le roy Louis XIII, roy de France et de Navarre, notre légitime et naturel prince souverain, et exhortant les Consuls à faire de même; sur quoy, Berauld, Consul, remontre..……. qu'un chacun prête tout présentement le serment de fidélité que nous deyons à sa majesté, et chacun aussi témoigne, par acclamation, ses Vœux et souhaits pour la prospérité et durée de son règne. »

envoyé des soldats pour grossir les compagnies. On n'avait rien épargné pour faire remarquer au prince qu'avec cette bourgeoisie, si fière et si bien armée, Montauban n'était pas moins en état d'attaquer que de se défendre. Il entra par la porte de Montmirat, au devant de laquelle il trouva une estrade magnifiquement ornée , où ilse plaça , assis sur une chaise garnie de velours, pour écouter les harangues des différents corps de la ville. Le Chapitre cathédral , ayant à sa tête le grand prévôt, d’Alem, s'était mis en marche, pour aller le complimenter ; mais il fut arrêté sur le coin de la Faurie par des gens armés qui baissèrent leurs piques, et le menacèrent de le percer , sil allait plus loin. Les chanoines s’arrêtèrent devant cette menace brutale, et le consistoire , prenant leur place, s’avança le premier. Le prince les voyant venir, demanda «quelles gens c’estoient, et où estoit le clergé?» On lui répondit que c'étaient les ministres du Saint Évangile, les anciens du consistoire et les régens de l’Académie; «que, quant au clergé papal, ilne luy estoit pas permis de venir jusques-la. » Il fit taire alors le ministre qui avait commencé sa harangue , adressa une réprimande sévère aux Consuls, et ordonna qu'on fit venir le clergé, quil écouta avec une attention très gracieuse. Le prince logea dans la maison de d’Ariat, et partit le lendemain pour Toulouse (5).

Cependant les troubles allaient recommencer.

La régente, abandonnant la politique d'Henri IV, voulait se rapprocher de l’Espagne, et dans ce dessein, avait entamé les négociations du mariage du roi avec l’Infante. Les protestans s’en alarmèrent , et le duc de Rohan, levant le masque sans coup férir, s’empara de Saint-Jeand'Angély. À la nouvelle de cette rupture, une grande assemblée de calvinistes fut convoquée à La Rochelle. En même temps, le prince de Condéet plusieurs grands seigneurs, désapprouvant l'alliance avec l'Espagne, se retirèrent de la cour, et prirent les armes. Vivement sollicités par les différents partis, les Montalbanais refusèrent de se mêler à ces intrigues, que termina le traité conclu à S.“-Ménéhould, le 15 mai 4614. Ils prirent néanmoins toutes sortes de précautions pour mettre leur ville à l'abri d’un coup de main, entre autres celle de faire murer les portes des Carmes et de Montmirat, et de garnir de rateliers de fer les portes du Moustier et de Campagnes (). Ces mesures, qu’on disait prendre pour le service du roi, ne produisirent aucune facheuse impression à la cour, qui, pour s’assurer mieux encore de la fidélité des Montalbanais, leur donna, cette même année, la somme

("} Perrin, pag. 256.

de seize mulie livres , à l’occasion d’un incendie, qui aurait pu dévorer toute la ville. Il éclata, la nuit du 12 novembre, dans la maison d’un marchand nommé Viguerie , laquelle était située

sur la place publique. En un moment le feu se communiqua aux maisons voisines, et consuma plus des deux tiers de celles qui formaient l'enceinte de la place ().

Le prince de Condé, mécontent de la cour, après la tenue des Etats-généraux, se retira dans ses terres, où les mesures sévères, employées par le roi à son égard, l’aigrirent davantage. Il publia un manifeste, et appela les protestans à épouser sa querelle. Le duc de Rohan, de son côté, se détermina à prendre les armes. De concert avec le Prince et le maréchal de Bouillon, 1l adressa à l'assemblée calviniste de Grenoble des mémoires qui achevèrent de monter les esprits. Il avait cru gagner les Montalbanais

(*) Dans la requête adressée au roi, à la suite de cet évènement, on lit :

« Que le 12e jour de novembre le feu se seroit prins en la maison d'ung marchant, assize sur la place publique, avec telle impétuosité et violence que, quelque soing et dilligeance qu’on y apportast pour l’esteindre, il auroit en peu de temps bruslé jusques au nombre de quarante maisons, avec meubles, papiers, or et argent... Et que, pour arrester le cours violent du feu, ils auroient , après tous aultres remèdes, esté contraincts d’en abattre aulcunes à coups de canon... Si bien que, ladite ville, qui estoit l’une des plus riches et abondantes du duché de Guyenne, est aujourd’hui l’une des plus paoures et désolées du royauime. » Liv. Jaune, A, fol, 45.

1l4 HISTOIRE

en leur députant le marquis de Malauze et le ministre Chaussepied ; mais il fut trompé dans ses conjectures : Montauban ne bougea pas. Le duc y vint en personne, désireux de s'attacher une ville, dont l'exemple en entraînerait un grand nombre d’autres, et n'eut pas plus de succès. Les Montalbanais répondirent à toutes ses instances, qu'ils voulaient attendre les résolutions de l’assemblée , qui, de Grenoble , s'était transférée à Nismes. Fâché de cette résistance, le duc de Rohan se rendit au synode qui se tenait à Réalmont dans le Languedoc. L’assemblée accueillit ses propositions avec enthousiasme , et le proclama général des églises réformées du haut Languedoc et de la haute Guyenne.

Mais, toujours préoccupé du dessein de gagner Montauban, il crut en venir à bout par une flatterie, qui lui réussit. Il refusa le titre et l'autorité que le synode lui avait dévolus, jusqu'a ce que les Montalbanais les lui eussent confirmés. À peine eurent-ils appris cette déférence honorable, que les Montalbanais se dévouèrent sans réserve au service du duc. Ils lui députèrent aussitôt le ministre Chamier () et six

(‘) Ce ministre qui avait une grande réputation de controversiste, fut envoyé de côté et d'autre, pour raffermir le calvinistes chancelans. Au retour d’une de ces expéditions àLectoure, « les Consuls.et les plus qualifiés des habitans furent au devant de luy pour le recevoir, et couronnérent la teste du mulet

notables habitans , qui lui offrirent leurs personnes , leurs biens et leur ville. Il sy transporta peu de temps après, y fut reçu comme un souverian , et en partit pour aller attendre le prince de Condé, quine vint pas au rendezvous. Le duc se replia alors sur Tonneins.

L'assemblée de Nismes, fortement travaillée par le duc de Candale, fils du duc d'Epernon, et qui venait d'embrasser le calvinisme, se décida à prendre le parti du prince de Condé.

Celui-ci signa, au mois de novembre 16145, un acte portant que les protestans , réunis au prince, travailleraient de concert à réformer le conseil du roi, à prévenir les suites de l'alliance avec l’Espagne , et à faire exécuter intégralement l’édit de Nantes. La paix de Loudun, conclue le % mai 1616, détacha Condé de cette ligue; quelques mois après, il futarrêté. Ce coup d'éclat ralluma la guerre, qui ne finit que l’année suivante.

Au milieu de ces funestes débats, le clergé de Montauban était toujours dans les transes , malgré les protestations pacifiques qu'il recevait journellement des magistrats; 1l savait de quoi le penple était capable, et le souvenir des vio-

qu'il montoit, pour marque de victoire. » Perrin , qui raconte le fait , assure

pourtant que Chamier avait été vaincu par un Jésuite.

116 HISTOIRE | lences qu'il avait essuyées, lui en faisait crain-.. dre de nouvelles. Relégnés dans les rues les plus sales de la ville, qui étaient pour eux comme une solitude, ses membres n'osaient pas se montrer dans les lieux publics, où ils avaient toujours à endurer quelque outrage. La place des Monges, toute petite alors, leur servait de promenade, quand 1ls osaient se produire au dehors. Bientôt leur position devint plus triste encore.

Le roi, par arrêt du 25 juin 1617, ordonna que lexercice de la religion catholique serait rétabli dans le Béarn où il avait été aboli, soixante ans auparavant, par la reine Jeanne d’Albret, mère de Henri IV, et que les ecclé:siastiques rentreraient en possession des biens dont on les avait dépouillés. Les conseils souverains du Béarn et de Pau y formèrent opposition ; de leur côté, les calvinistes, s’associant à Ja reine mère, en rupture avec son fils, prirent les armes et firent une diversion qui retarda lexécution de l’arrèt jusqu’au mois d’octobre 4620. Cette année, le roi se rendit dans le Béarn , et y fit exécuter son édit. A cette nouvelle, les villes calvinistes s'émurent. Montauban surtout se livra à une exaspération extrème. Ses habitans se jetèrent avec fureur dans

DE MONTAUBAN. 5 les maisons des ecclésiastiques , se saisirent de leurs personnes, les conduisirent dans le château consulaire , et les y gardèrent à vue. Le chantre de la collégiale proposa à ses confrères d'en écrire secrètement au cardinal de Sourdis, archevèque de Bordeaux. Instruit du danger que le clergé courait à Montauban, le prélat assembla à la hâte les principaux calvinistes de sa ville archiépiscopale, et leur enjoignit de prendre les plus promptes mesures, pour détourner leurs co-réligionnaires de leurs mauvais desseins, les rendant responsables sur leur tête des suites de l'affaire. Les protestans de Bordeaux écrivirent en effet à ceux de Montauban ; mais, avant l'arrivée de leur lettre, le conseil de ville s'était assemblé , et avait décidé que les ecclésiastiques seraient rendus à la liberté et pourraient {continuerleurs fonctions. Le premier/Consul, Etienne Brassard, leur ouvrit les portes de ieur prison, leur donnant l'assurance qu'ils n'auraient désormais plus rien à craindre.

Vers la fin d'octobre, des députés de toutes les églises calvinistes du haut Languedoc et de la hante Guyenne tinrent, à Montauban, une grande assemblée, où l’on rédigea des lettres circulaires dans lesquelles tous les protestans du royaume étaient exhortés à envoyer des députés

au colloque qui devait se tenir à Millau, le mois suivant, pour remédier, y était-il dit, aux malheurs que venaient d’essuyer leurs frères du Béarn. Ces lettres, rédigées dans les termes les plus pathétiques, produisirent l'effet qu’on en attendait. Le colloque eut lieu, et prit des résolutions si insolentes que le parlement les cassa, en même temps que le roi ordonnait aux députés de se séparer. Ils obéirent , mais après avoir résolu une autre assemblée générale à La Pochelle, pour le 25 novembre. Malgré les défenses expresses du roi, les députés se réunirent , et, dans le mois de janvier 1621 , présentèrent au roi des remontrances qui furent reçues avec indignation. |

Louis XII, jugeant le mal trop grand pour ne pas nécessiter un prompt et énergique remède , résolut de l'appliquer par lui-même. II parut.de Paris, après avoir donné, le 24 avril, une déclaration dans laquelle il confirma les édits rendus en faveur des protestans, assura de sa protection ceux d’entre eux qui resteraient soumis et tranquilles, et menaça les réfractaires de toute la rigueur des lois. Saumur , l’une des places de sûreté des calvinistes, lui ouvrit ses portes , le 10 mai. Cette reddition, qui fut un coup sensible au parti, n’empêcha pas l’assem-

DE MONTAUBAN. 119 blée de La Rochelle de poursuivre ses coupables projets. Elle fit un réglement, composé de 47 articles, qui divisait le royaume en huit cercles, et créait dans l’état un pouvoir indépendant de . celui du roi. Dès ce moment , il fut décidé qu'on agirait sans plus de ménagement contre les rebelles. L’édit de Niort, donné le 27 mai, déclara criminelles de lèze-majesté au premier chef et déchues de leurs priviléges, les villes qui obétraient à l'assemblée de La Rochelle, notamment cette dernière , Montauban et Saint-Jean-d’Angély.

Plusieurs chefs des religionnaires se soumirent et livrèrent les places qu'ils commandaient. Le duc de Rohan et Soubise, son frère, ne voulurent rien entendre ; ni les prières, ni les menaces du roi ne purent les détacher de la révolte. il fallut donc recourir aux armes, et le roi s'avança vers la Saintonge.

Thémines, devenu maréchal de France, se rendit dans le Quercy avec son fils, le marquis de Losières , à qui il avait cédé la charge de sénéchal ; il convoqua les états à Cahors, et enjoignit particulièrement aux Montalbanais d'y envoyer leurs députés. Ceux-ci, sommés de se soumettre à la déclaration du 24 avril, répondirent qu'ils n'avaient pas reçu des pouvoirs à cet eflet, et demandèrent huit jours pour en

conférer avec leurs commettans. Le rapport qu'ils firent au conseil général partagea les esprits, et suscita une émotion dans la ville. Les ecclésiastiques jugèrent prudent d'en sortir, et sur leur demande furent conduits au château du Claux, d’où ils se rendirent à Montech auprès de évêque. Le Chapitre collégial s’y fixa, et le cathédral se retira à Castelsarrasin. A leur exemple, la plupart des officiers du sénéchal se transportèrent à Moissac, où ils furent constitués par arrêt du parlement de Toulouse.

Cependant la réponse des Montalbanais fut portée à Thémines ; écrite sous la dictée des ministres, qui menaient le peuple au gré de leurs passions, elle était peu propre à arrêter le cours désastreux des évènemens. Le conseil général y disait: « Que les Montalbanois étoient trèz humbles et trèz fidèles sujets du roy; que les expériences passées et les services rendus devoient avoir Ôôté hors de ce doute Sa Majesté, laquelle n’avoit point de plus obéissans serviteurs qu'eux; bien marris que l’intérest qui les Joignoit avec leurs frères, faisant profession de mesme religion, les portast aux extrémités où on les vouloit engager , pour le soutien de la mesme querelle; que la haine des ennemis de leur religion, ayant produit de si funestes effets

contre les églises qui avoient ployé sous une aveugle obéissance, ils ne pouvoient qu'appréhender une pareille ou plus grande désolation ; qu'estant si estroitement joints par les liens d’une mesme foÿ et créance avec le corps entier des églises réformées de France, ils ne pouvoient se désunir d’ycelles sans commettre un trop lâche perfidie, aimant mieux compâtir à l’affliction commune, que non pas, vivant séparés , garder cet éternel remords en leur conscience, etencourir ce blasme envers la postérité , d’avoir lâchement abandonné leurs frères à la rage trop connue de ceux qui persuadoient à Sa Majesté de les détruire; que les véritables effets de leurs protestations paroîtroient lorsque Sa Majesté, préférant les bons avis de ses anciens et fidelles conseillers, aux passions de ceux qui la vouloient porter à la rume de son peuple, les voudroit voir d’un tout autre œil, et feroit inviolablement observer les édits, sous le bénéfice desquels les églises de France jouissoient du libre exercice de leur religion; et que la vie leur manqueroit plustôt que la fidélité envers leur naturel et légitime roy, etc. etc. » ().

Il n'en fallait pas davantage pour convaincre

{*) Hist. du Quercy, tom. 2, pag. 129.

le maréchal que la force seule pourrait venir à bout des Montalbanais. En conséquence, il prit ses mesures pour préserver le reste du Quercy de la révolte , et intercepter les secours qui pourraient venir à Montauban. Cette ville instruisit de sa conduite les églises du Languedoc et de la Guyenne, qui réunirent précipitamment une assemblée à Millau. Elle se sépara , après avoir réglé les affaires les plus urgentes, et établit des commissaires à Montauban, où 1ls devaient la représenter. jusqu’à l'avis de celle de La Rochelle. Les colloques du Rouergue et du Quercy s'occupèrent de leur côté de la position critique des Montalbanais. Réunis à Saint-Antonin, ils donnèrent le commandement des troupes au comte d'Orval, qui s'était jeté dans Montauban, l'autorisèrent à lever une compagnie de gendarmes , un régiment entier de cavalerie, et expédièrent des commissions aux seigneurs de Revniès, de Montbartier et de Savignac, pour former chacun une compagnie de chevau-légers. Animées par ces exemples, toutes les villes du parti, à l'exception de quelques places peu importantes, résolurent de se défendre jusqu’à la dernière extrémité.

Le 18 juin, le duc de Rohan arriva à Montauban , où il fut reçu « comme celuy duquel dé-

pendoit l’ordre des plus importantes affaires. » Il ytrouva les esprits presque intimidés de l’approche d’un siége, et eut besoin de son propre ascendant, de l'appui des ministres, et surtout du concours de Dupuy (), lieutenant particulier au Sénéchal, et alors premier Consul, pour remonter les courages. Le conseil général assemblé, Rohan y parla avec tant d’éloquence, qu'il fut unaniment délibéré de souffrir les derniers maux plutôt que de manquer à la cause des églises. Quelques jours après, eut lieu l’assemblée du peuple dans le temple. Un ministre prècha, et le duc, montant après lui dans la chaire, parla en ces termes :

«Je ne vous céleray point que la plus certaine conjecture qui se puisse recueillir des nouvelles . 9 9 ° , 0 É:

qui courent, cest qu'en brief l'armée royalle campera autour de vos murailles , puisque Saint- Jean-d’Angély est rendu, et ce qui reste Jusques icy est débilité, corrompu, prest à faire

(*) « Ce magistrat, dit Cathala-Coture , avoit un grand crédit dans la ville ; son génie et ses grandes connaissances le lui avoient acquis. Habile, hardi et d'un grand sens, il montra, pendant les troubles, des talents qui l’auraiert couvert d’une gloire immortelle, si cette guerre eût été juste. IL étoit aux yeux de Rohan le héros de la religion. » — Dupuy partageait l'autorité consulaire avec Me Corneille Natalis , avocat, Pierre Lavernhe , bourgeois , Elie Gyneste, notaire royal, Viguerie, marchand droguiste , et Antoine Petit , paysan. «Jamais, dit un auteur contemporain , Consuls dans Montauban n'eurent tant de peine. »

joug, par les factions de quelques meschants esprits. Je ne crains point que Flestonnement et la lascheté des autres, passe comme par contagion jusques à vous ; ans le zèle qu'avez toujours tesmoigné croissant par la présence du danger et par la nécessité de résister , tant importante , vous faira rechercher courageusement la gloire que vous pouvez acquérir à ceste occasion. Car , pour certain , nous vous ferons 1cy redonner la paix. Les jours passés , vous avez juré l'union des églises en ma présence. Comme ce serment est sacré, aussi le devez-vous garder inviolablement, et croire que si, par ce moyen, vous ne vous conservez, tout autre vous sera inutile; et, après mille imdignités souffertes , vous serez réduits à ceste dure condition ou de quitter la religion, ou vuider ce royaume, si, par grâce, on ne vous fait mourir. Vous vaut- 1] pas mieux vendre chèrement vostre sang à ceux qui le cherchent, qu'estre honteusement traînés au supplice ? Je vay préparer ceux de Castres et les circonvoisins à vostre secours, lesquels trouveront bien plus utile pour eux de venir icy arrester le mal , joignant leurs forces aux vostres, qu'attendre quil flüe jusques à eux, après que vous serez submergés. Quelques mal aflectionnés interprètent sinistrement mes actions, prennent à contraire fin mon voyage,

DE MONTAUBAN. 129 et par secrètes menées descouragent le peuple. Il leur serait meilleur de se taire ou de s’en aller, que de se mettre en peine : que ce mot d’advis leur suffise. Quant à vous, qui cognois- sez mon zèle et le soing avec lequel j'ay procuré l’advancement des églises, je vous prie prendre ceste confiance en moy, qu'en ceste occasion je ne vous abandonneray point, quoi quil en arrive. Quand il n’y aurait que deux hommes de la religion, je serai l’un des deux. Mes maisons sont saisies et mes revenus, pour n'avoir vouleu me soumettre soubs la déclaration. L'espée et la vie me restent (et peu par-dessus), que Dieu me fera la grâce d'employer à ceste cause. Je vous laisse force bons hommes, desquels l'expérience vous servira grandement, et ne suis point d’advis de retenir ceux qui voudroient s’en aller. Trois, bien résolus, valent mieux que trente esperdus. Le courage fait icy plus que la mulutude. Jay dit à M. le premier Consul le surplus de ce qu'avez à faire, et m'en remets à sa prudence (). »

Ces paroles enflammèrent le cœur de tous les Montalbanais. Dupuy, dont on avait vu couler

les larmes, pendant le discours de Rohan, leva

() Histoire particulière du siège de Montauban.

ensuite les mains au ciel, et jura solennellement de vivre et mourir dans l’union des églises; tout le peuple limita. Le duc s’appliqua dès lors à mettre Montauban en état d'opposer une vigoureuse résistance. Il se häta de perfectionner les forufications, traça de sa main un srand retranchement en forme d'ouvrage à corne, pour couvrir la porte de Villenouvelle, et y en Joignit un second, qui allait aboutir au Tarn près du pont de S.'-Roch, destiné à protéger le bastion et les tenailles de Montmirat, dont les terrassemens n'étaient pas assez forts, n1 les fossés assez profonds. Dupuy, avec son activité ordinaire, amassait, en même temps, des munitions et des vivres. La plus grande diligence est mise dans ces divers travaux ; à la nouvelle des violences commises par l’armée royale , ‘et que la renommée exagère, les courages se raidissent «pour advancer les fortifications; nul ne s’y espargne , de quelque aage, sexe ou condition quil soit. Toutautre occupation cesse ; la nuict sert à rendre la besogne du jour plus grande; les habitans sont tous dans la sueur , salis de poussière , chargés de terre. »

Tandis que le peuple s'emploie ainsi avec une ardeur extraordinaire, le duc de Rohan $s’occupe activement de la police de la ville, du

DE MONTAUBAN. 497 soin des finances , dispose des charges, donne celle de maréchal-de-camp au comte de Bourfranc, et fait le capitaine Dadé sergent de bataille. Le comte d'Orval fut confirmé dans son gouvernement. On sut bientôt que le maréchal de Thémines devait aller joindre le duc de Mayenne, et la résolution fut prise de l’en empêcher. Le maréchal, ayant divisé ses troupes en trois corps, savança avec le plus considérable jusqu’au moulin de Sapiacou, et, après avoir fait quelque dégât, fut repoussé par Rohan, d’Orval et Bourfranc, qui étaient venus à lui avec de nombreuses compagnies. Le lendemain, le maréchal ayant voulu revenir à la charge fut également repoussé.

Pendant ce temps, le duc de Mayenne assiégeait Nérac. Le bruit se répandit quil allait tourner ses forces contre Montauban ; et Rohan, soit pour l'entraîner dans une diversion, soit pour reculer le siége, sortit de la ville avec quinze cents hommes de pied, deux cents chevaux et deux canons, et se porta vers la petite ville de Septfonds, qu’il investit, sans pouvoir faire une brèche dans ses murailles. Thémines accourut aussitôt de Castelsarrasin, obligea le duc de se replier sur Montauban, et alla joindre Mayenne ; Nérac et Bergerac tombèrent en

leur pouvoir. Cette rapidité des conquêtes du du roi, annonçait clairement au duc de Rohan que sa forte place de sûreté serait bientôt environnée. Il résolut de parcourir le Languedoc dans le dessein d’y former un corps d'armée, qui tiendrait la campagne , inquiéterait les assiégeans, et fournirait aux assiégés les secours nécessaires. Suivi du comte d’Orval et de quelques troupes , 1l se mit en marche avec l'intention de passer le Tarn entre lle et Rabastens. Les communes du pays, ayant eu vent de son projet, avaient coupé les chemins, s'étaient emparés des gués, et l’attendaient de pied ferme. Il voulut se battre; un léger combat, où furent blessés deux capitaines calvinistes, rendit le passage libre. Après ce coup de main, d'Orval se sépara du duc, et reprit la route .de Montauban. Arrivé près de Septfonds, il eut à soutenir l'attaque d’un corps nombreux de catholiques, qui s'étaient cachés dans des maisons. L'action fut terrible, longue, sanglante. Le comte rentra à Montauban , avec un grand nombre de blessés. Pendant son absence, le marquis de la Force, ses deux fils, Castelnau et Tonneins, plusieurs autres gentilshommes, avec quarante chevaux, sy étaient rendus, pour combattre en faveur de la cause commune. Le marquis de la Force fat investi du commandement général.

Dès sa rentrée dans la ville, d'Orval et les autres chefs créérent deux conseils , lun de guerre et l'autre de police. D'Orval présida le premier, Dupuy, le second (”. La première ré- . solution prise par les deux conseils fut de démo lir les faubourgs et les métairies les plus voisines de la ville, et d’abattre tous les arbres dans un circuit de mille pas. Les regrets des intéressés, qui, dans la ruine de leurs maisons , pleuraient celle de leurs familles, gènèrent l’exécution du projet. On se contenta de descendre Îles planchers et les toits de plusieurs habitations , sans toucher aux murailles.

Sur ces entrefaites, le maréchal de Thémines revint dans le Quercy pour préparer les voies au duc de Mayenne , qui se disposait à y entrer. Arrivé à Cahors, il écrivit aux Consuls de Montauban la lettre suivante :

« Messieurs, vous esprouverez à ce coup, que le bon amour chasse la crainte. Je me suis porté à une liberté bien grande, que, dans vos obstinations qui me sont cogneues, je veuille vous escrire. Je ne scay si Je fay ce que je ne debvrois pas; sans congé du roy; mais si les

(7) L'auteur de l'Histoire particulière du siége de Montauban , attribue la présidence du conseil de police à Bonencontre.

volontés , qui ne peuvent estre suspectes à Sa Majesté , sont excusables, je mets sur moy le hasard du reproche. Cest donc l'affection que Jay pour vous, qui dans vos nécessités me force à vous plaindre, estant bien marry qu'elle ne soit en ceste condition qui m'a faict pour vos intérests autrefois entreprendre vostre deffense, en une saison assez périlleuse. Si lors, j'ay peu avoir quelque part en la gloire de vos bonnes actions, pour le service du roy, j'auray un extrème regret que vostre changement soit aujourd’hui de vous trouver dans la désobéissance , et obligés au courroux de S. M. Je ne veux pas, Messieurs, vous en dire davantage. Je scay qu’il est plus mal aisé de persuader que de vaincre. Mais sur le besoing qui vous presse, Jay voulu vous tesmoigner que ma passion est de vous servir envers Sa Majesté, autant quil me sera possible, jusques à me laisser courroucer pour vous, et me charger de ce que, peut-estre, on réprouvera mes SOIngs que j'employeray pour vous advantager, avec la mesme franchise qu'après vos refus. Je tiendray ma fin heureuse , si, suivant les commandemens que j'auray contre vous, elle sert à condamner vostre ingratitude , et la créance où je vous auray attachés d'estimer que je suis vostre très humble à vous faire service. »

Cette lettre fut lue dans le conseil de ville, qui répondit :

«Monseigneur, moins nous méritons vostre amour , plus vous en sommes-nous redevables, et des bons mouvemens qu’en ceste occasion vous tesmoignez avoir pour nous, aisés à garantir de tout reproche, puisqu'ils sont vostres, et d’ailleurs sans soubçons, pour des plus fidelles et obéissans subjects de Sa Majesté. Nos déportemens passés et nos actions, auxquelles vous avez donné toute la gloire par vostre courage et valeur , vous ont si suflisamment persuadé de nos fermes et immuables inclinations au service du roy et au vostre particulier , qu'il n’est besoing de vous le persuader à ceste heure, ny possible de nous vaincre et faire de nouveau quelque conqueste sur nos affections. La faveur néantmoins n'est pas petite, non plus que vostre intercession; quand il vous plairra l’employer envers Sa Majesté, pour redonner au corps de nos Eglises, la paix que les ennemis de son estat et les nostres luy ont injustement ravie, la continuation de laquelle il avoit méritée par l'humilité , obéissance et subjection qu'il Luy a toujours protestée et par effect tesmoignée , capable de convaincre le prétexte de prétendue rébellion, qui n’a esté recherché que pour tascher à seslever sur nos ruines. C’est dans ceste paix générale que nous prendrons nostre part et nostre grande consolation, puisque le défaut d’y-

celle cause seulement nostre nécessité et nostre résolution à une juste delfense. Vous ferez si justement en cela, que vous n’en devez appréhender son courroux, si c’est utilement, lapaisant envers nous, en nous faisant cognoistre à luy. De la gloire et de l'honneur de ceste action , vous tirerez l’advantage que vous méritez, et que vous souhaitent ceux qui, au lieu de vous provoquer contre eux, loing de toute ingratitude, joignant aux obligations du public les leurs particulières, rechercheront tous les moyens de vous assurer qu'ils sont, vos très humbles et obéissans serviteurs. Les Consuls de Montauban.»

Désormais. bien convaincu que l’obstination des Montalbanains était sans remède, le maréchal n’arrêta plus le duc de Mayenne, qui, après s'être assuré des places de Mauvesin, lIle-en- Jourdain, le Mas-sur-Garonne, passa le Tarn près de Villemur, et s'étendit jusqu'aux villages de Moulis et de Reyniès. À la première annonce de ce passage, les comtes d’Orval et de Bourfranc sortent de Montauban, avec quatre-vingts cavaliers et trois cents hommes d'infanterie. Arrivés au-delà de Corbarrieu , ils trouvent l’avantgarde de Mayenne en bataille, et lancent contre elle les enfans perdus, commandés par les deux Ferrières. Le jeune Péchels est d’abord tué sur

place; Dariat, blessé, est fait prisonnier. Toutà-coup , trois cents chevaux et trois bataillons royalistes débouchent d’un petit bois voisin. Bourfranc voit le danger, dirige en toute hâte les enfans perdus dans les vignes du côteau, à la faveur du fort, et, par un feu bien ménagé, favorise la retraite. Le lendemain , le fort, vieux reste des Bastides Anglaises, fut abandonné et occupé par le duc. Celui-ci, renforcé de quelques régimens Gascons et Toulousains, franchit les hauteurs en tournant Montauban, passa le Tescou , remonta à Bellegarde, et, conduit par Sercy, gouverneur de Nègrepelisse, qui était venu le joindre, se dirigea vers Le Bias, où il comptait traverser l'Aveyron. Ce village, assez bien fortifié, le retint quelques jours. On dit que les fourriers de Mayenne y ayant été reçus, se portèrent à des excès qui mirent les habitans en fureur; d’autres affirment que les soldats royalistes furent massacrés de sang-froid, en haine seulement du nom catholique. Quoi qu'il en soit, le duc irrité accourut avec du canon, ouvrit la brèche, et fit donner l'assaut, que soutinrent bravement, pendant plusieurs heures , les cent quarante hommes qui gardaient le fort. À Ja fin, il fallut se rendre: les Consuls et vingt-trois habitans furent pendus, le reste retenu prisonnier où mis à rançon, la place rasée et brülée.

Mayenne passa ensuite l'Aveyron, et monta vers Réalville. Les habitans , effrayés par l’exemple du Bias, s'étaient enfuis. On mit garnison dans leur place. Ce fut là que Thémines, déjà maître de Caussade, joignit le duc. Ils marchèrent ensemble vers Nèorepelisse. Sur l'avis des Montalbanais, cette petite ville composa. Ses habitans obtinrent /a vie et bagues sauves, avec un délai de trois jours pour emporter leurs effets et se retirer ailleurs. Deux compagnies, formant quatre cents hommes , en sortirent et se rendirent à Montauban, sous la conduite des capitaines Marmonié et Moroul (}. Bruniquel suivit l'exemple. Saint-Antonin hésita quelques jours ; mais une heureuse imprudence le conserva au parti calviniste (”)}. Mayenne et Thémines revin-

(*) Histoire du Querci, tom. 2, pag. 148.

(*) « L'histoire en est bonne, dit l’auteur de l'Histoire particulière du siége de Montauban.— Pénevaïre , qui avait une compagnie dans ceste villelà, fut député avec autres deux vers le duc. Lequel manie si dextrement la conscience de nostre capitaine que, par une promesse de six mille livres de récompense , il l’oblige à induire ou à forcer les habitans à se rendre. Ce trafic se faisoit dans Négrepelisse , d’où le marchand ayant à partir pour déliyrer sa marchandise , il rencontre un bourgeois de Sainct-Antonin, qui luy demande en quel estat sont les affaires. — « Montauban traite, dit-il, nous n'avons de quoy tenir. Voilà une lettre que M. de Sully en escrit à nos Consuls.» — IL baille, pour la lettre, la promesse de six mille livres bien conditionnée. Les reproches qu'on luy faict le jettent en la confusion d’un homme qui, surprins, ne sçait de quelle excuse payer. Il rejette la coulpe sur ses collègues, les dépeint comme diables qui l'ont précipité dans le piége, jure de ne rien faire de ce qu'il a promis au duc, deschire sa récompense, arrive à

(a) rent alors sur leurs pas et joignirent l’armée royale , qui s’avançait enfin vers Montauban.

Cette ville travaillait avec une activité de jour en jour croissante à perfectionner ses moyens de défense. Bourfranc faisait, de son côté, des courses continuelles dans les environs, d’où il ramenait des vivres en abondance. Il fit reprendre le fort de Corbarrieu, par le capitaine Rouffio. Le même jour, 12 août, Vignaux, autre capitaine Montalbanais , averti que le duc de Lesdiguières allait traverser la forêt de Montech, lui dressa un embuscade, qui surprit et tua onze soldats de son escorte. Ceux de Montech, en représailles, massacrèrent deux prisonniers de Montauban. Aux «coups d'épée se joignaient les coups de plume, moins sanglans mais plus dangereux. De divers endroits , lettres sont envoyées à M. de la Force, au comte d'Orval, à Bonencontre, aux Consuls, au consistoire même, qui nous occupent toute la matinée du dimanche , 45 août , à les ouir lire. J’auroys trop de peine, et vous trop d’ennuy, si je vous en exhibois les copies; car il y en avoit une d’un certain advocat, plus longue que l’Iliade d'Homère,

Sainct-Antonin, descouvre tout le mystère , et encourage un chascun à la def- fense. »

et au quart de la lecture il la fallut deschirer, pour ne gaster le temps. En substance, ces lettres n’estoient que promesse de bons traitemens, bienfaits, liberté, tranquillité et repos pour les habitans, s'ils vouloient entendre à quelque composition ; hors de là, rien que tableaux h1deux de nos ruines et désolations, au naturel représentées (‘).» On répondit à quelques unes de ces lettres, en considération de ceux qui les ayaient écrites, notamment au duc de Sully. Le conseil de police fit publier une ordonnance portant défense à toute personne , homme ou femme, de sortir de la ville, sans la permission du gouverneur ou des €onsuls, sous peine d'emprisonnement. Deux demoiselles, saisies au bout d’un faubourg, et ne pouvant exhiber la permission , «furent par les soldats despouillées jusques à la chemise.» La veille même du siége , on remit aux Consuls un billet, écrit en chiffres, qui contenait ces mots : « Vous serez bientost assiégés. Ne capitulez point, car rien ne sera gardé de ce qu’on promettra. En la bonne deffense, vous trouverez vostre conservation et la paix générale. » — Ces exhortations étaient inutiles, comme les menaces. Montauban était résolu à se défendre, et, plein de courage et

() Histoire particulière du siége de Montauban.

d'enthousiasme , attendit de pied ferme l’armée royale. Le 16, au soleil couchant, la vedette placée sur le clocher de $S.-Jacques () poussa le eri d'alarme, le tocsin lui répondit par sés lugubres üntemens :.c'élait le régiment des gardes du roi, qui venait de Loubejac, où 1l avait pris ses postes, faire des courses du côté de la ville.

(*) C’est par une confusion de chiffres qu'il a été imprimé à la page 435 du premier volume : La croix du clocher St-Jacques domine le sol à 98 mètres 8 centimètres. Ce nombre exprime, à un mètre près, l'élévation du sol au-dessus du niveau de la mer; mais la hauteur réelle du clocher est de 52 mètres, 82 centimètres. Nous ajouterons que nous avons pris le niveau de 149,9 dans l’Annuaire du bureau des longitudes , année 1840 , pag. 232. Une donnée particulière , fournie par le dépôt du ministère de la guerre, l’a porté à 150,9. Mais il répugne à croire que si le bureau des longitudes avait commis une erreur, il ne l’eût pas corrigée l’année suivante ; car ce même nombre 149,9 se trouve dans l'annuaire de 1839.

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