CHAPITRE VIL
Va singulièrementchangé d'aspect. Nous >n’essaiérons pas de faire une description complète des fortifications qui ceignaient la ville, et représentaient l'expression la plus exacte de l’état où était parvenu, à cette époque, l’art de défendre une place ; mais comme on ne saurait suivre avec intelligence le développement du grand drame qui vase dérouler sous nos yeux, sans connaître avec quelque préci-
sion le lieu de la scène, nous indiquerons la position des principales constructions , en établissant une espèce de synonymie des noms de 1621 et des noms modernes. Au-dessus du Chàteau Renaud, dont la façade crénelée était reliée aux courtines , le bastion des Carmes appuyait sa base sur l’ancien fossé jusqu’à la porte, aujourd’hui l'extrémité de la rue qui a conservé le nom de ces religieux; l'angle saillant de ce bastion descendait jusqu’au Tescou. La porte était pro- tégée par une demi-lune à triple enceinte; puis venait le bastion de Paillas, occupant la promenade actuelle des Carmes, jusqu’à la porte du Moustier (). Celle-ci était protégée par un bastion du même nom, qui lui-même était couvert par des travaux avancés , appelés corne du Moustier, s'étendant jusque vers la rue actuelle des Demoiselles. Le bastion de Rohan allait jusqu'à la porte des Frères-Mineurs , aujourd'hui extrémité de la rue des Cordeliers; puis le bastion de l’Ecluse ouvrait un angle obtus jusqu'aux bords du ruisseau Lagarrigue. Ces deux derniers bastions s’appuyaient , comme ceux dont nous avons parlé, sur les anciens fossés de la ville, et au dehors étaient protégés par des fortifica-
(”) Ce fat Sully qui traça lui-même cette partie des fortifications , au mois d'avril 14621.
tions avancées appelées tenailles (). Au-delà du ruisseau Lagarrigue ces tenailles devenaient une contrescarpe fortifiée, couvrant les bastions du Fort, de la Fontaine et de S.'-Antoine , lequel aboutissait à la porte de ce nom, située vers l'extrémité de la grande rue actuelle de Villenouvelle. Il faut ajouter que le fort, dit du Conseil, occupait l’espace de l’ancien couvent des Jacobins, aujourd’hui de la Miséricorde et de la maison qui est au midi, jusquà Lagarrigue, couvrant ainsi la porte du Griffoul, qui était un peu en avant de la jonction de la Grande rue actuelle avec la rue de la Comédie.
Depuis la porte S.'Antoine jusqu'au Tarn, trois angles s’ouvraient en forme de tenailles, que couvrait, vis-à-vis de la porte , la corne S'- Orse ; à l’autre extrémité, près de la rivière, la corne de Montmirat ou de Castelnau-Laforce, protégeait la porte Villenouvelle correspondant à celle de Montmirat, qui s'élevait au lieu où se réunissent les rues de Montmirat et Cours de Toulouse.
Villebourbon avait une double ceinture de
. (9 Cette partie des fortifications avait été exécutée durant les premiers mois de 1621.
fortifications : les anciennes, formées par trois bastions appelés de Gasseras, du Communal, au milieu, et de Toulouse, et les nouvelles, composées de cinq bastions et de deux demi-bastions ()}. Dans la presqu'île formée par le confluent du Tescou dans le Tarn, était le fort S.'t-Etienne, qui couvrait le pont de Sapiac. Ÿ
Dans l’intérieur de la ville un ordre admirable était établi, soit pour la distribution des forces, soit pour l’organisation des diflérens services publics, et pour la surveillance de la police. La garnison se composait de 4500 hommes environ, outre un grand nombre de volontaires. Voici comment elle fut distribuée , d’après l'avis du marquis de Laforce , des comtes d’Orval et de Bourfranc, et du conseil de guerre. Le comte de Bourfranc, soldat -de fortune, brave, habile, qui acquit beaucoup de réputation dans les guerres d'Italie, défendait Villebourbon , avec dix compagnies. Afin de pouvoir vaquer en même temps aux fonctions de maréchal-de-camp, qu'il remplissait, il s’adjoignit Vignaux. Castelnau de Laforce, à la tête de neuf compagnies , occupait la corne de Mont-
(") Henri IV avait ordonné les fortifications de Villenouvelle et de Villebourbon , qui changea son nom de faubourg St.-Orens ou Toulousain contre celui du valeureux Béarnais.
mirat, et S.'-Orse tenait celle de S.'-Antoine avec quatre compagnies. Savignac, ayant trois compagnies sous ses ordres, gardait les trois bastions qui couvraient Villenouvelle, depuis la porte S.'-Antoine jusqu'à l’écluse du ruisseau Lagarrigue. Reyniès () avait établi huit compagnies dans les bastions de l’Ecluse, de Rohan et du Moustier. Enfin d’Auzeron était chargé de défendre , avec dix compagnies , les bastions de Paillas et des Carmes, ainsi que la demi-lune de ce nom (”).
Ce qui restait du régiment du comte d'Orval, des compagnies de Marmonié et de Moroul, formant un eflecuif de 1600 hommes, servit à créer un corps de réserve , toujours prèt à se porter aux points les plus menacés, avec cent carabiniers des comtes d’Orval et de Bourfrane, outre un régiment de 600 hommes, armés de casques et de cuirasses, auxquels étaient joints tous les volontaires.
(*) Reyniès, après qu'il eut été blessé, fut remplacé dans ce commandement par la Rivière-Marsolan , qui lui même céda plus tard ce poste à Vignoles. (Relat. manuse., p. 49. )
(**) Voici les noms des capitaines qui commandaient dans la ville : Reyniës, Durfort, Beauvillars, Pechels-Boissonade, Peyrebosc, de Lhoste, Rouffio , Marmonié, Penavaïre, Bardon , Toulouse, Peyrusse, les deux Moncaut, Constans-Albouy , Reyniès-Auzeron , Dupré, Larose, Boutaric, Ferrières , Durand, Darassus , Portus, les deux Trabuc, Aussac , Vezi, Vialettes, Escorbiac, Moyse, Constans , Guimonet, Bories et Barthe.
La population de la ville, en y comprenant les paysans des environs, qui étaient venus y chercher un asile, pouvait s'élever à 15,009 habitans. On avait des vivres () pour plus de six mois. Les munitions étaient peu abondantes ; mais Dupuy sut y suppléer en faisant continuellement fabriquer de la poudre (”) , des balles, des boulets et des feux d'artifice. Les armes consistaient en trois canons, deux coulevrines de dix-huit pieds, quatre moyennes, et trente pièces de campagne, avec plusieurs fauconneaux, et des arquebuses, des mousquets , des carabines, des piques et des hallebardes, autant qu'il en fallait pour armer tous les soldats. Les divers métiers d'ouvriers étaient, chacun, dirigés par un commissaire , qui les faisait travailler , et fournissait les objets fabriqués au bureau établi-en permanence sur la grande place. Il y avait aussi diverses commissions ou bureaux, présidés ordinairement par un Consul, et chargés des différens services , comme de recueillir les farines, de préparer des logemens pour les troupes, de panser les blessés et les malades, de distribuer
(*) La plupart des bêtes à cornes et autres animaux , qu’on avait fait entrer dans la ville, périrent faute de fourrage. (Relat. manusc.)
(5 On dépensait ordinairement quatre quintaux de poudre par jour; lors des sorties ou des assauts ce chiffre s'élevait jusqu’à douze quintaux. ( Mém. de Natal.)
les muniuons. Le bureau de l’'Hôtel-de-Ville, qui devait recevoir tous les avis et donner tous les ordres, était composé de vieux bourgeois les plus notables ; d'heure en heure, tant le jour que la nuit, il devait être inspecté par l’un des Consuls à tour de rôle. Ainsi tout se faisait sans confusion , sans murmure , et chacun se portait avec ardeur à son œuvre. Les ministres, au nombre de treize , étaient spécialement chargés d'entretenir l’enthousiasme par des chants (), des prières et des exhortations, dans lesquelles ils insistaient avec exagération sur les désastres qu'avaient éprouvés les villes qui s'étaient soumises à l’armée royale; ils, comparaient sans cesse Montauban à Béthulie, le roi à Nabuchodonosor, le duc de Mayenne à Holopherne , les Montalbanais au peuple de Dieu, les catholiques aux Assyriens. |
L’indécision , l'indifférence et les divisions qui
(*) « Levant leurs mains et leurs cœurs vers les cieux , ils remettent eux et l'espérance de leur salut en la miséricorde divine , s’assurant que Dieu, plus fort que tant de seigneurs dont cette armée étoit illustrée, plus puissant que les hommes conjurés à leur ruine, ne leur manqueroïit pas au besoin, ayant toujours ce chant divin et ce sacré refrain en leur bouche :
Dieu nous rendra preux et vaillans, Encontre tous nos assaillans , Renversant par sa vertu grande De nos haineux toute la bande. »
( Relat. manus. p. 62.)
travaillaient le camp royal, contrastaient singulièrement avec la résolution bien déterminée, l'enthousiasme et l’union qui régnaient dans la ville. L'armée s'était réunie , le 16 août, à Piquecos, et le lendemain le roi fut la passer en revue, dans la plaine de S.‘-Maurice. Là encore, les chefs qui ne voulaient pas le siége , insistèrent pour en détourner le roi; ils faisaient ressortir le tort qu'on avait eu de ne pas courir sur Montauban immédiatement après la prise de Saint- Jean-d’Angély, avant que les fortifications ne fussent achevées, avant que les hommes de guerre, tels que le marquis de Eaforce et le comte de Bourfranc , n°y fussent entrés. Ils proposaient de bâtir des forts autour de Montauban, et d'y laisser le duc de Mayenne, qui harcellerait les habitans, les contraindrait à consommer leurs provisions , les amènerait peut-être à une composition, ou les rendrait moins redoutables lorsque l’armée reviendrait au printemps les assiéger , après avoir dispersé les troupes que le duc de Rohan assemblait dans les Cévennes pour leur porter secours. Ils ajoutaient que l’armée suffirait à peine pour fournir les deux tiers de la circonvallation ; que par conséquent les Montalbanais jouiraient d’une entière liberté dans leurs entreprises ; que les pluies et les nuits froides de l'automne jetteraient bientôt dans le camp les ma-
DE MONTAUBAN. 447 ladies auxquelles dispose l’abondance des fruits, et exposeraient infailliblement le roi à: la honte de lever le siége.
Ces considérations étaient plausibles ; mais le connétable , qui tenait à changer son nom de Luynes , contre celui de duc de Montauban, usa de toute l'influence quil exerçait sur l’esprit du monarque, s’attacha à flatter son amour propre en louant toutes ses œuvres , et lui promit un prompt et heureux succès. Les villes catholiques des environs ne manqueraient pas, disaitil, d'envoyer des secours ; on pouvait appeler le prince de Condé et le duc de Vendôme, qui commandaient, celui-là dans le Berry, celui-ci en Bretagne , des troupes nombreuses. D'ailleurs, quelque aguerris que fussent des bourgeois, ils ne sauraient résister à des soldats conduits par tant de grands hommes habitués à la victoire, et combattant sous les yeux de leur roi. Le duc de Mayenne appuyait les dires du connétable , mais dans un but bien différent; il voulait précisément empêcher que la ville ne füt érigée en duché, en la mettant en ruines , ou du moins en la démantelant ; 1l espérait contrarier ainsi les projets vaniteux du connétable, et se procurer à lui-même le repos que troublaient si souvent les entreprises audacieuses et l'esprit turbulent des Montalbanais. |
Le siége fut donc définitivement résolu , et l'armée traversa immédiatement l'Aveyron, du côté. de. Villemade. Le marquis de Thémines, à, la tête du régiment de Navarre et d’un détachement nombreux, est chargé de diriger les premières approches contre le quartier de Montmirat.
Comptant qu'il faudrait aux troupes ennemies plusieurs jours pour faire leurs dispositions avant de se mettre en marche, les habi: fans de la ville , trompés par leurs espions}; se livraient à leurs occupations ordinaires, ou considéraient, avec des sentimens divers, les vastes nuages de fumée produits par l’'embrasement des pailles, des fourrages et des maisons d’aJentour , que le conseil de guerre avait, dèsle matin, fait incendier ; lorsque, le 17 août, entre troiset quatre heures, la vedette du clocherde S'-Jacques jeta le-cri d'alarme ; et le tocsin sonna à toutes les cloches. IL. ÿ eut un moment de trouble, de désordre. Mais bientôt un frénétique enthousiasme éclate de toutes parts; chacun se rend avec ardeur au poste qui lui avait été assigné: L’ennemi avait dépassé la tour de Capoue, et n'était plus qu'à un demi-quart de: lieue de. la ville. Dupuy, capitaine des gardes du comte mi se précipite le premier à sa rencontre,
à la tête de trente mousquetaires, et arrête les plus avancés; il est bientôt appuyé, par Lamotte-
DE MONTAUBAN. #49 France, d’Auzeron, d'Urban, Peïrebosc et Lentillac , ‘qui forcèrent les ennemis à quitter honteusement quelques parois dont 1l s'étaient emparés ; puis, se jetant dans un chemin creux qui était vis-à-vis des cornes de Montmirat, ils soutinrent l’escarmouche jusqu’à la nuit, Un jeune enseigne , emporté par la fougue de son âge sans expérience; s'était avancé tout seul loin des remparts ; le comte de Bourfranc court à lui, prend le drapeau, et, après avoir fait faire plusieurs passes à son cheval, sous les mousquetades de lennemi, rentre fièrement dans la ville.
Le quartier de Montmirat , qui avait reçu les premières attaques, était précisément le plus faible; l’ouvrage: à cornes n'avait pas trois pieds d’élévation ; mais, au premier coup de mousquet, Castelnau fit construire une barricade ; et, du: rant la nuit entière (), tous les habitans furent sur pied } femmes, enfans, vieillards, rivalisant d'efforts et d'activité pour la défense de la ville: Dès le matin, les assiégeans, qui, à la faveur de la nuit; s'étaient de nouveau avancés dans les masures' jusqu'à ‘une portée de mousquet des
(”) « Ce fut aussi pendant cette nuit qu’on coupa le pont de S.t-Roch , aboutissant à la corne de Montmirat ; du eôté.de, la rivière, et qu’on brüla.tous les moulins du Tarn, ayant auparavant fait construire une grande quantité da moulins à bras, (Reélat. mañusc. du siége, p: 60) Cf
travailleurs, ne furent pas peu étonnés de voir un rempart haut de douze pieds et large de six, formé par 700 barriques de terre qu'on y avait transportées. |
Voici les dispositions de l’armée royale, composée de 20,000 hommes. Elle était divisée en trois camps; le premier, ou quartier du roi, commandé par les maréchaux de Praslin et de Chaulnes ("), sous les ordres du connétable de Luynes, était formé de quatre régimens et des Suisses, avait ses tentes près de la tour de Capoue, et s’avançait contre les cornes de Montmirat et de S.'-Orse ; il dut avoir les honneurs de la pre- mière attaque, sous les yeux du prince de Joinville et du duc d’Angoulème, à la tête de la cavalerie légère et des régimens de Navarre et de Piémont. Le duc de Mayenne, secondé par le maréchal de Thémines avec quarante-cinq enseignes , Composant six régimens outre les troupes de Toulouse, investissait Villebourbon, et. avait établi son quartier-général en aval de la rivière, dans un jardin appelé de Palisse, près de la tour de Montcau , vis-à-vis de celui du
(”) Les diverses relations du siége que nous avons sous les yeux, au nombre de sept, dont quatre inédites, ne s'accordent pas entièrement sur la distribution des officiers supérieurs qui commandaient dans les divers quartiers , à cause sans doute des changemens successifs qui eurent lieu.
DE MONTAUBAN. 191 connétable , avec lequel il communiquait pär un pont de bateaux, jeté sur le Tarn. Le prince de Joinville, aidé des maréchaux de Lesdiguières et de S.“Géran, commandait six régimens, sans compter les cinq que conduisit le duc de Montmorency; et, s'appuyant sur les ruines de l'ancienne Abbaye, menaçait tout le front depuis la porte du Moustier jusqu'au ruisseau Lagarrigue. Il correspondait avec le duc de Mayenne au moyen d'un pont de bateaux () qui traversait le Tarn au-dessus de la ville.
Ainsi, toute la partie qui s'étend depuis Lagarrigue jusquà la porte S.'-Antoine, était à découvert et resta toujours libre, ce qui ne contribua pas peu à compromettre le succès du siége. Si l’armée royale eût simultanément battu la ville sur tous les points, elle eût contraint les assiégés à diviser leur forces, elle eût reconnu les parties faibles , et peut-être du premier coup eût-elle été plus loin qu’elle ne l’espérait; mais il n’y eut jamais d'ensemble dans ses mouvemens, dans ses attaques ; chacun des trois camps fut établi à un jour d'intervalle. Le duc de Mayenne s’avança, le 18 août, sur
(*) «Ces ponts étaient si bien construits que charrettes, carrosses, artillerie même, pouyaient y passer, à couyert du canon de la yille. » (Relal, manusc. p. 68.)
152 : HISTOIRE | Villebourbon sans trouver aucun obstacle , jusqu'aux ruines des maisons brûlées, à dix pas dela contrescarpe. Le capitaine Pierre (‘) chassa les ennemis de ces masures, et. s’y maintint pendant. deux jours; les abandonnant ensuite sous le feu du canon, qui, des bords du Tarn, tua une femme et en blessa une autre sur. la demi-lune des Carmes qu’on achevait. Le troisième camp ne put S'établir en face de la porte. . du Moustier,, le 19, qu'après avoir livré un rude combat et après avoir tué Bardon et Gar-dési avec plusieurs soldats.
Pendant que les assiéseans dressaient leurs tentes, choisissaient la place de leurs batteries, et déterminaient les lignes de leurs tranchées , les Montalbanais travaillaient sans relâche à consolider leurs fortifications, et spécialement à remplir déterre le bastion du Moustier , qu'on avait négligé. jusque là, au point que déjà l'on criait à la-trahison. De leur côté, les soldats brülaient d’impatience d'en venir aux mains avec cette armée, qu'on leur représentait : comme
(”) «Les assiégés du côté de Villebourbon , impatiens de voir de près leurs nouveaux hostes , se résolurent de leur aller taster le pouls, et de les saluer dans leurs ,corps-de-garde; conduits par:le capitaine Pierre, ils donnent brusquement dans les ruines du faubourg, et font demeurer sur la place, morts, un capitaine, un sergent , neuf soldats et un homme d'église. » (Relat. manusc. du siége, p. 64.)
aussi nombreuse, mais aussi facilé à vaincre que celle de Xercès. Ils firent presque en même temps des sorties sur tous les points, les succès de lun ne laissant aux autres aucun repos: Le capitaine Pierre, suivi de Beauvilar , surprit ;: dans les masures du faubourg Toulousain ,-un corps-de-garde, ét tua un sergent avec plusieurs soldats; Lachapelle, sorti de Montmirat, pénètre, à la faveur de la nuit, jusqu’à un corps-de-garde qu’il enfonce, tue ou met en fuite tous céux qui s’y rencontrént, et amène un gentilhomme pri sonnier. Une coulevrine placée sur la! corne: fit de grands ravages dans le quartier du duc de Mayenne ; qui de son côté abattit une guérite placée sur un bastion , d’où l’on découvrait tout: le camp} et démonta deux canons qui étaient sur” la:tour du bout du pont. |
Dans le quartier du roi, la tranchée est:ou-1 verte le 22, et poussée vivement :sans rencon:" trer d’obstacle ; mais dans la nuit les assiégés fondent sur: les travailleurs, les chassent:'au moyen de quelques feux d'artifice, et les pour suivent jusquà ce que, arrêtés par deux régimens , 1ls se retirent lentement, se faisant suivre ; et se: mettent: enfin sous le canon de: la ville, qui, tonnant avec fureur, fit un grand” massacre des assiégeans, surtout parmi les .offi-
ciers; les assiégés ne perdirent que le lieutenant Tenans et un sergent (”).
Afin dese mettre à couvert contre ces sorties, et pour rendre les communications faciles entre les diverses tranchées , les assiégeans établirent, sur des lignes de traverse, des barricades et de forts épaulemens ; deux jours après, ils s’avancèrent jusqu’au chemin creux, et s’emparèrent d’un tertre qu'ils ceignirent de gabions pour y établir une batterie; mais Durosier sortit, le 26, accompagné de trente mousquetaires et de douze piquiers pour enlever cette position aux ennemus, il parvint, en eflet, à mettre les travailleurs en fuite , et fit rouler avec des crocs les gabions dans le Tarn. Cependant Lesgelé, qui allait lui aider, voyant la besogne très avancée , se porte audacieusement jusqu'aux premières tentes du camp et y met le feu; puis il se retire devant un détachement de cavalerie et une troupe de Suisses, et va rejoindre Durosier. Ils soutinrent, du chemin creux, une lutte acharnée; mais voyant qu'on allait les prendre par le flanc, ils se mettent à couvert dans la ville, laissant sur le champ de bataille les deux lieutenans Fresche et Lenclos avec quelques soldats. Les
(*) Ce même jour , 27 août, cinq gentilshommes de l'armée vinrent se rendre dans la ville ( Relat. manusc. p. 70.)
assiégeans se hâtent de réparer les gabions, établissent une batterie de quatre canons sur le tertre, et une autre de dix pièces sur les bords de la rivière; puis continuent la tranchée jus-
qu'au chemin creux. A diverses reprises, les as- siégés tentèrent de détruire ces batteries qui leur faisaient de grands ravages; Durosier essaya plusieurs fois de mettre le feu aux gabions, mais ne put y parvenir. Le marquis de Laforce ne trouva d'autre moyen pour défendre les cornes, traversées par le canon ennemi de part en part, que de faire doubler l'épaisseur du rempart, en construisant au dedans un retranchement, qui dans peu de jours fut aussi fort que le premier.
Dans les autres quartiers, les assiégeans et les assiégés ne se portaient pas awec moins d’ardeur à s'entre-détruire. Enhardis par l'inaction des royalistes, les Montalbanais, qui n'avaient travaillé aux bastions de l’Écluse et du Moustier que durant la nuit, se hasardèrent à y porter de la terre en plein jour. Des pelotons détachés les forcent à suspendre ces travaux, au moyen des décharges qu’ils font derrière les murs de quelques jardins. Durand et Peirebosc fondent sur eux , les chassent et rasent toutes les parois des environs.
Le 27, les maréchaux de Lesdiguières et de S.i-Géran firent attaquer! la contrescarpe du bastion du Moustier:,, avec une grande vivacité, mais ils furent. reçus avec une sorte de fureur, et ce ne fut qu'après un long combat, où ils perdirent plus de six cents hommes , parmi lesquels était S.'-Just,, maréchal-de-camp, ‘qu'ils parvinrent à.s y loger. Ils n'avaient plus qu'à descendre dans le fossé et attaquer le bastion, dont la prise entraînait celle de la place. Mais quand il fal- Jut agir, on se prit à délibérer ; il s’éleva une grande contestation entre les chefs : les uns soutenaient, avec Bassompierre, que la chose était facile, lesautres affirmaient, comme Marillac; que ce serait tenter l'impossible. Le connétable décida qu'avant toute entreprise, on ferait reconnaître le fossé: Mais pendant ces discussions ‘les assiégés. avaient employé tous leurs efforts à réparer ce point qu'ils savaient, en effet, le plus faible, et pour lequel ils craignaient le plus. Ceux qui furent chargés de la reconnaissance ; ayant vu le bastion défendu par des coffres et de fortes barrières , jugèrent que la descente était impraticable, et ce projet fut ajourné.
Ce fut un bon avis pour les assiégés, qui ajoutèrent de nouveaux moyens de défense aux fortifications de Villebourbon,. vers lesquelles
ils pressentaient une attaque prochaine ; ils firent établir dans le fossé un grand ‘nombre de. casemates , creusèrent plusieurs coffres , y. plantèrent une double palissade : avec: des crochets, et appuyèrent sur des pieds-droits de longues poutres pour empêcher les galeries et les traverses des ennemis. Ils se munirent aussi de plusieurs chevalets et autres machines, propres à défendre une brèche , telles que grenadés et feux d'artifice ().
Le 51, à l'entrée de la nuit, une vive alarme se répand dans toute la ville ; un bruit épouvantable, une violente secousse:, qui ébranle toutes les maisons, jette partout la terreur. Deux moulins à. poudre. venaient de sauter ;: consumant avec les ouvriers et les chevaux, une grande provision de salpètre. La défiance s'empare des esprits ,: on crie à la trahison ; mais Dupuy envoie dans tous les quartiers des émissaires chargés de détruire ces ficheuses impressions, etil parvient , non sans peine, à calmer les plus exaltés , en affirmant que ce malheur n'avait d'autre cause que la négligence, ainsi que le prouvait l'émotion des assiégeans , et en donnant
(*) Capdeville donna l'invention des hérissons , chevalets et autres miachinés. pour opposer à une brèche; un Flamand celle des feux artificiels et la fonte des grenades. (Relat., manusc. p.75.)
l'assurance de fournir abondamment de la poudre à tous les besoins (). Ce n’est pas qu'il fût bien sûr de tenir sa parole ; car je lui ai entendu dire qu'il n’en avait que ce que ses ouvriers lui fournissaient au jour le jour ; et la veille de la levée du siége, il ne s’en tronva pas assez dans la ville pour tirer deux cents coups de mousquet.
(*) Les soupçons, qui agitaient tous les esprits, avaient reçu ce jour-là même un nouvel aliment. Un espion avait pénétré dans la ville. Le matin on l'avait recueilli sous le pont de Villebourbon tout nu , portant à son cou une courge qui contenait des lettres du duc de Rohan. Il disait qu'il avait descendu le Tarn à la nage, durant une lieue, pour tromper la surveillance des ennemis. Il amplifiait par ses paroles les lettres du duc, qui annonçaient l'envoi prochain d’un fort secours, et invitait les habitans à rejeter toute capitulation. ï Mais dans l’ombre il assurait tout au contraire que le duc était dans les Cévennes, entouré de mille difficultés, dans l'impossibilité de venir en aide à la ville, qui bientôt sans doute serait forcée de succomber. De tels propos éveillèrent la défiance , et il allait être arrêté lorsqu'il s'enfuit dans le camp. (Relat. manusc. p. 81).