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On voulut toutefois, avant d’en venir à cette extrémité, essayer encore d'amener les assiégés à un accommodement. Üne conférence eut lieu dans ce but, le 30 octobre , au-delà de la Maladrerie,
dans le chemin royal, entre le duc de Chaulnes,
accompagné de plusieurs grands siegneurs, et le marquis de Laforce, entouré de ses deux fils, et de six députés de la ville. Le ton hautain du duc, qui cependant faisait beaucoup de concessions , contrastait avec les paroles modestes, réservées , mais fermes des Montalbanais, qui se renfermèrent toujours dans des considérations générales, et demandèrent des sauf-conduits pour envoyer des députés auprès du duc de Rohan. Afin de détourner l'attention des préparatifs qu'on allait faire pour lever le siége, ces sauf-conduits furent promis , et l’on se sépara sans avoir rien conclu. .
De bonne heure, le lendemain, une mine ouvre tout-à-coup une brèche de dix-sept pas, à la corne de Montmirat. Les assiégés, sortis du prêche , étaient réunis dans des conseils () ou
principales qui ont obligé le roy à lever le siége , et de laisser 600 hommes de guerre aux Villes, châteaux et forts des environs ayec 500 chevaux pour y tenir la compagne, sous la charge du maréchal de St-Géran. »
(‘) De longues discussions s'étaient élevées à la suite de la lecture, qui avait été faite dans le temple , d’une lettre du duc de Rohan, demandant l'envoi
à table, et après avoir vu que les royalistes dirigeaient tous leurs efforts contre le bastion de Paillas, n'avaient laissé qu’un petit nombre de gardes dans les autres quartiers, où par momens on ne voyait même que quelques femmes armées de piques. En sorte que, si les assaillans avaient tenté une attaque bien sérieuse , il leur eût été facile de pénétrer jusque dans la ville. Mais la brèche resta fort escarpée, et l’on y monta avec si peu d'énergie, que quatre mousquetaires suflirent pour soutenir le premier choc, jusqu'à ce que l’arrivée de troupes nombreuses fit reculer l'ennemi, qui se contenta de faire une barricade, pour se mettre à couvert d’un feu qu'on faisait continuellement par une ouverture pratiquée dans les cornes.
Les assaillans, comme les assiégés, avaient concentré tous leurs efforts au Moustier. Ceux-là ne cessaient de lancer des boulets contre la muraille, dont on avait abattu plus de dix toises ; sous les ordres du marquis de Villeroi, la tranchée était poussée avec vigueur sur la rive gau-
auprès de lui de quelques bons députés pour regarder une bonne fois ce qui se pouvait faire pour le bien de la religion. Un billet, glissé dans la lettre, disait au contraire : Pour le présent, tout traité est rompu, n'escoutés ny parlementés plus. La date de ce dernier était illisible, en sorte qu'on ne savait laquelle des deux assertions était la dernière pensée du duc, et là-dessus on discutait sans trop pouvoir s'entendre. (V. Mém. de Natal.)
DE MONTAUBAN. 211 che du Tescou; une galerie pénétrait déjà jusqu'au fossé du bastion de Paillas, dont une mine pouvait les rendre maîtres. Les Montalbanais faisaient rouler contre les corps-de-garde et les barricades , force cercles à feu pour les incendier, mais ils étaient aussitôt jetés à la rivière; ils inventèrent une machine à roues, goudronnée, remplie de feux d'artifice, qui embrasa tout ce qu'elle approcha; mais l'ennemi s’attachait toujours de plus près au bastion; pour l’éloigner, on se décida à faire une troisième sortie.
Deux heures avant le jour , le 2 novembre, une division forte de trois cents hommes environ, commandée par Boutaric, qui avait sous ses ordres les capitaines Portus, Dupuy et Bruneau , sort par la porte des Carmes, franchit le Tescou vers son embouchure, s'avance vivement Jusqu'aux batteries, dont les canons sont encloués, les gabions et les affüts brülés, les poudres incendiées. Mais l'ennemi, revenu de la première surprise, les charge avec force ; ils se retiraient en bon ordre, lorsque quelques-uns des moins courageux prennent lalarme (), cou-
(*) Le continuateur de Cathala-Coture explique autrement cet accident; mais Natalis , témoin oculaire , s'exprime ainsi: « Deux de nos capitaines, ayant le cœur lasche et poltron, se sont tellement effrayés, qu’ils ont crié sauve qui pourra, en sorte que tous nos soldats prennent la fuite. ».
rent vers un bateau qui servait de pont pour traverser le Tescou; toute la troupe alors se débande ; le bateau trop étroit ne peut suffire à l’empressement des fuyards, qui se jettent dans la rivière et y périssent au nombre de plus de quarante. Le brave Boutaric, resté le dernier sur la rive du Tescou, reçut plusieurs blessures qui occasionèrent sa mort, quelques heures après ()}. Cependant, sous la conduite de Salze, Lacoste, Durfort et Roussoulières, une autre division, forte aussi d'environ 300 hommes , qui était sortie par la brèche, enlève deux corps-de-garde, massacre tout Ce qui s'oppose à son passage, parcourt les tranchées jusqu’à une distance de trois cents pas, les comble, et précipite dans la rivière tout ce qui ne tombe par sous ses coups , tandis que les éclats d’une mine, placée sous le corps-degarde le plus rapproché des remparts , ensevelissaient sous un monceau de ruines plus de cent sentilshommes (”). Aïnsi tout ce quartier fut dégagé; les assaïllans n’essayèrent pas mème de reprendre leurs positions, se bornant à lancer encore quelques boulets de canon.
(*) Portus avait reçu vingt-cinq blessures, dont heureusement aucune n'’etoit mortelle. ( Meém. de Natal.)
(**) « Entre lesquels y en avoit un fort bien vestu , les habis estant couverts de clinquant d'or, estant un peu prins par les ruines de la mine, criait que, si on vouloit lui sauver la vie, il donneroit vingt mille livres , mais ce nonobstant il fust tué. » ( HMém. de Natal.)
Il ne s'agissait plus, pour l’armée royale, que de s'éloigner le plus promptement et avec le moins de pertes possible, de ces retranchemens qui lui avaient été si funestes. Pour endormir l’ardeur des assiégés, on chercha de nouveau à leur parler de paix, de voyage à Castres. Desplan, avec son «accortise ordinaire» se chargea de renouer les négociations ; ac- compagné du seigneur de Calonges, qu'envoyait le duc de Rohan, il les décide enfin à nommer des députés, à condition quil ne serait rien entrepris contre la ville, avant leur arrivée (). Enfin , le 3, en sortant du prèche, on désigna la députation de la manière suivante : Le marquis de Laforce se fait représenter par son fils Castelnau; le comte d’Orval, charge Dupuy , capitaine des ses gardes, de défendre ses intérêts ; ceux du Béarn confient les leurs à Vignaux ; le régiment du Languedoc désigne Rosier ; et enfin le peuple de la ville nomme Dupuy, premier Consul, Beraud, ministre, Lamotte- France, capitaine, et Noaiïllan, avocat. Après diverses tergiversations de Desplan, qui passa une
(") Cette assertion de Le Bret est contredite par Joly , qui affirme au contraire que le conseil de guerre ne voulut pas de trêve. Le journal de Natalis, sans le dire textuellement , l’approuve d’une manière indirecte , par l'indication des coups de canon qui furent tirés, savoir : cinquante-un, le jour du départ des députés, et quarante-huit le lendemain.
nuit dans la ville, chez le comte d’Orval, ils partirent , le à, vers quatre heures, avec un sauf-conduit du connétable (), qu'ils refusèrent d'aller visiter.
Dès le lendemain le camp du Moustier est levé, toute l'artillerie est portée dans le quartier du roi, à l’exception de deux coulevrines , avec lesquelles on tira, pendant deux jours encore, quelques volées qui ne firent aucun dégût. Les troupes qui occupaient la plaine du Tescou passèrent à Villebourbon, après avoir incendié les huttes qu’on avait construites (”) ; on démolit ensuite le pont de bateaux qui était audessus de Sapiac, au lieu dit des Groulhets. Le maréchal de Chaulnes eût, le 9, un entretien,
(") Natalis nous a conservé les termes de ce sauf-conduit : « Le duc de Luynes, pair et connestable de France, à tous lieutenans-généraux d'armes , colonels , mareschaux de France, maistres-de-camp, capitaines, chefs et conducteurs de gens de guerre, tant de chevyai que de pied, maires, consuls, eschevins de ville , gardes des portes, ponts et passages, laissez seurement et librement passer et repasser N. sans donner aucun trouble, ni empeschement , car telle est la volonté du roy, et nostre ordonnance. Fait au camp devant Montauban, le 50 octobre 1621, : CHARLES DE LUYNES. »
(Mém. de Natal.)
(”) Ces détails ne sont pas d'accord avec le récit, qui paraît si véridique, de Natalis. « Le dimanche, dit-il, Dieu par sa grande bonté et miséricorde fist que l’armée qui estoit au Moustier deslogea avec telle haste, bien qu'ils ne fussent pressés par nos gens de guerre, qu'ils laissèrent grande quantité de cuirasses, pots de fer et autres instramens, mesme sans avoir mis le feu aux loges ou huttes qu’ils avoient basties en grand nombre, où fust trouvé en grande
quantité de chevrons , ensemble beaucoup de barriques de vin. »
DE MONTAUBAN. 219 sous les remparts , avec Vignery, Consul, Gardesy, ministre, Benoît et Lalause, syndics ; mais ce fut sans résultat. Le roi se rendit, le 10, à Montbeton, et, Le 12, tout ce qui restait de troupes au camp de Montmirat, traversa le Tarn sur le pont de bateaux qui fut aussitôt démoli, et dont les matériaux furent transportés, par eau, à Moissac, où déjà était arrivée toute l'artillerie (). Bassompierre , qui avec huit cents hommes avait protégé le passage de la rivière, fut poursuivi par les Montalbanais jusqu’à l'Aveyron, qu'il traversa au gué du moulin de Parazols.
Cependant les députés étaient, depuis le 10, de retour de Castres, rapportant les articles d’un traité de paix que le duc de Rohan approuvait, pourvu que les Montalbanais y consentissent. Ils contenaient en substance que les assiégés se Jjetteraient aux pieds du roi, lui demanderaient pardon , le supplieraient de les honorer de son entrée dans leur ville, et de les recevoir à nouveau serment de fidélité pour tout ce qui ne tendrait pas à compromettre leur sûreté ou leur
(*) Dans son précieux Mémoire, écrit en forme de journal , Nataïis a compté jour par jour avec une précision rigoureuse le nombre de coups de canon qui furent tirés par les batteries du camp. En voici le résumé : en septembre 9850, en octobre 5665, en novembre 539, ce qui fait un total de 16052.
liberté; qu’en outre, Sa Majesté leur donnerait un témoignage assuré du pardon de toutes leurs fautes, et de la confirmation de tous leurs priviléges; que, pour recevoir leur nouveau serment, une personne de qualité, désignée par Sa Majesté , entrerait dans la ville avec une suite non suspecte; que pour marque de soumission on démolirait les cornes de la demi-lune de Villebourbon, et la contrescarpe, dans trois mois à partir du jour du départ de Sa Majesté; qu'en attendant, quatre des principaux habitans resteraient en Ôtage à la suite du roi; que Sa; Majesté serait suppliée d'établir dans la ville un siége présidial, avec un prévôt et des archers ; enfin on y remarquait cet article, qui était le dernier , et qui donne la clé de cette guerre : Le tout après que le général des Eglises sera satisfait et content. Ks furent d'abord communiqués au conseil de direction, qui décida de les soumettre à tout le peuple réuni dans le temple, le dimanche. La noblesse et la bourgeoisie étaient disposées à les accepter, et firent valoir dans de longs discours les motifs qu'on avait de s’y soumettre; mais le menu peuple, que les « ministres avaient travaillé » , forma une majorité de vingt-cinq voix , qui les rejeta. On les présenta cependant au roi, qui , exigeant en outre la démolition des bastions du Paillas et des Carmes, rendit toute transaction impossible.
Dans la matinée du 13, l’armée toute entière se rangea en bataille, près de Gasseras, et y demeura jusqu’au soir , pendant que le roi s’en allait à Castelnau-d'Estrefonds. Le lendemain, elle se dirigea, sur ses traces, vers Toulouse, après avoir mis le feu à toutes les maisons et métairies d’alentour; le village et le château même de Montbeton, où le roi avait séjourné, ne furent pas épargnés. Dès qu'ils se virent libres , les Montalbanais se livrèrent avec un frénétique enthousiasme à la joie, que vint cependant bientôt assombrir la vue des pertes qu'ils avaient faites; mais laissons parler un témoin oculaire : « Les Montalbanais, ayant leur coudées franches de tous côtés , eurent une pareille joye que Noé, sortant de larche. Ce bon père, ayant vu le ciel calme et serein, l'océan enclos dans ses limites, et la terre de nouveau couverte de fleurs et de verdure, rendit grâce à Dieu de cette délivrance et lui sacrifia à sa façon accoutumée. Ainsi ce peuple 1cy, restitué à sa première liberté, chantant et sautelant de Joye, atterre ses genoux, lève son cœur, ses mains et ses yeux vers le ciel, rend grâces publiques et particulières au grand Dieu des armées de lavoir préservé des menaces sanglantes et de la main de ses ennemis conjurés à sa ruine. Que si d'un côté ils ont reçu de la Joye,
pour leur délivrance vraiment admirable, voicy pour contrepoids une nouvelle occasion de tristesse, procédant non tant de la ruine de leurs biens et maisons, que de voir toute la jurisdiction , jardins, prés, vignes, champs, bois et chemins couverts et empuantés de corps morts, moitié ensevelis, moitié nuds, et à demi mangés des loups et des chiens, d’autres languissants à demi-morts , stropiats, blessés ou malades ; leurs huttes à demi brülées, tellement pestiférées et empunaisiées, qu'on n'en pouvait presque approcher sans rendre gorge, ou tomber en pamoison (). » Durant tout le siége l’état sanitaire de la ville avait été excellent; mais lorsque les fibres cessèrent d’être tendues par l'enthousiasme , après surtout qu’on eut pillé les débris du camp, les maladies firent périr dans quelques mois plus d'habitans que n’en avaient tués les armes royales (6).
(*) Relat. manusc. p. 87.
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