‹ Histoire de Montauban (volume 2)Chapitre 15 sur 28 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

re malgré que cette ville eût

> éprouvé un profond désappointement de la levée du siége , aux frais duquel elle avait contribué pour de grosses sommes. On en imputait généralement la faute au connétable, contre lequel le parlement ne put s'empêcher de faire une sortie, par l'organe de son président de Berthier.

De Toulouse , le roi se dirigea vers Monheur que Bassompierre tenait investi. Le marquis de Thémines, second fils du maréchal, fut tué devant cette place, qui se rendit à discrétion , le 22 décembre. Une fiévre pourprée emporta, bientôt après , le connétable. Six mille hommes d'infanterie et cinq cents chevaux prirent leurs quartiers d'hiver dans les villes et châteaux qui environnaient Montauban, le roi, arrivé à Bordeaux , y donna des lettres patentes qui déclaraient le duc de Rohan criminel de lèsemajesté, et partit ensuite pour Paris.

Le marquis de Laforce quitta bientôt Montauban, et se retira à S'-Foi. Le comte d’Orval gagna le haut Quercy et le Rouergue; le reste de la noblesse volontaire suivit leur exemple. Vignaux, le brave défenseur de Villebourbon, resta seul dans la ville , avec sept ou huit cents hommes de solde, chargé de remettre la place en état. Il employa les habitans à réparer les forüfications , et travailla sans relâche à remplir les magasins des vivres, que le siége avait épuisés. On accusa le duc de Sully de lui préter la main pour cet approvisionnement. Il est difhcile, en effet, de concevoir comment il aurait pu réussir à se procurer des subsistances , entouré et pressé qu'il était par de nombreuses

DE MONTAUBAN. 291 garnisons. Chaque jour, il était obligé d’en venir aux mains avec ceux de Caussade, Bruniquel , Nègrepelisse, Ardus, Piquecos et Loubejac. Ces trois derniers forts jetaient constamment des soldats dans la plaine. S.'-Urcisse qui les commandait, enleva cinquante chevaux chargés de blé, que Vignaux envoyait moudre au moulin du Bias, les chaussées des moulins de Montauban se trouvant rompues.

De concert avec Balaguier, gouverneur de S.'-Antonin, Vignaux demanda du secours au duc de Rohan, et lui fit connaître le projet qu'ils avaient conçu de tenter: ensemble un entreprise sur les places des environs occupées par les catholiques. Le duc partagea leur avis; mais il voulut qu’on s’en entendit avec les protestans qui, sous la foi des édits, habitaient ces places , et qu'on les engageût à faciliter le coup de main. Laguasquerie fut chargé de la commis: sion, et se rendit à Caussade, où les Consuls le reçurent froidement. Balaguier, espérant qu'au moment de l'exécution ils se déclareraient , assembla seize cents hommes, mais avec tant de bruit, que Vaillac, gouverneur de Caylus, en eut vent, et fit prévenir Pugnet, qui commandait à Caussade. Celui-ci demanda aussitôt un renfort au maréchal Thémines qui se

trouvait à Cahors. Le secours arriva si à propos que, quoique Balaguier eût déjà escaladé le rempart avec trois cents hommes, et se fut emparé du temple, il fut repoussé avec perte de la plupart de ses gens. Raymond Cavanhac, Verlhac , Salignac et Laguasquerie restèrent sur la place. Balaguier ne tarda pas à être pris, pendant qu'il opérait sa retraite. Jourdes , S.'- Amans et Rovire eurent le même sort. Les catholiques perdirent une cinquantaine d'hommes, et n'eurent que trente blessés, parmi lesquels Vaillac et S.'-Cirq.

Les négociations eurent un meilleur succès à Nègrepelisse. Vignaux en travailla si bien les habitans qu’en une nuit ils égorgèrent la garnison, composée de quatre cents hommes du régiment de Vaillac : ces malheureux étaient logés chez les bourgeois. Les enfans et les femmes exercèrent sur leurs corps des cruautés inouïes, et les Jetèrent ensuite dans l'Aveyron. Vignaux accourut aussitôt avec cinq cents hommes et du canon. Îl attaqua le château, qui se rendit à discrétion. On y trouva une quantité considérable de vivres, qu'on fit transporter à Montauban. « Les principaux bourgeois s’en fournirent à prix d'argent ; le surplus fut enfermé dans les magasins publics, pour la nourriture du

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peuple et des soldats. La vue de ces choses de première nécessité ramena la confiance, et fit renaître le courage dans le cœur des plus irrésolus. Les secours qu'ils reçurent des églises du Languedoc et de La Rochelle, qui leur envoyèrent d'assez grosses sommes pour réparer les fortifications et en faire de nouvelles, les enivrèrent. Ils se crurent invincibles, sur la foi des ministres, qui, dans leurs prêches, dans tout le royaume , ne cessaient de leur donner ce beau titre, et de les annoncer aux peuples comme les soutiens de la religion (). »

De Nègrepelisse, Vignaux alla attaquer Bruniquel, qu'il emporta presque d'emblée. La garnison se retira dans le château que son assiette rendait très fort, et qui n’était accessible que du côté de la ville. Vignaux , instruit qu'il n'y avait ni vivres ni munitions, l’entoura d’une sorte de blocus, pour épargner ses gens; 1l comptait d’ailleurs que la disette forcerait bientôt la garnison à se rendre. Mais un soldat qui connaissait le pays, se fraya, pendant la nuit, une route à travers les précipices, et engagea les paysans à porter au pied du roc, des vivres et de la poudre que les assiégés tirèrent à eux

(”) Hist. du Quercy, tom. 2, p. 165.

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avec des cordes. Ces secours, qui échappèrent à la vigilance de Vignaux , donnèrent le temps au duc de Vendôme et au maréchal de Thémines de marcher vers Bruniquel, et d’y assiéger l’assiégeant, qui fut obligé de capituler, après trois jours d'une vigoureuse résistance.

Pendant cette expédition, les Montalbanais firent quelques courses dans le Languedoc.

Les garnisons de Montech et de Finhan leur rendirent la pareille, et vinrent les braver jusque sous leurs murailles , sans que les Consuls pussent déterminer les soldats mercenaires à en sortir. Vignaux , à son retour, leur en fit des reproches, auxquels ils répondirent en demandant l’arriéré de leur solde. Il les fit payer, et, de l'avis du conseil, les renvoya. Au nombre de trois ou quatre cents, 1ils prirent le chemin de Castres, et furent taillés en pièces par le marquis d’Ambres, sur les bords de Lagoût, au-dessous de Lavaur. La réputation de Vignaux et l'espoir du butin remplirent bientôt ce vide. Il eut des soldats autant qu'il en voulut, et se mit en devoir de prendre sa revanche des bravades des garnisons de Montech et de Finhan. Ce fut d’abord du côté d'Escatalens ()

(‘} Ce n'est pas seulement de nos jours que l’histoire a été travestie en roman. Nous en avons une preuve dans le conte merveilleux qui à fait de l’hum-

ms

qu'il se dirigea; 1l en ramena beaucoup de bétail et quelques prisonniers, du nombre desquels se trouva un riche habitant de Finhan,

ble bourg d’Escatalens une ville aux cent portes.

Le lecteur doit apprendre d’abcrd que, pour mieux encadrer leur invention, les historiens ont enlevé les deux premières lettres du mot Escatalens, de laquelle soustraction est venu Catalens. Cela fait, voici ce qu'ils racontent :

« Le bourg de Catalens est situé dans un païs fort fertile; il a esté si peuplé que ceux qui l’habitent se sont autrefois rendus maistres du païs de Catalogne en Espagne , d’où ce roïaume de Catalogne a pris son nom. » A l’appui de cette opinion, le vieux Catel invoque le témoignage de Joannes Marianna , « qui a escrit la mesme chose dans son Histoire d’Espagne, au liv. vir, chap. XIC. »

Ce n’est pas tout.

« Les habitans du lieu de Catalens conservent toujours par tradition que la fameuse bataille livrée à Attila, roy des Huns, fust proche leur bourg ; qu’un champ , qui est de la despense d’un bien de campagne, nommé Pechdouy, séparé de l’enclos de ce bien par un grand chemin qui va de Catalens à la ville de Montech , porte encore lenom de Camp de Lanes, du nom du général qui commandoit les troupes d’Attila ; et que le ruisseau qui passe le long du grand chemin, entre l'enceinte de ce bien de campagne etle champ de Lanes j est appelé, depuis cette bataille, lou riou Sanguinous.» Matériaux pour servir à l'Hist. de Montauban.

A la suite viennent de nombreuses citations, où figurent pêle-mêle Mezerai, Moreri, Sidoine Apollinaire, Grégoire de Tours, Jornandès, Marca, Paul Discre, Isidore, etc. etc. S

La conclusion de tant de recherches érudites , est celle-ci : « Caseneuve, en sa Catalogne Françoise, dit que la bataille qui se donna à Catalens ne feut pas celle où Attila feut défait; mais bien celle que donna Eudes, duc d'Aquitaine, contre les Sarrasins, de la défaite desquels le village en feut nommé Catalens , qui veut dire fuerie, du mot arabe catele, qui signifie fuer; le reste desquels ayant échappé à la fureur du vainqueur, se retira en ceste partie d'Espagne qu'ils nommèrent Catalogne. »

Ainsi, comment que la chose tourne , la Catalogne a reçu son nom de Catalens. Il est inutile de faire remarquer que cette histoire et l’étalage ‘d’érudition naïve auquel elle a donné lieu, viennent en droite ligne des plaines catalauniques.

de qui on voulut exiger une énorme rançon.

Il refusa de la payer, espérant du secours de Girard, qui commandait à Finhan une compagnie de chevau-légers du régiment de Mayenne, et qui était son ami. Girard monta elffectivement à cheval, dans l'intention de faire quelques prisonniers, qu'il aurait échangés avec son ami. La Bastide et quelques autres gentilshommes du voisinage se mirent de la partie, et tous ensemble vinrent fondre sur le corps-degarde avancé de Villebourbon , faisant mine de lattaquer. Girard, ayant trouvé sous sa main trois paires de bœufs qui labouraient le long des bastions, se retira au petit pas, pour donner le temps aux Montalbanais de le joindre. Vignaux, piqué de cette insolence, fit aussitôt sonner le boute-selle , ordonna à deux cents mousquetaires et à cinquante piquiers de le suivre, et, sans les attendre, se précipita dans la campagne, à la tête de soixante maîtres. Il atteignit les catholiques à Brial. Le combat fut court, mais vaillamment soutenu. À la fin, le cheval de Girard, ayant choqué rudement celui de Vignaux, le capitaine Montalbanais chancela et donna le temps à son adversaire de lui porter un coup mortel. Les calvinistes se retirèrent et emportèrent son corps , protégés par l'infanterie qui venait d'arriver. Son frère prit le commande-

ment de la ville, en attendant qu'on y pourvüt.

La mort de Vignaux , dont la prudence égalait le courage, fut très sensible aux Montalbanais. Ils se hâtèrent d’en prévenir Dupuy, le priant de représenter au duc de Rohan les besoins de leur ville, et combien labsence d’un commandant leur faisait redouter un second siége. Mais le duc, à qui il importait d'avoir à Montauban un homme capable de remplir cette charge, et qui lui fût personnellement dévoué, demeura long-temps à choisir parmi les nombreux solliciteurs. La force des circonstances put seule, comme nous le dirons bientôt, mettre un terme à l'irrésolution du généralissime des-églises protestantes.

L'hiver de 1622 fut employé par les deux partis à préparer la prochaine campagne. Pendant que le maréchal de Lesdiguières entamait des négociations pour la paix, le roi ne discontinuait point de songer à la guerre. De son côté le duc de Rohan faisait fortifier quelques places, et s’occupait de l’organisation d’une armée de réserve; Soubise et Fabas travaillaient à se mettre en sûreté dans le Poitou et la Saintonge; le marquis de Laforce relevait son crédit dans la Guienne. Les Montalbanais construisirent un grand ouvrage à cornes pour couvrir le Moustier.

Dès l'ouverture du printemps , le roi se rendit à Blois, et résolut de commencer la campagne, en attaquant Soubise qui menaçait la Bretagne. Arrivé à Nantes le 12 avril, après avoir fait raser les nouvelles fortifications de Saumur, il se mit à la tête de l’armée, chassa devant lui le général calviniste, et le poussa si-vigoureusement qu'il le contraignit de se réfugier en Angleterre. Le 25 du même mois, il reçut à Niort les articles de la paix concertée entre le duc de Rohan et le maréchal de Lesdiguières.

Les succès obtenus par l’armée royale rendirent le conseil plus difhicile : il rejeta certains arücles , en modifia certains autres , et fit si bien que les protestans , convaincus que la cour ne voulait pas de paix, se préparèrent plus sérieusement que jamais à une vigoureuse résistance ().

Le despotisme des synodes fit échouer cette courageuse résolution (”). Les principaux chefs

(*) ITist. du Quercy, tom. 2. pag. 169.

("”) On sait que le calvinisme , tel que son fondateur l’organisa à Genève, consacrait ce despotisme , comme élément gouvernemental. Calvin subordonna le conseil au consistoire , et se fit, lui-même, le grand commissaire de police de la république , qui fut administrée théocratiquement. Les ministres , dont la voix était prépondérante dans les assemblées synodales, auraient voulu établir en France ce pouvoir à la fois spirituel et civil, que Genève, il faut le dire , n’avait accepté qu'à regret et par force. Plus d’une tentative dans ce but fat essayée à Montauban. Il est probable que, sans la guerre, nos Consuls auraient eu de la peine à préserver leur vieille autorité municipale, des enva-

DE MONTAUBAN. 299 militaires du paru, poussés à bout par les ministres, se détachèrent de la coalition. Après avoir pacifié le Poitou et la Saintonge, le roi, venu en Guienne, reçut la soumission du marquis de Laforce, qui fut fait maréchal de France. Châtillon , petit fils du fameux amiral, obünt la même dignité , et rendit toutes les places qui étaient sous ses ordres.

Pendant qu’un détachement de l’armée royale, fort de huit mille hommes d'infanterie , prenait la route du haut Quercy, et s'emparait successivement de Lauzerte, de Moncuq, de Capdenac et de Figeac, Louis XIIE entrait à Moissac, à la tête d’un corps de cavalerie. L'arrivée du roi dans un poste si voisin de Montauban, ne permettait pas de douter qu'il se présenterait bientôt devant cette ville, où l’on redoubla de précautions. Le 5 juin, le conseil assembla le peuple dans le temple. Outre le renouvellement du serment d'union, il y fut résolu que quiconque parlerait de capituler, ou, sans autorisation, parlementerait verbalement ou par écrit avec les ennemis, serait considéré comme traitre, et puni exemplairement. Le même jour , on ajouta dix compagnies bourgeoises aux cinq qui

hissemens du corps pastoral, qui trouva ses plus chauds représentans dans la

turbulerte famiile des Berauld.

existaient déjà, et qui partageaient la garde des murailles avec les mercenaires. Le capitaine Durand fut fait sergent-mojor. Ce qui concernait la police fut réglé le lendemain. On adjoignit six aides aux Consuls, sous le nom de proconsuls , et dix citoyens des plus sages au conseil de direction , qui devait être changé tous les mois. Pour le reste on suivit, à peu de chose près, le système adopté par Dupuy lors du premier siége (”).

Ces diverses précautions n'étaient pas intempestives. Le roi partit de Moissac et vint coucher, le 7, presqu'aux portes de Montauban, au château de Villemade. Le 8 au matin, lappariion de quelques compagnies, signalée du haut du clocher de S.‘-Jacaues, fit croire que la ville allait être investie. Mais ce ne fut qu'une fausse alarme. Ces compagnies s'étaient mises en mouvement pour couvrir la marche du roi, qui se dirigeait sur Nègrepelisse. Les habitans de cette petite ville avaient d’abord résolu d’éviter par la fuite la vengeance du monarque ; l'arrivée de l’armée royale, qu’on ne prévoyait pas être si prompte, les en empècha. Un très petit nombre put gagner Montauban, après avoir

(") Hist. du Quercy, ibid. pag 171.

erré dans les bois du Ramier. Les autres se défendirent pendant trois jours avec tout le courage du désespoir. Le quatrième, le canon ayant fait brèche entre la porte S.'-Blaise et le château, l'assaut fut donné, et la place emportée de force. Presque tous les habitans furent passés au fil de l'épée. Une quinzaine d’enfans, qui sorürent, en poussant de grands cris et en tendant les mains aux soldats royalistes, d’une maison à laquelle on allait mettre le feu, échappèrent seuls au massacre : « Nous serons, disaientils, de bons Ravaillacs. » Favaillac et catholique, c'était tout un pour les protestans. Le juge Sepays , le Consul Glouton et. plusieurs autres s'étant réfugiés dans le château, se rendirent à discrétion , faute de vivres. On les pendit tous aux créneaux , et la ville fut livrée aux flammes (”).

(*) Un officier de l'armée royale, nommé de Pontis, a consigné dans ses Mémoires, tom. 1, chap. 4, une aventure assez singulière, qui lui arriva à la prise de Nègrepelisse. Le grand Mémoire sur la généralité de Montauban raconte ainsi cette aventure :

« Après le carnage , et pendant que les soldats pilloient la ville et prenoient toutes les femmes qu'ils rencontroient, une jeune demoiselle , parfaitement belle, âgée de dix-sept à dix-huit ans, fille du ministre de Nègrepelisse, sortit d’une maison où l’on n'’étoit pas encore entré, et se jeta aux pieds de M. de Pontis, en lui demandant de lui sauver l'honneur et la vie. Il le lui promit , et l’assura qu’il perdroit plutôt lui-même la vie, que de permettre qu’on lui ôtàt ni l'un ni l’autre. Il lui fit ensuite traverser-la ville pour la mettre en lieu de sûreté; et, comme elle fut vue d’une partie des officiers, il y en eut qui furent assez irsolens pour la lui demander. Mais, ne voulant point manquer de

Après avoir infligé à Nègrepelisse cette terrible punition du massacre de la garnison royaliste, l’armée prit la route de S.-Antonin , que le duc de Vendôme avait déjà investi, et dont il s'était approché par le canal de la Bonette, petite rivière qu'il avait détournée. Le Roi y arriva le 14, reconnut lui-même la place, assigna les quartiers, disposa les batteries , et se retira à Caylus. Ce siége, que signalèrent de brillans faits d'armes, où les femmes eurent leur part, et où se distingua le capitaine S.'- Sébastien , envoyé comme gouverneur par les

parole à une si honnête fille , il la mena dans sa hutte (tente). Prévoyant qu'il y auroit des officiers qui auroient curiosité de la voir, il s’avisa d’un expédient pour la garantir , qui fut de la cacher dans le ventre d’une génisse qu’il avoit fait tuer la veille, et qui étoit pendue joignant la muraille de la hutte, ayant le ventre collé à cette muraille. Cela lui réussit. Plusieurs officiers vinrent, mais aucuns ne la découvrirent, et n’auroient jamais deviné qu’elle fut dans le ventre de cette génisse. Cela étant venu aux oreilles du roy , il voulut savoir ce que cette belle fille étoit devenue. M. de Pontis lui en fit un récit fidèle, et demanda permission à Sa Majesté de la rendre à ses parens. Le roy y consentit, et le loua beaucoup de cette action. M. de Pontis envoya un tambour au père de cette fille, qui demeuroit à quatre ou cinq lieues du camp, pour la lui remettre ; ce qu'il fit. »

Les Mémoires de M. de Pontis nous on conservé le souvenir d’une action plus belle encore, et dont le héros fut Roger , premier valet de chambre de Louis XHIE. — « Cet homme , très vertueux et très généreux tout ensemble, voyant que les soldats amenoient une grande quantité de femmes et de filles de Nègrepelisse, courut promptement à eux, avec une bourse pleine de pistoles , et leur en demandant une pour une pistole , une autre pour deux, une autre pour trois, et allant ainsi de rue en rue , il en acheta jusques au nombre de quarante, qu'il amena au quartier du roy, où il les mit en sûreté , et d'où il les renvova chez elles, quand l’armée se fut retirée, »

DE MONTAUBAN. 255 Montalbanais , continua jusqu'au 21. Ce jour-là, les habitans , effrayés des ravages que le canon faisait, depuis le 17, dans leurs murailles, arborèrent le drapeau blanc. La capitulation fut conclue à ces conditions, que les soldats étransers sortraient sans armes, que la ville conserverait ses priviléges, en conformité des édits, etse rachèterait du pillage moyennant cinquante mille écus. La garnison étrangère eut à peine évacué la place, que le duc de Vendôme fit pendre onze des principaux habitans, du nombre desquels étaient le procureur du roi et Île ministre, cordelier défroqué (7).

S.t-Antonin était au pouvoir du roi depuis deux jours, lorsque deux cents Montalbanais, sous la conduite des capitaines Nadal, Perri, Salses et Laroussilière , arrivèrent pour le secourir : ils ignoraient le sort de la place. Parvenus à quelques cinq cents pas de la ville, ils se mirent à couvert parmi les rochers, et n’entendant point le bruit qui se fait d'ordinaire dans un camp, ils détachèrent quinze mousquetaires. Ceux-ci furent bientôt découverts, el, au qui vive? qu'on leur adressa, ayant répondu : Rohan ! essuyèrent une décharge qui en tua le plus grand nombre. La troupe entière se /sauva le long des haies et des bords de la rivière, où la cavalerie ne put la poursuivre.

La veille de la reddition de S.'-Antonin, Montauban vit entrer dans ses murs le gouverneur que le duc de Rohan s'était enfin décidé à nommer. S.t-André de Montbrun, qui, quoique jeune encore, avait déjà acquis une réputation comme militaire, avait été investi de cette charge. Ses provisions, datées du 25 mai, le qualifient « d'homme de grand valleur, piété, dilligence, courage et fidélité ().» Montbrun se dirigea vers Montauban à la tête de trois cents hommes d'infanterie. Le duc d’Epernon, qui allait joindre le roi, l’arrêta un moment à Carmain; Inais, trompé par ses protestations amicales , il le laissa passer, et le gouverneur arriva sans autre obstacle à Montauban , où 1l fut reçu avec de grandes acclamations.

Tandis que le roi assiégeait $.-Antonin, les Montalbanais, profitant de son éloignement,

() Livre Jaune, part. À, fol. 78.

Cathala-Coture prétend que Montbrun « fut pourvu du gouvernement de Montauban, sous l'autorité toutefois des Consuls ; et que Dupuy fit insérer cette clause pour ne pas dépouiller ces magistrats d’une prérogative dont ils avaient été toujours très jaloux. » L'acte original, que nous ayons sous les yeux, ne dit pas un mot de cette réserve en faveur de l'autorité consulaire. Il porte , au contraire, que « tous gouverneurs, capitaines, magistrats, Consuls, étc. etc., devront obéir en toutes choses au sieur de Montbrun. » L’auteur de l'Histoire du Quercy se trompe également quand il affirme que ce fut à Castres que le duc de Rohan se détermina à nommer le gouverneur de Montauban : ia nomination est datée de Nismes.

avaient fait des courses dans les environs, pour se procurer des vivres. Lamolère, gouverneur de Villemur , suivi de Du Claux, La Bastide, Puylauron , d’une centaine de cavaliers et de sept cents fantassins , les rencontra, un jour, sur les bords du Tescou, au-dessus de S.'‘-Nauphary. La mêlée fut vive, et fut terminée en faveur des calvinistes par quelques soldats qui gardaient les masures du château de Bonrepos. Ce succès les enhardit d'autant plus que le roi, après la prise de S'.-Antonin, avait pris le chemin de Toulouse, avec l'intention de réduire le Languedoc, et que le duc de Vendôme, auquel il avait donné ordre de serrer Montauban, s’'amusait à faire des siéges dans l’Albigeois. Ils recommencèrent donc leurs courses, et pillèrent successivement Ardus, Loubejac, Léribose, les Gaillardous et plusieurs autres villages. Dans beaucoup d’endroits, le massacre et: l’incendie accompagnèrent le pillage. S.'-Pierre, Mauzac, Nuic et Monclar eurent à souffrir toutes sortes d’'horreurs.

Dans les premiers jours du mois d'août, Montbrun, qui se mettait souvent à la tête de ces petites expéditions , attaqua et prit le château de La Bastide, dont le pillage, sans compter ce qui fut trouvé dans le bourg, produisit

soixante mille livres. Bientôt ce fut le tour du château de Reyniès. Montbrun arriva devant cette place le 7, à une heure après minuit, avec un corps de cavalerie assez considérable et deux mille fantassins. Le capitaine Dupuy occupait la rive gauche du Tarn. Eoulmède, gouverneur de Reyniès, soutint bravement l'attaque ; il fut tué, ainsi que de Payas, son lieutenant. À la fin, le château dut céder aux efforts des assaillans, qui le remirent à Reyniès, après avoir massacré la garnison ('.

Aux pressantes sollicitations des Toulousains qu'alarmaient ces divers exploits, le duc de Vendôme se décida à quitter lAlbigeois, et à prendre des mesures pour arrêter les Montalbanais. Il avait déjà résolu de les faire tomber dans un piége, dont Veilles, frère du baron de Verlhac, était le conducteur. Celui-ci, prenant pour prétexte la nécessité d’approvisionner la ville, y était venu de son château de Beauvais , et avait proposé aux Consuls une traite de deux cents setiers de blé, qu'il devait faire conduire à Villebrumier. Montbrun accepta l’offre , et promit de se rendre dans les environs de cette dernière ville, avec les troupes néces-

("} Hist. du Quercy, ibid, pag. 185.

saires pour assurer le transport du blé. Vendôme, prévenu par Veilles, introduisit secrètement un certain nombre de compagnies dans Villemur, où 1l se rendit bientôt lui-même. De son côté, Montbrun se mit en marche. Tous les deux comptaient sur les promesses de Veilles ; et tous les deux devaient être trompés ; car, la nuit précédente, Veilles , allant de Beauvais à Verlhac, rencontra quelques soldats Montalbanais, les attaqua sans les connaître, et fut tué à la première décharge.

Montbrun , en prudent capitaine, ne négligea pas les précautions. Il jeta quelques mousquetaires dans le fort de Corbarrieu, que Dujau, venu avec lui à Montauban, avait relevé. Il en fit autant pour le château de Reyniès. Assuré de ce côté, il s’approcha de Villebrumier, Île trouva abandonné , s’y logea, et attendit vainement les charrettes de Veilles. Ce long retard, le retour d’un fort détachement qu'il avait envoyé sur les hauteurs, et qui revint sans nouvelles, après avoir pris et brülé le château de Puylauron , lui inspirèrent des soupçons qui le firent tenir sur ses gardes. Le duc de Vendôme marchait, en effet, pour lui couper le chemin, et s'emparer de Montauban, dont Veilles avait promis de lui livrer un des bastions. Montbrun,

ayant aperçu les coureurs du duc dans la plaine, se replie à l'instant, laisse deux compagnies dans Villebrumier , s'approche de Reyniès , où il lutte vigoureusement contre les catholiques , et de là gagne Montauban avec une perte de quarante hommes.

Le duc de Vendôme, voyant son entreprise manquée, détruisit de fond en comble le château de Reyniès, attaqua Villebrumier, dont les habitans prirent la fuite, et revint devant Briseste. Il abandonna bientôt ce siége , pour aller se joindre à l’armée royale qui enveloppait Montpellier.

Il ne fut pas plutôt parti, que les Montalbanais se jetèrent de nouveau dans la campagne. Ils se dirigèrent d’abord vers Dieupantale , et y taillèrent en pièces, le 12 août, une partie de la garnison de Montech , en refusant de faire quartier, même à ceux qui avaient rendu les armes avant le combat. La haine des habitans de Montauban contre ceux de Montech venait de ce que ces derniers, pendant la paix qui suivit les premières guerres de religion, massacrèrent quelques soldats Montalbanais, que le mauvais temps avait forcés de chercher un abri dans leur ville. Cette froide cruauté ne

fut jamais pardonnée. Depuis ce jour, tous les habitans de Montech qui tombèrent entre les mains des Montalbanais, payèrent de leur vie la dette de leurs compatriotes.

Le 1* septembre, le maréchal de Thémines sortit de Villemur avec trois ou quatre mille hommes, et vint ravager les environs de Montauban. Les côteaux du Fau, le vallon du Tescou, S.-Martial, le Tinié eurent beaucoup à souffrir de ces excursions, que les catholiques poussaient jusqu’à portée du canon des remparts. Quoique gènés par la présence du maréchal, les Montalbanais continuèrent leurs courses. Le 7, vers le soir, Montbrun, embusqué dans la forêt, près de Finhan, attira quelques soldats hors des remparts de Montech , et les laissa tous morts sur la place, avec leurs capitaines, Rous, de Lassere, Gouze, Linas et Dubarri. Le 11, cinq gentilshommes et plusieurs soldats du maréchal: furent tués à la Lande, du côté de S.-Michel. Thémines éprouva , trois jours après, un échec considérable. Sa cavalerie , descendue des hauteurs de Vignarnaux où elle avait brülé toutes les métairies , s’avança jusqu’à l'Héritage. Furieux d’être ainsi insultés sous leurs murs, les Montalbanais sortirent avec leurs pièces de campagne, et maltraitèrent si fort la cavalerie

catholique, que linfanterie dut descendre à son tour, pour la soutenir. Le combat dura deux heures, au bout desquelles, les protestans passèrent le Tescou, et mirent les royalistes en pleine déroute.

Dès le lendemain, le maréchal, voulant prendre sa revanche, s’avanca avec sa cavalerie jusqu'au moulin de Sapiac etan pont de la Serre; l'infanterie le protégeait , rangée sur le côteau. Les Montalbanais se portèrent aussitôt vers le moulin de l’Abbadio, où Montbrun livra l’attaque. Elle dura jusqu’à la nuit, sans succès décidé. À la pointe du jour, le gouverneur reçut un billet dans lequel on lui disait de s’attendre à une sérieuse entreprise du maréchal contre la ville. Il prit les précautions convenables. Le jour fixé, Thémines parut à la tête de son armée en vue des murailles. Mais bientôt 1l divisa ses troupes en deux corps, dont l’un prit la route de S.f-Nauphary, et l’autre celle du Claux. Un violent orage, accompagné de tonnerres affreux et de grêle, survint au même instant. Les ministres tirèrent parti, à leur ordinaire , de cette circonstance si commune dans nos contrées ; ils firent faire des prières publiques, pour remercier Dieu de cette marque visible de sa protection (").

() Hist. du Quercy,ibid, pag. 199.

DE MONTAUBAN. 244 Les Montalbanais profitèrent de linaction momentanée du maréchal, pour aller piller la campagne de S.'-Maurice. Ils taillèrent en pièces la garnison de ce fort, qui était sortie pour les arrêter. Ce coup de main piqua vivement Thémines. Il partit de Moissac et s’'avança vers Lavilledieu. Les châteaux de la Barthe et de la Pointe payèrent les premiers la mort des soldats de S.‘-Maurice. De là, le maréchal se dirigea sur Montbeton , et rasa le château. Il parut, le lendemain , dans la plaine , poussant les deux têtes de sa petite armée vers la tour de Moncau et le moulin de Sapiacou. Montauban ne répondit à cette bravade que par quelques coups de canon. Un boulet, qui passa entre les jambes du cheval de Thémines, le fit songer à la retraite. Il revint sur ses pas, acheva de ruiner le château de Montbeton , et se retira à Villemur.

Après bien des combats et des négociations, la paix fut enfin signée à Montpellier, le 49 octobre 1622. La déclaration, enregistrée par le parlement , le 21 novembre, portait entière confirmation de l’édit de Nantes, amnistie de tout le passé, et réintégration des chefs calwinistes dans tous leurs biens , titres et priviléges. Par un article secret, les fortifications de Mon-

tauban devaient rester intactes.

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