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DE MONTAUBAN. Do prend loccasion au poil pour se rendre leur chef. Dès le grand matin, il fait porter cuirasses, piques, pertuisanes et mousquets dedans sa maison, et y met bon nombre de soldats.
Le 9, environ les dix heures, en entendit, devant sa porte, un homme de condition, disant à une troupe : « Mes enfans, il faut icy se trouver dans une heure avec armes, et avoir de gré ou de force un conseil général. » Puis, s'adressant à Lusignan : « Monsieur, dit-il, baillez leur de largent, afin qu'ils aillent boire, ils sont bons compaignons. »
«Les Consuls estoient advertis, dès les six heures du matin, de ces préparatifs. Mais, craignant d'en venir aux extrémités, ils ne voulurent jamais précautionner la ville... Bien est vray, qu'ils firent prier par le lieutenant Descorbiac, mais trop tard, le marquis de Lacaze de les secourir. Il le refusa, disant que le peuple lavoit supplié, par le moyen de Cayla et Vialettes, de rester neutre... Ces racailles ne manquent point à l’assignation. Environ les unze heures , une vingtaine de gueux commencèrent à crier : aux armes! et quil falloit massacrer les ministres. À ce signal, gens accourent de toutes parts, conduits par Monclus, Nadal, Trérieux, de l'Hoste, du Jau et Gauthier Gar-
guille , en tout cent ou cent cinquante. D'autre part, les habitans arment pour soutenir le chaperon, surtout les gens de qualité, et se trouvent à l’arsenac ou à la place, quatre-vingts ou cent cuirasses, bon nombre de mousquetaires.. Entre ceux de la noblesse, les barons de Meauzac et d’Islemade, Mercier , Jean de Thyeis, sieur de Dariat, la Roche. À l'instant même, parüt Noaïlhan, qui porte parole au premier Consul que Lusignan s’en alloit désarmer, sil vouloit faire le semblable... Tous deux s’en vont par les rues pour faire retirer ceux qui estoient armés. À l’opposite, Lusignan grossit toujours sa troupe, et fait mine de les attaquer jusques dans l’arsenac. La facilité des Consuls avoit faict maistre ; il estoit le plus fort. Ils s'accordent donc à faire tout ce qu'il demandoit, tiennent le conseil général dans une heure; où ceste insolente populace, d’une commune voix et avec une gayté merveilleuse, conclut l’adjonction à la ville et église de La Rochelle. Dès lors, voilà ce peuple si fier, qu'il n’y avoit plus ni bride ni cavesson qui le pust arrester. Voire , il y en eust qui passèrent jusqu'à une telle insolence de dire, que si Rohan commandoit d’abattre les bastions , ils obéiroient ; et Bilhou, le tailleur, lun des plus insignes mutins, dit au conseiller de Lalauze, que si le duc vouloit
DE MONTAUBAN. s qu’on allast à la messe, il y falloit aller. Par là on peut cognoistre de quel esprit sont poussés ces gens-là, et quel zèle les ronge. »
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À peine ce tumulte était1l apaisé, que Montbrun arriva, avec commission du duc de Rohan d'obtenir, à quelque prix que ce fût, lacte qu'on venait d'accorder. Il trouva l'affaire faite, et s'installa comme gouverneur. Il ne resta plus aux Consuls qu'une ombre d'autorité. « Tels étoient les principes de ce chef, bien difficiles à allier avec le spectacle qu'il venoit de donner au public, dans un voyage où , pour séduire le peuple, il faisoit porter pompeusement la Bible devant lui ; et dans les lieux où il arrivoit, il ne parloit à personne, quil n’eût été au temple où 1l restoit assez long-temps en prières. Avec tout ce dehors imposant, 1l ne connut jamais que la violence, et ses partisans l’imitèrent (). » |
Montbrun n'avait pris le gouvernement de la ville que depuis huit jours, lorsqu'il demanda, de la part de Rohan, la nomination d’un député, pour porter l'acte d’adjonction aux églises du Rouergue, du Lauraguais et des Cévennes.
(*) Hist. du Quercy, tom. 2, pag. 219.
258 HISTOIRE | I désignait Garrissolles comme le candidat sur lequel le duc avait jeté les yeux. A cet effet, il requit les Consuls d’assembler Ie conseil général, «croyant peseher en eau trouble. » Les Consuls s'étant refusés à cette démarche, qui avait toujours occasioné des désordres, Montbrun annonça qu'il le convoquerait de sa propre autorité. Effectivement, 1l le fit, le 24 avril, au son du tambour. Cinq ou six cents hommes, la plupart de la lie du peuple , s'assemblèrent dans le temple vieux. Descorbiac et Cayla furent envoyés vers les Consuls, pour les sommer de venir. Leur fermeté arrêta les séditieux. Il fut convenu que le conseil particulier se’ réunirait le lendemain, selon les coutumes de la ville, et délibérerait sur l'opportunité d’un conseil général.
Ce conseil fut résolu, dans l'espérance qu'on pourrait adjoindre un second député à Garrissolles. Mais la modération dut, cette fois encore, céder à la violence : le candidat de Rohan obtint seul la commission. On voulut alors obliger les Consuls à signer les mémoires que le député avait ordre de communiquer aux églises ; ce fut en vain, ils répondirent unanimement qu'ils souffriraient la mort, avant de souscrire de pareils actes, Toutes les sollicitations , toutes les mena-
DE MONTAUBAN. 259 ces de Montbrun échouèrent contre le courage des magistrats.
La ville était cependant dans l’état le plus déplorable ; chaque jour les Consuls et les ministres couraient risque de la vie. Ces dermers étaient insultés jusque dans la chaire ; les autres voyaient journellement leur autorité méconnue. Le 9 mai, ils firent publier à son de trompe qu'il était défendu d’entreprendre aucun acte d’hostilité dans la campagne ; et, ce même jour, Trérieux, Nadal et le capitaine de l’Hoste, sortirent à la tête d’une trentaine d'hommes, poussèrent jusqu’à trois lieues de Montauban, mirent le feu à une grange qui appartenait à l’archevèque de Toulouse, et y assassinèrent froidement un vieillard de quatre-vingts ans. A leur retour, le conseil voulut les blämer; mais Montbrun loua leur conduite, en pleine assemblée , dans le temple (‘). « L’apostesme estoit déjà murie, il falloit qu’elle crevät. Le 13°, la digue rompit tout-à-fait, et Montauban perdit sa liberté. »
Ce jour là, Monthrun fit convoquer le con-
(*) Le soir, « toute la ville estant en deuil d’une action si noire, Samson, Bayle, d’Arassus et Nadal s’en vont chez le jeune de l'Hoste, et là, ayant ouvert les fenestres , commencent à chanter la chanson de guerre, et, dansant, tesmoignent leur joie, » AHist. véritable, etc. pag. 59.
seil général (), sans laveu des Consuls. L'un d'eux, Pierre Bertelier, se trouva sous les halles, quand les Mousquetaires et les tambours du gouverneur vinrent y faire leur criées. Il réclame aussitôt lassistance des honnêtes citoyens, se précipite sur un tambour, et veut briser sa caisse. Au même instant, Nadal arrive à la tète d’une troupe de mutins, et attaque, l'épée haute, ceux qui avaient répondu à l'appel du Consul. D’Axéry tombe mort, Tachard est mortellement blessé. Laissons raconter le reste à un témoin oculaire :
« Ovant le tumulte, gens avolent de tous costés à la place. Entre ceux-là vis-je quatre pasteurs, Olier, Cameron , Delon et Charles, avec leurs robes longues. À peine arrivés , ils voyent cent espées nües..... Delon et Charles furent, en mesme temps, chargés à coups de piques et de hallebardes, mais sans mal au milieu du danger. Quant à Cameron, sa robe mise en pièces et percée à coups d'espée, 1l fust en si grand pétil que , si la veuve de Petit ne se fust jetée à corps perdu sur lui, couché par terre, indubitablement on l'eust assassiné... Alors, ce
(*) « Toujours plein de tumulte et de confusion , car les crocheteurs et bou-
chers y avoient autant et plus de crédit queles plus habiles et qualifiés bourgeois, » Ibid. pag. 58.
peuple forcené charge furieusement tous ceux qui s'approchent des Consuls..…. blessent et laissent pour morts quelques-uns , entre ceux-là Portus.…. Montbrun se met, l’espée nue à la main, à la teste de ceste troupe , et, triomphant, se va saisir des portes; il y met gens à sa dévotion, chasse tous ceux que bon lui semble, et , le mesme jour, establit neuf capitaines à la ville, trois à Villebourbon, trois à Villenouvelle ; fait: un conseil de guerre. Lors, il dit qu'il estoit maistre de la ville. À donc vit-on clair aux affaires, et se recognust pourquoy plusieurs avoient poussé à la roue. Dupuy, Le Clerc, autrefois conseiller , le professeur Berauld , Mages, Noailhan, Marabat, que les Consuls avoient cru tenir pour eux, furent mis au conseil de guerre. Le borgne de l’'Hoste, Griffoulet, Thoulouze, Peyrusse, le jeune Vialettes, Cayla, Gayral, Escorbiac et Cassan, capitaine de dans la ville; à Villebourbon, l’ainé Vialettes, Vézis, Langlade; à Villenouvelle, Feutrié , Roufñio et Laurac. Ainsi, tous ces tribuns furent eslevés aux principales charges, le consulat foulé aux pieds et tout l’ordre de la Maison-de-Ville (. »
(”) « Le lecteur pourrait s’esbahir qu’il y ait eu une facilité si grande à venir à bout d’une ville si importante, si je ne luy disois la cause qui fut la surprise des Consuls, lesquels, ne sachant rien du dessein de leur ennemi, n’avoient point pourvu aux affaires. St-André de Montbrun, äu contraire, avant de faire battre Je tambour, avoit secrètement disposé toutes choses en
Bientôt ce fut le tour des ministres. Le 22 mai, Rohan adressa au consistoire une lettre dans laquelle il l’exhortait à ne plus souffrir que les pasteurs prêchassent contre la prise des armes ().
Les Montalbanais, après avoir renvoyé les ecclésiastiques (”) avec escorte, recommencèrent
sa” faveur, donné le rendez-vous, nommé les capitaines qui devoient commander aux quartiers, préparé une troupe de mousquetaires, qui s’en alla de premier abord, — pour tesmoigner qu'ils en vouloient à la justice, et qu’ils prenoient les armes pour renverser tout droict et divin et humain, — enfoncer les portes des prisons consulaires; en tira hors les prisonniers , entre ceux-là Maïsse détenu pour un duel faict aveq Nadal; et ainsi, quatre ou cinq cents hommes se trouvant en armes , à l'instant les Consuls se virent engloutis , sans avoir moyen de faire un gros pour se défendre, parce qu'ils n’avoient jamais voulu establir un ordre de guerre, tant ils estoient amoureux de ce nom de paix. Joignez à cela leur résolution de ne venir onques au sang, et d’esviter toujours la violence. » :
ARS Ceste ardeur de sédition estoit fomentée d’ailleurs par un bon nombre d’estrangers à qu’on avoit fait glisser dedans la ville, réfugiés du Mas-de- Verdun, de Leytoure , de Caussade, de Villemur , et autres lieux ; mais gens qui, pour la plus part, n'avoient rien à perdre, et qui, en toutes les émeutes, se trouvoient en armes contre les habitans. »
Les Rohanistes usaient d'un infaillible moyen pour remuer la populace , grossie par la venue de ces étrangers. «Ce peuple forcené..…. aboyoit après le sang et le pillage des Consuls et des principaux de la ville. C'estoit toujours le leurre qu’on:leur présentoit, pour les rendre tant plus aspres à la curée. De faict, en une sédition, Delrieu, de Villebourbon, fut ouy, disant à Nadal : « Capitaine , irons-nous pas exéquter ce qu'on nous a promis, et piller ces ÆEscamberlats? » Hist. véritable , etc.
(") Hist. du Quercy, tom. 2, pag. 222. Hist. vérit. pag. 45 et 46.
(”) Ceux-ci avaient demandé àse retirer, dès le 11 mai. L'acte de leur réquisition et la délibération du conseil général à ce sujet , se trouvent dans les archives de l'Hôtel-de-Ville , à la liass. 41.
leurs courses dans les environs, vers S'-Porquier, Montech, Castelsarrasin et Puylaroque. Le maréchal de Thémines reçut ordre d’armer; dans le Languedoc ; le duc d'Epernon le fit, en même temps, en Guienne. Thémines, ayant rassemblé ses troupes , sapprocha de Montauban, et chargea Descuris de faire une pointe jusque sous ses murailles. Celui-ci se mit en campagne vers deux heures du matin, et enleva quelques bœufs qui paissaient sur le glacis. Montbrun, piqué de cette audace, monte aussitôt à cheval, accompagné d'un petit nombre d'hommes, court après Descuris, qui, feignant de fuir, l'attira jusqu’au bord de l'Aveyron. Bidaran, capitaine des gardes du maréchal, parut alors tout-à-coup, et attaqua Monthrun qui fit volte-face, perdit quelqu'un des siens, et aurait été pris lui-même, si Durban, sorti de la ville avec des mousquetaires, n’était venu le protéger. Le capitaine Montalbanais arrêta les catholiques près du bois de Gatille, où Bidaran n'osa pas s'engager, dans la crainte d’une embuscade. « Néantmoins il n’y avoit personne. Ains, l’allarme estant fort chaude dans la ville, les gens sortent en confusion; si bien quil estoit vraysemblable que si ceste gendarmerie eust poursuivi sa pointe, elle tailloit tout en pièces. » Montbrun perdit, dans la mélée, un de ses pistolets et son chapeau. Le ma-
réchal, qui songeait toujours à la paix , renvoyæ aux Montalbanais les bœufs qu'il avait pris, et gagna le haut Languedoc.
On sut bientôt que le duc d’Epernon allait venir avec la mission de dévaster les alentours de la ville. Les partisans de Rohan crièrent partout que ce bruit était faux; que d'Epernon n'oserait pas s'approcher ; «et quiconque eust dit le contraire, auroit été estimé traistre et couru risque de la vie.» Cependant, il fallut bien le croire, lorsqu'on vit , le 15 juin, les
troupes royales s'avancer par la route de Mon- | tech, au nombre de quatre mille hommes d’infanterie et de douze cents de cavalerie, auxquels il faut joindre près de deux mille ravageurs ( gastadous), qui pillent, ruinent, brülent, coupent Îles arbres fruitiers et arrachent les vignes. Montbrun se hâte de sortir ; il divise son infanterie en deux corps, qu'il place à couvert, lun près du moulin de Sapiacou, et lautre dans un chemin creux, fermé avec des charrettes. À deux heures , le canon commença à jouer de part et d’autre : aucune volée ne porta. Les Montalbanais ne lächèrent jamais le pied quoiqu'ils eussent affaire à des troupes incessamment rafraîchies. Le lendemain, la rencontre fut plus sanglante. Vers les neuf heures , les
flammes de l’incendie qui dévorait les métairies les plus voisines de la ville, annoncèrent l’approche de l'ennemi. D'Epernon s’empara d’une vigne qui n'était guère à plus de cent pas du chemin creux occupé par les calvinistes. Ceuxci l’en débusquèrent, après un combat opiniâtre qui dura toute la journée.
La semaine entière vit continuer ces escarmouches, où les Montalbanais eurent toujours l'avantage, sans pouvoir arrêter le dégât. Le pays fut bientôt entièrement ravagé depuis Bressols jusqu’à Lagarde età Meauzac. Quatre cents hommes sortirent de la ville, le 7 juillet, avec un grand nombre de charrettes , pour. enlever les blés que les catholiques avaient coupés, et que le duc, prévoyant ce qui arriverait, avait défendu d’emporter. Au moment où les Montalbanais chargeaient leurs charrettes, d'Epernon fondit sur eux, et les attaqua si vivement quil en resta une centaine sur la place. « Entre ceuxlà, quatre ou cinq des plus séditieux et de ces massacreurs de Consuls et de ministres, qui eussent esté la pasture des chiens, si Durban, l’un de ceux qui s’estoient le plus opposés à leur rage, n'eust hazardé sa vie pour les faire enterrer. Et ce, lorsqu’aucun de leurs chefs , vaillans sur le pavé et poltrons contre l’ennemi, n’osoit se présenter pour les aller quérir. »
Par lentremise du seigneur de Villemade, le vignoble du Fau, «lun des meilleurs et des plus beaux qui soient en France» , fut préservé des ravages de l’armée royale. D’Epernon était à S.‘-Nauphary, prêt à lancer ses fourrageurs sur ces riches collines, lorsqu'il reçut des envoyés de Montauban , qui venaient le prier de suspendre la ruine de leurs campagnes. Le seigneur de Villemade les avait assurés que le duc prêterait l'oreille à leur demande. II le fit en effet}, et donna sa parole « qu'il ne courroit plus sur les récoltes, les paysans et le bestail de labourage. » |
Pendant que les députés généraux des églises calvinistes travaillaient à la paix , toujours éloignée par l'ambition turbulente de Rohan, Montbrun , à la tête du parti qui ne pouvait se résoudre à ne plus «courir le bœuf et la vache, » cherchait à se venger des saccagemens de l'armée royale. Le 2 septembre, à la pointe du jour, sans tenir compte de l’opposition des Consuls , il partit pour assiéger le Claux (). La dame
(”} On voyait encore , il y a peu de temps, quelques restes du vieux manoir du Claux. Un corps de logis, flanqué de deux tours découronnées par la révolution, avait échappé aux ravages des siècles, aux fureurs plus destructives des hommes. Cette ruine à dû être vivement regrettée par tous ceux qui l’avaient vue , fortement et fièrement assise à côté des constructions modernes. Elle plaisait tant à l'œil, avec ses murailles d’un rouge brun si chaud, ses
DE MONTAUBAN. 267 du lieu riposta si vigoureusement à Pattaque des Montalbanais, qu'ils tournèrent le dos et rentrèrent dans la ville.
= Montbrun fut dès lors aux aguets d’un occasion pour prendre sa revanche. Le 22, quelques fourrageurs rencontrèrent les chevau-légers que le duc d'Epernon avait laissés à Montricoux, et en portèrent la nouvelle à Montauban. Le gouverneur ne perdit pas de temps; 1l alla attaquer l'ennemi, bien supérieur en nombre, le battit à outrance , et le rejeta de l’autre côté de l’Aveyron. |
Un nouveau succès fut obtenu par Montbrun, le 19 octobre, sur le chevalier de la Valette, qui était venu ravager le Fau, et qui, après avoir ruiné un grand nombre de métairies de ce quartier, se porta vers Corbarrieu, dont il
fenêtres aux fines cannelures, ses tours crevassées par les canons calvinistes, et aux pieds desquelles les jujubiers étalaient leurs fruits d’or ! Elle faisait si bien, au courant de la rivière, au milieu da ces grands arbres, dont la végétation puissante la cachait presque sous des flots de verdure! Aujourd'hui, des oseraies de la rive, on n'’aperçoit plus rien. Briques et pierres , tout est tombé, tout a disparu. Le fer a soulevé la terre où se dressait le dernier débris d’une splendeur féodale, un des vivans souvenirs de notre histoire. Etre dévoré par le temps, passe ! Tomber devant les irritations populaires , quand d’aveugles mais énergiques passions arment le bras du peuple , passe encore ! Mais c’est la pioche d'un maçon qui a brisé les restes duémanoir! mais les débris du noble castel ont servi à la construction d'une usine !
espérait surprendre le fort. Poursuivi chaudement par les Montalbanais , il arriva , toujours fuyant, sur les bords de la Tauge , à la lisière du Ramier. Le combat, s'il avait eu lieu, ne pouvait qu'être funeste aux catholiques. Mais la nuit l’'empêcha. Une grande quantité d'armes et de chevaux resta au pouvoir de Montbrun.
Pour calmer un peu l'humeur guerroyante que Montauban ravivait sans cesse dans ces petits combats, il ne fallut rien moins que la nouvelle de la défaite de Soubise, la perte de son armée navale, et la prise des îles de Ré et d'Oléron, par Thoiras. Cette fondroyante annonce était bien capable de décourager les plus fermes. Aussi, les ennemis de la paix mirent-ils en avant toutes sortes de ruses pour empêcher les Montalbanais d’y croire. Ils allèrent jusqu'à débiter au peuple qu'une armée de Turcs était venue au secours de Soubise, avait repris les îles et détruit la plupart des navires du roi. Noaïlhan, Dupuy et Leclerc, qui avaient été envoyés à La Rochelle pour s'informer de l’état des choses, revinrent, et dissipèrent enfin , le 22 octobre, toutes les illusions. Le conseil ordinaire s’'assembla immédiatement , les députés lui firent connaître les intentions pacifiques du roi; mais les meneurs des exaltés trouvèrent encore le moyen de retar-
DE MONTAUBAN. 269 der la paix, que l’assemblée de Milhau était résolue à soutenir. Dupuy par ses lenteurs, et Rohan par ses habiles manœuvres, fermèrent pendant qnelque temps la voie des conciliations.
Le 1* Jour de l'an 1626 , les Consuls sortans élurent , pour leur succéder, M° Paul Roques, avocat; M° Samuel Hugla Lacresse; Isaac Latreille, marchand ; M° Abel Bousgion, procureur au sénéchal; M° Jean Martin, greflier , et Pierre Nègre, dit Vignonnet, paysan de Gasseras. Le lendemain de l'élection, la Valette réunit en corps d'armée toutes les garnisons des forts environnans, ets’approcha de la ville. Trérieux, qui allait fourrager du côté de Villemade, l’aperçut sur la rive gauche du Tarn. Il fit aussitôt passer la rivière aux soldats qu'il commandait, les logea dans les masures du château de Salit, et revint lui-même dans la ville pour y donner l'alarme. L’ennemi s'était divisé en deux corps ; l’un venait en longeant le Tarn , et l'autre par le chemin de Gasseras. Au lieu de surprendre, il fut surpris. Après trois heures de combat, les royalistes se retirèrent. Leur chef avait reçu un coup de feu dans le genou.
La rigueur du froid retenant les Montalbanais dans leurs murailles, et la blessure de la Valette
empêchant les troupes catholiques de tenir fa campagne, les deux partis restèrent dans l'inaction jusqu'à la fin de janvier. Le dernier jour de ce mois, Montbrun entreprit d'arrêter les courses des garnisons de Montricoux et de Nesrepelisse, qui sortaient , tous les samedis, et s’avançaient jusqu'au Ramier , pour s'emparer des provisions que les paysans portaient à Montauban. À cet eflet, il dressa trois embüches, que ceux de Montricoux eurent ladresse d'éviter. Le capitaine de Nègrepelisse ne fut pas aussi prudent. Une charrette chargée de tonneaux éveilla sa convoitise. Mais à peine les soldats qu'il avait dépêchés pour la prendre se furentils engagés dans le chemin, que les calvinistes embusqués les accueillirent d’une grèle de mousquetades. |
Ces expéditions, pendant lesquelles les négociations de paix se poursuivaient toujours , continuèrent encore, après qu'elle eût été conclue, le 5 février. ILest vrai que la nouvelle , ardemment désirée de tous les gens de bien, n'était pas arrivée à Montauban. Deux détachemens des catholiques de Montech furent successivement défaits. Le premier était commandé par un prêtre nommé Hugon , homme vaillant et d’une force extraordinaire ; le second, par un aventurier
connu sous le nom de Legris. Le 6, les catholiques prirent leur revanche. Du Claux, petit fils de Terride , revenait de Montech à son chàteau , accompagné de Faudoas, qui avait avec fui une compagnie de soixante maîtres et quelques gentilshommes. À peu de distance du Vernet, ils rencontrèrent Trérieux , conduisant une troupe plus nombreuse. Ils se divisèrent en deux corps. Celui de Faudoas chargea le premier. Les carabins de Trérieux soutinrent très bien l’attaque ; mais le capitaine Montalbanais (") «voyant un gros qui venoit d'un autre costé ( c'estoit le Claux qui se mesloit à la feste), tourne bride, se sauve avec les mieux montés, laisse sa troupe à discrétion , laquelle ne combat plus et ne songe qu'à la retraicte. Mais en vain, car on les pressa tellement, que, sans quelques arquebuziers que l'ennemi vit paroistre, à quelques pas de là, et qui s'en estoient allés prendre du bestail, pas un seul d’'entr'eux n'eust pu en porter la nouvelle à Montauban. IL y en eust trente de tués, et sept ou huit blessés. » Faudozs perdit huit cavaliers et un gentilhomme. Le Claux reçut un coup d’épée dans la tête.
Enfin, la nouvelle de la paix arriva (”). Le
(”) Nous donnons la version de notre manuscrit, qui diffère un peu, dans les détails, de celle de Le Bret.
(**) Quelques jours auparavant, « parust au ciel un grand brandon de feu,
député Noailhan écrivit, de Castelsarrasin, qu'il en portait les articles; mais qu'avant de se rendre à Montauban, il était obligé d'aller remettre un paquet au duc d'Epernon. Peu de jours après, il fit savoir aux Consuls que ce duc retenait l’ordonnance du roi, et voulait qu'ils vinssent euxmêmes la prendre de sa main. Ils furent de retour le 10 mars ; et «le lendemain, ils firent allumer les feux de joye, et publier la paix ; et ce, avec de telles acclamations de vive le roy ! qu'à peine s'est-il jamais rien veu de tel dans Montauban. »
environ les dix heures du soir, qui esclaira toute la ville. Il estoit de la grandeur d’une javelle, et quasi esfleurant le pavé courut, estant cheu près de terre , depuis la rue de la Grande boucherie, jusqu’à l'extrémité de la place ; et de là, s’estant surhaussé par-dessus les maisons, alla mourir dans le fossé du Moustier. L'esclat de ceste lumière estoit tel, que ceux qui l’apercurent , disent qu'ils y voyoient aussi clair comme en plein midy. On print cela pour un présage que bientôt nous verrions esteint le flambeau de la guerre. » Hist. vérit. pag. 74.
Les scribes de l'Hôtel-de-Ville se montrèrent toujours très soigneux d’enregistrer le souvenir de ces phénomènes , qu'ils ne manquaient pas de considérer comme autant de présages. L'un d'eux ne consigna qu’en tremblant le passage
‘d'une grande multitude de sauterelles , à l’époque la plus désastreuse de nos guerres avec les Anglais. « L’an de nostre senhor MCCCXC VII, lo XXVIIIe Jorn del mes de Julh, sur la hora de mieg jorn, se endevenc en la Ciotat de Montalba, que venc una grant multitut excessiva de Sigalas, volans per l’ayre, plus spessamen que la plucia quan tumba. E passero sobre la dicha ciotat, e comptumihero a passar lespazi de doas horas, e menero grand bruch com si fos tronoyré; e semblava plucia grossa quand tumba spessamen, e ero tan espessas que cuysec entrhumi la clardat del solelh.» Liv. des Sermens , fol. 146.