CHAPITRE XIT
=<ics & duc de Rohan , qui n'avait accepté le : traité de paix qu'avec une répugnance # QSSvisible, travailla presque immédiate- TE, ment à rallumer la guerre. Flatié dans les vieilles prétentions de ses prédécesseurs sur la province de Guienne, et croyant peut-être que nos désordres intérieurs lui fourniraient une occasion de la reprendre, le roi d'Angleterre céda enfin aux sollicitations des protestans de France, et làcha Buckingham, qui opéra sa
descente dans l'ile de Ré, le 22 juillet 1627. À peine débarqué, il fit publier à La Rochelle et sur toute la côte, un manifeste dans lequel il déclarait que son maître s'étant rendu médiateur de la dernière paix, et voyant que la liberté de conscience était obstinément refusée aux calvinistes, avait envoyé une flotte à leur Secours.
De son côté, Rohan prit les mesures les plus actives pour provoquer le soulèvement des églises (). Les députés des Cévennes, réunis à Uzès, l'investirent de nouveau du commandement général, et envoyèrent des émissaires dans la Guienne et le haut Languedoc, pour engager ces provinces à se réunir à l'assemblée. Buckingham, assez mal accueilli par les Rochelais, battu dans l’île de Ré, regagna l’Angleterre, après avoir échoué devant le fort S.'-Martin. Louis XIIT assiégea La Rochelle , en même temps que des députés couraient dans les villes protestantes pour Îles exhorter à se maintenir dans l'obéissance du roi. Auguste Galand, conseil. ler d'état, l'un de ces députés, vint à Montauban , après le premier président du parlement
(*) « Le duc de Boukingham admiral, d'une part, vous M.gr (le duc de Rohan), de l’autre, réchaufliez les courages les plus refroidis. » L’Estat de Montauban, par P. Berauld, pag, 5.
de Toulouse ; et, dans une assemblée générale, tenue le 12 octobre , obtint des habitans , sollicités en sens contraire par les lettres des Rochelais, la résolution de «demeurer fermes au service de S. M., et de s'opposer tant à M. de Rohan qu'à tous autres qui voudroient entreprendre sur l’estat, et de détester et abhorrer les armes du roi d'Angleterre. »
Cette résolution, prise à l’unanimité, fut due en partie aux insinuations de Pechels de La Boissonnade, qui tenait alors le premier chaperon (), et au renvoi des étrangers , qui, dès le 45 juillet, avaient reçu l’ordre de‘vider la ville dans trois Jours. «A cela ne contribua pas peu la réduction faicte , le 1* de juin, du conseil général, qui, de temps immémorial , estoit composé de tous chefs de famille, au seul nombre de quatre-vingt et dix hommes de toute qualité voirement, mais d'artisans en petit nombre; réduction maintes fois tentée , mais jusqu'alors sans effet, comme creuë par plusieurs ne butter qu'à l'oppression de l’ancienne liberté du peurple (*):» Noailhan , Brassard , Arbussy et Cons-
(*) Les autres Consuls étaient P. Arbussy, bourgeois, P. Bardeau, apothicaire, Jean Lacaze, marchand , D. Solenne, P. Faure, dit Monge, paysan de Bas-Pays.
*) L’'Estat de Montauban, pag. 5. — Liv. Jaune, À, fol. rxxix.
tans furent députés vers le duc d'Epernon , qui ne perdait jamais Montauban de vue, pour lui réitérer l'assurance des bonnes dispositions où étaient ses habitans. On délibéra même de recevoir, de la part du roi, une garnison protestante; mais cette proposition n'eut pas de suite.
Le baron de Villemade fut envoyé comme gouverneur de la ville par le duc de Rohan, qui espérait toujours la décider à la révolte. El arriva dans les derniers jours de l’année, avec la double mission de faire entrer dans le consulat, qu’on allait réélire, des hommes plus agréables au duc, et de presser la prise des armes. Il trouva d’abord de grands obstacles à ses desseins. Le duc d'Epernon, consulté par le lieutenant Escorbiac , sur l'élection consulaire, ne savait trop que résoudre, lorsque le parlement envoie des lettres du roi, portant que les Consuls seront continués dans leurs charges. Cette infraction aux priviléges de la ville, rejeta un certain nombre de Montalbanais dans le parti des factieux. 11 fut convenu que la nomination serait faite par le conseil général.
Sur ces entrefaites arriva le sieur de Savignac; Vicose , avec de nouvelles lettres du duc de Rohan et des Rochelais, qui demandaient
DE MONTAUBAN. 277 instamment la réunion. Le Conseil fut assemblé. Avec sa fermeté ordinaire , La Boissonnade parla en faveur de la paix, opina pour le rejet des propositions de Rohan et le maintien de la résolution déjà prise de rester fidèles au roi. Vicose, enflammé de colère , tira l’épée contre le premier Consul, et intimida si fort les assistans «qu’il ne monta au cœur d'aucun de s'intéresser pour luy.» Ses menaces décidèrent le conseil à lui accorder une partie de ce quil demandait. Muni des concessions arrachées à la faiblesse, 1l partit pour se rendre auprès du duc de Rohan. Chemin faisant, il fut pris et conduit à Toulouse où le parlement lui fit trancher la tête. Les calvinistes de Montauban voulurent un moment venger sa mort sur quelques gentilshommes étrangers qui se trouvaient dans la ville.
Ce coup aurait dü, ce semble, donner gain de cause aux modérés , et raffermir le parti de La Boissonnade. Celui-ci eut cependant toutes les peines du monde à empêcher que la faction ne fui choisit un successeur. La veille et le jour même de lélection, toute la ville resta sous les armes. Ce ne fut qu'après avoir été bien des fois sur le point de s’entr'égorger, qu’on donna la charge de premier Consul à Natalis, « septua-