FARISMNARE
sénaire , et retiré aux champs où il eust mieux aimé passer doucement le reste de ses jours que réntrer dans ces confusions ("}. » Homme aux
(*) EL entra dans le consulat avec Isaac Garrisson, D. Loupiac , Jacq. Tieys, notaire, J. Coronel, marchand chaussetier , et J. Conté, dit Boutrousset , paysan de Bonnefont. — On faisait si peu de cas du Consul forestain populaire, que Berauld ne le nomme point. Il se contente de dire : « et un paysan, selon la coustume de temps immémorial observée. » pag 83.
Si Natalis ne déploya point toute l'énergie nécessaire, au milieu des troubles qui agitèrent Montauban pendant son administration, il n'en est pas moins une des plus belles et des plus touchantes figures de notre histoire. Ce que nous savons de sa vie'est empreint d'une noblesse de sentimens qui aurait dü lui faire , dans les souyenirs de la cité, une de ces places qui grandissent avec les siècles. |
Perrin raconte ( chap. 10, pag. 297.) que, se trouvant de quartier dans la ville, avec quelques. autres bénéficiers, il fut visité par Natalis, qui. yenait s’entretenir avec lui des projets des factieux, et le rassurer ainsi que ses confrères. « Il ne me put, dit-il, parler de ces désordres sans répandre des larmes ;: à raison de sa vieillesse qui le privoit de bien agir dans sa charge. » Le même historien pous.a conservé une lettre de Louis XIII à Natalis, dans laquelle le monarque témoigne au premier Consul toute la satisfaction qu'il éprouve de sa noble conduite.
Qu'un fragment du cercueil où dormirent les restes du grand empereur, que: de belles gravures représentant les immortels chefs-d'œuvyre du peintre célèbre que Montauban est fier d’avoir produit, —s'’étalent sur les murs de la salle des séances de notre conseil municipal , cela est bien, fort bien , sans doute. Mais ne serait-il pas bien aussi que, sur ces mêmes murs, une pierre votive , une inscription, un souvenir quelconque consacrât la mémoire du vénérable Natalis? L'ingratitude publique a été. assez longue, ce nous semble. Il est temps enfin de faire cesser un oubli qui est un crime de deux siècles. Ces quelques lignes que nous écrivons , nous autres, investigateurs obscurs des vieillés illustrations Montalbanaises, n’acquittent pas la dette de la. cité envers le magistrat dont, nous signalons les vertus à l'admiration de nos compatriotes. Maître kan de Naratis, docteur en droit, avocat et PREMIER Consuz de Montauban , en l’année 1628 , réclame , pour les éminens services qu’il rendit à la communauté , une reconnaissance plus haute et pie digne que la nôtre. Nous faisons des vœux pour qu'il l’obtienne.
mœurs douces, aux vertus pacifiques, Natalis manquait totalement de la fermeté de caractère que des circonstances aussi orageuses réclamaient d’un premier magistrat. Sa nomination fut regardée comme un quasi-triomphe par la cabale, dont il ne sut pas réprimer l'audace. Les ministres attachés au parti des factieux , osèrent ordonner des prières publiques pour les Rochelais, toujours assiégés par le roi. |
Le duc de Rohan jugea bientôt que le baron de Villemade n'était pas en position d’avancer ses affaires dans Montauban. On reconnaissait unanimement son courage, ainsi que l'importance des services qu'il avait rendus au parti. Mais quelques-uns des siens s'étant depuis long-temps rattachés à la cour, on craignait leur influence sur le gouverneur, auquel on faisait encore un crime d’être du pays, «où les plus grands prophètes sont rarement bien reçus : en la profession des armes et des lettres y ayant je ne sçay quoy de fatal, qu'on faict plus de fruict , estant transplanté qu’en la terre natale (). > On lui reprochait également de-n’avoir pas porté les affaires à l'extrême ; dès son arrivée dans la ville. Le fait est que la commission de Villemade por-
(") L’Estat. de Mont. pag. 34. s
tait expressément qu'il commanderait sous les Consuls , et que Rohan , qui voulait être maître absolu , voulait avoir à sa dévotion un gouverneur dont lautorité serait indépendante. Il conféra donc cette charge à son parent S'-Michel de la Roche-Chalais. Le nouveau gouverneur se mit en marche avec une vingtaine de chevaux seulement , et, après s'être avancé à grandes journées, par des chemins gardés, «cuida faire naufrage à Caussade, dans les premiers jours de mai 1628.» Les Consuls de l'endroit, qui, bien que calvinistes, tenaient pour le roi, le reçurent sous le nom de baron d'Anton, neveu du duc d'Epernon. Mais, comme on le vit se diriser du-côté de Montauban, on se douta de quelque ruse. Villeneuve, capitaine de S.'-Antonin , qui se trouvait alors à Caussade, le poursuivit jusqu’au Bias ; il voulait l'empêcher de passer l'Aveyron. S.‘-Michel était déjà dans la barque ; il en sortit avec quelques-uns des siens, repoussa les assaillans, et perdit son guide Collinet, vieillard accablé de lassitude, qui tomba de cheval, fut pris et pendu à Toulouse. Les Consuls de Caussade, soupçonnés de connivence avec le nouveau gouverneur, coururent grand risque de la vie ; le parlement les retint dans ses prisons Jusqu'à la paix.
St-Michel entra dans Montauban le 45 mai.
En visitant le premier Consul, il se donna comme un gentilhomme qui n'était pas en sûreté chez lui, et venait demander un asile aux Montalbanais , prêt à les servir en cas de guerre. Le lendemain, le conseil décida, après de longues contestations, que la visite lui serait rendue, de la part de l’Hôtel-de-Ville. Cette démarche éveilla la jalousie de Villemade, qui chargea Postau Roquepiquet de l'appeler en duel. Celuici remplit sa commission, le mercredi suivant, dans le temple , au moment de la prière. Une agitation extrême se manifeste aussitôt parmi les assistans. Au bruit que S.'‘-Michel a été tué, tous ses amis prennent les armes et sé précipitent dans le temple. Roquepiquet eut à peine le temps de se sauver dans la salle du consistoire. Se voyant si bien soutenu, S.‘-Michel crut devoir répondre à l’appel de Villemade. Mais un accommodement termina cette affaire , à la suite de laquelle la faction se trouva plus forte.
Cependant l’époque de la moisson approchait, et les Montalbanais, qui ne songeaient, pour le moment, qu'à la mettre à couvert, députèrent, afin de gagner du temps, vers le duc d'Epernon, les sieurs Lonpiac, troisième Consul, Thomas, Cruvel, Bardon, Rieupeyroux et Arbussy. Le duc les reçut fort mal; il leur reprocha la mau-
vaise for avec laquelle ils s'étaient joués de leurs promesses , la délibération qu'ils avaient remise à Vicose, les menées qu'ils avaient faites avec Villemade, puis avec S.'-Michel, et refusa de recevoir leurs nouvelles protestations d’obéissance, pour lesquelles il les renvoya au roï, après leur avoir demandé douze ôtages à son choix, s'ils voulaient arrêter les eflets de sa vengeance. Les Montalbanais ayant trop tardé à remplir cette condition, le parlement commença à sévir contre leur ville, et, vers la fin de juin, transféra le sénéchal et le bureau de la recette à Moissac. La plupart de ceux qui étaient opposés à S.'-Michel sortirent en même temps. « Les arondelles nous quittent avec le beau temps, messagères du mauvais; ainsi deslogent peu à peu nos déserteurs : le juge-mage d’Escorbiac, congédié qu'il fust, quoyque le premier magistrat de la ville, appuyé non-seulement par sa charge, mais aussi de grand nombre de puissans parens et amis... Demons, La Rose, Poques , Thomas, Reynaud, Satur, Caminel, Boulous, Solenne, et Péfourque ().» La Boissonnade était déjà parti, poursuivi par l’émeute qu'avait suscitée sa nomination à la charge de lieutenant particulier , en remplacement de Du-
() L’Estat de Mont. pag. 46.
puy, qui était alors intendant de l’armée du duc. de Rohan.
S.'-Michel, ravi de leur départ, qui le rendait plus libre , ne ménagea plus le terrain. Il aposta des gens qui vinrent se plaindre que, passant par Montbeton pour aller à Montech, ils avaient été arrêtés et pillés par les gendarmes du duc d’Epernon (). Le conseil s’assembla aussitôt (9 juillet), et S.'-Michel, profitant de l’occasion , présenta ses provisions comme gouverneur de la ville. Les Consuls , extrêmement surpris qu'on ne les eût pas même consultés, ne l’acceptèrent qu'avec peine. Vaincus par les circonstances , ils feignirent de se rendre aux protestations que leur fit S.‘-Michel de ne jamais entreprendre sur leur autorité. Il prêta son serment, fut installé et conduit au temple où lon proclama le duc de Rohan général des églises, et l’union avec La Rochelle.
(*) La version de Berauld est loin d’être conforme à celle de Le Bret et de Cathala-Coture. A l'en croire, l'affaire de Montbeton ne fut pas une ruse de St-Michel, mais une véritable attaque du duc d'Epernon. « M. d’Espernon descent vers Bourdeaux, mais pour revenir plus fort. Remonté , on voit soudain esclater ces tonnerres. Sa compagnie de gensdarmes allant prendre logement à Montech, fait, en passant, une course à nostre voisinage, près la Ville- Dieu et Monbeton ; fait tout acte d’hostilité, vole, bat, blesse, de tout sexe, aage et condition; tue Césari, marchand ; emmèneprisonniers Bonneau, notaire, le frère de La Gravière, le second fils du conseiller La Rose... C’en est donc fait , le Rubicon est passé... A la parfin, à force de frictions les plus léthargiques s’esveillent.... Tant de pointes, tant de piqueures finalement nous font revenir les esprits, » L'Estat de Mont: pag. 50.
Montauban une fois déclaré, les choses marchèrent vite. Le lendemain de la déclaration, S.'t-Michel établit dans la ville un ordre conforme à ses vues et créa un conseil de guerre, où siégèrent de Châtillon , de S®-Foy, de Bergues, deux Consuls, deux officiers du sénéchal, le tiers des capitaines de la ville et de son régiment, qui devaient v entrer par tour, le prévôt, l'avocat Noailhan et le ministre Berauld. À la tête des troupes furent mis sept capitaines : France, Bardon, Durban , Ferrière et Constans, pour la ville : Olivery, pour Villenouvelle , et Vialettes pour Villebourbon. Le duc de Rohan avait donné ordre de remplacer les Consuls; S.-Michel n’osa pas l’entreprendre. Il s’entoura d’un régiment de gardes , et en confia le commandement à des gentilshommes dévoués , les sieurs de La Bastide et de Sigoniac, de la maison de Castel-Sagrat , de la Peyrère(), de Moncault, de la Boisse, Ségeville, de Viau, de l'Hoste, et aux capitaines Feutrié, Dausin, Marmonié, Roufho et Lauriac. Il établit des com-
(*) Cet Isaac de la Peyrère fit imprimer en Hollande, en 1655, un Traité des Préadamites, ou habitans de la terre antérieurs à Adam. Desmarais, professeur de théologie à Groningue, le réfuta. Condamné en Flandre par les inquisiteurs, il appela de leur sentence à Rome, où le pape Alexandre VIF, prenant en pitié ses rêveries , l'accueillit avec bonté. La Peyrère fit imprimer une réfutation de son propre livre, et mourut catholique, dans le monastère de Notre- Dame-des-Vertus.
DE MONTAUBAN. 285 missaires pour les vivres, l'artillerie et les forüfications, remplit les magasins, et se donna tous les soins nécessaires, soit pour soutenir un siége, soit pour paraître en campagne. De lintérieur de la ville, il porta ses regards au dehors. Le seul moyen de tenir en échec les chàteaux de la Bastide et du Claux, de mettre à couvert la riche plaine de Reyniès à Montauban, de garantir le moulin et le faubourg de Sapiac, était de ravitailler le fort de Corbarrieu. Dujau y fut donc envoyé comme architecte, et Goulard comme lieutenant. Cela fait, on se mit à courir dans la campagne; les métairies de d’Escorbiac et de La Boissonnade furent pillées, comme l'avaient été leurs maisons, après leur sortie de la ville.
Des lettres-patentes du 14 juin avaient ordonné au duc d'Epernon de faire le dégât autour de Montauban et de détruire les moissons. Le ravage allait commencer, lorsqu'un gentilhomme nommé Ricard, qui jouissait d’un certain crédit dans la ville, s’y rendit de Castelsarrasin, et engagea les habitans à entrer en conférence avec des députés du duc. On s’aboucha près de Lavilledieu, et cette première entrevue ne produisit aucun résultat. Ricard ne se rebuta point; 1] en renoua une seconde à Montech, où se trou-
vèrent douze Montalbanais : Garrisson, second Consul ; Tieys, quatrième Consul ; Bardon, Rieupeyroux, Cruvel, Arbussy, Comayras , Garrisson , lieutenant particulier ; Brassard, Noailhan, Lalause et Déjean. IL fut convenu que les grains qui se trouveraient appartenir aux habitans dans la juridiction, leur seraient remis, et que ceux quils pourraient avoir dans les autres juridictions seraient mis en sequestre, jusqu'à l’arrivée des ordres du roi. Les Montalbanais désavouèrent cet accord. Ricard s’entremit encore; une troisième conférence eut lieu à Verlhaguet , où la première proposition, remise sur le tapis, fut acceptée, et ensuite refusée par S.-Michel, parce qu'avant de signer, les députés du duc, qui était à Castelsarrasin, voulurent prendre ses derniers ordres. Le gouverneur refusa de les attendre et se retira.
Dès le lendemain , l'armée du duc d'Epernon, après avoir fait une vaine tentative contre le fort de Corbarrieu, descendit le long de la rivière pour commencer le dégât (). Sur l’heure de
(”) Le duc en avait prévenu les Consuls ; il leur écrivit : «Le roy m’a encore commandé depuis peu, d'aller faire le dégât aux environs de vostre ville. Je ne puis différer ny retarder l'exécution. Je suis bien marry que vous vous soyez vous-mesmes altiré ce malheur, et que vous n'ayez demeuré fermes en l'obeyssance de S. M. , suivant les diverses promesses et déclarations que vous en avez fait, afin que j'eusse sujet de demeurer comme j'étois. » Perrin, chap. x1, pag. 300.
midi, on la vit rangée en bataille, en decà de Bressols. Aussitôt le tocsin sonne dans la ville ; deux bataillons Montalbanais vont prendre position , près du chemin de Montech, un peu au-delà du lieu appelé l’Hort de Lausun. Pour ne pas détourner les soldats, les femmes y traînent deux coulevrines , quelques pièces de campagne , et un grand nombre de charrettes , avec lesquelles on barricade les chemins environnans et le pont de Rouges. L’ennemi ayant pris sa route par les prés de l’évêque, entre Parage et Verlhaguet, cent cinquante hommes furent détachés des bataillons calvinistes et dirigés de ce côté, sous les ordres de la Peyrère , de la Boisse et de Moncau. Ge détachement fut soutenu par deux autres, l’un placé à gauche dans un enclos longeant le chemin de Montech, commandé par la Bastide , Sigoniac, Roullio et Vialettes ; l’autre, à droite, dans les métairies de Baïlé et de Touly , séparées par le chemin de Rouges. À la tête de celui-ci étaient Ferrière et Constans. Le chemin de Toulouse fut gardé par Durban, qui s’avança jusqu'au pont de Miroulet. Pour prévenir une attaque du côté de Gasseras, Dupuy se posta avec cent mousquetaires dans le jardin de Palisse. À peine ces diverses dispositions étaient-elles prises, que l'ennemi parut. Le premier choc rompit le dé-
tachement que commandaient la Peyrère, Moncau et la Boisse. Ce premier corps en déroute , les royalistes auraient eu bon marché des autres, s'ils n'avaient pas ralenti leur marche. Déjà, la terreur s’y répandait, lorsque le ministre Berauld ("}, arrivé sur les lieux, relève par ses discours les courages un moment abattus. Ferrière se replie sur le poste qui occupait les métairies de Baïlé et de Touly, ramène au combat ses soldats, renforcés par ceux de ce poste, et force l'ennemi à la retraite, après lui avoir tué une quarantaine d'hommes. Le lundi 17, l’armée royale recommencça le dégât, du côté de Lagarde, où elle ravagea quelques champs de blé. Le duc d’Epernon, qui avait menacé de tout ruiner, partit le 18 pour la basse Guienne, plus chagrin de ce que le prince de Condé avait reçu la charge de général des armées du roi, quindisposé de quelques accès de fièvre qu'il avait eus.
Sa retraite fit le plus grand tort aux affaires du roi. S.'-Michel, que de Lanes, son frère, était venu Joindre avec plusieurs volontaires, se répandit dans la campagne et ravagea. les environs, sous les yeux des troupes que le duc avait
() L'Estat de Mont. pag. 65.
DE MONTAUBÆN. 289 laissées dans Montech, S.'-Porquier et Escatalens. Le 18 juillet, il attaqua et força le château de la Bastide. «Le ravage se fist ès vignes et vergers ; les bleds, ou dans les aires ou ès champs, partie bruslés, partie emportés ; toutes les maisons champestres réduictes en cendres, furent les premiers de nostre revanche.» Le 22, Sr.
Michel envoya du côté de Montricoux , Marmonié et Rouflio, qui donnèrent la chasse à la compagnie de Montastruc, en même temps que d’autres capitaines attaquaient S.'-Maurice, où toutes les maisons furent livrées aux flammes. Nohic, Orgueil , le Terme éprouvèrent le même sort ; l'incendie dévora toutes les maisons de campagne jusqu'à Fronton (‘}. Le ministre Berauld était presque toujours à la tête dès fourrageurs; il portait des allumettes à son chapeau , et excitait les soldats au meurtre, en disant quil avait reçu une mission de sang et de feu.
Sans tenir compte des arrêts du parlement et de la chambre de l'Edit, le gouverneur, voulant de plus en plus s’attirer les bonnes grâces du peuple, résolut de rétablir le conseil général tel qu'il était avant sa réduction à quatre-vingt-dix
(”) « Au retour, toute la campagne , à droite et à gauche, depuis le Tarn jusque près de Fronton , par les cendres des métairies , marque nostre passage. » Ibid. pag 85.
membres. Les Consuls ne voulurent pas y consentir. Mais leur sage opposition dut tomber devant les cris de la multitude. Le 23, à l'issue du prêche, une assemblée générale remit les choses dans leur premier état.
Il était impossible que des hommes si violens au dehors, ne le fussent pas quelquefois au dedans. C'est ce qui arriva le 28. «Ce jour-là , le feu se descouvre et jette tant de flammes, que c’estpar miracle que Montauban n'en a esté totalement consumé.» Du Viau, lieutenant des gardes de S.-Michel, muni d’un ordre de ce dernier, se présenta chez l'avocat Constans , pour exiger la remise d’une somme, dont on prétendait qu’un ecclésiastique l'avait fait dépositaire (). Constans jura que ce dépôt était une pure supposition. Comme du Viau menacçait d’user de. violence, Richaud , enseigne du frère de Constans, pria le lieutenant d'attendre jusqu'à ce qu’il en eût parlé au gouverneur , et, sur son refus, mit l'épée à la main. Un des gardes qui accompagnaient du Viau fut blessé. Alors S.'-Michel accourut et fit arrêter Richaud. Plusieurs bour-
(”) Berauld crut rendre moins criante cette violation d’un dépôt , en disant (pag. 84 }#5c du Viau avoit obtenu le don de ceste somme, pour quelque soulagement , estant obligé à une extraordinaire despense , pour entretenir nombre de soldats qu'il avoit attirés. »
DE MONTAUBAN. 294 geois s'attroupèrent et crièrent à la tyrannie. Sommés par le gouverneur de se retirer, ils obéirent, et bientôt après reparurent en armes; le régiment de S.-Michel les prit également.
Carrié et Bruette , jeunes gens fort déterminés , s'étant mis à la tête d’une troupe assez nombreuse, l'épée et le pistolet à la main, se rendirent devant la maison où logeait S.-Michel (), et lui demandèrent Richaud. Sigoniac sortit contre eux avec une trentaine de gardes, et les repoussa jusqu'auprès de S.'-Jacques , où le combat devint plus rude. « L’espée, le pistolet, le mousquet et la pique sont employés. Les sieurs Garrissolles , Charles, Delon, Pérés, pasteurs, y perdirent leur labeur, ne pouvant empescher et meurtres et blesseures. » Le jeune Le Clerc, fils d’un des grands jurisconsultes de la province, fut tué. On se battit encore une partie de la nuit, et la présence seule des Consuls put faire retirer les bourgeois. S.‘-Michel, préparant sa vengeance, fit répandre dans le public que Carrié et Bruette avaient agi à l'instigation de Montferrand, qui commandait pour le roi dans le haut Quercy. Chargés de cette accusation calomnieuse, les deux malheureux jeunes gens furent aussi vite abandonnés qu'ils avaient été
(”) L'hôtel de Vicose , rue de l'Ancien Collége.
suivis. Ils tentèrent de s'évader, en franchissant la muraille du côté des Carmes, mais ils furent arrêtés dans le faubourg de Sapiac. Dans le conseil de guerre assemblé pour les juger, Villemade, le père, représenta à S.'-Michel qu'il ne pouvait opiner, puisqu'il s'agissait d’une affaire où il était partie. Le gouverneur éluda la remarque, en disant qu'il ne considérerait lattentat.que sous. le rapport du bien public. Carrié et Bruette furent condamnés à mort et exécutés, le jeudi 3 août.
Le même jour, S.'-Michel, voulant se défaire des capitaines qu'il prétendait ne s’être pas montrés comme ils l’auraient dû dans cette émeute 6 assembla le conseil général, fit casser Bardon, France, Durban, Constans et Ferrières, et nommer à leur place Peyrusse, du Jau, Benoit, Escorbiac, Trabuc, Aché, Cassaing, Planard, Solignac, Langlade, Bernadou, Roques et Guy.
Il les distribua dans les divers quartiers de Ia ville et des faubourgs, pour veiller sur les bourgeois dont il craignait le ressentiment.
En même temps, et sous le prétexte d'ouvrir une communication avec les calvinistes du haut Quercy, mais en réalité pour éloigner les opposans, S.‘-Michel entreprit de relever les murs
DE MONTAUBAN. 295 de Caussade. Il y envoya le sieur de Chätillon en qualité de gouverneur , Valada comme major, Marmonié , Rouffio, Moncau , Feutrié, Lauriac, avec leurs compagnies, et du Jau dont la pré- sence était toujours nécessaire quand il s'agissait de ravitailler une place. Au premier bruit de cette arrivée, les habitans de Caussade , quoique tous calvinistes, prirent la fuite ; il n’en resta que deux. La menace de brüler leurs maisons les fit revenir. On conçoit à peine comment les Montalbanais, non contens de défendre leurs murailles, osaient aussi s'étendre au dehors, et fonder des espèces de colonies, sous les yeux des deux armées royales commandées par le premier prince du sang et par le duc d'Epernon.
La mésintelligence qui régnait entre ces deux généraux explique seule tant d’audace.
S.‘-Michel en profita pour s'emparer des fortes positions qui entouraient la ville. Ce fut d’abord le tour de Lamothe-d’Ardus. «C'estoit le repaire de picoreurs que nos paysans avoyent chaque jour sur les bras; de diflicile accès, puisqu'au-delà de lAvéron ,. puisque sur une montagne , puisqu'épaulé de divers forts, à droite de Monmilan et de Mirabel ; à gauche de Loubejac et de Piquecos, au dessoubs du fort de Jean, au-dessus de Léribosc;.qui à une mous-
quetade , qui à un quart de lieue ().» Ce fort n’était qu'un donjon sans flancs, entouré d’un fossé sans eau , dont la contrescarpe ne pouvait être défendue que par le donjon. Les premiers coups de canon ébranlèrent les murs. Intimidés par les cris des enfans et des femmes, Îles assiégés demandèrent à capituler , et, sur la réponse qu’on ne voulait les recevoir qu’à discrétion , 1ls résolurent de mourir les armes à la main. Quoique en très petit nombre, — vingtcinq seulement, — ils résistèrent un Jour entier, et tuèrent ou blessèrent quinze ou vingt hommes aux assaillans. Ceux-ci forcèrent enfin la place , et passèrent tout au fil de l'épée. Treize vieillards furent pendus , de ce nombre le curé, qui «estant tombé une demi heure après de l'arbre où on l’avoit attaché , se sauva à la faveur de la nuict. » Une redoute qui était à trois cents pas de là (le fort de Jean), eut le même sort. Les Montalbanais rentrèrent chez eux charcés de butin.
Six jours après, le 17 août, «les ennemis travaillent pour redresser la Mothe-d’Ardus’, ceste sentinelle qui déscouvre toute la plaine jusque dans nos bastions. L’alarme sonne,
() L'Estat de Mont., pag. 104.
DE MONTAUBAN. 295 nous partons à jeun. Et si, on a la patience dy passer toute la journée, nonobstant l’ardente chaleur de la canicule. On sape, on ruine ce qui restoit de l'édifice, on s’espand jusques à Mirabel, Monmilan, Aussac, Léribosc, Loubejac ; on brusle en ceste grande estendeü des maisons par centaines ,: on dégaste vignes et vergers. (")»
S.‘-Michel, qui manquait de cavalerie, avait envoyé le capitaine de Bergues du côté de Bergerac, pour en recruter quelques compagnies.
Après bien des fatigues et de fàcheuses rencontresi d'où il se tira heureusement , le capitaine arriva en vue de Montauban, avec un corps d'environ deux cents maîtres. Parvenu dans la plaine que domine La Française, il s’engagea, pendant la nuit, dans un chemin creux, embarrassé de charrettes et de grosses pièces de bois, où 1l fut attaqué à l’improviste par Génébral et le seigneur de Parazols, qui le rompirent et divisèrent sa troupe. Une partie, commandée par le jeune de Lentillac, se noya dans le Tarn; l’autre, composée de soixante hommes et de cinquante chevaux, qu'il conduisait luimême, passa l'Aveyron et entra dans Montauban, le 18.
{) L'Estat de Mont., pag. 105.
Dès le 22, Bergues et ses cavaliers furent en état de tenir la campagne. S.‘-Michel leur fit escorter les compagnies et les provisions de guerre et de bouche qu'il dirigea sur Caussade, à la nouvelle que le prince de Condé et le maréchal d'Epernon avaient donné quelques troupes au comte de Cabrères, pour faire une tentative sur cette place. L'avis n’était pas faux. Le dimanche 27, à neuf heures du matin, le duc d'Epernon vint lui-même se poster tout près de Caussade, sur le tertre dit le Pech de Bonnemort , d’où il considéra quelque temps la petite ville, tout surpris de la promptitude avec laquelle on avait relevé ses fortifications. Espérant que les intelligences qu'il s’y était ménagées lui en ouvriraient les portes, il descendit enfin, et fit le tour des murailles avec son armée de trois mille hommes d'infanterie et de cinq cents chevaux. Les calviuistes sortirent à l’escarmouche. Un combat sanglant s'engagea près de la porte dite de lEstivenque, et dura presque tout le jour. Le duc y perdit près de cent hommes, fit sonner la retraite et disparut.
Deux petits échecs vinrent coup sur coup rabattre la fierté des Montalbanais. La Molière, souverneur de Villemur, instruit qu'ils avaient envoyé un parti vers Puylauron, s’embusqua
DE MONTAUBAN. 297 près de Bonrepos, et l’attaquant dans le désordre du retour , tua un bon nombre des soldats qui le composaient; le reste fut pris avec le butin qu'on amenaiït en ville. Il en arriva autant, quatre jours après , à de l’Hoste et à Bernadou. Ces deux capitaines étaient allés graisser, pendant la nuit, le moulin de Villemur , avec l’intenüon de le brüler ; ils pillèrent ensuite la campagne, chargèrent un bateau du butin qu'ils avaient fait, et se dirigèrent vers Montauban. La Molière, qui s'était mis à leurs trousses, les joignit à moitié chemin , et leur fit lâcher prise, après leur avoir tué quelques hommes.
Cependant, ces hostilités continuelles ruinaient les campagnes des environs ; les terres demeuraient sans culture, et le peu de fruits qu’elles produisaient d’elles-mêmes, se perdait par les courses des deux partis. À la sollicitation des Montalbanais, qui avaient le plus à souffrir de cet état de choses, Richard négocia encore, et obtint une trève pour le labourage du plat pays. Elle fut rompue presqu'aussitôt que faite. Les habitans de Piquecos s'étant jetés sur quelques bestiaux qu’on laissait paître dans les prés de Falguières, sous la foi de l'accord, les Montalbanais brülérent leur village. Par représailles, ceux du château incendièrent , le lendemain,
les métairies de Saillac, de Lagravière, et quelques autres qui s'étaient conservées Jusqu'alors par le crédit de leurs propriétaires.
Huit jours après, S.-Michel étant sorti de Montauban , avec cinq cents hommes d'infanterie et deux cent soixante chevaux , alla s’embusquer au-dessous de Canals , d’où il envoya Bergues , avec cinquante cavaliers, harceler ceux de Grisolles et de Verdun. Cette bravade les piqua; ils se précipitèrent sur Bergues, et lui donnèrent la chasse ; puis, ayant découvert l’embuscade où on les attendait, ils se sauvèrent dans Dieupantale. Les Montalbanais, pour les atüurer dans la plaine, firent alors semblant de fuir, et se dirigèrent vers Lapeyrière, témoignant quelque peur de les voir renforcés de ceux de Dieupantale, de Montbartier, de Monthéqui, de Finhan et de Montech, qui, tous ensemble, formaient une petite armée d'environ douze cents hommes. Le stratagème réussit. Les catholiques se mirent à les poursuivre avec tant de précipitation, que bientôt ils rompirent leurs rangs et furent hors d’haleine. S.‘-Michel fit alors volteface , les chargea vigoureusement et les mit en pleine déroute. Plus de trois cents furent tués , parmi lesquels se trouvèrent Mazade et Ruelle, deux chanoines de la collégiale de Montauban,
des notaires, des juges et des Consuls. Les calvinistes ne perdirent qu'une quinzaine d'hommes. Le ministre Berauld entonna le cantique d'actions de grâces sur le champ de bataille (”.
Cette victoire ne procura point aux Montalbanais les vivres dont le besoin augmentait tous les jours. Le gouverneur fit de nouveau intervenir Richard. La trève pour le labourage fut renouvelée à Villemade, dans une assemblée où se trouvèrent, pour Montauban, Natalis, Garrisson, Fournes, Bergues et Leclerc; pour Castelsarrasin, l'avocat Virolles; et pour les lieux circonvoisins du parti catholique, Roberet, juge de Montpezat. Les habitans de Lavilledieu n'ayant pas voulu y être compris , S.'-Michel résolut de les punir, et marcha contre eux dans la nuit du 21 au 22 septembre, avec dixhuit cents hommes et deux gros canons.
Lavilledieu était alors un bourg assez considérable, protégé par un vieux château, dont le fossé enfermait le bourg dans son enceinte. Le sieur de Latourrette, commandeur de Malte, en était seigneur , et y avait mis une garnison de soixante hommes, commandés par un brave
() Cette affaire est longuement et chaudement décrite dans L'Estat de Montauban, pag. 129 et suiv. Notre historien Perrin y perdit un de ses frères.
officier, nommé Demonts. Les Montalbapais y arrivèrent à minuit, et pointèrent d’abord leurs canons contre la porte du château, du côté de l'avenue de Montauban. S.'-Michel s’aperçut bientôt que cet endroit, flanqué par l'église et la porte du bourg, était le plus fort; il fit, en conséquence, placer la batterie du côté opposé, qui n'avait point de flancs, et commencer la brèche. «Il y avoit deux grands fossés à passer pour aller à l’assaut ; l’un estoit jà franchi, qui est celuy dont l’ancienne ville estoit environnée; lV’escarpe en étoit couverte tant par des halliers et des buissons, que par une espèce de corridor ou parapet. Il y avoit de là jusqu'à l’autre fossé, large et profond, dix-huit ou vingt pas, où le passage estoit grandement incommodé par les flancs, qui estoient depuis l’église jusqu’à l'habitation du chevalier, qu'une galerie de brique. bien flanquée joignoit; et par le corpsde-garde qui estoit à l'entrée du chasteau sur la porte où estoit le pont-levis; par une forte palissade et un travail en forme de demi-lune. Le clocher, aussi haut eslevé, commandoit toutà-faict cest endroit (‘}. » Après une quarantaine de coups de canons qui entamèrent les défenses, les assiégés demandèrent à parlementer.
() L'Estat de Mont., pag. 145.
S.‘-Michel ne voulant les recevoir qu'à discrétion, ils résolurent de se défendre. L'ordre de lassant est immédiatement donné, à la grande satisfaction des assaillans, «qui s'impatientoyent à la Montalbanaise, et ne pouvoyent plus retenir leur fougue accoustumée. » Ils sy portèrent vaillamment et furent repoussés, après une action très vive qui dura deux heures. S.'-Michel fit sonner la retraite, et pointer de nouveau le canon pour achever d’abaitre les défenses d’où ses gens avaient été maltraités. Ne voyant point venir les secours qu'ils attendaient de Montech, de Castelsarrasin et de Lafrançaise, voyant, au contraire, leurs défenses de plus en plus démantelées, les assiégés, découragés d’ailleurs par la blessure que leur commandant avait reçue au poignet, demandèrent à capituler. S.'- Michel les rebutta d’abord, et les menaça même de leur faire subir toutes les rigneurs de la guerre, prétendant qu'ils auraient dû se rendre à la vue du canon. Mais, quand il vit qu'ils étaient résolus à se défendre jusqu’à la dernière extrémité plutôt que de se rendre à discrétion, considérant en outre qu’un second assaut ne réussirait peut-être pas mieux que le premier, et qu'il pourrait venir du secours aux assiégés, il consentit à la capitulation. Les soldats n’eurent que la vie sauve, et les habitans la vie et la
hberté. Du Viau entra le premier dans la place avec deux compagnies, s’empara del l'église et du château, et commença le pillage qui dura toute la nuit. Le lendemain matin , on mit le feu au château et à l’église où était le tombeau de Baudoin , frère de Raymond VE, comte de Toulouse. Cinq jours après, l'incendie dévora le reste du bourg, qui n’a jamais pu se relever de sa ruine.
La prise de Lavilledieu donna lieu , dans Mon:tauban, à de grandes réjouissances. Les ministres ordonnèrent des prières publiques pour en remercier Dieu, et lui demandèrent son assistance en faveur des Anglais qui étaient venus au secours de La Rochelle (). On apprit, le 4 novembre, que cette ville s'était rendue au roi, après un siége d’un an et demi. La nouvelle en fut transmise au Consul Garrisson par Virolles, de Castelsarrasin.
(") Comme Berauld , Le Bret affirme ici que les Montalbanais , après la prise de Lavilledieu, « firent dresser une forge , graver des coins et battre monnoye. » Mais il ajoute que cette entreprise ne réussit point, «leurs quarts d’escus et leurs sous qu'ils croyoient débiter, n'ayant eu cours que dans la vilie, pendant quelque temps, et nullement dehors, à cause non-seulement que ceux qui s’en fussent servis seroient tombés dans le crinfe d’expositeurs , mais parce qu’il n'y avoit rien de si mal fait ny de si faux. »