Livre Baïllhonat, fol. cux
L'état des dépenses oecasionées par l'entrée de Charles IX , les porte à la somme, très considérable pour cette épo-.
que, de 4111 livres 15 sols, que le roi permit d'imposer sur tous les habitans.
Ce que nous pourrions dire des moyens qu'avaient les familles Montalbanaises pour faire élever leurs enfans, avant
NOTES. 317 le xvre siècle, se réduirait à des généralités, à des inductions qui ne sauraient avoir un intérêt quelque peu attrayant. Les couvens tinrent d’abord le monopole de l'instruction; les Consuls songeaient à augmenter les fortifications de la ville, à répartir équitablement les tailles, à étendre le commerce, à favoriser l’industrie, et ne sentaient pas plus que le reste de la population le besoin de créer des écoles ; les académies de Cahors, de Toulouse et de Montpellier ouvraient leurs portes aux esprits très rares qui, par une vocation bien décidée, ou par un besoin de position, recherchaient les titres de docteur ou de licencié. Mais arrive la fin du quinzième siècle , avec la découverte d’un nouveau monde, l'invention de l'imprimerie, la résurrection des littératures anciennes ; notre ville aussitôt met la main à l’œuvre; dès 1476 elle bâtit à côté de sa Maison Commune, une école qui, en 1497, avait acquis une assez grande importance , ainsi que l’atteste le réglement que nous avons rapporté à la page 88 du premier volume. Elle était même fréquentée par les religios dels couvens. Perrin, qui avait à sa disposition les livres des archives qu’on a perdus depuis, n'avait su y voir que deux choses relatives aux écoles, c’est que les régens étaient taxés à chaque mutation consulaire , et qu'ils étaient remplacés du consentement de l’évêque (pag. 451). Mais unè enquête qui eut lieu au mois d’août 14579, nous fournit quelques indications sur l’état des écoles. De nombreux témoins , parmi lesquels on remarque un seigneur d'Agen , un marchand de Puycornet, un notaire de Molières, un autre de Montpezat, un avocat du parlement de Toulouse, attestent qu’ils ont vu, «avant le misérable temps des guerres qui ont régné dans ce pays , depuis vingt-cinq ou trente ans , doutze ou quinze cents escoliers logés ‘dans Montauban et fréquentant les escolles de ceste ville, qui estoient les plus
fameuses qui fussent ez villes des environs. » ( Liv. Baihonat , fos 163 et suiv. )
Ce n’était donc pas un collége , selon le sens qu’on donne aujourd’hui à ce mot, qu'avait voulu fonder Jean de Lettes; mais une université , ainsi que l'avait lu Perrin dans les actes des archives. Le même historien remarque . qu'il se trouva au conseil-général cinq membres qui refusèrent les offres du prélat, s’engageant à donner un bénéfice de 300 livres de rentes pour l'entretien du collége, et à payer lui-même cette somme jusqu'à ce qu'il y en eût un vacant dans le voisinage; mais l’immense majorité « les eut à gré. »
Il n'est pas sans intérêt de connaître les motifs que firent valoir les Consuls lorsqu'ils sollicitèrent auprès du roi, en 1579, l'autorisation de fonder un collége. « Exposent les habitans de Montauban que les guerres passées ont tellement desbauché la jeunesse qu’elle est entièrement desbordée, et ne s’adonne qu'à dissolution , sans aulcunement vacquer à l’estude des bonnes lettres, dont aussi les moyens sont ostés en ceste ville et ez environs, pour ce qu'il n’y à escolle ni collége , ja soit la ville soit très commode pour y dresser et entretenir un collége, tant à cause qu’elle est assise en bon et fertile pays, que aussi pour la commodité des lotgis, pour y lotger les escoliers , comme a esté fait d'autre fois ; car en la dicte ville y a eu d’autres fois aux escolles de douze à quinze cents escolliers ; estant notoire qu'il n’y à aulcune bonne escole ez environs, que bien loing, estant les plus près ez villes de Toulouse et Cahours , distant de la dicte ville, d’une grande journée. » (Liv. Bailhonat , {0 161.)
Les lettres-patentes du roi de France et de Pologne, Henri IT, qui accorda l’autorisation de bâtir le collége, s'appuient sur des considérations semblables : « il y à grand nombre de jeunesse qui s’est tellement desbau-
chée , qu'à présent il est bien difficile de la pouvoir ranger à’quelque bonne instruction et enseignement, et doresnavant pour obvier à tels desbordemens, l’instruction aux bonnes lettres et arts libéraux est le vrai moyen de la retirer et l’acheminer à la vertu... Après avoir fait voir à notre conseil le consentement ju lévesque de la dicte ville, permettons de faire bastir un collége, en la ville de Montauban , en tels lieux et endroits publics ou latens que la commodité requerra ; sinon par achapts de gré àagré , ou rachapts des rentes au denier quinze, suivant nos ordonnances. Les régens, servant actuellement en iceluy collége , et ceux qui auront été mis , nommés par les dicts évesques, Consul et habitans, jouiront des honneurs, autorités, prérogatives , franchises , libertés, droits, esmolumens qui y appartiennent , et tout ainsi qu’en jouissent les autres des autres colléges de nostre royaume. » ( Liv. Bailhonat, fo 164 vo. )
Le jeune roi de Navarre, qui chérissait particulièrement notre ville, fut le premier à doter le collége de 200 livres de rente. L'acte qui renferme cette donation semble écrit sous la dictée du ‘bon Béarnais, tant il est plein de ces vues larges , de ces paroles affectueuses qui faisaient le fond de son caractère : « L’un des plus assurés fondemens , dit-il, pour l’entretènement des estats et respubliques bien policés, est l'instruction et nourriture des jeunes hommes à l’estude des bonnes lettres, par lesquelles ils se rendent dignes et capables d’estre employés aux charges et fonctions publiques. Et lorsqu'ils peuvent acquérir ceste louable habitude dans leur pays natal et dans l'enceinte de leur ville, la commodité en est de tout plus grande, puisque avecque les sciences, ils sont eslevés à la cognoissance de ce qui est propre et nécessaire pour le bien de leur patrie. Et ayant esté priés par les Consuls, manans et habitans de la ville de Montauban, d’intercéder envers le roimonseigneur, pour
leur permettre de dresser ung collége, nous n’avons pas voulu seulement les assister de notre faveur envers sa Majesté, leur ayant esté accordé par elle de bastir ledict collége, ains nous l’avons voulu doter d’une pension annuelle et perpétuelle de 200 livres, en témoignage de l'affection que nous portons au bien, accroissement et esplendeur de la dicte ville. À ces causes, désirant qu'ils jouissent de l'effet de ceste nostre intention , nous mandons très expressément au trésorier et receveur général de nos maison et finances, présens et advénir, que, par le receveur général de nostre comté de Rodez et des premiers et plus clairs deniers de sa charge et recepte, doresnavant et par chascun an, aux termes de Noël et de Saint Jehan, par égales portions, il fasse payer aux Consuls, etc. Donné à Mazères le 6 décembre 1579. (Livre Baïülhonat , fo 165.) »
Nos archives ne nous apprennent rien de l’organisation intérieure de ce collége ; mais elles renferment plusieurs actes de vente des maisons sur lesquelles l'édifice fut construit. Ce fut le 14 octobre 1597, que la première pierre fut posée par les Consuls, à la suite d’une séance du conseil général, sur l’emplacement de Fhôpital de Parias : « Le conseil général de la ville convoqué à voix de trompe, et auquel se trouvèrent grand nombre et des plus notables habitans d’icelle, les Consuls exposent que la dicte ville avoit, par le bénéfice de nos rois, privilége d’ung collége, . avec les mesures, prérogatives , libertés et droits qu’ont les colléges des autes villes renommées du royaume; que le vray moyen de conserver la respublique est de façonner la jeunesse aux bonnes mœurs et sciences, maintenant que nous jouyssons d’une paix et repos publics ; ils ont advisé de dresser un bastiment pour servir à la demeure des écoliers et des régens , et ont choisy, de l’advis de plusieurs habitans , la maison dicte de Parias, comme propre et capable pour le dict édifice, et peut être prise en payant aux
Af
NOTES. | 581 pauvres la valeur d’icelle, à dire d’experts.... ayant la dicte maison esté démolie, le trentiesme du dict mois d'octobre, jour de vendredy, les fondemens d’iceluy’ collége furent jetés. Dieu par sa miséricorde veuille bénir ceste œuvre à l’advènement de sa gloire, bien et utilité publique (Livre Noir, fo 45.). Cet hôpital de Parias confrontait « devers le midy avec la rue appelée de Las Clotos, tendant de la Grande- Boucherie à la rue Court-de-Toulouse, et maison d’A. Déjean, faisant coing ; du couchant avec la dicte rue Court-de-Toulouse ; du septentrion avec la rue dicte de tras lou four del comte, ou de Gilaco, tendant de la Grande-Place à la rue Court-de-Toulouse ; et du levant avec maison de M. Jehan de Vicose, lieutenant principal de M. le Sénéchal (Livre Noir, fo 46).» Sept maisons furent achetées pour agrandir les locaux, et toutes ces acquisitions coûtèrent une somme de trois mille livres (Livre Noir, fos 47 et suivants.). |
Enfin un document de l’année 1600 nous fait connaître l’organisation complète du collége et de l’académie. Les attributions de chaque chef, le programme des cours, la discipline, les procédés même d’enseignement , tout y est réglé avec des détails, et souvent avec une sagesse qui nous ont décidés à le donner tout entier, malgré sa longueur.
« Lois et réglements de l’Académie de Montauban, dressés l’an 4600, au mois d'octobre, et publiés au grand temple.