AU NOM DE DIEU
Préface.— D'autant que les académies et colléges sont les ouvroirs où les esprits des hommes sont formés et façonnés, sont les sources et fontaines des facultés, disciplines et arts, l'académie qui se dresse à Montauban, par la permission du roi, à la requeste et supplication des églises réformées de France, sera composée de docteurs et professeurs publics en théologie, jurisprudence, médecine, mathématiques, langues hébraïque et grecque ; des professeurs qui enseigne-
ront, la physique, la logique , l’éloquence , la grammaire. Et parce que en toute société et compagnie est besoin d’avoir ung conducteur , seront créés en la dicte académie tant ung recteur, qui aura l'inspection sur toute la dicte académie et présidera aux assemblées académiques, qu’un principal qui aura soing du collége, où on enseigne les arts et lettres humaines.
Du recteur de l’Académie. — Le recteur de l’académie sera eslu et choisy d’entre les pasteurs et ministres de la parole de Dieu, résidant en la ville de Montauban, et professeurs publics, ou autres gens de qualité et charge. En la dicte eslection se trouveront seulement les pasteurs de l’église de Montauban, le principal et les professeurs publics ; et se fera la dicte eslection toutes les années, le premier jour de septembre. La dicte eslection faicte, sera présenté le recteur en la compagnie des intendans pour y prester le serment ; ce qui s’observera envers tous ceux qui auront charge et authorité en la dicte académie. ;
Le debvoir du recteur sera d’estre surintendant sur toute l'académie ; d’admonester le principal , régens et professeurs publics, quand en quelque chose ils manqueront à leur debvoir. ltem d’apaiser les querelles qui pourront s’eslever entre ceux qui enseignent et les escoliers , et le tout sur l’advis de la compagnie académique. Ztem garder les lois de l’académie, tenir le scel d’icelle , appeler les professeurs et régens à l'exercice de leur charge, convoquer les assemblées académiques , composées quelques fois des seuls pasteurs et professeurs publics , autres fois y appelant aussi les régens et précepteurs, selon qu'il verra estre à faire. Sa charge sera aussi d’assembler les escoliers et auditeurs tant publics que autres , pour leur faire les remontrances nécessaires. Il signera les titres de maîtrise , avec le principal et professeur en philosophie, il donnera témoignage aux gens d’estude, qui auront vescu en ceste académie.
Des professeurs publics en général.—Les professeurs publics, avant d’estre receus , seront examinés par deux ou trois lecons publiques, selon qu’il sera advisé par le corps de l’académie , en présence de MM. les magistrats et intendans qui seront advertis et priés de s’y trouver s'ils veulent. En la dicte académie, quand il sera question de l’examen et réception des professeurs en théologie, des ministres du colloque, sera aussi la dicte eslection approuvée par le synode de la province. Pour les autres professeurs la dicte académie appellera aussi ceux qui se trouveront sur le lieu, ou ès environs , les plus idoines et suffisans en la mesme science, pour avoir leurs conseils et advis.
Tant professeurs que régens sont exhortés à nourrir entre eux concorde vrayment chrestienne, et qu’en leurs leçons ils ne s’entrepiquent point les uns les autres. Si quelque différend survient, rapport en sera fait au conseil académique qui, sur son authorité, y remédiera ; après que le recteur, pour les professeurs publics, et le principal pour les régens, auront essayé d’apaiser le différend.
Les professeurs des langues liront deux heures : l’une le matin, excepté le mercredy , pour se trouver au presche et prières , l’autre l’après-disnée, excepté le samedy. Les autres lecons comme il sera dict ci-après. Et seront tous tenus , tant en faisant leurs leçons que se trouvant aux assemblées soit ecclésiastiques , soit académiques , de porter robes pour la bienséance; ce qui se doibt aussi entendre de tous ceulx qui enseignent au collége. Et seront tenus, tant professeurs que soubs-maistres et principal, de signer de leur main, à leur réception, la profession de foy receue ès églises de France.
Des professeurs en théologie. — L’ung des professeurs en théologie exposera, par tour, les livres de l’ancien et du nouveau Testament , qu’il proposera , ung chascun dans la langue en laquelle il à esté escrit par les prophêtes et apos-
tres, monstrant briefvement le vray sens du passage qu'il a en main, duquel il retirera les doctrines et réfutations qui y sont contenues. L'autre professeur exposera les livres communs de la théologie, estant nécessaire pour les nouveaux escoliers et apprentis de ceste science, que de deux ans en deux ans , ung sommaire de toute la théologie soit proposé et exposé dans ceste académie. Ils pourront aussi prendre les points controversés et les examiner exactement; ils exerceront leurs escoliers non seulement en propositions, tant en latin qu'en français, mais aussi par disputes, de quinze en quinze jours, ou, au plus long, de mois en mois. Les thèses quise proposeront ne seront point curieuses, ains confirmées par textes de la sainte escripture. Ceulx qui disputeront à l'encontre seront exhortés d’y apporter la révérence et la modestie que le subject requiert , afin que les points de la doctrine soient traités saintement et religieusement, toute audace de corrompre la parole de Dieu, pour faire valoir son opinion, et toute mauvaise contention et opinhastreté en estant bannie. Il y aura leçons quatre fois la sepmaine , sans y comprendre les jours de propositions et disputes.
Des professeurs en jurisprudence , médecine et mathématiques. — Le professeur en jurisprudence lira, en ceste académie, les institutes de Justinien et autres livres du droit civil, comme il sera advisé par le recteur et le professeur. Le docteur en médecine lira Hippocrate, Galien, et autres. Le professeur de mathématiques enseignera Euclide, Ptolomée et autres.
Des professeurs ès-langues hébraïque et grecque. — Le professeur d’hébreu enseignera la grammaire hébraïque toutes les années, et confondra Ia pratique, prenant quelque texte du vieil Testament qu’il jugera propre avec les préceptes. A la fin de l’année, il pourra exposer la grammaire chaldaïque et syriaque. Il exercera les escoliers, en leur baillant à chas- €cun , par rang, à tourner et exposer devant leurs condisciples, ung chapitre de la Bible.
NOTES. De.
Le professeur en grec exposera, des orateurs , Démosthène, Socrate, Eschine; des historiens, Theucidyde , Polybe ; des poètes, Homère , Pindare, Hésiode, Euripide, Sophocle ; des philosophes, Aristote, Théophraste, Platon ; des théologiens, Théodoret, Justin martyr , Gyrille, Chrysostôme , Basyle, Clément Alexandrin. 11 baillera l'interprétation en monstirant la términaison des noms, des verbes; et pourra s’estendre pour traiter sommairement la matière que son autheur lui fournira, sans obmettre de marquer les figures et ce qui est de la rhétorique et dialectique, selon qu'il se trouvera ès orateurs ou poètes qu'il aura en main. Il exercera ses escoliers par leçons et compositions , tant en oraison qu’en carme.
Du principal du collége.— Le principal du coillége sera eslu homme craignant Dieu, grave en toutes ses actions, doué de bon sçavoir, et principalement versé ès lettres humaines, propre aussi à faire une profession publique, estant du corps de l'académie. Il sera eslu et appelé en ceste charge tant par les intendans que conseil académique.
Son debvoir sera d’eslire gens suffisans pour enseigner en chascune classe, et les présenter à la compagnie pour estre examinés et receus. Ztem d’avoir l'œil sur les mœurs et la diligence tant des régens et maistres que des disciples ; de remonstrer, à tous, leurs debvoirs ; de présider sur les corrections qui se feront en la salle commune, toutefois, s’il est besoing, assisté du recteur et professeurs auxquels il rapportera les difficultés qui surviendront. Et ne sera licite aux régens de ne rien attenter de nouveau sans son congé. Il se tiendra au collége et recepvra en pension les régens non mariés, qui seront tenus y faire leur demeure.
Des régens. — Les régens promettront, s’ils sont trouvés capables, de servir au moins deux ans ; et n'ayant volonté de servir plus long-temps, advertiront le principal trois mois avant leur despart , comme aussi le principal , avec ladvis
del’académie, ne pourra les congédier sans les avoir advertis trois mois plus tosi. Ils se trouveront de bonne heure en leur auditoire, et ne s’exempteront point des leçons qui leur sont ordonnées, sans juste raison, et qu'ils n’aient pourveu à leur remplacement par un substitut, ayant premièrement adverti le principal , sauf que ce soit par maladie » auquel cas le principal y pourvoira. En lisant ils garderont une gravité modérée en toute leur contenance. Ils enseigneront leurs escoliers, devant toutes choses , d'aimer Dieu et hayr les biens. 1ls mettront peyne à expliquer fidellement le sens des autheurs qu'ils liront, sans charger les escoliers de longues démonstrations et escrits.
Leur debvoir est de tenir les enfans en silence, de reprendre les rebelles, nonchalans, vicieux, et les chastier selon leurs démérites. Qu’'eux-mesmes ne sortent point, et qu'ils empeschent, tant qu’il se pourra, que leurs escoliers sortent de leur auditoire qu'après que la cloche aura sonné, et que les leçons seront finies. Tous les régens liront cinq heures du jour, savoir, l’esté, en commençant à Pasques, le matin depuis sept heures jusqu’à neuf; après dinée de doutze jusqu'à une, et le soir de trois jusqu’à cinq; en hyver, le matin depuis huit heures jusqu’à dix, et l'après dinée le même ordre sera gardé qu’en été. Le mercredy ny aura qu'une heure de leçon, despuis doutze jusqu’à une. Le samedy l’eschole cessera, les deux heures du soir: le matin sera employé à répéter ; à midi, les escoliers disputeront classe contre classe ; à savoir , les physiciens contre les logiciens , les premiers contre les seconds, et ainsi dans toutes les classes. El y aura au temple un siége pour le recteur, principal, professeurs et régens de l’Académie.
Des philosophes. — Les professeurs de philosophie exposeront au commencement des cours, avec la plus grande facilité'qu'il se pourra, ung abrégé de toute la logique, et après tout l'Organe d’Aris tote, y comprenant l’Isagage de Porphyre
NOTES. 387 Hs jiront, l'après dinée, les Étiques du méme Aristote, et ad Nicomachum ; de la logique ils passeront à la physique et métaphysique du mesme auteur, qui sera suivi de la sphère de Sacrobosc. Ils exerceront leurs escoliers par disputes, et leur feront faire des leçons exposant les textes d’Aristote en grec, et montrant le sens d’iceluy, et sera loisible à leurs compagnons de disputer contre l'explication donnée.
De la première classe. — Ye modérateur de la première classe lira, le matin, quelqu’une des plus belles oraisons de Cicéron, telle qu’est celle pro Milone, la philippique seconde , celle pro domo sud; Tite-Live, l’histoire de Rome; les Tusculanes de Cicéron, et alternativement les partitions d’oratoire, et les topiques du mesme Cicéron. Qu'il lise, à midy, Démosthène, Socrate, Hérodote, Polybe, Homère, Hésiode ; après midy, il exposera Juvénal , Perse, Virgile, Horace, les fastes d’Ovide, la paraphrase de Buchanan sur les Psaumes. Les préceptes de rhétorique doibvent estre soigneusement marqués, tant en oraisons qu’en poèmes. Il fera déclamer , une fois le mois, alternativement ung poème et une oraison qui aura esté faite par quelqu'un de ses disciples. Sur la fin de l’année, il pourra lire quelque abrégé de dialectique conforme à la méthode de l’Organe d’Aristote.
De la seconde classe, — En la seconde classe, au matin, au commencement de l’année, se liront les plus faciles oraisons de Cicéron, l’histoire de Salluste, de Justin et les paradoxes de Cicéron ; et, sur la fin de l’année, le régent exposera la rhétorique, comme le quatrième livre de la rhétorique ad Herennium, et la rhétorique de Tholena.
Seront exposées en ceste classe les oraisons de Démosthène et Xénophon, Virgile, Horace et les métamorphoses d’Ovide. Les escoliers doibvent estre exercés en composition de thêmes et amplifications , tant en oraison qu’en poème. On leur baillera un subject sur lequel ils travailleront, quelquefois sur-le-champ, quelquefois à la maison.
De la troisième classe. — Le régent de la troisième classe enseignera , le matin, les offices de Cicéron, les livres de amicilid, et de senectute, les commentaires de Cæsar; et à doutze heures, la grammaire grecque avec les oraisons paraxétiques d’Isocrate, quelques dialogues choisis de Lucien, les fables d’Esope; et, après midy, la quantité des syllabes, les bucoliques de Virgile, les livres de Tristibus et de Ponte d’Ovide. On exercera les enfants en compositions de thêmes et à faire quelques distiques.
De la quatrième classe, — Le précepteur de Ia quatrième classe lira les épistres familières de Cicéron, et monstrera les préceptes de la syntaxe en leur perfection ; à midy, i} apprendra aux enfans à lire en grec, à décliner et conjuouer le plus simplement que faire se pourra. Au soir il exposera quelques comédies de Térence, ou les épistres d’Ovide, et y proposera aux enfans des thêmes faciles, sur le patron des épistres qu’ils verront, avec la quantité.
De la cinquième classe. — Le maistre de la cinquième classe tournera du latin en français, quelques épistres sélectes, c'est-à-dire les plus brièves et faciles de Cicéron; à midy ,'il fera voir les genres et déclinaisons des noms, et les prétérits des verbes ; le soir, on lira les dialogues de Vibes et les colloques d’Erasme. Les enfans commenceront à prendre dé petits thêmes pour composer , et on leur exposera les plus simples rudimens de la syntaxe, tels qu'ils sont en la grammaire de Mélancthon , et ez rudimens commungs.
De la'sixième classe. — Celui qui aura Îa charge des enfans de la sixième classe leur enseignera , ez six premiers mois de l’an, au matin , les déclinaisons et conjugaisons ; ez autres mois les colloques de Cordier ; après midy, il leur fera apprendre les petits rudimens, et leur éclaircira gros sièrement toutes les parties de l’oraison, et commencera de leur faire dire et composer de petites phrases en latin; le soir, les enfans réciteront les distiques de Caton.
De la septième classe. — Le sous-maistre de la septième classe enseignera les petits enfans à lire, non seulement en françois , mais aussi en latin, leur baïllant, pour patron, les déclinaisons , les distiques de Caton; et ceux qui seront en l’aige (sic) commenceront d'apprendre à escripre.
De la salle pour les classiques. — En la salle y aura deux maistres. L’ung escrivain, qui baillera exemples pour bien peindre et escrire, aux sixièmes, cinquièmes, quatrièmes et autres ; il verra leurs exemples et les corrigera. L'autre maistre sera chantre, et enseilgnera la musique aux escoliers classiques, et montrera aux plus petits à chanter les psaumes.
Des escoliers publics. — Les escoliers publics et passés maisires ès arts, qui viendront pour estudier en théologie ; jurisprudence, médecine et ez langues seront tenus de se présenter au recteur, pour faire inscrire leurs noms, et estre mis au rang des estudians ; lesquels promettront et signeront de se porter modestement et en la crainte de Dieu, de vaquer diligemment à l’estude, de se soumettre à l’ordre establi en ceste académie, de rendre obéissance, et porter révérence aux recteur et professeurs. Les escoliers publics et autres, faisant profession des lettres , ne pourront enseigner à l'heure des leçons du collége et destourner les enfans d’y venir.
Des escoliers classiques , en ce qui regarde les exercices sacrés. — Tous les escoliers, faisant profession de la religion réformée, se trouveront au temple le mercredy matin et le dimanche, pour ouyr la parole de Dieu, assis ez places qui leur sont assignées et escoutant attentivement, chanteront et prieront avec révérence. Les absens par négligence à ouyr la parole de Dieu, et ceux qui caquètent pendant le sermon et prières, ceux qui sortent immédiatement en criant et sans garder aucun ordre, seront réprimés et chastiés au collége, selon le démérite. Les régens se trouve-
ront au temple de bonne heure, afin que chascun prenne garde sur ses escoliers, et se mettront en leur banc.
Despuis la première classe jusqu’à la dernière tous respondront par rang, au catéchisme qui se fait chasque dimanche au temple. Tous les escoliers s’assembleront le samedy après les disputes en la salle commune , où le principal, avec les régens , fera réciter les sections du catéchisme qui debvra estre exposé le dimanche après, afin de faire préparer ceulx qui doibvent respondre, et pour leur exposer familièrement le sens d’icelle ; et ce fait ,les respondans réciteront le petit catéchisme, l’oraison dominicale, la confession de foy et les commandemens de Dieu.
En tous les auditoires et classes, les leçons se commenceront par la prière, que le dixenier prononcera dévotement , et se finiront aussi par action de grâces.
Le vendredy devant la cène, à l’heure de la classe de vespres, quelqu'ung des ministres ou professeurs en théologie fera une petite déclaration de la sainte cène , en la salle
.commune, exhortant les auditeurs à craindre Dieu , porter honneur et respect à leurs parens et maistres, et à vivre entr eulx en concorde; et à toutes les cènes l’escole cessera, le samedy devant et le lundy après.
Des escoliers en ce qui touche les exercices pour les lettres.— Les escoliers seront exhortés de venir au collége avec des robes , autant qu’il se pourra faire, et les régens leur serviront d'exemple.
Les escoliers, étudians en philosophie , les premiers, les seconds, troisièmes et quatrièmes ne parleront que latin en classe et dans le collége, et ailleurs quand ils seront avec les professeurs et régens.
Els se trouveront de bonne heure, devant ou durant le dernier coup de cloche, chascun en sa classe, et attendront leurs régens en silence; et à l'issue de la leçon sortiront sans crieries et bruit, après le signal donné.
Les escoliers en chasque classe seront partis par dixaines et chasque dixaine sera ordonnée selon que chaseune aura profité, que chasque dixainier soit assis le premier en la dixaine, et qu’il y soit comme surintendant.
Les escoliers des classes au-dessoubs de la seconde escriront le texte de leurs leçons de leur main ; il sera vu et corrigé par les régens, s’il y a faute en l’orthographe ; et tous seront tenus de réciter par cœur les dicts textes.
Des corrections.— Les chastimens publics, pour délits notables, se feront au son de la cloche, en la salle commune, à la sortie des classes ; le principal et tous les régens seront présens, et fera le dict principal l’admonition telle que le cas requerra. Et, si besoing est, le recteur et les professeurs seront priés d’y assister et y donner, leur jugement.
Tous les escoliers , tant ceulx qui estudient la philosophie que-ceulx des autres classes , seront subjects au chastiment de la verge par leurs professeurs , régens et principal, s'ils s’en rendent coulpables , jusque tant qu’ils soient passés maistres.
Les escoliers négligens et débauchés , qui auront follement. perdu leur temps, qui au lieu de sçavoir n'auront rien appris, seront nommés publiquement et renvoyés à une classe plus bas. |
Des promotions.— Il y aura de deux sortes de promotions. L’une en chasque classe qui se fera de mois en mois; en Iaquelle , le premier mercredy, les régens depuis la première jusqu’à la sixiesme inclusivement, bailleront des thêmes à composer à leurs escoliers, qui les rendront avant que sortir, entre les mains de leurs régens , qui les corrigeront, le lendemain, aux heures des leçons , tout hault ; et ceulx qui auront le mieux fait seront assis devant leurs compagnons, et nommés les premiers au catalogue.
Les promotions publiques , pour changer de classe, se feront une fois l’année seulement, et ce, Le jour qu’on don-
uera les vacations; on gardera cet ordre : trois sepmaines avant , le recteur, à sept heures du matin , en la salle commune, proposera à tous les escoliers , qui seront rangés par classe, ung thême en français , duquel les sixiesmes et les cinquiesmes prendront seulement quelques lignes, les quatriesmes et troisiesmes environ la moytié, les premiers, et seconds le prendront tout entier ; et s’estant retirés en leurs classes, sans avoir aulcung livre , le tourneront en latin. Et afin qu’il ne se puisse faire aulcune fraude, le régent de la seconde classe présidera sur les escoliers de la première et celuy de la première sur ceulx de la seconde, et ainsi des autres. Les régens ayant recueilli les thêmes les remettront fidèlement ez nains du principal. Le lendemain et autres jours , le recteur , avec le principal et les professeurs publics, examinera les thêmes de chasque classe , et, ouys les régens , déterminera à quel degré et à quelle classe doibvent estre avancés chascun des escoliers.
Des prix pour chasque classe.— En la première classe y aura trois prix, ung pour l’oraison, l’autre pour le poème, le troisième pour le grec; en toutes les autres classes y aura seule: ment deux prix, pour les deux qui seront trouvés plus diligens et sçavans. On baillera des livres pour prix, et à la sixiesme classe deux escritoires dorés. Ils seront donnés publiquement par MM. les Consuls, au grand temple, en la présence de tous les escoliers qui y seront conduits par toute l’académie ; et ceulx qui serout promus d’une classe à l’autre seront nommés par le scribe.
De la maistrise ez-arts.— Ceulx qui estudient la physique et doibvent passer maistres ez-arts seront examinés publiquement, suivant les thèses qu’ils auront proposées huit jours avant, et recevront le degré de maistres ez-arts, au temple, par l’académie. Ceulx qui ont estudié en la logique: seront aussi examinés, en l’auditoire public, devant qu’estre bacheliers, ee qui se fera après les vacations de septembre; et n’y
NOTES. 395 aura point de disputes publiques en philosophie que ceste fois.
Des vacations. — Il y aura vacations deux fois l’année , à sçavoir : deux jours avant la cène de pasques et huit jours après. [tem en septembre, durant trois sepmaines. Devant que les donner on priera MM. les magistrats de se trouver au temple où seront publiées les lois de l’académie, et où le recteur louera en peu de paroles les escoliers qui auront bien estudié, pour leur donner meilleur courage, et afin que les autres soient incités , à leur exemple, à travailler. Les escoliers qui estudient la langue hébraïque et grecque et ceulx de la première et seconde classe se prépareront à déclamer quelques oraisons et poèmes, les uns en hébreu, les autres en grec, les autres en latin. Après cela, les prix ayant esté donnés, lPassemblée sera remerciée par le recteur, et actions de grâces seront rendues à Dieu par quelqu'ung des ministres de la parole de Dieu.
Les dicts articles ont été délibérés et arrestés par les intendans de l’académie de Montauban, le 25 décembre 1600 : DE Vicose, lieutenant; DE PECHELS , Consul ; CONSTANS , BARRAU, DE LAPORTE, BERNARD, Consuls ; E. CoNsTaANS, P. BARDON, P. Leczerc, BERAUET , pasteurs ; TENANT, BENOIST, ministres; SERRES, professeur en théologie ; GARDES: et LECLERC. CONS- TANT, notaire. » (Livre Noir f.0s 63 et FR )
Ce règlement Fer fournir matière à d’importantes considérations et à d’utiles comparaisons de notre époque avec les temps anciens ; mais ce n’est pas un livre de doctrine que nous écrivons, et l’esprit du lecteur, ami de son pays, saura suppléer à notre silence. Nous ne pouvons cependant nous dispenser de faire une remarque : Durant les deux derniers siècles notre ville n’a pas été sans jeter quelque éclat dans les lettres ; elle à vu son commerce étendu au loin, son industrie sûre et prospère; n’a-t-elle pas dû ces succès principalement aux soins qu’elle s'était donnés pour mettre
l'instruction à portée de tous ses enfans? En 1600 , il y avait à Montauban des cours publics de philosophie, de langues savantes, de jurisprudence, de médecine, de physique, et aujourd’hui, 1842, lorsqu’autour de nous tout marche à grands pas, jusqu'où avons-nous reculé ? — | Après que les catholiques furent rentrés à Montauban, en 1629 , à la suite du cardinal de Richelieu, l’évêque réclama l'exercice du droit, que lui avaient conféré les lettres-patentes d'Henri III, de nommer les régens du collége; mais les protestans s’y opposèrent de toutes leurs forces, prétendant que ce droit était prescrit, puisqu'il n’avait pas été exercé depuis cinquante ans. L’intendant de Verthamon tàcha de concilier tous les intérêts en décidant que l’évêque ferait les nominations, si les calvinistes ne consentaient à contribuer pour une part proportionnelle à la construction d’un collége spécial pour les catholiques. Mais trois ans après ils se décidèrent à céder la moitié de leur collége aux jésuites. Ce voisinage de deux écoles où l’on enseignait des principes entièrement opposés, occasiona de fréquentes querelles entre les étudians , qui souvent en vinrent aux mains, et mirent toute la ville en émoi. Perrin raconte ainsi une violente émeute qui eut lieu au mois de juillet 14689 : « Les écoliers catholiques avaient dressé un théâtre dans le dessein de représenter une action tragique; les proposans calvinistes, jaloux de ces exercices , réunis aux restes de l’académie, en demandent la démolition avec menaces, ayant pour capitaine le ministre Gaillard, qui estoit tout en feu. Les Consuls de l’une et de l’autre religion accourent au collége , ainsi que les officiers du présidial ; mais ils tächèrent en vain de pacifier le désordre. Les chaperons catholiques et l’autorité présidiale furent si fort dans le mespris, que Gaillard eut la hardiesse de les morguer. Un des syndics fut battu, et plusieurs furent blessés et poursuivis à coups de pierres jusqu’à l’autel de la vierge, la messe mes-
NOTES. 395 me s’y disant. Les messieurs du présidial en firent un prisonnier ; mais cela ne retint pas ces insolens qui, sous la conduite de Gaillard et de Verdié , son collègue , se rendirent, avant une heure, au collége avec leurs épées, pour démolir en enragés, le théâtre, pour briser les ais et les jeter dans les puits, pour maltraiter encore les pères jésuites, qui se voyant assiégés dans leur maison, furent obligés, pour appeler du secours , de se servir de leurs cloches » (pag. 250). C’est à la-suite de cet évènement que l'académie protestante fut tranférée à Puylaurens , et que lé collége tout entier fut donné aux jésuites, sur l’ordre exprès de Louis XIV.
Ce serait une étude pieuse et utile que la recherche des travaux qu’accomplit l’Université de Montauban; nous faisons des vœux pour qu’on les tire enfin de l’oubli où ils sont restés. | |
Nous avons dit (tom. 4er, pag. 388) que les Consuls étaient en droit de se nommer les uns les autres , et ce que raconte Le Bret (pag. 99 du présent volume) paraît , au premier coup-d’œil , contredire notre assertion. Cependant les témoignages des documens originaux déposent, avec tant d’unanimité, en faveur du droit que nous avons attribué aux Consuls, qu’il faut, croyons-nous, admettre la nécessité d’une rectification dans la phrase de notre historien. Il a voulu dire probablement que les Consuls de l’année 1598 violèrent les règlements, soit en nommant leurs successeurs, hors de la présence du peuple, si cette ancienne coutume était encore observée ; soit en procédant à l’élection, sans la participation des Conseillers politiques, qui devaient les assister dans cette opération. Nous ne pensons pas que les discussions,
survenues entre les Consuls et le peuple, en 1598, aient eu une autre cause que celle que nous indiquons ici; et, par conséquent, nous engageons le lecteur à ne pas se méprendre sur la valeur des mots, concours du peuple, liberté des suf- frages. |
Avant les guerres de religion, les sénéchaux avaient essayé d'intervenir dans la nomination des Consuls, au mépris de nos vieux et constans priviléges. Ce fut une tentative de ce genre qui donna lieu, en 1493, à la création des conseillers politiques. On peut croire qu'ils furent destinés à représenter le peuple, dont la présence dans les élections consulaires, entrainait des inconvéniens, plus d’une fois signalés dans notre histoire. Voici l'arrêt que le parlement de Toulouse rendit à cette occasion :
€ Entre Pierre Vernhet, suppliant, demandeur et deffandeur d'une part, et Ramond Garin, deffandeur et demandeur, d'autre; et entre le syndic des populaires, manans et habilans de l'honneur et consulat de Montauban, hors les murs de la ville, demandeurs et deffandeurs d’une part ; et le syndic des manans et habitans de la dicte ville, deffandeurs et aussi demandeurs, d'autre , ditia esté, en tant que le séneschal de Quercy, ou son lieutenant , a esté distraict de la nomination et eslection du consulat du dict Montauban , le sieur Pierre Vernhet, populaire, demeurant et habitant dedans les dicts honneur et consulat de Montauban, hors la dicte ville : au lieu du dict Vernhet, a mis le sieur Garin, habitant d’icelle ville; — Icelluy séneschal, ou son lieutenant, a mal procédé, ordonné et appoincté : et a cassé, révoqué et annullé la cour, l'ordonnance du dict séneschal, ou son lieutenant, sur ce donnée, et tout ce qui s’en est ensuivy. Et, pour réparation, a ordonné et ordonne, que le dict Pierre Vernhet sera mis au nombre des six Consuls du dict Montauban de l'année prochainement venant , qui commencera le jour de la feste dela translation de Monsieur saint Nicolas, et a condampné et condampne la cour, le dict Ramond (rarin aux despans d’icelle instance, la taxation d'iceux réservée
par devers elle. Et au surplus, veues les ordonnances et privilèges du roy Philippes (VI), faictes et octroyées aux manans et habitans de la dicte ville de Montauban , consulat et honneur d’icelle” l'an mil trois cens vingt huict, au mois d'avril, et aussy par le roy Charles septième ; ensemble l’enqueste fuicte en ceste cause par ordonnance de la dicte cour, — dit aussy aesté, que dorsanavant, à chascune nomination et eslection des nouveaux Consuls de Montauban, chascun des vieux Consulz de l’année précédante sera tenu d’avoir et mener avecques luy quatre notables hommes de sa gasche et consulat, pour, comme conseillers, estre présans et oppinans aux iceux vieux Consulz, à la dicte nomination et élection des nouveaux Consulz, desquels, qui ont accoutumé estre et sont six en nombre, les trois seront des bourgeois de la dicte ville de Monlauban, au nombre desquels seront comprins les nobles, clercs et marchans d’icelle ; et les trois autres, des populaires, au nombre desquels seront comprins les méchaniques, habitans de la dicte ville; desquels trois populaires, l’un sera tousiours des forestains populaires, demeurans dans les dicts honneur et consulat, et hors la dicte ville de Montauban, laboureur, homme de bien et honneste ; lequel Consul, pendant l’année de son consulat, sera tenu de demeurer, habiter et faire continuellement résidance dedans la dicte ville, comme ung des autres Consulz habitans d’icelle, et soi porter honnestement. Et quand viendra à la fin de la dicte année de son consulat, aura avecques luy quatre laboureurs, gens de biens d'iceux populaires, demeurans hors de la dicte ville, pour estre nommés, comme dessus est dict, conseillers à lanominationet élection des nouveaux Consulz de l’année ensuyvant. Tous lesquels vieux Consulz, avecques leurs conseillers, qui seront en nombre trente, seront tenus, avant qu'ils procèdent à la dicte nomination et élection, jurer solennellement de bien et loyaument nommer et eslire. Et ce faict, tous ensemble procéder à icelle nomination et élection de nouveaux Consulz; et, en ce faisant, conclure à la plus grande oppinion des dicts nominans et eslizans, jouxte et en suyvant les formes et teneurs des dites ordonnances et priviléges. Prononcé à
Thoulouse en parlement, le huictième jour de may, l'an mil quatre cens nonante trois. » Livre Jaune, À, fo LXI (*).
Après les guerres religieuses , les gouverneurs de la province, à l'exemple des sénéchaux, essayèrent d’ébrêcher nos libertés municipales ; mais sans plus de succès, excepté pourtant en 1642, commeilest dit au chap. XIV.
Précédemment, en 1632, le pouvoir avait fait plus que désigner aux suffrages les hommes qu’il désirait voir revétus de la puissance consulaire : il les avait nommés sans aucune participation de la cité. Il faut dire cependant que l'élection des Consuls de cette année avait contrevenu ouvertement à l'ordonnance royale qui mi-partissait le consulat. On avait élu six protestans. Le roi envoya deux commissaires sur les lieux, Nicolas de Rabaudy et Samuel d’Escorbiac, conseillers au parlement, pour faire exécuter l’ordonnance. Les deux commissaires cassèrent l’élection, créèrent de nouveaux Consuls, les installèrent, et, séance tenante, nommèrent les quatre-vingt-dix membres du conseil-générgl. Le procès-verbal de ce coup d'état est consigné, tout au long, dans le Livre Jaune, A. fol. XCIX.
L’ordonnance de 1564, qui mi-partit le consulat, n’apporta aucun changement dans sa constitution. Elle ne fut d’ailleurs exécutée que pendant les années 1565 , 1566 et 1567. À partir de cette dernière année, les catholiques n’eurent plus aucune part dans les affaires de la commune, jusqu’en 4632. L’arrêt de 1364 fut alors renouvelé (Liv. Jaune, À, fol. XCVIL verso ), et s’exécuta jusqu'en 1661; à cette époque, les protestans furent pour toujours exclus du consulat, en vertu de l’ordonnance donnée par le marquis de Saint-Luc, lieutenant-général de la province de Guienne.
« Ayant été donné connoïissance au roy de divers sujets de plain-
(”) On ne trouve plus de Consul forestain ou paysan, à partir de l’année 4665. Le dernier fut Antoine Anûrieu, dit Paurt.
tes de la part des catholiques de cette ville de Montauban, notamment de la violence qui leur était faite dans les assemblées de la Maison-de-Ville, par ceux de la religion P. R. qui avotent droit d'y oppiner, en ce que, se prévalant du plus grand nombre, ils leur 6toient l’entière liberté des suffrages, dont d arrivoit bien souvent des suites fächeuses , en telle manière que les désordres, qui ont été commis dans la dicte ville depuis quelque temps, sont venus de cette contrainte et de la difficulté où étoient les magistrats catholiques de rien entreprendre pour les réprimer, specialement lorsqu'il a été nécessaire d'exécuter les ordres de Sa Majesté, les Consuls de la dicte religion P. R. ayant toujours mis en délibération, dans des assemblées tumultueuses , l’obéyssance qui devait étre rendue à ce qui leur étoit ordonné de la part du roy; sur quoy,® a plu à Sa Majesté de nous commander de nous rendre en cette ville, pour y établir le respect et là soumission que les habitans de la dicte R. P. R. doivent à son autorité, y faire chastier les coupables, et d'y donner plusieurs ordres pour y entretenir, à l'avenir, une parfaite correspondance entre les habitans de l’une et de l’autre religion; et d'autant que le mi-partiment des Consuls et de leurs conseils généraux ct particuliers de l’Hôtel-de- Ville a donné sujet à la pluspart de ces emportemens , Sa Majesté a ordonné de mettre ces charges entre les mains des catholiques, et d’en priver, à l'avenir, ceux de la R. P. R., suivant le règlement que nous jugerons à propos;
« Nous, marquis de Saint-Luc, etc., etc., sous le bon plaisir du Roy, de l'avis de M. Hotman, intendant, avons ordonné et ordonnons ce qui s'ensuit ;
« Que le consulat sera rempli de six personnes faisant profession de la religion catholique, apostolique et romaine, lesquels exerceront leurs charges pendant deux années.
« Il sera procédé chaque année, au premier jour de l'an, suivant la coûtume, à l'élection de trois des dicts Consuls ; pour cet effect, celuy qui sera élu au second rang sera officier du présidial, trésorier de France, receveur général , gentilhomme, officier élu,
ou bien advocal ancien, qua aura été deux autrefois ès dites charges; le quatrième sera advocat, bourgeois ou marchand notable ; le sixième, artisan de la ville ou laboureur, taillable de la jurisdiction, sans que ce dernier puisse étre chargé de la levée des deniers TOYAUT. |
« Les syndics seront au nombre de trois, l’un de robe longue, qui sera catholique, et deux de robe courte, dont l’un sera, sous le bon plaisir de Sa Majesté, pour bonnes considérations et par permission seulement, de la religion P. R.
« Le conseil général de la dite ville sera composé de quarante des principaux et plus considérables habitans, de chaque condition à proportion, et de deux officiers du présidial pour le moins; du quel conseud, les trente seront catholiques, compris en iceux un député de chaque chapitre, outre le remier vicaire-général de M. l’évéque de Montauban, qui sera hors du dit nombre de trente ; et les dix autres seront de la R. P. R. sçavoir, huit de chaque gasche, six catholiques et deux de la R. P.R., qui serviront chacun deux années ; et pour cet'effect, sera procédé, chaque année, à la nomination de vingt personnes du dit conseil, sçavoir, quinze catholiques et cinq de la R. P. R., à raison de trois catholiques et d’un dela R. P. R., afin de tenir la place de ceux qui sortiront , après avoir servi deux années. Le sieur juge-mage présidera et oppinera au dit conseil (*). |
« L'élection consulaire se fera dans le conseil de ville... Et, pour composer le dit conseil, les Consuls prendront vingt-quatre conseillers du nombre des quarante du conseil général, desquels vingt-quatre, il y en aura dix-huit catholiques et six de laR. P. R. Ils se réduiront entr'eux, à la pluralité des suffrages, à douze, desquels il y en aura trois de la R. P. R.,et les autres neuf seront
(") Les calvinistes ne profitèrent de cette disposition que jusqu’en 1679. Cette année, un arrêt du conseil d'état, donné à Saint-Germain-en-Laye, le 2 janvier, ordonna « que ceux de la R. P. R. seraient exclus pour toujours du conseil général et de celui de police. » Liass. 51.
NÔTES,. A01
catholiques. Lesquels douxe, avec le Juge-Mage et les Consuls, procèderont à la nouvelle élection.
» Le conseil de police sera composé de seize personnes, sçavoir, douze catholiques , et quatre dela R. P. R.....
» À l'égard des syndics, trésoriers, directeurs et autres officiers de l'hôpital, ils seront tous catholiques... Fait à Montauban, le 45 octobre 1661. » Archives de l'Hôtel-de-Ville, liass. 49.
Quelques années plus tard , en 4677, Louis XIV, en renouvelant la précédente ordonnance, réduisit à quatre le nombre des Consuls , les exempta des tailles pendant l’année de leur charge, et accorda 300 liv. au premier, 200 au deuxième, et 450 au troisième et au quatrième, « tant pour leurs gages, que pour leurs robes et chaperons » (20 janvier 4677). L'article 4Â de cet arrêt contient une disposition qu'il serait bon de faire revivre : « Le pain et la viande ne pourront augmenter de prix qu’en vertu d’une délibération du conseil de police, laquelle demeurera écrite et signée sur le registre par tous les délibérans, après que vérification aura été faite de la nécessité de faire ladite augmentation. »
La commune montalbanaise provoqua elle-même , en 4449, la réduction du nombre de ses Consuls ; nous n’avons pas trouvé qu'une pareille provocation eût déterminé celle de 4677. Charles VII mit presque des larmes dans son ordonnance ; Louis XIV décréta tout court : « À l'avenir, le Consulat sera rempli de quatre personnes. » Il est vrai qu'il allait alors dicter à l’Europe humiliée la glorieuse paix de Nimègue.
Le Bret a dit un mot des visites que les nouveaux Consuls étaient obligés de faire, après leur élection (tom. 4er, p. 409). Nous avons pu recueillir, à ce sujet, quelques petits détails, qui, sans importance au point de vue historique, en auront peut-être pour ceux des lecteurs dont la mémoire ramasse pieusement tous les souvenirs locaux.
La première visite était faite à l’évêque. « Bien que l’on soit
certain que bien souvent il ne soit pas chez lui — porte un de nos registres — on ne laisse pas d’y aller. » La seconde était faite à l’intendant; la troisième au premier président de la cour des aides. Venaient ensuite les présidens de la même cour, le doyen, les gens du parquet, etc., etc. Ceuxci voyaient venir les Consuls revêtus seulement du chaperon. L’honneur de la robe consulaire était réservé aux personnages qualifiés du titre de monseigneur. |
Des discussions s’élevèrent bien souvent à l’occasion de ces visites. Ce fut, presque toujours, avec MM. de la cour des aides, qui se plaisaient à taquiner les Consuls, que ceux-ci eurent à démêler de cérémonieuses querelles. Tantôt c'était un simple président (M. de Molières, en 1710) qui voulait du monseigneur ; tantôt un avocat-général (M. de Lacaze, en 1705) qui, se trouvant à la campagne le jour de l'élection, prétendait, de retour en. ville, avoir droit à la visite que les Consuls lui refusaient, disant « qu’il aurait pu se trouver chez lui, lorsqu'ils s’y présentèrent , et que cette absence avait été affectée pour s’attirer une seconde visite. » Alors le conseil de la commune s’asseinblait, on délibérait longuement, les registres étaient chargés de verbeuses protestations ; et, à la fin, survenait un arrét du parlement de Toulouse ou du conseil d'état.
Rien de plus minutieusement réglé que le cérémonial observé par les Consuls, dans les différentes occasions où ils avaient à se produire. Nous avons retrouvé une foule d’arrêts qui entrent, à cet égard, dans les plus petits détails. C’est surtout pour l’endossement de Ia robe consulaire que les ordonnances se montrent précises. Les Consuls devaient la revêtir, quand ils portaient le dais aux processions du troisième dimanche de chaque mois ; à la procession du jour des Rameaux, de la Fête-Dieu, le Vendredi-Saint, à l’adoration de la croix, les jours de Pâques et de Noël, pour communier à la grand’messe, etc., etc. « Quand il ya un
NOTES. 403 Te Deum, pour la naissance des fils de France, pour des prises de ville ou gain de batailles, le gouverneur ou lieutenant du roy dans la province écrit aux Consuls; Monseigneur l’évêque leur envoie un exemplaire de son mandement. Alors, sortant de l’Hôtel-de-Ville où ils s'étaient assemblées, revêtus de leurs livréés consulaires, avec le corps de la jurande, précédés du trompette, des tambours et des gardes portant leurs hallebardes , ils vont à l’église en bon ordre ; et après le Te Deum, ils sortent avec la même cérémonie, se rendent à la place publique; et, ayant fait Ventier tour des couvertes, vont mettre le feu au bûcher, et ensuite s’en retournent dans le même ordre à l'Hôtel-de- Ville. » Arrêt du 10 octobre 4664. La MR GENE
« Le jour du Jeudi-Saint, MM. les Consuls doivent faire Ia quête , revêtus de leurs robes et chaperons, trois à la chapelle de l’Hôtel-de-Ville pour les prisonniers: et trois à l’entrée de la chapelle de l’hôpital pour les pauvres. » Ibid.
On remarque la même précision dans les arrêts relatifs aux présens , que les Consuls étaient tenus d’offrir aux personnes de distinction qui venaient à Montauban. Avant les guerres de religion, ils présentaient à l’évêque « un veau, une paire de chapons, cinq charretées de boys et quelques pièces de vin. « Le lundi, 22 juin 1665 , il fut délibéré qu’à l'avenir, « lors de l'élection consulaire, afin de distinguer Yhonneur que les Consuls doivent plus particulièrement rendre au seigneur évêque , ils lui feroient présent, après la visite, de six flambeaux de cire blanche , douze boëtes de confitures, et douze bouteilles du vin le plus exquis qu'on pourroit trouver ; le tout devant tenir la place du veau, des chapons et le reste du présent ancien. » |
Dans la longue liste des Consuls, qui administrèrent pendant six siècles la commune de Montauban, nous n’en avons trouvé qu’un qui ait subi une condamnation infàmante, pour cause de conCussion. Retenu d’abord prisonnier « ès prisons
du présidial de Villefranche , » le sieur B....., premier Consul en l’année 16... , fut ramené à Montauban, où l’intendant Foucault, sur les conclusions du procureur du loi; rendit contre lui une sentence qui le déclarait « dûment convaincu de malversation, concussion et péculat, par luy commis en la fonction de Consul ; pour réparation de quoy, il est banni, pour trois ans, de la généralité de Montauban, et déclaré indigne de tenir aucunes charges de judicature publique et particulière ; enjoint luy est de garder son ban
sous peine de la vie; et aussi que les armes dudit B...… seront biffées et rompues dans les lieux de la maison de ville de Montauban, où elles se trouveront. avoir été mises..... »
En 41285, les Montalbanais ayant porté plainte à Philippe IV contre leurs Consuls qui « menoient vie licencieuse , » le roi ordonna au sénéchal , Pierre de Barber , de les réprimander sévèrement, et de les remplacer par d’autres, s'ils ne s’amendaient point. — Livre Rouge, f.0 XLVI.
Pour terminer cette note, et faire mieux comprendre au lecteur les dispositions des ordonnances de 14495 et de 1661, que nous avons citées précédemment, nous transcrivons ici le procès-verbal d’une élection consulaire.
« Le vendredy, 4€r jour du mois de janvier 1666, dans l'Hôtel-de-Ville de Montauban, sur les neuf heures du matin, Messieurs maistres Antoine de Lachèze, Louis de Chambert, Robert Ynard, Bertrand Laffiteau, bourgeois , André Berlhac et Guillaume Rosiez, marchands et Consuls de la présente ville, estant assemblez pour se disposer à mander les 24 conseillers, pris et choisis du conseil général, pour procéder à l'élection des trois Consuls qui doivent estre nommés, la présente année par les 1.87, 3.e et 5e Consuls, suivant le dernier règlement, pour servir ceste année, en rang de 2.e, 4.e et 6.e Consuls. Et sur ce, le prestre, estant venu et s’estant disposé, auroit dit la sainte messe, avec diacre et sousdiacre , où lesdits Consuls ont assisté, vestus de leurs robes
NOTES. 405 consulaires et chäperons de livrée ; et après avoir entendu la sainte messe, chascun se seroit retiré sur l’après-dinée ; et lesdits sieurs Consuls, estant revenus dans la grand’salle dudit Hôtel-de-Ville, où les 24 conseillers ayant esté mandez par l’ordre des sergens, seraient venus, estant pris de chasque gasche, suivant l’ordre d’icelles , qui sont : en premier lieu M. d’Ayen, vicaire-général ; puis viennent les cinq gasches, Fossat, Campagnes, Moustier, Tarn et Montmurat ; lesquels estant assemblez, seroit venu messire François de Rabastens, conseiller du roy, lieutenant-général, premier président et Juge-Mage en la sénéchaussée de Quercy et siége présidial de la présent ville , assisté de MM. maistres Jean de Rieupeyroux, Géraud Fauré, avocat et procureur du roy audit siége ; et après que tous les catholiques estant entrez dans la chapelle , et dit le Veni Creator Spiritus, s’estant assis, chascun en son rang, et lesdits conseillers suivant l’ordre de leurs gasches, pour procéder , suivant l’usage et conformément à la déclaration de Sa Majesté, à l'élection des trois Consuls. |
« M. de Lachèze auroit représenté que, suivant la coustume , tant luy que ledit sieur Ynard aussi Consul, auroient esté vers Monseigneur le lieutenant du roy, pour sçavoir de luy ses intentions, pour raison de ladite élection et conférence, touchant les Consuls qui se doivent nommer; lequel leur auroit dit de créer et faire les Consuls suivant les formes ordinaires et en la manière accoustumée ; et venant procéder aux marques des 12 conseillers qui doivent demeurer pour assister à ladite élection consulaire , ledit sieur d’Ayen, vicaire-général , s’estant , à ces fins, levé et ayant commencé à marquer , et tous les autres ensuite après luy, gasche par gasche , sans que l’une gasche se puisse marquer elle-mesme sçavoir , la gasche de Fossat, y procédant la première, auroit marqué les quatre autres gasches ; et après, la gasche de Campagnes aurait marqué Fossat, Moustier,
406 NOTES, Tarn et Montmurat, et ainsi des autres, si bien que, par pluralité des suffrages , sont demeurez.
« Pour la gasche de Fossat, M. d'Escures , advocat, et M. des Martins, bourgeois ;
« Pour la gasche de Campagne, M. Serrurier , conseiller, et M. Audemont, procureur du roy;
« Pour la gasche du Moustier, M. le député du its collégial, et M. Pernon, médecin ;
« Pour la gasche de Tarn , M. Petit, advocat , et M. Marqueyret, aîné;
« Pour la gasche de Montmurat, M. de Vergès : et pour. ceux de la R. P.R. MM. Verdier, advocat, Colom, advocat. et Péprunes, médecin.
« Lesquels tous susnommez, s’estant rassis, suivant l’ordre des gasches, et les autres 12 estant sortis, M. de Lachèze, premier Consul, a élu et nommé à sa place, pour servir au rang de second Consul , noble Julien de gironde, sieur de SIgOSNAC ;
« Ledit sieur Ynard a nommé en sa place, pour servir au rang de quatrième Consul , M.e Pierre Navillon, docteur et advocat ;
« Et ledit sieur Berlhac à nommé, à sa place, pour servir au rang de sixième Consul, le sieur Albert, marchand. |
« Et, venant à l'entière exécution, ledit sieur Lachèze a uommé pour second Consul, ledit sieur de Sigognac, pour quatrième Consul, ledit sieur” de Navillon , et pour sixième ledit sieur Albert;
« Et de mesme ont faict lesdits sieurs Ynard , Berihac; et après eux, lesdits 12 conseillers susnommez. | « Et pour ainsy a esté unanimement conclu à l’eslection dudit sieur de Sigognac au rang de second Consul; dudit Naviallon (le copiste a écrit ici Maviallon) , au rang de quatrième Consul ; et dudit sieur Albert, à la place de sixième et dernier Consul. | | |
« Et ce faict , ledit Juge-Mage, avec lesdits avocat, procureur du roy et Gonsuis, se seraient apportez au chasteau royal, où , estant assis au siége de justice , et lesdits avocat et procureur l’un à dextre et l’autre à senestre, ledit sieur Lachèze aurait baillé leslection desdits trois Consuls, pliée et cachetée; laquelle, ledit sieur de Rieupeyroux en auroit requis la lecture, laquelle, à ces fins, baillée ez mains de l’un des greffiers du Sénéchal, qui en auroit faict la lecture; laquelle entendue, ledit sieur Juge-Mage dit qu'il estoit enjoint auxdits sieurs de Sigognac, Marviallon et Albert de se présenter présentement pour prêter le serment à peine de 4000 livres ; et ce faict, les sergens seroient sortis pour aller signifier ladite ordonnance ;
« Et peu après , lesdits sieurs de Sigognac: , Marviallon et Albert estant venus , ils se seroient approchés et auroient prêté le serment requis; et le sieur Juge-Mage auroit ordonné que le registre demeureroit chargé de ladite prestation de serment , et que les chaperons de livrée seroient baillez fauxdits trois nouveaux Consuls ; ce qui auroit esté à J’instant faict. »
L'ordre et forme de l'entrée de Henry de Bourbon, prince de Condé, en la presant ville de Montauban, le cinquièsme de septembre mil six cents unze.
Suivant le conseil général. de ladite ville, du ving neufviesme d’aoust précédant, et avec délibération prinse, furent dressés des porthaux et arcs triomphaux enrichis de diverses painctures , devizes, armoiries du Roy, de la Royne régeante, dudit seigneur prince et de la présant ville, aux lieux et carrefours désignés, despuis la porte de Montmirat jusques à la porte du Griffoul, passant par la rue du Temple R."et à la grande rue. Lesquelles rues furent, ledit jour , tapissées , et le pavé remply de joncs; et au boult du pont,
hors de là porte de Montmirat, près du jeu de paume de
Monsieur Dalyès , bourgeois de ladite ville et recepveur du
pais de Quercy, feust dressé ung théâtre en forme de thrône, eslevé de quatre où cinq degrés, tapissé de tapisserie et environné de ramée, pour le raffraischissement et reposoir dudit seigneur prince, et pour y recepvoir les harangues et salutations de touts les ordres de la ville, les habitants de laquelle, disposés à porter armes, feurent divisés en huict compaignies. La première, composée des advocats, procureurs, notaires praticiens de ladite ville, commandée par Monsieur Me Estienne Constans, docteur et advocat, ayant pour lieutenant Monsieur Benoît fils , aussi docteur, et pour enseigne Monsieur Hugla Larrisse, le plus jeune des deux frères , aussi docteur. Ge feust la compaignie coronelle. La seconde compaignie feust commandée par le cappithaine Tholouze, ayant pour lieutenant Monsieur Arbucy, bourgeois, et pour enseigne le sieur David Darassus, merchant. La troysiesme compaignie estoit commandée par le cappithaine Escorbiac, ayant pour lieutenant le sieur Comayras, merchant appothycaire, et pour enseigne le sieur Joseph Ayché, merchant. La quatriesme compaignie estoit commandée par le sieur Baillé, bourgeois, ayant pour lieutenant Monsieur Ferrières fils, bourgeois, et pour enseigne Monsieur Baillé fils, aussi bourgeois. La cinquiesme compaignie estoit commandée par Monsieur Constans, cappithame, bourgeois, ayant pour lieutenant Monsieur Dumolin , et -pour enseigne Monsieur Nacès, bourgeois. La sixiesme com- ‘paignie estoit commandée par le cappithaine Subsol père, ‘ayant pour lieutenant Monsieur Subsol, bourgeois, son fils; et pour enseigne , Jehan Durand, bourgeois, fils de Bernady. La septiesme compaignie estoit commandée par le cappithaine Delhoste, ayant pour lieutenant le sieur Jean Escorbiac fils, merchant, et pour enseigne le sieur Bartholet, merchant. La huictiesme compaignie estoit commandée par
LE
Monsieur Peyrusse, bourgeois, ayant pour lieutenant Monsieur Caussade, et pour enseigne Monsieur Barthe, merchant.—. En oultre le cappithaine Calvet de Montalzat mena une autre compaignie de soldats circomvoysins et d’eslite, ayant pour lieutenant . .. . .. . et pour enseigne . . .....
Toutes lesquelles compaignies eurent chascune une enseigne de mesme livrée, savoir est de taffetas bleu et blanc, saulf la coronelle qui feust jaune, données lesdites enseignes à chascun desdits cappithaines, ensemble une escharpe, par la ville.
Pour commander lesdites compaignies et: pour mestrede-camp fust prié Messire Brandelin de Gironde, seigneur de Castelsagrat , conseigneur de St Nophaire et aultres lieux, et pour sergent de batailhe, Monsieur Desportes, lesquels acceptèrent la charge.
Le dimanche, quatriesme dudit mois, Monsieur de Thémines, Séneschal et gouverneur du pays de Quercy, se rendit à la presant ville, accompagné de quatre-vingts ou cent gentilshommes du pays, pour honorer l’entrée de mondit seigneur le prince, et faire la revue auxdites compaignies.
Le lendemain, lundi, cinquiesme dudit mois, ayant reçu advis que mondit seigneur le prince debvoit prendre son disner à Lobéjac delà la rivière de l'Avayron, lesdites compaignies se rendirent sur les terres et plaines qui abotist au grand chemin tendant de la presant ville à Nègrepelisse et à Caussade, vers la Lande et le Ramier, et lequel du hault boult et du fons abotist avec le ruisseau de la Guarrigue, d’ung costé avec le chemin qui dessent dudit. ruisseau , et d’aultre costé avec les bastions neufs de la Ville-Nouvelle; auquel lieu lesdites compaignies arborèrent leurs enseignes et furent disposées en bataillon , ayant aussi quelques pièces d'artillerie, Les aultres pièces de canon et les plus grosses furent rangées sur le hault chemin au-dessus de la roche de Montmirat, le long de là rivière de Tarn.
Ayant aprins que mondit seigneur prince avoit disné et commançoit à passer la rivière , ledit sieur de Thémines luy alla au devant avec la caballerie pour le prendre audit passage , et consécutivement et peu après, Messieurs de Péchels, seigneur de la Bouissonnade, Constans, Mirabet, Moynié, Petit et Gauzide , Consuls de ladite ville, vestus de leurs robes consulaires et chaperons, ........montés à cheval, accompagnés de plusieurs notables bourgeois de la ville, s’'acheminèrent au devant dudit monseigneur prince, lequel ils rencontrèrent sur le grand chemin de Lobéjac. environ l’endroit du bois de Gatilhes; et leur voyant mettre pied à terre , il fit arrester son carrosse ; auquel seigneur prince, estant assis à la portière dudit carrosse, lesdits Consuls firent de grandes et profondes révérences, avec inclinations de toutes leurs troupes. Ledit seigneur de Thémines luy donna en particulier cognoissance desdits Consuls, de leur ordre et de leurs noms. Après quoy, ledit sieur de Péchels, premier Consul, parla audit seigneur prince en cette sorte, à teste descouverte et deboult , Iuy, les autres messieurs ses collègues et toute leur troupe :
LA
Monseigneur ,
« Nous venons au devant de vous avec ces livrées, que vous voyez, non pour nous attribuer quelqu’authorité, mais pour faire paroistre, qu'arrivant vostre Excellence, tout aultre pouvoir de ce royaulme, relevant de leurs majestés, doibt ploier soubs vos commandemens , à l'exemple des rivières quy viennent perdre leur nom dans le courant d'ung plus grand fleuve, C2 quy vous est deu de droit et de nature, en ceste province principallement en laquelle vous estes l’unique soleil qui reluit d’esplendeur royale et de la vostre propre, d’où découlent infinis biens sur ceste province par vostre benin aspect. Car ce que sont les astres du ciel, cella mesme sont les princes sur la terre. Les ungs et les aultres ayant esté créés par le souverain monarque, pour le bien et qou-
NOTES: AA vernement de la terre et habitans d'iceile, en quoy ils ont plusieurs rapports. Mais en ce qu'ils diffèrent le plus , en cella se montre l'utilité des princes plus grande que des astres , d’auliant que les princes possèdent et gouvernent la terre quy est stable et quy ne se meut point; toutesfois ils se pourmènent sur icelle à leur plaisir, et se transportent aux lieux où ils sont nécessaires, pour le secours des hommes , lesquels précisément prennent vue d'eux pour implorer leur aide et faveur. Les astres, au contraire, impitoiables, sont tellement attachés à leurs cercles qu'ils n’en peuvent eulx mesmes esviler la courante fatalité, moings s'aprocher de nous pour nous ouyr, ninous d'eulx pour deur parler» là où les premiers sont ployables et -pitoyables envers les oppressés. Toutes telles vertus et plus grandes encores sont recogneues en vous, Monseigneur ; vous surpassez donc les corps celestes. Aussy estes-vous issu d’une tige très illustre, d’ung sang royal, de princes généreulx et débonnaires, principaulx protecteurs de cet estat, colomnes et soutiens d’iceluy, et nos bienfaicteurs. C'est donc à bon droit que nous célébrons journellement l’heureuse mémoire de vos prédécesseurs; et les cendres de vos ayeulx sont de si bonne odeur parmy nous, que les voyant arriver en vous, par les
belles qualités desquelles ils vous ont saisy, et en vos faicts heroiques, nous venons , Monseigqueur , vous offrir toutes sortes de très humbles services , et protester que nous ne volons d'orésenavant que nos vies nous servent. à aultre usage qu'à celuy auquel elles seront destinées par vos justes commandemens , pour le. service. du Roy et le vostre. »
ledit Seigneur prince, par sa réponse , donna témoignage auxdits Consuls de sa bonne affection envers la ville et habitans d’icelle , tant en général que en particulier. Et, ayant fait remonter lesdits Consuls à cheval, ledit prince continua de marcher, en carrosse, jusques près de la ville, et à l'endroit du chemin qui traverse du grand chemin d’Ardus au grand chemin de Lobéjac; auquel endroict, le dit seigneur prince monta sur son cheval d'entrée, richement har-
naché , et feust conduict par lesdits Consuls au lieu ou estoit le batailhon desdites compaignies, que ledit seigneur prince contampla de tous costés , à la téste duquel batailhon se tenoit ledit sieur de Castelsagrat , qui harangua mondit seigneur le prince en ces termes :
Monseigneur,
« Je me suis figuré qu'une aranque à la soldade, et suivant ma proffession, vous seroit aussi agréable que celle d’ung grand orateur. Je vous présente donc icy les armes de Montauban, par le nombre des cappithaines et soldats, qu'il vous plaist voir en batailhe, quy vous offrent , comme bons serviteurs du Roy, leurs très humbles services et leur obeyssance. Rescevez-les pour tels , et faites-leur l'honneur de les voir de bon œil; et, pour mon particuher, Monseigneur, la plus grand gloire quy me sauroit jamais arriver , est qu'à la teste de ce batailhon , je puisse offrir & ung si grand. prince que vous , mon très humble et fidelle service. Eulx ny moy ne demendons, pour récompence de nos obeyssances, que vos bonnes graces, et, comme les soldats d’ Alexandre, part à vos espérances. |
Ledit seigneur prince rendit tesmoignage qu'il demeuroi fort comptant et satisfait des complimens à luy faicts par ledit Mestre-de-camp, loua grandement la troupe ; et trouvait que les cappithaines et soldats avoient tous bonne fasson et éstoient bien couverts , bien encouchés et leurs armes lestes, le batailhon bien dressé suyvant la militie ; et leur ayant dit adieu et s’estre ung peu esloigné, il feust salué d’ung salve universel d’arquébusades et de l’artilherie qui estoit audit batailhon.
Cella fait lesdits Consuls continuèrent d’accompaigner mondit seigneur prince vers ladite porte de Montmirat, luy faisant voir par ce moyen toute la forteresse de la ville, despuis lesdits bastions neufs jusques au bort de la rivière, Et arrivés au boult du pont de Montmirat, le canon joua , et
NOTES. 415 tous mirent pied à terre au devant dudit théâtre ordonné pour le reposoir dudit seigneur prince , dans lequel ayant esté conduict par lesdits Consuls, et ayant prins une chaize de velours pour se reposer, ledit de Péchels, premier Consul, prenant congé luy dit :
Monseigneur,
« Ce lieu a esté préparé pour vostre raffraichissement, pendant lequel tous*les ordres de la ville, l’ung après l’aultre, desirent vous venir rendre les complimens deus à vostre grandeur et excellence, cependant que nous allons disposer le surplus requis et nécessaire. à vostre entrée dans la ville, selon nostre debvoir. »
Et estant lesdits Consuls retirés, M. Jean de Vicoze, conseiller du Roy.et lieutenant-général en la séneschaussée de Quercy, siége de Montauban , accompaigné de tout le corps dudit siége et de plusieurs advocats, vinct audit lieu saluer mondit seigneur prince ; et ensuité vinct aussi M. Jean de Brassac, juge ordinaire de Montauban , accompaigné de son lieutenant et de plusieurs advocats et docteurs; de mesme vinct après, Monsieur Me Bernard Desoniès, ministre de la parolle de Dieu et Recteur de l’Académye de Montauban. Lequel, accompaigné des professeurs, principal dudit collége et aultres régens de ladite Académye, vinct faire l’arangue audit seigneur prince pour toute l’Académye.: Et pour le regard des ecclésiastiques romains, Monsieur d’Alem, grand prévost de l’église cathédrale dudit Montauban, avec certain nombre de chanoynes revestus de leur surpelys et aumusses, avec la croix arborée devant eulx, sans leur estre permis de chanter , vinct saluer mondit seigneur le prince, audit lieu, de la part de leur clergé, leur ayant esté permis, en contemplation (considération) dudit seigneur prince, d'y venir de la sorte, depuis leur eglise de Sainct-Louys jusques audit lieu, combien que par le réglement, lesdits ecclésiastiques ne pussent aller en procession dans la presant ville que
despuis ledit Sainct-Louys jusques au carrefour appellé de la Faurie. Et de faict, à leur retour, on les fit passer par la rue qui tourne à main gauche venant de ladite porte de Montmirat vers la rue dite la Cour-de-Thoulouze , Aux fins de monstrer que c’estoit sans conséquence et pour le contentement dudit seigneur prince tant seulement (*).
(*) Le même motif qui empêcha le scribe municipal de consigner, dans sa rédaction officielle , la sévère réprimande que le prince de Condé fit entendre aux Consuls, sur leur conduite à l'égard du clergé catholique , le porta également à supprimer la härangue que le vicaire-général, Nicolas d'Alem, adressa à ce prince. Perrin nous l'a conservée (liv. 2, chap. 4), et nous la transcri-
vons ici, afin que justice soit faite à tous.
« Monseigneur ,
» On dit qu'il y a des nations qui bénissent le soleil à son lever, et accompagnent de leurs vœux l'entrée. et le milieu de sa course, pour les biens et commodités qu'il leur apporte, venant à se montrer à l'horizon.
» Mais, j'oze dire que le clergé de ce diocèse, le plus désolé peut-estre qui soit aujourd’huy en France , a bien autant ou plus de sujet de bénir et accompagner de ses vœux vostre arrivée en ce pays; puis que, comme un second soleil, vous esclairez nos espérances, et leurs faites voir le commencez ment d'un beau jour, après tant d’orages, dont nous avons esté si long-temps battus , et nous et ros prédécesseurs. Car, si nous avons flotté, pendant tant d'années, parmi les ondes des guerres civiles, agités d’une si continuelle tourmente que le débris du naufrage paroist encore ; pour le moins, vous, comme un feu saint, venant à fondre et à luyre sur les pièces qui restent de nostre estat ecclésiastique , vous nous rassurez le front, et semblez nous promettre un grand calme , afin que, sous vostre protection et sauve-garde, nous puissions surgir au port , ou à voiles ou à rames nous taschions d'aborder.
» Aussi, ne sçauriez-vous, Monseigneur, démentir le sang royal de France duquel vous estes issu , sang toujours généreux et ardent, mais principalement lorsqu'il a esté question de protéger l’église et les ecclésiastiques : témoin vostre grand ayeul Saint Louis, le plus grand roy que le soleil vit jamais, et le plus digne de porter sceptre et couronne, qui vous a laissé en partage, ayec Les fleurs-de-Lys, le soin et le zèle de maintenir l’église et ses serviteurs en la louyssance des priviléges que les roys très chrestiens, souche de la branche de Bourbon , leur ont si pieusement et si libérallement accordés. C’est pourquoy nous ne faisons pas de difficulté de croire que, tout ainsi que les grards roys
Lesdits complimens achevés, mondit seigneur le prince remonté à cheval, s’achemine à ladite porte de Montmirat pour entrer dans la ville, où lesdits Consuls l’attendoient avec le poile ou pavilhon de damas violet, garny de franges d’or , eslevé sur six pilliers ou bastons couverts de pareil damas, le tout enrichi de houpes et franges d’or en tous les endroits nécessaires. Au devant dudit poile, le long de la rue, se rangèrent à cheval tous les gentilshommes de la suitte. Ledit seigneur prince et aultres conduicts par ledit seigneur de Thémines, et iceluy le dernier le plus près dudit poile. Une partie aussy desdits gentilshommes se tenoit près de la personne dudit seigneur prince, après luy. Au-
des Perses, faisant leur entrée dans la capitale, estrenoit chacun habitant d'une pièce d’or, ainsi vous, qui estes petit-fils d’un si grand roy, et qui représentez la personne du roy, qui est à présent régnant (à qui Dieu accroisse la vertu et la prospérité avec les ans!), comme'un de ceux qui la touchent de plus près, faisant vostre entrée dans ceste ville, vous nous estrénerez , non d’une pièce d’or car nous attendons bien plus de vostre grandeur), mais de l'honneur de vos bonnes graces, qui nous sont bien plus précieuses que tout l'or du monde ; et de nostre part, en reconnaissance de tant de biens que vostre grandeur nous fait espérer, nous vous offrons, Monseigneur, nos prières, nos larmes et nos soupirs envers Dieu, ainsi que fist autrefois le clergé de Rennes à Philippe-Auguste , ayeul de vostre grand ayeul saint Louis , qui leur avait fait l'honneur de leur escrire, et demandoit l'assistance de leurs secours. Comme, à la vérité, les ecclésiastiques ne peuvent pas fournir d’autres secours ni d’autres assistances que de leurs prières, qui sont néantmoins des armes si fortes que souvent elles se sont faites ouverture au ciel, souvent elles ont forcé Dieu, et y ont arraché la foudre de vengeance que sa dextre alloit déjà lancer sur la terre. Ainsi donc, Monseigneur , puisque le ciel verse continuellement sur vous ses graces et ses bénédictions, ainsi puissiez-vous tenir un rang auprès de S. M. en paix et en union chrestienne ; ainsi puissent vos lys conserver leur naïfe blancheur , Sans que la malice du temps les puisse jamais flétrir! Ce sont nos désirs ; ce sont les souhaits de tous les gens de bien; ce sont nos vœux et nos prières, que nous envoyons et poussons journeliement au ciel, et notamment aujourd’huy , lors de vostre entrée ; et nous chantons de cœur et de bouche : « Béni soit celuy qui vient au nom de nostre Seigneur!»
quel ledit de Péchels, premier Consul, tenant en sa main une bourse de belours cremoysin rouge, dans laquelle estoient les clefs de ladite ville, parla de rechef, en ceste sorte :
Monseigneur ,
« Vostre excellence a peu remarquer, aprochant de ceste ville, qu'elle est incapable de retenir dedans ses murailles la joye et contentement qu’elle reçoit aujourd’hui, sentant approcher de ses portes ung si grand prince. Le recentiment de l'honneur qu’elle en reçoit a poussé le tiers de ses habitans hors de soy-mesme et comme à corps perdu, pour vous aller au devant. Les aultres d’ung pareil debvoir vous attendent au dedans. Et nous, quy representons les ungs et les aultres, désirons vous faire voir, par cet aparelh, que leurs volontés avec les nostres se meuvent toutes soubz ung mesme ressort de nos inclinations, vers la très humble hobeyssance et subjection que nous debvons à nostre Roy et souverain monarque , portant par mesme moien nos communes affections au très humble service que nous vous avons voué et l'avons rendu aux vostres, et n’en voulons jamais despartir. Ces clefs, Monseigneur , plustot de nos cœurs que de nos portes, et que nous remeltons en vos mains, en seront, s'ù vous plaist, et le signe et le qaige. »
Ledit seigneur prince, ayant prins lesdites clefs entre ses mains, les rendit audit de Péchels, premier Consul, luy disant ces mots :
« Vous aultres les avez jusques ycy bien et heureusement gardées avec fidellité au service du Roy, je vous les rends pour les conserver davantage comme vous avez faict, vous remerciant de l'honneur que vous me faites. »
Cella faict, les trompettes, quy estoient au devant, parmy la troupe de caballerie, sonnèrent leurs fanfares , et le canon joua de rechef. Lesdits Consuls portoient ledit poille, chascun par ung desdits bastons, hault eslevés. Les premiers
NOTES. 417 et second Consuls estans les plus près de la personnne dudit seigneur prince, les troysièsme et quatrièsme au millieu, et les cinquièsme et sixièsme aux premiers bastons , tous à pied, leurs testes couvertes, par l’exprès commandement dudit seigneur prince, lequel ne se mettoit dessoubz ledit poille que de la longueur du col de son cheval ; la courtine dudit poille hault eslevée ne faisoit que simplement ombrager Ia teste dudit seigneur prince. Marchant en tel ordre, feust conduict ledit seigneur prince par la rue de Montmirat, et passant devant le chasteau royal, à la rue du Temple vieux, et d’icelle à la grand rue, prenant à main gauche au carrefour de la Faurie; et estant devant Sainct-Louys, ledit sieur prince descendit de cheval , Messire Anne de Murviel, Evesque de Montauban, l’attendant sur la porte; et, ayant demeuré dans l’église quelque espace de temps, il remonta à cheval et feust conduict au lotgis quy luy avoit esté préparé en la mayson de Monsieur Dariat, en laquelle:le feu roy Henry quatrièsme solloit lotger.
Le lendemain , ledit seigneur prince voulut partir pour s’acheminer vers Thouloze. Lesdits Consuls l’accompaignèrent avec plusieurs notables bourgeois, jusques aux limittes de la jurisdiction du Consulat de Bressols ; et passant par le chemin quy estentre le molin de Sapiacou et le faubourg Thoulouzenc, ledit seigneur prince vist derechef lesdites compaignies quy estoient venues se ranger en ceste plaine, pour prendre congé de luy. Ledit sieur Desportes , quy se trouva à la teste, luy fist ceste arangue :
Monseigneur ,
« Tous tant que nous sommes ycy de cappithaines, nous venons présenter à vostre-grandeur, en l’absence de nostre Mestre-decamp, pour avoir l'honneur de recepvoir vos commandemens, et pour vous supplier très humblement de nous vouloir toujours ho-
norer de vos bonnes grâces, et croire que sy nous avons jamais
l'honneur d'estre commandés de vous, soit pour le service du Roy ou pour le vostre, que nous porterons nos armes et nos vies au boult du monde. Faites-nous , s'il vous plaist, l'honneur de prendre ceste créance; et qu'en vostre particulier, Monseigneur, nous vous serons toute nostre vie, très humbles et très fidelles serviteurs.
À quoy mondit seigneur prince respondit :
« Messieurs, je vous remercie de vos bonnes volontés, desquelles vous devez croyre que je m'en voy sy comptant, que s’il se présente occasion de m'emploier pour vous en quelque sorte, en général ou en particulier, je le feray volontiers aux despens de tout mon crédit. N’obliez pas de le dire à vostre Mestre-de-camp, et d'en assurer tous vos compaignons. «
Ayant fini , il feust salué d’ung salve d’arquebuzades, et continua son chemin, lesdits Consuls l’accompaignant jusques aux limittes, à l'endroit desquelles lesdits Consuls et bourgeois de leur compaignie mirent pied à terre, et prindrent congé dudit Monseigneur prince , lequel les remércia fort, et leur promit sa bienveillance , tant en général qu’en DANSE De quoy a esté faict et dressé cest escript, pour mémoire à l’advenir, par lesdits sieurs Consuls, Mestre-decamp et sergent de batailhe. » (Livre Jaune, À, fol. XII.)
Divers manuscrits, que nous avons pieusement recueillis, nous ont conservé, sur le siége de 1621 , de curieux détails, que nous indiquerons succinctement.
Les fossés , depuis le ruisseau La Garrigue jusqu’à la porte du Moustier , avaient neuf cannes de largeur et deux cannes. de profondeur. « Lorsqu'ils eurentété tracés, on chargea les habitans de les creuser, et on les leur distribua par cannes carrées ; et on payoit aux pionniers ou manœuvriers quarante sols par canne, et, outre ce, on leur donnoit du demi-
NOTES. 419 vin et quelques légumes cuits; d’autres payoient quarante-cinq sols, sans bailler autre chose. À la quelle besogne il y avoit chasque jour mille ou douze cents personnes ; et, oultre ce, tous les habitans, hommes et femmes, de toute sorte et qualité, alloient travailler aux autres fossés de Villenouvelle, de Fossat et de Villebourbon, les boutiques demeurant fermées. » (Mémoire de Natalis.) Durant le siége, la morue ne se vendit que deux sols la livre, l’huile d’olive six sols , et le sel quarante sols la rase. ( ibid. )
Les assiégés attribuaient les succès qu’ils avaient obtenus à la faveur du Tout-Puissant, qui était irrité contre leurs ennemis. Voici comment s’exprime , à ce sujet, une chronique : « La noblesse française, depuis quelques années, s’est abandonnée à un tel desbord , que non contens de dépiter et manquer la majesté divine par d’exécrables :blasphesmes et toutes sortes de forfaits horribles, elle couvroit toutes ses impiétés sous le manteau (le l’athéisme dont la pluspart font profession et parade, convertissant en risées les menaces du Tout-Puissant jusqu’à faire des farces et des momeries des comètes qu'il envoyoit comme un advertissement de son courroux. Il semble que ce siége ait esté particulièrement le fléau de ceste noblesse, dégénérant de la valeur et piété de ses ancêtres , en ayant fait un tel abattis, qu’eux-mêmes ont esté contrains de reconnoistre que la pluspart des coups tomboient sur eux; on pourroit nommer Montauban le tombeau de la noblesse française, y estant morts 1500 seigneurs de marque. ) |
« Aussi leurs canons ont apporté si peu d’estonnement, que les femmes, voire les petits enfans, s’en rioient, et autant de coups ont esté presque autant de merveilles et des marques spéciales de la faveur du Tout-Puissant. Entr’autres, un boulet de canon, effleurant la teste d’un soldat, lui emporta toute la forme du chapeau, lui laissant tant seulement les aîles, comme un diadême autour de la teste. Un
autre coup brise la garde de l'épée que tenait à son côté un bourgeois, laissant la lame ét le fourreau en bon estat, sans blessure. Un bourgeois passant sur le pont, un coup de canon, venant de Montmirat, écrasa un créneau, jeta deux grands quartiers de brique contre icelui, et Je coucha à terre, passant entre lui ét le bâton qu'il portait à la main; le bourgeois s’estant relevé se trouva sans nul mal. » (Manusc. Rouge. p. 165.) | |
« Parmi les traits de courage dont firent preuve les femmes Montalbanaises, nous citerons celui-ci : une jeune fille à marier , passant sur le pont, perdit , d’une volée de canon, un bras, lequel, avec l’autre main, elle releva froidement, et, sans s’eston ner, le mettant dans sa devantière , l’emporta à son logis. » (Ibid. p. 168.)
« Avant le siége, les habitans tous divisés en factions, prétes à s’entremanger les unes les autres pour de petites riottes et querelles , plongèrent dans un oubli éternel toutes leurs divisions, et se réunirent si estroitement, qu’il n’y eut qu’une voix, qu'une volonté, comme si ce n’estoit qu'une famille dont les magistrats fussent les pères, n’aspirant tous qu'à un même but, sçavoir , de soutenir leur juste querelle et de souffrir toutes les extrémités pour le maintien de l'intérêt commun , qui leur avoit mis les armes à la main, avec lesquelles ils ont confondu ceux qui, à faux titre et mal à propos, les appeloient , par dérision , Parpaillots, c’est-à-dire , faquins et gens de néant. » (Ibid. p.175.) |
Nous empruntons à l’histoire de Louis XIIL, que vient de publier M. Bazin , deux anecdotes qui peignent bien les mœurs de l’époque où fut assiégée notre ville. « Le comte de Bassompierre se montrait au siége avec ce caractère particulier de galanterie vaniteuse qui le distinguoit. C'était la figure la plus riante , sans contredit, qu'on puisse trouver dans les guerres civiles, également capable de conseils prudens et d'entreprises basardeuses. Mais l’approbation des
NOTES. 491 dames était toujours et partout sou arrière-pensée. Un jour il reçut l’ordre de détruire à coups de canons le pont de Montauban. Comme le jeu de son artillerie menaçait quelques femmes qui lavaient leur linge dans la rivière, elles le firent prier d'y mettre fin, au nom de la bonne intelligence qu’il avait toujours eue avec leursexe; ce qu’il accorda volontiers. Puis elles demandèrent à le voir aux pieds de leurs remparts. Il dépouilla aussitôt ses habits de guerre , et courut se montrer à leurs yeux avec la parure des fêtes de cour.
« Il était arrivé à l’armée du roi un auxiliaire d’une espèce plus étrange. Au conseil de guerre parut un carme déchaussé espagnol, nommé le père Dominique de Jésu-Maria , et précédé d’une grande réputation pour ses avis et ses prédictions en fait de batailles. Considéré comme un saint , fêté et vénéré par toute la France, où on lui avait demandé nombre de miracles, il reitournait à son couvent et s'arrêta pour voir le roi, qui crut devoir le consulter sur les moyens de détruire Montauban. Le carme, qui ne négligeait pas les voies humaines, pensa qu’on devait tirer 400 coups de canon sur la ville, après quoi elle se rendrait infailliblement; soit que le jour fût mal choisi, ou que la mission du bon père fût terminée, les quatre cents coups furent tirés en vain. Les assiégés ne se laissèrent point intimider et il fallut en revenir aux conseils des capitaines. » (Tom. 2 p. 163.)
Ce fut au connétable de Luynes qu’on imputa l'issue, fàcheuse pour l’armée royale, qu’eut le siége de Montauban. I chercha à s’en défendre dans une lettre qu’il écrivit au duc de Montbazon. « Je vous avais assuré, lui dit-il, que je serois le dernier au siége de Montauban; je n’y ay pas failly, parce que j’ay fait ce matin la retraite, et fait la revue par méme moyen de nos misérables troupes, lesquelles les maladies et la longueur du-siége avaient rendues telles. Nous avons. donc levé le siége, mais nous n’avons pas perdu la volonté que nous avons de , tost ou tard, les perdre et ruyner; ce
que sans doute nous ferons, les ayant mis en tel estat qu'ils ne peuvent plus sortir sans estre pris ou tués par nos troupes qui les entourent, ayant laissé six mille hommes aux villes, forts et chasteaux qui sont près de leurs portes, pour les incommoder sans relâche, oultre quatre ou cinq cents chevaux qu’on y laisse aussi, le tout sous la conduite de M. de St-Géran, lequel n’en bougera, et le tout composé de troupes nouvelles qui nous sont arrivées depuis deux jours, et de quelques vieux régimens que nous y laissons pour les rafraichir et refaire. Voylà nostre misère , laquelle , bien qu'elle touche toute nostre armée, n’a point attendry nos courages , Comme nous l’apprendrons, s’il plaist à Dieu, bientost. Nous serions grandement affligés si le feu roy, le plus grand capitaine des siècles passés , n’avait attaqué cent places, sans comparaison de celle-ci, sans les avoir prises, et n'avait esté contraint de lever le siége par impuissance. Et pour nous, il est certain qu’il n’a jamais esté en pareil accident de dire que, pour la quantité des maladies, avoir esté contraint de lever le siége d’une ville, laquelle ne pouvait tenir douze jours davantage, si nous eussions eu des gens ; mais la longueur du siége avoit tellement ennuyé nos chefs, qu’au lieu d'encourager les soldats, ils leur ostoient l'envie de bien faire. »
» Quatre choses nous ont ruynés. La première que M. de Mayenne, par son courage, fit des attaques si hors d’apparence, qu'il perdit grande quantité de noblesse, la pluspart des capitaines et des soldats , tellement que la plus grande timidité qu’il se peut dire s’anima dans le cœur de ceux qui Jui restoient, et fit qu’ils s’en alloient presque tous, quelque - ordre qu'il y peut apporter. L’épouvante de son quartier donna tellement assurance aux ennemis, qu'ils crurent qu'ils ne pouvoient estre battus, et les empescha de traicter, ce que, sans cela, ils eussent fait sans aucun doute. »
» La seconde, la faute que fit M. d’Angoulesme de laisser
passer le secours, sans lequel, quatre jours après , is estoient pris. »
» La troisième, la maladie de M. de Montmorency, laquelle fut cause que les troupes qu’il avoit amenées s’en allèrent dans une nuit, et, par ce moyen, ruinèrent le quartier de M. de Lesdiguières , parce qu’il fallut que le reste demeurast tous les jours en garde, et cela fut cause qu’ils furent malades, et quelques-uns s’en allèrent sans qu’on y péeust remédier.
» La dernière est la plus grande, ce fut la grande et incomparable maladie, qui se mist universellement dans le camp , que nul n’en a esté exempt, le roi excepté, et san comparaison moy, lequel le bon Dieu a conservé. »
Vous avez vu une copie de la lettre que j'écrivis à M. le prieur, qui vous aura appris nos misères , dont le détail seroit trop long. Je ne songe plus au siége, je ne pense qu’à ce qu’on doit faire à l’advenir. Vous savez que le roy a lasché une telle bride à ces malheureux qu’ils n’en péuvent échapper ; ils n’auront plus de liberté, plus de commerce, plus de labour pour les terres, plus de moyen d’envitailler leur ville, puisque tout autour on a mis de fortes garnisons, pour les assommer, s’ils sortent. »
« De Thoulouse le 18 novembre 1621. » (fbid. page 281.)
Nous ne saurions terminer ces indications sur l’époque la plus mémorable de notre ville, sans arrêter un instant nos regards sur l’une des plus belles figures historiques dont nos annales aient conservé le souvenir. Jacques Dupuy, premier Consul de Montauban, à mérité d’occuper une place parmi les hommes qui ont honoré l’humanité par la grandeur de leur caractère, l’étendue de leur intelligence, et l'importance des œuvres qu’ils ont accomplies. Si le parti qu’il soutenait eût triomphé, et cela tint principalement à l'entrée du cardinal de Richelieu dans le conseil du roi, le nom de notre compatriote füt resté entouré d’une auréole
de gloire; mais si les circonstances empêchérent qu'il ne portàt, sur un plus vaste théâtre, le génie qu’il déploya dans notre cité, que notre cité du moins en garde la mémoire. C'est lui qui donna aux corps de métiers des règlemens pleins de sagesse, qui organisa sur un vaste plan l’Université, qui commandait les troupes, comme il dirigeait les travaux des fortifications et le conseil de l’Hôtel-de-Ville. Par son activité, sa vigilance incessante , il sut maintenir, dans les momens les plus critiques, Fa plus exacte discipline; ïl sut pourvoir à tous les besoins, soit de vivres; soit de munitions ; c’est par lui que chaque chose fut mise à sa place, chaque homme à son poste. C’est lui qui déjoua tous les projets de trahison ; toujours, durant l’action , il donna l'exemple du courage, ‘de la vivacité; après la victoire, il se montra toujours calme et recommanda une sage retenue. Le duc de Rohan, qui avait apprécié son rare mérite, le nomma intendant de ses armées. Après la défection de ce seigneur, contre laquelle ïl protesta énergiquement , tandis que chacun recevait le prix de sa trahison proportionnellement aux craintes qu'il inspirait, Dupuy, pauvre et le cœur navré,, s’éloigna de la France. En 1638, il désira revoir son pays ; mais une lettre de cachet lui en défendit l'entrée, et le força de se retirer à Venise, où il tint une école pour subvenir à sa subsistance, Enfin il lui fut permis de revoir sa chère ville, et, au mois de mai 1656, il y fut reçu au milieu des réjouissances publiques. N'est-ce pas là une de ces belles vies que nous avons appris à admirer dans les histoires de la Grèce et de Rome ? Rien n’y manque, pas même l’épreuve du malheur et de l’exil, rien si ce n’est l’oubli coupable de ses concitoyens. Le jour enfin est venu où la justice peut être rendue à tous les talens , à toutes les vertus, où, excusant des erreurs, il est permis de louer, avec impartialité, tous les traits de courage et de dévouement.