‹ Histoire de Montauban (volume 2)Chapitre 3 sur 28 · DAT HISTOIRE · texte numérisé non relu

DAT HISTOIRE

sent, quitta Montauban, et, après plusieurs courses vers Bordeaux, dans la Saintonge , et l’Agenais, vint joindre Burie entre Caussade et Réalville. Ils y rencontrèrent des troupes de Duras ; Montluc voulut les charger , mais Burie l'en empêcha et leur laissa gagner Montauban, où il vint bientôt les assiéger , après avoir reconnu sa faute.

Il alla passer le Tarn à Moissac, et s'étant posté le lendemain, 14 septembre , devant Villebourbon , il fit tirer plusieurs coups de canon contre la tour du pont défendue par l'église de S.'-Orens, que l’on avait fortifiée, et qui n’en était séparée que par une ruelle qui menait à l'abreuvoir. Le jour suivant, Dom Louis de Carbajac, capitaine espagnol, brüla le moulin d’Albarèdes ; le 16 il y eut, après plusieurs escarmouches et un grand combat, où les pertes furent balancées, une trève pendant laquelle Fontgrave , qui commandait dans la ville, traita avec Montluc ; mais il fut désavoué par les assiégés , dont il quitta le parti quelque temps après. Burie, de son côté, leva le siége, le 18 septembre , à la persuasion de Montluc, qui lui fit comprendre le peu de chances qu'il avait de forcer derrière de bonnes murailles, des gens

DE MONTAUBAN. 33 qu'il n'avait pas osé attaquer en rasé campagne (‘). Ce capitaine fut repasser la rivière à Moissac, et S'en retourna dans le Quercy, sur l'avis qu'il eut que Duras, ayant retiré ses troupes de Montauban, avait traversé le Lot au-dessus de Cahors, et pris dans le château de Mercuès, qu'il avait forcé , l’évêque Pierre Bertrand. L’évêque de Montauban avait, pendant quelque temps, poursuivi les troupes de Duras, qui échappèrent à la cavalerie catholique, dans ces âpres montagnes, et gagnèrent Sarlat, où Bertrand eut à souffrir mille indignités. Burie et Montluc, qui le joignit après le siége de Lectoure, le délivrèrent à la sollicitation de l’évèque de Montauban. Ils se mirent aussitôt aux trousses de Duras, le joignirent près du Ver en Périgord, lui tuèrent environ deux mille hommes, dissipèrent tout le reste, et par ce moyen donnèrent un grand

(‘) « M. de Burie mit en avant une entreprise, qui estoit d'aller assiéger Montauban , par le costé de Toulouze. Je le voulus laisser faire sans le contredire , ayant juré un bon coup que je ne dirois mot, encore que je eognusse bien que son, entreprise retourneroit en fumée et à néant. Car, puisque nous n’ayions osé les combattre à la campagne, que pouvions-nous espérer de les combattre dans une ville, et encore telle que celle-là ? Toutefois, je suivis comme les autres, et arrivèmes au Bourg ( Barri, le faubourg qui fut depuis Villebourbon) , et 1à demeurâmes sept ou huit jours, ayant fait tirer quelques coups de canons à la tour du pont. Nous tenions le Bourg jusques aux maisons qui estoient tout auprès du pont, là ou il y avoit une église qu'ils avoient fortifiée. Bref, je ne sais trop par quel bout commencer à descrire cette enreprise , car je n’en saurais faire un bon potage; et vault mieux, sans tirer plus outre, que je la laisse là. » ( Comment. de Hontluc, Liv. v.)

54 HISTOIRE | échec à l’armée du prince de Condé que Duras. allait joindre, et au connétable, un grand renfort, par les troupes victorieuses qu'ils lui envoyèrent, et qui firent des merveilles à la bataille de Dreux.

Les Montalbanais, se voyant les coudées franches, recommencèrent leurs courses et leurs pillages dans les environs. De grandes contestations s’élevèrent bientôt entre eux, tant à cause du partage du butin qu'au sujet des lieux pillés, car ils avaient confondu souvent l’ami avec l’ennemi. On fit donc un réglement portant en substance : 1° Que tous les ecclésiastiques, tous ceux qui désapprouveraient la doctrine calviniste, tous ceux qui porteraient les armes contre la réforme, que toutes les villes et tous les villages qui refuseraient de la reconnaître, seraient regardés comme ennemis , et que tout ce qui se trouverait leur appartenir, serait de bonne prise; 2° que tout ce qui était destiné à l’idolätrie, et dont la forme ne se pouvait changer, était digne du feu ; que, toutefois, les bêtes de labour, à corne , à laine , et autres semblables, en seraient exceptées ; 9° que celui qui commanderait dans la ville n’en laisserait sortir personne, pour aller en parti, sans être parfaitement informé des personnes et des lieux à qui on en voudrait;

DE MONTAUBAN. 99 % que les capitaines régleraient entre eux les portions du butin, dont on ferait trois lots, un pour les soldats blessés, l’autre pour les frais de la guerre, et le troisième pour ceux qui l’auraient pris.

Ce réglement n'avait pas prévu toutes les causes de division qui pouvaient s'élever dans une ville, dont les syndics eux-mêmes disaient que les habitans étaient plus mutins , séditieux, querelleux , portés à noises, débats, divisions et inimitiés, qu'en aucune ville de France. Le partage du butin donnait souvent lieu à des procès qu'on relevait en appel au parlement de Toulouse, ce qui rendait inutile le premier jugement; car dans les circonstances où on se trouvait, personne n'osait poursuivre son droit devant un tribunal qui aurait bien pu regarder, tant les demandeurs que les défendeurs, comme des voleurs ou des assassins, et leur infliger à tous une même péine. Les ministres imaginèrent un moyen qui servit prodigieusement leur politique intéressée. À la suite d’une requête qu'ils firent présenter par un bourgeois aux Consuls , ceuxci décidèrent que les sentences des premiers juges seraient portées devant leur tribunal , qui prononcerait en dernier ressort, augmenté de tel nombre de juges assesseurs qu’ils trouve-

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raient convenable d'y appeler. Cétait un grand pas vers l'indépendance de l'esprit démocratique, que les nouveaux évangélistes s'ellorçaient de semer dans les villes , où chacun’ d'eux ne se promettait pas moins d'autorité que n’en avait Calvin à Genève.

Quelques Montalbanais se montrèrent peu dociles à ces arrangemens, entre autres un certain Bonencontre, homme fier, et qui n'avait pas pour le Ministériat toute la déférence que lon eût bien voulu. Aussi le mena-t-on fort rigoureusement , car il fut excommunié.

Au milieu de ces troubles intérieurs, Montauban ne laissait pas de se tenir sur ses gardes contre les ennemis qui l’environnaient. Le Capitaine Saint-Salvy, retiré dans les masures du Moustier où il s'était fortifié, harcelait sans cesse la ville; Terride , toujours alerte , ne laissait échapper aucune occasion de lui faire quelque insulte. Ainsi tenus en haleine , aguerris par les deux attaques qu'ils venaient d’essuyer et qui leur avaient fait connaître les défauts de leurs fortifications, les Montalbanais travaillèrent incessamment à Îles réparer. Leurs travaux se portèrent principalement du côté de Villénouvelle, qu'ils enfermèrent dans un grand retran-

DE MONTAUBAN. 37 chement ; ils comblèrent de terre une partie de l'église des Jacobins, (1) qui était encore entière, et placèrent au-dessus plusieurs coulevrines qui battaient dans la campagne. Les autres portes furent couvertes de bons ravelins; et, autant que la saison et le temps purent le permettr®?, la ville fut mise en état de soutenir un troisième siége. Terride, effectivement, se présenta bientôt sous ses murailles. Il avait souvent parlé au cardinal d'Armagnac, qui commandait dans Toulouse, du projet de cette attaque, et lui en avait fait voir l'exécution comme chose fort aisée. Les Toulousains, qui regardaient Montauban comme l'unique sujet de leur inquiétude, soit à cause de la retraite et du secours qu’ils avaient donné à leurs ennemis, soit parce que ses troupes allaient faire des courses jusque dans leurs faubourgs, consentirent à fournir à Terride les moyens d'entreprendre ce siége ; ils lui donnèrent des canons , des boulets, de la poudre, avéc sept enseignes de leurs soldats. Ce général y Joignit ses deux compagnies, celle de Saint- Salvy, les deux de Bazourdan , neveu du maréchal de Termes, mille ou douze cents hommes de milice, et marcha contre Montauban, le 9 octobre 1562.

ioux de La Serre, gentilhomme Montalba-

nais, bon catholique qui avait été chassé de la ville et dépouillé de ses biens, à cause de la religion, fit tenir aux assiégés une lettre des calvinistes de Lectoure, qui leur conseillaient de se remettre en l’obéissance du roi, et

ur marquaient le bon traitement qu'ils avaient eux-mêmes recu de Montluc. Mais cette lettre et les exhortations de La Serre ne servirent qu'à lés irriter. Le canon joua dès le lendemain contre la maison de Tieys et l'église des Jacobins. Le 13 , les assiégés brülèrent le faubourg de S.'-Etienne pour empècher les assiégeans de sy loger. Le surlendemain Terride tourna sa batterie contre la tour de Lizié (‘), et contre la courtine qui y était jointe ; elles n’en furent presque point endommagées. Les assiégés , pour témoigner le peu de crainte que leur donnaient ces canonnades, pendirent en efligie sur le haut de la courtine, le cardinal , l'évêque de Montauw ban , et Fontgrave qui les avait quittés. La batterie fut encore changée de place et portée du côté de Montmirat, d'où on la rapporta, deux jours après, contre les Jacobins. Elle y fit enfin une brèche. Bazourdan donna l’assaut,

() La tour de Lizié, ou Ligié, qui faisait certainement partie des fortifications primitives de la ville, s'élevait à l'extrémité nord de la rue Cour-de- Toulouse , et formait le point de jonction des deux murailles qui s'étendaient, d'un côté jusqu'à la porte du Griffoul, et de l'autre jusqu’à celle de Montmirat.

DE MONTAUBAN. 99 la nuit du 22 au 23; il était sur le point d'entrer dans la ville, par la porte du Griffoul, pèle-mêle avec les fuyards, lorsqu'il fut tué par derrière d’un coup de mousquet. Cette mort fut imputée à Terride, qui, en effet, s'était fort ralenti, et qui, après un pourparler qu'il avait eu avec Laborie et Bonencontre, sous prétexte de quelque trève, devint d'autant plus suspect, que l’on remarquait tous les jours dans sa conduite de nouvelles fautes, attribuées par ses amis à son peu d'expérience pour les siéges (°). Le cardinal d’Armagnac, fatigué de la longueur du siége, pria Montluc de s’y rendre, Terride s’en plaignit comme d’une victoire qu'on voulait lui ravir. Montluc qui était son ami, s’excusa auprès du cardinal et du parlement, qui le pressèrent tant toutefois, qu'il s’y rendit comme simple particulier. Ayant trouvé le plan des attaques mal dirigé, peu d'ouvrage fait, les soldats découragés depuis la mort du brave Bazourdan , il conseilla la retraite, qui eut lieu le 3 novembre, après une perte de douze ou quinze cents hommes. Les assiégés avaient aussi perdu beaucoup de monde, mais ils s'estimèrent fort heureux d'en être quittes à si bon

(*) Selon Perrin (Liv. 4. Ch. 4. ), Laborie voulait remettre la ville en l’obéissance du roi; maisles ministres l'empêchèrent, et les femmes, d’après le journal de Pogeti, « n’y voulurent rien entendre. »

marché, car tout le monde reconnaît que sans la mort de Bazourdan et les fautes de Terride, qui n'avait jamais commandé que de la cavalerie, la prise de la ville était inévitable.

Terride laissa encore une partie de ses troupes sous le commandement de Saint-Salvy, dans le fort du Moustier , d’où elles faisaient de continuelles sorties sur les Montalbanais, qui exerçaient de cruelles représailles sur tous les lieux circonvoisins, et entre autres sur S.‘-Maurice (”), dont ils brülèrent l'église, le premier jour d'avril 1565. Cependant la paix ayant été faite le 19 mars à Amboise , Chaumont , envoyé de la reine mère, en apporta l’édit à Montauban, le 15 avril. Les Montalbanais le reçurent avec de grandes manifestations de Joie et le firent aussitôt signifier à Saint-Salvy ; mais celui-ci refusa de l’exécuter, avant qu'il n'en eût reçu l'ordre de Terride, qui le lui envôva par Bidonnet, son lieutenant. On demanda des ôtages de part et d'autre; on voulut mème rédiger des conventions écrites, mais on ne fit ni l'un ni l’autre. Bidonnet sortit

(") Près des ruines de l'ancienne église de S.t-Maurice on a trouvé depuis peu , parmi quelques débris d'armes modernes, de précieux restes d’antiquités romaines : des morceaux de bronze ornés de sculptures , quelques vases, et un Bacchus aussi en bronze, de 17 centimètres environ , remarquable par la beauté de sa pose et le fini de ses formes.

DE MONTAUBAN. 41 le lendemain avec la garnison , sans avertir ni l'évêque n1 les ecclésiastiques. Les calvinistes se jetèrent aussitôt dans le Moustier et en achevèrent la démolition.

La joie que ressentirent les Montalbanais à la nouvelle de lédit, fut d'autant plus grande qu'ils étaient dans une extrème disette de toutes choses, quand Chaumont l’apporta.: La publication en fut faite avec beaucoup de solennité : les Consuls , revêtus de leurs robes miparties de rouge et de noir, montèrent à cheval le 18 au matin , suivis des principaux de la ville ; et précédés de leurs trompettes et tambours, ils parcoururent toutes les rues, et se rendirent sur la grande Place, où le grellier donna lecture de l’édit. Les ministres y firent lire les commandemens de Dieu, et entonnerent le psaume 124. Le soir, des feux furent allumés dans tous les quartiers. Les Consuls allèrent ensuite répéter la même cérémonie devant le Moustier , où Saint-Salvy leur offrit une collation. Comme je l'ai dit, dès que la garnison en fut sortie, le pillage et la démolition de l'édifice commencèrent. Daliés, procureur du roi, et fils du fameux Daliés de Toulouse, qui avait été cinq fois Capitoul, s’y transporta deux jours après, avec les Consuls; et pour se mettre à couvert

d’une aussi prompte infraction à l’édit, dressa un procès-verbal de l’état de la place, dont il imputa la ruine à Saint-Salvy et à la garnison catholique.

Les calvinistes ne dissimulèrent pas longtemps combien peu ils étaient disposés à se soumettre à l’édit, malgré la peste qui ravagea la ville dans le mois de mai, “et qui la travailla si fort que plus de deux mille habitans moururent. » Louis de Peyrusse, Juge-Mage du Quercy, s'étant rendu à Montauban pour en assurer l'exécution, pour assigner aux religionnaires, dans un des faubourgs, un lieu destiné à l’exercice de leur culte, et pour faire rendre aux catholiques les églises des Jacobins, de S.'-Jacques, et de S.'- Louis qui n'étaient pas encore démolies, ils refusèrent d’obéir, et députèrent à la cour les syndics Constans et Bonencontre, pour rendre raison de leur refus, fondé sur ce que l’évêque et le clergé étaient leurs mortels ennemis (*). Ils

(*) Selon la délibération du conseil de ville, du 26 juillet 1563, les calvinistes «avaient plusieurs expresses raisons, défenses et exceptions pour contredire à l’arrêt qui ordonnait la restitution des églises. » En conséquence, le conseil vota la somme de cinquante écus pour subvenir aux frais du voyage de Constans et Bonencontre (Livre des comptes des Consuls. ), chargés de faire connaître ces raisons à la cour. La lettre par laquelle les députés annoncèrent leur emprisonnement ne fut pas plutôt arrivée à Montauban, que le conseil général s'assembla, dans le couvent des religieuses de Ste-CJaire , qui était alors sur la place dite des Monges, et qui servait de Maison-de-Ville

ne furent écoutés qu'avec indignation. En conséquence les deux députés écrivirent qu’il fallait obéir (). Mais les Montalbanais ayant chicané et

« parce que la salle du chasteau consulaire s’estoit éboulée. » —« Voici mot-àmot la délibération de ce jour , 12 octobre :

MM. Escorbiac, Pogeti et Dufau , Consuls, en l’absence des autres , suspects de peste, ont assemblé conseil, et fait proclamer par les coins de la ville, par André Garbis , crieur et trompette public, que chascun chef de maison eust à se trouver audit conseil, dont, à cause dudit danger de peste, n’a esté possible d’assembler sinon Me Bernard Aliés, advocat du roy, Jean Bardon, Jean de Constans, licentiéz, Me Martin Taschard , ministre , Aymeri Pégorié, Me Jean Delportus , licentié , sire Nicolas Mabruni, Jean Boujol, Raymond Rondelly , Jean Petit, Pierre Tenans, bourgeois, Me Gervais, maquignon, et Constans, médecin. — Auxquels a esté remonstré la poursuite que le clergé et évesque de Montauban faisoient, taschant d'avoir les temples de la ville ; donc, par résolution du conseil a esté arresté qu’il devoit estre offert bailler le temple des Jacobins, et aviser de retenir le temple S.t-Jacques, s’il est possible. Et ainsi a esté conclu, sauf que les Consuls et officiers de Montauban auront l'entrée, quand besoin sera, du d. fort des Jacobins, pour obvier à surprise ; et pour éviter frais, Me Hugues Bonencontre sera mandé s’en revenir. — Moy Massip , notaire de ceste ville. »

« Quatre certificats ou copies de cette feinte délibération et délaissement supposé des églises , furent expédiées dans les formes et envoyées par la poste à M. de Montluc, au gouverneur de Bordeaux , au roy et à MM. du conseil privé. Antoine Balzac porta le paquet en cour , auquel on donna 55 livres pour son voyage , le 10 novembre. » — Matériaux pour servir à l’Hist. de Montauban.

(*) Pendant que Constans et Bonencontre étaient à Paris, le roi écrivit à Montluc la lettre suivante :

« Monsieur de Montluc , Ayant entendu les désordres qui sont advenus à Montauban, et le peu d’obéissance que, mesme depuis la paix, les habitans d’icelle ont monstré vouloir rendre à mes édicts et ordonnances ; et d’autre part, ayant entendu de leurs syndics qui sont yci qu’ils estoyent les plus obéissans du monde, j'ay advisé d'y envoyer le sénéchal du Quercy, pour en sçavoir la vérité, avec commission estant sur les lieux , de faire razer le fort , abattre toutes les fortifications qu'ils ont faites depuis ceste guerre, chasser les ministres qui y sont, pource que ce sont bélistres séditieux

refusé de rendre S.'-Jacques, Constans et Bo: nencontre furent mis en prison , et y demeurèrent jusqu'à ce que la nouvelle de la restitution des églises fut arrivée. Pourtant cette nouvelle était fausse. Le roi, qui avait nommé commissaires pour l'exécution de son édit, dans toute la Guyenne, Fumée , conseiller au grand conseil, et Viart, conseiller au parlement de Bretagne , leur ordonna de se rendre à Montauban. Ils y arrivèrent le 8 janvier 1564, et vérifièrent l’état de toutes les églises, en présence de Jean de Lomagne, protonotaire du Saint Siége, de Jean de Varez, grands vicaires de l’évêque , et d'Antoine Badet, chanoine et second archidiacre de l’église cathédrale. Après

qui ne font qu'irriter le public à rébellion et désobéissance; et leur faire commandement de ma part s'ils en veulent avoir, suivant mon édict, d’y en mettre d’autres qui ne se meslent que de prescher simplement, sans s’empescher ni de la police, ni des choses d’estat, sur peine de la vie; et, pour l'exécution de sa commission , après avoir veu comment toutes choses iront , dont il vous en fera le récit , pour , selon le besoin qu’il en aura, lui pourveoir ou de forces ou de moyens. Je vous prie, Monsieur de Montluc, supercéder vostre allée en ladite ville, jusques à ce temps-là , et toute exécution que vous pourriez entreprendre contre eux, laquelle, s'ils y font refus , sera plus que nécessaire ; et en ce cas, s’ils ont besoin d'’estre chastiéz, j'escris à mon cousin le sieur d'Aumale qui est voisin, de sa part y employer ses forces avec vous , s'il en est besoin, de façon qu'il en soit fait exemple : mais si aussi ils font ce que ledit séneschal leur dira et commandera de ma part, et qu'ils obéissent entièrement à mes commandemens , il ne faudra les travailler plus avant ; mais les faire chastier, s’ils font les fols, et une autre fois recommencent à désobéir; etc. etc. De Paris, ce 29e jour d'octobre 1563. Signé CHARLES. — » (Mémoires de Condé. )

plusieurs contestations , on leur rendit, pour le Chapitre cathédral, l'église de S.'-Jacques, où le chœur, les orgues et les autels avaient été pillés et abattus; et, pour le collégial, celle de S.'-Louis, avec promesse de ne pas les troubler dans leurs fonctions. Les commissaires firent emprisonner quelques séditieux qui avaient insulté le clergé, pendant l'office divin, et ordonnèrent aux étrangers de sortir de la ville. Les Consuls répondirent de la sûreté des ecclésiastiques , à qui Montluc voulait donner pour garde une compagnie de ses soldats. Mais les commissaires se contentèrent de la promesse des Consuls ; et au lieu d’assigner aux calvinistes une maison dans les faubourgs pour l'exercice de leur culte, comme le portait l'édit, 1ls le leur permirent dans la ville, sans oser rien prononcer sur la demande des ecclésiastiques, touchant la restitution des tapisseries, ornemens, Croix, calices, chandeliers, châsses, cloches et autres objets semblables, estimés plus de cent mille écus , et pour lesquels les Consuls de 1561, 1562 et 1565 avaient été pris à partie. Les patentes des commissaires portaient cependant qu'ils feraient rendre les meubles et immeubles des ecclésiastiques, quand bien même ils auraient été adjugés par jugement du présidial. Les catholiques ne retirèrent pas d'autre fruit

de cette paix, qui dura jusqu'au mois de septembre 1567, et ne fut avantageuse qu'aux calvinistes. Ceux-ci, se trouvant les plus forts , éludèrent la promesse qu'ils avaient faite de ne reconnaître que les ordres du roi et ceux des gouverneurs institués par sa majesté, de rompre tout commerce avec les chefs du parti, de ne point porter d'armes, de garder les fêtes de l'Église, de ne point chanter publiquement les psaumes, de chasser les étrangers, les religieux et religieuses mariés, et de commettre vingtquatre habitans pour la garde et süreté des ecclésiastiques. Ce dernier article fut ce qui causa le plus de mal, car si les commissaires avaient maintenu la compagnie que Montluc avait établie à cet effet , il est probable qu'elle aurait sérvi à rompre les menées qui précipitèrent notre ville

dans la funeste rébellion où elle demeura jusqu'en

Pour des raisons de politique, le roi, suivi de la reine mère et de ses deux frères, Henri et François, du roi de Navarre Henri de Bourbon, du cardinal de Bourbon, et de Michel de L’Hospital , chancelier de France, quitta Paris, sous le prétexte de visiter les principales provinces du royaume, et de Toulouse vint à Montauban. Il y arriva le 25 mars 1564. Les Consuls

et les principaux habitans, précédés d’une compagnie de jeunes enfans de la ville à cheval et vêtus de taffetas violet, avec des houlettes à la main, reçurent sa majesté près de Bressols.

Bonencontre prononça la harangue, et promit, au nom de tous les habitans, une obéissance absolue. Le roi descendit à l’église S.'-Jacques, où il fut reçu par l’évêque à la tête de son clergé (). Le lendemain 26, la cour visita les

(*). Jacques Desprez avait déjà vu Charles IX à Toulouse , où il s’était rendu avec quelques-uns de ses chanoines, pour faire connaître à sa majesté le déplorable état de la religion dans Montauban. Ses doléances ayant été bien accueillies , l'évêque le fit savoir aux catholiques Montalbanais, les engageant à députer quelques-uns d’entre eux , qui confirmeraient par leurs dépositions celles que lui-même avait faites au roi. Les catholiques députèrent effectivement les sieurs d'Assalit, de Roux, de Vigerre, et quelques autres des plus qualifiés. |

S'il faut en croire Perrin , Charles IX , sur leur demande, ordonna « la démolition immédiate du fort des Jacobins, et des boulevarts de la ville. Ce qui, ajoute-t-il , consola grandement les catholiques , mais plus encore la prompte exécution de l'ordonnance. Car le roi la rendit le 10 février, et le 11 on y travailla de telle sorte que, dans moins de quelques jours, on eut mis à bas les boulevarts des Cordeliers et du Moustier , le ravelin des Carmes, et le fort des Jacobins. » Chap. 6, pag. 200. — Aucun autre historien, à notre connaissance, ne mentionne ce fait.

Le Bret ne dit pas que Henri de Navarre précéda Charles IX à Montauban. « Ce prince, disent les anciens procès-verbaux des actes de la Maison-de-Ville, fit son entrée dans nos murs, le 25 mars, à neuf heures du matin. Les ofliciers du sénéchal , le juge ordinaire de la ville et un grand nombre de bourgeois, allèrent le recevoir aux limites de la juridiction. Les Consuls l'attendirent sous la porte du bout du pont, joignant le Chasteau, avec leurs chaperons et robes consulaires. À son arrivée, ils lui présentèrent un poële ou dais, couvert de damas violet, dessous lequel le prince se mit, le dais étant porté par les Consuls, trois de chaque costé, avec six bourdons ou bastons. Il fut conduit de cette manière, et en passant par La grande rue, jusqu'à la

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