‹ Histoire de MontaubanChapitre 25 sur 60 · AVERTISSEMENT. XXXIX · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT. XXXIX

cœur le regret le plus vif. Nous aurions éprouvé une bien douce satisfaction à reconstruire les annales d’une ville plus jeune que ses voisines, mais qui n’a pas besoin, pour réclamer une belle place dans l'histoire , de se présenter avec le gui des ‘Druides au front, les flancs serrés dans une ceinture de murailles romaines. Sortir d'une lutte de la plus puissante maison du Midi avec l'autorité qui dominait alors tous les trônes; passer de ces débats, où son avenir et sa liberté étaient en jeu, aux batailles de la guerre Albigeoise; puis, quand le Léopard vainqueur déchire à belles dents l’écusson fleurdelisé, tourner contre lui les fortes armes qui avaient tailladé les cuirasses de fer des “homicidiers de Montfort; puis encore, à peine délassée de ses brillantes joutes contre l'Anglais, se prendre corps à corps avec les rois qu’elle avait su si bien défendre; devenir le boulevart de la Réforme; se livrer ardemment au double enthousiasme de l'esprit religieux et des passions républicaines ; et, après avoir toujours combattu avec le même courage , la même insouciance du danger , mourir du même coup qui frappa au cœur la France féodale, — pour renaître ensuite, manufacturière, et s'étendre au soleil, sur les rives’ de son beau fleuve, au milieu de ses vastes horisons, avec ses longues files de maisons blanches et ses pâles bouquets de saules : telle a été la destinée de notre ville; et, certes, il y

a dans cette orageuse existence, — ou il n'y a nulle

XX xx AVERTISSEMENT part, — de riches détails pour la poésie, de larges documens pour l'histoire, cette autre muse! — Savezvous, en France, une cité, qui passe plus rapidement des faiblesses du berceau à la virilité de la vie sociale? qui acquière plus vite la conscience d'elle-même? qui se fasse ainsi grande et vigoureuse en quelques jours , et, au bout de quelques jours, saillisse plus fortement sur le fond, pourtant si bien rempli, des choses nationales? Voyez, en eflet, il n'y a pas encore quarante ans que Montalba s'est assis sur le plateau du Tarn; le comte de Leicester attaque le comte de Toulouse, ou plutôt le Nord se rue contre le Midi, — et notre ville est déjà si considérable, que, — quand il est question, au concile de Latran, de restituer à Raymond VI ses domaines conquis par Montfort, — F'oulques, le fougueux évêque Toulousain, s'écrie, en s'adressant au Pape : « Quoi! vous voulez lui rendre Toulouse, et même Montauban! » Les Anglais ne croient pas assez faire, pour garder la cité Montalbanaise, d'élever de grosses tours sur ses murs, d'y entretenir une garnison nombreuse, ils la ceignent d’un formidable cordon de bastilles. Vous savez, enfin, que le quatorzième jour de novembre 1621, après trois mois de tranchée ouverte, elle vit les plus grands capitaines de la France, et le roi de France en personne, tourner le dos à ses remparts. Êt c'est ainsi que se jouèrent, sur cette terre

qui nous porte, sous ce ciel resplendissant qui nous

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