‹ Histoire de MontaubanChapitre 30 sur 60 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Rs ne, lorsquil parle du Quercy, le

Co 19 nomme parmi les provinces limitroet phes de la Narbonnaise, et ajoute, en réponse à un auteur quil ne nomme point, et qui avait avancé que l'Égypte était le seul pays où se faisaient les toiles de lin, qu'il ne s’en faisait pas de moins belles en Quercy (”). Il est

{*) Strabon, liv. 4, Geog. vante les toiles de lin que fabriquent les Cadurques : map tots Kadoupxots Mvovoyiæ. Pline, liv. 19, n.02, hist. nat., nomme parmi les peuples qui cultivent le lin les Rhuteni et les Cadurei ; ajoutant un peu plus loin : nullum est candidiùs lanœve similius , sicut in

entre le 45° et le 44° degré de latitude, et a de longueur environ 24 lieues , du Levant au Couchant, c’est-à-dire de Labastide à Valence, et de largeur environ 19, du Midi au Nord, c’est-àdire de Montauban à Cressensac, suivant les mo-

culcitis prœcipuam gloriam Cadurci obtinent. Enfin Juvénal, sat, 7, atteste par ces mots :

Institor hibernæ segetis niveique Cadurci.

les qualités de ces tissus éclatans, dont le nom se confondait avec celui de la province qui les produisait.

On ne peut suivre dans l’histoire les vicissitudes de cette industrie, qui périt probablement avecl’administration romaine, dont les encouragemens s'étendaient sur tous les arts. Elle fit sans doute la fortune de Mirabel et de Molières, dont les plateaux argilo-siliceux, traversés par le chemin de Rome, étaient éminemment propres à la culture des plantes textiles, lorsque de vertes forêts les protégeaient également contre les froids et contre les sécheresses. Cette industrie contribua aussi à l’opulence de Cosa que Strabon cite, liv. 4, Geog. parmi les villes les plus riches et les plus importantes des Gaules, assise auprès d’une station romaine sur les bords de l’Aveyron , qui ne voit pas, dans ces champs fertiles qu’il arrose, de plus précieuse récolte que celle du chanvre et du lin. |

Au commencement du xvure siècle, sous les inspirations de Sully, baron de Caussade , il se fit à Montauban et dans les villes qui l’environnent d’utiles efforts pour améliorer la fabrication des toiles ; les tisserands s’organisérent en corps de métier ; deux baillis , gens de bien et de bonne vie, bien experts et capables du métier, élus annuellement, étaient chargés de visiter toutes les toiles et marchandises du métier qui se vendaient dans Montauban , et s’ils en trouvaient qui ne fussent pas loyales et vendables, ils les saisissaient et les remettaient aux consuls , qui prononçaient sur la fraude (liv. Jaune, f.0 28).— Trente ans après , il se vendait à Montauban pour plus de cent mille livres de toiles.

On a perfectionné naguère à Montauban quelques-uns des travaux qui se rapportent à la fabrication du fil, mais il reste encore une large voie au progrès , depuis la culture si mal comprise des plantes , jusqu'à l’atelier si gros-

sier , silent, et , nous ajouterons , si insalubre du tisserand.

dernes, qui comprennent dans cette étendue environ 24 paroisses de la sénéchaussée de Rodez, et environ 60 de celle d'Agen, qui ne sont du Quercy que pour le spirituel.

Les Quercinois étaient des plus braves entre les Gaulois ; 1ls partagèrent avec les Auvergnats les plus dangereuses entreprises de la guerre contre César, prirent part au soulèvement de toutes les Gaules sous Vercingétorix, qui était de Clermont et qui senferma dans la ville d’Alexie où il fut pris. Cette guerre dura dix ans, et se termina par le siége et la prise d'Uxellodunum.

On n’est pas d'accord sur le lieu où était cette ville; les paysans du Quercy disent que c'était à Capdenac ("); d'autres croient que c'était à Mar-

{”) Dans un savant mémoire, publié en 1820, M. Champollion-Figeac fait ressortir les raisons puissantes qui le portent à affirmer que Cap-de-Nac est bâti sur les ruines d'Uxellodunum.

« On chercherait vainement, dit-il, page 63, au Puy-d'issolou, et des ruines qui puissent y faire voir les traces d’une ville détruite , et celles d’une fontaine qui rappelle, sous quelques rapports, la fontaine d'Uxellodunum , tarie par le stratagême de César , et une position convenable à l'assiette de cette ville, et un état des lieux qui se rapproche, même en un seul point principal, de la description laissée par les historiens latins.»

Il expliqué ensuite, page 64, comment, sous la plume mal informée d'Henri Le Bret, une coupure de 8 pieds de haut sur 6 de large , grossièrement faite dans le roc qui s’opposait à la continuation du chemin, est devenue la porte de Rome,

Voy. aussi Delpon , Statis. du Lot , tom. 1 , pag. 445, et Gaujal, Ess. hist.

tom. 1 , pag. 158.

tel; le géographe Samson, qui s'y est également ompé, a voulu que ce füt l’ancien Cahors qui n'était éloigné que d'environ trois cents pas du lieu où est Cahors aujourd'hui. Mais ceux qui ont été, comme moi, sur les lieux et ont cherché la véritable situation d’'Uxellodunum, n’ont pas eu bien de [a peine à la trouver, puisque le nom en langage du pays la découvrait assez, le Puech dIssolou, où le Mont d’Issolou, ayant un rapport très juste avec le mot et situation d’Uxellodunum.

Cette ville, en effet, était, selon César, sur une hauteur fort escarpée, ceinte en partie d’une rivière qui traversait le vallon, enfermée entre plusieurs hautes montagnes d’où ses soldats empêchaient les habitans d'aller puiser de l'eau à cette rivière, et avait enfin, du côté que cette rivière ne la fermait pas, une fontaine dont César fit couper les sources, et par ce moyen força les habitans à se rendre : ce qui ne se trouve ni à Capdenac, n1 à Martel, ni à Cahors, mais au seul Puech d'Issolou, qui est entre la vicomté de Turenne et le Quercy, et où, avec tout ce que dit César d'Uxellodunum , on voit encore un vieux et grand portique, appelé par ceux du pays la porte des romains, et même quelque reste de leur camp.

Quelques-uns veulent que les Quercinois aient

DE MONTAUBAN. 9 envoyé autrefois des colonies en plusieurs pays éloignés, et principalement dans La basse Hongrie, où 1ls disent qu'elles fondèrent Belgrade (”). Tite-Live parle des Tectosages, qui sont les Toulousains, et même des Trocmes et Toristoboges 4 comme de leurs voisins et alliés, sans pourtant dire leur situation. De sorte que si les Quercinois ont été en Allemagne , il faut que ce soit du temps de Tarquin-le-Vieux, environ l'an 150 ou 140 de la fondation de Rome, et lorsqu'Ambigat, roi des Gaulois, appelés alors Celtes, envoya, pour décharger le pays, grand nombre de ses sujets, les uns en ‘Allemagne sous la conduite de Ségovèse, son neveu, d’où, après y avoir demeuré plus de trois cents ans, ils passèrent en Asie; et les autres, sous la conduite de Bellovèse, son autre neveu, en Italie, d’où ils passèrent en Grèce. Toute la difficulté est de savoir avec qui les Quercinois émigrèrent, car ils ne sont nommés ni entre les peuples qui suivirent Bellovèse, (Berruyers, Auvergnats , Autunois, Ambarres ou Nivernistes, Sénonois et Carnutes), ni entre ceux qui suivirent Ségovèse et qui furent les seuls Tectosages, Trocmes, Toristoboges. Je laisse toutes ces histoires à la discus-

() On peut voir le développement de cette opinion dans l’histoire du Quercy, de Cathala-Coture, tom. 53, pag. 235 ; — opinion combattue par Delpor, Statistique du Lot, tom. 1.

10 HISTOIRE sion des critiques et je reviens à la description du Quercy.

On le divise en haut et bas Quercy : ce qui est depuis Cahors jusqu'au Limousin , s'appelle le haut ; et le bas, ce qui est depuis Cahors jusqu'à Montauban inclusivement. Il est également montueux partout, mais le haut plus que le bas. Les seules ville et seigneurie de Montauban jusques à Caussade, contiennent ce que l’on peut appeler une plaine et même des plus agréables du monde : mais, quelque montueux que soit lereste, il ne laisse pas d’être extraordinairement peuplé et fort abondant en gibier, en vin, en bléet en fruit, et tout cela si excellent que, comme la France passe pour le meilleur pays de l’Europe, la Guyenne pour le meilleur pays de France, et le Quercy pour le meilleur pays de Guyenne, le Montalbanais, qui surpasse tout le reste du Quercy, doit être, comme :l serait en eflet, le meilleur pays de l’Europe, s’il y croissait de l'argent; car ce défaut le rend fort désagréable à ses habitans, dont l’industrie ne va qu’à en trouver pour payer la taille (*). Aussi, je crois que c’est ce qui en rend

(*) La remarque de notre auteur n’a rien perdu de sa vérité. — « Le département de Tarn-et-Garonné , quoique privé de commerce et d'industrie et réduit aux seules ressources de son agriculture, paie annuellement à l’État, pour

les frais du gouvernement central, 5,022,4692 fr. 94 c. de plus qu’il ne reçoit,

DE MONTAUBAN. 11 le peuple, non seulement ménager, mais fort intéressé , comme tout le reste des peuples de Guyenne, qui ne sont aucunement pécunieux (2).

ou environ le quart de son revenu territorial. — Cette énorme et annuelle extraction de numéraire explique le manque d'industrie et d'instruction; elle accuse gravement le mode actuel de répartition des impôts, et doit finir , si elle dure , par ruiner complétement le pays. » (France Pittoresque, départ. de Tarn-et-Garonne, pag. 200).

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