CHAPITRE IV
2 . fi » e KG Es anciens géographes n'ont fait au- #e(cune mention du lieu de Montauriol (*); et néanmoins, selon toutesles Es histoires du pays, c'était un gros bourg
ou petite ville, dont l’aïeul de saint Théodard,
(*) Il ne reste pas la plus petite trace du bourg de Montauriol. « Il dépérit de telle sorte par la succession du temps, dit Perrin, qu’à peine en voiton maintenant , hors des fossés , quelques marques. » Chap. 4. — La tradition populaire n’était pas même d'accord sur son emplacement. Quelques-uns croyaient qu'il était situé sur les bords du Tescou , près du moulin de | Abbadio ; selon le plus grand nombre il occupait le carré formé aujourd'hui par la
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archevèque de Narbonne , était seigneur, environ lan 750. L’arianisme , que les Gots avaient laissé dans la Guyenne, infectant encore divers endroits du Quercy, plusieurs personnes de qua-
partie du boulevart qui va du jardin de l’évêque au bout du faubourg Lacapelle , par la route de Monclar jusqu’au dessus de la croix de Saint-Michel , par le petit chemin qui passe sous l’enclos de Beau-Soleil, et par la propriété de M. Belvèze. Cette dernière opinion , qui nous paraissait la plus plausible , se trouve d'accord avec un acte qui termine toute discussion à ce sujet. C'est le relevé d’un article du testament d’une certaine dame Salidi, établissant le don annuel d’un baril de vin en faveur de l'église de Saint-Jacques, li qual baril de vi laichec sobre las vignas que so els valatz de la vila velha, li qual valat teno de la via que va del Mostier de Sant-Auxart vas la barriera tornenta , ho (jusqu’au) en la via comunal que va de Montalba vas Sant-Laufari. Un manuscrit de la bibliothèque communale parle du Valat Viel, qui séparait: Montauriol des terres du comte de Toulouse; « il subsiste encore, rapporte-t-il, joignant le jardin de Bandelin-Rouges, que le séminaire a achepté depuis peu. » ( Liv. Rouge, fol. 29. ) D'où il résulie que Montauriol était sur la hauteur , comme l'indique encore la croix de Saint-Michel, téntre d’un ancien cimetière, qui tenait à une église ou chapelle du même nom , et affectée , d’après nos archives, à l’usage des habitans du bourg. — Le manuscrit déjà cité, après avoir rapporté un passage de l’ancienne légende de saint Théodard, ajoute : « De sorte que Montauriol était situé sur un mont au pied duquel , vers le levant , le midy et le couchant ;, coule et serpente le ruisseau de Tescou.... entre deux côteaux trez fertiles... dont l’un, s’élevant à main droite du Tescou, en descendant ce ruisseau , forme Montauriol , et l’autre , à la gauche opposée, s’abaissant droit au midy, etc., etc. » Le terrain qui était devant le Moûtier conservait encore le nom de Vieille Ville, dans un titre de l'an 1587, chap. du fief de la Polaria, qui doit être conservé dans les archives de l'hopital. — Les fossés de Montauriol se voyaient encore au temps de Perrin ; « ils le marquent, dit-il, avoir esté de petite étendue et dans sa largeur et. dans sa longueur. » Chap. 3. — Le bourg fut si complétement abandonné, qu’il n’en est jamais plus question, dans nos annales, à partir du moment où Montauban se fonde. Il n’en fut pas des ruines du berceau de nos aïeux , Comme de celles qu’une sorte de piété filiale dispute religieusement aux ravages des siècles ; elles disparurent bientôt , dédaignées par les anciens vassaux de l'Abbaye, peut-être même violemment arrachées du sol par leur
DE MONTAUBAN. 23 lité, pour l'en déraciner entièrement, y appelèrent les moines de saint Benoît. Le seigneur de Montauriol, dont la piété égalait les richesses, en fit venir de la Chaise-Dieu, en Auvergne (‘), et
colère. A certaines époques nous donnàmes un peu trop facilement dans ces aveugles travers. Nos préventions inintelligentes ont détruit ce que le temps aurait respecté. Est-ce que nous ne savions pas que l’histoire est, pour tous les hommes du même pays, une propriété commune , un patrimoine moral, qui n'appartient à aucun , — à aucun parti, à aucune secte, — parce qu'il appartient à tous ? Nous n'avons pas laissé au soleil une seule de ces pierres , qui sont comme l'autel du patriotisme, cette religion qui meurt la dernière dans le cœur de l’homme. II nous restait ce mur, si haut et si noir de l’église Saint- Jacques : un recrépissage, non moins ignoble pour être déguisé, vient de nous le salir brutalement , sous prétexte de le consolider, lui qui aurait vu passer et mourir , sans perdre une seule brique , d'innombrables générations d’architectes. Et les vieilles salles du Fort Castel des Comtes de Toulouse. n’en ontils pas fait un cloaque! Du reste, nous portons la peine, —une rude peine, —de nos sacrilèges insouciances. Voilà que nous naissons comme fatalement incapables de toute idée, de tout sentiment artistique. Que bâtissons-nous qui ne soit laid ou mesquin ? — « Quiconque néglige, oublie, méprise le passé, dit Michelet , il en sera puni. »— Cela est fort triste assurément , et vaut la peine qu'on y réfléchisse. —
(*) Le monastère de la Chaïise-Dieu, bâti en 1046 par saint Robert, et qui n’était en 1045 qu'un hermitage, ne fut érigé en abbaye qu’en 1052 (Mabil. an 1043, n.0 5, et an. 1046, n.0 107). Le Bret s'est donc trompé quand il à dit qu’au vur.e siècle les moines de cette abbaye avaient été dans le midi de la France prêcher contre les Ariens. Il est vrai que l’abbaye de la Chaise-Dieu eut avec celle de Montauriol des relations de fraternité, qui durèrent long-temps ; mais elles ne commencèrent qu’à une époque plus rapprochée. Les jeunes moines de l'Auvergne s’acquirent bien vite une si haute réputation de sainteté {les huit premiers abbés sont comptés parmi les saints) que plusieurs monastères, menacés d’ailleurs par le pape Grégoire VII, qui poursuivait à outrance tous les actes de simonie, accoururent sous leur obéissance, et implorérent leurs réformes. De ce nombre fut l'abbé de Montauriol, qui, en 1079, se soumit , lui et les siens, à l’abbaye de la Chaise-Dieu. Voici dans quels termes les au-
teurs de la Gallia Christiana racontent cet évènement : anno 1079, sedente
les établit dans son propre château, que Théodard, son petit fils, leur céda enfin avec la seigneurie. L'odeur de leurs bonnes actions se répandit aussitôt dans tout le pays, et y attira tant de monde que Montauriol fut trop petit pour contenir le. grand nombre de ceux qui venaient de tous côtés pour se faire instruire, et en mème temps, pour trouver protection contre les hérétiques, qui, appuyés des restes de la défaite de Waifre, faisaient souffrir une infinité d'outrages aux fidèles. Ce fut alors que, sous la protection de Pépin et de Charlemagne, et avec la permission de l'abbé, tout ce pays encore désert fut défriché, habité et si bien cultivé qu'il devint un des plus beaux de l'Europe.
Montauriol , bâti et comme perché sur une moniagne à l'égard de la plaine de Toulouse et du vallon de $'.-Nauphary, tire son nom de cette situation et de l'oiseau appelé auriol en langage du pays. Cet oiseau, sur un mont, était ancien-
Seguino, locus Casæ-Dei, tm religionis famä, tm amplissimis possessionibus excrevit adeù ut abbates S.-Michaelis Galliacensis et S.-Martini Montalbanensis, sese suaque monasteria abbati Casæ-Dei subdita rescriplo declarent; cujus rei confirmationem Sequinus, Romam profectus , impetravit à Gregorio papä VIT, bull datä Later VI, cal. aprilis. Ex Italià remeans venerabilis abbas Sequinus monasterium Montis-Albani visitavit (Gail. Christ. nov. ed., tom. 2, pag. 550).
L'Abbaye de Montaurjol resta sous la dépendance de celle de la Chaise-Dieu,
jusqu'à la création de l'évêché de Montauban en 1517 (D. Vaiss., t. 2, p. 51).
DE MONTAUBAN. 25 nement aux armes de lAbbave, d'où 1l passa dans celles du Chapitre cathédral. Néanmoins Montaurio] a été appelé par quelques auteurs latins Hons Aureolus (*), sans que j'aie pu découvrir pourquoi; car sa terre est trop bonne et trop grasse pôur paraître sablonneuse n1 dorée, comme quelques-uns disent que c'est de là qu'on lui a donné ce nom d'Aureolus (”).
(”) Voir l'introduction, pag. xur.
(””") Perrin, chanoine du Chapitre cathédral, mense Saint-Étienne, etc., elc., — et non pas Pori, comme l’a écrit M. le baron Chaudruc de Crazannes, dans sa notice historiqueet descriptive de l’ancienne cathédrale de Montauban, — nous à laissé une histoire manuscrite de notre wille, dont nous avons retrouvé une copie dans le 1.er des deux gros volumes in-4.0, M. S., conservés à la bibliothèque communale , et qui contiennent , en outre, une foule de précieux documens relatifs à nos annales. — Nous emprunterons à cet ouvrage , beaucoup plus développé que celui de Le Bret, les détails dont l'absence se fait sentir si souvent dans le texte que nous publions.
Perrin paraît avoir adopté le sentiment des auteurs latins, qui ont appelé Montauriol Mons Aureolus. « Les parens de saint Théodard, — dit-il, chap. 1, pag. 2, — firent bastir un couvent sous le nom de Saint-Martin-de-Tours, tout près du ruisseau du Tescou, dans leur propre fond, sur un mont qui, bien que petit dans sa contenance, est fort grand et riche dans son assiette, — pour les objets très agréables qui lui estoient opposés, lesquels, sans doute, lui ont acquis le nom, qu'il porte encore , d’Aureol en latin, et d'Auriol en termes du vulgaire. » —
La critique pourrait, peut-être , trouver à mordre dans l'argument que tire Le Bret, en faveur de son opinion, des armes parlantes du Chapitre (un Loriot sur une montagne ). La traduction donnée par le vulgaire du mot Aureolus , d’Auriol , aurait bien pu prévaloir à la fin, et s'imposer à la nécessité de recourir à un objet vivant, pour obtenir la personnification de la qualité exprimée par l'adjectif latin. Est-il bien certain d’ailleurs que ces armes aient
été primitivement celles de l'Abbaye? — D. Vaissete à publié un fragment du testament de Jeanne, femme d’Alphonse, dernier comte de Toulouse. L'original de cette pièce (1270) est conservé aux archives du royaume. Il porte huit
sceaux sur lacs de soie rouge tressée. Le premier est celui de Jeanne, et le second, celui de Bernard de Malemort, abbé de Montauban. Or, ce sceau n'est nullement celui du Chapitre. Il est oblong, comme celui de Jeanne ; l'abbé y est représenté de face et debout, vêtu des ornemens pontificaux ; il donne la bénédiction de la main droite, et tient une crosse avec la gauche. La légende est celle-ci : $. Bernardi abbatis Montis Albani. Le contre-scel, qui est rond, offre seulement le buste de l'abbé , avec ces mots : Gra Dei sum id quod sum. — On objectera peut-être que la Communauté avait son sceau, distinct de celui de l'abbé ; mais nous possédons des actes , conclus collectivement par l’abbé et les moines , et dans lesquels il n’est fait mention que du sceau de l'abbé. — La question n'est pas assez importante pour mériter un
plus long examen. —