‹ Histoire de MontaubanChapitre 47 sur 60 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

FRPACEGOE traiterai maintenant, avec quelque \ #ésoin, de l’église collégiale , des autres KE De églises, chapelles et monastères de ETS Montauban.

L'église collégiale était une paroisse de l’ancien diocèse de Toulouse, fondée sous l’invocation de S.'-Étienne, premier martyr ; mais on ne sait pas le temps de sa fondation. Elle fut bâtie sur le bord du Tescou, qui séparait le

144 HISTOIRE | Quercy du Languedoc et n'était qu'à trente pas de la porte de la ville, appelée de S.'-Étienne. Elle servait de paroisse au faubourg qui porte encore ce nom, et qui devait être autrefois bien plus important (*) quil ne l’est aujourd’hui. Le

(*) Le faubourg de Tescou a, selon nous, une importance qu'on a négligé jusqu'ici de signaler, et qui cependant mérite de fixer l'attention des hommes dont les travaux tendent à recueillir les anciens titres de notre vieille histoire.

Les Tascoduni, ou, comme le veut, d’après plusieurs manuscrits, le P. Hardouin , les Tascont, ainsi nommés du mot ibérien Esken qui veut dire homme ( de Humbold, voy. aux Pyren. tom. 1, pag. 255 ), formaieni une tribu Gauloise que Pline ( hist. nat. liv. 5. n.0 4. ) nomme parmi les peuples de Ia Narbonnaise, et que Danville { Not. de ia Gaule. ) place sur la rive gauche de la rivière qui porte leur nom, le Tascon, Tescon, Tescou, dans cette partie de la province qui touchait à la première Aquitaine. (V. D. Vaissette, tom. 1 pag. 602. M. Du Mège partage l'opinion de Danville. V. Histoire du Langued. 2.e édit. tom. 1. pag. 148.)

Voilà donc précisé le territoire occupé par notre tribu, qu'Astruc reiéguait, en 1757, parmi les peuples dont la position était entièrement inconnue. (Mémoi. pour servir à l’hist. naturel. du Langued. pag. 54.)

Mais le Burg, la cité, le temple des Tasconi, où étaient-ils ? On ne saurait, croyons-nous, en trouver les traces sous les ruines de Mons-Aureolus, au nom tout romain, sur les côteaux caillouteux qui dominent la rive droite du Tescou, vers son embouchure, où on ne vit jamais pousser que de maigres chênes, quelques hêtres et peut-être aussi quelque bouleaux étiolés, si cet arbre , qui se plaît sur les térrains granitiques , souvent arrosés par les orages, a pu vivre sous noire climat dont les chaleurs prolongées étoufferaient ses racines rampantes. Ce n’est point dans des sites semblables que les Gaulois bâtissaient leurs cités. Les villes fortifiées s'élevaient sur des rochers, comme Uzxellodunum ; ou sur des montagnes , comme Alexia et la cité des Arvernes; mais combien elles étaient peu nombreuses! Voyez, au contraire, la foule des Burg et des cités toujours dans la plaine, toujours sur les terrains les plus fertiles, nous dirions les plus humides. Tolosa s'avance jusque dans les eaux de la Garonne, ainsi qu’'Aginum et Burdigala; Elusa se cache dans les roseaux de la Gélise ; et, pour ne pas multiplier les exemples, voyez notre Cosa, qui se baignait dans l'Avéyron.

DE MONTAUBAN. 145 pape Jean XXIL, lorsqu'il créa le diocèse de Montauban, érigea l’église de S.'-Étienne en collésiale, la fit la seconde de ce diocèse, et lui assigna un reyenu considérable pour l'entretien d'un Chapitre composé d’un doyen , d’un chantre, de dix chanoines, de quatre hebdomadiers, de vingt-deux chapelains, deux diacres, deux sousdiacres et six clercs. Le Doyenné est électif par les chanoines et par l’évèque qui, dans cette élection, n’a que sa voix, et ensuite confirme l'élu ou le refuse, comme il le juge à propos.

Guidés par cet usage constant, les Tasconi ne pouvaient trouver, pour bâtir leur cité, un lieu plus propice que le Delta formé par le confluent du Tarn et du Tescou. Là croissaient des arbres assez nombreux, assez élevés, assez touffus pour former la sombre enceinte du sacrifice (Strabo, liv. 4. Lucan. Phars. 1. 3. — Lescalop. Theolog. vet. Gall.), assez vigoureux pour produire le gui sacré, le rameau des spectres (Mallet, introd. à l’hist. du Danem. tom. 1. ); c'étaient des chênes, « que n’avaient jamais atteints la foudre ni la cognée » ( Lucan. liv. 3. v. 409. ), des hêtres, des trembles, des ormes, dont les branches enlacées étaient unies par les mille rameaux des pâles clématites , dont les troncs noueux, rongés par la mousse et les lichens, étaient couverts de mélancoliques liserons , derrière lesquels se cachaient les tristes fleurs de la veryeine. :

Ce lieu était aussi éminemment propre à favoriser le commerce de la tribu, à cause des relations faciles qui lui étaient ouvertes avec les peuplades voisines et avec les marchands des colonies grecques, qui remontaient les rivières pour venir échanger quelques objets d'art, contre le vin, les céréales, les métaux précieux, fournis par la contrée. Le Tarn et le Tescou formaient, en cet endroit, plusieurs îles, où se tenaient , à l'abri, les frêles embarcations des commerçans de Massilie, d'Agatha, de Théliné, de Cyrène.—{(« Le jardin des Jacobins et l’île contiguë ,» dit Perrin, pag. 75.—Au commencement du xuie siècle, le comte de Toulouse cède aux habitans de Montauban « les rives et les {les du Tescou ». )

Le revenu se partage entre ces divers membres du Chapitre, d’une manière assez particulière : le doyen, le chantre et les dix chanoines ont pour eux cinq portions sur douze ; les sept qui restent se divisent entre les autres, les hebdomadiers en ayant plus que les chapelains, ceux-ci plus que les diacres et sous-diacres, et ces derniers plus que les clercs.

Les chanoines de S.‘-Étienne prétendirent long-temps qu'ils étaient exempts de la juridiction de l’évêque, en vertu de certaines bulles ;

«On ignore, dit Le Bret, à quelle époque fut bâtie l'église de Tescou:;» et, en effet, aucun des actes de nos archives ,— qui parlent de la construction des diverses églises qu’on éleva successivement, depuis celle de S.t-Jacques , fondée une trentaine d'années après l’époque où le terrain qu'occupe aujourd'hui notre ville reçut le nom de Wontalba, — ne dit un mot de la construction de celle de S.t-Etienne. Ne pourrait-on pas dire qu’elle fut bâtie dès les premiers siècles où le Christianisme pénétra dans les Gaules, sur les ruines mêmes, ou plutôt sur l'emplacement du temple druidique, ainsi que ne manquaient jamais de le faire les premiers chrétiens , soit pour honorer le sang des martyrs, qui, presque toujours, avait coulé sur les autels de Teutatés ( « Le Christ, disait Théodoret aux païens, a mis ses morts à la place de vos dieux».), soit pour ne pas laisser aux esprits chancelans les prestiges des lieux consacrés par les ancêtres, soit, enfin , pour prouver à tous l'impuissance des anciens dieux , que le Dieu unique et puissant avait à jamais ensevelis sous les ruines de leurs sanctuaires ?

L'ancienne église de Tescou était située, selon Perrin (chap. 4. p. 75.), « joignant les maisons qui ont servi de clôture et de lieu de solitude aux Frères précheurs», c'est-à-dire sur l'emplacement qu'occupent aujourd'hui les bains nouveaux. Or, à notre avis et d’après tous les renseignemens que l'histoire nous fournit touchant les habitudes des populations Gauloises , c'est sur ce même emplacement, entre les bords rapprochés des deux rivières , que

mais Jean d’Oriole, qui fit biffer les armes du Pape, qu'ils avaient fait graver sur la porte de leur collége, leur ayant intenté un procès devant le parlement de Toulouse sur cette prétendue exemption, Jean Després, son successeur, les y poursuivit, et y obtint un arrêt, en 1535, par lequel ils furent déboutés de cette prétenuon. Jean XXIT, qui avait créé ce Chapitre le 20 février 1317, l'avait, en effet, soumis à l’évêque par sa bulle du 22.° du même mois.

les Semnothées, au front ceint du bandeau couvert d'étoiles, avaient dù élever leur autel, au milieu des grands arbres. -

Quoi qu'il en soit, ce qui prouve que l'église de Tescou remoñtait à une haute antiquité et était antérieure au Moûtier de S.t-Théodard, c’est que les moines de l'Abbaye, qui étendaient leur pouvoir sur toutes les églises des environs , n'élevèrent jamais aucune prétention sur celle-ci. Le territoire des anciens Tasconi était hors de leur juridiction , en 1250, — lorsque les Jacobins vinrent s'y établir malgré eux. — Le Burg ou Barri de Tescou conserva jusqu’au xur.e siècle une certaine importance, puisqu'il y avait un baïlli qui refusait de se soumettre aux Consuls de Montauban , malgré les injonctions de Philippe-le-Bel ( Liv. Armé, fol. v.0 50.)

Concluons qu'il n’est plus permis de dire qu'on ignore où vivaient les Tasconi , et que, s’il est vrai qu’on les perde de vue, comme peuple, dès les premiers temps de la conquête romaine, le regard attentif de l'historien peut en retrouver quelques souvenirs sur le sol qu'ils habitèrent. Leur territoire est là, sous nos yeux ; leur cité est aussi facile à exhumer qu'aucune des cités réputées Gauloises. Mais que nous reste-t-il de la tribu antique ? Et que nous reste-t-il des Tectosages, des Éduens , des Arvernes, des Bituriges, des Cadurques ? Un nom! Certes, le nom du peuple qui vécut sur nos rivages s’est conservé plus intact et plus noble que celui de la plupart des tribus qui en portèrent de plus fameux ou de plus sonores; ce petit courant d’eau qui s’en va le long de nos murs, entre deux rives si vertes , si ombreuses, dans un lit de sable où le soleil fait reluire tant de paillettes d’or, s'appelait, il y a deux mille ans, comme aujourd'hui, la rivière des hommes; le pauvre faubourg de

1 ne reste rien de l'église de S.'-Étienne que ses fondemens qui sont à fleur de terre, et indiquent qu'elle avait environ vingt-cinq cannes de long sur dix ou onze de large.

L'église de S.'-Jacques (13) est dans la ville, vis-à-vis le palais du présidial ; elle est d'environ trente ans plus moderne que Montauban. La grande distance qu'il y avait de la ville au Mouster, obligea les habitans de demander aux moines qu'il leur fût permis de bàâtür une chapelle, où, en temps de pluie, on dirait la messe pour les vieilles gens et les malades. Ce qui leur fut accordé par l'abbé Amélius (”). La guerre des

Sapiac, ce barri, où languissent tant de misères que là nature semble prendre à plaisir de voiler sous le frais rideau d’une luxuriante verdure , c'était le Burg des hommes! — Le torrent des siècles n’a pas toujours respecté ainsi le domaine de l’histoire.

(*) « L'ancienne paroisse de Saint-Michel , establie assez près du lieu de Montauriol, sur une petite éminence, dans la gasche de Campaignes, estoit trop escartée de la nouvelle ville, comme il paraist par ses ruines, et fort incommode aux habitans es jours d’hyver et de pluye, aussi bien que son annexe, l’église de Saint-Vincent , ou autrement la Chapelle, quoyque bastie au milieu du faubourg... . car souvent estoient privés d'’ouïr la S.te Messe, les jours de dimanche et de festes......…............, c’est pourquoy, pour ne pas manquer aux devoirs d'un bon chrestien, ils se proposèrent d’avoir un lieu dans la ville pour y bastir une chapelle... partant à ces fins, l'abbé Amélius qui fut prié , bientost après qu'il eut esté récompensé et satisfait du Comte (après la transaction de 1149), leur en accorda la bastisse, à condition qu’ils en feroient les frais et la tiendroient réparée........ sur quoy ils eurent un lieu, devant le château du Comte, où ils la fondèrent et la mirent dans sa perfection, la dédiant à Dieu, sous le nom de l’apostre saint Jacques, lorsqu'’elie fut bé-

Albigeois étant survenue, ce bâtiment , commencé où il est maintenant et demeuré imparfait, fut entièrement achevé en 1230. Guillaume de Cardaillac, évèque de Cahors, y établit, par son ordonnance de la même année, un vicaire perpétuel, du consentement d'Albert Aurélie, alors abbé, et sous de grandes réserves en faveur de son église.

Bertrand de Cardaillac, évèque de Montauban, la fit paroissiale en 1360 ; il y nomma un curé en chef, y joignit S.'-Michel et S.'-Vincent qui étaient deux anciennes annexes du Moustier , et étaient situées, la première dans le faubourg des Cordeliers, et l’autre environ mille pas plus loin dans la campagne, tout près du bourg de Montauriol (°).

nite par la permission de Géraud-Hector IV, évesque de Cahors. » (Perrin, chap. 7, pag. 25). | ;

{*) « Mais d’autant que la chapelle, après sa construction, requéroit un prestre pour la servir, on estoit en peine de savoir quel prendre. C'est pourquoy ils prièrent une seconde fois Amélius de leur en donner un; en quoy ils furent ouïs, car , pour avoir le manuel de ladite chapelle et ne rien perdre durant son administration, il y commit un de ses moines ou un de leurs prestres servans , ce qui résulte clairement de plusieurs actes conservés dans les archives de l’église collégiale de Saint-Estienne-de-Tescou.» (Perrin, chap. 7, pag. 24).

« La paix (dite de Paris, 1228) estant faite, Montauban se convertit... Les habitans reprirent la bastisse de Saint-Jacques pour l'agrandir. — Ils demandèrent à Albert Aurélie un chapelain, pour particulièrement les conduire et leur administrer les sacremens. C'est pourquoy Guillaume de Cardaillac,

Mais le curé ne ne se vit pas plutôt en possession de cette paroisse, quil fit une querelle à ses bienfaiteurs, prétendant que toute la ville était de sa cure (”). De sorte qu'en 1361, Ar-

évesque de Cahors, establit, par ordonnance du 23e de juin de l’an 1251, M. Géraud Dalblat, vicaire perpétuel (qu’on nomma Capela majour), pour régir, comme tel, la chapelle de Saint-Jacques , érigée en paroisse, toutes fois de l’aveu et du consentement d'Albert et de ses moines. » (Id. chap. 10 , pag. 34).

(*) « Serait-il sans raison de croire qu’une fois la chapelle de S.t-Jacques convertie en paroisse, son Capela majour ne sut pas se mettre à l’abri des rancunes des Montalbanais contre l'Abbaye, et partagea volontiers la prétention qu'ils durent concevoir , de faire de l’église paroissiale une rivale de l'église de Montauriol ? Ce qu'il y a de certain , c’est que les habitans de Montauban, dès l’érection de la paroisse, montrèrent un zèle peu ordinaire en faveur du vicaire perpétuel. « Les nostres de saint Théodard », comme dit Perrin, lui avaient abandonné la moitié des émolumens du Verrouil de la nouvelle église, pour sa congrue portion. Les Montalbanais jugèrent que c'était trop peu, et, « déjà bons paroissiens », lui accordèrent, en dehors dé la dime , un droit de prémice sur toute l’université de Montauban. Le paiement de cette prémice donna bientôt lieu à de violentes constestations entre le recteur de Saint-Jacques et quelques habitans de la ville. Nous avons retrouvé dans le Livre Rouge, fol. verso 58 , une composition faite à ce sujet par les Consuls et G. Dalblat. En voici un extrait :

« Conoguda cauza sia...… que li Cossols de Montalba:.….. au fag acordier e composicio sobre lo fag de las premicias ab Guiraut Dalblat, capela maior de la gleia de sanh Jacme, per razo de contrast que avia ab Guiraut de la Roca et ab alcus autres de la dicha vila.….… E l’acordier e la composicio es aitals..…. Que lo digs capela e siei successors aia e prenga, e fassa prendre e recebre, per razo de premicias, de totz los lauradors, e detotz los abitans prezens e avenidors, que lauro o fan laurar, o lauraran, o faran laurar , en la dicha vila de Montalba ni els apartenemens, de cada parelh de buos e de bestias grossas lauraduras, 1 cartiera de blat, mitat fromen, mitat mestura. E d'una bestia grossa lauradura, meja cartiera. E de cada brassier que laura ses bestias, 1 carto.... tot venden e cumpten a la comunal mezura vendedoira e crompadoira de Montalba...……. E deis

naud de Peyrarède, patriarche d'Alexandrie et administrateur de l'évêché de Montauban, le siège vacant, établit les limites de la cure de S.'-Jacques et de celle du Moustier ; 11 mantint, pour le surplus, le Chapitre cathédral dans toutes ses réserves, dont les principales sont : que les paroissiens de l’église de S.-Jacques, morts sans choisir le lieu de leur sépulture, ailleurs toutefois que dans la même église, où personne ne peut être enterré que du consentement du Chapitre cathédral, seraient portés au cimetière du Moustier ; que s'ils le choisissaient autre part, on demanderait, en signe de permission, le sceau du Chapitre, à qui, soit que les funérailles se fissent par les Mendians, soit par les autres, on donnerait la quatrième partie des luminaires et autres profits; que la bénédiction des rameaux et des cierges, à la Chandeleur, non plus que les processions, ne se feraient dans la ville que par le Chapitre du Moustier ; que le Chapitre collégial, le curé de S.'-Jacques, celui de Gasseras, et les moines de la ville, chacun selon son ordre, y assisteraient;, que la mème chose

blatz meteisses que ichiran dels lauratz, a bona fe..…., E que tug li lauradore li abitans prexens e avenidors en la dicha vila..…. pago e redo al dick capela, e a so comandament e a sos successors que apres lui seran en la dicha gleia capelas , la dicha premicia , en la maniera que dig es dessus , en aquesta carta.» 3 juin 1282.

s’observerait à l'égard de la procession générale du Saint Sacrement ; que la veille de Pâques et de la Pentecôte, l'eau bénite se ferait dans la seule église du Moustier ; que ces mêmes jours, l’on ne baptiserait point ailleurs ; que l’église de S.'- Jacques paierait à celle du Moustier trente livres de reconnaissance annuelle ; qu’enfin le Chapitre du Moustier demeurerait Prieur de S.'-Jacques, et, en cette qualité, en percevrait tous les fruits généralement, le curé ayant la seule prémice et ce qu’on appelle le Creux de l’éghise. La ville en faveur de laquelle tout cela s’était fait, s’obligea d'entretenir cette église, d'y faire toutes réparations, de la fournir de luminaires, d’ornemens, d’orgues, de cloches et autres choses nécessaires , et d'exécuter toutes les réserves faites par le Chapitre cathédral. Celui-ci y fut maintenu dans ces droits en plusieurs circonstances, surtout lorsque les Consuls, voulant avoir un autre cimetière que celui du Moustier, furent contraints , après beaucoup de contestations, de passer , avec le Chapitre , la transaction du 8 février 1528, par laquelle ce dernier leur permit seulement d’avoir ce cimetière pour les pestiférés et pour le temps que la peste durerait.

La paroisse S.'-Jacques fut enfin unie, par ordonnance de Raymond de Bar, le 27 octobre

DE MONTAUBAN. 153 1417, au Chapitre collégial , aux mêmes réserves

dont jai parlé; ce qui fut confirmé par une bulle de Martin V.

Il n’y a dans l'enceinte de la ville, avec l’église S.'-Jacques, que celle de S.'-Louis () et celle des Jésuites. La première est dans la Grand’Rue et sert aux religieuses de S.“-Ursule, qui y furent appelées de Bordeaux, en 1639.

L'église des Jésuites est sur l’emplacement de la chapelle et de l’hôpital de Parias, sur le fond duquel fut bâti le collége (14). Les habitans, alors tous calvinistes, prirent occasion de la paix de 1578, pour aller trouver l’'évèque, Jacques Després de Montpezat, qui était à Piquecos, et obtinrent, pour la construction de ce collége , son consentement, qu'il n’accorda toutefois qu’à condition qu'il en approuverait les régens, et que toute la jeunesse

(”) L'église Saint-Louis fut construite dans la Carriera-Majour, sous l'administration d’Astorge, abbé de Montauriol. S'il faut en croire nos vieux manuscrits, les habitans de Montauban , fort dévots à saint Louis, que le pape Boniface VIITL venait de canoniser , demandèrent à Sicard de Montaigut (1294- 1501), évêque de Cahors, la permission de bâtir une chapelle en son honneur. L'évêque ayant accédé à leur demarde, « ils entreprirent la bastisse, et, dans sa perfection , la dédièrent à ce grand Saint. » ( Perrin , chap. 14, pag. 50 ). La nouvelle église, annexe de Saint-Jacques, fut régie par le curé de cette paroisse. — Elle fut détruite à l'époque de la révolution, après avoir servi de chapelle aux Dames Ursulines. Nous avons dit que la rue Bessières à été ouverte sur l'emplacement de cette église. |

de son diocèse pourrait y être instruite. Mais ils fe trompèrent, car ayant obtenu, pour cet établissement, les patentes nécessaires , en 1579, ils différèrent le batiment du collége jusques en 1597; ayant simulé alors une espèce d'achat de l'hôpital, ils en posèrent la première pierre le 30 octobre de cette année. Les Jésuites qui avaient été envoyés à Montauban, en 1626, pour y faire la mission, et qui y demeurèrent sans aucun fruit jusques en 1628, en furent chassés avec les autres ecclésiastiques et y revinrent en 1629. Mais la peste les ayant fait sortir encore, et Anne de Murviel les y ayant rappelés, au mois de juillet 1630, ils. y demeurèrent jusques en 1654, époque où la moitié du collége leur fut accordée; enfin le collége entier fut mis entre leurs mains, en 4662, à la recommandation de Pierre de Bertier, les calvimistes, dont on avait transféré l’Académie à Puylaurens, ayant fait de nouveaux désordres, et suscité une grande sédition contre l’intendant de Fontenay.

Le couvent des Capucins fermait le faubourg et l’esplanade de Montmirat; il avait, au Midi, la rivière du Tarn; au Couchant, une belle campagne qui n'est bornée que par les côteaux de Piquecos et de Lafrançaise ; au Nord, extrémité de ce mème faubourg, et au Levant, toute la

ville. L'intendant Pellot, tant pour l’embellissement de la ville que pour la commodité publique, a fait continuer l’esplanade de Montmirat jusqu'au moulin des Albarèdes. On va de la ville à ce couvent par un pont de quatre arches, qui aboutit à l’esplanade. Le couvent ni l’église n’ont rien de remarquable ; le jardin est un carré de deux cents toises de chaque côté, et d'autant plus admirable qu'avec l'air, qui y est très pur, on a toute la belle vue dont je viens de parler.

Les Capucins s'établirent à Montauban en 1629 pour y faire la mussions mais la peste suspendit l'effet de leur bon dessein jusqu’en juin 1630, que le roi leur donna la place où ils sont, quoiqu’elle appartint au Chapitre, qui, dans ce temps de calamité, ne voulut pas leur en contester la jouissance. Avant les désordres, c'était une garenne que ce Chapitre affermait à des particuliers. En 1651, le vieux duc d'Épernon donna huit mille livres aux Capucins, pour leur bâtiment, qui fut achevé au moyen des aumônes des gens de bien. Ces religieux ne furent ainsi obligés envers le Chapitre qu'à se trouver, comme les autres communautés, à toutes les processions générales; d'aller, le jour de saint Théodard, faire hommage à l’église pendant loffrande de la grand'messe, et à de-

mander la permission de porter la croix levée aux enterremens et aux processions où 1ls seraient priés d'assister.

Les Carmélites sont sur cette même esplanade. Elles y vinrent d'Auch, en 1634, et, après avoir obtenu le consentement des habitans, le 18 août, et la permission de l’évèque, le 3 septembre, elles s'établirent dans une maison particulière où elles ont fait une chapelle d’une grandeur médiocre.

Les religieuses de S.“-Claire sont sur la même esplanade et du même côté que les Carmélites, dont elles ne sont séparées que par une rue.

Alphonse, comte de Poitiers et de Toulouse, et Jeanne, sa femme, fille de Raymond VII, fondèrent leur maison en 1258. Pendant la guerre des Anglais, se voyant exposées aux insultes des gens de guerre, elles achetèrent, en 1568, de Géraud Molinier, chevalier, seigneur de Moulins, une maison dans la ville, sur la place qui, depuis, porta le nom de place des Monges, et s’y établirent. Le Chapitre cathédral leur intenta un procès qui fut terminé, par transaction du 22 juillet 1406, moyennant un hommage de quarante sous, apportés tous les ans, à la Toussaint, au Moustier, pendant la grand”-

messe, et plusieurs autres soumissions. Elles furent chassées de là , en 1561, par les calvinistes; ayant été rétablies, le 20 janvier 1651 , elles logèrent dans la maison où sont maintenant les Carmélites, et enfin se remirent dans leur ancien couvent qui est parfaitement beau et bien bâti, avec un jardin spacieux , une église tenue fort proprement et un revenu très considé-

rable (”).

Il ne reste plus rien de l’église, du couvent et du cimetière de S.‘-Antoine, qui étaient dans Villenouvelle, que la place où ont été construites quelques maisons, dont les religieux de l'ordre du T retirent quelques rentes, ainsi que de certaines terres qu'ils ont affermées.

Ils furent établis, dans ce faubourg, sur l’emplacement d’un hôpital dont le fondateur est inconnu, en 1349, et ils obtinrent du Chapitre cathédral la permission d'y bâtir une église, un couvent et un cimetière, en 1406, à condition

(”) Dans le mois de mai 1270, un an avant leur mort, Alphonse et Jeanne firent donation, sans aucune charge, aux religieuses Clairistes, de Montauban, du lieu de la Boissonie et de ses dépendances, dans la paroisse de Gasseras , sur la rive du Tarn. « Ce domaine, dit Perrin ( chap. 12), était de la contenance de cinq ou six paires. » Il ajoute que Barthélemy, second du nom, évéque de Cahors , autorisa la donation, en 1271 , et que les Consuls de Montat-

ban l'autorisèrent à leur tour , en 1274.

qu'ils n’enterreraient, dans ce cimeuère, que leurs religieux et leurs malades; que leur précepieur où commandeur, quinze jours après son installation, Jurerait et promettrait obéissance à l'évêque, au prévôt et an Chapitre cathédral ; quil leur ferait hommage, tous les ans, de trois florins d’or; que, le lendemain de la Purification de la Vierge, le commandeur célébrerait une messe de Requiem pour les évèques défunts et autres habitués du Chapitre; qu'à l'issue, il viendrait en procession avec ses religieux dans l’église Cathédrale, ou son cimetière, faire une absoute; quil ne se dirait aucune première messe dans leur église et couvent sans la permission du prévôt et du Chapitre; que, la veille et le jour de saint Antoine, ils viendraient prier le prévôt, et, en son absence, le plus ancien du Chapitre, d'aller dire chez eux, pour plus de solennité, vèpres et la grand'messe, et jureraient entre les mains du même prévôt, ou, en son absence, entre les mains du plus ancien du Chapitre, de ne recevoir, dans leur hôpital, d’autres malades que ceux qui seraient atteints du feu S.'-Antoine (*).

() On ne trouve, dans nos archives, aucune indication qui puisse compléter ce que dit Le Bret sur l'hôpltal et le couvent de Saint-Antoine. Les traditions populaires se taisent également,

Les Jacobins ont leur couvent à l’extrémité du même faubourg de Villenouvelle, sur léminence qui commande la ville, dont ils ne sont séparés que par le ruisseau Lagarrigue. Leur église était superbe, leur couvent magnifique et leur enclos extrêmement vaste. Mais tous ces grands et admirables bâtimens ne furent pas traités par les calvinistes plus favorablement que les autres. Ils ne furent démolis toutefois qu'en 1565 , c’est-à-dire que, par une faveur de Cyclope , on les ruina les derniers. Pendant les siéges de 1562, on reconnut que la ville était bien plus exposée de ce côté-là ‘que des autres, à cause de cette éminence sur laquelle les calvinistes bâtirent un fort, et où lon eût élevé une citadelle, en 1660, si Le roi eñt persisté dans le dessein qu'il en avait lors de la sédition contre l’intendant Fontenay.

Ces religieux vinrent à Montauban en 1251, et furent fort bien accueillis par les habitans; mais, ne voulant pas se soumettre à l’hommage que l'abbé et les moines leur demandaient, comme seigneurs de Montauban, ils se retirèrent au faubourg S.'-Etienne, qui était du diocèse de Toulouse, et se logèrent entre le Tarn et le Tescou, au-dessous de l’église dédiée à ce Saint. Le Tarn ayant débordé, en 1270, emporta leur

bâtiment, et les obligea de reprendre leur premier dessein et de se venir loger au lieu dont J'ai parlé, se soumettant à rendre, aux moines de S.'-Théodard , les mèmes devoirs que les autres religieux.

Les Jacobins furent remis en possession de leur fond, en 1632; mais ils ne s’y rétablirent qu'en 1655, et y bâtirent une chapelle et un petit logement pour trois religieux. Ils commencèrent, en 1661, à relever le grand cloître et l'église sur leurs anciens fondemens , ouvrage hardi pour des gens qui n’ont rien, mais digne de l'esprit de ceux qui s’abandonnent à la divine providence. L’an 1278 , Bertrand, vicomte de Bruniquel, posa la première pierre de l'église primitive, et l’on y dit la première messe, en 1505, le jour de saint Michel, dans le temps qu'il s’y tenait un Chapitre provincial. Mais il ne fallait pas qu’elle fût entièrement achevée , puisqu'en 13153, la dame Navarre de Montaut leur donna cent francs pour en continuer le bâument ().

(") Les documens que nous possédons sur l’ancien couvent des Jacobins, pourraient nous fournir amplement quatre ou einq chapitres de l'étendue de ceux de Le Bret : ce serait toute une histoire dans une histoire. Nous n’en extrairons que les quelques détails suivans.

Comme nous l'avons dit, les Jacobins s’établirent d’abord entre le Tarn et le

Les Cordeliers vinrent à Montauban en l’année 1251 ; mais le Chapitre cathédral les ayant voulu

Tescou. Leur église , dont cette dernière rivière mouille encore les fondemens, était sur la rive gauche , à droite, au bout du pont de Sapiac. La maison fut acceptéeen, 1255, par le Chapitre provincial tenu à Limoges, et eut, pour premier prieur, le P. Gérard, de Montauban, homme de grande réputation scientifique.

Le 1.er octobre 1211, les eaux du Tarn et du Tescou, « prodigieusement enflées , » emportèrent le couvent ;. l’église, plus solidement bâtie, résista à l'inondation, et fut vendue, en 1317, au pape Jean XXII, qui y fonda la collégiale, en remplacement de la paroisse du faubourg Saint-Étienne , desservie par douze chapelains, vulgairement nommés lous capelas de la doutzeno.

Après ce malheureux évènement, les Jacobins songèrent à bâtir sur le terrain que la ville leur concédait, dans la gâche de Fossat ; toutefois , ils ne prirent possession de cet emplacement que le 9 février 1272. La première pierre de la nouvelle église fut posée, le 27 février 1275, par Bertrand IL, vicomte de Bruniquel. Elle n’était pas encore achevée en 1328, puisque Réginal, autre seigneur de Bruniquel, donna, par son testament du 21 novembre de cette année : la somme de 100 fr. pour la construction d’un arceau : pro uno arcu ecclesi®.

Nos religieux prétendaient qu’un des comtes de Toulouse, Raymond VII ou Alphonse, avait fondé leur église. Il est vrai qu’en 1660, « la principale et maîtresse clef de pierre de la voûte du chœur, retirée des ruines de l'église, portait les armes des princes souverains de Toulouse. » Cet édifice avait «37 cannes de longueur, 8 cannes de largeur dans le chœur, et 7 dans la nef ;

« 3 jours dans le frontispice, un très-beau clocher vers le milieu ;

« 10 chapelles voûtées de même que la nef, bien régulières, et fermées par des grilles de fer ouvragé, ainsi que le chœur. »

L'église des Jacobins était, dit le mémoire d'où nous tirons ces détails, très riche en reliquaires, ornemens, croix d'argent et de cristal, etc., etc. Elle servit long-temps de lieu de sépulture aux vicomtes de Bruniquel, aux évêques des villes voisines, qui avaient appartenu à l’ordre de saint Dominique , aux seigneurs de Loubéjac, et à quantité de personnes considérables.

Parmi les prieurs qui gouvernèrent le couvent , Guidon (22.e traité.) cite Guillaume Bernardi , « qui passa dans les pays estrangers , alla jusques à Constantinople et ailleurs , preschant la foy de l'Eglise avec grand succès. »

obliger à certains devoirs onéreux, ils se retirérent, après une sentence de l'évêque d'Agen,

Les Jacobins de Montauban possédaient, dans leur cartulaire, un très grand nombre d'actes précieux. «Ils estaient gardés en la sacristie, qui estait très forte par les portes et les grilles de fer qu’elle avoit de tous costés »: Poursuivis par les calvinistes, et obligés de se réfugier à Toulouse, les Jacobins laissèrent leurs archives en garde à un nommé Regot. « Mais elles furent détruites dans la suite par le malin conseil dn ministre Labadie , apostat de l’église romaine, lequel preschant, un jour, dans l’enclos tout dévasté des bons PP. , dit qu'on n'avait rien fait, si on ne jetait pas au feu leurs papiers. »

Les Frères Prêcheurs rentrèrent à Montauban, en 1629, en même temps que le cardinal-ministre. Huit religieux, venus de Toulouse, célébrèrent la messe dans l’ancienne sacristie, qui avait été conservée pour le service du fort, bâti sur lés ruines du couvent. Ne trouvant pas où se loger, ils revinrent à Toulouse, peu de jours après. A peine furent-ils partis, que les calvinistes se mirent à l'œuvré pour démolir la sacristie et la moitié de l’église, qui était encore sur pied. Quelques catholiques coururent en vain après le cardinal qui s’éloignait, pour le prévenir de cet attentat : la destruction se fit avec tant de célérité, que tout était démoli quand ils revinrent.

Les choses demeurèrent en cet état jusqu’en 1651. Cette année, les commissaires délégués pour rétablir les communautés religieuses dans leurs biens, rendirent aux Jacobins l'emplacement de leur monastère et le vaste enclos qui l’entourait. Ce fut alors que « la providence inopina à M. Roquié, curé de Lavaurette, autrefois jacobin, de donner, pour le rétablissement de cette maison, la plus grande partie de son bien. » — Rentré dans l’ordre, il fut envoyé à Montauban, en qualité de prieur , avec le P. Daidon , habile mathématicien, La peste qui se déclara dans la ville, arrêta l'exécution de leur projet. Plus tard, le P. Antoine Barrère, étant venu joindre le P. Roquié, avec la charge de syndic, fit bâtir une petite chapelle et un petit logement, au coin de l’enclos qui regarde Villenouvelle. En 1662, ce syndic réclama, comme ayant appartenu à sa maison , la grosse cloche qui servait à l'horloge de la Tour de Campagne ( cette tour occupait l'emplacement d’une des deux maisons qui terminent la rue des Cordeliers, dans son débouché sur la place de la Préfecture). Les Consuls firent droit à sa demande ; la cloche fut descendue ; mais, pendant que le syndic allait chercher une charrette pour la faire transporter, les Cordeliers, qui disaient aussi y avoir droit , l'enlevèrent.

Un M. Valès, de Montauban, dressa le plan du nouveau monastère, qui fut

DE MONTAUBAN. 165 qui, comme délégué du Saint-Siége, les y condamna ("). Ils revinrent toutefois, en 1274, et s'établirent vis-à-vis de la porte de Campagne, aux conditions que le Chapitre leur imposa, et à cause desquelles ils eurent plusieurs procès qui furent enfin terminés, par une transaction du 90 avril 1348. Ils s’obligèrent à payer au grand prieur de l'Abbaye, c’est-à-dire au prévôt et au Chapitre de l’église cathédrale , le quart des émolumens de toutes les funérailles et le dixième de tous les legs et donations qu'on leur ferait , même des choses qui leur seraient données pour se vêtir, pour messes et chapelles , soit perpétuelles, soit temporaires ; pour luminaires, jardins, vignes, terres, prés, bois, blé, vin,

approuvé par le Chapitre provincial de Montpellier , en 1665. L'année suivante et le 7 de juillet, le doyen de la Collégiale, vicaire-général du Diocèse, en posa la première pierre. Le P. Malmon poussa activement les travaux. Bientôt l'église seule resta à bâtir, par suite du procès que les Jacobins avaient intenté à ceux qui l'avaient démolie. Ce procès traina long-témps. Le Conseil du Roi rendit, enfin, un arrêt irrévocable, qui mit pour jamais les parties hors de cause. Les Jacobins conçurent alors le projet, que Le Bret appelle hardi, de reconstruire leur église telle qu'elle était primitivement. Mais ils durent y renoncer, et se contenter d’une chapelle, celle qui existe aujourd'hui. La première pierre en fut posée le 1.er août 1682.

Le P. Carré, savant Dominicain, fut chargé, en 1691, d'enseigner publiquement la théologie dans la grande salle du Couvent. Les auditeurs accoururent en foule. En 1722, les Consuls accordèrent 100 liv. de pension, à perpétuité , pour le professeur de ce cours, «à condition qu'il dicteroit deux traités par an, l’un le matin, l’autre le soir. »

() Voir le chap. VI, pag. 51.

huile, pain, dont ils rendraient compte, annuellement, au syndic du Chapitre cathédral, avec serment de n’en rien frauder, et promesse de venir, tous les ans, le jour de saint Théodard, faire hommage au Chapitre , et lui demander permission de porter la croix haute aux funérailles , aux processions générales, et de dire, tous les jours , une messe pour le Chapitre, en mémoire de ce qu'il leur accordait par cette transaction. Je n'ai point trouvé qu'ils aient eu d'autre fondateur que Guillaume Amiel , bour- geois de Montauban, lequel, par son testament qui est dans un des registres de l’'Hôtel-de-Ville, dit qu'il veut être enterré dans leur église qu'il a fait bâtir sur un fond lui appartenant. Il fait plusieurs autres legs considérables par ce même testament, et, entre autres, d’un millier de briques à chacune des églises de Montauban, qui probablement étaient toutes en construction à cette époque (”).

(*) Le P. Toulagues, dans ses Observations sur les annales de l’ordre des Frères Conventuels, dit que ces religieux revinrent à Montauban vers l'an 1276, peu de temps après que Bernard de Malemort, abbé de Saint-Théodard, eut obtenu de Philippe-le-Hardi une nouvelle confirmation de la charte donnée par Alphonse et Jeanne, sa femme, en 1270. Cette confirmation étant de 1274 ; il faudrait prendre une date intermédiaire et placer la venue des Cordeliers à l'année 1278.

Un vicomte de Montclar (probablement Bertrand If, aussi vicomte de Bruniquel , les deux seisneuries étant réunies depuis 1224) et un autre seigneur

Le couvent des Cordeliers était, au reste, extrèmement vaste; car , outre un grand enclos de vignes, et un autre, aussi grand, où ces religieux ont fait leur potager et leurs promenoirs, ils ont une assez belle cour et un très beau clottre, près duquel est leur église, qui n’est séparée de la ville que par l’ancien fossé. Ils y furent rétablis, en 1651, par arrêt du Conseil, qui en exclut les Récollets, lesquels avaient obtenu du roi le don de leur fond, le 3 avril 1630, et en étaient déjà en possession. Ce monastère

de la maison de Salit, favorisèrent l'établissement des Cordeliers. Selon Perrin, le premier contribua puissamment à la construction de l’église ,'et le second, à celle du couvent ; notre chanoine cite à ce sujet le témoignage de Vadingues, religieux et chroniqueur du même ordre. Le testament de W. Amielh, qu'invoque Le Bret, et que nous possédons encore, témoigne cependant que ce riche Montalbanais fut le fondateur de l’église des Frères Mineurs: «En comensament enlegise ma sepultura en la gleia dels Fraires Menors de Montalba, al pe de l’autar de nostra dona Sancta Maria , la cal gleia ei facha far e bastir dels meus propres bes, e en la mia propria terra. » (Liv des Sermens. fol. 50.) Le même Amielh donnait, dans son testament, « À cada 1 autar de las gleias de Montalba , à la luminaria , XII sols caorsens. »

Perrin prétend qu'il ne faut pas pour cela « rejeter le tesmoignage des deux bons religieux, Toulagues et Vadingues ». « Car , ajoute-t-il , Amielh peut avoir donné aux Cordeliers la place de la bastisse, et avoir contribué aux bastimens avec les autres ». (Chap. 14, pag. 48).

Nous croyons, effectivement , qu'Amielh ne fut pas seul à supporter les frais de cette fondation. D’autres bourses , des bourses seigneuriales , durent contribuer à l'achèvement d'une maison qui passait pour une des plus belles de l’ordre, et dont le cloître était , au dire de nos vieux mémoires, un remarquable échantillon de la magnifique architecture du xm1.e siècle. Il tomba , comme tant d’autres monumens , sous les coups des guerres religieuses.

166 HISTOIRE est, après ceux de Toulouse et de Bordeaux, le plus beau de la province.

Pour suivre l’ordre et le tour de la ville, disons que le séminaire est dans le faubourg du Moustier, vis-à-vis du lieu où s'élevait anciennement l’église cathédrale. Il était d’abord dans un village du diocèse de Montauban, appelé Castel- Ferrus, dans une maison bâtie par un bon prêtre, qui la céda aux missionnaires de S.'-Lazare, appelés par Pierre de Bertier.

Cet évèque y établit son séminaire pour l’éducation des clercs de son diocèse, en vertu des lettres patentes du mois de mars 1654. Mais, parce que ce heu, trop resserré et trop éloigné de Montauban, était incommode pour les séminaristes , il résolut de les transférer où ils sont. Ce qui ne se fit pas sans beaucoup de contradicüons ; car le Chapitre cathédral, à qui appartenait le terrain sur lequel est bâti ce séminaire, se trouva partagé lorsqu'il fut question de linféoder. Le bon parti prévalut enfin , et l’inféodation se fit le 7 août 1660, moyennant 18 livres 15 sols de rente et un sol d'hommage. Les Lazaristes tracèrent alors un grand et beau jardin, sur le devant duquel fut construit le bâtiment qui est un quarré d'environ dix toises et dont la façade

est sur le grand chemin. Il est en si belle vue et en si bon air, que la solitude, qui est triste partout ailleurs, est pleine d'agrément en ce heu-là.

On descend du séminaire, le long du faubourg du Moustier, sur une grande esplanade qui a le mur de la ville à main droite et, à main gauche, le rampant au pied duquel passe le Tescou; elle a trois grandes allées d'ormeaux, qui aboutissent au couvent des Carmes, sur une espèce de plate-forme apparemment artificielle. Ce couventet le jardin, qui est beau et grand, sont de plain-pied , et soutenus , du côté du Tescou, par une muraille et des contre-forts.

Ils s’y établirent en 1280, mais non pas sans chicane. Car, quoiqu'ils eussent sous les veux l'exemple si récent des Jacobins et des Cordeliers , ils crurent qu'ils seraient plus privilégiés, et ne voulurent point se soumettre à l’église du Moustier, laquelle s’opposa si vigoureusement à leur prétention qu'enfin ils transigèrent , le 30 novembre de cette même année. L'acte de transaction portait que, tous les ans, le jour de S.'-Martin, ils feraient hommage à l’église du Moustier, de quarante sols quils devaient porter au Chapitre, pendant la célébration de la grand'messe. Ils

doivent aussi, le Jour de saint Théodard, demander au prévôt, ou, en son absence , au célébrant, les mêmes autorisations que les autres religieux ; mais ils ne satisfirent point à ces obligations, en sorte qu'il y eut un grand procès, qui fut terminé par une autre transaction du 3 mars

En l’année 1562, Les Carmes furent chassés de la ville, comme tous les autres religieux; leur couvent et leur église furent tellement ruinés, qu'étant revenus en 1632, ils n'en trouvèrent pas les moindres vestiges. Ils se hâtèrent alors de faire construire une chapelle et un grand corps de logis qui est demeuré imparfait.

Il y a dans Villebourbon deux églises ; la première était autrefois tout près du pont, à main gauche en sortant, sous linvocation de saint Orens; c'était une annexe de la paroisse de Gasseras. Depuis le rétablissement de la religion , cette église a été rebâtie au milieu de la grande rue de ce faubourg, et sert à la paroisse et à l'annexe, l'église de Gasseras, que les Chapitres cathédral et collégial avaient fait reconstruire, ayant été emportée par le débordement du Tarn, en 1652.

La seconde est celle des Augustins qui v

vinrent de Toulouse, en l’année 13549, et s’établirent dans un vaste champ qui confrontait avec la place du Pont, et s'étendait fort loi sur le chemin de Montbeton. L'exemple des autres les rendit dociles ; ils s'obligèrent envers le Chapitre cathédral, par transaction de la même année, à Lui payer annuellement deux florins d’or, et à tous les autres devoirs imposés aux divers couvens de la ville. Le terrain qu'ils occupaient est fort étendu , et fait juger que , pour être venus plus tard que les autres , 1is ne furent pas moins bien partagés. Ils ont eu toutefois bien plus de peine à méttre leurs usurpateurs à la raison; car un plus grand nombre de particuliers avaient bâti sur leur fond; cependant , ils ont été enfin réintégrés dans la possession de tous leurs biens, par arrêt du Conseil, du 8 février 1667.

® Le lecteur aura remarqué, sans doute, que nos églises et chapelles furent construites, presque toutes , dans la dernière moitié du xm.° siècle. C'est aussi de cette époque, — on a pu le voir précédemment , — que date la fondation de la plupart de nos hôpitaux, asiles que les pauvres de Montauban durent à la miséricordieuse piété de quelques-uns de leurs compatriotes. Ne dirait-on pas que la ville se sentait pressée d’expier? Dans

le fait, elle avait pris une assez large part à ces déplorables guerres de l'Albigéisme, qui venaient de menacer la vieille religion des ancêtres, pour qu'elle eût à bâtir des lieux d'oraison, et à racheter ses péchés par l’aumône : 11 Y a une conscience dans les masses comme dans l'individu. Nous lisons que, sauf les filles de S."-Claire, les diverses communautés religieuses, qui successivement s'établirent à Montauban, y vinrent, non pas appelées par le pouvoir, mais par la population qui les recevait avec joie. Ce que nous remarquons Ici est encore une preuve de ces reviremens subits, qui s'opèrent dans les idées populaires, quand les momens d'eflervescence sont passés , que la réflexion a pu avoir lieu, et que la multitude, laissée à elle-même , revient à ses instincts naturels, qui sont toujours bons, toujours élevés, toujours nobles, et, de plus, essentiellement religieux. Que l'excès de la souffrance ou une passion violemment excitée, égare le peuple et le jette, pour un temps, dans les plus grands désordres , on peut dire encore de sa foi : manet alià in mente reposta. Le peuple ne peut jamais être persévéramment irréligieux , parce quil souffre toujours, parce que la voix de la douleur morale lui crie sans cesse : ta destinée d’ici-bas sera suivie d’une destinée meilleure ! Il faut mettre en première ligne, parmi ses besoins,

celui de croire, parce que le besoin de croire nest pas autre que le besoin d'espérer. Si la foi chrétienne venait à mourir dans le cœur du peuple, l'arbre social périrait par sa racine. $

Re à ne ir, PE FUR je:

Fe

fs

un'É U "4 "He

Page 1