CHAPITRE XV
EORGES D'AMBoIsE , 20.° évèque de Mon- NSotauban, était un homme d'esprit et de bonne maison , fils du seigneur de £ Chaumont, qui fut gouverneur de Champagne, sous Louis XI, et général d'armée en Bourgogne. Georges fut, avant et après son élévation à l’épiscopat, attaché à la maison du duc d'Orléans ; il eut beaucoup de part à ses affaires et à ses grands démêlés avec la Dame
de Beaujeu, pour la régence. Le prince ayant
eu le dessous , se retira de la cour. Georges et un de ses frères ayant été arrêtés avec l’évêque de Périgueux et Philippe de Commines , le parlement prétendit leur faire le procès à tous les quatre. Mais le pape envoya des commissaires pour le faire à Georges et à l’évêque de Périgueux, qui furent convaincus d’avoir négocié pour le duc. Néanmoins on leur fit grâce, et, après neuf mois de prison, ils furent renvoyés dans leurs diocèses. Georges d’Amboise fit son entrée solennelle dans Montauban et recut l'hommage des Consuls , le 10 mai 1489. Le duc d’Orléans étant parvenu à la couronne, sous le nom de Louis XIE, lui confia d'importantes négociations , le fit nommer à l’archevéché de Narbonne, et presque aussitôt à celui de Rouen. Georges fut fait ensuite cardinal, et enfin légat du S.'- Siége , en France. Les historiens ont dit de lui, entre une infinité de belles choses, qu'il avait été un favori sans insolence et un ministre sans intérêt; qu'il défendit la puissance des seigneurs et la liberté des peuples; qu'il n'employa jamais la bonté de son roi à de mauvais usages, nison crédit qu'au profit de tout le monde, et qu'enfin il réforma les ecclésiastiques sans les rançonner, rangea les grands sans les renverser, et contint les peuples sans les vexer. C’est lui qui a donné lieuau proverbe, laissez faire à Geor-
ges, ce que le roi disait ordinairement, à cause de sa merveilleuse capacité et de la grande confance qu'il avait en lui. Il portait d’or à trois pals de queules.
Jean d Oriolle, grand archidiacre de Narbonne, conseiller au parlement de Toulouse, garde des sceaux du Languedoc, et fils de Pierre d’Oriolle, surintendant et depuis chancelier de France, succéda à Georges d’Amboise , et fit son entrée solennelle dans Montauban , le 13 avril 1492. Les chanoines du Chapitre collégial se prétendirent exempts de la juridiction, sous prétexte de quelques bulles, et pour lui témoigner qu'ils ne dépendaient que du S.‘Siége, ils firent mettre sur la porte de leur cloître les armes du pape Jean XXII, avec le privilége qu'ils prétendaient en avoir obtenu, gravé en lettres d'or, sur une table de marbre noir. Mais, pendant la nuit, Jean d’Oriolle fit biffer ses armes, enlever la table de marbre , et mit en procès le Chapitre devant le parlement, sur cette prétendue exemption, qui ne fut jugée et cassée que sous son successeur (”). Sa magnificence fut grande à l'égard
(*) Si le Chapitre collégial fut choqué par cette violente mesure de l’évêque, «il le fut, dit Perrin (liv. 2 chap. 6) plus malicieusement par les Consuls, dans le privilége royal qu'il avait de faire entrer et vendre du vin dans sa maison,
de son église cathédrale , à laquelle il donna deux cloches d’une grosseur extraordinaire, lune appelée Marie d'Oriolle, pesait cent quintaux , et l’autre, appelée Jean, en pesait soixante-dix. Il lui fit don également d’une châsse d'argent, de trente marcs, pour mettre le corps de S.'-Théodard. 11 fit fermer presque toutes les chapelles de la même église par des grilles de cuivre ou de fer ouvragé, et fit faire dans le chœur tous les embellissemens dont j'ai déjà parlé.
Par son testament, du 13 février 1518, il fonda treize obits dans la cathédrale , autant
sans rien payer. Ils attentèrent insolemment et témérairement par deux diverses fois , de se porter , après le conseil de ville , avec main forte, et accom pagnés encore ( pour marcher avec plus d'éclat) de leurs bourreaux, jusques aux portes de la collégiale, où ils firent battre les conducteurs des charyots, qui avoient traîné jusque là quelques tonneaux de vin , pour certains chanoines et prébendés ; ils commandèrent à leur maistre de la haute justice de transporter les pièces à la place publique, pour le faire distribuer au petit peuple. Le syndic du Chapitre ne voulant se plaindre au sénéchal de Montauban, pour luy estre suspect, porta sa plainte devant celuy de Toulouse, lequel donna droit aux chanoines. » |
Les Consuls avaient essayé précédemment, en 1413, d'enlever ce privilége au chapitre du Tescou. « En cette année là, le syndic faisant vendre du vin en menu, dans le collége ( maison du Chapitre }, comme souloit faire le syndic de la Cathédrale , dans le Moustier , les Consuls firent faire défense, à son de trompe, d’y en aller acheter et boire, non seulement à tous les habitants, mais encore à tous les jurisdictionnaires ; voire, dans la croyance d’en venir mieux à bout, firent tenir les portes du Moustier et des Carmes fermées, pendant deux jours entiers. Dequoy, l’un et l’autre Chapitre restèrent grandement scandalisés. » (Ibid.)
dans la collégiale, et donna à la première, son grand calice, ses burettes, quatre chandeliers d'argent, son missel dont les couvercles étaient aussi d'argent, sa mitre et son pluvial pour lusage de ses successeurs , mais à celte condition qu'ils ne pourraient s’en servir hors de l’église, sans donner caution (”). Il chargea Antoine d’O-
(") Le Bret, qui se faisait rarement un devoir de recourir aux documents originaux, oublie de mentionner les belles tapisseries que Jean d'Oriolle légua à son église cathédrale. S'il avait pris la peine de parcourir le testament de cet évêque , il y aurait vu qu'il donna, pour l'embellissement intérieur et extérieur du chœur de l’église, trois grandes tapisseries, dont l’une représentait la vie de saint Martin, l’autre, celle de la Vierge, et la troisième, celle de saint Étienne, premier martyr. Il donna également une quatrième tapisserie, composée de trois pièces (éres pecias) , figurant trois mystères de la passion de Jésus-Christ, pour orner les trois portes du chœur.
« Item lego ecclesiæ meæ cathedrali de Monte-Albano vitam B. Mariæ Virginis, in TarissaRIAS quas feci fieri sumptibus meis in pluribus peciis, causd ornandi dictum chorum ab intrà, quas tradidi in custodiam Capitulo meo, in meo decessu tristi et lamentabili. Item lego vitam beatorum Stephani protomartyris, et Martini confessoris, etiam in TAPISSARIAS , ecclesiæ prœdictæ, quas etiam fieri feci meis sumptibus causà ornandi dictum chorum ab extrà; nec non alias tres pecIAS de TApissARIA, causé ornandi tria poRTALIA dicti loci, in quibus tribus rEcus sunt depicta tria mysteria passionis Domini nostri Jesu Christi. » (Liv. Bailhonat, fol. 44.)
M. le baron Chaudruc de Crazannes (Notice historique et descriptive sur l’ancienne cathédrale de Montauban) a fort bien relevé l'erreur de Cathala- Coture qui attribuait ce don à Jean de Lettes , et celle de M. Du Mège, qui en fait honneur (Voyage littéraire et archéologique dans le département de Tarn-et-Garonne, cité par M. de Crazannes) au cardinal Desprez. Mais il est évident, d’après l'extrait du testament de Jean d’Oriolle, que le savant auteur de la Notice s’est trompé à son tour , lorsqu’après avoir écrit : « IE n’est pas probable que les tapisseries où sont figurées les légendes de saint Martin, et sur lesquelles on a représenté les armoiries d’un prélat de la maison Desprez de Montpezat, soient un don de l’évêque d’Oriolle », — il ajoute : « Tout semble
riolle , fils de Jean d’Oriolle, son frere , de Ja somme de trois mille livres pour achever l’hôpital de S.-Roc, dont il avait fait commencer la construction. Ce prélat mourut, le 21 octobre 4519, et fut enterré dans la chapelle de S.'- Jean l’évangeliste, qu’il avait fait faire à côté du grand autel ("). 11 portait d’azur à la fasce ondée d'argent à trois vols d’or liés de même.
indiquer qu'elles furent un don de Jean Desprez....... plutôt que de Jean d'Oriolle, comme l’a écrit Pori. » (Lisez Perrin.)
Au moment où le Calvinisme allait dominer dans Montauban, et menaçait de ses colères iconoclastes la vieille cathédrale, l'évêque Jacques Desprez fit emporter ces précieuses tapisseries dans l’église collégiale de Montpezat. On y voit encore celle qui représente les diverses scènes de la vie de saint Martin. Les autres ont disparu, on ne sait comment ni à quelle époque.
Nous donnerons, à la fin du volume (note 17), les inscriptions placées audessus des quatorze compartimens de la tapisserie qui reste, avec la description qu’en à faite le célèbre restaurateur de la science archéologique dans le Midi, M. le chevalier Du Mège.
Dans son testament , Jean d’Oriolle léguait aussi au Chapitre de la cathédrale, deux livres écrits sur parchemin , le Miroir des Prélats et la Bible, et un troisième, écrit sur papier , la Vie de Jésus-Christ. Une disposition assez singulière portait que ces livres seraient attachés, par une chaîne, dans le chœur de l’église, près de la chaire épiscopale , de manière qu’ils ne pussent être enlevés ; qu'on les marquerait aux armes du donateur, en mémoire de lui, non qu'il voulût par là se glorifier , mais afin que la vue journalière de ce legs en-
-gageàt ses successeurs à en faire de semblables.
« Item lego libros meos in pargameno scriptos, videlicet SPecuLuM PRæ- :LATORUM €{ BiBLIAM, unû cum libro de Vrra CurisTi ên papyro scripto.…. quos .volo incatenari in choro propè cathedram episcopalem, et qudd à dicto loco
non valeant moveri et in quo possint remanere, in quibus volo depingi arma mea, in memorid mei, non ad pompam, sed ut successores mei împellantur ad similia facienda. » ({bid. fol. 45.)
(”) Cette chapelle était sous l'invocation de saint Jean Baptiste. Lorsque M.
de Berthier, évêque,de Montauban, fit faire son beau jardin sur l'emplacement
DE MONTAUBAN. 215 Antoine d’Oriolle , neveu du précédent, reçut des bulles pour l'évêché de Montauban, en juil. let 1516, sur la résignation de son oncle qui s'était réservé la moitié des fruits et la collation des bénéfices ; mais on ne trouve pas qu'il ait fait les fonctions d'évèque : ces bulles furent probablement révoquées. Dans son testament, qu'il fit deux ans après, son oncle ne le qualifie que chanoine de Cahors.
Jean Desprez de Montpezat, quatrième du nom, fils de Hugues, chambellan de Charles VII, succéda, en 1519, à Antoine d’Oriolle, ou plutôt à Jean, par nomination du roi, selon le concordat de 15153. Il était seigneur de Montpezat et doyen de l’église collégiale de cette ville, où il fonda six chapelles ; il fit aussi bâtir ou achever le château de Piquecos. Sa piété et son érudition paraissent dans les statuts synodaux qu'il fit imprimer en 1526 , et dans ceux qu'il fit avec les chanoines de son église cathédrale, séculari-
de l’ancienne cathédrale , on retrouva quelques restes du tombeau de Jean d’'Oriolle, consistant en «deux pièces de pierre blanche, parées l’une et l’autre de deux colonnes, entre lesquelles étaient placées les images de saint Jean, son patron, et de saint Antoine, patron de sa maison, avec l'inscription en ces termes : Joannes d’Oriolle, episcopus Montalbanensis.» (Perrin, ch. 8. pag. 160.) M. de Berthier fit soigneusement recueillir ces débris , qui furent déposés par son ordre « dans le couroir » du palais épiscopal. Nous n'avons pas besoin de dire que nous les avons vainement cherchés.
sés de son consentement, en 125 (‘). La mort le frappa en 1559, à Piquecos; on le porta de là à Montpezat, où il fut enterré dans une des
(*) Depuis long-temps , les religieux, chanoines de l'église cathédrale, demandaient à être sécularisés, lorsqu'enfin Clément VII se rendit à leur sollicitation. Les principaux motifs allégués parle Chapitre étaient : « que l’église et le monastère estaient resserrez de tous costés par de grands cheminpset des précipices qui empeschaient d'y rien bastir pour la commodité des moines ; que la mense du Chapitre estant différente de celle de l’évesque, il y avait toujours de la contestation sur les partages ; que l'office divin , s’y faisant selon la règle de saint Benoist , ne s’ajustoit jamais non plus que les officiants avec l'office d’une cathédrale ; que les habitans, quoique réguliers, estoient obligés de fréquenter incessamment avec les séculiers, à cause que la mesme église estoit cathédrale et paroissiale ; et qu’enfin il y avait trop de difficulté à trouver des personnes de qualité ou de littérature qui voulussent se faire moines. »
Perrin qui, membre du Chapitre collégial, était ennemi né de celui de la cathédrale , trouvait que ces motifs n’étaient pas suffisans pour déterminer la sécularisation des chanoines du Moustier. « Ce tout bien considéré, dit-il, ne saurait jamais donner des raisons à des àmes bonnes , craignant Dieu, de se choquer de la corte et d'aller contre leurs vœux. Pourtant ils tentèrent de le faire valoir , et mandèrent à ces fins à Rome, sans le sçu de leur évêque et d'une partie des religieux, leurs collègues, comme contraires à leurs intentions , qui n'’inclinaient qu’à une vie plus licentieuse.... Hélas ! ils seméconnurent si fort dans le luxe et le mespris de leurs bons réglemens, que la peste même qui affligeait la ville, en 1529, ne put les contenir. C’est pourquoy ils servirent de sujet de scandale à tous les bons chrestiens, et frère Thomas l'Illyrien, de l’ordre des Frères Mineurs, qu'on nommait ordinairement le saint homme, en prédit l'hérésie, parcourant unjour la ville, monté sur une ânesse. Ce que Roques, advocat, fort zélé pour la religion catholique, fait clairement connoistre, en descrivant le procédé de nos nouveaux chanoines, par ces vers :
Posteà, deposito Benedicti turba cucullo, Ornat lino humeros, brachia pelle gravat.
Tum , mutato habitu, mutata est requla vite ; Quæ quondäm probitas ferbuit, ipsa tepet ; Quœrit honor sedes, humilemque super bia vestem espicit, et strato pergere gaudet equo ;
DE MONTAUBAN. 217 chapelles de l’église (*). Il portait d’or à trois bandes de gueules, au chef d’azur chargé de trois étoiles d’or.
Religionis amor primivi oblivio voti, Divinusque sacras cultus anhelat opes.
Fastus et ambitio deturbant cardine mentes, Lethiferoque pias devorat igne Cypris.
Cordiger Illyricis Thomas de finibus ibat , Ac gradiens sanctum gestat asella senem.
Ille, reformati horrescens contagia cleri, Venturum certo prœcinit ore malum , Queis velata dolis irreperet hœresis urbi, Surriperetque sacrum singulà ab æde penum, ultiplici afficeret sanctorum corpora letho, Et madido œquaret sanguine templa solo, Ejiceret clerum, qui, palabundus etexul, Nesciret tutus quâ foret urbe locus; Vates plura senex miseri prœnuntia fati Addit, et, excusso pulvere calcis, abit. »
{") En écrivant ces mots, Le Bret ne se rappelait pas qu'il avait dit, au commencement de son histoire, page 40, que le tombeau de Jean Desprez était dans la cathédrale de Montauban, à côté au pupitre de l’évangile. Perrin soutenait, contre la tradition, que Jean Desprez n’était pas enterré à Montpezat, mais bien à Montauban. « Il me semble plus probable, dit-il pag. 171, » qu'il a été enseveli dans le Moustier, d’zprès la connaissance des honneurs » funèbres que fit faire Jean de Lettes, son neveu et son successeur ; le lende- » main de sa mort, jour de Toussaint, Jean de Narbonne, abbé de Moissac, » fit le service in pontificalibus. »
Si l’on en croit notre chanoine, on ne saurait non plus suivre l'opinion de M. de Crazannes, qui attribue à Jacques Desprez le tombeau qu’on voit dans l'église de Montpezat, à côté de celui du cardinal Pierre Desprez (notice, p. 7.) « Jacques Desprez, dit Perrin , fut enterré à l'entrée du chœur , sous un mar- » bre bleu. » Mais ne pourrait-on pas dire que le second tombeau de l’église de Montpezat renferme les restes de Jean Desprez, évêque de Castres, ou celles de Raymond Desprez , évêque de Clermont , qui, avec le cardinal et les trois évêques de Montauban, complètent le nombre des six prélats que la maison de Montpezat a donnés à l'Eglise.
Jean de Lettes, évèque de Béziers, doyen de la collégiale de Sapiac, et neveu, par sa mère, Blanche Desprez, de son prédécesseur, fut nommé à l’évêché de Montauban, en 1539, sans toutefois se démettre du premier, quil permuta, en 1544, avec Jean de Narbonne, pour l’abbaye de Moissac, dont 1l réduisit les religieux à trente, de quarante qu'ils étaient. Il était lieutenant du roi dans tout le Languedoc , en l'absence du maréchal de Montpezat, son frère utérin, et fit administrer le diocèse de Montauban par Pierre de Bisquère, évêque de Nicopolis. Le président de Thou , dans le huitième livre de son histoire, dit que le parlement de Toulouse ayant rendu, le 28 octobre 1548, un arrêt extrèmement injurieux aux ecclésiastiques , dont les mœurs étaient alors véritablement dépravées , ceux-ci s’assemblèrent et députèrent au roi l’évéque de Montauban , qui se démêla si adroitement de cette affaire, que le conseil, par un autre arrêt du 29 avril de l’année suivante, cassa celui du parlement comme contraire aux saints décrets et aux priviléges du clergé. D'autres historiens ajoutent que le premier de ces arrêts fut brülé, à Montauban, par la main du bourreau et par ordre de Jean de Lettes. Mensencal, premier président, écrivit contre l’arrèt du conseil ; le clergé répondit; ce qui a donné lieu à quel-
DE MONTAUBAN. 219 ques-uns de dire que ce ne fut pas l'arrêt du parlement que l’on brûla, mais bien le livre de Mensencal. Tout cela fait croire que Jean de Lettes était fort considéré dans le clergé. Cependant il fit grand tort à son église, et plus grand tort à lui-même lorsque , revenu dans son diocèse , et après avoir reçu l'hommage des Consuls, le 24 décembre 1551 (‘), il se laissa emporter
(*) Selon Perrin , l'entrée de Jean de Lettes dans sa ville épiscopale n'eut lieu qu’en 1553.
« Les Consuls de Montauban ayant appris l’arrivée de leur prélat, en compagnie du marquis de Montpezat et de plusieurs autres seigneurs , furent tout réjouis par cette nouvelle; ils se disposèrent à 18 bien accueillir. A cette fin, ils délibérèrent qu'ils iraient.à sa rencontre , suivis des plus qualifiés de la ville , qu’ils luy feroient la révérence requise et qu’ils luy présenteroient , non seulement le présent accoustumé à chaque élection , savoir : un petit veau et certaines paires de chapons , mais encore deux pipes de vin blanc et autant de clairet, pour lui témoigner la recognoissance qu’avoit toute la communauté de ses bienfaits à son endroit. » (Perrin , Ch. 14. p. 177.)
Le procès-verbal de la prestation du serment de Jean de Lettes prouve que ia véritable date de l’arrivée de cet évêque à Montauban, est celle assignée par Le Bret. Voici cet acte que nous reproduisons pour donner une idée dela partie de nos archives où sont consignées les pièces de même nature :
« L'an mil cinq cent cinquante ung , et le vingt-quatriesme jour du mois de décembre, veille de la feste de Noël, entre dix et unze heures du matin, dans la grand’salle de la maison épiscopalle de Montaulban , régnant nostre trez chrestien Prince , Henry II, par la grâce de Dieu , Roy de France ; Révérend Père en Dieu, messire Jean de Lectes , évesque du diocèze de ladite ville, illec estant , à la réquisition de mestre André de Martel, bourgeois, Jehan Vessière, Marchant . mestre Berenguier Birome , Jehan Ournal, notaire , et Jehan Moysset, paisan, Consulz pour la dite année de ladite ville, et Monsieur Jehan Fournier, licentié ez droictz, syndic des susdits messieurs , et autres manans et habitans de ladite ville, illec présentz , après qu'ils ont faict aparoir audit seigneur évesque de semblable prestation faicte par feu messire Jehan d'O-
riolle, évesque dudit diocèze de Montaulban, datée du treizième jour du mois
à sa passion pour Armande de Durfort , veuve de Jean du Bousquet, seigneur de Verlhac. Il avait acheté la seigneurie de Beauvais , à trois lieues de Montauban, y avait fait bâtir un chàieau d’où il se rendait à celui de Verlhac, par un chemin que l’on nomme encore lou Cami de PAbesque.
Après son mariage avec Armande , ne pouvant souffrir les reproches ni la vue de ses parens, auprès desquels il ne se croyait pas en sûreté, 1l se retira à Genève, en 1556 ("). Les auteurs de la Gallia Christiana disent qu'il y mourut de pauvreté ; mais je sais qu'il y acheta la baronie
d'avril an mil quatre cent neufnante-deux, registrée au présent libre des évesques de ladite ville... Icelluy présent évesque libérallement et d'ung bon vouloir a promis, moyennant serment par luy presté sur le Te igitur et la croix, illec à ses fins préparés , de tenir, garder et observer les priviléges , coustumes et libertez de ladite ville, tout ainsi que ses prédécesseurs l'ont faict , — en présence de Messire Anthoine Duray , docteur ez droictz, juge ordinaire de Quercy et de ladite ville, Anthoine Durand, son lieutenant principal, Bernard Prévost, procureur du Roy en ladite ville, Martin Tachard, licentié, Ramond Escorbiac, notaire, secrétaire dudit seigneur évesque, habitant de ladite ville, Frère Françoys, docteur en théologie, religieux au prieuré de la Daurade, et de plusieurs autres habitans de ladite ville de Montaulban.
(Liv. des Sermens , fol. 176.)
(**) Nous avons entre les mains un certain nombre de petits détails relatifs à l'administration des évêques de Montauban, depuis Jean de Lettes jusqu’à Pierre de Berthier. Nous les donnerons dans le second volume, où se trouve d’ailleurs leur place naturelle, pour ne point trop embarrasser de notes les pages de celui-ci.
d'Eaubonne, et y vécut toujours en grande considération , ainsi que l’assure Vo/sec, dans sa vie de Calvin. Jai vu, en outre, le registre d’un calviniste qui dément Joly, auteur de l'Histoire du Siége de Montauban , de 1621, où il dit. que Jean de Lettes assistait aux prèches des ministres Vignaux et Croissant , lesquels ne vinrent à Montauban que cinq ans après qu'il en fut parti. On y vit même un de ses enfans, sous le nom'de baron d’'Eaubonne, qui , en 1590, mit en procès, devant le parlement , Henry Desprez de Montpezat, évêque de Montauban , pour la succession de Jean de Lettes ; mais ayant eu querelle avec un gentilhomme qu'il blessa , et par lequel il fut blessé, on le mit en prison où il mourut. Il en vint plus tard un autre sous le même nom, et qui, trouvant que le successeur de Jacques Desprez s'était emparé du château de Beauvais comme d'une dépendance de l’évèché, lui intenta un procès ;, ma; voyant que son affaire tirait en longueur , 1l prit le parti de l’assassiner ; et, en effet, il tua d’un coup de pistolet un gentilhomme qu'il trouva dans un lit, où il croyait que l’évéque était couché. Antoine Melet, chanoine du Chapitre collégial, assurait qu'il avait ouï dire tout cela à son père , ancien domestique de Jean de Lettes, et qui ajoutait que c'était « un grand chasseur, un grand ruffien, et un plus grand rer'eur de Dieu. »
292 HISTOIRE | Jacques Desprez, abbé de Locdieu, fils d’Antoine, maréchal de France, et frère de Melchior, seigneur de Montpezat et de Piquecos, succéda à Jean de Lettes, son oncle. Ses bulles sont égarées, mais Jai trouvé dans les registres du Chapitre, qu'il fut reçu le 19 novembre 1556. La perversion de son prédécesseur avait tellement scandalisé les Montalbanais, que, bien loin de lui rendre les hommages qu'ils lui devaient , comme évêque et comme seigneur , ils lui disputèrent jusqu'au moindre de ses droits. Il fut obligé de les leur faire reconnaître , par sentence du sénéchal de Montauban, en 1558. Cette sentence les aigrit contre lui, au point qu'ils lui rendirent le séjour de la ville fort désagréable, et qu'il fut obligé de fixer son séjour à Piquecos ou à Montpezat dont il était doyen. Il était fort zélé pour la religion; mais, au lieu de se servir des armes de l’Église, qui sont le bon exemple et la prédication , il leva des troupes avec lesquelles il fit une guerre continuelle aux calvinistes de Montauban; mais Dieu ne bénit point des moyens si opposés à l’esprit de l'Évangile.
Il fut cependant assez heureux à l'égard de Montalzat, Montpezat , Puylaroque, Mirabel, Piquecos et autres petites villes, d’où il chassa les calvinistes’ qui n’osèrent plus y reparaître.
Il leur enleva même, avec l’aide de Montluc, lévèque de Cahors, Pierre de Bertrand, qu'ils avaient forcé dans sa maison de Mercuès , et emmené prisonnier à Sarlat ; il garantit la ville de Cahors où la Verne , baron de Loubéjac, et Sandrail, bourgeois de Montpezat, s'étaient ménagés des intelligences. Mais comme il s'exposait souvent avec sa seule compagnie de gens-d’armes, il péritenfin , le 25 janvier 1589 , à Mondoumerc, près de Loubéjac, dans une embuscade que les calvinistes de Caussade lui avaient dressée, sous la conduite d’un nommé Tabouret, natif d’Espanel, autrefois son muletier, et à qui il avait, quelque temps auparavant, fait donner le fouet, pour un vol domestique. Il fut enterré le lendemain , 26 janvier 1589 , dans l’église de Montpezat, à l'entrée du chœur, sous une tombe de marbre bleu ; 1l avait fait transporter dans cette église les orgues et les tapisseries de la cathédrale de Montauban.
Le Chapitre pourvut aussitôt à l'administration du spirituel du diocèse et à l’économat des fruits de l'évèché, en nommant pour grand-vicaire noble Claude de Champagnier , grand prévôt de la cathédrale , lequel , en cette qualité, assista au synode tenu à Toulouse par le cardinal François de Joyeuse , archevèque de cette ville. Le
duc de Mayenne, chef de la Ligue, nomma à l'évêché de Montauban Henri Desprez, marquis de Montpezat , qui n’eut jamais de bulle, et qui se maria ; le même duc y nomma alors Anne de Murviel, cousin , par sa mère, de Henri Desprez. Il était fils du baron de Murviel , près de Béziers, et eut pour compétiteur Thorogny, fils du maréchal de Matignon, nommé par le roi Henri IV. Mais, après la soumission du duc de Mayenne, Anne de Murviel obtint du roi sa confirmation, comme une des conditions du traité, et le pape Clément VIIL lui donna ses bulles, le 25 novembre 1600. IL fut sacré dans la chapelle du chàteau de Murviel, en 1601. Depuis ce temps jusqu’à l’édit de Nîmes , qui accorda la paix aux calvinistes, en 1629, l’église de Montauban eut fort à souffrir ; ni l’évêque ni aucun autre ecclésiastique ne purent yfaire le sezvice que pendant quelques intervalles de paix, et encore au péril de leurs jours, puisque le prélat faillit un jour être assommé à coups de pierres, pour avoir voulu se trouver aux funérailles d’une femme catholique. La paix de 1629 ramena les catholiques dans Montauban; l'évêque y rappela ses Chapitres , les quatre ordres Mendians et les religieuses de S."- Claire ; il y fit venir aussi les Capucins , les Ursulines , les Carmélites et les Jésuites ; le cardinal de Richelieu écoutant avec plaisir les proposi-
tions qu'on lui faisait en faveur des catholiques de Montauban. Anne de Murviel fut même rétabli dans tous ses droits seigneuriaux, par arrêt du parlement de Toulouse, du 10 septembre 1655. Trois ans après, son grand âge ne lui permettant pas de suflire à l'administration du diocèse , on lui donna Pierre de Bertier pour coadjuteur, sous le titre d’évèque d’Utique (”).
(*) Le caractère du vieillard, simple, patient, bon, que l’âge et de longs malheurs avaient rendu conciliant et plein d’'indulgence , ne pouvait convenir aux vues de Richelieu, qui l’engagea , dans une lettre fort sévère, à donner sa démission. « Ayant esté rapporté au Roi, lui écrivait-il, qu'il ne se fait quasi » aucune fonction épiscopale en vostre diocèse ,'Sa Majesté m'a commandé de » vous en advertir, afin que, rentrant en vous-mesme par la considération de ce » à quoy vous estes obligé, par la charge qu’il a plu à Dieu vous commettre, » vous vous en acquittiez avec tant de soin à l’advenir, que vos actions répa- » rent les défauts du passé. Je me promets que vous vous servirez utilement de » l'avis que je vous donne, parce qu’en le négligeant, Sa Majesté, par sa » piété singulière, se sentirait obligée d'y pourvoir , par les voyes que sa pru- » dence luy feroit juger les plus convenables à cette fin. »
Il paraît qu'Anne de Murviel répondit de manière à provoquer toute la colère du cardinal , qui lui adressa une seconde lettre, dont le style, pittoresque et cru, nous peint bien le ministre tout-puissant qui fit tout plier devant sa volonté de fer. « Si j'ai esté estonné, dit-il, de voir, par la lettre que vous m’a- » vez escrite, que vous refusez le bien que le Roy veut faire, et vous opposez à » celuy qu’on veut faire aux peuples qui sont sous votre charge, je l’ay esté » encore davantage des raisons que vous apportez pour vous en dispenser. » Jamais on n’a pensé d'establir la polygamie en France ; mais, lorsqu'un mari » est impuissant, on en donne un autre à la femme qui a esté premièrement » trompée ; ainsi qu’une miître ne peut suffire pour deux testes, aussi a-t-elle » nécessairement besoin d’en avoir une. Ce qui a fait que le Roy a esté con- » traint d’ordonner à Monsieur de Bertier de porter la sienne à Montauban, » afin que vostre chaire n’en fût pas tout-à-fait destituée. Il en est de mesme » des Soleils , le monde qui n’en peut avoir deux, ne seroit pas monde s’il » n’en avoit un. Il est vray que les indispositions des évesques sont les princi-
Anne de Murviel, doyen des évêques de France, mourut le 8 septembre 1652, après avoir régi le diocèse pendant 1 ans (*). Il fut enterré dans
» paux fondemens des coadjutoreries, mais ce ne sont pas, comme vous sça- » vez bien sans doute, celles du corps. Je me suis extrêmement réjoui quand » j'ay veu, par vostre lettre, que vous vous souvenez de vostre ancienne phi- » losophie, qui vous a appris que deux contraires ne peuvent pas demeurer » en un mesme sujet, puisque cette pensée m'a fait croire d’abord qu'il n’y » avoit plus de huguenots à Montauban ; ne voyant pas que la loy de Dieu vous » permette de tenir autres personnes vous estre contraires que les hérétiques » de son Église. Mais ma joie a esté bien-tost rabattue, quand j'ay considéré » qu’il y avait bien plus lieu de craindre qu'il n’y eust point d’évesque à Mon- » tauban, puisque l’Hérésie y a tant fleuri. Pour conclusion, Monsieur , la » raison veut que vous ayez un Coajduteur qui vous aide à faire vostre charge, » puisque vous n’estes pas en estat de la faire seul. Le Roy vous le commande, » je vous en conjure, et vous asseure que , suivant les commandemens de Sa » Majesté, je vous serai tousjours contraire, jusques à ce que vous ayez satis- » fait à une affaire comme celle-là, qu’elle ne desire que pour la gloire de Dieu, » l’advantage de l’Église et la descharge de sa conscience et la vostre. »
Le Bret citait dans le texte ces deux lettres, qui semblent mieux placées dans les notes.
(”) «On était dans le regret de savoir malade Anne de Murviel, nostre évesque, et peu soigné dans sa maladie, tant pour son corps que pour son àme ; ses parens , sous le pouvoir desquels ils se trouvait, ne songeant qu’à son dequoy. Néanmoins, l’'évesque d'Utique, son coadjuteur, l'ayant su fort bas, et sans nul secours spirituel, fit qu’on le disposât à recevoir le Saint-Viatique, que lui-même lui administra, accompagné des deux Chapitres en corps; mais le bon vieillard se trouva si faible, qu’il ne put l’avaler , saisi en même temps de la mort. Ses héritiers parlèrent de le faire enterrer sans lui rendre les honneurs que sa qualité demandait ; mais l'évesque d'Utique, considérant ses mé rites, les obligea à faire dresser un théâtre dans la grande salle de sa maison, et à l'y exposer, revêtu des habits pontificaux , pendant quatre jours, durant lesquels on célébra la messe, par son ordre. Les Chapitres y furent chanter l'office des morts, ainsi que les couvents de la ville, par son mandement ; et tout le clergé se mit en prières. Cependant il commanda son tombeau dans le chœur de l’église Saint-Jacques, du côté du levant, fit dresser sa chapelle ardente , et ordonna de parer de drap noir toute l'église. On invita de la part de
DE MONTAUBAN. Li 297
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le chœur de l'église de S.'-Jacques, qu'il avait érigée en cathédrale. Il portait écartelé , au premier et quatrième d'azur, au château d'argent , au second et troisième d’azur , au croissant renversé d’argent.
Picrre de Bertier( ), chanoine et archidiacre
l’évêque tous les catholiques à sa sépulture ; les couvents y furent appelés. On fit l'office avec apparat , lui-même officiant en évesque , et, la messe dite , il conduisit le corps au sépulcre qu’on lui avait disposé. » )Perrin, pag. 440.) (”) Le Bret justifie l'éloge pompeux qu'il fait de P. de Bertier , par une lettre que Balzac écrivit, en 1647, au père de notre prélat : « Si je pouvais, dit-il, » un jour de repos, me couler dans vos jardins , sous l'aile de Monsieur l’éves- » que d’Utique , je ne crois-pas que vous fussiez assez fort, quoique vous ayez » toute la force de Phocion et de Caton, pour résiter à tout ce que je le prierois » de vous dire en faveur de nostre cause. Ce digne prélat a esté autrefois mon » espée et mon bouclier au royaume de Scot et d’Albert-le-Grand, et simon nom | » est encore en la nature des choses, après tant de conjurations faites contre lui » et tant de de desseins formés pour le supprimer, je luy en ai toute l’obliga- » tion. De là je conclus qu’il ne parle guères sans persuader, et que, s’il a ap- » privoisé, pour l'amour de moi, les plus farouches docteurs de la chrestienté, » les Phalaris et les Denis de l’escole , il y a de l’apparence qu'il n'aura pas
» beaucoup de peine à vous recommander efficacement une personne qui desjà » vous est agréable. »
Notre historien cite encore un panégyriste, qui a renchéri sur Balzac dans l’énumération qu’il fait des qualités de l’évêque de Montauban : « Les royaumes, » lui dit-il, ont leurs princes et les familles leurs vertus; la vostre a fourny des » chefs aux parlemens, des chanceliers aux reines, et des plus célèbres pré- » lats à l'Église. Ce ne sont pas cependant les advantages de vostre maison qui » vous ont promeu, à vingt-cinq ans, à cette dignité épiscopale, mais vostre » seul mérite. La noblesse, la piété , la modestie, la force et la vigueur extraor- » dinaire de l'esprit , le bon exemple et l'approbation publique, sont des mer- » veilles qui, prises séparément, sufliraient à faire un grand prélat, et néan- » moins vous les possédez toutes ensemble avéc une doctrine, qui, ayant » éclaté comme un prodige, vous a mis, devant l’âge, la crosse à la main et la » miître sur la teste. »
de Toulouse, abbé de Restauré, au diocèse de Soissons, et docteur de Sorbonne , fut évêque de Montauban, après la mort d'Anne de Murviel.
Il fut sacré, en 1636, dans l’église de Toulouse, par Jean Louis de Bertier , évèque de Rieux, par le savant Sponde, évèque de Pamiers, et par Jacques de Leberon , évêque de Valence.
Les états du Languedoc le députèrent, en 1638 et en 1661, vers le roi, pour féliciter sa majesté sur l’heureuse naissance du dauphin. En 1654, 1l fut nommé conseiller au parlement de Toulouse, sur la démission que fit en sa faveur Jean Louis de Bertier, évèque de Rieux. L’année suivante, 1l fut élu, par le clergé de France, l'un des présidens de l'assemblée générale , à'laquelle la province de Toulouse l'avait député. Le roi lui donna l’abbaye de Belleperche, dans le diocèse de Montauban , en 1656. Il ne laissa jamais échapper aucune occasion de donner sujet aux Montalbanais de se louer de lui. L’embrasement des maisons de la Place, qui arriva dans la nuit du 15 au 16 juin 1649, lui en fournit une, proportionnée à son courage et à sa charité, puisquil employa tout son crédit à la cour , pour en obtenir quarante mille livres, qui furent distribuées à ceux dont les maisons avaient été incendiées. 11 en obtint soixante mulle pour
la réparation du lieu où avait été l’église cathédrale, où il a fait un jardin magnifique (‘), et
{*) Dès le commencement de son histoire, page 41, Le Bret nous à annoncé un chapitre à part sur le jardin de l’évêque. Mis en demeure, à la fin de son ouvrage , de tenir sa promesse , il déclare que cela est au-dessus de ses forces, et se contente de dire que « cet admirable jardin est, partie en terrasse , » partie en rampant et partie au pied du rampant, jusqu’au Tescou. La terrasse » forme un parterre de six carreaux, bordés de buis et de plantes aromati- » ques , avec des fleurs de toute espèce, des bordures de lauriers d'Espagne » entremêlés de cyprès, et des contre-bordures de fruitiers nains. Au-dessous » de la terrasse sont de belles palissades de charmes, de grandes allées d’or- » meaux et un labyrinthe; sur le rampant , des vignes , toutes de muscat , » avec des sous-allées de sycomores. Dans l’espace qui va du pied du ram- » pant jusqu'à la rivière, se trouve un potager abondant, avec un grand » nombre de poiriers de bon chrétien et des fruitiers à noyau, et au milieu, » un grand bassin pour un jet d’eau de deux piques , dont l’eau est fournie » par trois fontaines, réunies dans un réservoir. Tout cela est accompagné » d’une parfaitement belle orangerie, qui est sur la main droite en entrant » dans la cour, où l’on rencontre de front un grand perron en fer à cheval , » qui conduit, par deux escaliers pour les personnes à pied, et par deux » rampans pour les voitures , sur la terrasse où est le parterre qui a cent » toises de long et cinquante de large. »
il ne reste rien aujourd'hui de ces carreaux symétriques, de ces allées, de ces fleurs , de ces bassins , rien que quelques marronniers caverneux, quelques platanes écornés, quelques buis délabrés, quelques murs qui tombent en ruine , et le réservoir d’eau , que des archéologues, qui n’avaient pas lu Le Bret jusqu’à la fin, ont pris pour une citerne bâtie par les vainqueurs de la Gaule. Il est vrai qu'on pouvait être conduit , en théorie, à cette conséquence probable, par la découverte qu'avait cru faire , près de là, M. de Crazannes , d’un aqueduc en béton, à la manière des Romains (Notice hist. sur l'église de Saint-Martin , pag. 26.) Mais quand on à voulu examiner de près ce prétendu aqueduc, on n’a trouvé qu'une rigole de 60 centimètres de long sur 4 centimètres de profondeur êt 17 de largeur, creusée dans un grès très grossier, ou une brêche, comme on en trouve de grandes masses parmi les couches qui forment le sous-sol de nos côteaux. Ce mince canal était destiné à empêcher que les eaux pluviales , réunies dans la pente d’une allée, ne pénétrassent un mauvais mur de soutènement, qui a été construit avec des
pour la construction du palais épiscopal, sur les ruines de l’ancien château des comtes de Tou-
fragmens de briques , arrachées aux murailles de l'Abbaye et liées par un simple mortier de terre. On a écrit aussi que les fondemens de l’église avaient été mis à découvert; mais cette assertion n’est pas confirmée par le propriétaire, qui n’a fait exécuter aucun mouvement de terrains. Il est fort douteux que, sur quelques-unes des monnaies qu'on trouve parmi les décombres , et dont les plus anciennes ne remontent pas au-delà du règne de Françoisler, on ait reconnu le coin des évêques de Cahors et de Maguelone , des comtes de Rodez et du Béarn. On s’est trop hâté aussi de conclure que les ossemens humains, qu'il n’est pas rare de découvrir dans les terres que comprenait le jardin de l'évêque, étaient les restes des victimes de nos guerres civiles ; un acte de 1278 atteste qu’auprès de l’église, ainsi que le voulait un usage universel à cette époque, était un cimetière, et que, cette année, il en fut béni un second à côté du premier : Aquel cazal e la terra, que es entre el cimentery del Moustier de St Auszarte entre el balat del tor del dig Moustier, obs a far, e asagrar, e a benezir cimentery a sebelhir los habitans e los gens de Mountalba. (Liv. Rouge, fol. v. 25). On a déterré parmi ces ruines un tombeau, à forme d’auge, en marbre gris , qu'on a dit en pierre ; mais il ne porte aucune empreinte, aucune inscription qui lui donnent quelque importance. Il est même probable que les travaux qu’on exécuterait, dans l'espoir de trouver quelque reste précieux des anciens bâtimens, seraient sans résultat utile. Après les désastres de 1361 et de 1563, qui firent de l’église de saint Théodart un monceau de ruines , les matériaux de l'Abbaye servirent , comme une carrière publique, soit à réparer, à agrandir les fortifications de la ville, soit à reconstruire les maisons particulières qui avaient souffert des siéges ou des incendies qui, plusieurs fois, réduisirent en cendres des quartiers tout entiers. Enfin, P. de Berthier, en formant les terrasses de son jardin, fit creuser jusqu'aux fondemens , et fit tout remuer pour réunir tous les matériaux de quelque valeur qui pouvaient être employés à la construction du palais épiscopal ; en sorte que les débris de moulures et de sculptures, soit en pierre, soit en brique, qu'on peut recueillir, sont trop morcelés pour qu'ils puissent servir de base à une discussion sérieuse sur le style de l’ancien édifice.
C'en est donc fait : les derniers vestiges de l'antique Abbaye ont à jamais disparu ; le sol est partout égal sur l'emplacement des vieux cloîtres, qu’avaient élevés de pieuses mains, et qui furent , pendant huit siècles , les témoins muets des vertus , des passions de ces hommes qui s’éloigrèrent de la société
louse. Sa mort, arrivée en 1674, l'empècha d'achever ce superbe édifice , et d'exécuter le
pour travailler , à leur insu peut-être, à la régénération de la société. La basilique des premiers siècles , où nos aïeux furent initiés aux mystères de la vie, où deux mille générations apprirent à ouvrir leur cœur à la vertu , leur intelligence à la sublime philosophie du Christianisme ; les hautes murailles, les voûtes majestueuses , qui tant de fois retentirent sous les accens d’une parole éloquente, sous les vibrations harmonieuses de la prière, qui reçurent la confidence de toutes les joies, de toutes les douleurs de nos ancêtres, depuis le vagissement de l'enfant, traversant le fleuve du Baptême sous le regard heureux et grave de son père, jusqu’à la parole, si brève, tant elle est concentrée, de la jeune vierge qui désormais sera nommée heureuse épouse, jusqu'aux pleurs déchirans qu'arrache le dernier adieu d’un ami, d’une mère ! Les tours élevées qui, si souvent, avaient bravé l'orage et défié la foudre, les autels qu’avaient sanctifiés tant de sacrifices, les pierres du sanctuaire qu’avaient consacrées tant de larmes ; — que nous en reste-t-il? — Le sol, partout égal, recouvre des ruines sans utilité, des ossemens sans nombre. Une violente colère a soufflé ; l'ouvrage des hommes n'existe plus ! — Mais l’œuvre de Dieu ne saurait périr.
Le lieu que la famille, gréco-romaine, des Théodart (0e0ç &proc, pain de Dieu? avait choisi pour bâtir sa demeure , et qu’elle céda aux apôtres de l'Evangile ; ce lieu où fut plus tard un jardin qui faisait l'admiration des hommes les plus capables d’en apprécier la beauté ; ce lieu provoque encore des exclamations semblables à celle de Jacques IF, le roi des Iles Britanniques, l'habitant de Saint-Germain et de Versailles, qui, en le voyant, s’écria : Dieu peut faire de plus belles choses , mais il ne l’a point fait! Est-il en effet au monde un site plus heureux ? Les regards se tournent d’abord vers la ville, dont les maisons ornées dominent de gracieux jardins sur le bord du Tescou, ou, se mirant dans les eaux du Tarn, décrivent une ligne doucement courbée , en suivant la rivière qui semble étreindre dans ses deux bras le riche faubourg de Villebourbon. Laissez vos yeux courir sur les côteaux onduleux qui s’inclinent vers l'Aveyron, puis vers le Tarn et la Garonne, jusqu'au-dessous d'Agen; traversez rapidement l'immense plaine dont les limites, à 40 kilomètres, vers es plateaux d'Auvillars , de Lavit, d’'Escazeaux et de Beaupuy, se fondent si harmonieusement avec les teintes d'un ciel d'azur ; votre regard ne s'arrête qu'aux Pyrénées , ces vertèbres colossales de la terre, dont les arêtes brisées s'élèvent depuis l'Océan jusqu’au Caniboul. Comptez maintenant , s’il est pos-
dessein qu'il avait de construire une vaste église pour y rassembler les deux Chapitres , réunis
sible , les villes, les bourgs, les châteaux, les églises, les maisons sans nombre qui se sont assis dans tout cetespace , tantôt sur les côteaux, tantôt dans la plaine ; celles-ci se baignant dans les eaux d’une rivière, celles-là, préférant une large perspective, toutes blanches ou grises, ceintes d’un large rideau de verdure, entourées d'arbres gracieux et utiles , au milieu des cultures les plus riches et les plus variées. Comptez, si vous le pouvez, les barques qui, de l'Océan et de la Méditerranée, viennent, par le canal, se reposer dans notre large bassin que couronne d’une manière si pittoresque le pont aux fortes arcades , surmontées d'élégans fleurons en fer dentelé. Si votre œil ne s’y lasse, enumérez les voitures, les charrettes , les usines, les hommes, si diversement occupés , qui répandent sur tout ce tableau la vie la plus abondante.
Ce spectacle est beau, grand, et fait naître dans l’âme de vastes pensées. Voyez maintenant , à l'Orient, le délicieux vallon du Tescou, qu’une race de savans hellénistes a nommé Vallée de Tempé, comme représentant le beau idéal qu'avait créé l'imagination si riche des poètes de la Grèce. Au milieu de ces bosquets touffus et parfumés , derrière ces rians côteaux , dont les lignes sinueuses se sucéèdent aussi loin que la vue peut s'étendre , auprès de ces limpides ruisseaux , qui se cachent sous de riches tapis de verdure , les doux sentimens , les tendres émotions doivent germer à l'aise et long-temps vivre dans les cœurs ; le bonheur doit y être facile et durable.
Montalbanais ! c’est à chacun de nous, c’est à nous tous que doit appartenir ce sol où fut notre église, qui fut consacré par la prière de nos aïeux, où reposent nos morts. il est inaliénable, ainsi que le dit la loi romaine, qu’on a justement appelée la raison écrite. C’est là que nous devons construire une promenade publique, la plus belle du monde, où chacun de nous ira à son aise jouir du magnifique spectacle que la nature y déploie sans cesse sous les formes les plus pittoresques et les plus variées. C’est là que nous devons planter un jardin botanique , où nous irons nous familiariser avec la science la plus agréable et la plus utile dans nos contrées agricoles. C’est là que nous devons bâtir des galeries pour exposer, aux yeux de tous , les minéraux précieux que cache notre terre , et pour recuéillir les débris , épargnés par le temps , des monumens anciens. C’est dans ces lieux, enfin, appelés de nouveau Montauriol, que nous devons établir, vers l'Orient , le champ du repos, où s’élèveront les pierres pieuses, chargées de rappeler à nos enfans les vertus,
les talens , le courage, le désintéressement, le patriotisme de nos concitoyens.
par ses soins, depuis l’année 1666. IL portait d’or au taureau effarouchè de queules , chargé, en bande , de cinq étoiles au matras d'argent.
La mort inspire de salutaires réflexions, et ce n’est que dans les cœurs indignes de la vie que la pensée de la mort jette l'épouvante. Est-il d'enseignement plus élevé que de rendre les ombres des morts témoins des travaux et des jeux des hommes qui, de près ou de loin, s’acheminent vers la tombe ? — Que les hommes, à qui sont confiés les intérêts de la cité, s'élèvent à la hauteur de leur mandat ; qu’ils fassent un appel à tous, ils nous trouveront tous prêts à rivaliser de zèle et d'efforts, pour doter notre patrie du monument le plus beau, le plus utile que possède aucune ville de France.
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