‹ Histoire de MontaubanChapitre 51 sur 60 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

MGeurent lieu à Montauban , pendant LA ) e L

\7 gla guerre des anglais , termine la ES à première partie de l’histoire de cette

(*) T1 nous a semblé impossible de conserver ce chapitre tel que Le Bret l'avait écrit. Toutes les corrections que nous aurions pu y faire n’en auraient pas rendu, à notre avis, la lecture supportable. A ses défauts habituels, notre historien ajoute ici celui de conter longuement , sans dire presque rien du sujet qu’il avait à traiter. Nous avons essayé, en conséquence , de remédier à ses ommissions. Ce qui nous a donné lieu d'espérer qu'on nous pardonnera cette substitution, c'est que nous nous sommes attachés à nous servir d’un

ville, d’une manière d'autant plus naturelle, que la deuxième sera exclusivement consacrée à dire les choses qui s’y passèrent à l’époque, tellement célèbre, des guerres de religion. Les deux périodes les plus remarquables de l’histoire de Montauban se rattacheront ainsi l’une à l’autre.

Et d’abord, il nous faut raconter brièvement les causes qui amenèrent l'étranger sur les terres de France.

Les auteurs, qui traitent du sujet de cette ouerre, disent que Guillaume IV, comte de Toulouse (1061-1090), n'eut qu'une fille, appelée Philippine, à laquelle il ne voulut pas laissér la comté de Toulouse , à cause de son mariage avec un prince étranger (Sanche, roi d'Aragon et de Navarre). Après la mort de Sanche, Philippine épousa Guillaume IX, comte de Poitiers et duc d'Aquitaine ; elle en eut la célèbre Alianor, la-

style approchant , le plus possible, de celui de Le Bret. —Cet avis était nécessaire pour les personnes qui croiraient (et il est permis à tous de le croire) que nous avons fait tort à notre bon prévôt en mêlant nos pensées aux siennes. Les morceaux étrangers au texte, qu'ils soient de Perrin ou de nous, ont été soigneusement enfermés entre deux astérisques de cette forme &. Le lecteur trouvera peut-être que nous l’en prévenons un peu tard. — Il nous faut dire aussi que c’est à Cathala-Coture, ou plutôt à Dominici, copié presque textuellement par l’auteur de l'Histoire du Quercy, que nous avons emprunté les principaux élémens du chapitre substitué.

DE MONTAUBAN. 244 quelle, après avoir été répudiée par Louis VIT, roi de France , accorda sa main à Henri Plantasenet, roi d'Angleterre.

En conséquence de ce mariage , Henri prétendit que Raymond-de-S.'-Gilles, frère de Guillaume IV, détenait illégitimement la comté de Toulouse , qui devait lui appartenir comme un bien de sa femme. Ce qui donnait une nouvelle apparence de vérité à ses prétentions , c’est que Louis-le- Jeune, pendant son mariage avec Alianor , demanda raison à Alphonse Jourdain de cette usurpation, et vint assiéger Toulouse, comme le rapporte Orderic Vital, vers la fin de son Histoire Ecclésiastique. Mais cette guerre S'assoupit par le mariage de Constance , sœur de Louis, avec Raymond, fils du comte Alphonse.

Henri d'Angleterre se présenta devant Toulouse avec une armée puissante, en 1159. Le roi de France, qui s’y était jeté, la défendit si bien qu'Henri leva le siége, disant, pour dissimuler la honte de sa retraite, qu'il ne pouvait donner l'assaut à une ville que son suzerain défendait en personne. Il partit pour la Normandie, et, chemin faisant, s’empara de Cahors que recouvra bientôt le roi de France.

Peu de temps après , Henri renouvela ses pré-

tentions. Il députa des ambassadeurs qui eurent une entrevue avec les envoyés de Raymond V, à Castelsarrasin. Le comte de Toulouse évita la guerre moyennant un traité, par lequel il se reconnaissait vassal du roi d'Angleterre (1163). L'année suivante, 1164, Henri, violant la foi jurée, lança de nouveau les bandes normandes et anglaises sur les provinces de Raymond. Cette guerre ne dura pas long-temps. Une autre plus terrible, celle des Albigeois, allait ensanglanter le Midi. |

Vers l’an 1183, l’un des fils de Henri Plantagenet fit revivre les prétentions de sa mère Alianor. Il entra dans le Quercy , s’empara de Rocamadour, etmourut à Martel, assisté, à ses dermers momens , par Géraud (Hector), évêque de Cahors, comme le raconte Gaufredus, dans sa chronique manuscrite qu'on garde à Limoges. Richard, son frère , recommençca en 1188. Il s’empara de Moissac et de dix-sept chateaux, selon les Grandes Chroniques de France. La paix d’Issoudun termina les hostilités. Bientôt le Mariage de Raymond VI avec Jeanne , sœur de Richard, mit fin à la rivalité des maisons de Toulouse et d’Angleterre.

Le Quercy fut du nombre des terres que Rüu-

DE MONTAUBAN. 259 chard donna à Raymond à l’occasion de ce mariage. Par le traité de paix, conclu en 1259, entre Henri , roi d'Angleterre, et Saint Louis, le monarque français, par un sentiment d'équité qui fut bien funeste au royaume, perdit l’occasion de reprendre cette province, comprise parmi les fiefs que l'arrêt des pairs de France avait confisqués à Jean Sans-Terre.

Ce traité fut si nuisible aux Quercinois et tellement à leur déplaisir, que Louis, ayant été canonisé , ils ne voulurent jamais, chômer sa fête, ne le reconnaissant pas pour saint. — fil est bien assuré qu'ils ne pouvaient pas souffrir la domination étrangère ; et la reine d’Angleterre, voyant une obéissance si contrainte, engagea les terres du Limousin, Quercy et Périgord, par commission du 27 septembre 1267.

Deux ans après, le parlement dela Toussaint déclara que le roi d'Angleterre n'avait en ces pays, en vertu du don à lui fait par saint Louis, la jouissance de ce dont saint Louis n’était possesseur , d'autant qu'Alphonse, son frère, à qui la plus grande partie de ces terres appartenaient , était encore en vie. » (Dominici 2. 2. Liv. 5. Chap. 7.)

me) : LP p ù La mort d’Alphose et de Jeanne fit revivre les

prétentions d'Edouard IE, sur le Quercy et l’Asenais. Le traité d'Amiens (1279) ne fit que reculer la question, qui resta indécise. — Philippele-Bel ne fut pas plutôt monté sur le trône, qu'Edouard renouvela la vieille querelle du Quercy. Par un nouveau traité, Edouard se désista moyennant trois mille livres de rente. « Je crois cependant que le roi d'Angleterre ne jouit pas même paisiblement de cette rente, car le sénéchal du Périgord et du Quercy, lui donna ajournement à venir rendre hommage de la Duché de Guyenne, en 1293 , et que Géraud-Balaine, anglais , fit délaissement au roi Philippe-le-Bel, en 1306, de tout l'immeuble, fief et justice, qu'il avait en France, au nombre desquels était la maison qu'il avait à Figeac, ce qu'on appelle encore la Balaine. Ce qui témoigne que le roi de France voulait chasser les étrangers de ces quarüers, par un bout ou par l’autre. »

Les hostilités furent reprises dès les premières années durègne de Philippe V, dit le Long (1316). Un château, que le seigneur de Montpezat avait fait bâtir, et où il avait reçu garnison anglaise , quoiqu'il se trouvât sur les terres de France, fut le sujet de cette nouvelle guerre. On croit que c'était le château de Piquecos. Charles IV, qui avait succédé à Philippe V, envoya dans le Quercy

DE MONTAUBAN. 241 le comte de Valois, et y accourut lui-même bientôt après. Il fit son entrée dans Cahors, avec la reine Marie de Luxembourg, sa femme, et le roi de Bohême , le dimanche 8 janvier 1525. De Cahors il vint à Montauban (”).

Le comte de Valois reconquit presque toute la Guyenne. Édouard, effrayé du succès des armes françaises, demanda un accommodement.

Charles IV signa avec lui, en 1525, un traité par lequel la Guyenne fut rendue au roi d'Angleterre , à condition quil.viendrait en faire hommage en personne. Édouard, pour s’exempter de cet hommage, céda la Guyenne à son fils, le prince de Galles, qui n'avait alors que treize ans. |

Après la mort de Charles-le-Bel (1328), qui ne laissa point d’enfans mâles, la couronne échut à Philippe-de-Valois, cousin gérmain de Charles. Édouard IE, petit-fils de Philippe-le-Bel, par sa

(*) Le lecteur voudra bien regarder comme non-avenue la phrase dubitative qui termine la note de la page 87. C’est une erreur qui nous est échappée par suite de la précipitation de notre travail, et dont une bonne part revient à -Cathala-Coture. Cet historien ne parle pas de la venue de Charles IV à Montauban , et y fait venir Philippe V, plus d'un an après la mort de ce roi. Il est certain que Charles IV fit un voyage dans le Midi, qu'il s'arrêta à Montauban, et lui donna , en cette occasion , des priviléges que nous rapportons dans la note 11.

mère Isabelle, réclama le trône de France. De là cette longue et sanglante rivalité entre les deux familles, qui fut si funeste au royaume et particulièrement au Quercy. Édouard commença par prendre le titre et les armes de roi de France. Il leva ensuite une armée puissante, envahit la Normandie , gagna la désastreuse bataille de Crécy, où périt presque toute la noblesse française, et s'empara de Calais. De sorte qu'à la mort de Philippe-de-Valois, la France se trouvait dans l’état le plus critique.

Il eut pour successeur , Jean IL, surnommé le Bon (1550). La guerre avec l'Anglais se ralluma plus ardente que jamais. Jean est vaincu et pris à la bataille de Poitiers. Son malheur fut celui de toute la France, mais surtout de nos provinces. Le traité de Brétigny (1360) abandonna à Édouard toute la Guyenne et tout le Quercy, à l’exception de quelques terres, du nombre desquelles furent la seigneurie de Cazals , tenue par Messire Benoît de Jean , et celle de Mirabel, possédée par Messire Pierre de Labatut. En exécution de ce traité, le maréchal de Boucicault, porteur des ordres du roi, se rendit dans le Quercy et en remit la possession à Jean Chandos, commissaire d'Édouard, quinomma pour principaux officiers Gaillard-Alcuin, docteur-ès-lois, et Jean de Peyrat, juge ordinaire de Montauban.

La désolation du Quercy fut immense. Partout on entendait les peuples s’écrier en versant des larmes, « que ce n'étaient pas eux qui abandonnaient leur prince naturel, mais bien lui qui les délaissait comme des orphelins.»

Montauban, ne pouvant se résoudre à passer sous la domination anglaise, ferma les portes aux envoyés d'Édouard. Les habitans prétendaïent que Jean, leur légitime seigneur, par succession des comtes de Toulouse, n'avait pas pu les aliéner de sa couronne. Ils faisaient valoir la charte de fondation de leur ville, que tous les rois de France, prédécesseurs de Jean, avaient successivement confirmée. Jean écrivit aux Consuls, qui ne se soumirent qu'à la vue des lettres patentes par lesquelles le roi le leur ordonnait expressément. (*)

F*() «Jehan, par la grâce de Dieu, roi de France, a nos amez et féals les » Consuls, universités et habitans de Montalban, salut et dilection. Comme » par un traicté'de la paix et accort, fait entre nous et nostre très cher et amé » frère le roi d'Engleterre, nous li soions tenus de bailler et délivrer, entre » plusieurs tèrres et aultres choses , \ la cité et le chastel de Caours, et toute » la terre et le pays de Caoursin, et a ce soions obligés par foy et par serment, » fait sur le. corps sacré du Christ, si come au dit traicté et aultres lettres, » sur cetbaillées-a nostre dit frère ou a ses gens pour lui, est plus amplement » contenu ; nous vous prions et requérons, et mandons, commandons et » strictement enjoignons , sur toute l'amour, féaulté, loyauté et serment que » vous avez à nous, et en quoy vous nous estes tenus, que vous entrez en » la foy et hommage de nostre dit frère, le roi d'Engleterre, ou de ses dé-

Ce dut être un triste moment pour la cité Montalbanase , quand elle apprit que Chandos allait venir dans ses murs pour en prendre possession, et réclamer sa foi en faveur du mortel ennemi de la France.

Il était impossible que les désordres inséparables de ces malheureux temps, la misère qui était à son comble, n'eussent porté les Montalbanais à quelques excès répréhensibles. Ils envoyèrent vers Chandos, pour le prier de Îles

» putez, de tout ce que vous tenez de nous , tant ès dictes cité et chastel de » Caours, terre et pays de Caoursin, comme ailleurs, en tous les pays que » nous avons transportez et sommes tenus a bailler et délivrer a nostre dit » frère le roy d'Engileterre ou a ses députez, quant et si tost que vous en serez » sur ce requis et que, ces présentes lettres vous seront monstrées et baillées. » Et avec ce soyez doresnavant vous, vos hommes, vos gens et subgiés en- » tendans et obéissans en toutes choses, a nostre dit frère le roy d'Engleterre, » ses hoirs et successeurs et a tous leurs députez et commis de par euls, tant » ‘si avant et par cela mêmement que vous avez estés, ayant ces heures , a nos » prédécesseurs roys de France, a nous et a nos députez et commis de par » nous. Et en entrant ainsi et faisant a nostre dit frère le roy d'Engleterre, ses » hoirs, successeurs ou leurs députez les fois, homaiges , ligeances, feaultés, » sermens, reconnaissances et obéissances, devant dictes , nous, pour nous, » nos héritiers et successeurs, dès maintenant et pour toujours vous quittons » et absolvons des dictes fois, hommaiges , ligeances , feaultés, sermens , re- » connaissances et obéissances en quoy vous nous estiez ou pouviez estre te- » nus, selon la forme et teneur de nos autres lettres dessus dictes. Et voulons » que ces présentes lettres soient a vous, à vos hoirs et successeurs, tesmoi- » gnance et garant envers tous perpétuellement des choses dessus dictes, sans » avoir de nous, de nos hoirs et successeurs jamais autres lettres, mande- » mens ou commandemens. Donné au bois de Vincennes, le xI1e jour d’aoust, » J’an de grâce MCCGLxr. » (Liv. Armé, fol. v.0 64.)

DE MONTAUBAN. 9245 , en absoudre. Peut-être n'attendaient-1ls qu'un refus de sa part, pour lui défendre l'entrée de leurs murailles , et” recommencer une guerre qu'ils n'auraient pas pu soutenir. Le commissaire anglais accéda de suite à leur demande. Arrivé à Réalville, le 20 janvier 1561, il leur envoya une lettre d’absolution, dans laquelle, faisant semblant d'ignorer leur résistance, 1l disait qu'ils s'étaient soumis volontairement à l’obéissance de son roi. () Le même jour, Chandos fit son entrée à Montauban, accueilli par la stupeur de la consternation et de la rage. À peine

(*) « Jehan Chandos, vicomte de Saint-Sauveur , lieutenant-général , és par- » ties de France, pour messire le roy d'Angleterre, seigneur d'Irlande et d’A- » quitaine, à tous ceuls qui ces lettres verront, salut : Les Consuls et habitans » de Montalban nous ont supplié et requis, à nostre venue illec, pour prendre » la possession de la dicte ville pour le roy nostre sire, entre les autres choses, » que si par aventure euls avaient aucun délinque en l’ordonnement des mon- » naies , par avant ces heures, immictions , désobédiences ou autres sembla- » bles causes , pour lesquelles ils pourraient être poursuivis et approchés à » amende vers le roy nostre sire, nous le leur voulussions pardonner, quitter, » et remettre : Pourquoy nous, inclinés à leurs prières, et attendu qu'ils sont » venus de bonne et preste volonté à la subjection et obéissance du roy nosire » dict seigneur , à iceulx avons pardonné, quitté et remis, pardonnons, quit- » tons et remettons , de grâce spéciale, et du pouvoir et autorité royale, dont » nous usons , toutes peines et amendes que, pour transgression des choses » dessus dictes ou de semblables , ils ont ou peuvent avoir encore vers le roy » nostre dict seigneur. Et mandons à tous sénéchals , justiciers , et officiers de » nostre dict seigneur , que, en préjudice de ces présentes, ils n’attentent ou » souffrent estre attentés aucune chose contre aucun d’euls, mais les laissent » et fassent jouir de nostre présente grâce, selon le contenu d’icelle. Donné à » Réalville, le xxe jour de janvier l'an M.ccc. sexante et un. » ( Liv. Armé, fol. v. GG.)

installé dans le château, et, sans doute, effrayé de laspect menaçant de la population, il se hâta de rédiger une autre charte où 1l faisait à la ville de nouvelles concesions. (*} Cependanit

« (*) Johan Chandos ..…....… comme ainsi que à notre venue à Montalban, nous ayons pris la possession et saisine d'’icelle ville et reçu les sermens d’obéissance des Consuls et habitans , lesquels amiablement nous ont fait tout ce en quoi ils étaient tenus et dont nous les avons sommés et requis pour nostre seigneur le roy d'Angleterre , ainsi comme par la paix devoit estre faite, et avant toute œuvre iceuls Consuls et habitans nous aient requis de les tenir et faire maintenir euls , l'honneur et ressort dudit lieu, en leurs franchises , libertés, usages , et costumes, et leurs priviléges conservés en tant comme ils en pourront duement informer et les montrer , lesquelles choses nous leur accordâmes et octroyâmes.… paaese COR 16e >. ME LAS lesquelles choses nous avons louées, ratifiées , approuvées et confirmées, et par ces présentes louons , ratifions, approuvons et confirmons de certaine science, du pourvoir et autorité royale dont nous usons , et néanmoins ferons louer, ratifier , approuver et confirmer au roy d'Angleterre, nostre dict seigneur...

» Donné au dict lieu de Montalban le XX jour de janvier l’an M.CCC sexante et un. » (Liv. Armé. fo 67.)

Dans un autre titre, daté du même jour , J. Chandos ajoute : « et en outre, comme par le transport de la paix, ils sont à présent és frontières de France, et n’ont une copie ne abondance suflisantes de monnoyes , qui à présent sont ordonnées estre faites pour le roy d'Angleterre, pourquoyils pourroient estre grandement endommagés, et ne pourroient avoir suflisance de vivres et autres choses à euls nécessaires , s’ils ne usoient du payement de la monnoye acostumée ; et que des salaires des scels royaux et aultres ils soient tenus à leur costume... Sur lesquelles choses ils nous ont supplié leur estre provu de remède gracieux et convenable ; pourquoy nous, qui mult désirons de tout nostre cuer les tenir en bonne tranquillité , volons et ordonnons qu'ils prennent et mettent les monnoyes qu’ils ont acostumé prendre avant le temps de la réception par nous faite de ladite ville, sans incursion d’aucune amende ou peine pour cette cause... que nuls ne prennent ou exigent en aucune manière , aucuns salaires excessifs, mais en la forme raisonnable qu'ils faisaient avant ces heures, etc...» (Ibid.)

Pour comprendre le rapport qui existe entre les chartes du roi Jean et de

Chandos ne crut pas que ces faveurs fussent un lien assez fort pour le retenir ; et se rappela que Montauban ne s'était pas soumis, avec autant de bonne grâce qu'il l'avait dit, à la puissance anglaise; la force de la place, l’importance de son assiette, lui firent craindre qu'elle ne lui échappät un jour, et, par une précaution qui n'était pas sans motif, il y laissa une garnison de 500 lances, c’est-à-dire au moins 4000 chevaux.

En 1564, le prince Noir, fils du roi d’Angleterre, vint prendre possession en personne des villes du Quercy. Il visita Montauban et Cahors, usant partout avec insolence du droit de la souveraineté, qu'il poussa jusqu’au despotisme. L’évèque de Cahors, Bertrand de Cardaillac, osa réclamer contre sa tyrannie ; il se plaignit hautement et fut chassé de son siége, où le prince de Galles plaça un anglais, Robert Waldeby, religieux augustin.

Ce qui vint augmenter le mécontentement, c’est qu'en 1566, quelques compagnies de Malandrins, (*) que le prince de Galles avait ramenés

Chandos , et la date de ces pièces, il importe de ne pas oublier qu'à cette épo-

que l’année commençait à Pâques.

(*) Ce que l’histoire nous apprend de ces grandes compagnies, formées de

de son expédition de Castille, furent placées dans les villes pour y fortifier les garnisons anglaises, et y commirent toute sorte d'excès. Non contens de piller le Quercy, les Routiers de Montauban se jetaient aussi sur le Languedoc. Guy d’Azay, sénéchal de Toulouse, résolut de mettre fin à leurs ravages et vint les attaquer jusque dans notre ville. Mais laissons parler Froissart :

« Quand le comte de Narbonne et messire Guy

ce qu’on appelait pastoureaux ou menu gent, cottereaux ; à cause des coutelas dont ils seservaient, malandrins; du mot italien malandrino , voleur: routiers, ruptori, briseurs, est bien propre à nous faire connaître les malheurs de cette époque de barbarie.

Gens de maints pays et de mainte nation, L'un Anglais, l’autre Escot, si avait maint Breton, Allemands et Normands y avait à foison.

Par li pays allaient prendre leur mansion, Et prenaient partout les gens à rainçon ; Et il n'y demeurait bæf, vache ne mouton, Ne pain, ne chair , ne oye, ne chapon ; Tout pillar, meurtrier , traiteur et félon, Étaient en la route dont je fais mention.

(Chroniq. de B. Duguesclin.)

« Hs étaient habillés, dit Brantôme, plus à la pandurde vraiment qu'à la » propreté, portant des chemises qui leur duraient vêtues, sans changer , plus » de deux et trois mois ; montrant leurs poitrines velues et pelues et toutes dé- » couvertes; la plupart montraient la chair des cuisses, voire même des » fesses. »

C'étaient de pareils hommes qui, vendant leurs services au plus offrant, gagnaient les batailles et décidaient du sort des empires. — Alors, comme aujour-

d'hui, l'or des Anglais était le principal auteur de leurs conquêtes. — Le Midi

d'Azay, qui se faisoient souverains et meneurs de toutes ces gens d'armes, furent partis de la cité de Toulouse, ils s’en vinrent loger assez près de Montauban, qui pour lors se tenoit en l’obéissance du prince, et en étoit capitaine à ce jour un chevalier anglois qui s'appelait messire

de la France était surtout le théâtre de leurs effroyables excès : « Il avint, l’an 1320, que moult grand multitude de pastoureaux, en allèrent en Langue d'Oc et firent moult de maux à juifs et aultres gens. » ( Histor. franc. de Bibl. Mem. )

Tous les historiens ont loué la politique habile de Charles V , et la bravoure de Duguesclin, qui, par leur concours, en purgèrent notre pays. Maisle grand nom du connétable à trop fait oublier celui des hommes généreux qui consentirent , avec lui, à placer sous leur bannière ces banées de pillards, et qui furent , à travers mille dangers, soutenir l'honneur de la France. Un poète de Toulouse , contemporain de ces évènemens, les chante dans une cansou, dédiée à Dona Clemencça :

L'an mil tres cens soisanto cinq , De boulé del rey Carle quint, Passec en aquesta patria

Noble senior Bertram Guesclin, Barou de la Roqua-Derin , Menan ambet gen d’armaria.

L'honor , la fé, l'amor de Dieu, Eron tous lous soulis motieu Qu'’es pourtavan d'anar fa guerra Contra los crudels Sarrazis ; Aquo fec que nostes mondis

Se boutegon jous sa baniero.

Ce petit poème, qui n’a pas moins de trois cents vers, et qu’on peut lire dans Durosoy (Ann. de Toulouse , t. 2. preuvy. p. 11.), signale parmi les chefs les plus remarquables de cette armée : Payan, Garrigues , Montpezat, Laroque, Lortal , Falgar, Merlanes , Lespinasse, Toulsa, Arn. Bernat, du Bousquet, Lacoste’, etc., dont les noms figurent dans nos archives de cette époque, parmi ceux des Consuls ou des habitans notables de notre cité.

Jean Trivet. Si envoyèrent ces seigneurs de France leurs coureurs devant Montalban pour attraire hors ces Compagnies qui s’y tenoient.

» Quand le capitaine de Montalban entendit que les François étoient venus à main armée et à ost devant sa forteresse, si fut durement émerveillé, pour tant que la terre étoit du prince. Si vint aux barrières de ladite ville, et fit tant que, sur assurance, il parla auxdits coureurs, et leur demanda qui là les envoyoit et pourquoi ils s’avancoient de courir la terre du prince qui étoit voisine et devoit être amie, avecques le corps du seigneur, au royaume et au roi de France. Ceux répondirent et dirent que: « Nous ne sommes mie, de nos seigneurs qui ci nous ont envoyés , de rendre raison chargés; mais pour vous apaiser, si vous voulez venir ou envoyer par devers nos seigneurs, vous en aurez bien réponse. » — « Oil, dit le capitaine de Montalban , je vous prie que vous retraiez par devers eux, et leur dites qu'ils m'envoient un saufconduit par quoi je puisse aller à eux etretourner arrière , ou 1]s m’envoient dire pleinement pour quoi ni à quel titre ils me font guerre ; car si je cuidois que ce fût tout acertes, je le signifierois à monseigneur le prince qui y pourverroit de remède. » Ceux répondirent : «Nous le ferons

volontiers. » Ils retournèrent et recordèrent à leurs seigneurs toutes ces paroles. Ce sauf-conduit fut impétré, au nom dudit messire Jean Trivet, et l’apportèrent à Montalban.

» Adonc se partit, lui cinquième tant seulement, et vint au logis des dessus dits François, et trouva les seigneurs tous appareillés de le recevoir et de lui répondre. Il les salua et ils lui rendirent son salut, et puis leur demanda à quelle cause ils avoient envoyé courir à main armée par devant sa forteresse qui se tenoit de monseigneur le prince. Ils répondirent : « Nous ne voulons nulle abatie ni nulle guerre ; mais nous voulons nos ennemis chasser où que nous le savons. » — « Et qui sont vos ennemis ni où sont-ils? » ce répondit le chevalier. — « En nom de Dieu, répondit le comte de Narbonne, ils sont à Montalban ,- et sont robeurs et pilleurs, qui ont robé et pillé, pris et couru mal dûment sur le royaume de France; et aussi, messire Jean, si vous êtes bien courtois ni ami à vos voisins, vous ne les devriez mie soutenir qui pillent et robent les bonnes gens sans nul titre de guerre, car par tels œuvres s’émeuvent les haines entre les seigneurs ; ‘et les mettez hors de votre forteresse, ou autrement vous n'êtes mie amie au roi ni au royaume de France. » —

« Seigneurs, dit le capitaine de Montalban , il est bien vérité quil y a gens d'armes dedans ma garnison, que monseigneur le prince a mandés, et les tient à lui pour ses gens. Si ne suis mie conseillé que de eux faire partir si soudainement , ni d'eux faire vuider, et si ceux vous ont fait aucuns déplaisirs, je ne puis mie voir qui droit vous en fasse, car ce sont gens d'armes , si les convient vivre ainsi qu'ils ont accoutumé et sur le royaume de France et sur le prince. » Donc répondirent le comte de Narbonne et messire Guy d’Azay, et dirent : «Ce sont gens d'armes tels quels qui ne savent vivre, fors de pillage et de roberie, et qui mal courtoisement ont chevauché sur nos mettes. Si le comparéront, si nous les pouvons tenir aux champs, car 1ls ont ars, pris et pillé et fait moult de maux en la sénéchaussée de Toulouse, dont les plaintes en sont venues à nous, et si nous les souffrions à faire, nous serions traîtres et parjures envers notre seigneur qui ci nous à établis pour garder sa terre. Si leur dites hardiment de par nous ainsi; Car puisque nous savons où ils logent, nous ne retournerons si l'auront amendé, ou il nous coûtera encore plus. »

» Autre réponse ne put adonc avoir le capitaine de Montalban , et s'en partit mal content

d'eux, et dit que jà pour leurs menaces il ne briseroit jà son intention, et retourna à Montalban et leur recorda toutes les paroles que vous avez ouies. |

» Quand les Compagnies entendirent ces nouvelles, si ne furent mie bien assurés , car ils n'étoient pas à jeu parti contre les François. Si se tinrent sur leurs gardes du mieux qu'ils purent. Or avintque, droit au cinquième jour après que ces paroles eurent été dites, messire Perducas de Labreth, atout une grande route de compagnons dut passer par Montalban ; car le passage étoit par là pour entrer en la prinçauté : si le fit à savoir à ceux de la ville.

» Quand messire Robert Ceni (*) et les autres compagnons qui là se tenoient pour enclos entendirent ces nouvelles, si en furent moult réjouis : si signifièrent tout secrètement le couvent des François au dit messire Perducas, et comment ils les avoient là assiégés et les menaçoient durement; et aussi quels gens ils étoient, et aussi quels capitaines ils avoient.

» Quand messire Perducas de Labreth enten-

(”) Johnes l'appelle Robert Chenevy.

dit ce, si n’en fut de néant effréé, mais recueillit ses compagnons de tous lez, et s’en vint bouter dedans Montalban , où il fut reçu à grand'joie. Quand il fut là venu, ils eurent parlement en semble comme ils se pourroient maintenir; et furent d'accord que lendemain ils s’armeroient et se mettroient tous à cheval, et iroiïent hors de la ville, et s’adresseroient vers les Francois, et les prieroïient que paisiblement ils les laissassent passer , et siils ne vouloient à ce descendre et que combattre les convint, ils s’'aventureroient et vendroient à leur loyal pouvoir. Tout ainsi comme ils ordonnèrent ils firent. À lendemain ils s’armèrent, et sonnèrent leurs trompettes et montèrent tous à cheval et vidèrent hors, de Montalban.

» Ja étoient les François armés pour leffroi qu'ils avoient ouï et vu, et tous rangés et mis devant la ville, et ne pouvoient passer ces compagnons fors que parmi eux. Adonc se mirent tout devant messire Perducas de Labreth et messire Robert Ceni , et voulurent parlementer aux François et prier que on les laissät paisiblement passer . mais les François leur envoyèrent dire qu'ils n’avoient cure de leur parlement, et qu'ils ne passeroient , fors parmi les pointes de leurs glaives et de leurs épées; et écrièrent tan-

tôt leurs cris et dirent : « Avant! avant! à ces pilleurs qui pillent et robent le monde et vivent sans raison ! »

» Quand ces compagnons virent ce, et que c'étoit à certes, et que combattre les convenoit ou mourir à honte , si descendirent de leurs chevaux, et se rangèrent et ordonnèrent tout à pied moult faiticement, et attendirent les François qui vinrent sur eux moult hardiment, et se mirent aussi par devant eux tous à pied. Là commencèrent à traire , à lancer et à chasser les uns aux autres grands coups et apperts, et en y eut plusieurs abattus des uns des autres, de première venue. Là eut grand'hataille forte et dure et bien combattue , et mainte appertise d'armes faite, et maint chevalier et maint écuyer renversé par terre. Toutefois les François étoient trop plus que les Compagnies, bien trois contre un, si n'en avoient mie la pieur parçon; et reboutèrent à ce commencement les compagnies par bien combattre bien avant jusques dedans les barrières. Là eut au rentrer maint homme mis à meschef ; et eussent eu, ce quil y avoit de Compagnies, trop fort temps, si n'eût été le capitaine de ladite ville, qui fit armer toutes gens et commanda étroitement que chacun à son loyal pouvoir aïdât les Compagnies qui étoient

hommes au prince. Lors s’armèrent tous ceux de la ville et se mirent en arroy avecques les Compagnies, et se boutèrent en l’escarmouche, et mêmement les femmes de la ville montèrent en leurs logis et en leurs soliers pourvues de pierres et de cailloux, et commencèrent à jeter ‘sur ces François si fort et si roidement qu'ils étaient tous embesognés de eux targer pour le jet des pierres, et en blessèrent plusieurs et reculèrent par force. Donc se rassurèrent les compagnons, qui furent un grand temps en grand péril, et envahirent fièrement les François. Et vous dis qu'il y eut là fait autant de grands appertises d'armes, de prises et de rescousses que on avoit vu en grand temps faire ; car les Compagnies n'étoient que un petit au regard des François. Si ce penoit chacun de bien faire la besogne ; et reboutèrent leurs ennemis par force d'armes tout hors de la ville. Et advint ainsi, pendant que on se battoit, que une route de Compagnies que le bourg de Breteuil et Naudon de Bagerent menoient, en laquelle route étoient bien quatre cents combattants, se boutèrent parderrière en la ville, et avoient chevauché toute la nuit en grand’hàte pour là être, car on leur avoit donné à entendre que les François avoient assiégé leurs compagnons de Montalban. Si vinrent tout à point à la bataille. Là eut de rechef

DE MONTAUBAN. 297 grand butin et dur; et furent ces François par ces nouvelles gens fièrement assaillis et combattus, et dura cette bataille dès l'heure de üerce jusques à la basse none. Finablement les Francois furent déconfits et mis en chasse, et ceux tous heureux qui purent partir, monter à cheval et aller leur voie. Là furent pris le comte de Narbonne, messire Guy d’Azay, le comte d’Uzès, le sire de Montmorillon, le sénéchal de Carcassonne, le sénéchal de Beaucaire et plus de cent chevaliers, que de France, que de Provence, que des marches de là environ, et maints écuyers et maints riches hommes de Toulouse et de Montpellier ; et encore eussent-ils plus pris, s'ils eussent chassé, mais ils n'étoient que un peu de gens mal montés; sine s’osèrent aventurer plus avant et se tinrent à ce que ils eurent. Cette escarmouche fut à Montalban la vigile Notre-Dame en août, l'an de grâce ucce rxvi.»

Le prince de Galles, ruiné par son expédition d'Espagne, voulut réparer ses finances en imposant une taxe extraordinaire sur tous les pays cédés par le traité de Brétigny (*). Une grande assemblée de notables de ces provinces fut

- (*) Un franc par feu, le riche portant le pauvre, ce qui lui valut, pour son duché d'Aquitaine seul, 1,200,000 liv.

tenue à Niort. L’évèque de Rodez, qui avait adopté le part de l'Anglais, et avait été investi de la charge de chancelier d'Aquitaine, y demanda, de la part du prince de Galles , un droit de fouage pour cinq ans.

Quelques-uns consentirent, mais les Sires d’Albret, d’Armagnac, de Carmain (neveu du pape Jean XXIE), les députés du Quercy, et surtout le seigneur de Puycornet, un des premiers barons de la comté, furent d'un avis contraire, « disant que, du temps passé, ils n'avaient été grévés d'aucun fouage, subside, imposition ni gabelle, et que jamais ils ne le seroient, tant qu'ils s’en pourroient défendre; que leurs terres étoient libres et immunes de ces prestations (°); que le prince s’étoit engagé par serment à les laisser dans cet état, et qu'il n'avait pas plus de droit

(*) Les habitans de Montauban pouvaient, en particulier, se prévaloir d’une charte de Raymond VI, comte dé Toulouse, par laquelle, en 1221, il les déclarait libres de tout emprunt, don et impôt :

« Notum sit atque sciant omnes præsentes ac posteri quèd Raymundus, Dei gratid dux Narbonæ, comes Tolosæ, marchio Provinciæ, — recorose e disque la vila de Montalba el comunals pobles de lavila era Franes daital quia (de cette façon) que los comunals pobles de la vila no devio alhin far questa, ni donar per dequn usatge ni per dequna costuma, e que daysso devio estre Francs per totz temps. Aquest reconnoissoment e aquest autrejament fe lo senhor coms davan digs, dins Montalba, al cayreforc près del mercadil de laz l’ayral de E. de Cos, x1v dios à lissit del mes d’otobre mccxxr. Liv. des Sermens, fol. 10. Liv. Rouge, fol. 4.

DE MONTAUBAN. 259 que le roi de France dont il tenoit la place. » (Dominici.) -

Toatefois, le prince de Galles ne laissa pas d'exiger avec rigueur le paiement de l'impôt. Les Consuls de Cahors eurent beau lui représenter qu'il y avait, dans le Quercy, d’autres bonnes villes, dont les Consuls pourraient, aussi bien qu'eux, s’acquitter de la levée des deniers; le prince, qui savait les Consuls de Montauban d’accommodement peu facile, ne voulut pas.les décharger de ce soin. La haine pour les Anglais s’accrut ; la fermentation devint plus menaçante. En vain le roi d'Angleterre, à qui les murmures étaient parvenus , écrivit aux seigneurs et aux peuples, que son intention n'était pas d'exiger le paiement du fouage; que, si quelque chose avait été pris, 1l entendait que tout füt restitué, avec remboursement des frais et réparation des dommages ("); c’était revenir trop tard sur une mesure qui avait profondément irrité les esprits: le ressentiment prévalut. La plus grande partie des villes et des seigneurs du pays portèrent leurs plaintes à Charles V, fils et successeur de Jean, qui était mort prisonnier en Angleterre.

(*) Voir la lettre d'Édouard aux villes d'Aquitaine ( KFroissart, Chronique tom . 1, chap. 301.)

«Cher sire, lui direntils, entreprenez hardyment la guerre; vous y avez cause, et sachez qu'aussitôt que vous l'aurez entreprise, vous verrez et trouverez que les trois parts du pays de la duché d'Aquitaine se tourneront devers vous, comme prélats, comtes, barons, chevalhers et écuyers, et bourgeois de bonnes villes. Voici pourquoi et comment : le prince procède à lever le fouage, dont pas ne viendra à chef, mais en demeurera en la haine et malveillance de toutes personnes, el sont ceux de Poitou, de Xaintonge, de Quersin, de Limousin, de Rouergue , de La Rochelle, de telle nature qu'ils ne peuvent aimer les Anglois.» (Froissart, tom. I. Ch. 248.) | = Charles eut d’abord, ou plutôt feignit d’avoir peu de bonne volonté à leur égard ; il se laissa presser, solliciter, ne donnant que des réponses évasives; mais, pendant ce temps, 1l prenait ses mesures. Quand tout fut disposé selon ses vues, il adressa aux différentes villes de la Guyenne une déclaration d’après laquelle la souveraineté de cette province appartenait toujours au roi de France, de telle sorte que lesdites villes pouvaient en appeler à lui et à son parlement de Paris, des griefs qu’elles pourraient avoir contre les gouverneurs anglais (”).

(*) « Charles par {a grâce de Dieu, roy de France; à vous bien amez les Con-

Il fallait cependant faire signifier au prince de

Galles le relief d'appel. Bertrand Pellot, juge criminel de Toulouse, et Jean de Chapponel, chevalier, se chargèrent de cette dangereuse mission.

suls et habitans de la ville de Montalban salut. Nous avons entendu que aucunes personnes s'efforcent de publier au pays de Guyenne que nous voulons venir contre le traité de la paix faite entre nostre très cher seigneur et père, dont Dieu ait l'âme, d’une part ; et nostre cher et très amé frère le roy d'Angleterre, d’autre ; et commençant matière de descort, pour ce, si comme ils disent que nous ayons reçu les appellations faites à nous et nostre cour souveraine du parlement, de plusieurs nobles et bonnes viiles dudit pays, qui ont appelé à nous de certaines indictions et fouages que nostre très cher et très amé neveu, le prince de Galles , duc de Guyenne, de nouvel a décrété et commandé estre levés sur tous les habitans dudit pays, et s'efforcent de vous donner à entendre que nous ne le pouvons faire, par ledit traité de paix, et que ledit pays est hors de nostre souveraineté, et ne doit plus ressortir à nous, et pour cé que par telles persuasions , non contenant vérité , ne fussiez déceus ainsi que aucunes personnes simples pouvant avoir ignorance dudit traité, vous faisons savoir qu’il est vérité que plusieurs nobles , grands seigneurs, et bonnes villes de Guyenne sont venus par-devant nous, en nous disant qu'ils avoient appelé, de nostre dit neveu, à nous, desdites indictions et fouages, que nostre dit neveu avoit mis sur ledit pays, sans leur consentement, et en mettant le pays à perpétuelle servitude, contre leurs franchises et libertés anciennes, lesquelles doivent être tenues et gardées par ledit traité; et de plusieurs autres griefs qu'ils disoient qu'ils esclairciroient en temps et en lieu par-devant nous ; et nous ont requis que nous les reçussions en leurs appellations, et leurs baïllassions escrits et ajornemens en cause d'appel, protections, sauve-gardes et inhibitions acostumées en tel cas , et disoient que si nous le refusions , nous leur fauldrions de droit et de justice ; et de ce nous sommèrent et nous requirent à grande instance par plusieurs fois. Et sur ce eùmes grande et mûre délibération avec nostre conseil , et pour ce qui clairement est contenu audit traité de la paix, que les souverainetés et ressorts des pays baillés en domaine à nostre dict frère le roi d'Angleterre, demeuroient et demeurent à nous en tel estat et en icelle mesme entiéreté qu'ils estoient au temps dudit traité. Et nostre dict seigneur et père par ladicte paix promist de surseoir à user desdites souverainetés et ressorts ,

Ils surprirent un sauf-conduit de Walkafara, sénéchal du Quercy, du Rouergue et du Périgord, arrivèrent à Bordeaux, et présentèrent au fils du roi d'Angleterre l'appel du roi de France (°). Le

» jusques à la saint Andrieu, qui fust en l'an miltrois cent sexante-et-un, tant » seulement, laquelle est passée long-temps a. Et ainsi lediet jour passé, en » pouvons , en devons user, comme onques firent nos devanciers ; et que » de rien n’en sommes forelos ; ni onques nos deyanciers ni nous n’y renon- » çèmes, ni icelle ne transportämes hors de nostre main ; mais furent par » exprès réservées en ladicte translation du domaine , comme dit est. Consi- » dérant qu'il est à nous d’avoir le ressort, et que, sans faillir de justice, ce que » onques nos devanciers ne firent à leurs subgiez, ninous aussi ne » ferons, si Dieu plaist; ne pouvons, ne devons refuser lesdictes appella- » tions ; et pour ce, les ayons reçues, et donné adjournemens, inhibitions , » sauve-gardes, êt protections, ainsi que ont acostumé nos devanciers de » faire à vous et à {ous nos autres bons subgiez dudict pays qui toujours ont » à la coronne de France gardé et rendu loyauté et obéissance, et afin que » vous puissiez mieux savoir la vérité des choses dessus dictes, et qu'il vous » puisse clairement apparoir que nous ne ferons ni avons fait en rien contre ledict » traité, mais selon iceluy, et ce que nous pouvons et devons faire, nous en advi- » sons, afin que vous ne fussiez déceus, par vous donner entendre le con- » traire ; et aussi afin que vous soyez advisés de faire tousjours vostre devoir » tel comme bons subgiez doivent faire à leur seigneur souverain; et que sous » ombre d’ignorance, ne vous en puissiez excuser ; car nous tenons ferme- » ment que sciemment vous ne feriez que ce que faire deviez.

» Donné à Paris le Ile jour de décembre de l’an de grâce M.CCC.LXVIIL. » (Liv. Armé, f0.)

(*) «Charles, par la grâce de Dieu, roi de France, à notre neveu le prince de Galles et d'Aquitaine , salut, Comme ainsi soit que plusieurs prélats, barons, chevaliers, universités, communes et colléges des marches et limitations de Gascogne, demeurans et habitans ès bandes de notre royaume, avec plusieurs autres de la duché d'Aquitaine, se soient traits en notre cour, pour avoir droit sur aucuns griefs et molestes indus, que vous par foible conseil et simple information leur avez proposé à faire, de laquelle chose nous sommes tous émerveillés. Donc pour obvier et remédier à ces choses, nous nous sommes ahers avec eux et aherdons, tant que , de notre majesté royale et seigneurie, nous vous commandons que vous venez en notre cité de Paris en propre personne,

DE MONTAUBAN. 263 prince anglais entra dans une violente colère, répondit fièrement qu'il comparaîtrait l’armet en . tête, suivi de soixante mille hommes, et ordonna d'arrêter en chemin les deux députés, qui furent conduits prisonniers à Agen. Cette arrestation exaspéra les seigneurs du Quercy et de la Gascogne ; ils résolurent d’en tirer vengeance. Instruits que Walkafara s’en allait de Villeneuved’Agen à Rodez , à la tête de soixante lances et de cent archers, 1ls montèrent promptement à cheval, allèrent attendre les Anglais près de Montauban, les mirent en déroute et forcèrent le sénéchal à se réfugier dans cette ville, que tenait dans le respect une garnison puissante (*). Ce fut le premier signal des combats. « à peine, dit Jean du Tillet, évèque de Meaux, dans sa Chronique abrégée , la guerre fut-elle criée, que toute la province s’esmeut et se rangea sous Pobéissance du roi de France. »

Le prince de Galles avait les veux ouverts sur Montauban; 1l redoutait la turbulence naturelle,

et vous montrez et présentez devant nous en notre chambre des pairs , pour ouïr droit sur lesdites complaintes et griefs émus de par vous à faire sur votre peuple qui clame à avoir ressort en notre cour , et à ce n’y ait point de défaut, et soit au plus hâtivement que vous pourrez, après ces lettres vues. En témoin de laquelle chose nous avons à présentes mis notre scel. Données à Paris, le vingt-cinquième jour du mois de janvier. (Froissart, tom. 1, p.)

(j Froissart, tom. 4, chap. 263, pag. 565. »

l'audace, le courage de cette population si ardente aux batailles. Il se hâta d’y introduire de nouvelles troupes, commandées par deux célèbres capitaines, Jean Chandos et le Captal de Buch; mais ils ny restèrent pas long-temps. Une nuit, pendant que les Anglais, confians en leur nombre, croyaient la ville plongée dans le sommeil et le découragement, la ville se leva aux lugubres tintemens de la cloche de la Maison- Commune. Jean Chandos et le Captal de Buch s’arment à la hâte, sortent du château, rallient leurs troupes ; mais les cent chaînes des rues étaient tirées ; toute la population était là , menaçante, bien armée , toute prête à frapper de rudes coups, n'ayant plus de traîtres dans son sein , comme en 1366. Les Anglais, voyant que toute tentative pour conserver la ville serait 1mpuissante, combattirent seulement pour s'ouvrir un passage. Après avoir perdu beaucoup de monde , ils parvinrent à gagner la porte du Griffoul, sortirent en tumulte et se dirigèrent vers Cahors.

Charles V ne fut pas plutôt instruit de cette glorieuse conduite, qu'il adressa aux Montalbanais des lettres-patentes par lesquelles , en récompense de leurs loyaux services , 1l les exemptait de la juridiction des maîtres des eaux-

EC

DE MONTAUBAN. 265 et-forêts , leur accordait l'autorisation de tenir une nouvelle foire, unissait immédiatement leur ville au domaine de la couronne , leur promettait qu'en cas d'attaque, ils seraient secourus ; qu’on ne leur donnerait ni gouverneur ni garnison qui ne leur fut agréable; que les officiers et soldats du roi paieraient leur dépense, et qu'ils en seralent retirés à la première sommation des Consuls ; qu’enfin le roi ne ferait ni paix ni trève sans les y comprendre (”). Telle était l’importance

(") Nous ne rapportons ici que les principales dispositions des nombreuses lettres-patentes qui furent adressées aux habitans de notre ville, après qu'ils eurent secoué le joug anglais; les autres sont résumées dans la note 11. Les préambules de quelques-unes de ces chartes nous ont paru surtout dignes d'intérêt.

Ludovicus regis quondäm Francorum filius, Domini nostri regis germanus , ejusque locum tenens in partibus Occitanis, dux andegavensis… Notum facimus qudd nos , attendentes firmam conscientiam illorum qui, circà regalem excellentiam , in obsequiis et aliis actibus , vires suos exponere consueverunt et exponere non cessant, proptereà condignä retributione cogimur ipsis promoveri, ut per tales semper in dictis obsequiis perseverantes se habeant in eisdem, considerantesque gratuita et laudabilia servitia dicto domino meo regi et nobis fideliter impensa per dilectos et fideles nostros Consules de Monte-albano , et quæ de die in diem, in futurum , ‘mpendi speramus per eosdem, idcircù nos in recompensatione premissorum , ex nostrà certà scientià, auctoritate regià , quà fungimur , et gratià speciali, concessimus atque concedimus qud omnia bona mobiliaet immobilia, capta et confiscata, occasione præsentis querræ, seu ratione dictæ confiscationis vel rebellionis donata vel alienata, ipsis restituantur et liberentur impunè et liberè.… Volumus et concedimus qudd omnes et singuli qui ad locum de Monte-albano, occasionepræsentis querræ confugerunt , possint ire redire et morari liberè et impunè tàm in dictà villà de Monte-albano quàm per totum regnum Franciæ, quoniam nos eis omnem pænam corporalem , criminalem et civilem si quam vel quas in-

de cette place qu'on ne croyait pas pouvoir assez faire pour s’en assurer la possession et en récompenser les habitans. Aussi donnèrent:ls , pendant toute cette guerre , les plus belles preuves de dévouement, ce qui leur valut encore de nouveaux priviléges que nous ferons connaître bientôt. |

currerunt… Deniquè prœfatis hominibus de Monte-albano et ejus jurisdictione omnem pænam, tàm criminalem quàm civilem , quam erga dominum meum seu nos incurrerunt usque nunc , eù quèd querram apertam fecerunt contra dictum dominum meum et nos et subditos dicti domini mei et nostros, ac terram nomine principis Walliæ et non nomine dicti domini mei tenere voluerunt , remittimus et etiam indulgemus penitüs et perpetud , per præsentes cassantes , auctoritate qu suprà , et etiam annullantes omnes processus et informationes quæ in futurum fieri continget, occasione prœædictorum delictorum, res et bona ac etiam bonam famam eis restituendo. Omnes et singulas libertates, immunitates, franchisias;"consuetudines et quœcumque alia privilegia et statuta dictæ villæ concessas et concessa, ab olim, per carissimos dominos meos reges Francorum , quondäm etiam per regem Angliæ aut principem Walliæ , vel per quondäm comites Tolosæ, ratificamus, laudamus, approbamus pariter et confirmamus.… \

Datum Tolosæ, anno domini M.CCC.LXIX nono , mense junii. (Livre Armé, fo 76.) ,

Ces lettres furent ratifiées par le roi en 1370.

Ludovicus regis quondàäm Francorum filius... attendentes quèd auctoris sanctæ felicitatis assistentiä, quam , dexträ Dei prœfulgente , recto tramite prosequimur , locus sive villa de Monte-albano justè et jure domini mei regis ad ipsius atque nostram obedientiam devenit , in laqueum indignationis , sive materialis vibrationis gladii, in cujus indignationis aliter progredi meritd noscebatur , incidere metuens ; igitur nos, clementiam domini mei regis atque nostram, cujus gremium minimè claudimus postulanti, exhibere volentes in hâc parte, Consulum et habitatorum dictæ villæ cum promptæ mentis alacritate supplicatione nobis porrectà , eosdem Consules et universitatem et singulares ejusdem ,

Chassés de Montauban , les anglais , commandés par Chandos , le Captal de Buch, Robert Knwlles « grand meneur de gens d'armes », Thomas Holland et le sénéchal Walkafara, al-

lèrent mettre le siége devant Cahors, le 16 ou le 26 mai 1369. Mais la ville fut si bien défendue par Gausfred de Vayrals, archevèque de

tanquèm recurrentes per viam appellationis , justis et legitimis causis ad dominum meum regem , atque nos ab oppressionibus el gravaminibus multiplicibus et indebitis eisdem impensis per principem Wallarum, nunc ad ipsius domini mei regis atque nostræ TO clypeum suscepimus el suscipimus per prœsentes…

Datum Tolosæ, anno domini M.CCC.LXIX, mense augusti. (Livre Armé , fo 72.)

Karolus, Dei gratià Francorum rex : crescit reqii culminis celsitudo, gloriamque meretur et honorem, dm obsequia à suis fidelibus eidem impensa recolendo, eorum justa et pia desideria favore prosequitur speciali, prœsertim in his quæ convenit regiæ celsitudini, eorumque petitiones œquitati consonas exaudire, et illos priviligiis favoribus et gratiis ampliare. Sanè ad nostri memoriam reducentes laudabilia et grata servitia quæ dilectiet fideles nostri Consules, burgenses et habitatores civitatis Montis-albani nobis fideliter impenderunt , qui, tanquäm veri et fideles nostri, Eduardo , primogenito Eduardi Angliæ, et horum complicibus et confæderatis obedientiam denegarunt , et nos ipsorum naturalem et superiorem dominum recognoscentes , se in nostrà obedientid liberè reddiderunt…

Anno M.CCC.LXIX. mense februarii.

Karolus, Dei gratid Francorum rex , ad perpetuam rei memoriam : cœlestis atitudo potenti® quæ supra cuncta tenet imperium, ef quæ nos’, sud benignissimd disponente gratià , stabilivit in regem, et ad regni fastigia provexit , divinitùüs nos admonet ut ipsum regnum et ejus subditos in pacis tranquillitate tenere et fovere, et cuncta quœæ ipsius regni er nostrorum subditorum conservationem, custodiam et tuitionem, ac nostri obedientiam concernunt, vacare , distractaque seu alienata à manu regis ad statum pristinum reducere intendamus et curemus sollicitudinibus indefessis; ut düm se sentiunt per regiam sollicitudinem et potentiam in

Toulouse , que les assiégeans furent obligés de se retirer honteusement , après un jour et une nuit d'attaque.

Ce prélat, qui a mérité une place dans lhistoire par les services qu'il rendit à la cause du roi de France , était monté à cheval, à la première nouvelle des intentions de Charles V, et, parcourant le Quercy , y avait partout engagé les populations à secouer le joug de la domination anglaise. « Pour lors le duc d'Anjou fit parüur de Toulouse celui qui en étoit archevèque, lequel étoit un grand clerc et vaillant homme durement, et icelui il fit chevaucher vers la cité de Caours. Ledit archevèque de Toulouse prêcha là tellement et par si bonne manière la querelle du roi de France , que ladite Cité se tourna françoise, et jurèrent foi et loyauté de ce jour en avant à tenir au roi de France. Et après, ledit archevêque chevaucha outre, et partout pré-

securitate remanere et defendi, in nostræ celsitudinis obsequio et obedientiœ reddantur libentiùs et promptiores…. prœdictas civitatem et villam, cum ipsarum pertinentiis universis, de nostrà speciali gratià, certà scientid, auctoritate et plenitudine nostræ regis Franciæ, perpetuis temporibus, retinemus et ad proprium et immediatum dominium reginum et coronam Franciæ, absque alio medio annexamus , agregamus, adjungimus , applicamus , ponimus et unimus…

Datum Parisiis , anno domini M.CCC.LXIX, mense martii. (Livre Armé , fo 71

DE MONTAUBAN. 269 choit et montroit le bon droit du roi de France, et tellement se portoit que tout le pays se tournoit et fit lors tourner plus de soixante que Cités, que villes, que châteaux , que forteresses; car il prèchoit que le roi de France avoit si grand droit et si bon en cette querelle, que les gens qui l’oyoient parler le croyoient du tout. Et aussi de nature et de volonté, ils étoient trop plus françois qu'ils étoient anglois, qui bien aidoit à la besogne. » (Froissart , tom. 4, chap. 271.)

Après avoir levé le siége de Cahors , les anglais se répandirent dans le plat pays, le pillèrent et le ravagèrent. Une chronique, citée par Dominici (Tom. 2. Liv. 5. Chap. 9.), dit à cette occasion , que la guerre devint alors très désastreuse pour la contrée, à cause des déprédations qu'y commettaient les deux partis; les vivres furent bientôt d’une cherté extrême; les habitans n'osaient plus sortir de leurs villes; la violence régnait partout (). » Une haine plus implacable anima les quercinois contre leurs ennemis ; ceux d’entr'eux qui balançaient encore,

() « Deindè fuit in prœsenti patrià mala guerra, anglicis et gallis hinc etindè deprædantibus , undè evenit victualium omnium maxima caristia; nullus villam exire erat ausus ; omnia enim per injustitiam regebantur. »

se déclarèrent à la vue des malheurs qui désolaient le pays. La petite ville de Moncuq seule ne suivit pas le torrent ; elle se piqua de fidélité envers les anglais, et en fut punie plus tard par la perte d’une partie de ses priviléges.

La sévérité que le sénéchal Thomas de Walkafara crut devoir déployer en ces circonstañces, ne fit qu'augmenter l'irritation des esprits. Les violences commises dans les campagnes, entre Cahors et Montauban, étaient surtout son ouvrage. Peu de temps après la tentative des anglais contre la première de ces villes, il se sépara des autres capitaines , et se renferma dans Réalville, d’où il étendait ses brigandages à plusieurs lieues à la ronde. Réalville devait être alors bien plus considérable qu'elle ne l’est aujourd’hui, à en juger par les efforts que firent, pour la prendre, les gentilhommes du Quercy et de la Gascogne. Le vicomte de Bruniquel, dont les terres avaient beaucoup à souffrir des courses des anglais, en porta plainte au duc d'Anjou, qui tenait sa cour à Toulouse. Celui-ci commanda aussitôt une grande chevauchée , laquelle ,; composée « de bien dix mille hommes combattans » , et sous les ordres des comtes de Périgord , de Comminges, de l'Isle, des vicomtes de Bruniquel, de Carmain, de Talar, de Lautrec, et autres,

DE MONTAUBAN. QT vint assiéger le repaire du sénéchal anglais. Walkafara « l'avoit paravant bien suffisamment pourvue de tout... et de bons compagnons anglais qui jamais ne se fussent rendus pour mourir, combien que ceux de la ville en fussent en bonne volonté, si ils eussent pu. » (Froissart, chap. 270.) Les barons de France battirent vigoureusement la place avec quatre grandes machines de guerre qu'ils avaient fait venir de Toulouse, « lesquelles jetoient nuit et jour pierres et mangonnaux par dedans la ville, qui moult contraignit et affaiblit les assiégés. » (Ibid.) En même temps les mineurs s’avançaient vers les murailles, se vantant de les ruiner bientôt. Effectivement, ils renversèrent un grand pan de mur, « parquoi la ville fut prise et tous les anglais, qui dedans étoient, restèrent morts, à l'exception de Walkafara , qui fut retenu prisonnier, conduit à Toulouse , et pendu par ordre du duc d'Anjou. »

Pendant que les seigneurs quercinois et gascons nettoyaient ainsi la contrée, les Montalbanais ne restaient pas oisifs. Soldats en naissant, 1ls se gardaient eux-mêmes, et se rendaient redoutables par leurs courses continuelles. Les anglais, qui avaient toujours sur le cœur le sourvenir de cette nuit où ils avaient dû quitter honteusement la forte ville, et qui toujours aussi

espéraient la reprendre, rôdaient dans les environs, mais à distance: quelque « bonnes gens et vaillans » qu'ils fussent, ils savaient que, derrière ces murs, veillaient des compagnons non moins braves.

Robert Knwlles, voyant queses affaires allaient mal autour de Montauban, en retira ses compagnies, et se dirigea vers Duravel, avec l’intention de s'emparer de cette place. Chemin faisant, il prit Moissac que pressait la famine, et «où il n’y avait nul gentilhomme, ni autre défense que des bons hommes de la ville. » Moissac, (KFroissard l'appelle Montsac) reçut une garnison anglaise de vingt hommes d'armes et de quarante archers, commandés par Messire Robert Milton. Malgré les plus violens assauts, Duravel tnt bon ; Knwlles fut toujours repoussé avec perte, et forcé enfin de lever le siége. Le roi d'Angleterre pensa alors sérieusement à soutenir la guerre. « Et fut ainsi fait que le duc de Eancastre s’en iroit, à quatre cents hommes d’armes et autant d’archers, en la duché de Guienne, pour conforter ses frères ; car on supposait bien que, en ce pays-là, se trairoient les plus fortes guerres. »

En effet, Duguesclin entra en campagne, reprit un grand nombre de places, et eut poussé

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loin ses conquêtes sans la défection des seigneurs

gascons, qu'entraîna celle de Perducas d’Albret. (1370.)

Le pape Grégoire XI parvint par ses vives instances à faire entrer les deux rois en négociation : ils signèrent une trève d’un an, au bout de laquelle quatre grandes armées françaises fondirent à la fois sur les possessions des anglais. Celle de Guyenne, que commandait le duc d'Anjou, chassa les ennemis, à qui il ne resta plus dans la province que Bordeaux et Bayonne. Mais Charles étant mort, en 4380, les succès de nos armes sarrêtèrent; une longue série de malheurs commença pour la France.

L'absence de documens ne permet pas de tracer ici le tableau des évènemens dont le Quercy dut être le théâtre, à cette déplorable époque. L’histoire, occupée à pleurer les désastres qui fondirent sur la patrie, enregistra seulement la constante fidélité de nos contrées pour leurs maîtres légitimes. Pendant tout le règne de Charles VI (1580-1422. ), au milieu des factions qui déchiraient le royaume, des calamités qui semblaient le conduire à sa fin, on vit Montauban se soutenir par ses seules forces et résister aux efforts de la puissance anglaise, triomphante de tous

côtés. Cette héroïque résistance lui valut, en 1384, la confirmation de ses anciens priviléges, et l’octroi de nouveaux. En 1386, le roi donna des lettres-patentes, accordant aux Montalbanais le droit de chasse dans les fiefs royaux, l’exemption de la gabelle et des péages dans tout le royaume ("). Les forüfications de la ville, qui avaient beaucoup souflert lors de la guerre des Albigeois, que les troubles constans, occasionnés par la longue rivalité de la France et de l'Angleterre , n'avaient pas permis d'achever, se trouvèrent complétement terminées en 1400 (”). Les anglais la tenaient constamment bloquée au moyen de quatorze forts ou basiides, qu’ils avaient construites autour, et où journellement ils avaient à se défendre contre les sorties de ses habitans. |

Cependant notre ville, abandonnée à ellemème, sans cesse aux prises avec les garnisons des bastides, qui létreignaient, vit diminuer peu à peu le nombre de ses habitans, de telle

(*) I faut ajouter à ces concessions la décharge de 200 marcs d’or et d'argent que chaque ville de France devait payer au roi pour subvenir aux frais de la guerré. Charles Viexcepta Montauban de cet impôt , par ordonnance de Jean, duc de Berry. (Liv. Armé, fo 85.)

(**) C'est ce qu’on voit par une ordonnance de cette année , dans laquelle Charles VI continue le droit du Souquet aux Consuls de Montauban , « quoyque les fortifications de leur ville soyent présentement parachevées. » (Livre Armé , fo 410.)

sorte que le jour n'était pas loin où elle n'aurait plus de défenseurs à placer sur ses murailles. Les Consuls prirent alors un parti extrême, mais que les circonstances rendaient nécessaire ; ils offrirent le droit de bourgeoisie aux paysans, et même à ceux qui, POUrSuIvIS pour crime, voudraient choisir un asile dans la cité. Charles VE, touché de cetimmense sacrifice, admirable preuve d’un sublime dévouement, approuva cette mesure, et amnistia tous les criminels qui s’y étaient retirés (°).

Charles V avait offert au roi d'Angleterre de lui céder « 1400 villes et 3000 forteresses » (Dominici, ch. 9.) de l’Aquitaine, à l'exception toutefois de Montauban et de la partie du Quercy, qui s'étend entre le Lot et la Dordogne. En 1414, Charles VI voulut faire les mêmes cessions que son père, mais toujours sous la réservation de Montauban avec son territoire. L’Anglais rejeta ces propositions. La guerre continua. Les Montalbanais la soutinrent avec leur courage ordinaire. Au moyen de 1200 liv. que le Roi leur accorda , ils recrutèrent de nouvelles troupes, et inquiétèrent constamment les ennemis, retranchés

(*) L'acte de cette amnistie se trouve dans le 87e vol. de la collection de Doat , aux fos 532 ou 554.

dans leurs forteresses. Un jour, cependant, soit que la trahison les eût vendus, soit que l’orgueil du succès leur fit négliger la garde des portes, ils virent les anglais dans la ville. La plupart des habitans, surpris à l’improviste, furent massacrés ; les autres, jugeant la défense inutile, se sauvèrent. Peu de temps après, les citoyens fidèles, qui avaient échappé au fer de l'ennemi, rappelèrent leurs compatriotes ; des intelligences adroitement ménagées, leur ouvrirent une des portes ; le carnage fut horrible; pas un soldat anglais n'échappa. À partir de ce jour, la présence de l'étranger ne souilla plus notre ville.

41445, bataille d'Azincourt. —La fortune, diraiton, a pour toujours abandonné la France. — 1420, infàme traité de Troyes, signé, sur les ruines de la patrie, par une reine toute maculée d’adultères. Le roi d'Angleterre est reconnu héritier présomptif du royaume de Charles VI, cet autre roi qui était fou et n'avait pas de pain. Henri V est maître de Paris; 1l y commande en maître. Montauban, toujours fidèle, reste français, en dépit des violentes prospérités anglaises. Charles VI meurt. Charles VIE frappé d’une exhérédation solennelle, tire l'épée pourtant. Et pourquoi donc aurait-il désespéré de la France ? Est-ce que nous en désespérions, nous autres Querci-

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nois ? est-ce que nous n'avions pas su défendre notre terre , à tel point que l'Anglais n’y possédait

plus que quelques bicoques, Puy-P EÉvêque, Bélaic, Cessac, Mercuës, Nusséjous, Concorès, Clairmont- Sobiran, et Castelnau-de-Montratier ? —- 1499. Jeanne-d’Arc. Le Léopard commence à fuir. — L'héroïne est prise, vendue par les Bourguignons pour une somme de 10,000 francs, vendue aux Anglais , qui achettent quand ils ne peuvent prendre. « L'heure est donc venue où la France doit laisser tomber sa tête dans le giron de l’Angleterre (Shakespeare) ?» Non! Dunois, Xaintrailles, La Hire, l’Isle-Adam, continuent à pourchasser l'ennemi, qui tourne le dos partout et s’en va, le flanc saignant, se cacher dans Calais, d’où 1l regardera la France, en pleurant de honte et de dépit, jusqu’à ce que Guise viendra lui reprendre en huit jours sa possession de deux siècles.

Un an après la mort de Jeanne-d’Arc (1451), Montauban fut le théâtre d’une sorte d’émeute qui peignit au vrai, mais par malheur en caractères dessang, la vigoureuse haine de cette ville contre la domination étrangère. Les Anglais, qui en étaient sortis par la porte du Griffoul, voulurent y rentrer par la mème porte. Trois PP. Dominicains, Hugues Larue, Jean Caïrelli et Pierre

Pissa, furent accusés de favoriser ce projet de l'ennemi, et d'entretenir avec lui de coupables intelligences. Une multitude effrénée accueille ardemment ce soupçon, qui devient bientôt une certitude pour des esprits livrés à toutes les exaspérations de la colère. Alors, le peuple n’écoute plus rien, des groupes menaçans se forment, se précipitent sur le couvent des Jacobins, en arrachent les trois religieux, et les traînent devant les Consuls. Ceux-ci auraient vainement essayé de suivre, en cette circonstance, les formes ordinaires de la justice ; les habitans, assemblés tumultueusement en conseil-général, leur dictaient la sentence ; il fallait immédiatement faire jeter les prévenus dans la rivière, « sans quoi le peuple y pourvoyroit de telle sorte que jamais plus lesdits criminels ne commetitroient de trahison. » Les Consuls effrayés, craignant pour eux et pour la ville, se hâtèrent de donner satisfaction à l’exaspération publique ; sans se livrer à aucun examen, sans avoir d'autre preuve que les cris de la multitude, sans donner aux accusés le temps de se défendre , ils les firent coudre dans des sacs, et jeter du haut du pont dans la rivière. On verra à la note que les Consuls et Les habitans de Montauban ne tardèrent pas à ressentir quelques remords «d’un si furieux excès ». La Justice ecclésiastique n'eut pas plutôt appris l'attentat

dont les trois dominicains venaient d’être les victimes , qu'elle lança l’interdit sur la ville. Il ne fut levé que l’année suivante, 1453, par Bernard d’Alais , chanoine et archidiacre du Mans, nonce du pape dans les archevèchés d’Auch et de Toulouse, d’autres disent par Bertrand de Palacis , chanoine-sacristain de la cathédrale de Comminge, et également investi des fonctions de nonce. Pour obtenir l’absolution, les Consuls durent préalablement assujettir la ville à un obit perpétuel de 25 sols de rente en faveur du couvent des Jacobins de Montauban ; chaque année un service funèbre était célébré solennellement pour le repos de l'âme des trois religieux. L'acte de cette fondation est du 25 avril 1443. L'obit était payé encore en 1789 (”).

(”) « L’abrégé de l’histoire des évêques , barons et comtes de Cahors, par 3. » Vidal, imprimé à Cahors en 1664, dit qu’en 4453, trois jacobins, de vie » exemplaire, furent jetés dans le Tarn à Montauban par les Albigeois; mais » les archives de la ville nous apprennent la raison de cet évènement, que » l’auteur ignorait sans doute. C’était une trahison de ces trois religieux, qui » vouloient remettre la ville aux Anglais, ce qui paroît par des lettres d'abso- » lution , données à Toulouse le 16 avril 1433, par Bertrand de Palaciis , » docteur-ès-décrets , nonce apostolique. Il mande aux Cordeliers, Carmes et » Augustins de Montauban , aux chapelains et curés de Saint-Jacques, Saint- » Michel, Saint-Étienne et Saint-Orens, que les Consuls de cette ville Jui » avoient exposé que, l’année précédente , lesdits Consuls, instruits que » quelques-uns , poussés par le malin esprit, savoir : frère Hugues Larue, » Jean Caïrelli et Pierre Pissa, jacobins du couvent de Montauban, avec » Thomas Drymer , corroyeur , habitant de cette ville , conspirèrent avec un » pervers frère, Raymond Aldibert, dudit ordre, auparavant conventuel

Ici se termine la série des évènemens où

notre ville eut à jouer un rôle, durant l’époque si longue et si désastreuse d’une lutte qui n’est pas finie. Il est à regretter que les détails ne soient pas restés plus nombreux, car c’est par

les détails surtout qu'une histoire locale acquiert

de l'intérêt , et se conserve vivante dans la mé-

moire du peuple , qui ne retient que diffcile-

du couvent d'Auvillars, et avec les Anglais de la garnison de Clermont-Sobiran et des autres garnisons des Anglais, anciens ennemis du roi de France, detrahir et détruire la cité royale de Montauban, et d'y introduire par trahison les Anglais, le jour de la fête de saint Jean-Porte-Latine (le 6 du mois de mai), avec dessein de surprendre ladite ville et de massacrer la plupart des habitans ; de sorte que les Anglais devoient communiquer avec lesdits”traîtres et partager quelques bonnes maisons et les dépouilles de quelques-uns des plus riches de la ville; subjuguer ensuite la cité de Toulouse, le pays de Languedoc et les environs , ce qui , à douleur , eût été un dommage incompréhensible, et la destruction de tout le pays , non-seulement de l'éclat temporel , mais aussi du spirituel , la confusion des monastères ei des personnes ecclésiastiques , comme ïil peut clairement apparoir à toute personne de bon sens, connaissant la ville de Montauban et ses forteresses. Laquelle trahison, par les dispositions de l'esprit divin, fut révélée aux Consuls par des hommes notables et dignes de foi ; à l'instant , sur un danger si pressant , vu que les Anglais étoient alors rassemblés en grand nombre dans les garnisons de Clermont , de la Réole et autres circonvoisines , pour accomplir le traité de ladite trahison , lesdits Consuls, juges criminels, voulant pourvoir de toute leur puissance audit scandale et dommage , ayant tenu un conseil secret avec plusieurs officiers tant royaux qu'autres , avoient capturé lesdits prévenus , lesquels, étant ouis avec serment, confessèrent franchement ladite trahison, et déclarèrent toutes les circonstances et indices, étant emprisonnés dans le château. royal de Montauban , et convaincus, par avération et confrontement des témoins déposant de ladite trahison ; ce qui étant venu à la connaissance du peuple de Montauban, considérant ladite trahison et les dommages infinis qui s’en fussent suivis au préjudice du roi, de la communauté.

ment les faits généraux. Toutelois , nous en savons assez sur Montauban, pour être autorisés à dire qu'aucune ville de France ne mérita mieux de la patrie, à cette époque de malheurs. Nous

pouvons être fiers de la conduite de nos pères ;

nous pouvons aimer le sol qui nous porte, pour autre chose que les agrémens dont la nature Pembellit. De grandes vertus patriotiques sv

de cette ville et de tout le pays voisin, les habitans assemblés en conseil général, requirent les Consuls qu'ils fissent exécuter lesdits traîtres scélérats , à savoir, qu'ils fissent, sans délai, noyer dans la rivière du Tarn lesdits Caïrelli et Pissa, autrement que le peuple se pourvoyroit de telle sorte que jamais plus lesdits criminels ne commettroient de trahison. Laquelle réquisition étant faite plusieurs fois, les Consuls , craignant le scandale qui menaçait eux et la ville , y voulant remédier, et, considérant que les criminels avaient conspiré contre la majesté éternelle et temporelle , contre la liberté et les ecclésiastiques de cette ville , et qu’ils devoient être punis, les Consuls auroient acquiescé aux cris et aux requêtes du peuple , et ordonnèrent que lesdits Pissa ct Caïrelli seroient jetés du pont du Tarnen bas, dans la rivière ; ce qui fut fait, chacun d’eux étant cousu dans un sac. Ledit Larue étant saisi et emprisonné audit château , les dix Consuls, étant requis . de la même manière , ordonnèrent qu'il seroit jeté du pont en bas et noyé dans la rivière ; ce qui fut exécuté.

» Quoique les supplices de si énormes scélérats parussent peu cruels , pour servir d'exemple à plusieurs complices , toutefois les bonnes âmes , craignant d’avoir fait faute là où il n’y en a pas, les Consuls, pour eux, leurs conseillers et tous les habitants, ayant quelques remords de conscience, s’adressèrent audit moine, pour , en cas de besoin, recourir au remède d'une salutaire absolution et indulgence. Sur quoi le moine, en vertu de son pouvoir apostolique, absout et relaxe pleinement et librement lesdits Consuls, leurs conseillers , sergens et tous les habitans de Montauban , excommuniés à l'occasion de ce dessus , les rétablit à la communion des fidèles , à la participation des sacremens et à l’unité de la sainte Eglise , lève toute inhabileté et la note d’infàmie qu’ils avoient contractée , et les réintègre en leurs premiers honneurs, état, renommée, priviléges et biens, mande auxdits

sont déployées, de beaux faits d'armes s y sont accomplis. Ne perdons jamais de vue ces souvenirs glorieux; sachons , si les circonstances l’ordonnent, retrouver les nobles inspirations du courage, du dévouement de nos ancêtres. Ils nous ont laissé des titres qui ont pris place dans lhistoire, faisons en sorte d’en laisser à nos descendans , qui méritent le même honneur : il faut, pour qu'elle disparaisse dignement , que chaque génération qui s'en va, lègue quelque chose de beau à celle qui la remplace.

Un siècle va s’écouler, pendant lequel Montauban se délassera de ses glorieuses fatigues. Au bout de ce temps , 1l aura à recommencer.

Nous le verrons traverser les sanglantes épreuves d’une guerre civile et religieuse.

» moines et prêtres qu'après la confession et pénitence des Consuls , ils leur » donnent l’absolution.

» L’original latin de ces lettres est en parchemin, à la liasse 13, en bonne » forme. » (Matériaux pour l'Histoire de Montauban , tom. 2, page 401). Voir aussi la collection de Doat, vol. 88, fo 5.)

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