INTRODUCTION. VII
alors dans l’Armorike. Au centre d'un bois avait été creusée par la nature ou de main d'homme, une excavation circulaire touchant presque, du côté du midi, alarive droite du Tarn. Impossible de choisir une retraite plus solitaire , plus poétique, et qui glissât mieux dans les âmes le sentiment religieux mêlé d’une sorte de crainte. Comme tous les sanctuaires du Celte, l’endroit où les Fadas (fées) accomplissaient leurs rites était de la plus grande simplicité. Le temple était cette enceinte circulaire dont nous avons parlé, revêtue de gazon et entourée de chênes et de saules ; l'autel, une‘fontaine (”) consacrée à la lune ou femme de Bel, Belhisama (”). Par les suaves et radieuses nuits d'été, quand un ciel d'azur, éblouissant de lueurs crépusculaires et d'étoiles, formait la voûte de ce temple naturel, quand Bélisama réfléchissait dans la fontaine ses rayons argentés, la Fada sortait mystérieusement de sa cabane. Pensive et recueillie, car elle avait souvent à interroger la déesse pour le salut de la tribu , elle s’'endormait au bord de la fontaine, et Bélisama lui envoyait la réponse dans un rêve. D'autres fois, habillée de blanc avec ses compagnes, elle se levait pour exécuter la danse.en rond (”) en l'honneur de la reine du ciel, ou bien, dispersées
(”) Toutes les fontaines étaient dédiées à la lune, regina undarum et ne-morum ; voilà d’où vient cette énorme quantité de fontaines des fées, puits des fées, mares des fées, cabanes des fées qu’on rencontre à chaque pas dars la Gaule. ( L'auteur de la religion des Gaulois).
("”) Solin.
{(°*") Le red-an-dro des Celtes conservé dans notre danço roundo.
Vu INTRODUCTION.
toutes dans les bois etles champs voisins, elles cherchaïent en silence les plantes saintes. Pendant ce temps, le Celte, à qui il était interdit d'approcher des lieux fatidiques , voyait passer de loin sur les lisières des garrics, Néhalénia avec ses souliers d’or et ses deux chiens noirs (°).
Les Fadas assistaient aux conseils de guerre et y avaient voix délibérative. En cette qualité, sans doute, les nôtres opinèrent pour lancer le fameux Brenn sur Rome, et envoyer leur bouillante jeunesse à la recherche d’une patrie, sous les ordres de Bellovèse. Il est certain que les Eleuthéri, habitans du sol quercinois, prirent part à toutes les expéditions étrangères.
Telle fut approximativement l'existence sociale jusqu'à l’arrivée des Romains; car, sauf le passage des Phéniciens, qui laissa sur les mœurs une empreinte profonde et ineffaçable par le culte de Bel, les fêtes et Les croyances orientales, nous ne trouvons aucune trace particulière des colons Massaliotes (”).
La lutte entre Rome et la Gaule méridionale dura la vie d'une génération. Il fallut 86 ans aux maîtres du monde pour briser le faisceau national. Aïdés par les trahisons de Massilie, ils y parvinrent enfin, et l'alauda , la fière et libre alouette, enseigne et guide de nos pères, tomba des cieux toute sanglante devant l'ai-
(*) Porphyre.
(”*) En exceptant , bien entendu, le mélange de la langue grecque et de la langue des Aquitains , opéré par les relations commerciales des deux peuples , et qu'atteste surabondamment l’'idiôme montalbanais, comme nous l'avons
montré dans notre première dissertation sur la langue romane.