DIVISIONS DES LOIS
Les loiSy en général, peuvent être divisées en deux espèces, les lois naturelles et les lois positives. Les lois naturelles sont la paix dont l'origine est dans le premier sentiment de l'homme, sa faiblesse et par conséquent la crainte. Le besoin de la conservation, l'attrait des sexes Tun pour l'autre et le désir de vivre en société sont les autres lois naturelles. Les lois positives sont le droit des gens, le droit politique et le droit civil. Les lois positives ont pour origine la société qui est l'ensemble des nations, des gouvernements et des citoyens. Les rapports des peuples entre eux s'appellent le droit des gens ', les rapports entre les gouvernements et les gouvernés forment le droit politique et les rapports entre concitoyens constituent le droit civil. D'après le droit des gens, les diverses nations doivent se faire dans la paix le plus de bien et dans la guerre le moins de mal possible, sans nuire à leurs véritables intérêts, et Tobjet de la guerre doit être la conservation.
Les lois politiques et civiles doivent être propres au peuple pour qui elles sont faites et se rapporter à la nature et au principe du gouvernement. Elles doivent être relatives au physique du pays, au climat, au
1 . Montesquieu dit : a Li loi en général est U raison humaine, en tant qu'elle gouTeme toue lea peuples de la terre ; et les lois politiques et elTlIes de chaque nation ne doivent élre que les eas particuliers où s'applique cette raison humaine. » Il i^oute immédiatement, eomme une conséquence de ce qu'il Tient d'écrire : « Elles doirent être tel* leroent proprr s au peuple pour lequel elles sont faites, que e'est un très grand hasard li celles d'une nation peufent convenir à une autre. » Lir. I, eh. ii.
terrain, au caractère, à la religion, aux mœurs, aux manières du peuple.
Le livre II traite des lois qui dérivent de la nature du gouvernement.
Il y a trois formes de gouvernement. La république qui devient une démocratie quand le peuple en corps a la souveraine puissance, et une aristocratie quand cette puissance est entre les mains d'une partie du peuple.
Dans la démocratie, il faut établir le droit de suffrage par le sort et la manière de le donner, régler et corriger le sort, rendre les suffrages publics, fixer le nombre des électeurs, diviser le peuple par classes, le charger d'élire ses ministres et de nonmier les membres du conseil suprême.
Dans l'aristocratie, les suffrages doivent être donnés par le choix et être secrets ; il faut un sénat qui ne pourvoie pas lui-même à combler ses vides ; le peuple doit avoir une certaine influence sur le gouvernement, et les lois doivent tendre à ce que l'aristocratie approche de la démocratie.
La nature de la monarchie est qu'un seul gouverne par des lois fixes et établies. Elle repose sur des pouvoirs intermédiaires subordonnés et dépendants, la noblesse, le clergé, les villes qui maintiennent l'équilibre entre le monarque et le peuple. 11 faut encore dans ce gouvernement des corps politiques qui annoncent les lois quand elles sont faites et les rappelle quand on les oublie.
LA VERTU, L'HONNEUR, LA CRAINTE. t!47
Le despotisme est le gouvernement d'un seul, sans loi et sans règle, qui entraîne tout par sa volonté et ses caprices. Celui qui exerce seul le pouvoir ne le délègue qu'à un seul : un vizir dans cet état est donc Tunique loi fondamentale.
Dans le III* livre, Montesquieu définit les priticipes des trois gouvernements. Selon lui, la nature d'un gouvernement est ce qui le fait être tel, ce qui constitue son essence ; le principe d'un gouvernement, ce sont les passions qui le font mouvoir; la nature est la structure, le principe est le ressort principal. Le gouvernement républicain a pour principe la vertu, c'est-à-dire l'amour de la patrie et de l'égalité, qui est nécessaire dans l'aristocratie et indispensable dans la démocratie. L'honneur, qui est l'ambition et l'amour de l'estime, est le principe de la monarchie. Dans le gouvernement despotique, où le prince est tout, le principe est la crainte.
Les lois de l éducation forment le livre lY. Ces lois sont les premières que nous recevons. Elles doivent être relatives au principe du gouvernement, et avoir pour objet, selon l'état pour lequel elles sont faites, la Vertu^ V Honneur ou la Crainte^. Dans les monarchies, c'est
1. Lire dans le Mercure de Pnme$t Jalllet 1751, an éelahtliêement tur un pauage du livre de TEsPftiT des lois de Jf. de If... êur thou' heur, la vertu et la crainte. Cet article paraît aYolr été Inspiré par Montesquieu lul-mémo. En foiet le commeneement :
« On a demandé ane déûnltion précise et mieux expliquée du terme A*hoHHêur, tel qu*il e)>t employé dans le livre de VE^prit det Voie; on l'y donne comme le grand ressort drs monarchies, comme la r^fa
2*8 CHAPITRE JX.
dans le monde et non dans les écoles, que Ton reçoit la principale éducation. Elle doit y élever le cœur, et elle y a trois principes : mettre dans les vertus une certaine noblesse, dans les mœurs une certaine franchise, dans les manières une certaine politesse. Dans les gouvernements despotiques, l'éducation ne cher-
eit celai des républiques, et eomme la crainte est dam le gouTernement despotique.
« Opposant ces trois mobiles les uns aux autres, V honneur ne serait donc pas la vertu, ni la Terlu l'honneur ; mais en y réfléchissant, nous trouvons qu'ils peuvent s'identifier en partie et difiérer d'ailleurs, sans se trouver en opposition ; et dans leur alliage et leurs différences, l'honneur ne contiendra rien de vicieux, ni les monarchies rien d'inférieur aux républiques.
« On a dit de la science, qn^elle n'est rien, si cTautres que vou$ne tavent pas que vous êtes savant : n'en pourrait- il pas être de même de la vertu, dans le sens où cela est dit de la science ? Véritablement cet adage n'est pas d'une parfaile justesse, on y donne Texclusion à ce qui n'est qu'un degré de moins de perfection, il fallait dire que la réputation du savoir ajoute au mérite de Vitre; mais eesse-t-on d'être savant parce qu'on n'est pas connu comme tel, et ne peut-on pas le devenir dans l'obscurité ? Le temps y est plus grand et plus employé à l'étude ; mais d'un autre côté ia réputation accroît l'émulation, et la communication perfectionne nos lumières, nos disciplines et le fruit de nos études : voilà ce qu'on a voulu dire avec plus d'énergie que de Justesse.
« La Vertu peut recevoir les mêmes progrès et les mêmes inconvénients de l'obscurité et de la lumière, c'est véritablement un de ses attributs de se suffire h elle-même ; le mépris des éioges et des honneurs (qu'elle appelle vains) l'élève et le rend encore plus estimable; mais une perfection de moins, n'altère point l'essence des chocs. L'homme vertueux, mais ignoré dans les monarchies, devient inutile à sa patrie, car il n'est point avancé aux charges publiques; il ne doit doue plus être compté parmi ces ressorts de prospérité de ce gouvernement : loin d'être employé, il est rejeté des cours, il contracte une humeur chagrine, qui le rend critique et f&cheux ; le petit nombre de ses ooncitoyens qui le connnalssent, en prennent occasion de blâmer le gouvernement, etc. »