‹ Histoire de Montesquieu d'après des documents nouveaux et inéditsChapitre 18 sur 263 · LA GASCOGNE £T LES GASCONS · texte numérisé non relu

LA GASCOGNE £T LES GASCONS

d'Espagne lui ont montré le mabométisme ; Chartemagne et ses successeurs y ont fait prêcher l'Evangile ; les Anglais, pendant trois cents ans, lui ont donné des habitudes d'indépendance municipale et même féodale ; les Vaudois et les Albigeois l'ont dégoûtée de la Réforme, et Henri II l'a découragée de faire de l'opposition. Après quoi il ne faut pas s'étonner si les Gascons, depuis les Politiques du seizième siècle jusqu'aux Girondins de la Révolution, ont été mobiles, spirituels, éloquents, hardis, ingénieux, fins, fanfarons, actifs, moins pratiques que positifs, peu pudiques comme les méridionaux, et surtout hâbleurs, comme le renard de La Fontaine, c'est-à-dire doués de ce scepticisme qui procède d'un caractère heureux et d'une imagination vive, égayé les affaires avec un bon mot, excuse les fautes par des sophismes, ne recule pas devant un paradoxe, aime l'hyperbole, discute sans conclure et se plait à embellir la vérité. Nos pères api)elai(>nt t tour de gascon » une action habile, et < gasconnade » un jeu d'esprit.

La capitale de ce pays mérite aussi une mention. Bordeaux, située ni trop loin ni trop près de la mer est desservie par un fleuve qui fait d'elle un port. Autrefois une muraille, percée de douze portes et défendue par trois forteresses, l'enveloppait de tous les côtés. Les monuments publics y étaient rares, mais les maisons y étaient bien aménagées dans des mes larges et autour de places nombreuses : on s'y sentait à l'aise et à l'abri pour aller et venir, y faire le com-

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