Sayoui, Le Dis^kuUiêwtê tièeU à fétrmiger, Parlt, Didier
2. Fr. Hardy, Memoirn 0/ Charlemcnt, t vol. tn-S. Dublin, IStS.
fût levé. Le domestique nous fit entrer dans la bibliothèque, où le premier objet qui s^ofTrit à notre curiosité fut un livre ouvert sur une table à laquelle il s'était probablement assis le soir précédent : la lampe éteinte était encore à côté. Impatients de connaître les lectures de nuit de ce grand philosophe, nous allâmes aussitôt au volume : c'étaient \ea Élégies d*Ovide, ouvertes à Tune des pages les plus galantes . Nous n'étions pas revenus de notre surprise; elle augmenta encore lorsque nous vîmes entrer le président, dont l'aspect et les manières étaient tout à fait opposés à l'idée que nous nous étions faite de lui : au lieu d'un grave et austère philosophe, dont la présence aurait pu intimider des jeunes gens commç^ nous étions, la personne qui s'adressait à nous était un Français gai, poli, plein de vivacité, qui, après mille agréables compliments et mille remerciements pour Thonneur que nous lui faisions, nous demanda si nous ne voulions pas déjeûner; et, comme nous nous excusions, car nous avions déjà mangé/ enroute : « Venez promener, nous dit-il, il fait une belle jour«- « née ; je désire vous montrer comme j'ai tâché de pratiquer << ici le goût de votre pays et d'arranger mon habitation à <c l'anglaise. » Nous le suivîmes. Bientôt à la lisière d'un beau bois coupé en allées, clos de palissades, et dont l'entrée était fermée d'une barrière mobile d'environ trois pieds de haut, attachée avec un cadenas : « Allons, s'écria-t-il après avoir cher- « ché dans sa poche, ce n'est pas la peine d'attendre la clef; i( vous pouvez, j'en suis sûr, sauter aussi bien que moi, et « ce n'est pas cette barrière qui me gène. >> Ainsi disant, il courut à la barrière et sauta par-dessus le plus lestement du monde. Mais il avait remarqué notre embarras en l'abordant (car nous étions fort émus) ; il s'appliqua, à force de bienveillance, à nous mettre à notre aise. Peu à peu, son âge et son génie disparurent, si bien que la conversation devint aussi libre et aussi facile que si nous eussions été ses égaux de toutes façons. On parla arts et sciences. Il nous questionna sur nos voyages, et comme j'avais visité l'Orient, il s'adressa surtout à moi, s'intéressant aux moindres détails des pays que j'avais parcourus. J'ai pu le constater plus d'une fois, il regrettait de n'avoir pas vu ces contrées... Tout
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en causant, nous nous promenions. Après avoir fait le tour de son domaine, arrangé en effet à Tanglaise, nous revînmes et nous fûmes reçus par madame la baronne et sa fille. Ce furent elles qui, avec le secrétaire du président, formèrent la société. Le repas fut simple et abondant. Après dtner, Montesquieu insista pour nous faire rester et ne nous laissa partir qu'au bout de trois jours, pendant lesquels sa conversation fut aussi amusante quMnstructive. Alors son secrétaire, qui était Irlandais, nous reconduisit à Bordeaux...
Il paraissait donc décidé à ne plus retoumer à Paris, à cause de ses fatigues. Un autre motif peut-être le décidait à demeurer à La Brède. La femme de son arpenteur feudiste, Latapie, était allée accoucher en 1739 à Bordeaux ^ Les mauvaises langues disaient que Montesquieu avait voulu suivre la première éducation du nouveau-né, qui était ardent et d'une saga« cité peu commune, et sur lequel il avait des vues par* ticulières. Le voisinage du grand homme et sa bienveillance portèrent l'enfant au travail. Admis près de lui, l'accompagnant dans jses promenades, l'aidant quelquefois dans ses recherches, écrivant sous sa dictée, prêtant à ses moindres paroles une oreille toujours attentive, il se livra à l'étude des langues anciennes, de l'histoire et des sciences exactes avec succès. Il est malheureusement très-possible que Montesquieu ait eu des bâtards, mais aucun des ouvrages du fils Latapie, qui roulent tous sur la botanique, ne porte la marque d'une telle parenté ^